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Full text of "Bulletin d'archéologie et de statistique de la Drôme"

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SOCIÉTÉ  DÉPARTEMENTALE 


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DE  LA  DROME. 


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YALENCE,  IHPRIMEBIE  DE  CHENEYIEB  ET  CHAYET. 


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BULLETIN 


DE 


U  gpCIÉTÉ  foÉPARTEMENTALE) 

D  ARCHEOLOGIE 


ET 


DE  STATISTIQUE 


I)K  IjA  IJi^OMK 


CoUigite  ne  pereant. 


TOME  QUATRIÈME. 


VAMvM.lî 

AU  SECRÉTARIAT  DE  LA  SOCIÉTÉ. 


LE  CROMLECH  DE  SAmT-BÀBTHÉLEMY-DE-YiLS. 


LE  CROMLECH 

DE 

SAINT-BARTHÉLEMY-DE-VALS. 


Les  monuments  celtiques  ou  mégalithiques  sont  tellement 
rares  en  Dauphiné  que  le  savant  M.  Long  déclare  n'en  avoir 
rencontré  aucun  dans  son  exploration  minutieuse  du  pays  des 
Vocontiens. 

Aussi,  informé  par  diverses  personnes  de  l'existence,  à  Saint-* 
Barthélemy-de-Vals ,  d'un  cimetière  gaulois  et  d'un  ensemble 
de  pierres  droites  ou  couchées  connues  sous  le  nom  de  roches 
qui  dansent,  ai-je  tenu  à  éclaircir  les  points  de  ce  problème 
historique  ou  naturel. 

Dans  ce  but,  le  6  mai  1867,  je  lus  à  la  Société  le  rapport 
suivant,  dont  elle  vota  l'impression.  Toutefois,  avant  de  le 
publier,  je  crus  devoir  soumettre  mon  opinion  à  un  homme 
compétent,  H.  le  baron  Durand  de  Fontmagne,  qui  a  bien 
voulu  m'adresser  la  réfutation  en  règle  qu'il  en  a  faite. 


RAPPORT  DE  M.  LACROIX. 

Messieurs  , 

Au  sommet  du  coteau  qui  domine  le  village  de  Saint-Barthélémy  ^  et 
la  fraîche  vallée  de  la  Galaure,  entre  Marnas  et  Saint-Victor,  se  dresse, 
depuis  des  siècles ,  au  milieu  des  ronces  et  des  pins ,  un  ensemble  de 
pierres  curieuses  que  le  vulgaire  plaçait  jadis  sous  la  protection  des 
fées ,  et  qu'on  emploie  aujourd'hui  dans  les  constructions  rurales. 


(t)  Gonunune  du  canton  de  Saint-Vallier,  à  7  kilomètres  du  cheMieu  et  à 
37  de  Valence. 

Tome  IV.  -  1869.  < 


U  SOCIÉTK  d'archéologie  ET  DE  STATISTIQUE. 

De  ce  point ,  Tœil  embrasse  un  panorama  splendide,  depuis  le  défilé 
pittoresque  de  Vais  jusqu'à  Chàteauneuf.  Ici,  s'élèvent  au-dessus  des 
peupliers  nombreuj^  qui  bordent  la  rivière ,  d'ordinaire  paisible ,  le 
clocher  à  flèche  de  Saint-Uze  et  la  fumée  noire  de  ses  usines;  là,  sur  un 
mamelon  de  sable ,  apparaît  la  vieille  église  de  Sainte-Agathe ,  dépen- 
dance de  l'abbaye  de  Tournus,  le  village  de  La  Motte,  le  château  des 
Latour-Maubourg,  le  fort  des  Poitiers  à  Mureils,  et  plus  loin  le  manoir 
des  Montchenu.  Partout,  des  souvenirs  historiques  ou  légendaires 
peuplent  le  paysage ,  et  le  site  convenait  parfaitement  à  une  station 
religieuse  dans  les  âges  lointains. 

A  la  vérité,  le  monument  de  Douévas  i  n'a  été  guère  connu  jusqu'ici 
que  des  cultivateurs  du  voisinage  et  des  potiers  qui  exploitent  la  mine 
de  grès  béante  à  sa  base.  Cependant  il  a  fixé  depuis  longtemps 
l'attention  des  curieux. 

«  Dès  l'année  1837,  dit  M.  de  Colonjon  «,  on  nous  avait  signalé  ces 
roches  étranges  et  bizarres,  dont  l'arrangement ,  pour  quelques-unes , 
devait  être  le  fait  de  l'homme  ;  nous  nous  y  rendîmes ,  et  grand  fut 
notre  étonnement  en  présence  de  cet  amas  de  pierres  de  toutes  formes, 
de  toutes  dimensions,  les  unes  droites,  les  autres  couchées  et  où  régnait 
cependant  une  sorte  de  symétrie. 

»  Des  notes  et  des  esquisses,  prises  à  une  seconde  visite ,  nous  per- 
mirent de  reconnaître  des  menhirs,  une  pierre  branlante,  un  autel  ou 
chaire ,  un  trilithe ,  des  dolmens ,  un  véritable  cromlech  enfin.  « 

Depuis  lors,  plusieurs  blocs  ont  disparu  sous  le  marteau  des  carriers  3, 
et  pourtant  les  archéologues  n'ont  cessé  de  s'y  rendre.  J'ai  fait  comme 
eux,  et  je  viens,  au  souvenir  des  encouragements  sympathiques  dont 
une  première  communication  faite  ici-méme  a  été  l'objet,  vous 
apporter,  Messieurs,  le  tribut  des  efforts  combinés  de  plusieurs  de 
nos  savants  et  dévoués  collègues. 


(1)  Un  terrier  de  Diane  de  Poitiers  écrit  Doyvas,  Peut-être  ce  nom  vient-il 
de  douva,  qui,  en  langage  vulgaire,  signifie  petite  élévation. 

(2)  Mémoire  manuscrit  envoyé  à  la  Société. 

(3)  a  Nous  les  avons  vues  en  grand  nombre,  de  1837  à  1840,  remplissant 
les  intervalles  qui  sont  vides  aujourd'hui  et  formant  une  double  enceinte 
elliptique;  il  existe  encore  des  personnes  qui  ont  gardé  le  souvenir  de  ce 
que  nous  affirmons ,  et  ce  n'est  que  depuis  15  à  18  années  que  les  défri- 
chements et  la  culture  ont  fait  disparaître  la  régularité  de  ces  courbes,  et 
que  la  plupart  des  pierres  plantées  verticalement  ont  été  déplacées,  ren- 
versées ,  fracturées  pour  être  employées  à  diverses  constructions.  » 

(Mémoire  précité.) 


LE  CROMLECH  DE  SAINT-BAETHÉLEMY-DE-YÀLS.  7 

Le  premier  de  tous ,  M.  H.  de  GoIoDjon ,  déjà  cité,  sous  Timpressioa 
laissée  dans  son  esprit  par  la  yue  des  roches  qui  dansent,  comme  ou 
les  appelle  dans  le  pays,  avait  depuis  longtemps  émis  sou  opinion  sur 
leur  destination  primitive;  malheureusement,  sa  conviction  trouvait 
peu  d'écho  dans  une  région  où  les  Celtes  ont  laissé  de  si  faibles 
souvenirs.  Mais ,  le  jour  de  récompense  pour  sa  foi  parait  enfin  devoir 
luire,  et  si  j'ose  le  remplacer  aujourd'hui ,  ce  n'est  point  dans  Tinten- 
tion  de  lui  disputer  le  mérite  de  sa  découverte^ mais  pour  la  faire 
consacrer  par  cette  assemblée  reconnaissante. 

De  son  côté ,  M.  Caize  m'a  fourni  d'utiles  renseignements  sur  les 
temples  et  cimetières  celtiques  ou  druidiques. 

Le  plan  géométrique  des  lieux  est  dû  à  M.  le  maire  de  Saint-Barthé- 
lémy et  à  M.  Poinçot ,  agent-voyer  en  chef. 

Fort  du  concours  précieux  de  ces  hommes  éclairés ,  je  crois  pouvoir 
aujourd'hui  déclarer  à  notre  jeune  et  forte  association  qu'il  y  a  là  un 
sujet  d'études  à  la  fois  intéressant  pour  notre  histoire  locale  et  pour  la 
connaissance  des  mœurs  et  de  la  religion  desÂllobroges,nos  ancêtres; 
car  la  science  archéologique  vit  surtout  par  les  souvenirs  et  les  ensei- 
gnements du  passé. 

Les  monuments  celtiques  de  la  France ,  des  principales  contrées  de 
l'Europe  et  même  de  TAsie-Mineure  comprennent  les  peulvans  ou 
menhirs ,  les  lichavens  ou  trilithes ,  les  pierres  branlantes ,  les  crom- 
lechs^ les  dolrmns,  les  alignements,  les  allées  couvertes  et  les  tvmuli 
ou  barrows. 

Les  menhirs  »  sont  des  pierres  longues  plantées  verticalement.  Nom- 
breuses et  dispersées  çà  et  là,  elles  prennent  le  nom  de  pavé  des  géants; 
poties,  isolées,  rondes  ou  ovales,  on  les  appelle  palets  de  Gargantua. 
Des  fouilles  faites  à  leur  base  ont  mis  à  nu  des  sépultures.  Dulaure  y 
voit  des  bornes  consacrées  au  dieu  Mark ,  le  Thot  des  Égyptiens , 
rHermès  des  Grecs,  le  Terme  des  Latins.  Il  ajoute  que  des  chartes  des 
xu*  et  xni«  siècles  les  qualifient  de  pierres  dressées  et  d'anciennes 
limites  y  et  qu'une  inscription  latine  sur  un  menhir  de  la  Haute-Marne 
indique  les  confins  d'une  peuplade  du  Barrois.  Au  témoignage 
d'Olaus  Magnus,  les  peulvans  sont  des  idoles  ou  des  trophées  qui 
marquent  le  théâtre  d'une  victoire  ';  cet  auteur  en  a  vu  en  Suèle 


(1)  De  men,  pierre,  hir,  longue.  Penlvan  vient  àepeul ,  piller,  et  de  van, 
pierre. 

(2)  De  gent.  sept,  variis  condit.  —  Bas.,  1567 ,  in-fol.,  p.  35. 


8  SOCIÉTÉ  D'ARGHB0L0GI£  ET  D£  STATISTIQUE. 

avec  des  caractères  runiques  sur  leur  face,  et  il  place  en  Danemark 
des  pierres  grossièrement  sculptées  et  des  obélisques  funéraires,  sur 
les  bords  de  la  mer,  qui  représentent  des  tètes,  des  pieds  et  des 
mains. 

Ajoutons  que  ces  blocs ,  parfois  considérables ,  portent  les  noms  de 
pierres  fiches  ou  fites ,  chaires  au  diable ,  haute  borne ,  etc. 

Les  trilithes  ou  lichavens  *,  avec  leurs  trois  pierres,  dont  deux 
placées  verticalement  et  la  troisième  horizontalement ,  forment  une 
porte  rustique. 

Un  dolmen  *  rappelle  une  table  de  grès  ou  de  granit  plus  ou  moins 
longue,  épaisse  d*un  à  trois  pieds,  placée  sur  d'autres  pierres,  au 
nombre  de  trois  au  moins  et  de  quinze  au  plus.  Parfois  établi  sur  un 
plan  incliné,  ce  monument,  divisé  par  des  pierres  placées  de  champ  à 
Tintérieur ,  est  creusé  en  forme  de  bassin  arrondi  formant  une  sorte  de 
vase  mis  en  communication  avec  d'autres  par  des  rigoles  destinées  à 
faire  écouler  le  saog  des  victimes.  Il  en  est  même  qui  sont  percés  d'un 
trou,  réservé  sans  doute  au  même  usage. 

Sur  quelques-uns  se  voient  de  grossiers  dessins  en  creux  ou  en  relief. 
Enfin ,  des  sépultures  trouvées  autour  des  dolmens  ont  fait  croire  que 
les  prêtres  et  les  guerriers  y  choisissaient  leur  tombeau.  Au  moyen 
âge,  des  seigneurs  en  firent  leur  tribunal  de  justice,  à  Vienne,  notam- 
ment ,  au  dire  de  Chorier  '. 

Le  peuple  connaît  ces  roches  sous  les  noms  de  pierres  des  fées, 
pierres  levées,  pierres  couvertes,  palais  de  Gargantua,  table  d'Anni- 
bal,  etc.  *. 

Quant  aux  pierres  branlantes  en  granit,  en  calcaire  ou  en  grès, 
conune  à  Fontainebleau ,  elles  comprennent  un ,  deux  ou  trois  blocs  : 
l'inférieur  ayant  la  forme  ovoïde  à  sa  base,  et  le  supérieur  celle  d'un 
parallélogramme.  Ici,  le  dernier  repose  horizontalement  sur  deux  pierres 
couchées  dans  le  même  sens  ;  là ,  il  s'appuie  sur  une  seule  pierre, 
couchée  horizontalement  ou  perpendiculaire  sur  ses  lignes;  ailleurs,  il 
est  contigu  à  l'inférieur  par  divers  points,  ou  séparé  de  lui  par  une 
cale  servant  de  pivot. 


(\)  De  lech,  table ,  van,  pierre. 

(2)  Pe  dol ,  table,  Tnen ,  pierre. 

(3)  Antiquités  de  Vienne, 

(4)  Près  de  Barcelonnette  (Basses-Âlpes) ,  une  sorte  de  dolmen  porte  ce 
dernier  nom,  d'après  M.  Gaize. 


LE  CROMLECH   DE  SAINT-BARTHÉLEUT-DE-TILS .  9 

Certains  peuples  faisaient  de  ces  blocs,  œuvre  de  la  nature  ou  de 
Fart,  des  monuments  funèbres  ou  symboliques  par  rapport  au  mouve- 
ment de  Pimivers;  d'autres  les  consultaient  pour  en  avoir  des  oracles, 
ou  pour  connaître  Tinnocence  ou  la  culpabilité  des  accusés,  selon 
qu'elles  oscillaient  plus  ou  moins  à  leur  contact. 

On  trouve  ces  monuments  dans  le  creux  d'un  vallon  solitaire,  sur  les 
hauts  sommets  ou  dans  la  profondeur  des  bois,  selon  que  le  prêtre 
avait  besoin  de  mystère  ou  de  soleil  ^ 

Mais,  franchissant  les  barrows  et  les  allées  couvertes,  arrivons  aux 
cromlechs,  puisque  les  roches  qui  dansent  en  affectent  la  forme. 

Des  menhirs  et  des  trilithes,  rangés  à  une  certaine  distance  les  uns 
des  autres,  sur  un  plan  circulaire ,  demi-circulaire  ou  elliptique ,  com- 
posent les  monuments  de  cette  espèce.  Cependant,  on  en  trouve  de 
concentriques  et  d'autres  qui  sont  entourés  de  fossés  ou  accompagnés 
de  dolmens.  Le  nombre  de  leurs  pierres  est  sacré  :  il  ne  saurait  y  en 
avoir  moins  de  12,  mais  on  en  compte  parfois  19,  30  et  même  60, 
selon  le  nombre  des  dieux  reconnus  dans  le  pays.  Le  plus  souvent  on 
remarque  au  centre  un  hyrmensul  (pierre  du  soleil) ,  ou  un  feyra 
(sphère  druidique) ,  représentant  la  divinité  suprême.  M.  Batissier  *  en 
indique  en  Sardaigoe  et  dans  les  lies  Baléares,  qui  ont  au  centre  un 
autel,  et  il  pense  que  ces  enceintes  de  pierres  servaient  de  temples,  de 
cours  de  justice,  de  lieux  de  réunion  pour  les  assemblées  publiques  et 
la  proclamation  des  chefs,  ou  de  cimetières.  Gilbert  de  Nogeot  > ,  auteur 
du  xui*  siècle,  penche  vers  la  dernière  destination;  Sieborg  fait  des 
cromlechs  danois  des  hippodromes  ou  des  lieux  d'assemblée  ;  Pausa- 
nias  y  voit  des  idoles,  o  Dans  les  temps  les  plus  reculés,  dit-il,  tous  les 
Grecs  rendaient  les  honneurs  divins  à  des  pierres  brutes  qui  leur 
tenaient  lieu  de  statues  ^.  » 

Munis  de  ces  renseignements  divers,  transportons-nous  à  Douévas 
pour  y  rechercher  un  temple  ou  un  cimetière ,  selon  qife  l'on  adopte 
l'une  ou  l'autre  opinion. 

La  première  enceinte,  au  point  A,  mesure  44"^  20  de  circonférence; 
elle  est  formée  de  blocs  disposés  en  rond ,  d'après  une  échelle  ascen- 


(i)  Bulletin  de  la  Société  d'archéologie,  etc.,  du  département  de  Semé- 
et-Hame,  2*  année;  Meaux,  1865,  p.  65  et  suIt. 

(2)  Histoire  de  Vart  monumental;  Paris,,  Fume,  1845,  in-S". 

(3)  De  vitd  jua,  lib.  II,  cap.  X. 

(4)  EAAÂA02  nEPIHTHZEÛS  AXAIA. 


'lO  SOCIÉTÉ  d'archéologie  ET  DE  STATISTIQUE. 

dante  dé  hauteur.  Le  6*,  représentant  un  hémisphère,  une  tribune  ou 
un  autel ,  a  1»  50  ;  le  5«  a  2»»  et  le  4«  et  le  3*  forment  un  lichayen; 
leur  élévation  est  de  3°*  20  et  de  4";  le  2»,  de  6  »  50  de  haut,  est  une 
pierre  branlante  posée  sur  un  bloc  ovoïde  et  maintenue  debout  par 
une  section  de  la  roche  principale;  le  1*'  a  8"  45. 

Autour  de  ce  groupe  principal ,  et  à  vingt  mètres  précis  de  distance, 
les  blocs  B,  C ,  D,  F,  véritables  mwhirs,  mesurent,  le  1*',  6»  50  de 
haut  sur  9"  20  de  tour;  le  5«,  5«  30  sur  10»  80;  le  3«,  2'»  50  sur  8«  40; 
le  4»,  3"  40  sur  10«  60. 

Couchées  sur  le  sol,  brisées  ou  déplacées,  les  autres  pierres  qui  les 
reliaient  ensemble  n^offrent  plus  de  caractère  saillant.  Mais  à  35, 36  et 
37  mètres  du  point  A,  d'autres  blocs  de  forme  irrégulière  indiquent  une 
3*  enceinte;  la  4<>  devait  être,  à  en  juger  par  les  restes,  à  54,  55  ou 
56  mètres,  et  la  5*  à  80  mètres.  Ënfîn ,  d'autres  roches  colossales  ou 
très-petites  marquent  les  avenues  du  sanctuaire  ou  du  champ  des 
morts. 

Si  maintenant  nous  recherchons  les  rapports  de  ce  monument  avec 
les  cromlechs  déjà  connus,  il  est  facile  d'en  trouver  un  certain  nombre. 
De  Pautel  ou  de  la  chaire  placée  au  midi ,  le  prêtre  ou  Torateur  pou- 
vait être  vu  de  la  foule  placée  devant;  l'espace  est  grand,  le  sol  plat; 
des  chênes  et  des  pins,  ainsi  que  les  blocs  échelonnés  de^ distance  en 
distance ,  colonnes  puissantes  de  grès,  figuraient  à  merveille  les  voûtes 
et  les  nefs  de  nos  temples. 

Toutes  les  données  de  la  tradition  sur  les  monuments  celtiques  se 
retrouvent  à  Saint-Barthélémy.  Le  pied  de  Gargantua,  l'Hercule  gau- 
lois, est  parfaitement  visible  sur  une  pierre  voisine  du  point  A,  à  l'est, 
et  le  souvenir  des  fées,  architectes  présumés  du  tout,  s'unit  à  celui 
de  cimetière  antique  dans  les  croyances  populaires. 

Le  ifo?iilei£r  du  25  avril,  en  louant  le  travail  présenté  par  les  délégués 
des  Sociétés  savantes ,  conclut  en  faveur  de  la  destination  funèbre  des 
dolmens,  menliirs,  etc.  ;  n'est-ce  pas  là  toute  une  révélation  en  faveur 
des  roches  qui  dansent  ? 

Toutefois,  des  hypothèses,  malgré  leur  vraisemblance,  ne  suffisent 
pas,  vous  le  comprenez.  Messieurs,  pour  nous  prononcer  sur  les  points 
multiples  et  controversés  que  soulève  l'existence  des  monuments  celti- 
ques. Il  nous  reste  une  dernière  épreuve  à  tenter  dans  des  fouilles 
entreprises  sous  la  direction  de  l'un  de  nous ,  de  M.  de  Colonjon ,  par 
exemple,  dont  le  zèle  égale  le  savoir,  et  qui ,  le  premier,  a  signalé  ce 
cromlech.  Je  ne  doute  pas  que  la  Société  ne  veuille  les  prescrire  dans 
un  bref  délai  et  user  de  son  influence  pour  obtenir  la  conservation  de 
ces  curieuses  pierres. 


LE  CROMLECH  DE  SAIll|T-BARTHÉLEMY-DE*yALS.  44 

Quelques  faits  signalés  par  M.  de  Ck)l<mjon  rendent  encore  désirables 
les  fouilles  proposées.  Ainsi,  de  1825  à  1830 ,  on  découvrit,  au-dessous 
du  château  de  Rochain,  à  un  kilomètre  de  là,  vers  le  nord-ouest ,  plu- 
sieurs lombes  en  mollasse  avec  des  couvercles  de  même  nature  ou  en 
bois,  des  fragments  d'armes»  des  vases  en  terre  et  des  médailles 
romaines  ou  gauloises  ;  malheureusement,  on  n'attachait  pas  alors  une 
grande  importance  à  ces  vieilleries,  et  tout  fut  dispersé  ou  détruit.  En 
18t0  ou  1811 ,  dans  la  propriété  de  M.  Ithier,  dite  de  Mercurolet,  sur 
Glaveyson,  commune  limitrophe  de  Saint-Barthélémy,  douze  autres 
tombes  furent  mises  à  jour;  elles  étaient  rangées  symétriquement  sur 
deux  lignes  parallèles,  mais  il  n*y  avait  autre  chose  dedans  que  des 
débris  d'ossements  humains.  A  Villeneuve  et  à  Saint-Uze ,  en  1828, 
semblables  découvertes  furent  faites. 

M'est-ce  pas  une  preuve  que  cette  région  a  été  peuplée  dès  les  temps 
les  plus  anciens  et  que  le  Douévas  pourrait  bien  répondre  à  nos  espé- 
rances et  à  nos  vœux  i? 

Avant  de  terminer  cet  exposé  déjà  long,  laissez-moi  vous  dire, 
Messieurs,  que  Topimon  de  M.  de  Golonjon  et  de  ceux  qui  l'ont  secondé 
dans  ses  recherches,  a  rencontré  des  contradicteurs. 

Les  géologues  et  le  savant  H.  Lory,  entre  autres,  nient  tout-à-fait  le 
caractère  monumental  ou  religieux  desroch^  quidaixsmt.  Les  sables, 
analogues  à  ceux  de  Larnage  (débris  d'un  granjt  kaolinisé  remaniés 
par  les  eaux) ,  de  la  base  du  coteau  de  Douévas  deviennent,  dans  le 
haut,  purement  quartzeux  et  sont  même  durcis  irrégulièrement,  par 
places ,  par  un  ciment  siliceux,  qui  souvent  y  a  formé  des  concrétions 
de  calcédoine  ou  de  petits  cristaux  de  quartz  très-nets.  «  11  résulte  de 
cette  imprégnation  siliceuse  irrégulière  des  blocs  de  grès  très-durs,  de 
formes  bizarres,  qui  restent  en  saillie  parce  que  les  sables  environnants 
ont  été  entraînés  ;  ces  blocs  de  grès  rappellent  ceux  de  Fontainebleau  : 
un  d'eux ,  remarquable  par  sa  position  d'équilibre  instable,  et  ressem- 
blant au  premier  abord  à  un  menhir,  est  connu  dans  le  pays  sous  le 
nom  de  rochs  qui  danse  ■.  » 

Je  suis  loin  de  nier  la  merveilleuse  puissance  de  la  nature  dans  le 
cromlech  de  Douévas  ;  mais  il  me  semble  bien  difficile,  avec  elle  seule, 
d'expliquer  la  distance  précise  de  quatre  blocs  au  moins  de  la  2*  en- 
ceinte et  de  plusieurs  des  enceintes  successives.  N'est-il  pas  reconnu , 


(1)  Voir  Cartuktire  de  Saint- Chafpre  ^  publié  par  M.  l'abbé  Chevalier. 

(2)  Description  géologique  du  Dauphiné,  3*  partie,  p.  622. 


rr 


\'l  SOCIÉTÉ  D'IBGHÉOIOGIE  ET  DE  STATISTIQUE. 

d'ailleurs ,  aujourd'hui ,  que  les  dolmens ,  menhirs ,  etc.,  appartiennent 
tous,  à  peu  près ,  aux  gisements  au  milieu  desquels  ils  sont  érigés,  et 
que  les  matériaux  de  nos  monuments  primitifs  ont  été  employés  à  la 
place  même  où  la  nature  les  avait  offerts?  Vouloir  qu'ils  soient  partout 
en  granit,  comme  en  Bretagne,  c'est  conclure  de  la  partie  au  tout. 

Il  reste  une  autre  difficulté  qu'un  habile  archéologue  m'a  promis  de 
formuler  dans  le  Bulletin  K-  c'est  que  de  tous  les  monuments  celtiques 
connus  jusqu'à  ce  jour  aucun  ne  présente  des  blocs  du  volume  et  du 
poids  de  ceux  de  Saint-Barthélémy. 

Je  ne  suis  pas  en  mesure,  on  le  conçoit,  de  combattre  cet  argument 
par  des  preuves  de  visu  ;  toutefois ,  sans  parler  du  monolithe  de 
Locmariaker,  de  64  pieds  de  long  et  du  poids  de  4,000  quintaux  *,  je 
noterai,  avec  M.  Plessier,  que  souvent  des  fouilles  peuvent  modifier  les 
hauteurs  connues,  comme  il  est  arrivé  depuis  peu  pour  le  menhir  de 
Saint-Brice ,  qui,  de  1"  70,  est  arrivé  à  4"  20. 

Quant  aux  moyens  employés  pour  l'érection  de  ces  roches  colossales, 
à  une  époque  où  la  dynamique  n'avait  pas  encore  révélé  ses  ressources , 
M.  l'abbé  Puyo  les  trouve  dans  la  foi  des  populations  primitives  '.  La 
vigueur  de  ces  races  robustes ,  fait-il  observer  avec  raison ,  s'exaltait  à 
la  pensée  du  but  sacré  qu'il  fallait  atteindre.  Au  jour  fixé,  tous  les 
hommes  valides  de  la  peuplade  partaient ,  et ,  au  signal  du  druide,  des 
milliers  de  bras,  agissant  h  la  fois ,  dressaient  sur  leur  base  les  roches 
dont  notre  âge  étudie  curieusement  la  destination. 

Maintenant,  vous  connaissez,  Messieurs,  le  monument  de  Saint-Bar- 
thélemy-de-Yals.  11  est  à  2  kilomètres  du  village,  au  sud-ouest,  dans 
la  direction  de  Pensas,  du  Rochain  et  de  Saint-Victor.  On  y  arrive  par 
Saint-Vallier,  par  Saint-Donat  ou  par  Tain  et  Ghantemerle ,  en  quittant 
la  route  à  Marnas  ou  à  Samt-Barthélemy  même.  La  course  est  facile, 
les  points  de  vue  sont  admirables,  les  chemins  excellents,  la  végétation 
splendide.  Allez,  et  vous  serez  satisfaits  du  voyage  ^. 


(1)  M.  le  baron  Durand  de  Fontmagne. 

(2)  Mahé,  Antiquités  du  Morbihan. 

(3)  Bulletin  de  la  Société  d'archéologie ,  etc. ,  de  Seine-et-Marne ,  loc. 
cit. 

(4)  Une  somme  de  150  fr.  a  été  votée  à  la  suite  de  ce  rapport  pour  faire 
les  fouilles  qui  y  sont  demandées. 


PLAN  DU  CROMLECH  DE  DOUBVAS 


xè 


B'd 


NORD 


de  1    Dullim  par  nvèlre 


DESCEIPTION  DES   ROCHES    PRINCIPALES 


ÉB'Jv'Ji        A     N*th_3ao 


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/l..<^./^'^ 


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LE  CROMLECH  DE  SÀimT-BABIHÉLEMY-DE-YALS.  43 


OBSERVATIONS 

de  M.  le  baron  DURiUVO  DE  VOJXrTMAGKJR. 


A  Monsieur  Fayard  ,  conseiller  à  la  Cour  i/mpériale 

de  Lyon. 

Monsieur  , 

Je  réponds  beaucoup  trop  tardivement  au  savant  rapport  de 
M.  Lacroix  sur  les  pierres  de  Douévas ,  commune  de  Saint-Bar- 
thélemy-de-Vals.  Je  regrette  de  ne  pas  avoir  une  plume  aussi 
pittoresque  et  imagée ,  mon  travail  en  serait  d'une  lecture  plus 
facile  et  plus  attrayante.  Reconnaissant  toute  mon  impuissance, 
je  réclame  votre  indulgence ,  et  la  suite  vous  convaincra  que 
j'en  ai  besoin. 

Le  travail  sur  lequel  vous  avez  désiré  avoir  ma  modeste 
opinion,  se  divise  en  deux  parties  : 

1o  Une  dissertation  sur  l'ensemble  des  monuments  que  l'on 
appelait  autrefois  celtiques  ou  druidiques ,  et  auxquels  on  donne 
aujourd'hui  le  nom  de  mégalithiques,  probablement  pour 
ajouter  un  peu  plus  d'obscurité  dans  les  discussions  qui  en 
traitent. 

9p  La  description  du  monument  de  Douévas  et  les  preuves 
qui  permettront  de  le  classer  parmi  un  des  premiers. 

Toutes  les  questions  qui  se  rattachent  à  l'ensemble  des  monu- 
ments celtiques  étant  étudiées ,  il  faudrait  un  gros  volume  pour 
les  traiter  chacune  complètement  ;  comme  je  ne  puis  abuser  de 
votre  patience  et  ayant  d'ailleurs  peu  de  confiance  en  mes  forces, 
je  ne  ferai  que  les  effleurer,  bien  heureux  si  je  ne  suis  pas  obscur 
et  ennuyeux. 

D'après  M.  Lacroix,  les  monuments  celtiques  seraient  les 
peulvcms  ou  menhirs,  les  lichavens  ou  trilithes,  les  pierres 
branlcmtes,  les  cromlechs,  les  dolmens,  les  alignements ,  les 
allées  cou/oertes  et  les  tumuli  ou  barrows. 


44  SOCIÉTÉ  d'archéologie  et  de  statistique. 


Peulvans  ou  menhirs. 

Les  menhirs  plantés  çà  et  là  prennent  le  nom  de  pavé  des 
Géants;  isolés,  de  palets  de  Gargantua;  on  les  appelle  encore 
Pierres  ficties  ou  fites,  Chaires  au  diable,  etc.  *  On  les  appelle 
encore  de  bien  d'autres  noms ,  car  il  n'y  a  pas  un  menhir  en 
France  qui  n'ait  le  sien  propre.  Aucun  de  ces  noms  n'est  géné- 
rique, aucun  ne  remonte  bien  haut,  j'entends  à  l'origine.  Je  ne 
connais  pas  de  réunion  de  menhirs  s'appelant  jjavé  des  Géants; 
il  n'y  a  que  la  pierre  de  Poitiers  qui  porte  le  nom  de  palet  de 
Gargantua,  et  c'est  un  dolmen.  Du  reste,  je  le  répète,  chaque 
monument  celtique  a  son  nom  particulier  dans  la  localité  où  il 
se  trouve ,  nom  qui  lui  a  été  donné  sans  aucun  souci  historique, 
et  seulement  à  cause  de  sa  conformation,  de  sa  position  ou 
de  toute  autre  cause  ;  il  ne  paraît  pas  bien  nécessaire  de  les 
rapporter. 

Le  nom  de  menhir,  qui,  tout  le  monde  le  sait,  ne  signifie  que 
pierre  longue,  n'est  certainement  pas  celui  que  nos  anciens 
pères  lui  donnaient.  Les  Bretons  les  appelaient  ainsi  par  la  même 
raison  que  l'on  les  appelle  petra  erecta,  saamm  erectum  2 
dans  les  XI«  et  Xn«  siècles  :  haute  roche,  pierre  levée,  fichée, 
dans  les  lieux  où  l'on  parlait  français;  peyra  levada  (pierre 
levée),  dans  le  Languedoc,  etc.  La  recherche  de  leur  origine 
et  de  leur  signification  est  toute  récente,  ainsi  que  pour 
les  autres  monuments.  Legrand  d'Aussy,  je  crois,  a  été  l'in- 
venteur de  la  plupart  des  noms  bretons  dont  nous  nous  servons 
aujourd'hui  ^ ,  et  du  temps  de  Pennant ,  d'après  Cambry,  qui 
partage  cet  avis,  le  pluriel  de  menhir  était  main-hirion  *.  A  la 
fin  du  siècle  dernier,  on  s'en  occupait  si  peu  que  Robin,  dans 
ses  Remarquas  sur  le  camp  de  César  (Saumur,  1764),  dit  : 


(1)  Rapport  de  M.  Lacroix. 

(2)  DULAURE. 

(3)  Legrand  D'Aussy  ,  Mémoires  de  VInstilutj  t.  II ,  an  VII ,  p.  549  et  sui- 
vantes. 

(4)  Cambry,  Monuments celiiques,^.  102. 


LE  CROMLECH  DE  SAIlfl^BAETHÉLEMT-DE^TÂLS.  45 

c  Les  pierres  couvertes  de  Bagneux  auprès  de  Saumur  et  celles 
*  du  pont  de  Ce  à  Rablay  m'embarrassent  ;  je  ne  sais  si  on  doit 
»  les  regarder  comme  un  ouvrage  des  Romains  ou  des  Barbares 
»  qui  leur  succédèrent  dans  les  Gaules.  »  Et  il  penche  à  les 
trouver  gothiques  K  Remarquez  que  Robin  était  un  savant  fort 
instruit,  et  qu'il  s'agit  du  plus  magnifique  dolmen,  situé  dans  la 
contrée  la  plus  riche  de  France  en  monuments  semblables , 
sans  en  excepter  la  Bretagne.  Montfaucon,  Caylus^,  Courtépée , 
si  minutieux  pour  la  Bourgogne ,  qui  tous  rassemblent  tout  ce 
qu'ils  peuvent  trouver  sur  les  druides  et  les  Celtes ,  ne  se  faisant 
pas  faute  de  leur  attribuer  le  temple  de  Montmorillon  ^  et  celui 
de  Landleff^,  ne  disent  pas  un  mot  des  menhirs  et  des  dolmens, 
alors  bien  plus  nombreux  qu'aujourd'hui,  ou,  s'ils  en  parlent, 
c'est  pour  leur  donner  une  origine  toute  différente.  Il  ne  faut 
donc  pas,  à  mon  avis,  mettre  une  grande  importance  aux  noms 
donnés  aux  différents  menhirs. 

Dans  quel  but  ont-ils  été  élevés  ?  Je  crois  que  depuis  les  âges 
les  plus  reculés  on  leur  a  attribué  toutes  les  significations 
possibles ,  et  les  savants  de  nos  jours  ,  ou ,  plutôt ,  ceux  qui  se 
sont  occupés  de  ces  questions  sans  les  avoir  trop  étudiées,  n'ont 
pas  manqué  de  renchérir.  On  a  confondu  à  plaisir  les  menhirs 
avec  toutes  les  pierres  imaginables ,  avec  celles  qui  leur  ressem- 
blaient le  moins,  par  exemple ,  avec  les  batyles  ^,  qui  étaient  de 
petites  pierres  portatives.  Ainsi ,.  en  prenant  au  hazard  de  mes 
notes  : 

Dulaure  soutient  que  les  menhirs  sont  des  pierres  tremblantes 
en  l'honneur  du  dieu  Mark ,  le  Thot  des  Égyptiens,  l'Hermès  des 
Grecs,  et  Olaus  Magnus  en  a  vu  portant  des  caractères  runiqucs^, 


(t)  Monuments  gaulois  du  département  de  Maine-et-Loire,  par  Godard- 
Faultrieb,  p.  2. 

(2)  Gaylus  appelle  les  menhirs  des  roches  solitaires ,  t.  II ,  p.  318. 

(3)  Mémoires  de  la  Société  des  arUiquités  de  l'Ouest ,  t.  1,  p.  42. 

(4)  Dictionnaire  de  Joanne,  aa  mot  Landleff,  et  beaucoup  d'autres  auteurs. 

(5)  Facgonnbt,  Mémoires  de  l'académie  des  inscriptions,  !'•  série,  t.  VI , 
p.  513  et  suivantes  et  ci-plus  bas  aux  pierres  branlantes, 

(6)  Loe.  cU, 


46  SOCIÉTÉ  d'archéologie  ET  DE  STÀHSTIQUE. 

ce  qui ,  dans  tous  les  cas ,  ne  prouyerait  pas  une  haute  antiquité , 
car  les  caractères  runiques  remonteraient  tout  au  plus  à  Odin  ^ 
et  étaient  encore  en  usage  au  XI«  siècle  2. 

Lefèvre  leur  donne  une  destination  tantôt  funéraire,  tantôt 
monumentale  3. 

M.  Mérimée  les  considère  comme  des  idoles  grossières  ou 
simples  pierres  destinées  à  désigner  une  sépulture  ^. 

D'après  H.  de  Barrant,  ils  sont  dédiés  à  la  mémoire  d*un 
guerrier  mort  sur  le  champ  de  bataille  ^. 

M.  de  Caumont,  essayant  de  résumer  ce  quia  été  dit,  indique 
trois  opinions  :  !<>  ces  pierres  étaient  destinées  à  honorer  les 
dépouilles  mortelles  des  Celtes,  parce  qu'on  a  souvent  trouvé  des 
ossements  enterrés  près  d'elles  ;  2»  c'étaient  des  espèces  d'idoles 
regardées  comme  l'emblème  de  la  divinité  ;  3o  quelques-unes 
ont  pu  être  élevées  pour  perpétuer  la  mémoire  d'événements 
historiques ,  tels  que  les  batailles  ^. 

M.  le  chanoine  Bourassé  croit  qu'ils  représentent  un  rayon  du 
soleil  7.  M.  Godard  Faultrier,  le  savant  conservateur  du  musée 
d'Angers,  partage  son  opinion,  parce  que,  dit-il,  un  menhir  est 
un  obélisque  et  qu'un  obélisque  est  un  rayon  du  soleil  ;  et  il 
donne  en  preuves  :  1°  que  l'obélisque  de  Rome  de  la  place  du 
Peuple  était  dédié  au  soleil  ;  2°  que,  d'après  Hérodien,  les  habi- 
tants d'Édesse  adoraient  une  pierre  énorme  dédiée  au  soleil; 
mais  il  oublie  de  prouver  qu'un  menhir  soit  un  obélisque  ^.  Il 
croit  encore  que  les  menhirs  peuvent  être  des  batyles,  oupeul- 
vans  dieux,  s'appuyant  sur  Arnobe,  écrivain  du  III«  siècle,  qui 


(1)  Histoire  du  Danefnarch,  par  Mallet,  p.  1260. 

(2)  Mémoires  de  la  Société  royale  des  antiquités  du  Nord,  1845-1849  ,  in 
flnem. 

(3)  Merveilles  de  l'architecture ,  par  André  Lefèvrb. 

(4)  Notes  d'un  voyage  dans  V Ouest  de  la  France,  1836. 

(5)  Mémoires  de  la  Société  des  lettres ,  etc, ,  de  VAveyron ,  t.  IV,  p.  677. 

(6)  Cours  d'antiquité  monumentale ,  p.  69. 

(7)  Mémoires  de  la  Société  archéologique  de  la  Touraine,  t.  !•%  p.  75-80. 

(8)  Monuments  gaulois  du  départem£nt  de  Maine-et-Loire ,  p.  39-42. 


LE  CROMLECH  DE   SAIKT-BiBTHÉLEUT-DE-yiLS.  47 

dit  :  c  Aussitôt  qao,  j'apercerais  une  pierre  huilée,  j'allais  la  bai- 
3  ser,  comme  si  elle  eût  renfermé  quelque  vertu  divine,  et  je 
»  lui  parlais  i.  » 
Je  m'arrête. 

Il  est  jusqu'à  présent  impossible  de  savoir  directement  quel 
était  l'usage  des  menhirs  sous  les  druides ,  puisqu'ils  ne  nous 
ont  rien  laissé  ;  mais  en  recherchant  dans  les  anciens  auteurs 
ce  que  représentaient  les  pierres  dressées  chez  les  peuples  avec 
lesquels  nos  Celtes  ont  eu  des  rapports ,  on  peut  arriver  avec 
assez  de  probabilité  à  connaître  l'usage  de  celles  que  nous 
étudions. 
Dans  la  Bible  on  trouve  :  «  Vous  élèverez  de  grandes  pierres 
que  vous  enduirez  de  chaux ,  afin  de  pouvoir  écrire  toutes  les 
paroles  de  la  loi  2.  Jacob,  après  le  rêve  de  l'échelle,  prit  la  pierre 
qu'il  avait  mise  sous  sa  tète  et  U érigea  comme  un  monument, 
répandant  de  l'huile  dessus:  et  cette  pierre,  dit-il,  que  j'ai 
dressée  comme  un  monument,  s'appellera  la  maison  de  Dieu'. 
Jacob,  après  s'être  réconcilié  avec  Laban,  prit  une  pierre,  et 
en  ayant  dressé  un  monument  dit  :  apportez  des  pierres ,  et 
en  ayant  ramassé  plusieurs  ensemble ,  ils  en  firent  un  lieu 
élevé,  etc. ,  etc.;  et  Laban  le  nomma  le  monceau  du  témom, 
et  Jacob,  le  monceau  de  pierres  du  témoignage ,  chacun  selon 

la  propriété  de  sa  langue  ^ Ce  lieu  élevé  et  cette  pierre 

que  j'ai  dressée ,  serviront  de  témoins  entre  vous  et  moi.  Vous 
ne  ferez  point  d'idoles  ni  d'images  taillées  ;  vous  n'élèverez 
point  de  colonnes ,  ni  de  monuments  et  vous  n'érigerez  point 
dans  votre  terre  de  pierre  remarquable  pour  l'adorer  ;  car 
je  suis  le  Seigneur  votre  Dieu  &. 

»  Après  que  vous  aurez  passé  le  Jourdain....  (dit  Dieu  à  Josué), 
prenez  douze  pierres  très-dnres  que  vous  placerez  dans  le  camp 
au  lieu  où  vous  aurez  cette  nuit  dressé  vos  tentes, .. . .  afin  qu'à 


(1)  Monuments  gaulois  du  département  de  Maine-et-Loire,  p.  46. 

(2)  Deutéronome  ,  eh.  XXVII. 

(3)  Genèse,  eh.  XXVIII. 

(4)  Idem ,  ch.  XXXIV. 

(5)  LÉviTiQUE,  ch.  XXXVI. 


'IS  SOCIÉTÉ   d'aEGHÉOLOGIE  ET  DE  STATISTIQUE. 

»  Tavenir,  quand  vos  enfants  vous  demanderont  que  signifient 
»  ces  pierres,  vous  leur  répondiez...  :  ces  pierres  ont  été  mises 
»  en  ce  lieu  pour  servir  aux  enfants  d'Israël  de  monument 
»  éternel...  qui  dira  :  Israël  a  passé  à  sec  au  travers  du  lit  du 
»  Jourdain ,  Josué  i  iit  alliance  ce  jour-là  avec  le  peuple ,  de  la 

»  part  du  Seigneur et  il  prit  une  très-grande  pierre et 

»  il  dit  à  tout  le  peuple  :  Cette  pierre  que  tous  voyez,  vous 
»  servira  de  témoignage  qu'elle  a  entendu  toutes  les  paroles 
>  que  le  Seigneur  vous  a  dites  ^.  Les  Philistins  furent  taillés  en 
»  pièces  et  Samuel  prit  une  pierre  qu'il  plaça  entre  Maspha  et 
»  Sen  et  appela  ce  lieu  la  pierre  du  secours  3.  » 

Ho:nère  *,  Plutarque  *,  Hérodien  «  montrent  que  l'usage 
d'élever  des  pierres  sur  des  monuments  funéraires  existait  en 
beaucoup  d'endroits. 

D'après  Pausanias,  Hercule,  ayant  vaincu  les  Orchoméniens, 
posa  une  pierre  comme  monument  de  sa  victoire  7.  M.  Maudet 
de  Penbonet  fait  remarquer  qu'Hercule  était  un  nom  commun 
à  plusieurs  chefs  phéniciens  et  peut-être  celui  de  tous.  D'après 
Bochard,  plusieurs  d'enlr'eux  ont  élevé  des  colonnes  commé- 
moratives  un  peu  partout»;  Strabon  dit  même  :  «  C'était  la 
»  coutume  parmi  les  anciens  d'élever  de  ces  sortes  d'obélisques , 
j»  comme  la  colonne  de  Regium^.  »  D'après  Diodore  de  Sicile, 
Sémiramis  fit  élever  une  pyramide  d'une  seule  pierre ,  qui  fut 
mise  au  nombre  des  merveilles  du  monde  ;  il  dit  aussi  que  les 
Saces  dressèrent  à  leur  reme  Zarime  un  tombeau  magnifique 
qui  était  une  pyramide  triangulaire  ^^ ,  et  encore  que  Sésostris 


(t)  JosTiÉ,  eh.  IV. 

(2)  Idem,  ch.XXIV. 

(3)  Rois ,  1.  I",  ch.  VU. 

(4)  Iliade ,  I.  XI. 

(5)  Vie  d'Alexandre,  édition  de  1717. 

(6)  Liber  IV. 

(7)  BÉOT.,  I.  IX. 

(8)  Recherches  historiques  sur  la  Bretagne ,  1"  partie,  p.  76. 

(9)  Geog.,  1.  XVII. 

(10)  Livre  I",  section  2  et  livre  II. 


LE  CBOMLECH  DE  SAINT-BARTHÉLEMr-DE-¥ALS.  49 

laissait  des  colonnes  partout  où  il  passait.  On  trouve  dans 
Ammien  Marcellin  que  les  Arabes ,  les  Perses ,  les  Scythes  et  les 
peuples  antérieurs  plaçaient  des  colonnes  et  érigeaient  des 
pierres  comme  souvenirs  d'événements.  Et  plus  spécialement , 
les  Gaulois  indiquaient  les  espaces  qu'ils  appelaient  lieues  par 
des  pieires  blanches  i.  Quinte-Curce ,  faisant  arriver  l'armée 
d'Alexandre  dans  la  Sogdiane ,  dit  qu'ils  avaient  déjà  traversé  les 
termes  de  Bacchus,  qui  étaient  des  pierres  à  intervalles  rap- 
prochés ^.  Élien  dit  que  les  Gaulois  étaient  dans  l'usage  d'ériger 
des  monuments  à  la  mémoire  de  ceux  qui  étaient  tombés  en 
combattant  pour  la  patrie  ^,  et  cet  usage  s'est  perpétué  ;  car 
Olaus  Magnus  rapporte  que  l'ancienne  coutume  des  Goths  et  des 
Suénons  était  d'élever  des  pierres,  comme  les  pyramides  d'Egypte, 
qui  avaient  de  10  à  30  pieds  d'élévation,  dans  les  endroits  où  les 
combats  avaient  été  les  plus  rudes,  et  on  en  a  trouvé  où  étaient 
des  épitaphes  telles  que  celles-ci  :  Moi ,  Utus ,  combattant  pour 
la  patrie,  j'ai  tué  32  guerriers  et  j'ai  reçu  la  mort  des  mains  de 
Rollo.  —  Je  suis  Ingolrus ,  descendu  dans  la  tombe  ceint  de 
mon  épée,  dans  un  âge  avancé,  couvert  de  blessures.  —  Abs- 
tenus ,  faisant  le  bien  pendant  la  paix  et  cherchant  la  gloire 
dans  les  combats,  a  mérité  une  louange  éternelle^.  Cette  der- 
nière ,  à  mon  avis,  serait  moins  ancienne ,  à  cause  de  la  louange 
des  actions  pendant  la  paix,  qui  sort  des  habitudes  des  anciens 
habitants  du  Nord.  Enfin,  il  est  certain  que  plusieurs  peuples  dif- 
férents ont  adoré  des  pierres  plus  ou  moins  grosses.  Pausanîas 
le  dit  des  Pélasges  dont  les  idoles  étaient  de  simples  pierres 
brutes  comme  la  pierre  que  l'on  donnait  à  Hyette  en  Béotie  pour 
une  antique  image  d'Hercule.  A  Phares  on  adorait  30  pierres 
simplement  équarries ,  sous  le  nom  de  Divinité ,  et  il  remarque 
que  ces  pierres  étaient  les  anciens  simulacres    des  Grecs. 
Hérodien  cite  la  pierre  de  Pessinunte,  qui  était  un  aérolithe. 


(1)  Gambrt,  loc.  cit.,  p.  276. 

(2)  Maddet  de  Pendonet,  loc.  cit.,  p.  72. 

(3)  Mémoires  de  Vacadémie  celtique,  t.  V,  p.  349. 

(4)  Maudet  de  Penhonbt,  loc.  cit.,  p.  75. 


20  SOCIÉTÉ  d'archéologie  et  de  statistique. 

Tous  les  auteurs  sont  pleins  de  mentions  de  toute  espèce  de 
pierres  adorées  ;  mais  le  plus  souvent  ce  sont  des  pierres  por- 
tatives ou  contenant  des  signes  ou  représentant,  plus  ou  moins 
grossièrement,  des  sujets. 

Il  serait  facile  de  multiplier  ces  exemples  ;  mais  il  me  semble 
que  j'en  ai  assez  donné,  et  peut-être  trop,  pour  prouver  que 
chez  tous  les  peuples  de  l'antiquité  on  a  employé  les  pierres  sa- 
crées à  toute  sorte  d'usages,  et  qu'il  doit  en  avoir  été  de  même 
chez  nos  ancêtres.  Cependant ,  à  cause  de  la  pureté  du  dogme 
religieux  que  tous  les  anciens  reconnaissent  dans  la  religion 
druidique ,  à  cause  du  silence  complet  des  anciens  auteurs  sur 
l'adoration  des  pierres  parmi  eux,  je  ne  crois  pas  que  les  men- 
hirs aient  jamais  été  adorés.  On  comprendrait  difficilement  que 
César  qui  a  dû  en  voir  partout,  puisqu'ils  étaient  innombrables , 
et  qui  a  parlé  avec  détail  de  la  religion,  n'en  eût  pas  parlé,  si 
c'étaient  les  dieux  du  pays. 

Il  n'est  pas  possible  non  plus  d'admettre  que  ce  soient  des  mo- 
numents funéraires.  On  peut  dire  que  ce  n'est  que  très-rare- 
ment que  l'on  a  trouvé  sous  eux  des  traces  funèbres,  et  encore 
les  auteurs  qui  mentionnent  ce  fait  inspirent  en  général  peu  de 
confiance ,  et,  au  contraire,  tous  ceux  qui  ont  fouillé  avec  soin 
et  dont  les  études  sont  spéciales,  s'accordent  à  dire  que  l'on  ne 
trouve  rien  sous  les  menhirs.  Cambry  en  a  fait  fouiller  plus 
de  trente  et  n'a  jamais  rien  trouvé  i,  et  je  puis  affirmer  que  je 
ne  connais  aucun  auteur  moderne  qui  ait  jamais  découvert  des 
ossements  sous  les  menhirs.  En  Bretagne ,  où  les  fouilles  se 
font  si  admirablement,  on  n'a  rien  pu  constater  d'une  manière 
certaine. 

Je  crois  donc  que  les  menhirs  étaient  chez  nos  ancêtres,  comme 
chez  la  plupart  des  nations  dont  ils  tirent  leur  origine,  des 
pierres  de  souvenir,  de  rappel;  on  élevait  une  ou  plusieurs 
pierres  toutes  les  fois  que  l'on  voulait  rappeler  à  la  mémoire  des 
descendants  un  événement  majeur,  une  bataille,  un  combat 
particulier,  une  limite ,  un  lieu  où  auraient  été  faits  un  traité ,  un 


(1)  D'après  Legrand  d'ILusst,  Mémoires  de  V Institut,  t.  Il,  an  VIT,  p  553. 


LE  OBOHLEGH  DE  SAINT-BA&THÉLEMT-DE-TALS.  2\ 

accord ,  une  alliance ,  une  tombe  mémorable  ;  ce  n*était  pas  la 
tombe ,  mais  cela  indiquait  qu'il  en  existait  une ,  cette  dernière 
destination  étant  commune,  et  l'on  voit  encore  aujourd'hui 
beaucoup  de  menhirs  placés  ordinairement  deux  par  deux  et 
indiquant  l'ouverture  d'un  dolmen.  Dans  l'Ardèche  on  les 
appelle  des  pl&a/reuses. 

Les  Lighavens. 

La  plupart  des  auteurs  et  surtout  ceux  qui  n'ont  pas  appro- 
fondi la  question  en  parlent.  Je  n'en  ai  jamais  vu ,  et,  cependant , 
j'ai  été  dans  bien  des  endroits  désignés  pour  en  contenir.  J'en 
ai  demandé  dans  tous  les  pays  et  ne  connais  personne  qui  ait 
été  plus  heureux.  On  a  souvent  indiqué  comme  lichaven  de 
vieux  dolmens  ruinés  dont  il  ne  restait  que  partie  des  supports 
de  côté ,  et  encore  plus  souvent  des  pierres  naturelles  qui  se 
trouvaient  dans  des  lieux  où  probablement ,  jamais  auparavant , 
on  n'avait  aperçu  de  monuments  religieux. 

Les  seuls  lichavens  certains  sont  ceux  qui  composent  le  mo- 
nument de  Stonehenge ,  à  6  milles  de  Salisbury,  et  encore  ce  ne 
sont  pas  des  lichavens ,  comme  on  veut  les  entendre ,  car  s'il  y 
a  deux  pierres  qui  en  supportent  une  autre ,  cela  fait  partie  d'un 
cercle  complet  d'un  monument  spécial ,  et  il  serait  aussi  à  remar- 
quer que  ce  n'est  pas  très-ancien.  Les  pierres  inférieures  por- 
tent un  tenon  qui  s'engage  dans  une  mortaise  creusée  dans  la 
pierre  horizontale  ^  et,  si  toutes  ou  presque  toutes  les  pierres 
celtiques  portent  des  traces  du  travail  de  l'homme ,  contraire- 
ment à  l'opinion  autrefois  généralement  reçue ,  le  travail  est 
grossier  et  sans  recherche.  A  propos  du  monument  de  Mercure, 
Acervum  Merourii,  dont  il  est  question  dans  la  Bible  2,  Cambry 
rapporte  ^  que  ces  amas  de  pierres  étaient  appelés  Margemah 
ou  Merkoles;  ils  sont  ainsi  décrits  par  le  rabin  Nathan  :  «  Ces  autels 
>  à  Mercure  étaient  disposés  de  manière  qu'une  pierre  en  couvrît 


(1)  Gharton,  Voyageurs  anciens  et  modernes,  t.  !•',  p.  230. 

(2)  Proverbes  de  Salomon,  1.  XXVl. 

(3)  Loc.  cilat,,  p.  191. 

Tome  IV.  —  1869.  2 


22  soçi;éïé  oVacBéoi^a^!:  (ET  de  «TAi^^xiaiTi^.* 

»  une  d*vin  côté  deux  de  Tautre ,  enfooiicées  €19  terre  et  une 
p  troisième  par  dessus.  »  Un  $^utre  rabbin^  Sephea  Acbmana,  dit 
la  même  chose.  Mais  re9)arquez  qu^il  s'agit  d'un  amas  de  pierres 
disposées  co^ime  dessus  3  et  .que  là  encore  ne  Eie  retrouve  pas 
ce  monument  y  le  lj€il;^^yen.  ile^uis  donc  fondé  jusqu'à  présent 
à  dire  que  le  lichaven  ou  trilithe  n'existe  pas ,  et  qu'il  d'y  a  p^s 
de  monument  spécial  formé  de  trois  pierres ,  dont  l'une  est 
supportée  par  les  deux  autres. 

Dolmens. 

Un  dolmen  rappelle  une  table  .de  grès  ou  de  grajût  plus  ou 
moins  longue ,  épaisse  d'un  à  trois  pieds ,  placée  sur  d'autres 
pierre^  au  nombre  de  trois  au  moins  et  de  qyinze  au  plus.  Ce 
monument,  diyjsé  par  des  pierres  de  champ  à  l'intérieur,  est 
creusé  ep  forme  de  bassins  arrondis  formant  une  sorte  de  yase 
mis  en  communication  avec  d'autres  par  des  rigoles  destinées 
à  faire  écouler  le  sang  des  victimes.  Il  y  en  a  même  qui  sont 
percés  d'un  trou  réservé ,  sans  doute,  au  mè^ie  usage  ^ 

Je  regrette  d'avoir  à  contrediriÇ  presque  tous  les  tenues  de 
cette  définition. 

Il  reste  des  tables  de  dolmens  en  pierres  de  toute  Qature  :  on 
prenait  tpujours  la  pierre  la  plus  voisine,  et  il  n'esï  pas  exact 
de  dire  qjuie  Ton  allé^t  exprès  les  chercher  à  jxne  distance  plus  ou 
moins  éloignée.  Dans  toutes  les  parties  de  la  France ,  pn  m'a 
toujours  indiqué  la  prjovezjiance  probable  ou  certaine  des  pierres 
composant  le$  dolmens ,  et  elle  était  toujours  .ai^ssi  voisine  que 
possible.  J'ai  vu  l'em^lai^ement  d'o^  ^y^it  été  extraite  la 
magnifique  dalle  du  dolmep  de  Livernon ,  i^ppelé  la  pm're 
martmey  et  il  pst  à  (jpujelqujes  mètres.  Si  dPW  il  .avait  été  de  règ^e 
de  choisir  certaiujes  pierries  et  de  les  prendra  au  loin ,  qu  n'y 
aurait  pas  manqué  pour  le  plus  piagniâque  dolnqùep  de  I4  région 
m,éridlon?le. 

L'épaisseur  de  la  dalle  supérieure,  des  pierres  de  support  varie 
dans  des  limites  beaucoup  plus  étendues  que  de  un  à  trois  pieds, 
et  il  y  en  a  de  toutes  sortes  ;  ce  qui  est  facile  à  constater  en  con- 
sultant les  mesures  de  tous  les  dolmens  que  j'ai  prises  sur  les 

(1)  Rapport  de  M.  Lacroix. 


LE  €BOHa.feCH  DE  SAIKT-BABTHéiBlIY-BE-VALS.  23 

lieux,  et,  au  hasard,  je  trouve  que  dans  les  dolmens  de  VAr- 
dèche ,  près  de  Sérias ,  canton  de  Bannes ,  arrondissement  de 
Largentière ,  qui  sont  très-nombreux  et  très-serrés ,  l'épaisseur 
des  dalles  supérieures  varie  de  0n»,20  à  0"»,80  ;  qu'il  y  en  a  peu  de 
cette  dernière  dimension  et  qu'il  y  a  des  parties  de  la  pierre  qui 
n'ont  souvent  pas  plus  de  0,04  à  0,05.  Dans  le  beau  dolmen  de 
Saint-Ântoine-du-Rocher,  canton  de  Neuillé-Pont-Pierre ,  ar- 
rondissement de  Tours  (Indre-et-Loire),  je  trouve  que  l'épais- 
seur des  pierres  varie  de  0,40  à  1,S0,  et  je  suis  certain  que  si  je 
cherchais  dans  mes  notes ,  j'en  trouverais  de  plus  épaisses ,  bien 
que  je  ne  crois  pas  en  connaître  qui  atteigne  deux  mètres. 
Ifai«  ceci  n'Indique  aucun  parti  pris  :  on  se  servait  des  pierres 
telles  qu'on  les  trouvait  ou  les  prenait  à  la  carrière. 

Le  nombre  de  trois  pierres  au  moins  et  de  quinze  au  plus  est 
loin  d'être  sacramentel  pour  les  dolmens.  Je  ne  crois  pas  qu'il  en 
existe  qui  n'ait  que  trois  supports,  attendu  qu'il  y  aurait  un  côté 
qui  aurait  été  vide ,  et ,  comme  les  dolmens  sont  incontestable- 
ment des  tombeaux ,  d'après  l'avis  unanime  des  savants  les  plus 
compétents  et  les  plus  instruits,  ce  que  du  reste  j'espère 
prouver  plus  bas ,  on  ne  comprendrait  pas  un  tombeau  ouvert  ; 
ce  serait  absolument  contraire  aux  idées  de  tous  les  peuples , 
dans  tous  les  temps  et  dans  tous  les  lieux.  Les  exceptions  très- 
rares  que  Ton  pourrait  citer  confirmeraient  la  règle.  De  plus , 
tous  les  dolmens  ont  été  enterrés ,  au  moins  tous  les  dolmens 
tcmibeaux  :  ceci  efst  un  fait  qui  ne  peut  être  prouvé ,  mais  il  faut 
i^u'un  de  ces  monuments  soit  bien  détruit,  si  on  n'aperçoit 
pas  aux  environs  la  trace  du  tumulus  qui  le  recouvrait.  Dans 
les  pays  qui  recèlent  encore  des  fouilles  à  faire ,  les  dolmens 
que  Ton  trouve  intacts  sous  tumulus  sont  tellement  semblables 
à  ceux  du  même  pays  déjà  connus ,  et  la  trace  du  tumulus  exis- 
tant dans  la  plupart  ^  on  est  fondé  à  dire  que  tous  ces  monuments 
Ont  été  recouverts.  Je  donnerai  plus  bas  d'autres  raisons.  Si  donc 
ils  étaient  enterrés ,  on  ne  peut  admettre  qu'un  des  côtés  ait  été 
laissé  vide  ;  la  terre  s'y  serait  immédiatement  introduite ,  et  on 
ne  peut  croire  un  instant  que  cela  fût  de  peu  d'intérêt  pour  nos 
anpêtres,  surtout  si  l'on  veut  réfléchir  qu'ils  étaient  mis  au 
tombeau   avec  leurs  armes,  leurs  habits,  qu'ils  croyaient 


24  SOCIÉTÉ  d'archéologie  et  de  statistique. 

emporter  dans  la  vie  future  et  que  certainement  ils  n'auraient 
pas  laissé  souiller  à^  plaisir  par  l'introduction  de  la  terre.  Enfin, 
tous  les  dolmens  intacts  que  l'on  découvre  ont  quatre  supports , 
et  ceci  sans  exception.  Dans  certains,  un  des  supports  est 
remplacé  par  une  petite  muraille  en  pierre  sèche  ;  mais  ceci 
n'infirme  pas  mon  opinion.  Du  reste,  il  existe  des  dolmens 
dans  lesquels  tout  ou  partie  des  supports  sont  remplacés  par 
des  murs  en  pierre  sèche ,  et  notamment  à  Notre-Dame-de- 
Châlons ,  près  du  Bourg-Saint-Andéol ,  où  les  dolmens  portent 
le  nom  de  Jaïandas  ;  à  Cazevieille ,  au-dessous  du  pic  de  Saint- 
Loup,  canton  des  Matelles  (Hérault).  En  Bretagne  et  ailleurs, 
les  dolmens  ne  sont  pas  non  plus  astreints  à  n'avoir  que  quinze 
piliers  ;  les  exemples  abondent.  Je  ne  citerai  que  les  dolmens 
les  plus  connus  :  Gavr'innis,  dont  les  supports  de  l'allée  sont  au 
nombre  de  vingt-trois,  et  ceux  de  La  Chambre,  de  quatre  ou  cinq, 
et  Essé,  entre  Renne  etVitri(Ule-et-Vilaine),  dont  le  monument 
est  composé  de  quarante-deux  blocs.  Il  a  du  reste  dix-neuf 
mètres  de  long,  c'est  le  plus  grand  que  je  connaisse. 

Le  dolmen,  dans  l'intérieur,  n'est  jamais  incliné,  et  quant  à 
sa  position  sur  le  flanc  des  montagnes,  il  faut  distinguer  :  cette 
remarque  est  généralement  vraie ,  sauf  cependant  des  exceptions 
très-nombreuses  pour  les  dolmens  du  midi  de  la  France  ;  mais 
elle  n'est  pas  exacte  pour  ceux  du  centre  et  de  l'ouest ,  qui  sont 
surtout  en  plaine.  Du  reste,  dans  mon  opinion,  bien  qu'il  me 
fût  difficile  d'en  donner  des  preuves  bien  certaines ,  il  y  avait 
des  dolmens  partout ,  dans  les  plaines  comme  sur  les  hauteurs; 
mais  comme,  dans  le  premier  cas,  la  terre  a  été  plus  vite  cultivée 
et  que  souvent  on  a  eu  besoin  des  pierres  pour  des  constructions 
ou  des  routes ,  les  monuments  ont  bien  vite  disparu ,  d'autant 
que  l'on  y  attachait  très-peu  d'importance. 

Nous  voici  arrivés  à  la  grande  question  de  l'usage  des  dolmens. 
Sont-ils  des  autels,  sont-ils  des  tombeaux  ?  L'honorable  Monsieur 
Lacroix  se  prononce  pour  la  première  opinion,  avec  l'accompa- 
gnement des  bassins,  cuvettes,  rigoles ,  trous,  pour  faire  couler 
le  sang  des  victimes. 

Cette  discussion  a  fait  noircir  beaucoup  de  papier.  Maintenant 
la  question  est  jugée ,  et  l'opinion  de  l'autel  a  été  abandonnée 


LE  CROMLECH  DE   SAINT-BARTHÉLEMI-DE-VALS.  25 

par  l'unanimité  des  savants  spéciaux;  ce  qui  me  dispensera 
d*une  longue  dissertation. 

En  fait,  les  dolmens  sont  des  tombeaux  :  par  la  meilleure 
raison,  c'est  que  l'on  n'en  découvre  pas  un,  sans  exception,  qui  ne 
contienne  des  ossements  humains,  des  poteries,  et,  s'ils  n'ont 
pas  déjà  été  bouleversés  et  fouillés ,  tout  ce  qui  comporte  une 
inhumation  complète.  Il  en  est  même  bien  peu  des  plus  détruits 
où  l'on  ne  puisse  rencontrer  encore  quelques  débris,  mais  il 
faut  les  chercher  avec  patience  et  à  l'aide  de  la  loupe ,  ce  qui 
n'étonnera  personne ,  si  l'on  songe  que  plusieurs  de  ces  dolmens 
sont  dévastés  depuis  des  siècles.  Mais,  je  le  répète,  on  ne 
trouvera  jamais  un  dolmen  inviolé ,  un  dolmen  sous  tumuius 
qui  ne  renferme  tout  ce  que  doit  contenir  un  tombeau.  La  des- 
truction de  ces  monuments  a  été  surtout  encouragée  par  la 
coutume  qu'avaient  les  Celtes  d'ensevelir  avec  le  défunt  ses  plus 
belles  armes ,  ses  bijoux  ;  l'or  était  relativement  très-commun 
en  Gaule  et  les  tombeaux  en  contenaient  souvent  beaucoup.  En 
second  lieu ,  ces  vieux  restes  d'un  peuple  vaincu  avaient  con- 
servé aux  yeux  de  la  multitude  le  souvenir  des  anciens  rites 
qui  accompagnaient  les  funérailles  ;  plus  tard  bien  certaine- 
ment on  y  attacha  des  idées  religieuses ,  plus  ou  moins  bien 
définies  et  qui  ont  donné  lieu  aux  superstitions  qui  ont  persisté 
longtemps  :  les  écrits  de  Grégoire  de  Tours*,  de  saint  Éloi  2, 
les  décrets  des  conciles  d'Arles  (452) ,  2«  de  Tours  (567) ,  de 
Nantes,  à  la  fin  du  règne  de  Charlemagne 3,  les  capitulai res 
de  Charlemagne,  les  décrets  de  Louis-le-Débonnaire  en  font 
foi ,  et  ces  adorations  de  pierres  continuaient  même  en  certains 
endroits  de  la  France  dans  le  XVII«  siècle  ^.  On  comprend 
facilement  alors  que  la  nouvelle  religion  chrétienne  ait  cherché 
à  détruire  des  restes  qui  rappelaient  celle  des  druides.  On 
ne  peut  pas  attribuer  à  d'autres  motifs  la  rage  de  destruction 


(1)  Lesgure,  Mémoires  de  la  Société  des  lettres  de  VAveyroUf  t.  I*% 
p.  116. 

(2)  Mémoires  de  la  Société  des  antiquaires  de  la  Côte-dVr,  t.  Xll , 
p.  219,  et  dans  Martin,  t.  I",  p.  69. 

(3)  GoDART,  Cours  d'archéologie  sacrée ,  page  76. 
(4)Grutbr,  p.  62,  N.«  9. 


26  SOCIÉTÉ  d'aIIGHÉOLOGI£  ET  DE  STATISTIQUE. 

qui  a  bouleversé  tous  ces  tombeaux  :  dans  ceux  de  Berias ,  on  le 
constate  partout,  la  pierre  supérieure  est  presque  toujours 
renversée  et  brisée  ;  ce  qui  ne  peut  être  expliqué  par  aucune 
autre  raison ,  car  pour  entrer  dans  le  dolmen  il  y  avait  toujours 
le  côté  des  pieds  où  rentrée  était  facile ,  le  tumulus  étant  percé. 
Le  dolmen  ne  peut  pas  être  un  autel ,  car  tout  dolmen  était 
enterré ,  sous  un  tumulus ,  formé  soit  avec  des  pierres  recou- 
vertes de  terre ,  soit  avec  de  la  terre  seule.  La  trace  de  ces 
élévations  se  retrouve  autour  de  la  plupart  de  ceux  qui  nous 
restent  et  elle  est  plus  ou  moins  accusée  suivant  la  plus  ou  moins 
grande  conservation  du  monument;  on  comprendrait  du  reste 
difficilement  que  cela  n'eût  pas  été  ainsi.  Ils  contiennent  tous  des 
ossements  humains.  Quel  est  le  peuple ,  en  quel  temps,  en  quel 
lieu ,  qui ,  après  avoir  pris  la  peine  de  dresser  des  monuments 
aussi  colossaux  que  les  dolmens ,  n*eùt  pris  aucun  soin  pour 
assurer  la  conservation  et  le  respect  de  ce  qu'ils  contenaient. 
Us  sont  solidement  établis  pour  supporter  le  poids  des  terres  ; 
mais  ils  ne  sont  jamais  clos  assez  hermétiquement  pour  em- 
pêcher toutes  sortes  de  violations ,  s'ils  étaient  restés  en  plein 
air.  Si  donc  les  dolmens  ont  été  sous  tumulus ,  ils  ne  peuvent, 
avoir  servi  d'autels. 

Les  bassins  et  cuvettes  q  u'une  ardeur  scientifique  trop  grande 
et  le  besoin  de  découvertes  nouvelles  ont  fait  trouver  sur  la 
plupart  de  leurs  tables  supérieures ,  n'existent  que  dans  l'ima- 
gination. M.  Mérimée  se  demandant  si  les  dolmens  étaient  des 
tombeaux  ou  des  autels^  dit:  <  Dans  aucun  de  ceux  que  j'ai 

>  examinés,  je  n'ai  vu  ces  rigoles,  dont  on  a  tant  parlé,  prati- 
»  quées  de  main  d'homme  et  destinées  à  l'écoulement  du  sang 
»  des  victimes  égorgées  ;  tous ,  sans  exception ,  m'ont  montré 

>  une  pierre  brute  en  dessus,  ayant  quelquefois  certaines 
D  cavités,  mais  naturelles,  et  telles  qu'en  présentent  toutes  les 
»  pierres  extraites  d'une  carrière  ^ .  » 

Comme  exemple  de  la  facilité  avec  laquelle  on  a  trouvé  des 
bassins  sur  les  dolmens,  je  citerai  le  fait  suivant.  Dans  le  tome 


(1)  Noies  d'un  voyage  dans  Voiiest  de  la  France,  p.  308. 


LB  GROULECH  DE  5AfNT-BAHTHÉLEttY-DE-VALS.  27 

XVf  des  Méinoires  des  cmtiquaires  de  France,  p.  41,  on  indiqute 
]k  pierre  de  Poitiers  comme  ayant  des  rigoles  à  sang  parfaite- 
ment caractérisées;  on  donne  leur  longueur,  leur  largeur,  etc.; 
on  y  trouve  des  bosses  faites  de  main  d'homme ,  des  cercles  qui 
représentent  bien  des  choses ,  et  ceci  est  rapporté  par  le  prési- 
dent de  la  Société  archéologique  de  Poitiers.  Quelque  temps 
après,  cette  même  Société  envoya  une  commission  pour  éclaîrcir 
la  question  et  s*assurer  des  faits ,  et  il  fut  déclaré  qu'il  n'y  avait 
rien ,  absolument  rien ,  qui  indiquât  le  travail  de  l'homme 

Du  reste,  dans  mes  courses,  entreprises  depuis  plusieurs 
années  et  danâ  la  plus  grande  partie  des  contrées  de  la  France 
qui  contiennent  des  monuments  celtiques,  j'ai  vu  bien  des  tables 
de  dolmens  signalées  comme  ayant  des  bassins  et  des  rigoles , 
et  je  n'ai  jamais  aperçu  autre  chose  que  le  résultat  du  travail 
de  l'eau  de  pluie  et  du  temps:  toujours  ce  travail  et  son  résultat 
se  trouvent  identiquement  semblables  dans  les  pierreà  ou  rochers 
de  même  nature  qui  couvrent  le  sol  environnant. 

A  la  Chapelle  Vendômoise,  près  Blois  (Loir-et-Cher) ,  existe 
un  dolmen  assez  célèbre  qui  a  été  décrit  tout  spécialement  par 
M.  de  Petigny  ^  et  reproduit ,  très-largement ,  vu  l'importance 
que  Ton  donnait  à  ses  assertions ,  dans  les  Mémoires  de  la  So- 
ciété des  antiquaires  de  France  ^.  Il  compose  un  autel  complet , 
avec  tous  les  accessoires;  d'après  lui ,  on  y  trouve  quatre  cham- 
bres ,  des  escaliers  pfour  monter  sur  la  plate-forme ,  des  cuvettes, 
des  rigoles,  etc.,  etc.  ;  il  poursuit  ainsi  :  «  On  remarque ,  sur  la 
»  grande  dalle ,  une  rigole  aboutissant  à  un  bassin  qui  commu* 
•  riiquait ,  par  une  ouverture  étroite  et  oblique ,  avec  la  chambre 
»  inférieure.  Le  prêtre  se  plaçait  au-dessous  de  cette  ouverture 
»  et  recevait  le  sang  des  victimes  qui  inondait  son  visage  et  ses 

>  vêtements;  il  montait  ensuite  sur  la  plate-forme,  pour  pa- 

>  rattre  au  peuple  comme  un  fantftme  sanglant.  Cette  cérémo- 
*'  nie  se  conserva  sous  le  nom  de  taurobole.  »  Il  est  difficile  de 
pousser  plus  loin  la  force  de  l'imaginatidn.  J'ai  vu  ce  dolmen; 


(1)  Histoire  archéologique  du  Vend&mois. 

(2)  Tome  XXVn,  2«  série,  année  1863,  p.  120. 


28  SOCIÉTÉ  B'ABGHÉOLOGIE  et  de  STATISTiaCE. 

il  n*y  a  absolument  rieo  de  tout  cela  :  il  est  de  grandeur 
moyenne  et  de  la  forme  ordinaire  à  ceux  du  centre  de  la  France  ; 
il  a  une  chambre  et  une  antichambre  ;  la  première  a  4"'10  de  long 
sur  2"  80  de  large  et  1™  80  de  haut ,  mesures  prises  à  1  mètre 
du  sol  ;  les  pierres  se  trouvent  un  peu  inclinées ,  selon  Tusage  ; 
les  dimensions  seraient  plus  grandes  au  niveau  de  la  terre ,  et 
la  seconde  chambre  a  2°^  de  long  ;  les  cuvettes  et  les  rigoles 
n'existaient  pas  le  moins  du  monde.  Au  moment  où  je  Fexami- 
nais,  un  orage  des  plus  violents  versait  sur  la  dalle  plus  d*eau 
que  tous  les  sacrifices  possibles,  et  toute  la  nuit  il  avait  plu  ;  la 
pierre  suintait  à  peine  en  trois  ou  quatre  endroits,  et  le  trou  qui 
correspondait  au  creux  le  plus  grand  du  dessus,  probablement 
celui  de  H.  de  Petigny,  donnait  l'eau  à  peine  goutte  à  goutte 
dans  le  coin  du  dolmen  ;  il  aurait  été  fort  difficile  de  la  recevoir. 
Je  ne  continue  pas  la  réfutation  de  pareilles  absurdités.  Tels 
sont  les  résultats  de  mes  courses  et  de  mes  recherches  sur  tous 
les  dolmens  à  bassins,  ab  wno  disce  omnes.  Ce  dolmen ,  du  reste, 
était  sous  tumulus ,  bien  que  ce  soit  nié  par  M.  de  Martonne  ^ 
qui  en  a  assez  peu  vu  pour  le  citer  comme  un  des  plus  beaux 
et  des  plus  grands  de  France  ;  et  la  preuve  qu'il  était  sous  terre, 
c'est  qu'il  y  est  encore  à  demi.  Une  autre  indication  qui  confirme 
que  l'usage  des  dolmens  était  intérieur  et  non  extérieur,  résulte 
de  cette  remarque  :  quoi  qu'en  disent  les  auteurs  superficiels, 
toutes  les  pierres  des  dolmens  sont  taillées ,  elles  ont  toutes  été 
plus  ou  moins  dégrossies ,  afin  de  présenter  à  l'intérieur  une 
surface  plane.  Quelques-uns ,  dans  le  midi  et  l'ouest ,  tous , 
à  peu  près  sans  exception ,  dans  le  centre ,  ont  eu  leurs  côtés 
nivelés,  équarris ,> afin  de  faciliter  l'adhérence  des  supports 
entre  eux  ou  avec  la  dalle  supérieure,  et  jamais  on  ne  trouve 
ce  travail  de  nivellement  sur  la  partie  du  dehors.  De  plus,  lors- 
que le  toit  se  compose  de  plusieurs  pierres ,  dans  les  grands 
dolmens  ou  dans  les  allées ,  en  dedans  elles  se  trouvent  tou- 
jours appareillées  de  manière  à  présenter  un  même  niveau , 
comme  un  plafond,  à  l'intérieur;  au  contraire,  à  l'extérieur  on 
a  laissé  à  la  pierre  toute  son  épaisseur,  et  elles  présentent  tou- 

(1)  Dolmen  de  la  Chapelle  Vendômoùe ,  Paris,  1865. 


LE  GROKLEGH  DE  SAIMT-BABTHÉLEIIT-DE-YALS.  29 

jours,  des  diff^Tences  de  hauteur  qui  vont  jusqu'à  un  mètre.  Il 
est  souvent  fort  difficile  de  marcher  sur  un  dolmen. 

I)  y  aurait  encore  une  considération  tirée  d'un  autre  ordre 
d'idées  pour  repousser  l'hypothèse  du  dolmen  autel.  On  n'a 
cherché  à  propager  cette  hypothèse  que  pour  donner  des  ta- 
bleaux assombris  à  grand  renfort  d'imagination ,  et  pour  mon- 
trer les  druides  sacrifiant  d'innombrables  victimes  sur  le  haut 
des  dolmens,  au  sein  de  forêts  impénétrables,  et  au  milieu  d'un 
peuple  immense  épouvanté.  Le  malheur,  c'est  que  l'on  n'a  pas 
réfléchi  que  jamais  chez  aucun  peuple  on  n'avait  sacrifié  sur 
l'autel  :  on  immolait  la  victime  à  côté  de  l'autel ,  en  bas ,  par 
terre ,  et  l'autel  ne  servait  qu'à  supporter  le  feu  pour  consumer 
une  partie  de  la  victime ,  et  c'était  la  cérémonie  de  brûler  qui 
avait  lieu  sur  l'autel.  On  l'arrosait  avec  le  sang  que  l'on  recueil- 
lait dans  un  vase  ad  hoc;  on  répandait  divers  autres  liquides ,  de 
l'encens,  des  poudres,  etc.;  mais  jamais  on  ne  faisait  monter 
les  grandes  victimes  sur  l'autel  pour  les  égorger  :  je  dis  les 
grandes,  les  petites,  comme  les  colombes,  étaient  saignées  au- 
dessus  de  l'autel,  qui  recevait  leur  sang.  Je  suis  déjà  tellement 
long  que  je  ne  cherche  pas  à  prouver  mon  assertion ,  ce  qui 
serait  facile  :  on  pourrait  au  besoin  voir  les  gravures  de 
Montfaucon  ou  de  Caylus  pour  les  autels.  Si  donc  les  dolmens 
avaient  été  des  autels,  par  impossible ,  on  a  égorgé  les  victimes 
par  terre  et  non  dessus.  • 

Voici  une  autre  difficulté  :  c'est  que ,  de  tous  les  genres  de 
sacrifices  indiqués  par  les  auteurs,  aucun  n'aurait  pu  avoir 
lieu  sur  une  surface  aussi  petite ,  aussi  accidentée  que  celle 
des  dalles  des  dolmens;  aucun  auteur  ancien  et  sérieux  ne 
nous  dit  que  l'on  égorgeait  les  victimes  humaines  comme  on  le 
fait  pour  les  moutons.  Tacite,  Sur  les  Germains^  donnerait  un 
mode  de  sacrifice  des  prisonniers  de  guerre,  dont  on  reçoit  le 
sang  dans  un  immense  bassin  d'airain ,  et  qui  pourrait  avoir 
lieu  sur  une  petite  surface,  mais  plane;  il  a  reproduit ,  presque 
dans  les  mêmes  termes,  ce  qu'Hérodote  dit  des  Scythes  ;  mais 
cela  ne  peut  s'appliquer  aux  dolmens. 

De  tout  cela ,  je  me  crois  fondé  à  conclure ,  avec  la  grande 
majorité  de  mes  savants  collègues  de  la  Société  polymalhique 


30  SOCIÉTÉ  B^ASCHÉOLOGIE  BT  DE  SVAVIBnQCE. 

de  Vannes ,  savants  très-spéciaux  sur  la  question ,  que  jamais 
les  dolmens  n*ont  été  des  autels,  mais  simplement  des  tombeaux. 

J*ai  évité  de  parler  des  pierres  a  bassins ,  rochers  naturels , 
adhérents  au  sol,  qui  auraient  été,  d'après  le  savant  docteur 
Fouquet ,  les  autels  des  druides ,  oette  opinion  n'ayant  pas  été 
adoptée  et  n'étant  pas  émise  dans  le  rapport  auquel  je  réponds. 

Sur  quelques  dolmens  se  voient  de  grossiers  dessins  en  creux 
ou  en  relief  1.  Je  n'en  connais  aucun.  Dans  le  beau  travail  de 
MM.  Louis  Galle  et  de  Gussé ,  sur  les  inscriptions  des  monu^ 
ments  de  Bretagne ,  il  n'est  jamais  question  que  de  dessins  in- 
térieurs. Dans  les  grossières  sculptures  du  dolmen  de  Port- 
Fessan  (Loire-Inférieure),  dont  on  a  fait  beaucoup  de  bruit,  et 
que  la  Société  de  Nantes  a  fait  mouler ,  on  ne  doit  voir,  confor- 
mément à  l'avis  des  membres  savants  qui  la  composent ,  qu'un 
jeu  de  la  nature  et  rien  du  travail  de  l'homme.  J'ai  vu  ces  mou- 
lures, et  cette  opinion  ne  me  parait  pas  douteuse.  Cela  confirme 
encore  mon  opinion ,  du  reste  admise  généralement ,  que  le 
dolmen  devait  avoir  un  usage  intérieur. 

PIERRES  BRANLANTES. 

Quant  aux  pierres  branlantes,  elles  comprennent  encore  deux 
ou  trois  blocs ,  l'inférieur  ayant  la  forme  ovoïde  à  sa  base ,  le 

supérieur  qelle  d'un  parallélogramme Certains  peuples 

faisaient  de  ces  blocs,  œuvres  de  la  nature  ou  de  l'art,  des  mo- 
numents funèbres  ou  symboliques ,  par  rapport  au  mouvement 
de  l'univers;  d'autres  les  consultaient  pour  en  avoir  des  oracles 
ou  pour  connaître  l'innocence  ou  la  culpabilité  des  accusés , 
selon  qu'elles  oscillaient  plus  ou  moins  à  leur  contact  2.  Je  me 
suis  spécialement  occupé  des  pierres  branlantes ,  et  j'ai  préparé 
un  travail  sur  cet  objet  :  j'en  ferai  le  résumé  aussi  complet  que 
possible. 

Je  ne  connais  et  n'ai  jamais  entendu  parler  d'une  pierre 
branlante  composée  d'un  seul  bloc ,  il  faudrait  qu'elle  reposât 
sur  la  terre ,  et  son  oscillation  se  comprendrait  difficilement. 


-      ■        -•■       -— > ■-— .^■.._i..-.j m-M-.^ m-A- 


(1)  Rapport  de  M.  Lacroix. 

(2)  Idem. 


LB  6B01UECH  0E  SAUlT-BÀBTHÉLBMT-DE-TiiLS.  34 

J(3  ne  croi»  pas  qu'il  ea  existe  non  pins  composées  de  trois 
blocs.  Cependant  Rosny  ^  dit  que  la  base  de  celle  d'Uchon  est 
composée  de  deux  cristaux  semblables  et  très-comprimés.  lis  le 
sont  même  tellemeot  que  Tayant  moi-même  longuement  exa- 
minée, j'ai  cru  que  le  support  n'était  formé  que  d'un  seul  roc. 
Du  reste  on  comprendrait  peu  une  roche  branlante  formée  de 
trois  pierres ,  l'une  serait  inutile. 

Les  auteurs  modernes  ont  donné  aux  pierres  branlantes  toute 
sorte  de  significations,  mais  sans  preuve.  Pline,  qui  est  tou- 
jours cité  comme  en  parlant ,  et  dont  aucun  ne  rapporte  les 
paroles ,  pour  bonne  raison ,  dit  :  ^  Auprès  d'Arpasa ,  ville 
d'Asie,  il  y  a  un  gros  rocher  fort  curieux  avoir,  lequel  se  bouge 
à  le  toucher  seulement  d'un  doigt ,  et  néanmoins  pour  qui  le 
voudrait  pousser  à  toute  force  de  corps,  il  demeure  ferme.  Il  n'est 
aucunement  question  d'aucun  rite ,  d'aucun  caractère  religieux. 
D'après  M.  le  chanoine  Bourassé  s ,  Ptolémée-Ephestion  fait  la 
description  d'un  grand  batyle  qui  se  rapporte  à  cette  espèce  de 
monuments  que  nous  avons  appelés  pierres  branlantes  ;  il  dit  : 
On  voyait  sur  les  bords  de  l'Océan  une  pierre  gigantesque  qui 
pouvait  être  mise  en  mouvement  par  la  tige  d'une  fleur,  mais 
qui  résistait  à  toute  force  humaine^.  Vous  remarquerez  que, 
sauf  l'appellation  de  batyle,  on  a  pris  le  soin  de  faire  de  la  pierre 
un  symbole  religieux ,  alors  que  les  batyles  étaient  des  petites 
pierres  portatives  ^,  expres^on  qui  ne  se  trouve  pas,  parât t-il, 
dans  l'auteur;  cette  pierre  n'est  indiquée  que  comme  une  cu- 
riosité. D'après  M.  de  Baumefort  6,  Strabon,  liv.  III ,  rapporte 
qu'il  se  trouvait  au  fond  de  l'Espagne ,  sur  les  bords  de  la  mer, 
des  pierres  auxquelles  les  voyageurs  adressaient  des  prières , 


(1)  Histoire  de  la  vUle  (TAutun, 

(2)  Livre  XI,  chapitre  96. 

(3)  Mémoires  de  la  Société  archéologique  de  la  Tourraine ,  t.  !•',  p.  75 , 
année  1S42. 

(4)  Cité  par  Photiiius,  Bibliothèque,  N.»  190  à  476. 

(5)  Voir  rexcellent  travail  de  M.  Falconnet,  Académie  des  inscriptions , 
1. 1*%  p.  513  et  suivantes. 

(6)  Sur  les  monuments  celtiques  du  Gar<2, Lyon,  1863,  ViDgtrinier,  p.  37. 


32  SOCIÉTÉ  d'archéologie  et  de  statistique 

après  les  avoir  fait  changer  de  position ,  mais  qu'ils  ne  pou- 
vaient visiter  que  de  jour,  les  dieux  occupant  ce  séjour  pendant 
la  nuit.  Bien  qu'elles  soient  citées  comme  pierres  branlantes,  on 
voit  qu'il  ne  s'agit  pas  de  ce  genre  de  pierres  qui  précisément 
ne  peuvent  pas  changer  de  position. 

Je  ne  connais  pas  d'autres  auteurs  anciens  qui  en  parlent ,  et 
aucun' ne  leur  attribue  un  sens  religieux  ;  du  reste,  cette  opinion 
est  récente  et  ne  s'appuie  absolument  sur  aucune  preuve. 
Courtépée  ^ ,  dans  la  description  de  la  pierre  d'Uchon ,  qui  a  été 
longtemps  une  des  principales  pierres  branlantes  connues, 
trouve  ce  monument  fort  singulier,  et  en  découvre  un  autre 
à  Detter,  aux  environs;  mais  il.  ne  leur  attribue  aucun  rap- 
port avec  le  culte  des  druides.  Et  certes ,  il  n'était  pas  difficile 
pour  leur  en  trouver  à  l'occasion.  Dulaure,  qui  ne  devait 
pas  en  avoir  vu ,  les  compare  aux  oscilles  des  Grecs  et  des  Ro- 
mains, figures  suspendues  à  des  arbres ,  à  des  colonnes  et  que 
l'on  mettait  en  mouvement  pour  détourner  les  enchantements , 
ou  aux  monales  des  Romains ,  que  les  prêtres  mettaient  en 
mouvement  et  portaient  même  autour  des  champs ,  pour  ob- 
tenir de  la  pluie ,  et  il  se  demande  si  les  pierres  branlantes  n'a- 
vaient pas  le  même  but  2.  Ce  n'est  que  fort  récemment  que  l'on 
a  voulu  faire  entrer  les  pierres  dont  s'agit  dans  la  religion  des 
druides,  et ,  dans  la  ferveur  des  nouvelles  découvertes,  on  en  a 
indiqué  qui  n'ont  jamais  remué  depuis  le  commencement  du 
monde.  Ainsi,  M.  Baudot  père  cite,  d'après  Dulaure,  la  pierre 
à  l'est  de  Thiers  (Puy-de-Dôme)  3,  et  cette  pierre  s'appelle ,  en 
effet ,  la  pierre  qui  dcmse  ;  mais  cela  ne  lui  arrive  que  le  jour 
de  la  Saint-Jean,  entre  les  douze  coups  de  minuit.  D'autres  ont 
vu  des  pierres  branlantes  dans  les  pierres  de  Carnac  :  Cambry, 
d'après  Baudot  père ,  dans  la  pierre  qui  corne  de  Rochefort- 
sur-Brevan  (Côte-d'Or)  ^,  qui  est  une  pierre  percée,  faisant 

(1)  Tome  III,  page  173. 

(2)  Mémoires  de  la  Société  des  antiquaires  de  France,  t.  XII,  année  1836; 
—  Dulaure,  p.  75-94. 

(3)  Mémoires  de  la  Commission  des  antiquités  de  la  Côte-d'Or,  t.  !•',  p.  178. 

(4)  Mémoires  de  la  Société  royale  des  antiquaires  de  France,  année  1826, 
t.  vu,  p.  16  et  suivantes. 


LE  GAOMLECH  DE  SAINT-BARTHÉLEMY-DE-TALS.  33 

augmenter  le  volume  de  la  voix  quand  on  pousse  des  cris  dans 
le  trou  qui  la  traverse ,  etc.,  etc.  On  cite  encore  parmi  les  pierres 
branlantes  celle  de  Livemon  (Lot)  :  elle  remue  en  effet  et  est 
même  une  des  plus  instables.  Au  moment  où  je  l'examinais , 
il  faisait  un  vent  assez  fort  qui  fit  continuer  très-longtemps  le 
mouvement  que  je  lui  avais  imprimé  avec  la  main  ;  mais  cette 
pierre  forme  la  dalle  supérieure  d'un  magnifique  dolmen  et  se 
trouve  en  équilibre  sur  deux  pointes  des  pierres  de  ses  supports. 
Ce  dolmen  a  été  un  tombeau  incontestablement.  On  y  a  trouvé 
une  épée  en  bronze,  exactement  semblable  à  celles  que  Ton  trouve 
dans  les  dolmens  des  environs ,  au  milieu  d'ossements  humains 
et  de  fragments  de  poteries  ^ ,  et  il  était  sous  tumulus,  dont  il 
existe  encore  0"  60  à  0»  70  de  pentes.  Il  s'appelle  la  pierre 
niartine,  et  la  dalle  supérieure,  celle  qui  remue,  a  7  mètres  de 
longueur  sur  3»  et  0"  60  d'épaisseur.  Je  ne  crois  pas  que  ceux 
qui  la  citent  comme  pierre  branlante,  l'eussent  indiquée  s'ils 
l'avaient  vue.  Car  on  ne  peut  admettre  qu'ils  eussent  fait  jouer 
au  couvercle  d'un  dolmen  tous  les  rôles  divers  attribués  aux 
pierres  branlantes.  D'autres  ^  admettent  parmi  les  pierres 
branlantes  ou  pierres  qui  virenZ ,  certains  blocs  qui,  comme 
celui  de  Polîgny  et  d'autres ,  servent  de  montre  solaire  par  les 
ombres  qui  virent  autour  d'elles.  Je  m'arrête ,  je  n'en  finirais 
pas ,  si  je  voulais  citer  tous  les  auteurs  sérieux  qui  ont  vu  des 
pierres  branlantes  dans  des  endroits  qui  n'en  avaient  jamais  eues, 
ce  qui  prouve  combien  la  question  a  été  légèrement  étudiée. 

Legrand-d'Aussy  3,  à  la  fin  du  siècle  dernier,  dit,  en  résumant 
son  article,  que  les  écrivains  qui  ont  parlé  des  pierres  bran- 
lantes croient  que  c'est  un  ouvrage  des  hommes ,  mais  que  la 
plupart  des  physiciens  les  regardent  comme  un  de  ces  effets  du 
hasard  qui  dans  l'arrangement  respectif  des  rochers  ont  dû 
nécessairement  avoir  lieu  quelquefois.  On  peut  en  dire  encore 
autant  de  nos  jours  ^.  A  propos  de  la  pierre  d'Uchon,  M.  Four- 


Ci)  Delpont,  Statistique  du  département  du  Lot,  2  vol.  petit  in-4'>. 

(2)  David  DE  Saint-Geobgbs,  Arbois,  Savel,  impr.  en  1845, 2*  partie,  p.  12. 

(3)  Mémoires  de  V Institut,  t.  U,  an  VII,  p.  549  et  suivantes. 

(4)  Histoire  de  la  ville  d'Autun. 


34  SOOIÉIÉ  b'aRCHÉ0L06IE  et  de  STAtlSTiaUE. 

nett  illustre  professeur  de  géologie,  à  Lyon,  et  l*ttn  ^es 
savants  les  pins  éminents  et  les  plus  consciencieux  que  je 
connaisse  9  considère  la  pierre  d*Uchon  et  les  nombreuses 
pierres  branlantes  de  TAurergne  comme  parfaitement  natu* 
relies.  H.  Des  Moulins  i,  à  propos  de  deux  rocs  branlants  du 
Nontronais,  conclut  qu'ils  sont  parfaitement  naturels  et  ap- 
partiennent à  la  géologie  par  leur  origine  ;  il  est  trai  quMl 
ajoute,  probablement  pour  être  agréable  à  ses  collègues  ar- 
chéologues et  pour  rester  dans  la  règle  ci-dessus ,  quMls  appar- 
tiennent à  Tarchéologie  par  leur  usage ,  ceci  sans  preuves.  Je 
pourrais  continuer  à  citer  des  opinions  semblables  sur  presque 
toutes  les  pierres.  S'il  m'est  permis  d'y  ajouter  ce  que  j'ai  vu , 
je  dirai  que  toutes  les  pierres  branlantes  que  j'ai  examinées 
sont  formées  de  blocs  de  granit  à  angles  émoussés  et  que  tou- 
jours elles  sont  entourées  de  pierres  de  même  nature,  de 
même  forme  et  dans  la  même  position.  Il  serait  assez  singulier 
que  les  druides,  voulant  élever  un  monument  sacré,  eussent 
toujours  et  sans  exception  été  le  faire  au  milieu  de  pierres 
naturelles  semblables  ;  il  (kut  encore  remarquer  que  dans  les 
pays  où  la  nature  du  terrain  est  granitique,  ces  rocs  branlants 
abondent,  alors  qu'il  n'existe  pas  aux  alentours  im  seul  monu- 
ment druidique,  cromlech,  dolmen ,  menhir,  et  qu'au  contraire 
dans  les  pays  très-riches  en  dolmens,  menhirs,  cromlechs,  etc., 
mais  où  les  pierres  sont  calcaires ,  on  ne  trouve  pas  mie  seule 
pierre  branlante. 

Dans  le  premier  cas  se  trouvent  tous  les  environs  de  Pont- 
Gibaud  (Puy-de-Dôme),  la  vallée  du  Sidobre,  près  Castres  (Tarn), 
etc.;  et  dans  le  second,  la  Bretagne ,  aux  environs  de  Garuac, 
Bérias,  près  Saint-Ambroix  (Gard) ,  où  les  dolmens  se  touchent 
presque,  leLarsac,  aux  environs  de  la  Yacquerie  (Hérault), 
etc.,  etc. 

Il  me  semble  indubitable  qu'il  faut  conclure  que  les  pierres 
branlantes  sont  naturelles  et  que  jamais  la  main  de  l'honmie 
n'a  concouru  à  leur  érection  ;  mais  qu'il  est  fort  possible  que 


♦n  , 


I 


(1)  Bulletin  monumerUal  dirigé  par  M.  de  Gaumont,  1. 15,  p.  97. 


LE  OftOHUEMn  DE  SAniSHBABTHétfilUr*De-TM^.  85 

dans  eerlaises  localités  le  Mi  singulier  de  leur  oscillation,  pro- 
voquée, par  une  force  sauvent  assez  faible,  ait  frappé  les  popu- 
lations et  loiur  ait  fait  admettre  rintervention  des  puissances 
supérieures.  Mais  rien ,  absolum^t  rien  n'autorise  à  penser 
que  les  druides  s*en  soient  servi  dans  leur  religion  et  leur  aient 
doiHié  une  'valeur  quelconque. 

CROMUSCnS. 

Le  rapport  de  l'honorable  H.  Lacroix  copie  la  définition  des 
cromlechs  de  Batissier  ^  qui  est  trè&-loin  d'être  un  auteur  spé- 
cial pour  les  monuments  qui  nous  occupent.  D'après  cet  auteur, 
le  nombre  des  pierres  composant  les  cromlechs  serait  sacré ,  et 
ne  pourrait  être  moindre  de  12 ,  mais  on  en  compte  parfois  19 , 
30  ou  même  60 ,  d'après  le  nombre  des  dieux  reconnus  dans  le 
pays. 

Ceci  est  tout  k  fait  erroné,  et  je  ne  crois  pas  que  l'on  trouve 
deux  cromlechs  ayant  le  même  nombre  de  pierres. 
*  En  Angleterre ,  où  ils  sont  beaucoup  plus  nombreux,  on  en 
voit  qui  ont  depuis  9  pierres  jusqu'à  plus  de  100  ^,  et  je  puis 
dire  que  ceux  que  j'ai  vus  en  Ecosse ,  près  d'Inverness ,  étaient 
composés  d'un  nombre  de  pierres  beaucoup  plus  considérable. 
En  France ,  nous  n'avons  qujç  très-peu  de  cromlechs  et  je  n'en 
connais  de  bien  certains  qu'en  Bretagne.  H.  Jehan  de  Saint- 
Clavien  \  auteur  spécial  et  fort  érudit ,  n'en  compte  que  8  ou 
10  en  France;  bien  que  ce  chiffre  me  paraisse  faible ,  il  est  in- 
contestable qu'ils  sont  très-rares ,  à  moins  que  Ton  ne  veuille 
admettre  cpinme  cromlechs  les  cercles  de  petites  pierres  qui 
entourent  fort  souvent  la  base  des  dolmens  sous  tumulus. 

On  retrouve  des  cromlechs  dans  tous  les  temps  «  dans  tous 
les  lieux  et  servant  à  toute  sorte  d'usages.  Moïse  dressa  un 
autel  au  pied  de  la  montagne  et  douze  monuments  de  pierres , 

.       l  ...I  ^il.ln  .  Il  .     l      •  >"      I  ■■■■  ■■IH.llWIIII 

(1)  Histoire  de  rart  monumental ,  p.  314. 

(2)  Gaumont,  Cours  d'antiquité  monumentale ,  p.  87,  citant  Norris  Brewer, 
Introduction  to  the  beantieB  of  England  and  Wales. 

(3)  Bulletin  de  In  Société  polytechnique  du  Morbihan,  1864 ,  1*'  sem.,  p.  16. 


36  SOCIÉTÉ  d'archéologie  et  de  statistique. 

selon  le  nombre  des  douze  tribus  d'Israël  ^.  Bien  que  ce  ne  soit 
pas  dit ,  il  est  difficile  d'admettre  que  ces  pierres  ne  fussent  pas 
en  rond  autour  de  Tautel  :  éesi  la  seule  disposition  qui  pût 
maintenir  l'égalité  de  position  entre  les  pierres  représentant 
les  tribus. 

Dans  la  description  du  bouclier  d'Achille  2,  on  voit  que  les 
vieillards  réunis  en  conseil  dans  l'enceinte  sacrée  étaient  assis 
sur  des  pierres  polies.  Ce  passage  est  souvent  cité  ;  mais  je  ne 
le  trouve  pas  très-concluant ,  car  il  n'y  est  pas  indiqué  qu'ils 
étaient  en  cercle. 

Les  hauts-lieux  dont  il  est  si  souvent  parlé  dans  la  Bible,  sont 
nommas  en  Hébreu  chamoAmis,  et,  selon  dom  Calmet,  ce  mot 
signifierait  des  enclos  découverts  où  l'on  entretient  du  feu  en 
rhormeur  de  Baal.  Strabon  en  parle  dans  divers  endroits  et  les 
nomme  pyreia  ^. 

D'après  le  savant  Pelloutier*,  Strabon  et  Hérodote,  les  Celtes 
ne  voulaient  pas  que  l'on  labour&t  les  lieux  consacrés ,  et  c'est 
pour  cela  qu'ils  portaient  dans  les  lieux  où  ils  avaient  l'habitude 
de  tenir  leurs  assemblées  un  grand  nombre  de  grosses  pierres. 
Strabon  assure,  sur  le  rapport  d'Artémidore ,  qu'on  trouvait 
aussi  de  ces  amas  de  pierres  en  Espagne ,  et  Quinte-Curce  dit 
qu'Alexandre-le-Grand  en  trouva  jusque  dans  la  Scythie. 

L'usage  d'entourer  les  lieux  sacrés  d'un  cercle  de  pierres  s'est 
conservé  beaucoup  plus  tard.  Wormius  nous  apprend  que  les 
rois  danois  étaient  élus  dans  un  cercle  de  douze  pierres ,  au 
milieu  desquelles  était  une  pierre  plus  élevée  sur  laquelle  on 
plaçait  le  trône  royal  &.  Bodin  et  beaucoup  d'autres  auteurs  rap- 
portent que  les  juges  s'asseyaient  sur  les  pierres  du  cercle. 


(1)  Exode,  eh.  XXIV,  verset  4. 

(2)  Iliade ,  chant  18. 

(3)  De  Govgnt,  Gauhont,  Bulletin  monumental ,  t.  XXXII,  p.  483,  484. 

(4)  Histoire  des  Celtes,  Paris,  QuUtau,  1770-1T71 ,  8  vol.  m-12,  t.  !•', 
p.  151. 

(5)  Gambrt,  Monuments  celtiques  y  Paris,  Sotranneau,  libraire,  1  vol.  iii-8% 
p.  282. 


LE  CftOMiBCB  DE  SAINT^BÀRTHÉLEIIT-DE-fALS.  37 

On  trouve  aujourd'hui  dans  l'Inde  beaucoup  de  vrais  crom- 
lechs entourant  un  tombeau,  et  formés  d'une  ou  de  deux  en- 
ceintes ;  ils  sont  très-clairement  décrits  dans  les  Mémoires  de  la 
Société  des  Antiquaires  de  France,  t.  XIX ,  p.  1-14,  année  iS4S. 
Il  serait  facile  de  multiplier  les  citations  qui  prouveraient  que 
chez  tous  les  peuples ,  et  on  peut  presque  dire  dans  tous  les 
temps ,  on  a  entouré  de  pierres  les  lieux  que  l'on  désirait  sous^ 
traire  aux  usages  de  la  vie  ordinaire ,  soit  que  ces  lieux  fussent 
employés  à  des  pratiques  religieuses ,  soit  qu'ils  continssent  des 
monuments  funéraires ,  soit  qu'ils  rappelassent  des  souvenirs 
sacrés. 

Puisqu'il  s'agit  d'un  monument  de  France,  il  faut,  ce  me 
semble ,  le  comparer  à  ceux  du  même  pays.  Or,  en  laissant  de 
côté  les  cercles  de  pierres  plus  ou  moins  certains  et  en  général 
composés  de  pierres  très-petites  qui  pouvaient  entourer  les 
dolmens  sous  tumulus,  et  qui  ne  sont  pas  admis  par  la  ma- 
jorité des  savants ,  les  cromlechs  que  nous  connaissons  sont 
très-peu  nombreux.  Bien  que  je  les  aie  cherchés  avec  soin ,  je  ne 
puis  citer  que  celui  de  File  aiu  Moines  de  Carnac  et  quelques- 
uns  analogues  dans  les  lies  de  Bretagne.  Je  me  rappelle  encore 
celui  de  Kerkouno,  près  Plouarmel,  qui  est  un  carré-long.  Tous 
ces  cromlechs  sont  composés  de  pierres  dont  les  plus  hautes 
ont  à  peine  deux  mètres  de  haut,  espacées  régulièrement,  mais 
assez  rapprochées.  La  plupart  des  pierres  composant  les  cercles 
de  l'Ecosse  ou  de  l'Angleterre  atteignent  à  peine  un  mètre  ;  je 
ne  parle  pas  du  monument  de  Stonehenge  qui  est  unique ,  n'a 
pas  d'analogue  en  France  ou  ailleurs  et  ne  peut  servir  de  terme 
de  comparaison  ;  du  reste  la  taille  des  pierres  et  les  mortaises 
qui  servent  à  les  réunir  l'une  à  l'autre  pourraient  bien  leur  faire 
attribuer  une  antiquité  relativement  peu  reculée. 

Appliquant  les  observations  précédentes  au  rassemblement 
de  pierres  de  Douévas,  près  Saint-Barthélémy,  il  me  semble 
incontestable  qu'on  ne  peut  leur  attribuer  en  rien  le  caractère 
des  monuments  druidiques  ou  mégalithiques.  D'abord  et  avant 
tout,  quelques-unes,  sinon  toutes,  sont  adhérentes  au  sol,  sont 
des  rochers.  Or,  je  mets  en  fait  que  je  ne  crois  pas  qu'un  seul 
des  monuments  celtiques  connus  ait  une  seule  de  ses  pierres 

Tome  IV.  -  1869.  3 


38  SOCIÉTÉ  d'aBCHÉOLOGIE  fiT  De  8TATI8TI(^UE. 

mise  en  place  parla  nature.  On  trouverait  peut-être,  et  encore 
je  n'en  suis  pas  certain ,  un  dolmen  dont  un  des  côtés  aurait  été 
formé  par  un  rocher;  mais  je  dis  peut-être,  carie  dolmen  situé 
dans  le  centre  de  la  France,  et  auquel  je  fais  allusion,  ne  fut 
que  très-imparfaitement  vu  par  moi  ;  mais ,  dans  les  milliers 
d'autres  que  j'ai  vus  ou  dont  j'ai  lu  les  descriptions,  dans  les 
menhirs ,  seuls  ou  réunis ,  que  je  puis  citer,  pas  un  n'est  fixé  au 
sol  :  ce  seul  caractère  suffirait  pour  empêcher  de  placer  les 
pierres  dont  il  s'agit  au  nombre  des  monuments  reconnus 
comme  ayant  été  construits  par  les  druides,  si  tant  est  que  les 
druides  aient  eu  part  à  ces  monuments  ;  ou  bien  il  faut  admettre 
que  c'est  un  monument  unique,  sui  generis,  et  dont  on  ne 
connaît  ni  l'usage  ni  la  destination. 

De  plus,  en  regardant  le  plan  fait  avec  beaucoup  de  soin  et  * 
qui  accompagne  le  rapport ,  on  voit  que  les  trois  rangées  de 
pierres  que  l'on  veut  bien  y  indiquer  sont  loin  d'être  à  égale 
distance  les  unes  des  autres ,  tandis  que  cette  égalité  est  par- 
faitement conservée  dans  ceux  d'Ecosse ,  d'Algérie  ou  d'Asie , 
les  seuls  que  je  connaisse  à  plusieurs  rangs  de  pierres. 

Mon  opinion  bien  arrêtée  est  donc ,  non  pas  que  le  monument 
de  Saint'Barthélemy  n'ait  pas  été  utilisé  par  les  druides  ou  par 
toute  autre  corporation  que  l'on  voudra,  cela  je  n'en  sais  rien , 
mais  qu'il  ne  ressemble  pas  du  tout  et  par  aucun  point  à  ceux 
qui  sont  coimus ,  que  j'ai  vus  ou  étudiés. 

Baron  DURAND  DE  FONTMAGNE. 


Je  remercie  bien  sincèrement  mon  saTant  contradicteur  de  Tintéres- 
sante  réfutatioa  quU[  a  bien  voulu  faire  de  mon  travail.  Je  n^ai  jamais 
eu  d'autre  but  que  de  provoquer  la  discussion  des  hommes  compétents 
sur  les  roches  de  Douévas.  Les  fouilles  ultérieurement  faites  donne- 
ront raison  à  l*un  de  nous ,  et  je  les  attends  sans  crainte. 

A.  Lacroix. 


ESSAI  HISTCttlQCE  SUB  LA  BAROlUflB  DE  CLÉBIEU.  39 


ESSAI  HISTORIQUE 

SUR 


LA  BARONNIE  DE  GLÉRIEU 

ET  SUR 

LES  FIEFS  QUI  EN  ONT  DÉPENDC(i). 


CHAPITRE  PREHIBR. 


I^a  malAon  de  Glérleu  (Suite). 


Une  obligeante  communication  de  M.  Henry  Morin-Pons ,  le 
satant  auteur  de  la  Numismatique  féodale  du  Dauphmé^  nous 
ramène  aux  armoiries  des  Clérieu  et  nous  fournit  l'occasion  de 
dire  un  mot  des  sceaux  des  seigneurs  de  cette  maison. 

Le  plus  ancien  est  celui  de  Guillaume  TAbbé  (charte  de  1194) 
représentant  une  main  tenant  deux  clés.  Nous  l'avons  rapporté 
en  son  lieu. 

Les  quatre  autres,  que  nous  connaissons,  appartiennent  au 
xni«  siècle.  Le  cartulaire  des  hommages  de  la  baronnie ,  plu- 
sieurs fois  cité  déjà ,  décrit  celui  de  GuiUaume  Gratepaille ,  où 
figuraient  deux  clés  et  qui  pendait  aux  chartes  de  1221  et  1231 
relatives  à  l'hommage  de  Reymond  de  Charmes  pour  Yeaunes. 
Valbonnays  fit  graver  celui  de  Roger  (1263).  Nous  avons  dit  plus 
haut  qu'il  est  parti  :  d'un  côté  deux  clés  adossées ,  de  l'autre  un 
échiqueté.  Quant  à  celui  qui  vient  d'entrer  dans  le  curieux 
cabinet  dauphinois  de  H.  Horin-Pons  et  qui  probablement  est 


(l)Volr  3«  Uvraison,  p.  273,  V  livr.,  p.  16,  6«  livr.,  p.  253,  8*  livr.,  p.  56 
et  li-  IWr.,  p.  405. 


40  SOCIÉTÉ  d'archéologie  et  db  statistique. 

le  seul  existant  aujourd'hui,  il  est  en  cire  jaune  et  ne  diffère  du 
dessin  de  Valbonnays  qu'en  ce  qu'il  ne  présente  qu'une  clé  au 
lieu  de  deux.  On  lit  S  SILVIONIS  DE  CLARIACO.  Enfin,  le  P. 
Columbi  en  relate  un  d'un  Silvion,  où  l'on  retrouve  les  clés  (1). 
D'un  autre  côté ,  d'après  G.  AUard ,  dont  l'exactitude  n'est  pas 
précisément  proverbiale ,  les  Clérieu  portaient  d'or  à  une  clé  en 
pal  de  gueules;  mais  selon  Salvaing  de  Boissieu  (2),  dont  l'opinion 
a  été  suivie  par  M.  de  Rivoire  La  BAtie  dans  son  Armoriai,  d'azur 
à  deux  clés  adossées  d'or*  Dans  ces  temps  reculés,  les  armoiries 
se  modifiaient  souvent,  suivant  le  caprice  ou  l'ignorance  de  leurs 
possesseurs. 

Comme  les  Clermont,  les  Sassenage,les  Poitiers  et  les  Arthaud, 
les  Ciérieu  conférèrent  la  noblesse.  On  en  a  un  exemple  dans 
l'anoblissement  de  Pierre  Faure  ou  Fabri,  en  1328,  par  Guichard 
de  Clérieu ,  coseigneur  de  Tullins  du  côté  de  sa  femme  (3). 


(1)  NobilisHma  Clartacensium  gentis  arma  habes  in  aUerius  Silvionis 
sigillo  addiio  ad  tabulas  anno  millesimo  ducentesimo  quinquagesimo  oclavo 
scripias.  Equum  gerebat,  et  ab  tUraque  scuti  parte  extra  ipsum  clavem  erec- 
tam.  (Columbi  ,  De  rébus  gestis  Valent,  episcop.,  1652,  p.  20,  et  ap.  Opuscula, 
p.  255).  —  Le  cheval  est  évidemment  une  de  ces  figures  équestres  si  fréquentes 
dans  les  monuments  de  ce  genre  et  qui  n'avaient  pas  de  caractère  héral- 
dique. 

W  De  Vusage  des  fiefs,  Grenoble,  1731,  V  partie,  p.  317. 

(3)  Ghorier,  t.  II,  p.  304.  —  La  Roque,  Traité  de  la  noblesse,  Rouen, 
1735,  p.  97.  —  Dans  le  III*  vol.  de  V Histoire  des  ducs  de  Bourbon  et  des 
comtes  d  ePorce  de  La  Mure,  contenant  les  pièces  Justificatives,  et  publiée 
récemment  (Lyon,  imp.  L.  Perrin,  1868),  Roger  et  Graton  de  Clérieu  sont 
mentionnés  (p.  79,  80,  81,  89,  106,  108),  dans  des  actes  relatifs  à  des  faits 
que  nous  avons  exposés  en  leur  lieu. 


ESSAI  HISTORIQUE  SUA  LA  BARONMIË  DE  CLÉRIEU.  44 


CHAPITRE  II. 


Glérleu  «ous  les  Poitiers. 


Les  comtes  de  Valentinois  et  Diois,  de  la  maison  de  Poitiers , 
furent,  comme  on  Ta  souvent  dit,  les  seigneurs  les  plus  puissants 
de  la  province  après  les  Dauphins  (1).  Leurs  possessions  s'éten- 
daient en  outre  sur  une  partie  considérable  du  Vivarais.  Ébau- 
chées par  André  Duchesne ,  les  savants  auteurs  de  V Histoire  gé- 
néalogique  des  grands  officiers  de  la  Couronne  et  ceux  de  Y  Art 
de  vérifia  les  dates,  les  annales  de  cette  race  illustre  sont  dignes 
de  tenter  l'ambition  de  quelqu'un  de  nos  vaillants  érudits  dau- 
phinois. Pour  notre  part ,  nous  nous  garderons  de  mettre  la 
main  à  une  œuvre  aussi  ardue  qui  ne  touche  qu'incidemment  à 
notre  sujet.  Nous  nous  contenterons  de  suivre  sous  cette  dynastie 
nouvelle  les  destinées  désormais  fort  amoindries  de  la  baronnie 
de  Clérieu  ;  mais ,  comme  on  sait  qu'antérieurement  au  testa- 
ment de  Guichard  les  Poitiers  exerçaient  déjà  des  droits  sur 
cette  terre ,  il  est  nécessaire  de  remonter  plus  haut. 

Selon  l'opinion  la  plus  généralement  accréditée  aujourd'hui , 
Àimar,  tige  de  la  seconde  race  des  comtes  de  Valentinois ,  était 


(1)  Selon  la  déclaration  faite  le  30  nov.  1391  par  Louis  II,  dernier  comte 
de  Valentinois,  ses  comtés  qu'il  entendait  transporter  au  Roi  renfermaient 
27irilles  ou  châteaux,  il  forteresses  et  200  fiefs  ou  arrière-flefs  (P.  Anselme, 
t.  II,  p.  196).  Sur  ce  nombre,  78  localités  hommagées  à  FéTéque  de  Valence 
(GoLUMBi,  ap,  Opuscula,  p.  316).  Il  faut  remarquer  que  Louis  II  et  son  pré- 
décesseur avaient  déjà  aliéné  beaucoup  de  terres,  que  les  possessions  de  la 
branche  de  Saint-Vallier  ne  sont  pas  comprises  dans  cette  énuméralion,  et 
qu'enfin  cette  maison  eut  de  nombreuses  seigneuries  dans  d'autres  parties 
de  la  France. 


42  SOCIÉTÉ  d'archéologie  BT  DS  STATISTiaUE. 

bâtard  de  Guillaume  IX,  comte  de  Poitiers,  et,  par  son  mariage 
avec  la  fille  de  la  comtesse  de  Marsanne ,  acquit  des  possessions 
considérables  sur  les  deux  rives  du  Rhône.  Leur  petit-fils, 
Âimar  l^ ,  comte  de  Valentinois ,  épousa  Philippa  de  Fayno , 
dame  de  La  Voulle  et  de  la  coseigneurie  de  Clérieu ,  qu'elle 
tenait ,  comme  nous  l'avons  vu  au  chapitre  précédent ,  de  son 
aïeul  Roger  I«  de  Clérieu,  en  même  temps  qu'elle  apportait 
du  chef  paternel  la  baronnie  de  Fay,  Chanéac  et  plusieurs  autres 
terres  importantes.  Ce  riche  héritage  se  divisa  :  Philippa,  ayant 
eu  deux  enfants,  Guillaume  mort  avant  ses  parents,  en  laissant 
postérité,  et  Josserande,  première  femme  de  Pierre  de  Bermond, 
seigneur  d'Anduse ,  Sauve ,  etc. ,  légua ,  par  son  testament  du 
30  mai  1246 ,  la  ville  de  La  Voulte  et  quatre  autres  terres  en 
Vivarais  à  Roger  de  Bermond  d'Anduse ,  second  fils  de  sa  fille. 
Le  7  des  ides  de  septembre  1251 ,  elle  disposa  de  la  coseigneurie 
de  Clérieu  en  faveur  du  même  personnage ,  qui  la  céda  aussitôt 
à  Roger  de  Clérieu  et  à  Silvion ,  son  fils ,  à  condition  qu'ils  le 
défendraient  contre  le  comte  de  Valentinois  (i).  Mais  ce  traité 
n'eut  pas  d'effet.  Philippa ,  revenant  sur  ses  premières  disposi- 
tions, fit  donation  entre  vifs  de  cette  coseigneurie  à  son  autre 
petit-fils,  Aimar  II,  comte  de  Valentinois,  qui  fut  aussi  son  suc- 
cesseur à  la  baronnie  de  Fay  (2).  Ce  fut  cet  Aimar,  et  non  son 
grand-père,  comme  il  est  dit  dans  YHistoi/re  des  grands  officiers, 
qui  acquit  par  échange,  aux  calendes  de  mars  1238,  et  non  le 


(1)  Inv.  de  la  ch.  des  comptes  de  Dauphiné. 

(2)  5  des  calendes  d'octobre  1250,  donation  par  Philippa,  comtesse  de 
Valentinois,  à  Aymar  de  Poitiers,  fils  de  fea  Guillaume  de  Poitiers,  fils  de 
ladite  dame,  des  châteaux  et  terres  de  Fayn,  Montréal,  Queyrières,de  Mezenc» 
de  Ghaneac,  Ghamberliac ,  plus,  de  toute  sa  terre  de  La  Roche- de-Glun  et  de 
Clérieu,  avec  leurs  péages,  droits,  etc.,  sauf  ce  qu'elle  avoit  à  Pierre-Gourde 
et  la  Voulte,  qu'eUe  avoit  légué  à  Rougier,  à  Philippe,  enfants  de  Josserande, 
sa  fille  (Inv.  delà  Gh.  des  comptes).  Cette  date  de  t250,  peut-être  inexacte, 
serait  antérieure  à  la  libéralité  en  faveur  de  Roger  d'Anduse  et  prouverait 
que  Philippa  avait  plusieurs  fois  changé  de  résolution.  En  tout  cas,  la  cosei- 
gneurie demeura  aux  Poitiers. 


ESSAI  HISTORiaUfi  SUK  LA  BABOMAIE  DE  CLÉRIEU.  43 

8  des  calendes  de  mars  1230,  la  terre  du  Pouzin/d*Arinand  et 
Pierre  du  Pouzin  (1). 

Depuis  longues  années ,  les  Poitiers ,  déjà  installés  dans  la 
moitié  de  la  yille  de  Crest ,  soutenaient  contre  les  évéques  de 
Die  et  de  Valence  une  lutte  incessante ,  qui  dégénéra  souvent 
en  guerre  ouverte.  Le  haut  domaine  de  la  part  de  Silvion  de 
Crest,  héritier  de  Tancienne  maison  seigneuriale,  cédé  à  l'église 
de  Die ,  avec  celui  d*Âoste  et  Divajeu ,  avait  été  transféré  au 
commencement  du  siècle,  par  l'évéque  Humbert,  au  Dauphin  (3). 
Aimar  II  résolut  de  l'acquérir,  afin  d'augmenter  ses  droits.  Il 
conclut,  en  mars  1267,  un  traité  avec  le  Dauphin  Guigne,  échan- 
geant la  parerie  de  Clérieu ,  ainsi  que  la  moitié  du  péage  de  La 
Roche  et  du  nouveau  péage ,  contre  les  droits  du  prince  sur 
Crest ,  Aoste  et  Divajeu ,  avec  le  pouvoir  d'en  poursuivre ,  au 
besoin  par  les  armes,  la  restitution  sur  l'évèque  de  Valence, 
qui,  est-il  dit  dans  l'acte,  les  avait  usurpés.  Le  Dauphin  s'en- 
gage, en  ce  cas,  à  aider  le  comte  de  Valwtinois  à  entrer  en 
possession  (3).  Il  y  avait  là  une  confusion  volontaire  entre  le 
haut  domaine  et  la  propriété  du  fief  donnée  en  1226  par  Silvion 
de  Crest,  doyen  de  Valence,  à  l'évèque  de  cette  ville  (4).  Le 
samedi  avant  les  Rameaux  1267,  le  comte  ordonna  aux  habitants 
de  Clérieu  de  reconnaître  le  Dauphin  (8). 


(t)  p.  Anselme,  t.  U,  p.  187.  Nous  aTons  sous  les  yeax  la  charte  originale 
provenant  des  papiers  de  Moulinet ,  qni  nous  a  été  communiquée  par  H.  Emile 
Giraud.  Aimar  y  est  appelé  «  Ademaretia  de  Pictavia  fUhu  quondan  Willdmi 
comiiis  Valmtinmsis  ».  Ce  diminutif  ne  conviendrait  guère  à  un  vieillard, 
mort  d*aillenr8 ,  selon  toute  apparence,  quelques  années  auparavant.  Quant 
au  titre  de  comte  de  Valenlinois,  attribué  à  Guillaume  II,  qui  n'avait  pas 
régné,  il  a  pu  lui  être  donné  du  vivant  de  son  père,  ce  qui  n'est  pas  sans 
exemple.  En  échange  du  Pouzin  et  d'autres  flefs  en  Vivarais,  Armand  et  Pierre 
du  Pouzin,  le  père  et  le  fils,  obtinrent  les  châteaux  de  Montoison  et  Upie,  le 
droit  d*albergue  à  Ambonil  et  diverses  propriétés.  Us  formèrent  la  tige  de 
la  maison  de  Montoison ,  éteinte  plus  tard  chez  les  Glermont. 

(2)  Valbonnats  ,  t.  !•',  p.  121. 

(3)  Arch.  de  la  Gh.  des  comptes.  —  G.  Allàrd,  Mélanges,  p.  363.  -  Golumbi, 
De  rébus  gestis  Voient,  episcop,,  1652,  p.  148  et  ap.  Opuscula,  p.  310.  — 
Ghoriba,  t.  II,  p.  147. 

(4)  GoLUHBi,  De  relms  gestis  Valent,  episc.,  p.  55  et  ap.  Opuscula,  p.  266 

(5)  Inv.  de  la  Gh.  des  comptes.  —  P.  Anselme,  t.  II,  p.  188.—  Ghobieb,' 
t.  II,  p.  147.  —  G.  Allabd,  Comtes  de  Graisivaudan ,  p.  384. 


44  sociKTÉ  d'abchéologie  et  de  statistique. 

Le  12  des  calendes  de  mai  1277 ,  Aimar  II  fait  son  testament, 
rapporté  par  Duchesne  (1).  On  voit  dans  ce  document  qu'il 
avait  des  différends  avec  plusieurs  abbayes ,  parmi  lesquelles 
celle  de  Roropon  en  Vivarais.  Il  témoigne  le  désir  que  les  ques- 
tions en  litige  soient  réglées  sans  recours  à  la  justice.  On  se 
souvient  que,  presque  au  début  de  ce  travail,  nous  avons  soutenu 
l'identité  de  Silvion  I^^  de  Clérieu  avec  ce  Silvius,  qui,  dans  une 
charte  rapportée  par  M.  l'abbé  Rouchier,  fait  en  977  des  conces- 
sions de  terrains  au  prieuré  de  Saint-Pierre  de  Rompon.  Notre 
hypothèse  se  trouve  pleinement  confirmée  par  les  dernières 
volontés  du  comte  de  Valentinois.  Il  est  évident  qu'il  devait  à 
son  aïeule  Philippa  des  droits  sur  la  contrée  où  était  située 
l'abbaye,  peut-être  même  des  prétentions  sur  les  terrains  cédés 
deux  siècles  auparavant.  Â  l'heure  de  la  mort,  il  reconnaissait 
implicitement  l'injustice  de  ses  procédés  envers  les  moines. 

Aimar  III ,  fils  aîné  et  successeur  d'Aimar  II ,  se  regardant 
comme  lésé  par  l'échange  qui  avait  donné  à  son  père  la  haute 
justice  de  Crest,  Aoste  et  Divajeu,  dont  la  possession  n'était  pas 
sans  troubles  de  la  part  des  évèques  de  Valence ,  obtint  en  1383 
du  nouveau  Dauphin,  Humbert  I««^de  La  Tour,  désireux  de  créer 
des  partisans  à  sa  dynastie  naissante,  la  résiliation  de  l'acte 
précédent  et  la  restitution  de  la  parerie  de  Clérieu,  que  V Histoire 
des  grands  officiers  de  la  Couronne,  semble  confondre  avec  le 
haut  domaine  de  cette  terre  resté  cependant  toujours  au  pouvoir 
des  Dauphins.  Roger,  seigneur  de  Clérieu ,  fut  un  des  intermé- 
diaires de  cette  convention.  Mais,  à  la  suite  d'une  sentence  arbi- 
trale rendue  le  12  avril  1285  par  le  sénéchal  de  Beaucaire, 
fixant  la  part  de  Guillaume  de  Poitiers,  seigneur  de  Chanéac, 
frère  d'Aimar,  dans  la  succession  paternelle ,  à  une  rente  de 
vingt  mille  sols  viennois ,  le  comte  inféoda  audit  Guillaume ,  en 
paiement  de  cette  somme ,  la  baronnie  de  Fay  et  la  coseigneurie 


(1)  Comtes  de  VaknUnois,  preuves,  p.  11.  a  Item,  voluit  et  prsNnpit  quod 
quisstiones  seu  qusrimonw  quas,,.,  Domus  de  Bumpona...,  et  cUis  Domus 
religios»  de  terra  sua  fadtmt  contra  eum,  inquisita  veritate,  de  pkmo  et 
sine  strepitu  judicii  emendentur,  » 


ESSAI  HISTOKlHiUE  SUB  LÀ  BARONME  DE  GLÉAIEU.  45 

de  Glérieu ,  pour  les  tenir  de  lui  en  arrière*fiefs ,  et  lui-même 
rendit  directement  hommage  à  son  suzerain  pour  ces  terres ,  le 
10  août  1308  (1). 

Guillaume  étant  mort  en  4321,  les  fiefs  engagés  entre  ses 
mains  firent  partie  de  Tapanage  d'un  autre  Gmllaume  de  Poi- 
tiers ,  fils  d*Âimar  III  et  déjà  seigneur  de  Saint-Vallier  par  sa 
mère  (2).  Ce  fut  en  sa  faveur  que  le  testament  de  Guillaume 
Graton  établit  une  substitution  générale,  dans  le  but  évident  de 
réunir  les  parties,  depuis  longtemps  divisées,  de  la  sirerie  de 
Glérieu.  Les  8  mars  et  4  décembre  1327 ,  Guillaume  reçut,  avec 
Guichard  de  Glérieu,  les  hommages  d*Hugues  Lobet  et  de  Pierre 
d*Hauteville.  Le  mercredi  après  Toctave  de  Pâques  1328 ,  lui- 
même  rend  hommage  à  Aimar  IV ,  que  son  père  avait  associé , 
de  son  vivant,  à  la  dignité  comtale.  Dans  l'acte  de  reconnais- 
sance figurent  la  parerie  de  Glérieu ,  le  château  ou  fief  de 
Ghantemerle ,  le  château  d'Âlbon  c  Castrum  suum  de  Albone 
oum  toto  siM)  tenemento  »,  le  fief  qu'y  tient  de  lui  Hugues  de 
Gorcia,  seigneur  de  Reviran  en  Vivarais  et  de  Salinacio,  le 
château  de  Messenco ,  enfin  celui  de  Raphaël,  tenu  par  Hugues 
de  Furcata  (3). 

La  mort  de  Guichard ,  arrivée,  selon  toute  apparence,  vers  la 
fin  de  1338,  amena  de  graves  complications.  Nous  avons  déjà 
vu  qu'il  avait  choisi  pour  héritier  le  comte  de  Valentinois  au 
lieu  et  place  de  Guillaume  de  Poitiers,  désigné  dans  le  testament 
de  Graton.  Le  différend,  à  ce  sujet,  entre  les  deux  frères,  fat 
terminé  par  une  sentence  arbitrale  du  24  août  1336 ,  rendue  en 
faveur  du  comte  (4).  Une  compétition  autrement  redoutable 
s'éleva  du  côté  du  Dauphin,  qui  soutenait  que  Glérieu,  étant  un 
fief  rendable ,  faisait  naturellement  retour  au  suzerain  par  l'ex- 
tinction de  la  race  et  que  Guichard  n'avait  pu  en  disposer  ;  que. 


(1)  Inv.  de  la  Ch.  des  comptes.  — Chorier,  t.  II,  p.  173. 

(2)  On  a  de  lui  un  acte  qui  affranchit  de  toutes  contributions  les  terres  de 
Jean  et  Guigne  Maloc ,  de  Gurson. 

(3)  Reg.  de  la  Ch.  des  comptes  de  Dauph.,  lirre  intitulé  Copiw  plurimarum 
litterarum  Misiraliarufns  coté  N,  fol.  485,  extrait  impr.  (au  XVII*  siècle). 

(4)  P.  Anselme  ,  t.  II ,  p.  186  bis. 


46  soaÉTÉ  d'a£ghéologi£  £t  d£  statistique. 

d'ailleurs ,Jle  comte,  étant  déjà  homme  lige  du  Roi,  devenait 
inhabile  à  posséder  le  susdit  flef  pour  lequel  on  devait  l'hom- 
mage par  préférence  à  tous  autres  princes.  Dès  le  9  janvier  1336, 
Humbert  II  avait  investi  Guillaume  des  terres  de  Clérieu  et  de 
Chantemerle,  préférant  son  agrandissement  à  celui  du  comte 
de  Yalentinois.  Mais  cet  acte  n'ayant  pas  eu  de  résultat,  il  paratt 
que  le  Dauphin  mit  la  main  sur  les  seigneuries  en  litige  (1).  Les 
négociations  furent  aussi  longues  que  difficiles  ;  elles  n'abouti- 
rent que  sept  ans  après,  comme  nous  le  verrons  plus  tard. 

Quelque  temps  auparavant ,  l'étemelle  lutte  entre  les  Poitiers 
et  les  évèques  de  Valence,  qui  s'étendait  souvent  à  leurs  alliés 
et  amis,  avait  amené  un  événement  accueilli,  malgré  la  rudesse 
de  ces  temps,  par  une  réprobation  universelle.  Dans  les  premiers 
mois  de  l'iumée  1332 ,  l'archevêque  de  Vienne ,  Bertrand  de  La 
Chapelle,  que  l'on  savait  être  dans  les  intérêts  de  son  suffragant, 
l'évëque  de  Valence ,  accomplissait  une  tournée  pastorale  dans 
son  diocèse  dont  Clérieu  faisait  partie.  Au  mépris  de  son  carac- 
tère sacré  et  des  règles  de  la  hiérarchie  féodale ,  que  l'on  ne 
pouvait  alors  enfreindre  sans  manquer  à  l'honneur,  Guillaume 
de  Poitiers,  à  la  fois  son  diocésain  et  son  homme  lige,  à  cause 
de  certaines  portions  de  la  baronnie  relevant  de  l'église  de 
Vienne ,  eut  l'audace  de  faire  enlever  le  prélat  et  de  le  retenir 
en  captivité  au  château  de  Clérieu.  Le  seigneur  de  Saint-Vallier 
espérait  tirer  de  grands  avantages  d'une  aussi  importante  cap- 
ture, mais  les  calculs  du  félon  chevalier  furent  cruellement 
déçus.  Cette  triste  affaire  eut  un  si  grand  retentissement  qu'il 
jugea  prudent  de  relâcher  bientôt  son  prisonnier.  Celui-ci 
s'empressa  de  se  rendre  à  Avignon ,  auprès  du  Pape ,  pour  se 
mettre  sous  sa  protection  et  lui  demander  conseil  et  appui.  Le 
6  avril,  dans  une  lettre  venue  jusqu'à  nous,  il  réclamait  juslice 
du  Dauphin ,  lui  rappelant  les  devoirs  imposés  par  le  serment 
d'allégeance  qui  le  liait  à  l'église  de  Vienne.  Guignes  VIII  or- 
donna à  son  vassal  de  fournir  ample  satisfaction  au  prélat 
offensé.  Quant  à  Jean  XXII ,  qui  occupait  la  chaire  de  saint 


(l)  Inv.  de  la  Ch.  des  comptes.  —  Factum  du  comte  de  Saint-Vallier. 
Grenoble,  1759,  p.  29  et  35. 


ESSAI  HISTOliaUE  SOII  LA  BAIOMMIE  DE  GLÉaiED.  47 

Pierre  (1)»  il  avait  d'excellentes  raisons  pour  se  montrer  très- 
sévère  à  l'égard  d'un  genre  d'attentat  fréquent  dans  le  siècle 
où  Boniface  VU!  avait  succombé  sous  les  mauvais  traitements  et 
les  outrages ,  où  les  bandes  de  Duguesclin  devaient  rançonner, 
dans  son  palais ,  un  autre  souverain  pontife.  Aussi  remplH-il  la 
Chrétienté  de  ses  plaintes.  Il  réussit  à  associer  à  sa  cause  le 
roi  de  France  et  divers  princes  ;  il  fulmina  l'excommunication 
contre  le  coupable  et  lui  imposa  la  plus  humiliante  expiation. 
Dans  la  cathédrale  de  Vienne,  devant  le  peuple  et  le  clergé 
rassemblés,  l'orgueilleux  seigneur  de  Saint* Vallier  fut  contraint 
d'implorer,  k  genoux,  une  torche  à  la  main,  le  pardon  de 
l'archevêque,  assis  sur  son  trône  pontifical.  Le  chapitre  de 
Saint-Maurice  fit  exécuter  un  groupe  en  bronze,  représentation 
fidèle  d'une  peine  dont  il  importait  de  perpétuer  le  souvenir. 
Ce  monument  périt  avec  tant  d'autres  dans  le  sac  de  la  cathé- 
drale par  les  Calvinistes  (2). 


(1)  Charyet,  qui  place  le  fait  en  1336,  fait  naturellement  intervenir  le  pape 
Benoit  XII  ^  mais  nous  nous  en  sommes  tenu  aux  dates  fournies  par  la 
pièce  que  cite  Valhonnays. 

(2)  Valboxnays,  t  I",  p.  294  et  t.  II,  p.  231.  -  Chaevet,  p.  468.  -  Le 
Lièvre,  p.  386.  —  Gollombet,  t.  H,  p.  304. 

Pour  en  finir  aTec  Guillaume,  nous  donnons,  pour  les  amateurs  de  statis- 
tique, Textrait  suiyant  de  l'inventaire  de  la  Gh.  des  comptes.  Saint-Marcellin, 
2"  vol.  Glérien,  Gurson  et  Veane.  Chapitre  III,  comptes  de  châtellenie  : 

«  Au  f'  60  du  cartulalre  des  comptes  de  châtellenie  du  Viennois  de  1339 , 
couvert  de  parchemin  comme  tous  les  autres,  il  y  a  le  compte  des  revenus 
de  la  terre  de  Glérieu  rendu  par  Reynaud  Falavel,  châtelain,  lesdits  revenus 
consistant  en  13  sétiers  froment,  5  sétiers  émine  seigle,  17  sétiers  un  quartal 
et  demi  vin,  3  émines  un  quartal  et  demi  orge,  un  civier  comble  et  demi 
ras  de  noyaux,  un  quartier  de  lapin,  II  poules  trois  quarts,  49  s.  9  d.  de 
censé ,  le  tout  de  Fancien  patrimoine  de  Guillaume  de  Poitiers.  S'ensuivent 
les  autres  revenus  de  ladite  châteUenie  ou  baronnie  de  Glérieu  acquis  de 
nouveau,  premièrement  98  sétiers  de  la  baylie  dudit  lieu,  2 1  sétiers  froment 
de  celle  de  Ghanos,  23  sétiers  une  émine  froment  de  celle  de  Ghantemerle, 
200  sétiers  froment  du  vmgtain  de  Glérieu,  20  sétiers  froment  du  vingtain 
de  Ghantemerle,  5  sétiers  froment  du  muage,  40  sétiers  froment  de  la  ferme 
des  moulins  de  Glérieu,  6  sétiers  un  quartal  froment  de  l'albergement  des 
moulins  de  Ghantemerle,  4  sétiers  un  quartal  froment  des  moulins  du  Mas, 
4  sétiers  émine  froment  des  caisses  du  jardin  et  de  l'hospice  de  Glérieu  » 


48  SOCIÉTÉ  D'iBCflÉOLOGIE  ET  DE  STATISTIQUE. 

Le  ch&timent  infligé  à  Guillaume  n'arrêta  pas  la  guerre,  qui 


plus  42  sétiers  seigle  de  ladite  baylie  de  Glérieu,  11  sétiers  émiue  deox 
pugnerées  seigle  de  celle  de  Gbanos  et  de  Gurson,  un  sétier  seigle  de  celle 
de  Ghântemerle,  200  sétiers  seigle  du  vingtain  de  Glérien,  48  sétiers  seigle 
de  c^lui  de  Ghantemerle,  7  sétiers  éioine  seigle  du  muage  de  Glérieu, 

4  sétiers  5  pugnerées  seigle  de  la  Bâtie  de  Gbanos  et  de  Gurson,  40  sétiers 
seigle  des  moulins  de  Glérieu ,  12  sétiers  3  quartaux  seigle  des  mou- 
lins de  Gbantemerle,  8  sétiers  seigle  des  moulins  du  Mas  ,  41  émines  de 
la  ferme  du  four  de  Glérieu ,  24  sétiers  seigle  de  la  ferme  du  four  de 
Gbantemerle,  3  quartaux  seigle  du  cbevaliage ,  un  sétier  seigle  des  investi- 
tures, 14  sétiers  seigle  des  censés  de  SilvonetdelaBlacbe,plns  11  sétiers 

5  pugnerées  avoine  de  ladite  Bâtie  de  Glérieu,  7  sétiers  3  quartaux  3  pugne- 
rées avoine  des  Bâties  de  Gbanos  et  de  Gurson,  2  sétiers  3  quartaux  avoine 
de  celle  de  Rançon  {sicj^  3  sétiers  avoine  du  vingtain  de  Gbantemerle, 
82  sétiers  3  quartaux  avoine  des  muages ,  4  sétiers  avoine  des  gardes  de 
Gbantemerle,  3  sétiers  3  quartaux  avoine  des  gardes  de  Gbavanes,  64  sétiers 
avoine  des  cbevallages,  12  sétiers  avoine  du  bucherage  de  la  forêt  de  Gizey, 
15  sétiers  avoine  des  menus  bans  de  Glérieu  et  de  Gbanos,  plus  140  sétiers 
transailles  des  muages,  7  sétiers  orge  de  censé  et  muage,  8  saumées  3/4  vin 
de  censé,  7  saumées  un  baral  vin  des  muages,  25  saumées  vin  du  vingtain 
des  dépendances  de  ladite  Baronnie,220  saumées  vin  du  vingtain  de  Glérieu, 
26  saumées  vin  des  vignes  de  Romans ,  25  saumées  vin  des  vignes  delpbi- 
nales,  un  civier  comble  et  demi  ras  de  noyaux,  2  quartaux  noyaux  du 
muage,  5  civiers  fèves  de  censé,  151  poules  des  susdites  bailli veries  et  de 
muage,  10  canards  des  censés  de  Ghantemerle,  60  lapereaux  des  susdites 
baylies,  pour  les  droits  de  cbasse  et  de  muage,  8  moutons  des  troupes  et 
des  paquerages,  3  douzaines  de  perdrix  pour  le  droit  de  chasse,  une  livre 
de  cire  des  gardes  de  Ghantemerle ,  2  florins  de  la  garde  des  Lombards , 
plus  4  1. 10  s.  9  d.  de  censé  de  la  baylie  de  Glérieu ,  58  s.  4  d.  de  celle  de 
Gbanos,  6  l.  19  s.  10  d.  de  celle  de  Ghantemerle .  22  s.  de  celle  de  Rançon, 
2  s.  6  d.  du  cbevallage,  13  1.  10  s.  des  muages  de  Glérieu,  6  1.  11  s.  2  d.  de 
ceux  de  Gbanos,  7  1.  10  s.  de  ceux  de  Ghantemerle,  112  s.  8  d.  de  ceux  de 
Rançon,  58  s.  de  lod,  60  s.  de  la  leyde,  du  poids  et  du  banchage,  3  s.  du 
péage  de  Gurson,  4  s.  9  d.  du  péage  de  La  Roche  de  Gluy,  50  s.  de  layat, 
9  1.  16  s.  8  d.  des  Glaines,  70  s.  des  paquerages,  35  1.  4  s.  des  judicatures, 
23  1.  des  compositions ,  10  1.  pour  le  revenu  du  pré  delphinal,  44  1.  de  la 
pêche  de  Tétang,  71.  10  s.  des  langues  de  bœuf.  » 

Après  avoir  défalqué  les  revenus  des  terres  appartenant  aux  seigneurs 
de  Glérieu ,  il  serait  curieux  de  comparer  ces  cbiûres ,  que  nous  donnons 
suivant  la  copie  faite  pour  nous  par  les  employés  des  Archives  de  l'Isère , 
avec  les  impôts  directs  et  indirects  payés  aujourd'hui  par  les  communes 
ci-dessus  nommées.  Il  est  bien  entendu  qu'il  faudrait  tenir  compte  de  la 
différence  du  pouvoir  de  l'argent.  En  outre ,  ce  document  nous  renseigne 
sur  l'étendue  des  cultures  dans  le  mandement  de  Glérieu. 


ESSAI  HlSTOniQUE  SUR  LA  BAROMniE  DE  CLÉRIEU.  49 

rendit,  au  contraire,  à  se  généraliser  de  plus  en  plus.  A  la  suite 
de  ses  entreprises  sur  Romans  et  plusieurs  autres  localités  de 
la  juridiction  de  Tarchevèque,  le  Dauphin  ayant  été  excommunié 
par  ce  dernier,  les  Romanais,  appelés  aux  armes  au  son  du 
beffroi  de  la  yille,  envahirent ,  enseignes  déployées,  le  31  mars 
1341 ,  sans  aucune  déclaration  préalable  et  sous  la  conduite  du 
eorricr  et  de  leurs  autres  officiers,  le  mandement  de  Clérieu , 
en  haine  d*Humbert  II,  suzerain  de  la  localité,  qui  en  avait  pris 
sans  doute  possession  en  vertu  de  ses  prétentions  non  encore 
réglées.  Le  ch&telaiu  dut  se  soustraire  par  la  fuite  à  la  fureur 
de  cette  bande,  et  plusieurs  de  ceux  qui  l'accompagnaient 
furent  tués  ou  blessés  mortellement.  Avec  toutes  les  imprécations 
que  la  haine  peut  inspirer,  on  cracha  sur  l'écusson  aux  armes 
du  Dauphin  et  on  rattacha  en  signe  de  dérision  à  la  queue  d'un 
cheval  ;  les  piliers  de  justice  furent  enlevés  et  brûlés  sur  la 
place  de  Romans.  Aux  mois  d'avril,  de  mai  et  de  novembre,  ces 
invasions  se  renouvelèrent.  Conduites  par  un  chef  qui  avait 
reçu  le  surnom  de  Tartarella ,  ces  troupes  de  pillards  parcou- 
raient les  territoires  de  Peyrins,  Clérieu,  Pisançon,  portant 
partout  le  meurtre,  la  dévastation  et  l'incendie  et  rentrant 
chaque  fois  les  mains  chargées  de  butin  (1).  Ces  excès  four- 
nirent à  Humbert  le  prétexte,  depuis  si  longtemps  attendu, 
d'établir  son  autorité  sur  Romans. 

Dans  tout  ce  récit,  il  n'est  pas  question  de  Guillaume,  dont 
on  ignore  la  date  précise  de  la  mort,  mais  qui,  dès  le  8  septem-^ 
bre  1339 ,  avait  disposé,  par  testament,  de  la  parcrie  de  Clérieu 
et  de  la  seigneurie  de  Saint-Vallier  en  faveur  de  son  frère  Amé, 
révoquant  un  acte  du  même  genre  par  lequel,  un  an  auparavant, 
il  donnait  son  héritage  au  Dauphin.  Dans  le  traité  du  38  mars 
1342,  entre  le  Pape  et  Humbert  II,  Amédée  de  Poitiers,  seigneur 
de  Saint-Vallier,  est  au  nombre  des  cautions  du  Dauphin  (2}. 
D'un  autre  côté ,  Louis  I*'  de  Poitiers  avait  succédé  à  son  père , 
AimarlV,  comme  comte  de  Valentinois  en  même  temps  que 


(t)  VALBOlfNATS,  t.  II,  p.  440.  -  OiEAUD ,  Essai ,  t.  II,  p.  143,  156. 
(2)  GiRAUD,  trf.,  nouv.  pièces  justificatives,  p.  147. 


50  SOCIÉTÉ    d'archéologie  ET  DE  STATISnQUB. 

comme  successeur  de  Guichard.  Le  roi  Philippe  de  Valois  avait 
élevé  des  prétentions  sur  les  possessions  de  Clérieu  situées  dans 
le  royaume,  s*appuyant  sur  une  clause  du  testament  du  dernier 
Silvion,  qui  les  lui  aurait  attribuées  en  cas  d'extinction  de  la 
race,  sans  doute  aussi  sur  son  droit  de  suzerain.  Mais  le  Roi  de 
France,  qui  songeait,  en  vue  d'événements  prochains,  à  se  faire 
une  clientèle  puissante  en  Dauphiné»  changea  bientôt  de  conduite 
à  regard  du  comte ,  qu'il  nomma  son  lieutenant  général  en 
Languedoc  et  qu'il  investit  des  seigneuries  de  Gh&teaubourg , 
Rac  et  Garauson,  saisies  par  les  officiers  de  la  Couronne  (1).  Les 
traités,  qui  du  mois  de  février  au  mois  d'août  engagèrent,  au 
profit  de  la  France,  l'avenir  du  Dauphiné,  permirent  à  la  pro- 
tection royale  de  s'étendre  plus  loin.  Tout  était  convenu  avant 
qu'on  eût  obtenu  la  signature  delphinale,  et,  dès  le  8  août  1343, 
François  de  Theys,  seigneur  de  Thorane,  un  des  premiers  gen- 
tilshommes de  la  province)  attirés  dans  les  intérêts  français  et 
qui  tenait  la  ch&tellenie  de  Clérieu,  la  rendit,  par  ordre  du  Roi, 
à  Louis  de  Poitiers.  Ce  fut  le  17  du  même  mois,  dans  le  monas- 
tère de  l'abbaye  de  Saint-Pierre  de  Vienne,  qu'eut  lieu  la  tran- 
saction relative  à  l'héritage  de  Guichard.  L'évèque  de  Clermont, 
le  chancelier  Guillaume  Flotte  et  d'autres  membres  du  conseil 
représentaient  le  Roi  ;  le  fameux  Amblard  de  Beaumont,  Jacques 
de  Brunier ,  chancelier  de  Dauphiné ,  qui  l'un  et  l'autre  avaient 
pris  une  grande  part  au  transport  de  la  province,  Jean  d'Haute- 
ville  et  François  de  Theys,  dont  il  vient  d'être  question,  agissaient 
avec  divers  chevaliers  et  jurisconsultes  au  nom  d'Humbert  IL 
Il  fut  conclu  que  les  droits  du  comte  n'étant  nullement  établis , 
le  Dauphin  cédait  aux  prières  du  Roi  de  France,  en  inféodant 
à  Louis  I«r  de  Poitiers  la  baronnie  de  Clérieu  et  Chantemerle,  à 
la  réserve  de  La  Roche-de-Glun  et  Monteux.  L'hommage  du  fief 


(1)  P.  Anselme,  t.  II,  p.  193.  —  J.-J.  Ouiffret,  Histoire  de  la  réunion  du 
Dauphiné  à  la  France ,  p.  22 ,  où  il  est  parlé  des  châteaux  de  Garançon  et  du 
Boc,  au  lieu  de  Garauson  et  Rac.  —  L'inventaire  de  la  Chambre  des  comptes 
mentionne,  à  la  date  du  23  août  1342,  un  hommage  au  comte  de  Valentinois, 
comme  seigneur  de  Clérieu,  par  noble  Pierre  de  Vemous,  fils  de  Jarenton, 
pour  tout  ce  qu'il  possède  au  mandement  de  Garauson. 


ESSAI  HISTORIQUE  SVB  LA  BÀRONNIE  DE  GLÉMEC.  54 

du  seigneur  de  Crussol ,  quoique  dépendant  de  la  première  de 
ces  terres,  fut  attribué  au  comte  de  Valentinois  (1) ,  qui  eut ,  en 
compensation  des  péages  de  La  Roche ,  du  port  de  Confolens  et 
de  Cbarmagneu,  pareil  revenu  sur  le  péage  de  Saint-Alban,  sur 
le  Rhône,  au  mandement  d*Auberive,  en  même  temps  que  la 
seigneurie  de  Mureils.  On  accordait  au  comte  le  droit  d'avoir 
mi  juge  d'appeaux  pour  les  appellations  des  juges  ordinaires  de 
Qérieu,  Chantemerle,  Croses,  le  mas  de  Bressieu,  Lamage, 
Mercurol,  Claveyson,  Miribel,  Marges^  Monlchenu  et  autres  fiefs 
dépendant  de  la  baronnie.  En  démembrant  la  baronnie,  la 
politique  royale  obéissait  à  une  sage  prévoyance.  Tout  en  atti- 
rant à  elle  les  Poitiers  par  la  reconnaissance  de  prétentions  fort 
contestables,  suivant  la  jurisprudence  de  l'époque,  elle  se  gar- 
dait de  leur  accorder  la  forteresse,  alors  importante,  de  LaRoche- 
de-Glun ,  qui  eût  donné  plus  de  cohésion  à  leurs  vastes  états  de 
configuration  irrégulière.  La  séparation  de  Beaumont-Monteux 
achevait  d'isoler  les  nouyelles  possessions  des  comtes  de  Valen- 
tinois. Le  Dauphin  se  réserve  a  le  village  de  Monteux  et  un 
terrier  situé  hors  de  la  ville  de  Romans ,  savoir,  tout  le  Molard 
appelé  de  Beaumont,  et  au  delà  dudit  Molard  du  côté  de  Clérieu 
le  trait  d'une  flèche ,  et  dudit  Molard  du  éôté  de  Peyrins  regar- 
dant droit  ledit  mandement  et  allant  jusqu'à  Balme-Tranquieu 
et  jusqu'aux  limites  du  château  de  Peyrins,  et  du  côté  de  Clérieu 
regardant  et  allant  jusqu'à  la  rivière  d'Herbasse ,  et  au  delà  de 
ladite  eau  suivant  droit  le  chemin  public  qui  va  à  La  Roche-de- 
Glun,  de  là  en  bas  jusqu'à  l'Isère  inclusivement  ».  Les  droits  de 
pâturage  et  bucherage  furent  maintenus  aux  habitants  de  Clé- 
rieu sur  les  portions  concédées.  Bientôt  après ,  par  le  traité  de 
pariage  avec  le  Pape  et  le  chapitre  de  Saiut-Bamard,  Humbert  II 
cédait  aux  habitants  de  Romans,  dont  les  droits  ne  s'étendaient 
pas  au  delà  de  l'enceinte  de  leurs  remparts,  et  pour  lesquels  un 
agrandissement  s'imposait  comme  une  nécessité,  une  portion 
du  territoire  qu'il  venait  de  s'attribuer  (2). 


(1)  Les  Grassol  relevaient,  dès  1232,  des  comtes  de  Valentinois  pour  la 
terre  de  Saint-Marcel  en  Vivarais. 

(2)  GHoaiBR,  t.  II ,  p.  305.  —  Valbonnats,  t.  I*%  p.  342  et  t.  n,  p.  551.  — 
Inv.  de  la  Gh.  des  comptes,  élection  de  Saint-Marcellin ,  1. 1*%  fol.  226.  — 


52  SOCIÉTÉ  d'abghéologie  et  de  statistique. 

La  décadence  de  Clérieu  était  désormais  consommée.  De 
résidence  seigneuriale,  il  tombait  à  l'état  de  simple  village 
abandonné  à  la  direction  et  au  caprice  d'agents  subalternes. 
Moins  flexibles  que  ne  l'étaient  devenus  les  anciens  sires  de 
Clérieu,  supportant  avec  impatience  le  joug  des  Dauphins, 
autrefois  leurs  égaux ,  prêts  à  entrer  en  lutte  avec  le  Roi  lui- 
même,  les  Poitiers,  dont  la  rudesse  et  la  cupidité  sont  les  traits 
distinctifs ,  se  signalèrent  d'ailleurs  par  leurs  exactions  envers 
leurs  vassaux  (1).  Ils  n'avaient  rien  de  commun  avec  la  man- 
suétude du  dernier  Roger  de  Clérieu ,  laissant  accumuler  les 
arrérages  de  dix  années  de  vingtain^  Autour  de  cette  race 
altière,  batailleuse  et  absolue,  qui,  par  son  énergie  autant  que 
par  sa  puissance,  échappait  souvent  à  la  réciprocité  d'obligations 
inscrites  dans  la  législation  féodale ,  s'établissait  une  sorte  de 
centralisation  impitoyable.  Au  lieu  de  se  répandre,  comme 
autrefois ,  sur  la  contrée,  le  produit  des  redevances  s'en  allait 
à  des  guerres  hasardeuses.  A  mesure  que  disparaît  l'autonomie 
de  la  baronnie,  son  histoire  perd  de  son  intérêt  et  de  son 
importance. 

Amé  possédait  la  moitié  par  indivis  des  château  et  écuries  de 
Clérieu,  à  l'exception  des  fort  et  logement  situés  sur  la  hauteur, 
du  côté  du  nord,  appartenant  exclusivement  au  comte;  mais 
l'ancienne  tour  était  à  tous  deux.  Amé  avait  part  également, 
comme  coseigneur,  aux  droits  de  guet,  judicature,  inquans, 
sceau ,  foumage,  corvées,  châtellenie,  criée  publique,  peine  des 
crimes,  amendes,  pardons,  saisies^  captures,  gardes,  jugements, 
exécutions  des  condamnés ,  péage  et  chevallage  sur  les  mande- 
ments de  Clérieu  et  Chantemerle.  Le  comte  de  Valentinois  lui 
en  fit,  en  1343,  une  nouvelle  inféodation  (2).  Les  18  et  19  janvier 


P.  Anselme,  t.  II,  p.  193.  —  6.  Allard,  Comtes  de  Graiswauàan^  p.  457  et  475. 
—  Des  droits  utiles  et  honorifiqaes  de  la  baronnie  de  Clérieu,  aux  arch.  de 
Saint- Vallier.  —  Factum  de  1759  pour  le  comte  de  Saint- VaUier,  p.  37.  — 
GiRAUV,  Essai,  t.  II,  p.  Itl,  185,  190,  238,  239.  — L'abbé  Vincent,  Notice 
sur  Clérieu, 

(1)  DuGHESNE,  Comtes  de  Valentinois,  preuTes,  p.  71. 

(2)  Arch.  de  la  Gh.  des  comptes,  extrait  impr.  —  Factum  de  1759,  p.  42. 


! 


ESSAI  HISTORIQUE  SUR  LA  BAROffNIE   DE  CLÉRIEU.  53 

de  l'année  suivante,  ils  reçurent  ensemble  la  reconnaissance 
d*Arthaud,  seigneur  de  Claveyson,  pour  ledit  lieu  ;  de  Roland  de 
Veaunes,  pour  la  maison  forte  de  Veaunes  et  le  fief  d'Aurel;  de 
Guillaume  Allemand ,  pour  le  ch&teau  de  Marges  ;  de  Falque , 
alias  Hugues,  seigneur  de  Montchenu,  pour  ledit  château;  de 
Pierre  et  Guionnet  d'HautevilIe ,  pour  Hauteville  ;  de  Guillaume 
de  Cbaurisan,  chanoine  de  Romans,  et  de  Pierre  Malet,  damoi-  1 

seau,  de  Charpey,  pour  la  juridiction  de  Chaurisan  et  Larnage; 
de  François  de  Crochis  et  de  Béatrix  Berlion ,  sa  femme ,  pour 
le  Mouchet  ;  d'Hugues  Lobet ,  tant  en  son  nom  qu'en  celui  de 
Margarone  de  Curson,  sa  mère ,  de  Raymond  et  Pierre  de  Saint- 
Mars,  de  Raymonde,  rclicte,  de  Martin  de  Marsas,  etc.,  pour 
divers  biens  au  mandement  de  Clérieu.  Mais  au  comte  de  Valen- 
tinois  seul ,  comme  seigneur  de  Mureils,  furent  prêtés  les  hom- 
mages de  Lantelme  Ardenc,  de  Séguin  et  Lantelme  de  Paluel, 
d'Aymar  Hérode,  damoiseaux.  Il  reçut  aussi  ceux  de  plusieurs 
autres  possesseurs  de  fiefs  dépendant  de  la  baronnie  et  dont  il 
s'était  réservé  la  mouvance  exclusive ,  parmi  lesquels  Amédée 
Berlion,  abbé  de  Saint-André-le-Bas,  de  Vienne,  pour  le  prieuré 
d'Humilian  à  Larnage ,  et  Arthaud  de  Claveyson,  pour  Mercurol 
et  la  maison  forte  de  La  Motte  de  Croses ,  récemment  acquise 
de  Guillaume  Richard,  de  Serves  (i).  Dans  la  seconde  partie  de 
ce  travail ,  nous  reviendrons  sur  ces  divers  actes. 

En  1345,  à  l'avènement  d'Aimar  V  dit  le  Gros ,  successeur  de 
son  père ,  Louis  !«>- ,  un  incident  de  la  lutte  entre  les  comtes  de 
Valentinois  et  les  évèques  de  Valence  causa  de  sérieuses  inquié- 
tudes aux  habitants  du  bourg  de  Clérieu.  Les  gens  du  comte 
ayant  incendié  Alixan,  qui  était  à  l'évéque,  les  épiscopaux  réso- 
lurent de  saccager  Clérieu  par  représailles.  Un  grand  nombre 
de  bateaux  furent  préparés  à  Châteauneuf-d'Isère  pour  faire 
passer  la  rivière  aux  troupes  destinées  à  cette  expédition.  L'évé- 
que de  Grenoble,  Jean  de  Chissé,  se  trouvant  à  Romans  avec 
une  partie  du  conseil  delphinal,  donna,  la  nuit.  Tordre  de  sonner 


(1)  Cartviarium  homagiontm  receptorum  in  Baronia  Clayriaci  de  notis 
Stephani  Guiolerie,  passim. 

Tome  IV.  —  1869.  4 


r;4  SOCIÉTÉ  d'àbghéologie  et  de  statistique. 

Talarme,  et  rassembla,  au  dire  de  Chorier,  trente  hommes 
d'armes  et  quatre  mille  hommes  de  pied  prêts  à  repousser 
rinvasion.  De  leur  côté ,  les  populations  de  Clérieu ,  Chante- 
merle,  Mercurol,  Sainl-Donat  et  Peyrinsse  réunirent  au  nombre 
de  trois  mille  hommes  de  pied  et  de  trois  cents  chavaux.  Cette 
démonstration  suffit  pour  effrayer  Tennemi  et  l'obliger  de 
renoncer  à  ses  desseins.  Peu  après,  la  paix  fut  conclue  par 
l'intermédiaire  de  l'archevêque  de  Lyon ,  que  le  Pape  avait 
autorisé  à  employer  les  censures  ecclésiastiques  contre  les  deux 
adversaires  jusque  là  également  intraitables  (1).  A  cette  époque, 
Aymar  de  La  Croix  était  châtelain  de  Clérieu  et  Chantemerle  (2). 
Le  23  mars  de  la  même  année,  Aimar  V  transigea  avec  sa 
grand'mère ,  Sibille  des  Baux ,  veuve  d' Aimar  IV,  réclamant  les 
vingt  mille  livres  qui  lui  avaient  été  constituées  en  dot.  Les 
droits  de  la  comtesse  douairière  étaient  soutenus  par  un  de  ses 
fils,  Aymaret  de  Poitiers,  seigneur  de  Veynes,  illustré  dans  la 
guerre  contre  les  Anglais ,  qui  revendiquait  pour  son  compte 
une  part  dans  l'héritage  de  son  frère  et  de  ses  sœurs,  Guichaixi, 
Jeanne  et  Catherine.  L'inventaire  de  la  Chambre  des  comptes 
établit  que  les  châteaux  de  Clérieu  et  Chantemerle  leur  furent 
cédés  comme  compensation.  Il  est  évident  qu'il  ne  s'agit  ici 
que  des  revenus  engagés  à  cette  occasion,  carie  comte  continua 
à  posséder  la  seigneurie  de  ces  terres.  Il  réunit  même  à  la  part 
qu'il  possédait  celle  de  son  cousin  Aymar,  seigneur  de  Saint- 
Vallier,  qui,  se  trouvant  sans  enfant,  disposa  de  tout  son 
héritage  en  sa  faveur  (3).  A  partir  de  cette  époque,  la  baronnie 
ne  dépendit  plus  que  d'un  seul  seigneur.  Hais ,  entraîné  sans 
doute ,  comme  Humbert  II  lui-même ,  par  les  exigences  d'une 
cour  trop  fastueuse,  Aimar  V  fut  obligé  d'aliéner  plusieurs 
terres  :  il  vendit  Chantemerle  à  Guy  de  Grolée ,  seigneur  de 


(1)  Chorier,  t.  II,  p.  322.  — Giraud,  Essai,  t.  H,  p.  204. 

(2)  Inv.  des  titres  de  la  maison  de  Poitiers. 

(3)  P.  Anselme,  t.  H,  p.  187  bis.  —  Duchesne,  Comtes  de  Vaientinois ,  p.  28, 
et  preuves,  p.  31, 32.  L'acte  de  donation  est  du  3  nov.  1355.  —  Le  2  décembre 
1358,  le  comte  rendit  hommage  au  Roi  pour  Clcricu,  Gliantemerle,  la  moitié 
de  Taulignan  et  la  forteresse  de  Pontaujard. 


ESSAI  HISTORIQCE  SIR  LA  BAftOlflf»  DE  CLÉBIEU.  55 

Neyrieu,  chambellan  du  Dauphin  (1);  Mureiis,  à  Audebert  de 
Chàteauneuf  ;  le  péage  de  La  Roche ,  rentré  dans  la  maison  de 
Poitiers,  s'en  alla  au  seigneur  de  Tournon;  le  vicomte  de 
Turenne  acquit  Bouzols  eWay  en  Velay.  Le  comte ,  qui  avait 
été  lieutenant  en  Dauphioé ,  fit  bien  plus  :  abusant  de  la  con- 
fiance du  Roi-Dauphin,  il  livra  au  comte  de  Savoie  certains 
chàleaux  et  localités ,  et  ne  se  tira  d^affaire  qu'en  sacrifiant  une 
grosse  somme.  D'un  autre  côté,  soit  vanité,  soit  générosité 
naturelle,  il  se  plaisait  à  faire  des  largesses  et  achetait  à  prix 
d'or  des  honunes  liges.  Ainsi,  le  13  juin  1366,  il  accorde  à  noble 
Jean  de  Bouvenc  cinquante  florins  d'or  de  revenu  sur  Clérieu  (3). 
Dès  13S3,  il  s'était  acquis,  par  une  pension ,  noble  homme  Maynetus 
de  Veaunes ,  damoiseau ,  bâtard  (donatus  sive  filius  naiwralis) 
de  Raymond  de  Veaunes,  chevalier  (3).  On  sait  que,  de  temps 
immémorial,  la  noblesse  se  transmit  sans  obstacle  aux  bâtards 
jusqu'à  l'ordonnance  de  1600.  Aimar  recherchait  les  titres  :  en 
même  temps  qu'il  obtenait  de  l'empereus  Charles  IV  la  facile  et 
illusoire  confirmation  de  ses  seigneuries ,  il  se  fit  revêtir  de  la 
charge,  tout  honorifique,  de  vicaire  général  de  l'empire  au 
royaume  d'Arles,  étrange  parodie  d'une  époque  où  les  Poitiers 
ne  relevaient  ni  du  Dauphin  ni  dq  Roi. 

Privé  de  postérité ,  Aimar  V  désigna ,  pour  son  héritier  uni- 
versel, son  cousin  germain,  Louis,  seigneur  de  Chalencon  et  de 
Veynes.  Son  oncle,  Charles,  seigneur  de  Saint-Vallier,  revendi- 
quant les  comtés  de  Valentinois  et  Diois,  en  vertu  de  substitutions 
de  famille,  il  transigea  avec  lui  et  lui  remit  les  terres  de  Mureils» 
dont  l'aliénation  n'avait  pas  été  consentie  par  le  Roi,  et  celle  de 
Pisançon,  pour  treize  cents  florins  de  revenu ,  avec  promesse  de 
lui  octroyer  en  échange  celle  de  Clérieu,  quand  il  l'aurait  retirée 
des  mains  d'Edouard  de  Beaujeu,  qui  la  retenait  en  gage,  ayant 
acquis  les  droits  de  Marguerite  de  Poitiers ,  femme  de  Guichard 


(t)  DucHESNB,  Comtes  de  Valentinois  y  preuYes,  p.  57,  58.  —  Guichenon, 
Hist  de  Bresse^  continuation  de  la  3*  partie,  p.  121.  —  P.  Anselme,  t.  U,  p.  194. 
—  H.  DE  GosTE ,  Éloge  des  Dauphins ,  p.  249. 

(2)  Inv.  de  la  Gh.  des  comptes. 

(3)  CartiUarium  homagiorum. 


56  SOCIÉTÉ   d'aBCHÉOLOGIE  ET  DE  STATISTIQUE. 

de  Beaujeu,  seigneur  de  Pereux  (t).Ce  malheureux  village  était 
destiné,  sous  ses  nouveaux  maîtres,  à  servir  perpétuellement 
de  valeur  d'appoint,  d'échange  ou  de  garantie.  En  1377,  le  roi 
Charles  VI  en  fit  saisir  la  seigneurte ,  en  même  temps  que  le 
péage  de  Gap,  pour  le  paiement  de  17,500  florins  d'or  dus  par 
feu  Aimar  V.  Louis  II  obtint  cependant  la  main-levée  (2),  et  son 
écuyer,  noble  Etienne  Seytre,  passa  reconnaissance  et  bailla 
dénombrement,  en  son  nom,  de  toutes  les  terres  tenues  en  fief 
du  dauphin  de  Viennois  (3). 

Les  exigences  de  Charles  de  Poitiers  se  renouvelèrent  et 
durent  être  satisfaites  par  Toctroi  de  nouvelles  possessions. 
Cette  fois,  l'usufruit  de  Clérieu  lui  fut  accordé,  entre  autres 
choses ,  par  la  médiation  du  pape  Grégoire  XI ,  qui  réussit  un 
moment  à  étouffer  ces  tristes  querelles  de  famille  (4).  Ces  dis- 
cussions inspirèrent  à  Louis  II  une  aversion  profonde  pour  la 
branche  des  seigneurs  de  Saint- Vallier.  Obéré,  d'ailleurs,  comme 
son  prédécesseur,  et  se  yoyant  sans  postérité,  il  se  détermlnaà 
suivre  l'exemple  d'Humbert  II,  en  vendant  ses  états  à  la  France. 
Avant  de  passer  l'acte  définitif  de  transfert,  souscrit  le  11  août 
1404,  il  fallut  acheter  l'acquiescement  de  Charles,  par  la  cession 
pure  et  simple ,  cette  fois ,  de  la  baronnie  de  Clérieu  et  de  tous 
les  fiefs  sur  la  rive  droite  du  Rhône. 

Charles  mourut  quelques  années  après ,  et  dans  cette  maison 
de  Poitiers,  dont  l'histoire  a  quelque  analogie  avec  celle  des 
petits  tyrans  italiens  du  moyen  âge ,  éclatèrent  des  scènes  de 
sauvage  violence  :  les  deux  fils  de  son  oncle  défunt ,  Louis  de 
Saint-Vallier  et  Jean,  évoque  de  Valence,  surprirent  le  vieux 
comte  dans  son  château  de  Grane,  l'obligeant  à  contracter  en 
leur  faveur  une  donation  du  Valentinois  et  du  Diois,  dans  le  cas 
où  il  ne  laisserait  pas  d'enfant  légitime.  Rendu  à  la  liberté  et 
après  qu'il  eut  réussi  à  dégager  son  intelligence  des  terreurs 


(1)  P.  Anselme,  t.  H,  p.  194  et  1%. 

(2)  Arch.  de  la  Ch.  des  comptes. 

(3)  Inv.  des  Poitiers. 

(4)  DucHESNE,  Comtes  de  Valentinois,  p.  62,  et  preuves,  p.  70. 


ESSAI  HISTORIQUE  SUR  LA  BARONME  DE  CLÉRIEU.  57 

qui  rarrètèrent  un  moment ,  Louis  II  révoqua  non-seulement 
les  concessions  arrachées  par  un  acte  aussi  odieux,  mais  encore 
tous  les  avantages  précédemment  faits  à  ses  indignes  parents  ;  il 
prit  les  armes  contre  son  cousin  et  légua  au  dauphin  Charles 
toutes  ses  possessions ,  interdisant  à  son  héritier  d'entrer  en 
arrangement  avec  ses  ennemis,  sous  peine  de  voir  les  états  en 
litige  passer  au  duc  de  Savoie. 

Louis  étant  décédé  dans  son  château  de  Baix ,  en  Vivarais ,  le 
4  juillet  1419,  le  Dauphin,  pour  éteindre  les  prétentions  de 
Louis  de  Poitiers-Saint- Vallier,  appuyées  d'un  arrêt  du  parle- 
ment de  Paris ,  conclut  avec  lui ,  malgré  l'interdiction  expresse 
du  testateur,  un  traité  qui  lui  abandonnait  les  seigneuries 
énumérées  dans  la  transaction  de  1404,  en  même  temps  qu'il 

lui  assignait  une  rente  de  sept  mille  florins  sur  diverses  terres 
et  forteresses.  En  vertu  du  même  acte,  Clérieu  lui  était  accordé 
jusqu'à  ce  qu'il  pût  occuper  Chalencon,  Durfort  et  Saint-For- 
tuuat,  dont  le  duc  de  Savoie  s'était  saisi ,  avec  l'agrément  des 
habitants  et  à  la  faveur  des  troubles  occasionnés  dans  le  royaume 
par  l'invasion  des  Anglais  (1).  Louis  de  Saint- Vallier  jouit,  en 
attendant,  de  Clérieu,  et  après  lui  Charles,  son  fils  et  successeur. 
Ce  dernier  vendit  même  la  baronnie,  le  17  août  1447,  pour  le 
prix  de  six  mille  écus,  à  Amalric,  seigneur  d'Estissac  en  Aunis, 
premier  chambellan  du  Dauphin ,  probablement  le  même  qui 
commandait  dans  la  province ,  quelques  années  auparavant,  et 
les  lods  en  furent  payés  à  la  Chambre  des  comptes  sur  le  pied 
du  sixième  denier,  qui  revint  à  mille  écus;  mais,  comme  le 
seigneur  de  Saint- Vallier  racheta  cette  terre  dans  le  courant  de 
la  même  année,  il  paraît  que  cette  afTaire  ne  fut  qu'un  emprunt 
déguisé  (â).  Cependant  le  Dauphin ,  qui  fut  plus  tard  Louis  XI , 
échappé  de  la  cour  paternelle,  était  venu  dans  notre  province; 
il  se  trouvait  à  Clérieu,  le  2  août  1447,  au  moment  de  l'achat  de 
la  terre  par  son  chambellan ,  et  il  y  signa  des  lettres  patentes 
par  lesquelles  il  conférait  à  Pierre  Landry  l'office  de  garde  de  la 


(i)  CHOMER,  t.  II,  p.  423. 

(2)  Inv.  de  1650.  — Inv.  de  1681 ,  fol.  42,  v-,  aux  archives  du  château  de 
Samt-ValUer. 


58  SOCIÉTÉ  d'aRCH£OJLOGI£   £T  D£   STATISTIQUE. 

monnaie  de  Romans  (1).  Dans  la  crainte  d'oGTenser  le  Roi  de 
France,  Charles  de  Poitiers  ayant  refusé  de  prêter  l'hommage 
exigé  par  le  Dauphin ,  ses  biens  furent  saisis.  Mais  la  colère  du 
prince  fugitif  ne  tint  pas  devant  l'humble  soumission  de  son 
vassal,  qui  obtint»  par  lettres  du  7  décembre  1454,  confirmation 
entière  et  définitive  de  ses  droits  sur  Clérieu ,  cette  fois ,  en 
échange  des  revenus  d'Étoile  et  du  péage  de  Perpillon,  le 
Dauphin  ne  se  réservant  que  les  hommages  de  Brion  et  de 
Crussol  (2). 

(A  continuer.)  Anatole  de  GALLIER. 


(1)  H.  MoBiN-PoNS,  Numis^naiique  féodale  du  Daupkinéf  p.  363. 

(2)  Inv.  de  1650.  —  Factum  do  1759,  p.  48  et  suiv.  —  Requeste  pour  Cia- 
veyson ,  p.  20. 


ÉTYMOLOGIES   DES    ISOMS   DE   LIEU   DE   LA   DHÙMK.  59 


ÉTYMOLOGIES  DES  NOMS  DE  LIEU 

DU  DÉPARTEMENT  DE  LA  DROME. 

(Suite.  -  Voir  BuUetin,  N.«  9.) 


SI". 

IVom»  de  lieu  emprunté»  aux  montaspnesy 
ausL  rocher»  et  auiL  cavernes» 

Albon,  Castrum  Albionii  en  1201,  Albonis  en  1267  i,  Albonii 
en  1292  2,  est  le  nom  d'un  village  et  d'un  ancien  château  fort 
bâti  sur  une  hauteur  qui  domine  une  partie  de  la  Valloire.  C'est 
là  que ,  d'après  les  anciens  chroniqueurs ,  dont  les  allégations 
ne  jouissent  plus  d'aucun  crédit ,  les  comtes  de  Graisivaudan  se 
seraient  retirés  en  732 ,  lorsque  les  Sarrasins  s'emparèrent  de 
Grenoble  3.  Les  comtes  de  Tournon  devinrent  plus  tard  sei- 
gneurs engagistes  de  cet  ancien  fief  des  Dauphins  auxquels 
avaient  succédé  les  rois  de  France.  Il  passa  par  succession  aux 
Lévy-Vantadour,  et  en  dernier}lieu  aux  Rohan-Soubise.  En  1789, 
le  comté  d'Albon  comprenait  dix  villages.  La  maison  des  comtes 
et  marquis  d'Albon ,  de  Lyon,  dont  la  filiation  non  interrompue 
ne  remonte  pas  au  delà  du  XIII«  siècle ,  paraît  aussi  étrangère 
aux  Dauphins  de  la  première  race  que  les  comtes  et  marquis 
de  La  Tour  du  Pin  à  ceux  de  la  troisième  *  ;  l'éclat  jeté  par 
ces  deux  familles  doit  leur  suffire ,  sans  qu'elles  cherchent  à  en 
emprunter  encore  à  des  races  souveraines. 


(1)  Valbonnats,  Histoire  du  Dauphiné,  1. 1",  p.  121 ,  et  t.  Il,  p.  3. 

(2)  ANDRÉ  DtJCHBSNE,  Histoire  des  comtes  d'Albon,  p.  23  et  25. 

(3)  Ad.  Rochas,  Biographie  du  Dauphiné,  t.  P',p.  283;  —  Valbonnays, 
FoNTANiEU ,  etc.,  passim, 

(4)  Db  Rivoire  de  La  Batie,  Armoriai  de  Dauphiné,  p.  6;  —  Ad.  Rochas, 
t.  !•',  p.  284,  et  t.  II,  p.  31  ;  —  Ghoribr,  Histoire  de  Dauphiné,  t.  II,  p.  241 
et  385  ;  —  Valbonnats  ,  Fontanieit  ,  etc. 


60  SOCIÉTÉ   d'aBGHÉOLOGIE   £T  DE   STATISTIQCE. 

Le  nom  d*Albon  est  tiré  d'un  radical  celtique  qui  signifie 
montagne,  rocher;  on  le  retrouve  dans  les  langues  néo-celtiques 
sous  les  formes  A'alba,  albainn,  alb^  ailbhe,  ailbhinn^  alp  :  les 
Romains  appelaient  alpes  les  montagnes  élevées  :  alpes  et 
alpa,  en  b.  1.  ^ ,  alb  et  alp  en  tud.  et  en  ail.  signifient  pâtu- 
rages de  montagnes  :  on  appelle  alpage,  en  Suisse,  Fensemble 
des  pâturages  ou  des  chalets  appartenant  à  une  station  de  ber- 
gerie, et  alpagers,  les  pâtres  chargés  de  surveiller  ces  troupeaux. 
Le  nom  d* Albion,  appliqué  à  l'Angleterre,  vient  de  ce  que  la 
partie  montagneuse  de  ce  pays  était  appelée  Albainn  ou  Al- 
banie. 

MM.  Roget ,  baron  de  Belloguet  ^  et  Diefenbach  3  ont 
donné  de  très-longs  détails  sur  ces  radicaux  qu'on  retrouve 
dans  beaucoup  de  noms  de  lieu ,  sinon  de  la  Drôme ,  du  moins 
des  pays  voisins  ;  tels  sont  :  Saint-Christol  d'Albion,  près  Sault, 
rappelant  les  Albiaei  qui  habitaient,  à  l'époque  romaine,  la 
contrée  montagneuse  appelée  aujourd'hui  Lubéron;  Aps,  an- 


Ci)  Voici  la  liste  des  abréviations 
ce  travail. 

Al Allemand. 

Ang Anglais. 

Ang.S Anglo-Saxon. 

Ar Arabe. 

B.  l Bas-latin. 

B.  q Basque. 

C Celtique. 

Dan Danois. 

Êc Écossais. 

Esp Espagnol. 

Gaél Gaélique. 

GaU Gallois. 

Germ Germanique. 

Golh Gothique. 

Gr Grec. 

Héh Hébreu. 

(2)  Ethnogénie  gauloise,  1. 1",  p. 

(3)  Die  (Ulen  Volker  Europas,  p. 

Gange. 


qui  seront  employées  dans  le  cours  de 

Hind Hindoustani. 

Hol HoUandais. 

Irl Irlandais. 

It Italien. 

K Kimrique. 

L Latin. 

N.  d'h Nom  d*homme. 

Per Persan. 

Pot Polonais. 

Rus Russe. 

S.  c,  t Sanscrit. 

Se .  Scandinave. 

Suéd Suédois. 

T. Tudesque. 

V,  fr Vieux  français. 

F.  2  // Voir  le  i  U. 

97. 

224  ;  ~  Voir  aussi  le  Glossaire  de  Du 


ÉTTlfOLOGIES  DES  NOMS  DE  LIEU  DE  LA  DRÔME.  64 

cicnne  capitale  du  Vivarais,  Alba  Elviorum,  Alba  Augusta 
Albis ,  Alpes ,  Albs  et  Alps  ^  ;  Aubenas,  Albenacum^  Albenacium 
et  Albenas;  Alboussières  (Ardèche);  YAlbenc  (Isère),  dont  le 
radical  est  combiné  avec  enc^  pour  ing  (territoire,  domaine, 
en  t.)  ;  Aubbnasson,  près  Saillans,  Albena,cum  (Columbi,  p.  167), 
Albennaz  en  H 99  2,  Albenassons  dans  le  \S^  siècle,  plus  tard 
Aubenas ,  et  enfin  Aijbenasson  ,  qui  en  est  le  diminutif.  Ce  fief, 
après  avoir  appartenu  longtemps  aux  Poitiers,  passa  aux  de 
Lers  de  Jony,  qui  le  possédaient  dans  les  XVIIeet  XYIII*  siècles. 

Le  nom  d'Albon  parait  donc  plutôt  emprunté  à  sa  position 
topographique  qu'à  l'aspect  blanchâtre  (albus)  de  ses  carrières 
de  grès ,  comme  l'ont  dit  quelques  personnes. 

Expilly,  et  après  lui  M.  l'abbé  Nadal  >  et  M.  Espanet  font 
remonter  le  village  d'Aletrac  ,  près  Grignan ,  à  la  plus  haute 
antiquité,  et  attribuent  à  Charlemagne  la  reconstruction  de  son 
église;  mais,  comme  le  dit  avec  beaucoup  de  raison  M.  Lacroix, 
Charlemagne  est  aussi  étranger  au  rétablissement  de  cette  église 
qu'à  la  construction  du  pont  de  Charols.  Il  n'y  a  de  positif  que 
l'existence  d'une  abbaye  de  religieuses  dans  les  XI^  et  Xlll^  siè- 
cles, et  sa  destruction  probable  dans  le  XIV«  siècle,  sans  doute 
par  les  troupes  de  Raymond  de  Turenne.  Cet  ancien  fief  des 
Adhémar,  acquis  par  M.  de  Ravel  en  1769 ,  avec  celui  de  Chà- 
teauneuf-de-Mazenc ,  du  président  de  Piolenc  de  Thoury,  est 
situé  dans  des  montagnes  presque  incultes. 

Sou  nom,  Aleyracxim  du  Xlle  au  XVIe  siècle,  comme  ceux 
A'Aleyrac  (Hérault),  Alairacum  dans  le  XI1« siècle,  Alleyrac,  sur 
une  montagne,  près  d'Issirac  (Gard),  Alayrac  (Aveyron  et  Tarn), 
parait  avoir  le  sens  de  montagne  inculte ,  comme  Monilandon 
et  Wildenberg^  en  ail.  La  première  partie  de  ce  nom  et  de  celui 
de  la  montagne  à^Alaijan,  qui  domine  La  Motte-Chalancon,  et 
sur  laquelle  on  a  trouvé  souvent  des  médailles  romaines ,  est 
sans  doute  empruntée  à  un  radical  celtique ,  mais  commun  à 


(1)  L'abbé  Rouchier ,  Histoire  du  Vivarais,  t.  1",  p.  67  et  210. 

(2)  L'abbé  Chevalier  ,  Chartularium  Diensis ,  p.  46. 

(3)  Histoire  hagiologique  du  diocèse  de  Valence,  p.  556. 


62  SOCIÉTÉ  d'aechéojlogie  et  de  statistique. 

plusieui's  autres  langues  :  ail,  colline,  montagne,  eu  br.  et  eu  k.; 
aU,  pierre,  rocher,  en  anc.  irl.;  al  en  irl.  et  en  éc,  i  ;  altus, 
élevé,  en  1.,  alith  en  goth.,  du  s.  c.  t.  ala ,  grand,  spacieux.  On 
peut  citer  encore  al,  hauteur,  en  héb.,  ala  eu  ur. 

La  seconde  partie  du  nom  d'Aleyrac  paraît  formée  d*era, 
aire,  herme,  champ  inculte,  en  b.  1.;  c'est  le  latin  area,  aire, 
emplacement,  epa  en  gr.,  pris  en  mauvaise  part,  comme  lande, 
de  Tall.  l(md^  terre.  Ces  mots  se  rattachent  directement  au 
s.  c.  t.  ira,  terre,  d'où  irana,  désert,  stérile  (Burnouf ,  p-  90); 
Yi  A'ira  a  persisté  dans  le  nom  d'Aleyrac  et  dans  le  mot  aire. 
Quant  à  la  terminaison  ac,  commune  dans  le  sud-ouest  de  la 
France ,  elle  représente  Y(zcus,  acum ,  iacus  ou  iacum  latin  ; 
Vach,  ag  ou  ek  des  langues  néo-celtiques  :  elle  correspond  à 
notre  finale  en  ou  ière.  On  l'employait  comme  terminaison 
adjective  (musicien ,  mitoyen)  ;  comme  désignation  ethnique  ou 
signe  de  parenté  (Alsacien ,  Bourbonien)  ;  comme  marque  de 
propriété  (Martinière,  Lombardière) ,  etc.  La  terminaison  ac, 
dit  M.  Quicherat  ^ ,  représente  un  suffixe  celtique  qui  a  servi 
pour  la  composition  des  noms  au  moins  jusqu'au  VII«  siècle  de 
notre  ère ,  de  sorte  que  ce  suffixe  a  donné  naissance  à  une  infi- 
ni lé  de  produits  hybrides  par  son  union  avec  des  radicaux  latins, 
et  plus  tard  avec  des  noms  germaniques.  Aletrac  est  donc  formé 
d'une  manière  analogue ,  sauf  la  terminaison  adjective ,  aux 
noms  bretons  Penkoai,  montagne  du  bois  ;  Penguelen,  montagne 
du  houx;  Penguem,  montagne  des  Vernes,  etc. 

Arban  ou  Arbans  ,  près  Séderon ,  reproduit  assez  exactement 
la  forme  bretonne  arpenn  ou  ar  benn,  la  montagne,  la  hau- 
teur 3;  voir  Bérmay.  Arnayon  ou  Arnavon,  sur  une  montagne, 


(1)  Roget  de  Bblloguet,  Ethnogénie,  1. 1",  p.  80;  —  À.  Pictet,  Nouvel 
essai  d'inscriptions  gauloises ,  p.  46  ;  —  Zbuss,  Grammatica  celtica ,  p.  172  ; 
—  Burnouf  et  Leupol,  Dictionnaire  sanscrit ,  p.  80. 

(2)  De  la  formation  française  des  anciens  noms  de  lieu,  p.  34  ;  —  voir  aussi  : 
HouzÉ,  Signification  des  noms  de  lieu  en  France,  p.  74;  —  Roget  de  Bello- 
guet,  t.  !•',  p.  158  et  222  ;  —  Zbuss,  p.  48,  772  et  813. 

(3)  Comparez  ce  nom  avec  orbe ,  arba,  terre,  domaine,  en  t.;  erbe,  en  ail., 
et  arbe,  rocher,  en  b.  q. 


ÉTmOiOGIBS  DES  If  OMS   DE  LIEU  DE  LA  DHÔME.  63 

près  de  La  Motte-Chalancon  »  veut  dire  aussi  le  mont  (voir  §  II , 
vo  Vaunaveys)  :  ce  fief,  qui  a  longtemps  appartenu  aux  Simiane, 
est  appelé  Ecclesia  Amayonis  et  Amaionis  dans  le  XII«  siècle. 
Arpavon  ou  Alpaon,  près  Nyons,  locus  de  Arpaone  et  de  Alpaone 
dans  le  XlVe  siècle ,  est  accroché  aux  flancs  d*une  montagne 
escarpée.  Ce  fief,  qui  appartenait  dans  le  XYI«  siècle  aux  Tholon 
et  aux  Torchefélon,  passa  plus  tard  aux  Simiane.  De  même 
qu* Arban,  Arnayon  et  Archiane,  dont  il  sera  question  dans 
le  g  III ,  Arpamn  paraît  formé  de  l'article  breton,  et  sans  doute 
celtique ,  or,  le,  combiné  avec  un  radical  difficile  à  déterminer. 
Ce  nom  a  beaucoup  d'analogie  avec  celui  à'Arpajon  ou  Le 
Pajon  (Cantal) ,  Arpagus  en  1. ,  qu'on  peut  traduire  par  le  mont 
(voir  §  W,  le  Pégue,  vo  Upie)  ou  le  bourg,  pagus  en  1. 

AuRiPLE^  près  Crest  (sud) ,  dominé  par  une  haute  montagne , 
sur  laquelle  se  trouvent  les  ruines  d'un  ancien  château  féodal , 
Auribel  en  il78,  Auribellum  en  1214  *,  Castrum  de  Auriplo 
en  1324,  ancien  fief  des  Poitiers  et  plus  tard  des  La  Tour-Mon- 
tauban,  parait  synonyme  à'Auribeau  (Basses-Alpes,  Var  et  Vau- 
cluse) ,  qu'on  peut  traduire  par  bel  air,  exposé  au  grand  air, 
élevé  [mi/re,  aura,  vent  en  v.  fr.  et  en  1.)  On  retrouve  ce  radical 
dans  le  nom  du  col  de  toutes  aures  (Isère) ,  lieu  exposé  à  tous 
les  venls. 

AuTicHAMP ,  près  Crest ,  Altus  Ca^npus  en  1345 ,  fief  qui  a 
appartenu  à  deux  branches  de  la  maison  de  Beaumont ,  parait 
synonyme  du  nom  d'Autane  ou  Aultane  ^,  petit  village  situé 
sur  une  montagne,  près  du  Buis,  appelé  Castrum  de  Autand 
en  1284  et  en  1378.  Altus,  haut,  en  1.,  allt  en  c,  s'est  modifié 
comme  dans  autel  (alta/re),  Auteuil  (Altogilum) ,  etc.  Ton,  à  la 
fin  des  mots  irlandais,  veut  dire  clos,  domaine,  champ,  comme 
dans  Rosstan,  champ  des  roseaux  (Zeuss,  p.  821);  tan,  maison, 
pays,  en  hébr.  3,  en  pers.  et  en  aquitain ,  comme  dans  Turde- 
ta/ni,  Cosetam,  etc.  Autane  ou  Aultane  pourrait  aussi  être  formé 


(1)  Charttdarium  Diensis ,  p.  5  et  9. 

(2)  Générât,  Étude.  .  .  .  sur  les  villes  de  Vindalium  et  Aeria,  p.  7. 
;3)  Gesenius,  Lexicon  fiebraïcum  et  ckaldaïcwn,  p.  1052. 


64  SOCIÉTÉ  d'abghéologie  et  de  statistique. 

seulement  du  radical  ait,  dans  le  sens  de  :  le  haut,  l'élevé,  et  de 
la  finale  an,  dont  il  sera  question  à  l'article  Geyssans. 

Les  à'Autane,  de  Saint-Paul,  anciens  seigneurs  de  Bésignan 
et  en  partie  d'Allons,  connus  depuis  le  Xlil*-  siècle,  et  à  la 
famille  desquels  appartient  le  colonel  d'AutanCy  assassiné  en 
1830  par  un  sergent  de  son  régiment ,  possédaient  en  1384  des 
biens  dans  le  village  dont  ils  portaient  le  nom.  Ce  fief  a  appar- 
tenu aux  de  L'Épine  et  aux  Fournier  (XVI*  siècle) ,  aux  Suarès 
et  aux  Pape  de  Saint-Auban  (XYII*  siècle)  et  à  la  comtesse  de 
Sade  (1789).  Les  Fournier  d'Aultane,  de  Valréas,qui  ont  eu 
plusieurs  illustrations  militaires,  doivent,  je  crois,  le  second  de 
leur  nom  au  village  i'Autane,  auquel  ils  ont  conservé  son 
ancienne  forme. 

Le  nom  de  Ballons,  près  Séderon,  vient  du  môme  radical  que 
bal,  montagne,  balch^  élevé,  en  k.,  balla,  rempart,  en  irl.  et  en 
éc.  Ces  mots,  comme  le  t.  wal,  grand,  fort,  sont  empruntés 
peut-être  au  s.  c.  t.  bala,  fort,  puissant.  Lorsque  le  celtique  a 
cessé  d'être  compris,  on  a  cherché  à  rattacher  le  nom  de  Ballon, 
commun  à  plusieurs  montagnes,  au  substantif  ballon,  qui,  de 
même  que  balle,  ballot,  etc.,  dérive  d'un  radical  tudesque  ayant 
le  sens  de  corps  arrondi  ^  Le  tief  de  JîaWorw  appartenait  dans  le 
XVIIe  siècle  aux  Frère,  et  en  1766  aux  La  Tour-Montauban. 
Barsac  ou  Le  Barsag  ,  sur  une  montagne ,  près  de  Die ,  comme 
le  Barsac,  près  Joyeuse,  Barsac  (Gironde) ,  etc.,  paraît  être  une 
altération  du  nom  de  Balzac  (Charente  et  Aveyron).  A.  de  Che- 
vallet  (t.  II,  p.  110)  cite  beaucoup  d'exemples  du  l  changé  en  r 
{capitulum,  chapitre;  ulmus,  orme;  titulus^  titre,  etc.).  On  peut 
rapprocher  ces  noms  de  balza  et  balzo ,  rocher,  montagne,  en 
it.,  empruntés  sans  doute  à  la  même  racine  que  balç,  rocher, 
en  k;  {fels  en  al.)  ;  baises,  rochers,  baiser,  sauter,  {balzare  en  it.) 
dans  le  dialecte  forésien  du  XVIe  siècle  ;  baie,  hauteur ,  en  éc. , 
en  irl.  et  en  wallon.  Le  fief  de  Barsac  appartenait  dans  les 
XVII«  et  XVIIIc  siècles  aux  marquis  de  La  Baume-Pluvinel. 


(l)  RoGET  DE  Belloguet,  t.  I",  p.  140;  —  A.  DE  CiiE vallet,  Origine  et 
formation  de  la  langue  française,  t.  l",  p.  329. 


ÉTTHOLOGIES  DES  NOUS  DE  LIEU  DE  LA  DBÔHE.  65 

Le  nom  de  La  Baume  parait  être  le  seul  qui  dérive  de  celui 
des  grottes  ou  cavernes.  Roget  de  Belloguet  (t.  I*'*,  p.  140)  et 
Diefenbach  *  croient  le  mot  Baume  d'origine  celtique ,  ce  qui 
est  très-probable ,  bien  que  je  ne  Taie  pas  retrouvé  dans  les 
idiomes  néo-celtiques.  Balrnùy  en  b.  1.  veut  dire  tombeau,  ca- 
verne {balme,  ba/ulmey  basme,  bœrme,  baume^  dans  les  idiomes 
de  diverses  provinces).  Le  nom  de  Baume  est  commun  à  divers 
villages  de  la  Drôme  ;  la  Baume-Cornillane  ,  près  de  Chabeuil, 
Castrum  Balmœ  en  1157 ,  Comillana  en  1305,  doit  cette  espèce 
d'épithète  à  la  famille  de  Cornillan,  connue  depuis  1138,  tombée 
en  quenouille  dans  une  branche  de  la  maison  d'Urre,  à  laquelle 
ont  succédé  peu  après  les  des  Alrics  de  Cornillan,  marquis  de 
Roussel  (Xyi«  siècle).  Les  Cormllan,  oubliés  aujourd'hui,  ont 
possédé  plusieurs  fiefs  et  contracté  de  belles  alliances  ;  leurs 
armes  parlantes,  trois  corneilles,  font  supposer  qu'ils  ont  em- 
prunté leur  nom  à  cet  oiseau,  comme  l'a  fait  un  des  ancêtres  de 
l'auteur  du  Cid.  Le  fief  de  La  Baume  appartenait  en  1157  à 
révoque,  en  1374  aux  Poitiers,  et  en  1766  aux  d'Agoult. 

La  Baume  d'Hostun,  Parrochia  Balme  Hosteduni  en  1496,  a 
appartenu  aux  La  Baum^,  aux  Claveyson  et  aux  marquis  de 
Sassenage.  La  Baume  de  Transit,  dont  les  premières  habitations 
ont  dû  être  creusées  dans  des  bancs  de  molasse,  comme  à  Barry 
et  à  Cabrières,  s'appelait,  dans  le  XIII«  siècle,  Castrum  de  Balmis 
et  de  Balm4.  Le  mot  Transit  a  été  ajouté ,  soit  à  cause  de  la 
position  de  ce  village  sur  la  route  de  Saint-Paul  à  Valréas ,  soit 
à  cause  d'un  péage  ou  d'un  bureau  de  douane.  Ce  fief  a  appar- 
tenu aux  d'Agoult,  à  Diane  de  Poitiers  et  aux  Simiane.  Les  noms 
de  lieu  Baume  et  Baumette  sont  communs  dans  la  Drôme ,  l'Ar- 
dèche  et  Yaucluse  ;  on  peut  citer  aussi  plusieurs  familles  de  La 
Baume,  notamment  les  Rocher  ou  Rochier  de  La  Baume,  venus 
de  l'Ardèche  dans  la  Drôme.  M.  de  Rochier  de  La  Baume  a  été 
autorisé,  en  1866,  à  ajouter  à  ses  noms  ceux  de  son  grand-père 
maternel,  le  marquis  DuPuy  Montbrun  Roche  fort,  ce  qui  cons-  . 
tîtue  presque  un  résumé  des  noms  mentionnés  dans  ce  para- 
graphe. 


{\)  Die  alten  Volker  Europcu,  p.  239. 


66  SOCIÉTÉ  d'abghéologie  et  de  statistique. 

Beaufort,  près  Crest,  CasPrum  Belli  fortis  en  {334,ancieu 
fief  des  d'Arbalestier  (XVII«  siède) ,  appartenait,  en  1789,  aux 
Clerc  de  La  Devèze.  Ce  nom  est  à  peu  près  synonyme  de  celui 
de  Beaumont,  Castrum  Belli  Montis ,  commun  à  trois  villages  de 
la  Drôme.  Le  fief  de  Beaumont ,  près  Valence ,  a  appartenu  aux 
d'Urre,  aux  Chastelier  et  au  chapitre  de  Valence  (XV«  siècle),  et 
Beaumon^Monteux  aux  anciens  seigneurs  de  Clérieu ,  aux  Dau- 
phins et  aux  Lacroix  de  Saint-Vallier.  Les  noms  analogues  sont 
Beauregard,  de  Bello  Regardo  en  1300  ;  Beausemblant,  près  Saint- 
Vallier,  de  Bello  Simili  en  1419,  dans  le  sens  de  bel  aspect,  belle 
vue.  Ce  fief  passa  par  succession  des  anciens  Beausemblant  aux 
Alets  et  plus  tard  (XV«  siècle)  aux  Montchenu ,  qui  le  vendirent 
en  1656,  pour  84  mille  livres,  aux  Sibeud  de  Lesches.  Vers  1818, 
le  père  de  M.  le  sénateur  comte  Monier  de  La  Sizeranne  acquit 
le  château  de  Beausemblant  de  la  dernière  marquise  Sibeud  de 
Beausemblant^  qui  n*avait  que  deux  filles,  Mesdames  de  Vogué 
et  de  Leusse. 

On  peut  citer  encore  Mirabel,  près  Crest,  Miràbellum  en  1178 
et  en  1355,  donné  à  Tévêque  de  Die  par  Frédéric  I«r,  en  1178; 
ce  fief  passa  plus  tard  aux  Mirabel ,  qui  avaient  des  armes  pres- 
que parlantes  (t/rois  miroirs);  voir  le  §  V,  v®  Blacons;  Mi/rabel, 
près  Nyons,  qui  dépendait  en  1766  du  domaine  du  Roi;  Mirihrl, 
au  nord  de  Romans,  Miribellum  en  1134,  Miràbellum  en  1526, 
ancien  fief  des  Poitiers  ;  Montmirail  ,  près  Mvribel ,  Mons  Miratus 
ou  Uirati  dans  les  XI«  et  XV*  siècles,  érigé  en  1710  en  marqui- 
sat, avec  six  autres  vi  liages,  en  faveur  des  Mistral,  auxquels  succé- 
dèrent les  Marcieu.  On  aperçoit  de  très-loin  la  tour  qui  domine 
Mont/mirmL  Ces  noms,  comme  Mirabeau,  Miram^nt,  Miram^vr, 
sur  les  bords  de  la  mer,  ont  pour  racine  mira,  point  de  vue, 
coup  d'œil,  guérite,  tour  d'où  l'on  observe,  en  b.  1.;  mirari, 
mirer,  regarder,  en  1.  (V.  Mirmande). 

Le  nom  de  Bénivay  ou  Bénivay  le  Vieux ,  près  du  Buis ,  situé 
.  sur  le  flanc  d'une  montagne  et  près  d'un  torrent  et  de  plusieurs 
cours  d'eau,  était  Locus  de  Bermivc^Oy  en  1317.  Ce  fief  ei  celui 
de  Mérindol  appartenaient,  en  1766,  au  duc  de  Montpezat.  Bénivay 
veut  dire  montagne  du  torrent  ou  du  cours  d'eau,  ou  bien  ruis- 
seau de  la  montagne,  comme  Rimont  et  Rvmont  ;  sa  composition 


ÉTrilOLOGIES  DES  NOMS  DE  UEU  DE  LA  DBÔHE.  67 

rappelle  ceux  de  Bennevis,  Benmore  (  grand  mont) ,  etc.,  cités 
par  îTaylor  *.  Il  est  formé  de  deux  radicaux;  on  retrouve  le 
second ,  nivay^  qui  parait  commun  aux  langues  celtique  et  ibé- 
rienne,  dans  les  noms  de  la  Nive  et  de  la  Nivelle,  communs  à 
plusieurs  cours  d'eau  des  Pyrénées ,  de  Nivelle  (Nord) ,  Nivella 
en  863  2,  traversée  par  laScarpe;  Ae  Nivelle  (Brabsini)  y  Nvoella 
en  6S0  3;  dans  ncmglio,  canal  d'irrigation,  en  patois  lombard  ; 
nava,  ruwajo,  étang,  en  esp.;  nave,  navie,  prairie  aquatique, 
marais,  dans  le  nord  de  la  France  (Mannier,  p.  296),  noa,  en  b.  1., 
noe,  noue,  en  v.  fr.,  etc.  *. 

Ben  est  un  mot  celtique  qui  a  subi  de  nombreuses  modifica- 
tions ,  et  qui  entre  dans  la  composition  de  beaucoup  de  noms 
avec  le  sens  de  pic,  montagne,  rocher.  On  retrouve  ce  radical 
dans  ben  et  beirm  en  éc.  ;  bean^  ben  et  pinn,  en  irl.,  en  br.  et  en 
gall.;  penna  en  it.  et  en  esp.;  penna, permette,  hauteur,  en  v.  fr.; 
pmna,  créneau  de  muraille,  en  1.  {d'où pignon,  pinacle,  etc.); 
peut-être  du  s.  c.  t.  Mndhia  et  pi^ida,  amas,  monceau, hauteur; 
d'où  le  nom  de  la  montagne  du  Pinde,  et  pevUa,  montagne, 
pentone,  haute  montagne  en  dialecte  corse  ^. 

On  peut  classer  dans  cette  catégorie  :  Bayne,  près  de  Viviers, 
Beyne,  BamaCy  Pennes ,  sur  une  montagne,  près  de  Luc,  De 
Pennas  en  1210,  qui  appartenait  dans  le  XYlIe  siècle  aux  de 
Lers  de  Jony,  et  en  1789  aux  Du  Vivier;  Pbnbt,  montagne  située 
entre  Barbière  et  Léoncel  ;  La  Penne  ,  près  du  Buis ,  locus  de 
Perma  en  1317,  qui  appartenait  dans  le  XV11I«  siècle  aux  Rigot 
de  Montjoux  ;  le  nom  de  M.  Lapaine  ,  de  Tain ,  mort  préfet  de 
Perpignan  en  1868,  est  une  variante  de  la  Penne  :  citons  encore 


(1)  W(yrds  and  Places,  p.  2Î0. 

(2)  Manni EB,  Études  étymologiques  sur  les  noms.  ...  du  département  du 
Nord,  p.  236. 

(3)  CnoTiN,  Études  étymologiqiies  sur  les  noms.  .  .  .  du  Brabant,  p.  165. 

(4)  Gatscqet,  Orlsetymologische  Forschungen,  p.  293. 

(5)  Taylor,  Words  and  Places  j  p.  220;  —  Diefexbach  ,  p.  396;  —  Mone, 
Celtisches  Forschungen,  p.  27;  —  Zeuss,  Grammatica  Celticaf  p.  825;  — 
Edwards,  Recherches  sur  les  langues  celiiqites,  p.  384;  —  A.  de  Chevallet, 
1. 1",  p.  288;  —  RoGBT  de  Bbllogubt,  t.  I",  p.  73;  —  Burnouf,  p.  411. 


68  SOCIÉTÉ  d'archéologie  et  de  statistique. 

Banne,  Ba/non,  Bonnette,  Ba/n/nalek ,  noms  communs  à  diverses 
localités,  Arban  (pour  or  ban,  le  mont) ,  déjà  mentionné;  Alpes 
Pennines,  Appenins  [pen  et  l'article  al,  an  ou  ar,  le),  et  le  châ- 
teau de  Bannes ,  près  des  Vans  (Ardèche) ,  dont  on  aperçoit  de 
loin  les  ruines  imposantes  perchées  sur  une  montagne  escarpée. 
Ovide  de  Valgorge  ^  a  raconté  diverses  légendes  attribuées  aux 
sires  de  Bamnes  dont  une  branche  succéda ,  dans  le  XV«  siècle , 
à  la  famille  de  Baile  et  s'établit  dans  le  château  de  La  Bâtie  du 
Verre  ou  Tour  de  Verre,  près  de  Mirmande,  appartenant  aujour- 
d'hui à  M.  de  Saint-Prix. 

Les  radicaux  ben,  pen,  cenn,  km,  cefn  (qu'on  rencontre  dans 
Céveniies)  sont  communs  de  l'autre  côté  de  la  Manche.  Taylor  2 
dit  que  l'emploi  de  pen  et  de  ben  dans  la  formation  des  noms  de 
lieu  permet  de  distinguer  la  ligne  de  démarcation  des  idiomes 
kimrique  et  gaélique.  Par  suite  de  la  permutation  si  fréquente 
des  consonnes  de  la  même  série ,  on  retrouve  encore  ce  radical 
dans  Vénasque  (Vaucluse ,  Espagne  et  Piémont)  ;  Vénosc ,  dans 
les  montagnes  de  l'Oisans  ;  dans  le  nom  des  Veneni,  petit  peuple 
des  Alpes  ;  Yen-haut  et  Ven-bas  (Auvergne)  ;  Morvan  (grands 
monts)  ;  peulven  (pierre  droite  ;  litt.  pilier  de  pierre)  ;  Les  Vans 
(Ardèche) ,  de  Van/nis,  où  l'on  trouve  beaucoup  de  monuments 
dits  celtiques ,  et  enfin  Veynes ,  près  Gap ,  au  pied  d'une  mon- 
tagne ;  ce  nom  correspond  à  Veyn ,  rocher ,  montagne ,  en 
comique. 

La  maison  de  Veynes,  connue  depuis  1302,  est  tombée  en 
quenouille  depuis  environ  un  siècle  dans  la  famille  Plan  de 
Sieyès,  dont  le  nom,  emprunté  à  celui  d'un  village  des  environs 
de  Digne  (les  hautes  et  les  basses  Sieyès,  castrum  de  Cieyis^  de 
CeySy  de  Ceiis),  dérive  d'un  radical  ligurien,  seye,  seyo,  corres: 
pondant  à  saxum,  rocher;  on  le  retrouve  dans  le  nom  du  quar- 
tier appelé  La  Siete,  situé  dans  les  montagnes  rocailleuses 
d'Aleyrac  (Drôme). 


(1)  Souvenirs  de  V  Ardèche  y  t.  Il,  p.  275. 

(2)  P.  220  ;  —  voir  aussi  :  Diez,  Êtymologisches  Worterbuch,  p.  258  ;  —  Die- 
FENBACH,  Celtica,  t.  1*%  p.  70  ;  —  Keferstein,  Ansichten  uber  die  Keltischen 
Altertkumer,  t.  H,  p.  186. 


ÉTTHOLOGIES  DES  NOUS  DE  LIEU   DE  LA  DRÔME.  69 

Bezaudun,  près  d'un  petit  affluent  du  Roubion,  dans  le  canton 
de  Bourdeaux,  Bezendunum  en  1324,  Besaudunum;  Bezaudun 
(Var),  Besaldunum  et  Besaudunum,  veut  dire  hauteur  des  bou- 
leaux ou  du  ruisseau  (bezo,  bouleau,  en  br.),  suivant  Tinterpré- 
tation  donnée  au  premier  radical,  dont  il  sera  question  au  mot 
Bessée^  §  V.  four  dun  (hauteur),  V.  Tain.  Bezaudun,  ancien  fief 
des  Poitiers,  a  longtemps  appartenu  aux  évéques  de  Die.  Le 
hameau  de  Boulc,  sur  une  hauteur,  près  Ch&tillon,  de  Bulco  en 
1343,  a  peut-être  la  même  racine  que  balca,  élévation,  en  ang. 
s.  ;  baie,  en  éc.  et  en  irl. 

Bren  est  situé  dans  des  coteaux  sablonneux  et  boisés  du  can- 
ton de  Saint-Donat.  L'idée  de  hauteur  et  celle  d'arbre ,  bois, 
étant  rendues  dans  les  langues  néo-celtiques  par  des  mots  quasi- 
similaires,  il  est  difficile  de  savoir  dans  quel  sens  ont  voulu 
l'employer  les  parrains  de  cette  localité ,  appelée  villa  Breno  en 
967  * .  On  retrouve  le  radical  dans  breen,  breyn,  bran,  hauteur, 
colline,  en  k.  et  en  gall.;  bren,  brin  et  bron  en  br.;  brink  en  ail.; 
branum  en  b.  1. 2;  peut-être  du  s.  c.  L  vrvnda,  tas,  monceau; 
brêna,  rochers ,  précipices,  en  esp. ,  paraît  avoir  formé  le  nom 
d'h.  Breynat,  emprunté  à  quelque  localité.  Brenaz,  prèsCréraieu 
(Isère) ,  est  situé  au  pied  des  rochers  escarpés  de  la  Craz.  Ces 
mots  ont  été  pris  aussi  dans  un  sens  figuré,  comme  Altesse, 
Hautesse,  Éminencey  dans  bi^emi  ou  brennus,  bria/n,  etc. ,  chef, 
capitaine.  Bren^  en  gall.  et  en  br.,  pren  en  comique,  signifient 
arbre ,  dans  un  sens  générique ,  et  bois ,  forêt  s.  De  là  le  nom 
de  la  forêt  de  Brenne,  Sylva  Brenma,  qui  s'étendait  autrefois 
sur  une  partie  de  la  Touraine  et  du  Berry,  et  les  mots  :  en 
Br&fine,  qui  suivent  le  nom  de  plusieurs  villages. 

Cliocsglat  est  appelé  Villa  de  Cleu  en  1184  et  en  1210;  Clivus 
et  Cleu  en  1217  ;  villa  de  Cliuvo  en  1219  ;  Clivus  Monasterii  dans 


(1)  GiRAUD,  Essai  historique  sur  Vabhaye  de  Saint-Bamard  et  sur  la  ville 
de  Romans,  l"  partie ,  preuves,  p.  206. 

(2)  FoRSTEMANN,  Die  Deulschen  Ortsnamen,  p.  123  ;  —  Edwards,  Recherches 
sur  les  langues  celtiques,  p.  186;  —  Tatlob,  p.  476;  —  Buenoup,  p.  614. 

(3)  À.  DE  GoDBSON,  Histoire  des  peuples  bretons,  1. 1",  p.  430;  —  Zeuss, 
p.  860. 

Tome  IV.  -  1869.  » 


70  SOCIÉTÉ  d'archéologie  ET  DE   STATISTIQUE. 

le  XlVe  siècle  (à  cause  des  droits  féodaux  appartenant  au  mo- 
nastère de  Saint -Chaffre  i;  plus  tard,  Cliou,  Cleu,  Clivus, 
Usclatus  (montagne  brûlée),  et  Cliou-Usclat ,  stiprès  l'incendie 
allumé  à  la  fin  du  XIV*  siècle  par  Koger-Raymond  de  Turenne, 
qui  apporta  dans  nos  pays  le  pillage  et  la  dévastation.  Le  nom 
de  ce  village,  bâti  sur  un  plateau,  est  synonyme  de  Serusclat  et 
de  Montucla,  devenus  noms  de  famille.  En  1310,  Giraud  Âdhé- 
mar  vendit  à  Adhémar  de  Poitiers,  pour  9,000  sous  viennois , 
ses  droits  sur  ce  fief,  qui  a  aussi  appartenu  à  Tévêque  de 
Valence. 

M.  de  Gallier  2  dit  que  ce  village  avait  précédemment  im- 
posé son  nom  à  la  famille  de  Cliou  (de  Clivo),  représentée  en 
1184  par  Pierre  de  Cliou,  et  en  1340  par  Bernard  de  Cliou,  Guy 
AUard  mentionne  la  famille  de  Clion  ou  de  Cleu,  éteinte  en  1570, 
et  qui  habitait  Chàteauneuf-de-Mazenc.  Ces  Clion  n'auraient-ils 
pas  donné  leur  nom  au  village  de  Cléon-d' Andran  ,  appelé  Cléou 
en  1332,  et  dans  les  actes  latins  Clivus,  Clivium,  Declimum  de 
Andranis,  Clivus  Andrandi  et  Andrani,  h\en  qu'il  soit  situé 
dans  une  grande  plaine,  sur  une  ondulation  de  terrain  de  quel- 
ques mètres  seulement?  On  sait  que  les  fondateurs  et  les  pro- 
priétaires ont  souvent  donné  leur  nom  à  leur  domaine. 

Le  mot  Andran  paraît  avoir  été  primitivement  un  nom 
d'homme;  on  le  retrouve  dans  celui  de  Villandrando  (maison 
d' Andran) ,  un  des  chefs  des  routiers  venus  d'Espagne  sous 
Charles  VI  ;  c'est  peut-être  une  altération  à*Andraldus  ou  An- 
droldus  (Andrau) ,  si  commun  dans  les  cartulaires  du  VIII«  au 
XII«  siècle?  Ferguson  ^  le  rattache  au  goth.  Anthar,  étranger, 
et  le  traduit  par  étranger  vénérable.  D'après  la  carte  de  Cassini, 
le  Rif  SAndria ,  mentionné  dans  un  acte  du  X«  siècle  *,  prend 


(1)  L'abbé  Chevalier,  Chariularium  monasterii  sancH  Theofredi,  p.  13, 
36,  46,  49. 

(2)  Bulletin  archéologique,  1867,  p.  255;  —Journal  de  Montélimar,  du 
5  octobre  1867. 

(3)  The  Teutonic  Name-System,  p.  300.  —  Voir  aussi  Forstehann,  Alt  deuts- 
ches  Namenbuch, 

(4)  Cliarluiarium  sancti  Theofredi,  p.  8. 


;ft 


ÉTTHOLOGIES  DES  NOMS  DE  LIEU   DE  LA   DBÔME.  74 

sa  source  à  Eyzahut  et  se  jette  dans  le  Roubion  un  peu  en  amont 
de  Charols.  Les  Gaulois  et  les  Gallo-Romains  avaient  des  éta- 
blissements dans  le  quartier  A'Andran  et  dans  la  plaine  de 
Saint-Gervais  ;  on  y  a  souvent  trouvé  des  antiquités  romaines, 
et,  au  mois  de  septembre  1868,  Joseph  Chalons  a  découvert, 
dans  une  urne  en  terre ,  environ  7,000  médailles  lenticulaires 
en  argent,  dites  marseillaises,  et  antérieures  à  la  conquête 
romaine.  Le  fief  de  Cléon  cPAndrany  qui  faisait  primitivement 
partie  des  possessions  des  Adhémar,  a  appartenu  aux  Taulignan 
(XV«  siècle)  ;  aux  d'Drre,  qui  le  vendirent  en  1669  aux  de  Sillol; 
en  1709,  ceux-ci  le  cédèrent  aux  Marsane-Fontjuliane. 

Les  anciennes  formes  des  noms  de  Cliousclat  et  de  Cléon 
sont  à  peu  près  les  mêmes  que  les  noms  de  Clion,  le  Clion,  près 
Paimbœuf,  Cléon,  près  d'Elbeuf,  le  Claon,  près  de  Verdun,  etc., 
empruntés  à  un  radical  signifiant  rocher,  montagne,  et  dont  il 
sera  question  aux  mots  Glun  et  Trescléouœ  (§  V).  Le  latin  clivus, 
pente,  déclivité^  qui  en  est  la  traduction,  se  rattache  à  la  même 
racine  que  klippe  et  cliff,  rocher,  montagne ,  dans  les  langues 
germ.  Usclat,  en  languedocien,  mclatus,  en  b.  L,  altérations 
d'ustus  (brûlé) ,  viennent  du  s.  c.  t.  ii5,  hrùler  et  briller  {itshtu, 
foyer,  en  pers.). 

Clansayes,  près  de  Pierrelatte,  Clansayes  en  1272,  Apud 
Clansayas  en  1332,  plus  tard  Clansahim,  est  perché  sur  une 
montagne.  Il  y  avait  une  commanderie  de  l'ordre  du  Temple 
dans  cet  ancien  fief  des  Adhémar  de  la  Garde ,  qui  appartenait, 
en  1766,  au  marquis  du  Muy.  Clansayes  dérive  de  la  même 
source  que  les  noms  de  Claon,  Cléon,  Clion,  doni  on  retrouve 
le  radical  dans  clinus,  incliné,  en  1.,  xXîvsîv,  incliner,  engr., 
cleiniau,  en  gall.,  klann  et  glami,  berge,  falaise  de  rivière,  en 
br.;  Gatschet  ^  traduit  le  nom  de  lieu  clanx,  dans  la  Suisse 
ail.,  par  flanc  de  montagne.  67amwn,  variante  des  noms  cités, 
était  une  ville  gauloise  située  sur  une  hauteur,  près  de  Saint- 
Remy  (Rouches-du-Rhône).  La  position  topographique  de  ces 
diverses  localités  peut  n'être  pas  toujours  la  même ,  gleann  en 


(1)  Ortsetymologische  Farchungen,  p.  225. 


72    ^  SOCIÉTÉ  d'archéologie  et  de  statistique. 

éc.  et  en  irl.,  glyn  en  gall.,  ayant  le  sens  de  vallée  {glen  en 

ang.). 

La  seconde  partie  du  nom  de  Clansayes  reproduit  exactement 
Vhaia  ou  haya  b.  1.  et  scaud. ,  liaie,  palissade ,  parc,  bois  {Iiag 
en  al.).  On  appelait  haya  les  camps  retranchés  des  anciens 
Normands  i.  Clansayes  doit  donc  être  traduit  par  camp  ou  clos 
de  la  montagne,  ou  bien  par  montagne  du  bois,  comme  Mont- 
clos,  Montchis ,  Montboissier ,  Montboucher.  La  lettre  s  s'est 
introduite  plus  tard  dans  le  mot  Clansayes  par  suite  d'une 
attraction  phonétique.  On  ne  peut  admettre  l'étymologie  rap- 
portée par  M.  Delacroix  2,  qui  fait  dériver  ce  nom  de  Clarœ 
Aonides  Aia,  Cet  auteur  avait  accueilli  avec  trop  de  bienveillance 
les  étymologies  que  lui  avait  fournies  M.  Mésengère ,  ancien 
sous-préfet  de  Montélimar.  Celui-ci  ne  tenait  aucun  compte 
des  éléments  complexes  dont  se  compose  la  science  philologique, 
et  il  empruntait  toutes  ses  traductions  aux  épithètes  des  dieux 
de  l'Olympe  :  pour  lui,  il  n'y  avait  d'étymologie  vraie  ou  possible 
que  quand  elle  émanait  de  la  mythologie.  Les  nombreux  articles 
dont  il  a  enrichi  la  Statistique  provenaient  de  la  mise  en  coupe 
réglée  du  Dictionnaire  de  l'a  fable ,  qui  était  préférable  pour  lui 
à  tous  les  ouvrages  de  philologie  comparée. 

CoRNiLLAC  et  CoRNiLLON,  Castrum  Cornilloms  eu  1292,  sont 
deux  villages  bâtis  sur  le  flanc  d'une  montagne  dans  la  vallée 
d'OuUe,  près  de  Remuzat.  De  même  que  Cornas  (Ardèche), 
village  renommé  pour  ses  vins.  Villa  Comatis  en  1012,  et  plus 
tard  Cornacium ,  le  rocher  de  Corneille ,  qui  domine  la  ville  du  Puy , 
le  château  de  Cornillon,  près  de  Grenoble ,  situé  sur  un  rocher 
isolé  et  bizarre ,  Carnac  (Morbihan) ,  où  quatre  mille  aiguilles 
de  granit  étaient  alignées  comme  une  armée  de  géants  pétrifiés, 
ces  deux  villages  de  la  Drôme  doivent  leur  nom  à  un  radical 
dont  on  trouve  de  nombreuses  traces  dans  les  langues  celt.  et 
germ.,  cam,  rocher,  amas  de  pierres,  en  anc.  corn.  ;  caim. 


(1)  Le  Héricher,  Philologie  lopographique  de  la  Normandie,  p.  45. 

(2)  Staiislique  du  département  de  la  Drôme,  p.  467. 


ÉTÏMOLOGIES  DES   NOMS   DE  LIEU   DE  LA   DbAmE.  73 

tombeau,  monument  élevé  parles  Bretons  à  leurs  rois  et  à  leurs 
chefs;  careg  et  kareck,  rocher,  en  gall.;  korn,  kcrn,  sommet, 
corne,  coin,  angle,  cap,  en  br.  *;  hom,  corne,  pointe,  pic, 
rocher,  dans  les  langues  germ.,  si  commun  dans  la  composition 
des  noms  de  lieu  2,  notamment  dans  Kleinhorn  (petit  rocher), 
Horndorff  (village  du  rocher),  etc.  Cornillon,  dominé  par  les 
ruines  imposantes  d'un  château  fort  détruit  à  une  époque  re- 
culée, appartenait  dans  le  XVII«  siècle  aux  La  Tour-Gouvernet, 
et  fut  acquis  vers  1680  par  les  Sibeud  de  Saint-Ferréol.  —  Pour 
Coussaut  (coteau) ,  voir  Trescoussoux. 

Crépol  se  nommait  Crispium  dans  le  XI«  siècle  (Giraud, 
lr«  partie,  preuves,  p.  49,  iH);  Crepuhtm  en  1203  3;  Cm- 
pollum  et  Crispollium  dans  le  XV«  siècle,  et  plus  tard  Crespol. 
Ce  village ,  situé  au  nord  de  Romans ,  appartenait  dans  les 
Xin«  et  XIV«  siècles  à  la  grande  famille  de  Clermont;  dans 
le  XVI1I«  siècle,  Gabrielle  de  Mistral  l'apporta  aux  Émé  de 
Marcieu.  Crupies,  près  Bourdeaux,  ancien  village  construit  sur 
un  rocher,  et  qui  appartenait  aux  évêques  de  Die ,  est  appelé  De 
Crepiis  dans  le  XV«  siècle  et  Crupia  dans  Aimar  du  Rivail.  Ce 
dernier  nom  et  une  des  formes  de  Crépol  (Crepulum)  rappellent 
une  idée  de  hauteur,  de  rocher;  ils  viennent  du  môme  radical 
que  krebet,  montagnes ,  en  rus.,  krapat  en  pol.  (d*où  les  monts 
Karpalhes  ou  Krapathes);  greppus,  rocher,  hauteur  et  brous- 
sailles, enb.  1.;  scrupus,  rocher,  lieu  escarpé,  en  1.;  xpi6avo; 
en  gr.  ;  grippa,  greppe,  creppe,  dans  la  Suisse  ail.  *.  Telle  est 
Torigine  des  noms  de  la  montagne  de  Crapon,  qui  domine  Séde- 
ron,  de  Craponoz  (Isère) ,  auprès  d'une  des  plus  belles  cascades 
de  la  province;  Ae  Crappum ,  nom  du  mont  Saint-Just ,  près 
Vienne,  à  l'époque  romaine,  etc.  Je  dois  ajouter  que  la  plupart 


(1)  A.  deCuevallet,  t.  !•',  p.  240;  -  Edwards,  p.  Î33,  235;  —  Taylor, 
p.  315;  r-  Le  Gonidek,  Dictionnaire  cello-breton, 

(2)  Forstemaxn,  Die  Deutschen  Ortsnamen,  p.  47,  71 ,  72;  -  Pott,  Die 
Personennamen ,  p.  517. 

(3)  Salvaing  de  fioissiEU;  De  l'usage  des  fiefs ,  p.  163. 

(i)  Gatschet,  p.  50;  —  DiEZ,  Ètyniologisches  Worterbuch  ,  p.  409, 


74  SOCIÉTÉ  d'archéologie  et  de  statistique. 

des  anciennes  formes  de  Crépol  diffèrent  sensiblement  des  radi- 
caux cités  plus  haut  et  que  Guy  Allard  ^  rattache  avec  quelque 
vraisemblance  Crispiwn  et  Crispolium  au  n.  d'h  Crispus. 

Crest,  Crista  en  1178  et  1214,  Castrum  de  Crista  en  1168  et 
1201 ,  Crest  en  1187  (Chartularium  cimtatis  Diensis),  etc.j  était 
un  des  fiefs  de  la  puissante  famille  des  Arnaud ,  qui  possédait 
encore  Chastel-Arnaud,  la  Baume  des  Arnauds,  etc.  Il  passa 
ensuite  aux  évoques  de  Die  (  XI1«  siècle) ,  aux  Poitiers  et  au  roi 
de  France.  En  1642,  la  ville  de  Crest  fut  comprise  dans  le 
duché-pairie  de  Valentinois ,  donné  par  Louis  XIII  au  prince  de 
Monaco.  Crest,  dominé  par  un  immense  et  anlique  donjon,  doit 
son  nom  à  sa  position.  Crista,  cresia,  en  b.  1.,  signifient  mon- 
tagne, colline,  cîme,  creste  ou  crête  d'une  chose  (on  disait 
crestelé  pour  crénelé  en  v.  fr.)  du  1.  crista,  croie,  ai^etus,  aug- 
menté [creach,  montagne,  en  br.).  Le  diminutif  crestet  est  un 
nom  commun  à  plusieurs  localités;  Cristol  est  une  montagne 
des  Alpes;  Cristaut  (Suisse),  Crista  Alla  et  Credo,  pour  Cret 
Aat/^ , montagne  près  de  Bellegarde  (Ain),  ont  la  même  racine. 
Arnaud  et  Arnal  veulent  dire,  en  tud.,  défenseur  vénérable. 
(Voir  Origine  des  noms  propres,  p.  437.)  Pour  Diva  jeu,  voir 
leg  V. 

DoNzÈRE  est  appelé  Duzera  en  1198  et  en  1200,  Donzera  en 
1258  (Actes  des  Adhémar) ,  Dusera  en  1392,  Dusere  en  1292, 
Dosera  en  1440,  et  Dunzera.  En  680,  dit  M.  Tabbé  Vincent  2, 
saint  Lambert ,  archevêque  de  Lyon ,  envoya  des  religieux  pour 
fonder  un  monastère  dans  un  terrain  vague  appelé  Dusera,  el, 
en  840,  Lothaire  plaça  l'abbaye  de  Dusera,  détruite,  ainsi  que 
Saint-Paul,  par  les  Sarrasins,  en  734  »,  et  reconstruite  en  804, 
sous  la  dépendance  de  Tévêque  de  Viviers.  Dusera  ou  Castrum 
Dusera  est  synonyme  de  Dumont,  Dusuc,  Ducher  {cher  pour 
serre),  Dupuch,  Duserre,  etc.,  noms  de  famille  empruntés  à  des 
quartiers  ou  lieux  dits.  L'article  du  s'est  soudé  au  mot  serre, 


(1)  Guy  àllard,  Dictionnaire  du  Dauphiné,  t.  II,  p.  225. 

(2)  Notice  historique  sur  Donzère, 

(3)  Gatlia  chrisiiana,  t.  I*"",  p.  703. 


ÉTYMOLOGIES  DES  NOXS  DE  LIEC  DE  LÀ  DBÔME.  75 

comme  Tarticle  le  au  mot  oriol  (maison);  voir  Loriol,  §  V,  Cet 
article,  formé  du  latin  de  illo,  était  écrit  primitivement  del, 
mais  sa  prononciation  s'assourdit  et  il  est  devenu,  selon  les 
temps  et  selon  les  pays,  deu,  do,  dou,  du  ^  :  cette  dernière 
forme  n*est  pas ,  je  crois ,  antérieure  au  XII«  siècle.  Il  est  donc 
très-probableque  les  originaux  des  actes  de  680  et  de  840 portaient 
Monasterium  de  Sera  ou  Desera ,  et  que  les  copistes  des  XII«  ou 
XlIIe  siècles ,  en  les  transcrivant,  ont  donné  à  la  localité  son 
nom  moderne.  Plus  tard ,  par  suite  d'attraction  phonétique ,  la 
lettre  n  s'est  introduite  dans  le  mot  Duzera  ou  Dosera ,  comme 
dans  rendre  pour  reddere,  lanterne  pour  laterna,  langouste 
pour  locusta,  etc. 

Les  noms  de  Serre,  Serret,  Beauserret,  Sierra,  Cerret,  Le 
Cher  et  Le  Chier,  résultat  de  la  prononciation  chuintante  du 
radical,  sont  communs  à  beaucoup  de  localités;  ils  ont  la 
même  origine  que  serra,  hauteur,  montagne,  en  b.  1.,  en  it.  et 
en  portugais;  cerro  et  sierra  en  esp.  ;  cerra  en  b.  q.;  serrœ,  col 
de  montagnes,  en  1.,  et  peut-être  que  tsor  ou  tsir,  rocher, 
hauteur,  en  héb. ,  d'où  est  tiré  le  nom  de  la  ville  de  Tyr  2.  Il 
y  a  loin  de  celte  étymologie  à  celle  que  donnait  M.  Mésengère  ; 
il  assurait  que  Donzère  était  la  contraction  des  mots  :  Dea  Onxia 
Erebi, 

En  886,  l'abbaye  de  Donzère  fut  unie  à  celle  de  Saint-Philibert 
de  Tournus,  et  en  i374  elle  fit  retour  à  l'église  de  Viviers ,  dont 
les  évoques,  seigneurs  temporels  de  ce  village  depuis  1149  3, 
se  qualifiaient  plus  tard  de  princes  de  Donzère.  Le  château  épis* 
copal  a  été  construit  par  Claude  de  Tournon ,  qui  occupa  le 
siège  de  1498  à  1542.  Il  appartient  aujourd'hui  à  M.  Clément, 
dont  on  a  admiré  les  toiles  aux  diverses  expositions  de  peinture. 

Eygluy  ou  AiGLUY ,  près  de  Die ,  village  situé  dans  de  hautes 
montagnes,  à  deux  lieues  au  levant  d'une  chaîne  de  rochers  dits 
rochers  de  l'Aigle,  est  appelé  de  Aigluno  en  1199,  Eigleu  en  1200 


(1)  À.  de  Chevallet,  t.  in,  p.  103. 

(2)  Gesemus,  Lexicon  hebraïcum  et  chaldaïcum,  p.  859. 

(3)  Aymar  du  Rivail,  traduit  par  A.  Macé,  Descnpiion  du  Dai^phinr, 
p.  127. 


76  SOCIÉTÉ  d'AHCH£OLOGIE  ET  DE  STATISTIQUE. 

et  en  1230,  Aiglui  en  1210,  Aigledunum  en  1224  et  1240,  Aygle- 
dimum  en  1218  (Chart.  civ.  Diensis,  passim) ,  Eygludmum  en 
1329,  Ecglenum  en  1332 ,  Aiglinum,  etc.  Eygluy  est  une  autre 
forme  du  nom  ^Aiglun  (Var  et  Basses- Alpes) ,  Aygledunum  en 
1309,  qu'on  a  traduit  par  montagne  de  Vaigle,  Ce  dernier  mot 
paratt  être  emprunté  au  1.  aquila  (de  même  que  Tirl.  acuil, 
aigle;  erer,  er,  en  br.)  ;  le  substantif  aigue^  cygue,  eau,  cours 
d*eau,  en  v.  f.  {aig.  en  k.,  aquale  en  b.  1.)  pourrait  être  proposé 
pour  certaines  localités ,  notamment  pour  Aigle,  sur  les  bords 
du  lac  de  Genève  :  la  lettre  /  aurait  été  alors  introduite  par 
euphonie.  Quant  à  la  contraction  à' Aigledunum  en  Aiglim, 
Eigleu  et  Eygluy^  elle  est  analogue  à  celle  ie  Lu^dxi/rmm  en 
Lyon ,  de  Laudunum  ou  Lugdunum  en  Laon,  etc. ,  si  toutefois 
dimum,  hauteur  (V.  Tain),  n'est  pas  la  traduction  de  glu  ou 
gluy,  rocher,  montagne ,  dont  il  va  être  question  au  mot  Glun. 
Montéglin  (Hautes- Alpes),  CasPrum  de  Monte  Ayglino  en  1317, 
paratt  rappeler  deux  fois  Tidée  de  montagne. 

Eygluy,  qualifié  de  mandement  en  1210,  a  appartenu  aux 
Poitiers,  qui  le  vendirent  aux  Lattier  en  1496;  il  passa  plus  tard 
aux  d'Hostun,  et  fut  acquis  en  1652  parles  La  Baume-Pluvinel  : 
en  1693,  Joseph  de  La  Baume-Pluvinel  fît  ériger  en  marquisat , 
sous  le  non^  de  Pluvinel ,  les  terres  d'Eygluy  ,  La  Rochette , 
Omblèze,  etc. 

Eyzahut  ,  ancien  ûef  des  Adhémar,  qui  faisait  plus  tard  partie 
de  la  commanderie  du  Poet-Laval,  est  un  village  situé  dans  un 
pâté  de  hautes  montagnes,  près  de  Ch&teauneuf-de-Mazenc.  Il 
est  appelé  Eyzahuchium  dans  plusieurs  actes  des  X1II«  et 
XIV«  siècles.  Ce  notn  paratt  signifier  haute  maison,  comme 
Hautevilley  Hautefare,  Hohenleuben,  etc.  Il  est  formé  de  deux 
parties  :  la  première  a  le  même  radical  qu^aisia,  hesia ,  aizuin , 
aïacis,  aïciurriy  maison,  domaine,  aisances,  territoire,  en  b.  L; 
aise,  ayse,  en  v.  fr.;  hezé,  en  brabançon  (d'où  peut-être  l'ex- 
pression :  avoir  ses  aises ,  être  à  son  aise)  ;  etche,  échea,  ichea, 
maison,  en  b.  q.  On  retrouve  cette  racine  dans  les  noms  de 
Claveyson  (V.  §  IV),  à*Ayzae  (Ardèche),  Aisacum  en  1179, 
à'EyzinrPinet  (Isère),  des  Eyzies  et  peut-être  i'Ajaocio,  qu'on 
prononce  Aïaccio. 


ÉTTM0L06IES  DES  NOMS  DE  LIEU  DE  LA  DBÔME.  77 

Huchium ,  dernière  partie  du  nom  latin  d*EYZAHUT ,  parait 
dériver  du  même  radical  qu'i/cA^  uchel,  uchedy  haut,  élevé, 
dans  les  langues  néo-celtiques,  hoch^  en  al.,  AoA,  en  tud.,  em- 
prunté au  s.  c.  t.  uc'c'a  qu'on  prononce  ùutcha  ^  On  le 
retrouve  dans  les  noms  suivants  :  Uchaux,  près  d'Orange, 
appelé  Grangia  de  Uchano  dans  le  Cartulalre  des  Adhémar;  ce 
village  est  dominé  par  un  ancien  chAteau  fort  ;  Vcel  (Ardècbe) . 
Ucellum;  Uchizy,  sur  une  montagne,  près  de  Tournus,  Uchi- 
siacvm;  Uzès,  Ucetia  et  Ucecia;  les  Uceni,  qui  habitaient  les 
montagnes  de  YOisans  à  Tépoque  romaine  ;  Ucciani ,  dans  les 
hautes  montagnes  de  la  Corse,  etc.  Le  nom  k.  de  l'alouette  est 
uchedydd,  qui  vole  haut  [hed,  voler). 

Geyssans  ,  près  de  Romans ,  sur  une  hauteur,  est  appelé  GeS" 
sianum  et  Gissianum  dans  plusieurs  actes  des  X«  et  \h  siècles  2, 
et  plus  tard  Jeyssanium  et  Geyssanum.  Ce  fief,  après  avoir 
appartenu  longtemps  aux  Clermont-Chaste,  passa  dans  le  siècle 
dernier  à  la  famille  de  Chypre.  Geyssans,  comme  Gessoriacum, 
aujourd'hui  Boulogne ,  primitivement  construit  sur  un  coteau  ; 
Gesacribatej  Brest;  Gex  (Ain)  ;  Gesium,  Giez,  Jaiz  dans  les  anciens 
actes,  adossé  à  une  montagne;  Gez  (Hautes-Pyrénées);  Geys^ 
ch&teau  fort  en  ruines  sur  une  montagne  dominant  l'Eyrieu 
(Ardèche) ,  qui  a  pour  premier  seigneur  connu  Guillaume  de 
Geys  (1390),  auteur  des  de  Geys^  qui  ont  longtemps  habité  Sainl- 
Péray,  et  des  Guyon  de  Geys  de  Pampelone,  veut  dire  hauteur, 
montagne.  On  retrouve  le  même  radical,  probablement  celtique, 
dans  gey,  tertre,  hauteur  ;  en  dialecte  franc-comtois,  geisty  dans 
la  Suisse  allemande  (Gatschet,  p.  303);  ^eivov,  toit,  créneau, 
partie  supérieure  d'une  maison,  en  gr.;  ^/iè^,  montagne,  en 
cophte,  et  peut-être  dans  Joux  (V.  Monljoux).  Dans  les  noms 
d'origine  germ.,  geis  veut  dire  chèvre,  comme  dans  Geisenberg^ 


(1)  BuKNOUP  et  Lbupol,  Dictionnaire  sanscrit,  p.  94  ;  ~  Eighhopf,  Parallèle 
des  langues  de  V Europe  et  de  Vlnde,  p.  3!20;  —  Roget  de  Belloguet,  t.  l"* 
p.  203  et  213  ;  —  A.  de  Goubson,  t.  II,  p.  42  ;  —  Prighaed  ,  The  easlem  origin 
of  ihe  celtic  nations,  p.  185  et  226. 

(2)  GiRAUD,  t"*  partie,  Preuves,  passim. 


78  SOCIÉTÉ   d'aBCHÉOLOGIE  £T  DE  STATISTIQUE. 

synonyme  de  ChévrçmorU ,  et  ruisseau  ou  cascade  en  tud.  em- 
prunté à  la  même  racine  que  giessen^  couler,  répandre,  en 
ail.  K 

La  terminaison  an,  commune  dans  la  Drôme,  qu*on  retrouve 
daps  Aliœan,  Aulan,  Bésignan^  Chabrillan^  Grignan^  Guisans, 
Ja/illans ,  Mollans ,  Montauban ,  Momans ,  Parnans ,  Plaisians , 
Romans^  Royam^  Soyans,  Taulignan  et  Vercoiran^  est  suscep- 
tible de  plusieurs  interprétations.  C'est  d*abord  un  diminutif 
celt.  analogue  aux  terminaisons  françaises  on  et  m  et  qui  est 
très-commun  dans  les  anciens  noms  irL  et  éc.  (  Zeuss ,  p.  281  )  ; 
la  forme  française  de  la  finale  latine  anus^  indiquant  un  rapport 
de  parenté  ou  de  propriété,  comme  dans  fundusSevipronianus; 
enfin  une  altération  du  ham  ou  heim  (domaine,  hameau),  germ., 
correspondant  aux  finales  em^om^  um ,  en  des  noms  belges. 

On  voyait  autrefois,  sur  un  rocher  qui  s'avançait  dans  le  lit 
du  Rh6ne,  entre  Glun  et  La  Roche-de-Glun,  les  ruines  d'un 
château  fort,  inféodé  en  H52  par  l'empereur  Frédéric  à  Sylvion 
de  Clérieu  :  il  fut  détruit  en  1248  par  ordre  de  saint  Louis ,  que 
Roger  de  Clérieu  voulait  contraindre  à  acquitter  le  droit  de 
péage.  Ainsi  que  le  château,  le  rocher  a  disparu  peu  à  peu,  miné 
et  enlevé  pour  faciliter  la  navigation  du  fleuve.  Des  anciens 
seigneurs  de  Clérieu,  le  fief  de  La  Rochenle-Gim  a  passé  succes- 
sivement aux  deux  branches  des  Poitiers,  aux  Jomaron,  aux  La 
Barge,  aux  des  Isnards,  et  en  dernier  lieu  aux  Lagrangc,  de 
Tournon. 

Les  anciennes  formes  du  nom  qui  nous  occupe  étaient  Rupes 
de  Cleu  (1178) ,  de  Gluy  (1248) ,  de  Gluin  (1198),  de  Cloys,  de 
Gluey,  de  Gluz,  traduites  quelquefois  en  latin  par  Rupes  de 
Clivo  (V.  Cliousclat).  Chorier  et  Guy  AUard  le  rattachent  à  un 
général  romain  hypothétique  Clodius,  et  Delacroix  2,  d'après 
M.  Mésengère  et  son  système  invariable ,  le  fait  dériver  de 
Clusinius ,  une  des  épitbètes  de  Janus ,  le  porte-clef ,  le  gardien 


(1)  FoRSTEMANN ,  Die  Deulsclhen  Ortsnamen ,  p.  62  et  144. 

(2)  Statistique ,  p.  595;  —  voir  aussi  le  Bulletin  archéologique  y  1867, 
p.  256. 


ÉTrMOiOGIES  DES  NOUS  DE  ilEU   DE  LÀ  DRÔME.  79 

des  portes ,  par  allusion  au  droit  de  péage.  Il  parait  beaucoup 
plus  naturel  de  relier  les  formes  anciennes  du  nom  de  Glun  et 
du  nom  primitif  de  Cliousclat  à  un  radical  germ.  et  sans  doute 
c.  (le  tudesque  et  le  gaulois  ayant  de  nombreuses  analogies 
comme  dérivant  du  sanscrit); qu'on  retrouve  dans  clou^  clough, 
clé,  clée,  clawy  rocher,  écueil,  en  se;  glava,  hauteur,  mon- 
tagne, en  slave  i.  Plusieurs  noms  se  trouvent  ainsi  expliqués, 
notamment  ceux  de  Serre  de  Glmjy  montagne  située  au  midi 
à'Eyghiy;  de  Gluiras^  près  de  Privas,  montagne  presque  à  pic, 
terminée  par  un  plateau.  La  seconde  partie  du  nom  de  Gluiras 
représente  le  ros,  tertre,  plateau,  si  commun  dans  les  noms  br., 
et  qu*on  retrouve  dans  le  «  Plateau  du  Bas  » ,  sur  les  hautes 
montagnes  qui  dominent  Vorcppe  (Isère),  et  qui  est  bordé, 
comme  Gluyras ,  par  des  rochers  escarpés.  Quant  aux  formes 
Gluin  (1198)  et  Glun,  elles  se  rapprochent  beaucoup  de  quel- 
ques-uns des  mots  cités  à  Tarticle  Clansayes. 

Ghesse,  près  de  Séderon,  qui  a  appartenu  aux  Montauban ,  et 
plus  tard  (1604)  aux  Sarrasin,  annonce  d'anciennes  carrières 
ou  un  sol  pierreux.  Ce  nom  a  la  même  racine  que  gressins  y 
pierre,  caillou,  grèSy  en  b.  1.  {gresiurriy  gresum,  terrain  pierreux), 
craig  et  krag  dans  les  langues  néo-celtiques;  gries,  gravier,  en 
ail.  ;  on  appelle  grésiers  les  ouvriers  qui  taillent  les  pavés  de 
Paris.  Pour  Havierives,  voir  le  g  III,  V©  Riaile;  pour  Hostun, 
voir  le  g  V,  et  pour  la  Peyrouse-Mornay ,  voir  Peyrins. 

Lesches,  près  de  Luc,  sur  uu  plateau  au  pied  d'une  montagne 
hérissée  de  rochers,  est  appelé  las  Léchas  en  1202,  locus  de 
Uchiis  en  1430.  Ce  fief,  qui  appartenait  en  1306  aux  d'Agoult, 
fut  vendu  par  eux  en  1603  à  Pierre  d'Armand;  il  passa  aux 
Sibeud  dans  le  XVII«  siècle,  et  plus  tard  aux  de  Ponnat,  barons 
de  Gresse,  dont  les  descendants  sont  fixés  à  Paris.  Lesches, 
comme  la  Lèche ,  près  Lapte  (Haute-Loire) ,  etc. ,  doit  son  nom 
à  un  radical  celtique  qu'on  retrouve  dans  leach  et  lech ,  pierre , 
rocher,  en  br.,  lech  en  k.,  leac  en  irl.,  liac  en  éc,  Xaaç  en  gr.. 


(l)  Morris,  Tlie  Etymology  of  local  names,  p.  48. 


80  SOCIÉTÉ  d'archéologie  £T  DE  STATISTIQUE. 

lechauk,  lieux  pierreux ,  rocailleux,  en  gall. £(?c/ii,  enbéb., 
veut  dire  mâchoire  et  montagne  dentelée,  comme  sieira,  scie  et 
rochers  découpés,  en  esp.  Samson  défit  les  Philistins  dans  un 
lieu  appelé  Ramath-Léchi ,  hauteur  des  rochers;  une  erreur  de 
traduction  a  fait  croire  qu'il  combattit  ses  ennemis  avec  une 
m&choire  d'âne  i. 

Le  mot  leuca,  lieue,  adopté  par  les  Romains,  dérive  du  subs- 
tantif gaulois  qui  voulait  dire  pierre ,  dans  le  sens  de  borne 
servant  à  marquer  la  longueur  de  la  lieue  (2,220  mètres).  Les 
Romains  indiquaient  aussi  par  des  bornes  l'intervalle  du  mille 
(1,481  mètres),  et  se  servaient  de  l'expression  ad  lajndem, 
équivalente  à  celle  de  leuca  ^.  Leug ,  leuch,  hcog,  limite,  en 
dialecte  suisse,  rappellent  aussi  l'idée  de  pierre  (Gatschet,  p.  83). 
Lèche,  en  patois  dauphinois ,  désigne  une  trappe  à  oiseau  faite 
au  moyen  d'une  pierre  plate  inclinée.  Le  lech  breton  indique 
une  pierre  consacrée,  comme  cromlech,  cercle  ou  couronne  de 
pierres.  Lech  et  louech  sont  aussi  des  radicaux  germ.  ayant  le 
sens  d'eau  et  de  marais  :  V.  le  g  III ,  V©  Lez. 

(A  continuer.)  Bon  de  COSTON. 


(1)  Juges,  XV,  15;  — Gesbnius,  p.  528. 

(2)  Gambry,  Monuments  celtiques,  p.  304;  -  A.  de  Chevallet,  t.  ï",  p.  280; 

-  ROGET  DE  fiELLOGUET,  t.  I",  p.  96. 


DES  BUES  DE  TILEKCE.  84 


DES  RUES  DE  VALENCE. 


Rapport  lu  à  la  Société  d* Archéologie  et  de  Statistique  de  la 
Drôme^  dans  la  séance  publique  du  2  mai  1868,  au  nom 
d'mie  commission  composée  de  MM,  Chauffeur  (Auguste), 
Lacroix,  Dupré  de  Loire,  Poinçot  et  Bon/net,  rapporteur. 


Messieurs  , 

Dans  une  de  nos  précédentes  séances ,  M.  le  docteur  Dupré 
de  Loire  proposait  à  la  Société  de  confier  à  une  commission  un 
travail  dont  le  programme  est  ainsi  (racé  dans  sa  demande 
écrite  : 

«  Rechercher  le  nom  des  rues  du  vieux  Valence,  faire  la 
*  nomenclature  des  rues  actuelles  et  proposer  les  noms  à  y 
»  appliquer  en  raison  des  constructions  nouvelles ,  des  monu  - 
»  ments,  des  événements  et  des  personnages  historiques  dont 
»  il  convient  de  conserver  le  souvenir.  » 

Adoptant  cette  proposition,  la  Société  nommait  pour  Com- 
missaires MiM.  Chauffeur  (Auguste),  Lacroix,  Dupré  de  Loire, 
Poinçot  et  Bonnet. 

Comme,  à  diverses  reprises  et  devant  plusieurs  membres  de 
la  Société  et  du  bureau,  j'avais  émis  quelques  idées  sur  ce  sujet, 
auquel  je  comptais  consacrer  une  étude  personnelle,  j*ai  dû  à 
cette  circonstance  l'honneur,  non  autrement  justifié,  d'être 
nommé  rapporteur  de  votre  commission. 

C'est  au  moment  où  une  ville  se  transforme  et  s'agrandit, 
lorsque  les  voies  nouvelles  attendent  des  dénominations  com- 
modes et  judicieusement  motivées,  c'est  alors,  sans  nul  doute, 
qu'il  importe  le  plus  de  rappeler  à  ses  citoyens  les  rues  et  les 
places  que  foulaient  leurs  pères  et  l'origine  des  noms  qu'ils  leur 
avaient  imposés.  Ces  périodes  de  développement  rapide  effacent 


82  SOCIÉTÉ  d'archéologie  et  de  statistique. 

trop  facilement  les  souvenirs  dont  elles  détruisent  les  témoi- 
gnages matériels.  Que  signifie  pour  nos  enfants  le  nom  de  : 
place  du  Cimetière,  et  que  rappellera  à  leurs  fils  le  nom  de 
place  de  la  Citadelle?  Quelle  meilleure  occasion  pour  notre 
Société  de  remplir  le  rôle  de  conservation  historique  auquel 
elle  a  droit  de  prétendre?  Les  recherches  dont  elle  nous  a 
chargés  auront  donc  à  coup  sAr  le  mérite  de  Topportunité  : 
nous  nous  somnies  efforcés  d*y  ajouter  celui  de  Texactitude. 

Le  nombre,  les  noms,  la  situation  et  les  rapports  des  rues  et 
places  de  Tancienne  ville,  tels  étaient  les  éléments  indispensables 
de  la  première  partie  de  notre  travail.  La  lecture  et  la  confron- 
tation d*un  grand  nombre  de  documents  de  diverses  époques 
pouvaient  seules  nous  les  fournir.  J'étonnerais  fort  la  Société  si 
je  lui  laissais  croire  qu'aucun  de  nous  s'est  cru  plus  capable  que 
H.  Lacroix  de  s'acquitter  de  ces  recherches.  Aussi  est-ce  bien  à 
la  laborieuse  obligeance  de  notre  secrétaire-archiviste  que  nous 
les  devons  tout  entières. 

La  liste  des  voies  du  vieux  Valence  comfrenà  soiooante-qiiatorze 
voies  et  six  places.  Si  Ton  énumère  les  voies  dénommées  dans  la 
nomenclature  établie  au  commencement  de  la  Restauration  et 
qui  nous  sert  encore  aujourd'hui ,  au  moins  pour  le  cœur  de  la 
ville,  on  est  surpris,  au  premier  abord,  de  ne  trouver  que 
soiœante-cinq  rues  avec  dix-huit  places.  Ce  résultat  inattendu 
est  pourtant  facile  à  expliquer.  D'une  part ,  la  nomenclature 
actuelle ,  dressée  à  une  époque  où  Valence ,  considérée  comme 
ville  de  guerre ,  était  renfermée  presque  tout  entière  dans  l'en- 
ceinte de  ses  remparts,  n'a  pu  cataloguer  que  des  voies  tracées, 
d'ancienne  date,  dans  un  périmètre  invariable  depuis  plusieurs 
siècles;  d'un  autre  côté,  en  suivant  le  principe  de  ne  conserver 
qu'un  seul  nom  pour  toute  la  continuité  d'une  même  voie ,  on 
est  arrivé  à  supprimer  bon  nombre  de  noms  de  rues ,  tandis 
que  l'on  multipliait  les  places,  en  appelant  de  ce  nom  des  carre- 
fours plus  ou  moins  vastes  résultant  de  la  rencontre  de  rues 
rectifiées  ou  élargies. 

Dans  un  premier  tableau ,  nous  avons  numéroté  et  rangé  par 
ordre  alphabétique,  sur  deux  colonnes  parallèles,  les  rues 
dénommées  dans  l'ancienne  et  dans  la  dernière  nomenclature. 


DES  BUÏS  DE  YALEi^CE.  83 

Nous  écrivons  en  italique  le  nom  des  voies  qui  ont  conservé 
leurs  anciennes  dénominations  et,  au  moins  en  partie,  leur 
ancien  parcours.  Nous  marquons  d*une  astérisque  (*)  les  noms 
anciens  transportés  d'une  voie  à  une  autre.  Cette  caractéris- 
tique, favorable  à  la  mémoire,  sera  également  employée  dans 
un  second  tableau. 


TABLEAU  i. 

Knimièratioii,  par  ordre  alphabétique,  des  mes  et  places  anciennes 
et  des  mes  et  places  actnelles  de  la  ville  de  Valence  (Drôme). 

Nota.  —  I^s  N.^  des  rues  sont  en  chiffres  arabes,  les  N.^  des 
places  sont  en  chiffres  romains. 


NOMENCLATURE  ANCIENNE. 


1  Apollinaire  (Saint). 

2  Alpins  (des). 

3  Baise-Béguine  (côte). 

4  Bans  (des). 

5  Barbe  (Sainte) '. 

6  Bonrg  (côte  dn,  aliàs  des 

Chapeliers). 

7  Bontiqnes  (des). 

8  Brûlé  (Tiol). 


9  Carême  on  Cayère. 

II  \  Cartalets  {\^%  2'  ei  3'). 
12) 

13  Chabrerie. 

1 4  Chaîne  (de  la,  ou  des  Échats). 

15  Chanteiouhe  - 

»  Chapeliers  (côte  des). 

16  Chapoton  (viol;. 

17  Chazaux  (des) 

18  Claux,  ou  Clos  (du). 
»  Clercs  (place  aux). 

19  Cleyrac  (de) 

20  Coifferie. 

21  Coives  ou  Coues  (viol  des). 

22  Gomerie 

23  Courbe-Sirvente  (côte). 


NOXBNCLATOIIB  ACTUELLE. 


Ancien-Tribunal-Civil  (pi.  de  V). 
Artois  (pi.  d*). 

1  Bains  (des). 

2  Baise-Béguine  (côte,  aiiàs 

sainte-Ursule). 

3  Balais  (des). 

4  Barbe  (Sainte)*. 

5  Bayard. 

G  Belle-Image. 

7  Boucheries  (des). 

8  Brifaut. 

9  Cantons  (Quatorze). 

10  Carlelet. 

11  Cathédrale. 

12  Centre  (du,  o/iàiÉcorcherie)'. 

13  Chantelouve, 

14  Chapeliers  (côte  des). 

15  Chaufour, 

16  Citadelle  (rue  et  place). 
»  Clercs  (place  aux). 

17  Collège  (du). 

18  Colombier  (rue  et  place). 

19  Coq  (du). 

20  Courbe-Silvante  {Côte). 

21  Croissant  (du). 


I 
11 


III 
lY 


84 


SOCIÉTÉ  d'aACHÉOLOGIE  ET  DE  STATISTIQUE. 


NOMEIfCLATORB  ANGIENNB. 


24  Diable  (da ,  ou  d'Enfer). 

25  /Hdicr  (Saint). 

»  Échafs  (des,  ou  de  la  Chaîne). 

26  Écorcherie  *  (viol  de  F). 
»  Enfer  (d',  ou  du  Diable). 

27  Entre-les-Murs. 

28  Etienne  ou  J?j(ève  (côte  St.). 

29  Études  (des ,  ou  de  la  Mole). 

30  Famerie 

31  Faûries  (des). 

32  i^^ia?  (Saint). 

33  Ferraterie. 

34  Fourchaud  (ou  (//lau/bur).    . 

35  Fusterie. 

36  Orand-Mazel  (rue  du). 

37  Grandes-Oches-Saint-Félix 

(des,  ou  Roderle). 

38  Grandes-Oches-de-Tourdéon 

(des). 

39  Grand-Palais. 

40  Qrand'rue. 

41  Herberie  (une  rue  et  deux    II 

places  de  F).  III 

42  Hôpital"  (de  1'). 


43  Jacques  (saint  %  Tiol). 

44  Jonchier  (du). 

45  Juiverie*. 


46  Laquerie 

47  Lardel  (viol). 

48  Maison-Seule. 

49  Mairie. 

50  Martin  (saint,  côte). 
Mazel  (place  du). 
Mole  (de  la,  ou  des  Études). 


» 


IV 


» 


NOUBNGLATURB  ACTUELLE. 


22  Dauphine. 

23  /)tdter  (Saint) 

»  Écorcherie  *. 

24  £5/ève(Saint,côteetplace). 
25r  Etables  (des). 


VI 


26  Famerie. 

27  Faverie  (de  la). 

28  F^/ûc  (Saint). 


29  Gendarmerie  (de  la). 

30  Grand*rue. 


31  Hôtel-de-Ville. 

32  Hôpital*  (de  F). 

»  Impériale  (place,  voir  pi. 
d'Artois). 

33  Jacques  (Saint)  %  Faubourg). 

34  Jambes  (des). 

35  Jamme  (Saint). 

36  Jardins  (des). 

37  Jardin-du-Roi. 

38  Jeu-de-Paume. 

39  Jonchère, 

40  Juiverie  (rue  et  place).  VII 

41  Lesdiguières. 


42  Manutention  (de  la). 

43  Martin  (  St.,  côte  et  rue). 
49    Musée  (du). 


DES  EUES  DE  TiLENCE. 


85 


NOMENCLATURE  ANCIENNE. 


51   Notre-Dame  (de  Soyons). 


52   Ord(Tiol). 


53  Pêcherie. 

54  Pelleterie*. 

55  PéroOene. 

56  Petit-Palais. 

57  Petit  Paradw. 

»  Pierre  (place  de  la). 

58  Pissantour. 

59  Planches  (des). 

60  Pont-Péri  (porte). 


61  Boderie  (ou  des  Grandes- 

Oches-Sain^FélIx). 
»    R61e-des-Tables  (place  du). 

62  Rollands  (côte  des). 


63  Sabaterie*. 

64  Salaterie. 

65  Sans-Nom. 

66  Saunière  (porte). 

67  Superie. 

68  TrenU  (tiol  du). 


69  Vacherie. 

70  Verger  (du). 

71  Vemaison, 

72  Vemowc, 

73  Vieux-Gartalet. 

74  Villeneuve. 


VI 


NOMENCLATUBE  ACTUELLE. 


«    Napoléon  (place).  VIII 

50  Neuve. 

51  Notre-Dam&^e-Soyonsime 

et  place).  IX 

52  Notre-Dame-la-Ronde. 

»    Orléans  (place  d',  voir  pi. 

Impériale). 
»    Ormeaux  (place  des  trois).      X 


53  Palais-de-Justice  (r.  etpl.  du) 

54  Paradis. 

55  Pelleterie*. 

»  Pendentif  (place  du). 

56  Petite-Neuve. 

57  Petits-Remparts. 

58  Petits-Seaux. 

»  Pierre  (place  de  la). 

59  Pont  (rue  ou  côte  du). 
»  Pont-Péri  (place). 

»  Porte-Neuve  (place). 

»  Préfecture  (pi.  de  la). 

60  Prisons  (des). 

61  Puits-Salé. 

62  Recollets  (des). 

63  Remparts  (des). 

64  Repentirs  (des). 

»  République  (place  de  la, 
voir  pi.  Impériale). 

65  Roderie. 

»  Royale  (place,  voir  place 
Napoléon). 

66  Sabaterie*. 

67  Saunière. 


XI 


XII 


XIII 

XÏV 

XV 

XVÏ 


68  Temple  (me  et  place  du).     XVII 

»    Ursule(S.*»,  côte,  ouBaise- 
Béguine). 

69  Vemaison. 

70  Vemoux. 

»    Visitation  (place  de  la).      XVllI 


Tome  IV.  - 1869, 


96  SOCIÉTÉ  d'aSGHÉOIXMSIE  et  D£  gTÀTISTIQUE. 

Essayons  maintenant  d'indiquer  les  principes  d'après  lesquels 
nos  Yoies  publiques  ont  été  dénommée^.  Nous  en  montrerons 
rapplication  à  toutes  nos  anciennes  rues,  et  de  plus,  à  celles 
dont  la  nomenclature  actuelle  a  modifié  ou  créé  Tappellation. 
Ces  rapprochements  de  noms  anciens  et  récents  entraîneront  à 
quelques  rapprochements  topographiques,  sans  lesquels  ils 
seraient  d'ailleurs  sans  intérêt.  Mais,  quand  nous  parlerons, 
comme  nous  l'avons  fait  tout  à  l'heure,  de  parcours  conservé  à 
telle  ou  telle  voie ,  il  est  bien  clair  qu'il  ne  s'agira  que  d'ap* 
proximations  fort  inégales,  selon  les  variations  des  alignements 
à  diverses  époques.  En  réalité,  c'est  seulement  la  direction 
générale  d'une  voie  que  nous  indiquerons.  Nous  ne  voulons 
pas ,  du  reste ,  insister  beaucoup  sur  ces  rapprochements  :  ceux 
dont  l'exactitude  est  incontestable  n'ont  besoin  que  d'être  indi- 
qués; quant  aux  autres»  heureusement  en  petit  nombre,  le 
temps  ou  les  documents  nous  ont  manqué  pour  changer  nos 
conjectures  en  certitudes. 

Dans  l'ancienne  nomenclature,  la  configuration  de  la  voie 
avait  fourni  les  noms  des  quatre  Cartalets  (petits  quartiers) 
occupant  l'espace  sensiblement  carré  compris  aujourd'hui  entre 
les  rues  Saint-Félix ,  Roderie ,  Belle-hnagè  et  du  Cartelet  ;  le 
vieux  Cartelet ,  qui  longeait  les  Minimes  au  midi ,  est  devenu  la 
rue  Belle-Image  ;  la  rue  du  Cartelet  actuelle  répond  au  premier 
Cartelet  d'autrefois  (  la  quartelée ,  ancienne  mesure  agraire , 
n'aurait-elle  pas  aussi  contribué  à  la  formation  de  ce  nom)  ?  — 
de  la  rue  Corncrio  (de  Corneriay  angle)  qui  se  coudait  pour 
déboucher  par  ses  deux  extrémités  dans  les  deux  rues  Notre- 
Dame-de-Soyons  (c'est  aujourd'hui  la  rue  des  Jardins),  de  la 
côte  Courbe-Sirvente  (aujourd'hui  Silvante ,  par  corruption).  La 
nomenclature  actuelle  a  dénommé  d'après  le  même  principe 
les  rues  du  Croissant  et  de  TÉquerre. 

LHnclinaison  de  certaines  voies,  inévitable  à  cause  de  l'assiette 
de  la  ville,  leur  a  fait  donner  à  toutes  les  époques  le  nom  géné- 
rique de  côte,  suivi  d'une  dénomination  empruntée  à  tout  autre 
principe. 

La  longueur  prédominante  a  fait  donner  son  nom  séculaire  à 
l'unique  Grand'Rue. 


DES  EOES  Dfi  T1LB9CE.  87 

L'emplacement  qui  s*étendaîi  derant  le  présidial  devait  à  sa 
largeur  relative- le  nom  de  place  du  Graud-Mazel  (macellum, 
marché)  :  c'est  actuellement  la  place  de  rAncien-Tribunal-Civii. 
La  largeur  insuffisante  d'une  voie  la  faisait  appeler  viol ,  dimi- 
nutif évident  de  via  et  forme  française  du  mot  violet  conservé 
dans  notre  patois  local  avec  la  signification  de  sentier.  Jusqu'en 
1848,  OR  a  pu  lire  rue  Viol-de-Jambo  (traduisons  :  chemin  propre 
aux  seuls  piétons»  équivalent  du  mot  rural  sentier  à  talons) ,  à 
l'entrée  de  la  rue  tortueuse  qui,  des  Encloses,  au  Bourg^lès- 
Valence,  mène  au  quai,  juste  au-dessus  de  la  petite  chapelle  de 
Saint-Nicolas.  Depuis  lors,  cette  rue  a  été  justement  appelée 
rue  Dupont,  du  nom  et  de  la  proximité  de  la  fabrique  des  frères 
Dupont  qui,  les  premiers,  ont  introduit  au  Bourg  l'induslrie 
des  mouchoirs  imprimés  dits  de  Valence.  Notons  en  passant  que 
la  nomenclature  actuelle  des  rues  du  Bourg-lès- Valence  et  la 
'  nôtre  paraissent  manifestement  avoir  été  dressées  à  la  même 
époque,  que  les  rues  de  nos  voisins  et  les  nôtres  ont  été  étique- 
tées avec  les  mêmes  caractères,  avec  les  mêmes  couleurs,  sur 
les  mêmes  plaques  de  ferblanc ,  peut-être  par  le  même  peintre , 
très-probablement  sous  les  mêmes  inspirations.  Nous  croyons 
donc  pouvoir  étendre  l'expUcation  précédente  au  nom  actuel  de 
la  rue  des  Jambes,  ruelle  étroite  et  bordée  de  murs  qui  va  de  la 
rue  Notre-Dame-de-Soyotts  au  quai  de  la  Basse- VÛle  (ancien 
viol  du  Treuil). 

On  a  utilisé  pour  la  dénomination  des  rues  diverses  circons- 
tances matérielles  propres  à  hs  ftwre  reconnattre.  L'ancienne 
nomenclature  avait  ses  rues  des  Chazaux  (diazalf  bâtiment 
délabré),  qui  répond  à.  la  partie  de  la  rue  Neuve  comprise  entre 
les  rues  Saint-Félix  et  Vemoux;  Maison-Seule  (rue  du  Renard , 
dans  la  direction  de  la  partie  fermée);  Pissantour  ou  Pissentour, 
répondant  au  tronçon  de  la  rue  des  Boucheries  compris  entre 
la  courbe  rentrante  des  murs  de  l'hôpital  et  la  côte  Courbe- 
Silvante  ;  ses  viols  Brûlé  (rue  Jardin-du-Roi)  ;  Ord  (sale  ) ,  c'est 
la  rue  Petit-Saint-Jean.  Ceux  qui  l'ont  connue,  quand  elle  était 
bordée  à  l'ouest  par  la  maison  Labarreyre,  savent  si  nos  ancêtres 
l'ivaient  bien  nommée.  Nous  avons  nos  rues  Belle-Image ,  du 
Coq  (à  cause  de  certaines  enseignes,  probablement).  Quatorze- 


88  SOCIÉTÉ  d'àbghéologie  et  de  statistique. 

Cantons  (da  nombre  de  ses  recoins),  des  Petits-Seaux  {noria  ou 
machine  éiévatoire  du  jardin  Tézier),  notre  place  des  Trois- 
Ormeaux»  et  la  rue  du  Ha-Ha,  anciennement  Carême  ou  Cayère, 
qui  ne  perce  non  plus  qu'autrefois. 

La  nature  et  la  destination  des  propriétés  ont  fourni  à  l'an- 
cienne nomenclature  les  noms  des  rues  des  Bans  (ou  bancs), 
allant  de  la  citadelle  à  la  place  Saint-Jean ,  devenue  en  1815 
partie  de  la  Grand'Rue,  aujourd'hui  rue  du  Musée;  des  Bou- 
tiques ,  qui  s'étendait  du  pied  de  l'ancienne  côte  des  Rollands 
(aujourd'hui  rue  de  l'Hôpital),  en  suivant  la  rive  droite  du  ruis- 
seau de  Curières,  jusqu'à  la  rue  Pissantour,  à  la  hauteur  de  la 
courbe  rentrante  des  murs  de  l'hôpital  ;  Chabrerie  (  ou  des  Chè- 
vres ) ,  qui  longeait  en  dedans  le  mur  crénelé  unissant  la  porte 
Pont-Péri  à  la  tour  de  Constance;  du  Claux  (ou  Clos) ,  portion 
de  la  rue  actuelle  des  Boucheries  comprise  entre  le  pied  de  la 
côte  Courbe-Silvante  et  le  pied  de  la  côte  Saint-Estève  ;  des 
Fauries  ffabrica),  répondant  à  la  rue  Saint-Félix  actuelle,  entre 
les  rues  .Famerie  et  Chaufour;  du  Jonchier,  peut-être  ainsi 
nommée  parce  qu'on  y  fabriquait  ces  fromages  de  jonchée  si 
connus  de  nos  ancêtres  ;  observons  qu'elle  tenait  à  la  rue  Va- 
choire  (aujourd'hui  rue  Jeu-de-Paume)  par  une  extrémité  :  elle 
s'ouvrait  par  l'autre  dans  la  rue  Four-Chaud  (actuellement  au 
carrefour  appelé  place  Colombier);  de  la  Mole  [mola,  meule, 
moulin) ,  on  l'appelait  aussi  rue  des  Études ,  parce  qu'elle  était 
voisine  de  l'Université;  des  Oches,  c'est-à-dire  des  Jardins; 
Grandes-Oches  de  Saint-Félix  (c'est  la  rue  Roderie ,  qui  a  con- 
servé ses  jardins  en  dedans  du  rempart  )  ;  Grandes-Oches  de 
Tourdéon,  c'était  la  voie  longeant  les  jardins  qui,  avant  la  cons- 
truction de  la  citadelle,  s'étendaient  en  dedans  des  remparts, 
depuis  l'extrémité  nord  de  la  rue  Roderie  jusqu'à  la  porte 
Tourdéon  ;  viol  du  Treuil ,  aujourd'hui  rue  des  Jambes ,  à  la 
Basse-Ville  ;  de  la  Vacherie  ;  du  Verger,  qui  correspondait  à  la 
partie  de  la  place  du  Palais-de-Justice  contiguë  au  monument, 
et  aux  rues  actuelles  du  Gallet  et  des  Prisons.  Le  même  prin- 
cipe n'a  donné  à  la  nomenclature  actuelle  que  les  noms  des 
rues  des  Jardins  et  des  Étables. 

Les  monuments,  les  édifices  publics  ou  religieux  ont  donné 


DES  BUES  DE  TÀLENGE.  89 

leurs  noms  aux  rues  et  places  suivantes,  dans  Tancienne  no- 
menclature : 

Rue  Farnerie,  de  Famavia,  fonderie  pour  la  monnaie.  C'est 
la  rue  qui  porte  aujourd'hui  le  même  nom. 

Rue  de  l'Hôpital,  commençant  au  sud  de  l'église  Saint-Jean, 
passant  derrière  l'ancien  Hôtel-Dieu ,  et  aboutissant  au  puits  de 
la  Marinette,  près  de  l'hôtel-de- ville;  ce  puits  existait  encore  il 
y  a  quelques  années,  et  l'on  en  voit  la  place  en  face  de  l'angle 
de  la  maison  Arnoux ,  sur  le  côté  nord  de  la  rue  Saint-Félix. 
C'est  actuellement  la  rue  Saint-Jean. 

Rue  Notre-Dame,  à  cause  du  couvent  de  Notre-Dame-de- 
Soyons  ;  elle  était  en  équerre  et  s'étendait  sur  le  trajet  de  la  rue 
Saint-Martin ,  de  la  place  et  de  la  rue  Notre-Dame-de-Soyons 
actuelles. 

Rue  du  Grand-Palais ,  actuellement  partie  étroite  et  dirigée 
du  nord  au  sud  de  la  rue  de  l'Équerre.  Les  beaux  restes  d'ar- 
chitecture, antérieurs  au  XHI«  siècle,  que  l'on  remarque  dans 
l'espèce  de  donjon  que  forme  la  maison  Victor,  à  l'angle  de  la 
côte  des  Chapeliers ,  ne  laissent  aucun  doute  sur  l'existence,  en 
ce  point  de  l'ancienne  ville ,  de  quelque  grande  demeure  sei- 
gneuriale. 

Rue  du  Petit-Palais,  autrefois  impasse  au  nord  de  la  maison 
de  Bressac,  aujourd'hui  côte  en  partie  couverte,  descendant  du 
coude  de  la  côte  des  Chapeliers  à  la  me  des  Boucheries. 

Rue  Villeneuve  (rue  actuelle  du  Palais) ,  peut-être  à  cause  de 
la  moindre  ancienneté  des  constructions  de  cette  partie  de  la 
ville. 

Place  du  Rôle-des-Tables.  Située  au  carrefour  de  la  rue 
Superie  au  nord ,  de  la  côte  des  Chapeliers  et  de  la  rue  Mai- 
son-Seule à  l'ouest ,  de  la  Grand'Rue  au  sud  et  de  la  rue  Her- 
berie  à  l'est,  nous  l'avons  connue  sous  le  nom  de  place  du  Pelit- 
Saint-Jean  avant  la  démolition  de  la  maison  Labarreyre.  Nous 
n'avons  d'ailleurs  rien  trouvé  de  satisfaisant  sur  l'origine  de  ce 
nom.  Nous  savons  bien  que  le  rôle  et  le  contre-rôle  (contrôle) 
s'appliquaient  à  diverses  marchandises,  au  sel  en  particulier,  ce 
qui  nous  porte  à  conjecturer  que  c'était  un  lieu  de  commerce 
important;  mais  nous  ignorons  totalement  quelles  tables  ce 
nom  peut  rappeler. 


00  SOCIÉTÉ  d'àrgbéologie  et  de  statistique. 

Aux  rues  et  places  désignées  par  le  nom  d'un  monument, 
nous  ajouterons  ici  les  portes^  dont  le  nom,  l'expérience  générale 
nous  l'apprend ,  a  toujours  été  soit  emprunté ,  soit  prêté  à  une 
voie  publique  ou  même  à  tout  un  quartier  :  porte  Baise-Bé- 
guine, à  peu  près  au  point  où  un  reste  d'ancien  rempart 
rencontre  la  côte  Sainte-Ursule  actuelle;  porte  Saint-Félix,  du 
voisinage  de  cet  ancien  couvent  ;  porte  Saunière ,  k  cause  du 
grenier  à  sel  ;  porte  du  Port ,  vis-à-vis  l'entrée  méridionale  de 
l'ancienne  rue  Petit-Paradis  ;  porte  Pont-Péri ,  à  l'endroit  où  la 
côte  des  Chapeliers  rencontrait  le  ruisseau  de  Curières.  Dn 
pont  en  pierre  franchissait  autrefois  ce  ruisseau ,  qui  a  été , 
en  i858,  sous  l'administration  de  M.  Vacher,  recouvert  d'une 
voûte  continue  depuis  le  prolongement  de  la  rue  de  la  Manu- 
tention jusqu'à  celui  de  la  côte  des  Chapeliers.  Il  se  peut  que  la 
nature  des  matériaux  de  ce  pont  ait  servi  de  prétexte  à  l'erreur 
de  ceux  qui  écrivent  :  place  Pont-Pierrt/,  ou  rue  Pont-Pw^rj/ , 
comme  sur  les  écriteaux  de  cette  rue  au  Bourg-lès-Valence. 
Mais  l'archéologie  du  peuple ,  née  et  vivant  de  la  seule  et  pure 
tradition,  a  toujours  fait  prononcer  Pont-Péri.  Cest  précisément 
le  nom  que  nous  trouvons  dans  la  légende  du  plan  de  Belleforest 
(1575).  Le  nomenclateur  de  la  Restauration  avait  respecté  la 
prononciation,  sinon  l'orthographe,  en  écrivant  Pompérie  sur 
les  plaques  qui  subsistent  aux  angles  de  la  place  du  côté  de  la 
ville. 

Ce  nom  de  Pont-Péri  rappelle ,  il  est  difficile  d'en  douter,  un 
pont  qui  a  existé  sur  le  Rhône  à  la  hauteur  de  ce  quartier,  et 
qui  aura  été  détruit  par  quelque  crue  excessive,  dans  les  temps 
reculés  du  moyen  Âge.  Il  a  fallu  venir  jusqu'à  ces  derniers 
temps  pour  trouver  une  mention  écrite  de  ce  pont  (Ctiarte 
extraite  du  Cartulaire  de  Saint-Pierre  du  Bourg\  par  M.  Vabbé 
Chevalier).  Mais  la  tradition  est  univoque  et  constante  encore 
aujourd'hui  chez  quelques  vieillards.  Il  y  a  plus  :  votre  rappor- 
teur a  entendu  raconter  autrefois  et  s'est  fait  répéter  dernière- 
ment encore  par  M.  Victor  (Baptiste) ,  autrefois  tourneur  très- 
habile,  quoique  manchot,  qu'il  est  allé,  dans  sa  jeunesse,  sur  la 
rive  droite  du  Rhône  recueillir,  par  les  basses  eaux,  des  débris 
de  pilotis  en  chêne,  bois  auquel  un  séjour  séculaire  sous  les 


LES  BUES  D£  YÀLEKCE.  04 

eaux  avait  donné  la  nuance  et  la  dureté  de  Tébène.  A  cette 
époque,  des  ouvriers  travaillaient  à  détruire  ces  fondations  de 
pilotis ,  comme  plus  tard  ou  a  aussi  profité  des  basses  eaux 
pour  détruire  par  le  pic  et  par  la  mine  les  débris  de  l'ancienne 
tour  de  Constance  qui,  plongeant  à  peine  son  pied  dans  Teau  au 
commencement  de  ce  siècle ,  a  été  plus  tard  débordée,  ébranlée 
par  les  inondations  et  comme  transportée  presque  au  milieu  du 
grand  courant  du  fleuve.  Or,  le  témoin  que  je  cite  se  le  rappelle 
très-distinctement  et  m*en  a  donné  la  démonstration  sur  le 
terrain  même»  c'est  Juste  dans  la  ligne  de  prolongement  de 
Tancien  rempart  crénelé  et  de  la  tour  de  Constance  qui  le 
terminait  à  Toccident ,  que  se  voyaient  des  fondations  de  pile 
ou  de  culée  sur  l'autre  rive.  Notre  honorable  collègue,  M.  Than- 
naron,  à  qui  une  mémoire  toujours  intacte  fournit  des  souvenirs 
rendus  précieux  par  son  &ge  vénérable,  vient  de  vous  confirmer 
l'existence  de  débris  de  constructions  de  ce  genre  que  l'on  ren- 
contrait autrefois  à  la  même  hauteur,  à  très-peu  de  distance 
de  la  rive  droite.  C'est  donc  avec  une  vraie  confiance  que  nous 
adoptons  la  tradition  et  l'orthographe  du  Pont  péri.  Remarquons 
'cet  exemple  de  la  manière  aisée  dont  nos  ancêtres  employaient 
sans  auxi]iaij*e  le  participe  passé  de  certains  verbes  neutres  ; 
cela  répond  aux  grammairiens  qui  ont  reproché  à  Racine  d'avoir 
dit  :  «  Ce  héros  eœpiré.  » 

Les  noms  tirés  des  monuments  et  des  édifices  publics  ou 
religieux  sont  un  peu  plus  nombreux  dans  la  nomenclature 
usitée  aujourd'hui.  Il  suffit  de  les  énumérer  pour  en  rappeler 
l'origine.  Ce  sont  :  la  place  de  l'Ancieu^Tribunal-Civil ,  la  rue 
Cathédrale ,  les  rue  et  place  Citadelle ,  les  rues  de  la  Gendar- 
merie, Hôtel-de-Villo,  Jardin-du-Roi,  Jeu-de-Paume,  du  Musée, 
Notre-Dame-de-Soyons,  Nolre-Dame-la-Ronde,  la  rue  et  la  place 
du  Palais,  les  places  du  Pendentir,  de  la  Pierre  (ainsi  nommée  à 
cause  de  la  pierxe  à  mesurer  le  blé) ,  Pont-Péri,  Porte-Neuve , 
de  la  Préfecture,  les  rues  des  Prisons,  des  Remparts  et  des 
PeUts^Rempartft,  la  rue  et  la  place  du  Temple,  la  rue  Yernaison 
(l'ancien  couvent  de  ce  nom  est  aujourd'hui  la  caserne  de  la 
gendarmerie) ,  la  place  de  la  Visitation. 

Un  grand  nombre  de  nos  anciennes  rues  devaient  leurs  noms 


92  SOCIÉTÉ  d'akghéologie  et  D£  statistique. 

aux  métiers  ou  professions  des  habikmts,  ou  au  principal  usage 
du  lieu.  Telles  étaient  : 

La  rue  Chanteloube  (Chantelouve  d'aujourd'hui  ) ,  si  ron  veut 
admettre  que  dans  cette  rue,  encore  très-mal  famée  il  n'y  a 
guère  plus  de  trente  ans,  existaient  d'ancienne  date  quelques- 
uns  de  ces  lieux  dont  le  nom  latin  est  formé  du  radical  lupa. 

La  rue  Coifferie ,  sur  l'emplacement  de  la  rue  et  de  la  place 
du  Temple  actuelles;  ce  pouvait  être  la  rue  des  marchands  de 
coiffes  ou  modistes  de  Tépoque. 

La  côte  des  Chapeliers ,  la  place  aux  Clercs ,  la  même  qu'au- 
jourd'hui. Le  viol  des  Coives,  àescobs,  balai.  Nous  ayons,  dans  la 
dernière  nomenclature ,  traduit  exactement  ce  nom  par  rue  des 
Balais,  mais  en  le  transportant  à  l'ancienne  rue  Pelleterie  ou 
Pellerie,  dont  le  nom  a  été  réciproquement  transporté  à  l'ancien 
viol  des  Coives.  Nous  ne  voyons  aucune  raison  à  cet  échange, 
si  ce  n'est  peut-être  l'association  arbitraire  d'idées  qui  a  poussé 
à  mettre  en  contact  les  nouvelles  rues  Écorcherie  et  Pelleterie  ; 
mais  nous  y  voyons  une  cause  certaine  et  regrettable  de  confu- 
sion historique. 

La  rue  Four-Chaud,  probablement  d'un  four  à  chaux,  comme' 
semble  le  confirmer  son  nom  actuel  de  rue  Chaufour. 

Le  viol  de  l'Ecorcherie ,  sur  le  trajet  de  la  rue  du  Croissant 
actuelle  et  aussi,  à  une  certaine  époque,  sur  celui  de  la  rue 
Écorcherie.  On  chercherait  vainement  aujourd'hui  ce  nom  aux 
angles  de  la  rue  qui  fait  communiquer  la  rue  du  Croissant  avec 
la  rue  Pelleterie.  Un  propriétaire,  feu  M.  Dideron,  avocat,  cho- 
qué par  ce  nom  mal  sonnant,  avait  obtenu  de  feu  M.  Tampier 
oncle ,  pendant  qu'il  était  maire  de  la  ville ,  que  la  ruelle  où 
s'ouvrait  la  porte  de  derrière  de  sa  maison  reçût  le  nom  de  rue 
du  Centre. 

La  rue  des  Études,  ou  de  la  Mole.  Il  n'est  pas  facile  de  déter- 
miner sûrement  le  trajet  de  cette  ancienne  rue,  voisine  des 
bâtiments  de  l'Université,  dont  elle  logeait  sans  doute  les  élèves 
en  grand  nombre.  Il  parait  néanmoins  probable  que  cette  voie , 
partant  de  l'angle  sud-est  de  la  place  aux  Clercs ,  empruntant 
ensuite  une  partie  du  trajet  de  la  rue  actuelle  Notre-Dame-de- 
la-Ronde ,  puis  une  partie  de  la  superficie  de  la  place  actuelle 


DBS  RUES  DE  VALENCE.  93 

de  rUniversité ,  coupait  obliquement  l'ancienne  rue  de  Clairac 
(aujourd'hui  rue  de  TUniTersité)  pour  aboutir  à  la  rue  des  Cha- 
zaux,  qui  occupait  la  partie  de  la  rue  Neuve  située  au  nord  de 
la  rue  Yemoux. 

La  rue  fjerraterie ,  des  ferronniers  et  quincaillers,  répondant 
au  tronçon  de  la  rue  Sabaterie  actuelle  compris  entre  la  côte 
des  Chapeliers  et  la  place  de  la  Préfecture. 

La  rue  Fusterie  {fustis,  fust,  bois)  des  fustiers  ou  menuisiers  , 
en  dehors  du  rempart  qui  unissait  la  porte  Pont-Péri  à  la  tour 
de  Constance,  c'est-à-dire  sur  la  partie  sud  de  la  place  Pont-Péri 
actuelle. 

La  rue  et  les  deux  places  de  THerberie.  La  rue  Herberie, 
partant  de  la  place  du  Rôle-des-Tables,  s'étendait  sur  le  parcours 
de  la  rue  Saint-Félix  actuelle  jusqu'à  la  maison  Bachasson  ou 
de  Montalivet,  près  de  l'entrée  de  l'ancienne  rue  de  la  Chaîne,  la 
rue  Dauphine  d'aujourd'hui.  Dans  ce  parcours,  une  première 
place  de  l'Herberie  était  formée  autour  du  puits  de  la  Marinetle 
(V.  g  précédent,  rue  de  l'Hôpital ) ,  devant  la  Maison  de  Ville,  à 
la  rencontre  des  rues  des  Arpins  (aujourd'hui  rue  Juiverie) ,  de 
l'Herberie  et  de  l'Hôpital.  A  la  terminaison  de  la  rue  de  l'Her- 
berie ,  une  deuxième  place  de  l'Herberie  s'étendait  entre  les 
ouvertures  de  la  rue  Farnerie ,  de  la  rue  de  la  Chaîne  et  de  la 
rue  des  Fauries ,  cette  dernière  répondant  au  tronçon  de  la  rue 
Saint-Félix  actuelle  qui  va  de  la  rue  Farnerie  à  la  rue  Ghaufour. 

La  rue  Joiverie,  actuellement  rue  de  l'Hôtel-de-Ville. 

La  rue  Laquerie ,  des  Couvreurs ,  laquearii,  à  peu  près  la  rue 
actuelle  de  la  Manutention. 

La  rue  du  Mazel  (marché,  de  macellum)^  actuellement  rue 
Cbampionnet. 

Les  rues  Pêcherie,  Pelleterie  (autrefois  sur  l'emplacement  de 
la  rue  des  Balais  actuelle);  PéroUerie  ou  des  Chaudronniers  ;  des 
Planches,  s'étendant  du  bas  de  l'ancienne  côte  des  RoUands 
(actuellement  rue  de  l'Hôpital) ,  en  remontant  la  rive  droite  du 
ruisseau  de  Curières,  jusqu'à  la  voie  qui  longeait  en  dedans  le 
rempart  conduisant  à  la  tour  de  Constance,  l'ancienne  rue  Cha- 
brerie  ou  des  Chèvres  :  ce  nom  de  rue  des  Planches  fait  penser 
à  quelque  scierie  utilisant  en  ce  point  la  force  motrice  du 
ruisseau. 


94  SOCIÉTÉ  D'àMCMÈOLOeSE  ET  DE  STATISTIQUE. 

La  rue  Bodms ,  des  rodiers  ou  charrons 

Lia  rue  Sabaterie,  des  sabatiers  ou  savatiers,  par  le  change- 
ment si  fréqueiU  du  V  en  B  et  réciproquement,  dans  les  idiomes 
méridionaux.  Ces  «  sueurs  de  vieil  ^t,  comme  disaient  nos  ancê- 
tres, ces  cordonniers  en  vieux,  comme  on  dit  aujourd'hui, 
occupaient  la  rue  Saint*Jamme  actuelle. 

La  rue  Salaterie ,  où  peut-être  Ton  fabriquait  ou  Tendait  les 
coques  appelés  salades  (de  l'italien  celata) ,  répond  au  tronçon 
de  la  rue  Sabaterie  actuelle  qui  va  de  la  place  de  la  Préfecture 
à  la  place  du  Temple. 

Nous  ne  savons  rien  de  satisfaisant  sur  l'étymologie  du  nom 
de  la  rue  Superie ,  qui  faisait  communiquer  la  place  Saint-Jean 
avec  la  place  du  Rôle-des-Tables. 

La  rue  Vacherie  est  devenue  la  rue  Jeu-de-Paume. 

A  part  les  différences  d'attribution  que  nous  avons  signalées 
pour  les  noms  des  rues  des  Balais,  Juiverie ,  Pelleterie  et  Saba- 
terie, nous  retrouvons  un  certain  nombre  des  appellations 
précédentes  dans  la  nomenclature  de  la  Restauration  :  elle  y  a 
ajouté ,  d'après  le  même  principe ,  les  noms  des  rues  des  Bains, 
des  Boucheries,  de  la  Manutention. 

La  situation  et  le  voisinage  avaient  donné  à  l'ancienne  no- 
menclature les  noms  des  rues  Cartalet ,  Grand-Mazel ,  Grandes- 
Oches-Saint-Félix,  Grandes-Oches-de-Tourdéon ,  qui  nous  sont 
toutes  déjà  connues,  et  de  la  rue  Entre-les-Murs ,  qui,  longeant 
le  remi>art  à  l'intérieur,  allait  de  la  porte  Saint-FèUx  à  la  rue 
du  Verger  (  aujourd'hui  rue  des  Prisons ,  terminaison  de  la  rue 
du  Gallet).  Cette  rue  Entre-les-Murs  s'est  appelée  rue  des  Rem- 
parts dans  la  dernière  nomenclature ,  jusqu'à  la  démolition  de 
cette  partie  de  l'enceinte  en  1848. 

On  pourrait ,  à  la  rigueur,  comprendre  dans  cette  catégorie 
les  rues  et  places  dénommées  d'après  des  monuments  et  la 
plupart  de  celles  qui  tirent  leur  nom  de  Saint  d'une  église  ou 
d'un  monastère  voisin. 

Le  nom  de  rue  du  Centre,  imposé  récemment  à  la  rue  Écor- 
cherie,  se  serait  rapporté  au  même  principe,  s'il  eût  été  permis 
de  croire  que  ce  point  répondrait  pendant  quelque  temps  au 
moins  au  centre  de  la  ville. 


1>£8  ROES  0E  TALSNCE.  95 

Certaitis  noms  anciens  paraissent  tirés  de  la  direcUon  des 
voies  ou  des  lieux  mis  en  communication  plus  ou  moins  directe 
avec  le  centre. 

Td  est  le  nom  de  côte  du  Bourg  donné  quelquefois  à  la  cdte 
des  Chapeliers.  En  est-il  de  même  du  nom  de  la  rue  Vernoux, 
continuation  la  plus  directe  à  travers  la  ville  des  voies  qui ,  par 
la  cMe  Saint'Martin ,  aboutissaient  à  Tancien  bac  à  traiUe , 
autrefois  notre  unique  communication  avec  le  Vivarais  ?  Devait- 
on  à  quelque  idée  analogue ,  peu  sérieuse  en  tout  cas ,  le  nom 
de  la  rue  d'Enfer  qui ,  partant  de  la  rue  Pissantour  (  portion  de 
la  rue  actuelle  des  Boucheries  comprise  entre  la  côte  Courbe- 
Silvante  et  la  courbe  rentrante  du  mur  de  l'Hôpital),  descen- 
dait vers  le  Rhôn^ ,  pour  se  terminer  en  impasse  au  jardin  des 
Capucins? 

Nous  n*avons  créé ,  d'après  ce  principe  de  la  direction,  que  lo 
nom  usuel  ^  mais  non  encore  officiel,  de  rue  de  la  Gare. 

Nous  trouvons,  à  toutes  les  époques,  des  noms  de  saints, 
d'hommes  et  de  lieux  donnés  à  nos  rues.  L'ancienne  nomen- 
clature avait  les  rues  Saint-Apollinaire  (  aujourd'hui  portion  de 
la  rue  Quatorze-Cantons  comprise  entre  la  rue  Citadelle  et  la 
place  de  la  Viûtation);  la  rue  Sainte<£arbe ,  rue  Sainte-Marie 
actuelle  ;  la  rue  Saint-Didier,  allant  de  la  porte  Saunière  aux 
prisons  de  TÉvèché  :  son  parcours  n'est  pas  changé  ;  la  côte 
Saint-Étienne  ou  Estève,  la  mtene  qu'aujourd'hui  ;  la  rue  Saint- 
Félix,  qui  ne  s'étendait  que  du  puits  Saint-Félix  (nous  avons  vu 
ce  puits  en  face  de  l'ouverture  de  la  rue  Cbaufour)  à  la  porte 
de  même  nom;  le  viol  Saint-Jacques,  impasse  allant  de  la  rue 
Saint-Félix  au  mur  du  jardin  de  La  Lombardiùre ,  aujourd'hui 
jardin  de  la  maison  Charrin  :  cette  impasse  a  conservé  son 
emplacement  sans  avoir  gardé  son  nom  et  sans  en  avoir  reçu 
d'autre  ;  la  place  Saint-Jean ,  qui  n'entourait  point  l'église,  mais 
se  terminait  près  du  chevet  aux  murs  d'un  cimetière  dont  nos 
pères  ont  encore  vu  l'ossuaire  :  de  là  le  nom  de  place  de  l' An- 
cien-Cimetière ,  ou  simplement  du  Cimetière,  usité  il  y  a  trente 
ans  pour  désigner  la  place,  alors  plantée  de  quelques  arbres,  au 
nord  et  à  l'est  de  Saint-Jean  ;  enfin  la  côte  Saint-Martin.  La 
nomenclature  nouvelle  a  conservé  tous  ces  noms  de  saints,  non 


96  SOCIÉTÉ  D'ifiGHÉOLOGIE  ET  DE  STATISTIQUE. 

sans  en  déplacer  quelques-uns  :  ainsi ,  le  nom  de  la  rue  Sainte* 
Barbe ,  devenue  la  rue  Sainte-Marie  actuelle ,  a  été  transféré  à 
la  ruelle  faisant  communiquer  la  rue  Citadelle  avec  la  place  de 
même  nom,  presque  en  face  de  la  caserne,  changement  évidem- 
ment motivé  par  l'intention  prévenante  de  mettre  la  patronne 
des  artilleurs  dans  leur  voisinage.  Le  faubourg  Saint-Jacques  a 
dû  son  nom  à  une  enseigne  célèbre  à  quelques  lieues  à  la  ronde, 
et  dont  une  reproduction  récente  avait  fait  un  véritable  tableau. 
D'autre  part ,  pour  rappeler  le  vocable  de  Saint-Jacques ,  qui 
avait  été  donné  primitivement  à  l'église  de  Saint-Rufz  (  aujour- 
d'hui le  temple  protestant)  et  sans  doute  pour  éviter  toute 
confusion,  on  donna  le  nom  de  James  (en  anglais  Jacques),  que 
l'on  a  mal  écrit  Jamme,  à  l'ancienne  rue  Sahaterie. 

Un  petit  nombre  de  rues  anciennes  paraissent  avoir  porté  des 
noms  d'hommes  :  ce  sont  le  viol  Chapoton,  devenu  l'impasse 
innommée  qui  longe  au  couchant  l'ancienne  maison  Sappey, 
aujourd'hui  annexe  de  l'Hôtel-de- Ville  et  siège  de  la  Justice  de 
paix;  le  viol  Lardel,  s'ouvrant  en  face  du  précédent,  actuelle- 
ment rue  des  Étables  :  Lardel  a  bien  toute  la  physionomie  d'un 
nom  propre ,  pourtant ,  si  les  étables  qui  ont  motivé  la  dernière 
dénomination  de  cette  rue  avaient  été  autrefois  destinées  spécia- 
lement à  loger  des  porcs,  on  pourrait  admettre  que  l'ancien  nom 
a  été  une  traduction  de  lardalis,  porc  gras,  dans  la  basse  latinité. 
La  rue  Mairie,  rue  Citadelle  d'aujourd'hui,  portait  un  nom  qu'on 
retrouve  encore  souvent  dans  nos  pays  sous  la  forme  de  Maury, 
Almoric ,  signifiant  originairement  le  More.  Ajoutons-y,  mais 
comme  par  antiphrase  et  faute  d'une  meilleure  classiflcation , 
la  rue  Sans-Nom ,  aujourd'hui  tronçon  de  la  rue  Quatorze- 
Cantons  compris  entre  la  rue  Citadelle  et  la  place  de  même 
nom. 

La  nouvelle  nomenclature  illustra  des  noms  de  Bavard  et  de 
Lesdiguières  le  2«  et  le  3«  Cartalets ,  et  de  celui  de  Championnet 
l'ancienne  rue  du  Mazel  ou  Grand-Mazel.  Le  lendemain  de  la 
révolution  de  Juillet,  la  place  qui  s'étend  devant  l'Hôtel-de-VilIe 
recevait  le  nom  ineffaçable  de  Napoléon.  La  rue  Brifaut ,  la  rue 
et  la  place  Colombier  portent  aussi  des  noms  d'hommes. 

Des  noms  de  lieux  y  à  moins  pourtant  que  ce  ne  soient  des 


DES  BUES  DE  TALEIICE.  97 

noms  de  familles  nobles ,  ont  été  portés  par  les  anciennes  rues 
de  Clairac  ou  Cleyrac,  aujourd'hui  rue  de  l'Université;  Vemai- 
son ,  dont  un  seul  côté  subsiste ,  allant  de  la  rue  Neuve  à  la  rue 
de  la  Gendarmerie  ;  enân  par  la  rue  Vemoux  »  toujours  exis- 
tante. 

C'est  la  nomenclature  récente  qui  fournit  seule  des  dénomi- 
nations subordonnées  à  la  forme  de  gouvernement.  Restreintes, 
par  bonheur,  à  un  petit  nombre  de  voies ,  elles  ont ,  du  reste , 
ici  comme  ailleurs ,  varié  de  façon  à  satisfaire  tour  à  tour  les 
opinions  les  plus  opposées.  L'opération  a  porté  principalement 
sur  la  place  qui  s'est  appelée  successivement  place  d'Artois, 
d'Orléans ,  de  la  République ,  aujourd'hui  placé  Impériale.  La 
place  Royale,  située  devant  l'Hôtel-de- Ville,  est  devenue,  depuis 
1830,  la  place  Napoléon.  La  rue  Dauphine  a  gardé  sous  divers 
régimes  et  doit  conserver  un  nom  qui  rappelle  l'ancienne  con- 
dition politique  de  notre  province;  mais  il  est  bon  de  noter  que 
l'intention  principale  des  nomenclateurs  de  la  Restauration  a 
dû  être  d'honorer  l'héritier  présomptif  du  trône.  Enfin ,  un 
remblai  exécuté  en  1848  sur  le  terrain  du  Cire  ou  Siry,  ancienne 
propriété  de  l'hôpital,  ayant  formé  la  voie  incUnée  qui  fait 
communiquer  la  place  Citadelle  avec  la  rue  de  la  Manutention , 
le  nom  de  chemin  de  la  République  fut  donné  à  cette  côte  par 
un  usage  éphémère  et  qu'aucune  disposition  officielle  n'a  jamais 
consacré. 

Les  allusions  satm^iie^  plaisaient  à  nos  pères.  C'est  à  ce  titre 
qu'il  faut  rapporter  le  nom  de  Baise-Béguine  donné  à  une  côte 
(aujourd'hui  côte  Sainte-Ursule}  qui  séparait  les  propriétés  de 
deux  monastères,  l'un  d'hommes,  l'autre  de  femmes.  Outre  cet 
ancien  nom,  dont  l'usage  populaire  n'est  pas  entièrement  perdu, 
on  en  trouve  dans  la  nomenclature  nouvelle  qui  sont  évidem- 
ment dus  à  des  traditions  ou  à  des  intentions  analogues.  La  rue 
Puits-Salé  (c'est,  à  partir  de  la  rue  Roderie,  la  seconde  ruelle 
qui  fait  communiquer  la  rue  Citadelle  avec  la  place  de  même 
nom)  tire  son  nom  d'un  puits  que  l'on  y  voyait  encore  il  y  a 
dix  ou  douze  ans  :  or,  le  nom  de  la  rue  enseigne  à  se  méfier  de 
l'eau  d'un  puits  si  voisin  d'un  de  ces  quartiers  que,  dans  la 
plupart  de  nos  anciennes  villes,  la  verve  méridionale  s'est  plue 


96  SOCIÉTÉ  D'AJUaéOBOGlE  ES  DE  STAnSTIQUE. 

à  Stigmatiser  du  nom  de  Pissentour.  Ne  faut*il  pas  voir  dans  le 
nom  de  rae  des  Repentirs  donné  à  la  ruelle  anfractuense  qm 
va  de  la  place  Saint-Estève  à  TaTenue  du  Pont,  en  passant  au 
pîed  de  FÉvèebé,  le  témoignage  de  rembarras  et  du  regret 
qu'éprouve  le  piéton  égaré  dans  ces  retraits  presque  ignorés 
du  service  de  la  salubrité? 

N'oublions  pas  que,  dans  les  premiers  temps  de  l'ouverture  de 
la  rue  Neuve,  la  ligne  brisée  qu'elle  présente  lui  fit  donner  par 
quelques  plaisants  le  nom  de  me  Jambenle-Chien. 

Nous  aurons  épuisé  les  catégories  où  se  rangent  les  diverses 
dénominations  des  rues  en  rappelant  que  la  date  de  percement 
a  déterminé  ra|)peilation  officielle  de  la  rue  Neuve,  et  qu'un 
usage  populaire  fondé  sur  le  même  motif  a  fait  appeler  première 
et  seconde  rue  Neuve-Saint-Jacques  la  première  et  la  seconde 
rue  qui  traversent  du  faubourg  Saint-Jacques  à  la  route  de 
Crcst. 

(A  continuer.)  D.r  BONNET. 


PlEl&E  hkvm.  M 


PIERRE    DAVITY. 


Parmi  les  feigneurs  cngagîftcs  de  la  terre  delphinale  de 
Moras  fe  trouve  Pierre  Davity,  né  à  Tournon  (Ardèche) 
vers  1573,  mort  àJ|Parisen  i635,  gentilhomme  ordinaire 
de  la  chambre  du  Roi  &  hiftorien  français. 
On  a  de  lui  : 

I**  États  &  Empires  du  monde  par  D.  T.  V.  Y.,  Paris, 
1626,  in-fol.  réimprimés  fous  le  titre  de  Defcription  de 
l'univers,  Paris,  1637.  L'édition  de  1643  re\Tie par  Ran- 
CHiN  a  3  vol.  in-fol.,  &  celle  de  1660  par  J.  B.  de  Rocole  , 
6  vol.  Cette  compilation  eft  aujourd'hui  oubliée. 

2®  Origine  de  tous  les  ordres  de  chevalerie  de  toute  la 
chrétiefité,  leurs  Jlatuts ,  armes  &  devifes ,  etc.,  par  T.  V. 
Y.  A.,  Paris,  i635,  in-fol. 

3®  Arrêt  de  mort  exécuté  en  laper/onne  de  Jean  Guillet, 
architeâe,  etc.,  par  le  feigneur  de  Montmartin,  Paris, 
1624,  in-8*. 

4""  État  certain  de  ceux  de  la  religion  en  France, 
Paris,  1625,  iii-8''. 

Les  œuvres  légères  de  Davity,  lettres ,  dialogues ,  fonnets, 
épitaphes,  etc.,  ont  été  publiées  fous  le  titre  Le^  Travaux 
fans  travail,  à  Parfe,  en  1699,  &  à  Rouen,  en  1609, 
in-i2  ". 

Guy  AUard  lui  attribue  encore  le  Théâtre  du  monde , 
abrégé  de  la  Defcription  de  l'univers  &  le  Mépris  des 
trifles  accidents,  tiré  de  Cicéron. 

Il  fut  anobli,  félon  cet  auteur,  en  16 10  &  portait  de 
gueules  à  la  tour  d^argent  donjonnée  d'une  autre  tour,  de 
même  fur  un  terrain  de  fînople^. 

(»)  t^ov9élle  Biographie  générale, 

(2)  ^Di&ionnaire  hiftorique  du  Dauphiné, 


400  SOCliTÉ  d'IEGHÉOLOGIE  et  de  STinSTIQUE. 

Voici  quelques  extraits  de  lettres  écrites  de  Tournon  par 
un  Davity,  qui  pourrait  bien  être  Phiftorien  français-,  elles 
font  tirées  d'un  livre  de  compte  de  la  même  famille,  dépofé 
aux  archives  de  la  Drôme  : 

Tournon,  le  26  novembre  i588.  (A  M.  de  Saillans, 
fieur  Pierre  Ballioni.)  Après  force  compliments,  Tauteur 
continue  : 

a  Je  vous  prie  de  croire  que  nous  fommes  réduits  en  un  (1  miférable 
»  ellat  en  ce  pais  que  je  fuis  contraint  de  fermer  ma  demeure  dedans  l'en- 
»  ceinte  de  celle  ville  fans  en  ofer  fortir  pour  mes  affaires ,  ny  pouvoir  def- 
»  partir  aucun  office  à  mes  bons  feigneurs  &  amys,  comme  je  fouhaitterois, 
»  tellement  que  fi  les  chofes  ne  changent  &  ne  s'adouciflent,  je  ne  fcaurois 
»  qu'avecq  extrême  danger  de  ma  perfonne  retourner  maintenant  à  Lyon.... 
»  Toutesfois  j'eftime  que  celle  violence  qui  eil  û  grande  ne  peut  élire  de 
»  longue  durée  &  qu'il  y  aura  quelque  remède.  Si  Tempefchement  que 
»  donne  généralement  &  indifféremment  à  tous  Mgr.  de  Tournon  à  la  fortie 
»  des  vins  de  celle  ville  peult  élire  levé,  je  ne  fauldray  lorfque  ferez  de  re- 
»  tour  à  Lyon  de  vous  fere  tenir  les  deux  pièces  que  demandez  &  plus  11  en 
i>  avez  befoing  &  trouvez  qu'il  y  foit  plus  cher  qu'icy  où  il  vault  16,  17  & 
»  18  efcus  la  queue  félon  la  bonté,  qui  revient  à  4  afnées  &  demie  mefure 
»  de  Lyon....  » 

a  Tournon,  le  7  janvier  i5Sg,  (Au  même.) 

»  J'efpere  que  les  troubles  de  Daulphiné  feront  adoucis  par  PalTemblée 
»  qui  fe  faiâ  préfentement  à  Vienne  &  quMl  y  aura  quelque  ordre  à  la  feurté 
»  des  chemins....  » 

Copie  de  la  lettre  que  Davity  dreffa ,  au  nom  de  Mgr,  de 
Tournon ,  pour  mander  à  M .  le  baron  de  La  Roche  pour  le 
recouvrement  du  bétail  que  ceux  de  la  garnifon  de  Romans 
avaient  pris  dans  fes  granges  de  Moras. 

a  Le  10  février  iSSg, 

»  Monfieur,  je  me  fuis  touliours  tant  promis  de  vos  bonnes  voluntez 
»  envers  moy,  que  je  n*ay  jamais  doubté  que  vous  ne  refpe£liez  &  favorifiez 
»  en  ma  confidération  tout  ce  qui  m'appartient  &  dépend  de  moy.  Voila 
»  pourquoy  a5rant  elle  adverty  par  le  fieur  Davity  (qui  ell  de  mes  fubje£ls 
»  &  perfonnage  que  j*aime  &  defire  élire  gratiffié  à  mon  occafion)  que  les 
»  foldats  qui  font  foubs  voftre  commandement  prindrent  hier  tout  le  bellail 
»  de  fes  granges  de  Moras  pour  les  contributions  qu^ils  demandent  fur  ce 
»  mandement-là.  Je  vous  prieray  bien  affe£lionnement  le  luy  vouloir  fere 
»  rendre  en  ma  fiaveur,  de  tant  mefmes  qu'en  aiant  fi  grande  quantité  d'autre 
»  qui  a  elle  prins  avec  le  fien,  vous  ne  lailTerez  d'ellre  fatislkit  &  paie  de  ce 


PIEIfiB  DiTin.  404 

»  qui  vous  peuh  eftre  deu.  Voulant  croire  que  ne  me  defnierez  cefte  courtoifie 
»  non  plus  qu^avez  faiét  par  le  pafTé  &  que  luy  ferez  reflentir  par  efTeft  le 
«  liruid  de  cefte  mienne  recommandation  que  je  defire  ne  luy  e(lre  inutile , 
»  le  rendrez  par  ce  moyen  yoftre  grandement  obligé ,  &  moy  d*en  prendre 
»  revenche  en  telle  autre  occaiion  que  me  vouldrez  emploier  de  telle  volunté 
»  que  pouvez  vous  afleurer  que  je  demeureray  toufiours,  Monfieur,  voftre 
»  bien  humble  à  vous  fiûre  fervice ,  Toumon. 

Davity  avait  époufé  Marguerite  Lefteian  (de  Leftang?)  &, 
en  1 588,  le  fils  qu^elle  lui  avait  donné  étudiait  à  Paris. 

Le  26  novembre,  il  écrivit  la  lettre  fuivante  au  jeune 
étudiant  : 

u  II  eft  impoflîble  que  je  vous  puiffe  efcrire  des  lettres  doulces  &  gratieufes, 
»  quand  je  voy  que  les  bonnes  lettres ,  efquelles  vous  prétendez  avoir  ùàt 
9  progrez  &  avancement,  vous  poulfent  plus  toft  a  vous  defvoier  du  chemin 
»  que  le  debvoir  vous  commande ,  qui  eft  de  me  porter  l'honneur  &  refpeâ 
»  que  Dieu  premièrement  &  puis  la  nature  vous  obligent,  que  non  pas  de 
»  vous  enfeigner  la  vertu ,  la  docilité  &  Tobéiffance;  tefmoing  en  peuteilre 
»  encore  voftre  dernière  lettre  que  je  vous  renvoie  exprefTement,  affin  que 
»  vous  la  voiez,  &  confideriez  bien  en  quels  termes  elle  eft  conceue,  pour 
»  recognoiftre  û  vous  n^avez  pas  excédé  le  debvoir  d'ung  enfant  envers  fon 
»  père.  Vous  ne  fcavez  menafler  que  de  vous  enhiyr  &  laifTer  Teftude  auflitoft 
»  que  vous  n'avez  ce  que  vous  demandez ,  fans  confiderer  ce  que  je  faiéts 
»  pour  vous  &  les  incommoditez  que  je  fouffre  pour  vous  pouvoir  entre- 
»  tenir  à  Teftude  &  procurer  de  tous  mes  moiens  de  vous  fere  homme  de 
»  bien  &  vous  eflever  à  quelque  honneur,  &  fans  confiderer  aufli  &  mefurer 
B  il  j'ay  le  pouvoir  de  fatisfere  à  voftre  defîr  infatiable  d'argent ,  eu  efgard 
»  aux  grandes  afteres  que  j'ay  fupporté  fur  les  bras  puis  trois  ans  en  ça , 
»  avec  autant  de  peine  &  de  fiafcherie  qu'homme  du  monde  en  fçauroit  re- 
»  cevoir,  non  pour  moy,  car  je  m'en  fîifie  bien  paffé ,  mais  pour  vous  fere 
9  eftre  quelque  chofe,  fi  vous  vous  en  rendez  digne.  J'aycent  fois  plusfaiét 
»  pour  vous  que  feu  ma  mère  n'a  eu  moien  de  fere  pour  moy,  &  néant- 
»  moins  je  rends  grâces  à  Dieu  que  jamais  enfant  ne  fut  plus  obéi  (Tant  ny 
»  plus  humble  que  moy  ;  suffi  n'y  en  a  il  oncques  eu  de  plus  aymé  de  mère 
»  que  j'ay  efté.  L'amitié  donc  d'un  père  ne  peult  eftre  conceue  que  recipro- 
»  quement  il  ne  voie  l'humilité  &  fecilité  de  fon  en&nt  ;  car  ce  n'eft  pas  à 
»  luy  d'efcrire  en  cholere  à  fon  père ,  ains  demander  ce  dont  il  a  befoing 
»  avec  prières,  fupplications  &  remonftrances,  autrement  c'eft  revenir  aux 
B  mœurs  de  l'enfant  prodigue.  Je  ne  vous  ay  jamais  manqué  de  ce  qui  vous 
»  a  efté  neceflaire;  mais  il  fiault  que  je  vous  dye  qu'il  n'y  a  argent  qui  vous 
»  puiiTe  fuffire  &  fauldroit  ordinairement  un  monnoieur  après  vous.  Vous 
B  vous  trompez  fi  vous  croiez  que  j'en  aye  û  largement  que  je  vous  en 
B  puifTe  defpartir  à  toutes  vos  voluntez.  J'en  fouffre  plus  que  vous,  pour 
B  l'amour  de  vous  &  endure  beaucoup  pour  vous  fere  durer.  Vous  fçavez 

Tome  IV.  —  1869.  7 


402  SOCIÉTÉ  d'àrchéolocie  et  de  statistique. 

M  que,  à  mon  defpart  de  Paris ,  vous  debviez  avoir  près  de  quatre  elcus^  à 
»  fçavoir  deux  efcus  que  voflre  mère  vous  envoia ,  un  efcu  que  je  vous  donnay 
»  &  environ  un  efcu  le  cappitaine  Mas,  &  que  defpuis,  Thomme  de  M.  Pil- 
»  lehotte,  paiant  voftre  quartier  dernièrement,  vous  en  bailla  trois  de  ma 
»  part,  pour  vos  menues  necef&tez.  Je  vouldrois  bien  fçavoir  comment  & 
»  en  quoy  vous  pouvez  avoir  confumé  tant  d'argent  en  û  peu  de  temps. 
»  Je  fçay  bien  que  quand  vous  en  avez ,  vous  en  eftes  fi  prodigue  &  âbciie 
»  envers  ung  chafcun  que  vous  mettez  peine  d'en  veoir  bientofl  la  fin  pour 
»  vous  tormenter  après  &  les  autres  aullî,  affin  d'en  recouvrer  d'autre. 
»  Il  le  fault  autrement  mefnaiger  quand  on  Ta ,  car  il  coufte  bien  plus  d'af- 
»  fembler  ;  pourquoy  vous  voiez  de  mieulx  le  conduire  à  Tad venir  affin  de 
»  n'entumber  en  neceffité;  car  quand  vous  le  gouvernerez  faigement,  je  ne 
»  vous  en  lailTeray  jamais  faulte,  non  plus  que  de  toutes  autres  chofes. 
»  Quoy  que  vous  difiez,  }e  vous  ay  efcript  plufieurs  lettres  defpuis  mon 
»  retour  par  deçà;  mais  vous  ne  faites  rien  de  ce  que  je  vous  mande,  ne 
»  m'aiant  jamais  adverty  ny  de  la  réception  des  livres  que  vous  ay  envoie 
»  ni  pareillement  defdiéls  trois  efcus ,  ne  fi  avez  retiré  la  quittance  de  voftre 
»  quartier,  comme  je  vous  avois  donné  charge  par  mes  lettres ,  qui  e(l  bien 
»  figne  que  tenez  peu  de  compte  de  les  lire  &  encores  moins  de  fatisfere  à 
n  ce  que  je  vous  mande,  qui  eft  de  ref pondre  particulièrement  à  tous  les 
»  points  de  mes  lettres.  J'efcrips  à  M.  Montchal  &'  le  prie  de  vous  fournir 
»  vos  menues  neceflitez,  ce  que,  je  mWeure,  il  fera;  vous  de  ne  rien  de- 
»  mander  que  bien  à  propos  &  de  le  croire  en  tout  &  partout  comme  moy 
»  mefme ,  eftant  certain  quHl  ne  vous  dira  ny  confeillera  chofe  qui  ne  foit 
»  pour  vofire  honneur,  profit  &  avancement.  Et  fi  vous  le  fai£les  &  que 
»  vous  profitiez  &  en  doârine  &.  en  iageife  &  bonnes  mœurs  comme  il  en 
»  efi  déformais  temps,  vous  me  donnerez  occafion  de  me  louer  de  vous  & 
»  de  vous  eftre  bon  père  &  me  ferez  pafler  en  repos  &  contentement  le 
»  refie  de  mes  jours,  au  lieu  que  faifant  autrement  vous  me  les  abrégerez  & 
»  mettrez  dans  le  tombeau  avant  le  temps.  Dieu  vous  face  la  grâce  d'y  bien 
»  penfer  &  de  cheminer  en  toutes  vos  aâions  félon  fes  fainds  &  divins 
»  commandements  que  vous  aurez  toufiours  devant  les  yeulx ,  fi  vous  voulez 
»  attendre  fes  benediâions  &  qu'il  vous  bienheure  en  ce  monde  &  en 
>»  l'autre.  » 

Cette  éloquente  leçon  porta  fes  fruits  &  Qaude  Davity 
devint  maître  des  comptes  à  Grenoble. 

A.  L. 


COMPTE-IEHOU  DE  LÀ  TEEIZIÈKE  SBIUCE.  403 


TREIZIÈME  SÉANCE. 


PRÉSIDENCE  DE  M.  BOiNNET ,  VICE-PRÉSIDENT. 


M.  lePréfident  |iyant  donné  la  parole  à  M.  Lacroix,  fecrétaire-archiville , 
celui-ci  a  formulé  en  ces  termes  fa  propofition  : 

o  Meflîeurs,  parmi  les  fugets  d'étude  propofés  aux  recherches  des  So- 
ciétés fa  van  tes  pour  le  concours  de  1868,  qui  aura  lieu  en  1869,  fe  trouve 
le  gloflaire  patois  d^une  province  ou  d*une  localité  quelconque. 

y*  Un  de  nos  honorables  collègues,  favant  modede  &  laborieux,  a  réfo- 
lument  abordé  cette  œuvre  pour  le  patois  de  fa  commune ,  &  après  avoir 
parcouru  fon  manufcrit  avec  attention,  je  dois  déclarer  que  notre  Société 
s'honorerait  en  adoptant  ce  gloffaîre  pour  le  prochain  concours. 

»  Charpey,  au  moyen  âge,  faifait  partie  du  comté  de  Valentinois,  & 
plus  anciennement  du  pays  des  Ségalauniens;  les  montagnes  élevées  du 
Royannaîs  &  PIfère  le  féparaient  des  Allobroges,  les  montagnes  de  Léoncel 
des  Voconces;  il  eft  à  i3  kilom.  du  Bourg-de-Péage  &  à  17  de  Valence, 
chef-lieu  de  fon  arrondiflement  &  du  département. 

»  Ces  confidérations  géographiques  &  la  condition  puremement  agricole 
de  fes  habitants  alfuraient  au  patois  de  Charpey  des  chances  certaines  de 
confervation  &  d'intégrité,  en  Tabfence  de  documents  écrits. 

»  M.  Bellon,  né  dans  ce  village,  y  a  palTé  fa  vie  au  milieu  des  enfants, 
comme  inflituteur,  &  en  relations  journalières  avec  la  population,  comme 
fecrétaire  de  mairie.  Il  était  toi^  préparé  pour  un  travail  de  ce  genre.  Tou- 
tefois ,  il  ne  fuffifait  pas  de  recueillir  les  mots  &  de  les  coordonner,  il  fallait 
encore  donner  l'étymologie  de  chacun  &  les  formes  diverfes  adoptées 
pour  traduire  la  penfée  populaire. 

»  Notre  favant  collègue  a  très-heureufement  accompli  fa  tâche  &  je 
propofe  à  la  Société  d'admettre  fon  travail  pour  le  concours  de  1868.  » 

Cette  propofition  eft  adoptée  à  l'unanimité  &  les  frais  de  copie  font  en 
même  temps  mis  à  la  charge  de  la  Société. 

M.  Poinçot  a  préfenté  enfuite  les  propoûtions  du  budget  pour  1869. 
Voici  fon  rapport  : 

PROPOSITIONS    DU    BUDGET    DE    1869. 

Meflieurs,  pour  que  les  dépenfes  de  1869  puiffent  fe  payer  dès  le  i*' 
janvier  prochain,  il  faut  que,  conformément  aux  flatuts  de  notre  Société,  le 
budget  des  dépenfes  de  cette  année  foit  approuvé  dans  cette  féance  :  c'eft 
pour  cela,  Melfieurs,  que  votre  Commifïïon  me  charge  de  vous  préfenter 
les  propofitions  fui  vantes  : 


104  soGiiri  d'irchéologib  et  de  STATisriauE. 

Tout  d'abord,  permettez-moi  de  vous  faire  connaître  nos  reflburces  pro- 
bables en  1869,  puifqu^elles  doivent  être  la  bafe  de  nos  dépenfes,  car  fi 
nous  voulons  pouvoir  marcher,  fans  embarras,  il  faut  qu'il  y  ait  toujours 
équilibre  entre  nos  recettes  &  nos  dépenfes. 

Nous  pouvons  efpérer  avoir  en  1869 

i63  membres  titulaires,  à  20  fir.  l'un 33oo    » 

55  membres  corref pondants,  à  6  fr 33o    n 

Ce  qui  produit  en  tout 363o    » 

Nous  pouvons  également  efpérer  une  fubvention  départementale  de  5oo 
fr.,  puifque  le  Confeil  général  a  bien  voulu  nous  l'accorder  dans  fa  dernière 
feflion,  ce  qui  augmentera  d'autant  nos  reifources  &  les  portera  à  4,i3o  fr. 
Pendant  l'année  qui  s'écoule  nous  avons  obtenu  de  Son  Exe.  le  Miniftre  de 
rinilruélion  publique  deux  fubventions  s'élevant  enfemble  à  600  fr.  ;  peut- 
être  devons-nous  conferver  l'efpoir  d'en  obtenir  une  pendant  1869. 

Si  cette  fubvention  nous  eft  allouée,  elle  fera  la  bienvenue  &  elle  s'ajou- 
tera au  fonds  de  réferve  de  la  Société,  pour  être  employée  fuivant  ce  qui  fera 
décidé  ultérieurement. 

Les  dépenfes  à  prévoir  pour  1869  font  à  peu  près  les  mêmes  que  celles 
de  Tannée  dernière  : 

I*  Impreffîon  du  Cartulaire 3oo    n 

2*  Bulletin^  4  livraifons,  avec  frais  de  pofte,  etc.,  à  800  fr. .    3 200    n 
Cette  année  ce  prix  n'était  compté  que  pour  700  fr.,  &  je 
dois  dire  qu'il  fera  dépaÛé  &  fe  rapprochera  beaucoup 
de  celui  de  800  fr.,  porté  pour  1869. 

3'  Indemnité  au  concierge 5o    » 

4"  Chauffage,  éclairage  de  la  falle,  fournitures  de  bureau  .  .        3o    v> 

5"  Frais  de  recouvrement  des  cotifations 5o    n 

6"  Recherches,  fouilles,  etc 3oo    » 

7*  Achat  de  livres,  gravures,  médailles,  etc.,  etc 200    » 

Total 41 3o    » 

Nos  recettes  trouvées  de  4,i3o  fr.  fuffifent  donc  pour  payer  nos  dépenfes. 

Cet  équilibre,  Meffîeurs,  vous  paraîtra  peut-être  trop  rigoureux,  parce 
que  la  moindre  non -valeur  fur  nos  reifources  peut  nous  empêcher  de 
faire  face  à  nos  dépenfes. 

C'efl  donc  à  vous  qu'il  appartient  d'examiner  fi  l'on  ne  pourrait  pas 
chercher  à  réduire  le  prix  du  Bulletin  &  du  Cartulaire  y  pour  fe  ren- 
fermer dans  une  dépenfe  de  3, 100  à  3, 200  fr.  pour  ces  deux  articles;  ce 
ferait  alors  une  économie  de  3  ou  400  fr.  qui  pourrait  faire  face  aux  quel- 
ques éventualités  qui  peuvent  fe  préfenter  dans  le  courant  de  l'année 
1869,  &  auxquelles  il  efl  prudent  de  fonger  dès  aujourd'hui. 

A  la  prochaine  réunion,  le  mandat  dont  vous  avez  bien  voulu  honorer 
votre  CommiUion,  fera  expiré,  &,  la  fîtuation  financière  de  la  Société  vous 
fera  expofée  très  en  détail,  de  manière  à  bien  faire  connaître  l'emploi  de 
toutes  Içs  rçifources,  depuis  la  création  de  la  Société. 


COHFTE-aENDU  DE  LA  TBBIZrtVE  SiAHGE.  405 

Sur  robfervation  que  le  prix  de  800  francs  réfultait  de  la  compofltion 
des  fept  à  huit  feuilles  dMinpre£Bon  attribuées  à  chaque  Bulletin  au  lieu  de  fis, 
il  a  été  dit  que  cette  abondance  de  matériaux  fallait  précifément  la  force 
de  la  Sociélé  &  qu^elle  témoignait  du  bon  vouloir  de  fes  membres;  que  û 
le  nombre  des  feuilles  réglementaires  avait  été  dépaffé  en  1868,  c'était 
afin  de  donner  fatisfa£tion  à  tous  les  écrivains ,  &  que  partant  le  bureau 
avait  bien  interprété  la  penfée  de  la  Société  entière. 

La  féance  s'eil  terminée  par  une  le£hire  de  M.  le  doâeur  Dupré  de  Loire 
fur  les  hôpitaux  de  Valence  &  par  des  communications  écrites  de  MM.  BoifTon 
&  Courballier,  relatives  l'une  à  une  pièce  en  langue  romane  &  l'autre  à  des 
médailles  antiques. 

Ont  été  préfentés  &  admis  à  l'unanimité  à  cette  féance  : 

^Membres  titulaires. 

MM.  Baboin,  membre  du  Confêil  général,  à  Saint- Vallier. 
Bottu  de  Verchères  (Jofeph),  à  Saint-Jean-de-Muzols. 

€iiembrei  correfpondants, 

MM.  Leguay,  préfident  de  la  Société  parifienne  d'archéologie. 
Richard ,  doéleur  en  médecine  à  TuUins. 
Gallet  (Louis),  fous-économe  à  la  Salpétrière,  à  Paris. 


406  sociitÉ  d'abcbéologic  et  de  statistique. 


CHRONIQUE. 


Co  Bulletin  eft  le  premier  de  la  quatrième  année  d'exiflence  de  la  Société , 
&  le  louable  empreflement  que  mettent  les  érudits  dont  elle  fe  compofe  à 
étudier  l'hiftoire  locale,  lui  promet  une  carrière  longue  &  brillante.  Faute 
d'efpace,  il  a  fallu  ajourner  à  la  prochaine  livraifon  plufieurs  travaux  in- 
térelTants  de  MM.  Âllmer,  Brun-Durand,  Chevalier ,  père  &  fils,  BoilTon, 
Gédéon  Breflbn,  etc.;  mais  le  tour  de  ces  laborieux  Se  favants  écrivains 
arrivera  bientôt. 

Dans  le  compte-rendu  des  travaux  archéologiques  publiés  par  notre 
Société,  en  1867,  le  comité  impérial  des  travaux  hîftoriques  a  mentionné 
le  camp  gallo-romain  découvert  à  Saint-Maurice  par  M.  BoifTon,  Voppidum 
gaulois  du  Velan  à  Plan-de-Baix,  iignaléparM.  deSaint-Genis,  laqueftion 
d'Alefîa,  Pinfcription  du  clocher  de  Saînt-Donat,  par  M.  l'abbé  Perroflier, 
l'article  de  M.  Ulyfle  Chevalier  fur  l'ancien  pont  de  Romans  &  la  polé- 
mique de  MM.  Âllmer  &  Robert. 

M.  Clément  de  Ris  attend  les  explications  ultérieures  de  M.  Boiflbn  pour 
émettre  une  opinion  plus  explicite  fur  l'importance  de  fa  découverte  ;  il  ne 
fe  prononce  pas  fur  Voppidum  du  Velan,  mais  il  regarde  comme  clos  le 
débat  d'AIefia,  qu'il  place  à  Alife-Sainte-Reine.  Quant  à  la  polémique 
fufcitée,  à  l'occaûon  de  l'infcription  du  taurobole  de  Tain,  entre  MM.  Allmer 
&  Robert,  il  penfe  qu'elle  doit  être  clofe  déformais,  au  moins  fur  un  point, 
car  a  M.  Léon  Renier,  dont  l'opinion  £ait  foi  en  ces  matières,  croit  que  le 
»  perfonnage  du  taurobole  fe  nommait  CaftrenJiSf  comme  de  nos  jours  on 
»  s'appelle  Ducamp.  » 

L'archéologie  ne  s'improvife  pas,  &  il  n'efl  pas  étonnant  que  notre 
moiflbn  ne  foit  pas  encore  bien  confidérable.  Jufqu'ici,  d'ailleurs,  l'hifloire 
a  eu  le  pas  fur  elle  dans  le  Bulletin  &  le  comité  des  travaux  hîftoriques 
n'a  pas  publié  fon  opinion  à  cet  endroit. 

Le  dernier  trimeftre  de  1868  a  été  funefte  à  l'affociation  qui  a  perdu  deux 
de  fes  membres  titulaires  &  un  de  fes  membres  correfpondants.  M.  Ducros, 
maire  de  Grignan,  chevalier  de  la  Légion  d'honneur,  a  rendu  fa  mémoire 
chère  à  fes  adminiftrés  par  d'utiles  &  nombreufes  améliorations:  routes, 
ponts,  hôpitaux,  etc.,  etc.,  témoignent  de  fa  vigilance  &  de  fon  zèle.  Sa 
mort,  ainll  que  celle  de  M.  Chapouton,  fon  compatriote,  ont  été  un  deuil 
public  dans  la  contrée. 

M.  Chapouton,  chevalier  de  la  Légion  d'honneur,  a  été  juge  de  paix  & 
membre  du  Confeil  général  de  la  Drôme  pendant  de  longues  années,  &  tous 
appréciaient  fon  dévouement  éclairé  &  patriotique.  Dans  fes  courfes  autour 
de  Grignan,  il  avait  recueilli  plufieurs  curiofités  archéologiques  &  géolo- 
giques, &  il  s'intérelTait  vivement  aux  progrès  de  la  fcience. 


cnORIQUE.  107 

Que  dire  de  M.  Berryer  qui  ne  foit  connu  de  tout  le  monde  ?  La  prefle 
entière  a  rendu  hommage  à  fon  éloquence  &  à  fon  cara^ère,  en  des  termes 
auffi  flatteurs  que  mérités. 

Il  aimait  notre  département,  «  cette  belle  contrée  où  depuis  le  grand 
»  Carthaginois,  les  Romains  &  les  Sarrafms  ont  laiffé  de  curieufes  traces 
»  de  leur  paffage;  »  &,  le  19  juillet  dernier,  il  exprimait  le  défir  que  fon 
petit-fils  ne  fût  pas  étranger  a  à  la  Drôme,  dont  les  annales  ont  bonne  part 
»  dans  les  fouvenirs  de  notre  France.  » 

Ceft  la  même  penfée  qui  nous  a  fait  défirer  la  création  de  la  Société  & 
qui  nous  foutient  dans  nos  travaux  minutieux  &  pénibles. 

A  part  la  découverte  par  M.  Courbaffier  d'une  xnfcription  fur  une  plaque 
en  bronze  à  Saint-Nazaire-en-Royans,  &  le  don  fait  au  mufée  de  Valence 
par  M.  de  Roflaing  de  deux  dolium  romains,  je  n'ai  pas  de  nouvelle 
archéologique  à  fignaler. 

Indépendamment  des  travaux  nombreux  envoyés  au  Bulletin ,  je  crois 
pouvoir  attribuer  à  la  Société  le  réveil,  dans  notre  département,  des  études 
hiftoriques,  longtemps  maintenues  en  honneur  par  deux  hommes  de  mé- 
rite :  M.  P.  E.  Giraud ,  le  favant  &  confciencieux  auteur  de  VEJfai  hiftori- 
que  fur  V abbaye  de  Saint-Bamard  S  fur  la  ville  de  Romans  y  &.  M.  Pabbé 
Vincent,  le  laborieux  &  élégant  écrivain  des  monographies  de  nos  com- 
munes. Aujourd'hui ,  le  Journal  de  Die  publie  Thiftoire  de  la  Chartreufe 
de  Bouvante,  par  M.  l'abbé  Chevalier,  &  une  notice  fur  Grignan,  par  M.  l'^bé 
Fillet;  de  fon  côté,  le  Journal  de  Montélimar  édite  un  travail  conûdérable 
fur  TarrondifTement  de  même  nom;  &  divers  ouvrages  fe  préparent  en 
dehors  du  journalifme.  Il  y  a  donc  progrès  vérimble  &  noua  devons  en  être 
fiers. 

Un  favant  orientalifle,  M.  François-Bernard  Charmoy ,  né  à  Soultz  (Haut- 
Rhin),  le  14  mai  1793,  eft  décédé  à  Aouile  (Drôme),  il  y  a  peu  de  temps. 
L'académie  des  fciences  de  Saint-Pétersbourg  fiut  imprimer  à  cette  heure 
ie&fajle$  de  la  nation  Kourde  &  il  laiiTe  en  mamxfcrït  les  faflet  de  la  nation 
Mongole,  Il  a  publié  VAlexandraide  du  poète  perOBui  Nizamy  &  la  Rela- 
tion de  Mucondy  &  d'autres  auteurs  mufulmans  fur  les  anciens  Slaves. 

Il  avait,  en  RulTie,  le  grade  de  confeiUer  d'État,  de  chevalier  de  l'ordre 
de  Sainte- Apne,  de  2*  claflie,  &  de  l'ordre  de  Saint-Wladimir,  de  3*cla£Ee, 
etc.  Jufqu'à  fa  mort,  il  a  touché  une  penûon  de  4,000  roubles  que  lui  avait 
accordée  l'empereur  Nicolas. 

Livres  &  objets  offerts,  échangés  ou  achetés  : 

Une  médaille  &  divers  objets  antiques,  par  M.  Pizot,  chef  cantonnier  à 
Solérieux  (don). 
Une  hachette  gauloife,  par  M.  A.  Lacroix  père. 
Des  médailles  romaines  &  du  moyen  âge,  par  M.  Courbadier. 
Eftompages  d'infcriptions,  par  M.  l'abhé  Perroflîer. 
Le  Journal  de  Montélimar^  année  1868  (échange). 
Le  Journal  de  Die  y  4*  trimeftre. 


4  os  SOCIÉTÉ  d'aECHÉOLOGIE  et  de  STAnSTIQUE. 

Notice  hiftorique  fur  Vancienne  communauté  de  Tallard,  par  A.  de 
Taillas,  Grenoble  1868,  Allier,  i  vol.  petit  in-4*  (Excellent  travail  offert 
à  la  Société). 

Congrès  archéologique  de  France,  XXXIV*  feflion.  Séances  générales 
tenues  à  Paris  en  1867.  Paris,  Derache,  1868,  x  vol.  in-8**. 

Bulletin  de  la  Société  des  Jciences  naturelles  &  hiftoriques  de  FArdèche, 
N.»  4,  1867,  Privas,  1868,  Roure,  i  vol.  in-8». 

Mémoires  de  l'académie  du  Gard  y  novembre  1866  -  août  1867.  Nîmes, 
ï868,  Clavel-Ballivet,  i  vol.  in-8». 

Bulletin  de  la  Société  des  Antiquaires  de  Picardie,  année  1868,  N.**  i 
&  2.  Amiens,  1868,  Cailloux,  broch.  de  4  feuil.  in-8*. 

Revue  des  Sociétés  favantes  des  départements,  publiée  fous  les  aufpices 
du  Miniftre  de  PinAniâion  publique ,  juillet ,  août  &  feptembre ,  3  livr. 
in-8». 

Diftrihution  des  récompenfes  accordées  aux  Sociétés  favantes ,  le  18  avril 
1868. 

Journal  menfuel  des  travaux  de  V académie  nationale,  fous  la  direâion 
de  M.  Aymar-Breffion ,  feptembre  &  odobre  1868,  broch.  de  4  feuil.  in-4''. 

Un  pèlerinage  à  Notre-Dame  de  La  Garde,  à  Marfeille,  par  M.  E. 
Min)ollat  de  La  Porte,  1868,  broch.  de  2  feuil.  in-8*. 

Étude  archéologique  fur  la  famille  d'André,  de  Pancienne  fénéchauffée 
de  Pei^enas  en  Languedoc,  renfermant  une  efquiffe  biographique  fur  B.-F,' 
J,'A,  Rafloul  d'André,  par  le  même  auteur.  Marfeille,  1868,  Samat,  broch. 
de  I  feuil.  in-8". 

Inauguration  de  la  bibliothèque'mufée  de  Bagnols  fur  Cè^e  {Gard), 
compte-rendu  par  M.  Léon  Alègre,  confervateur,  &  difcours  prononcé 
par  M,  H,  Genfoul,  maire,  le  14  feptembre  1868.  Bagnols,  1868,  broch. 
in-8-. 

Les  mines  d'argent  de  Largentière  (Ardèche),  par  M.  Henri  Vafchalde. 
Privas,  1868,  Roure,  broch.  in-8». 

Eaux  de  Vais.  Vais  autrefois.  Réponfe  à  M.  Aug.  Laforeil ,  par  M.  Henri 
Vafchalde.  Largentière,  1866,  broch.  in-8». 

Notice  chimique  fur  les  fources  minérales  de  Tétabliffement  thermal  de 
Vais,  par  MM.  O.  Henry  &  T.  Lavigne ,  fuivie  de  la  Clinique  de  Vols,  par 
M.  le  dod.  Chabannes.  Marfeille,  1867,  i  vol.  in- 12. 

Proteflation  contre  la  demande  en  déclaration  d'utilité  publique  &  de 
conceffion  dun  périmètre  de  proteâion,  faite  le  3i  janvier  1867,  pour 
quelques  fources  deaux  minérales  à  Vais  { Ardèche J.  Broch.  in-4». 

A.  LACROIX. 


TiBLEAU  DE  LA  SOCIÉTÉ.  >I09 

TABLEAU  DES  MEMBRES 

DE  LA  SOCIÉTÉ  DÉPARTEMEISTALE 

D'ARCHÉOLOGIE  ET  DE  STATISTIQUE 

DE  LA  DROME. 

Président  d*honneur* 

M.  le  Baron  Db  MONTOUR,  0.  i)^,  maître  des  requêtes,  préfet  du  départe- 
ment de  la  Drôme. 

Président»  lionoralre** 

M.  le  comte  MONIER  de  la  SIZERANNË,  C.  'Hf,  sénateur,  membre  du  conseil 

général  de  la  Drôme. 
M.  GIRAUD  (Emile)  i^,  ancien  député,  à  Romans. 
Mgr  GUEULETTE  ^,  éyêque  de  Valence. 
M.  FERLÂT,  G.  'ffj  préfet  honoraire,  à  Valence. 

Membre»  fondateur»* 

MESSIEURS 

BAILLY  'Hf,  architecte  du  GouYernement,  à  Paris. 

BOREL-SOUBEYRAN,  membre  du  conseil  général  de  la  Drôme. 

LACROIX  SAINT-PIERRE,  0.  ^,  député  au  Corps  législatif,  membre  du  conseil 

général  de  la  Drôme. 
MORIN,  0.  iK(,  député  au  Corps  législatif,  membre  du  conseil  général  de 

la  Drôme. 
De  MONTLUISANT,  0.  ij)^,  chef  d'escadron  d'artillerie,  membre  du  conseil 

général  de  la  Drôme. 
MOHET-D'AUBENAS,  à  Paris. 
De  PIZANÇON  (le  marquis),  à  Pizançon. 

Membre»  titulaire»* 

MESSIEURS 

ALLËOUD,  notaire,  membre  du  conseil  général  de  la  Drôme. 

ARMAND,  pasteur  à  MontéUmar. 

ARNAUD,  pasteur  à  Grest. 

AULAN  (le  marquis  D'),  membre  du  conseil  général  de  la  Drôme. 

BABOIN  (Reymond),  conseiller  général,  à  Saint- Vallier. 

BE60U  (l'abbé),  ticaire-général,  à  Valence. 

Tome  IV.  — 1869.  8 


440  SOCIÉTÉ  d'àbghéologie  et  de  statistique. 

BELLON,  instituteur  libre  à  Gharper. 

BERGER,  ayocat,  membre  du  conseil  général  de  la  Drôme. 

BERLHE  (De)  ,  vériflcatenr  de  renregistrement  à  Valence. 

BERNARD,  architecte  à  Valence. 

BERNARD,  médecin  à  Montbrun. 

BERNAULT ,  juge  à  Valence. 

BERNON  (le  baron  Prudent  De)  ^,  maître  des  requêtes  au  conseil  d'État, 

membre  du  conseil  général  de  la  Drôme. 
BERNON  (le  baron  Just  De),  trésorier-payeur  général  de  la  Drôme. 
BESSON  DBS  BLAINS ,  maire  d'Albon. 
BIIIARD  (le  marquis  De),  à  Ghabeuil. 
BLACHE ,  notaire  à  Saint-Donat. 
BOISSON ,  percepteur  à  Mirabel. 
BONNET ,  docteur  en  médecine  à  Valence. 
BOURDIN,  pasteur,  chef  d'institution  à  Valence. 
BOUROULET,  chanoine  honoraire,  curé  de  Notre-Dame,  à  Valence. 
BOURRAS,  secrétaire-général  de  la  préfecture  de  la  Drôme. 
BOTTU  DE  VERGHÉRES,  à  Saint- Jean-de-Muzols. 
BRESSON  (Gédéon),  rédacteur  au  Courrier  de  la  Drame  et  de  VArdèche. 
BRUN-DURAND  (Justin),  à  Crest. 
BULOT ,  architecte  du  département  de  la  Drôme. 
GÉAS  (Jules)  #,  propriétaire-gérant   du  Courrier  de  la  Drôme  et  de 

VArdèche, 
GÉAS  (Âbel),  rédacteur  au  Courrier  de  la  Drôme  et  de  VArdèche. 
GHABRIÉRES-ARLÉS  (Maurice),  à  Lyon. 
GHABRILLAN  (le  marquis  De),  à  Saint-Vallier. 
GHÂBRILLAN  (le  comte  Fortuné  De),  à  Paris. 
GHÀNSIER6UES  du  BORD  (le  baron  De)  ^,  membre  du  conseil  général  de 

la  Drôme. 
GHARETON,  colonel  du  génie,  à  Toulon. 
CHAUFFEUR,  architecte  de  la  Tille  de  Valence. 
GHENEVIER,  imprimeur  à  Valence. 
GHENEVIER  (Antonin) ,  imprimeur  à  Valence. 
GHEVALIER  (Ulysse),  docteur  en  médecine  à  Romans. 
GHEVALIER  (l'abbé),  correspondant  du  Ministère  de  l'instruction  publique 

pour  les  travaux  historiques  et  archéologiques. 
GHEVALIER  (Jules),  à  Romans. 
GLAIRFOND ,  ancien  notaire ,  à  Montelier. 
GLAiRFOND  (Eugène),  géomètre  à  GhabeuU. 
GOLLET  (l'abbé),  directeur  de  la  maîtrise,  à  Valence. 
GOLONJON  (De)  ,  adjoint  à  la  mairie  de  Ssdnt-Vallier. 
GOMBE  (l'abbé),  curé  d'Égluy. 
GOSTON  (le  baron  De),  à  Montélimar. 
GOURBASSIER ,  médecin  à  Saint-Nazaire. 
GOURGELLES  (De)  ^ ,  inspecteur  général  de  l'imprimerie  et  de  la  librairie, 

à  Paris. 


TABLEAU  DB  LA  SOClferé.  Â\\ 

GOUSTON  (le  général),  G.  'f^,  membre  du  conseil  général  de  la  Drôme. 
DÉRIARD ,  directeur  de  la  Yerrerie,  à  Valence. 
DUMONTEIL  (l'abbé),  principal  du  collège  de  Grest. 
DUPORTROUX  «  à  Romans. 

DUPRÉ  DE  LOIRE,  docteur  en  médecine,  président  de  la  Société  d'agri- 
culture de  la  Drôme. 
DUPRÉ-LATOUR,  docteur  en  médecine  à  Valence. 
DUVERNET,  chef  de  division  à  la  préfectare  de  la  Drôme. 
ÉPÀILLY,  arcbitecte,  inspecteur  diocésain,  à  Valence. 
FAURE,  juge  d'instruction  à  Valence. 

FAURE-BI6UET  (Albert),  substitut  du  procureur  impérial  à  Bonrg-en-Bresse. 
FORGHERON  (Emile) ,  juge  de  paix  à  Valence. 
FRANGONNIËRË  (De),  G.  ^,  général,  premier  aide-de-camp  de  S.  A.  I.  le 

prince  Napoléon,  membre  du  conseil  général  de  la  Drôme. 
GàLLIëR  (Anatole  De),  à  Tain. 
GARNIER  (l'abbé) ,  professeur  au  collège  de  Grest. 
GELLY  DE  MONTGLA  (le  général),  G.  ij^,  à  Grenoble. 
6ILLT  (Louis),  à  Valence. 
6RAPIN ,  profefôeur  au  collège  de  Grest. 
6RËSSE ,  notaire  à  Aouste. 
GUIGHARD  (Jules),  avocat  à  Valence. 
GQILLEMINET,  professeur  de  physique  au  collège  de  Valence. 

HARDY ,  ingénieur  en  chef  du  déparlement  de  la  Drôme. 

HUGUENIN ,  négociant  à  Valence. 

ISNARD  (  l'abbé  ) ,  curé  de  Tulette. 

JAGQUEMET  (Léon),  à  Valence. 

JOHANYS,  bibliothécaire  de  la  Tille  de  Valence. 

JOUVE  (l'abbé),  chanoine  titulaire,  inspecteur  du  département  de  la  Drôme 
pour  la  Société  française  d'archéologie. 

LAGHEISSERIE  (De)  ^,  ancien  député,  à  Valence. 

LACROIX,  archiviste  du  département  de  la  Drôme. 

LAMBERT ,  ancien  maire  de  Gombovin. 

LAMORTE-FÉLINES  (De),  juge  de  paix  à  Die. 

UNTHEAUME  nu  PÉGHER^  à  Omblèze. 

LARNA6E  (le  comte  De)  #,  à  Tain. 

URNA6E  (Vincent  DeQARCINdb),  à  Tain. 

LATUNE  (Gharles)  #,  membre  du  conseil  général  de  la  Drôme. 

LAURENS  >Ki,  maire  de  Die,  membre  du  conseil  général  de  la  Drôme. 

LAVIS,  juge  à  Valence. 

LE  BLANG  (Fabius),  à  Nyons. 

LEPIG  (le  vicomte),  à  Voiron. 

LOUIS  (Henri),  à  La  Garde-Adhémar. 

LUZY-PÉLISSAG  (le  général  de  division  marquis  De),  G.  0.  *,  député  au 
Gorps  législatif,  membre  du  conseU  général  de  la  Drôme. 

UACHON  (Henri),  à  Tain. 


442  SOCIÉTÉ  d'^ghéologie  et  de  statistique 

MAGNIN  (De)  ,  pasteur  à  SaiUans. 

MALENS,  aTOcat  à  Valence. 

HARCELLIN,  conseiller  à  la  cour  impériale  de  Grenoble,  membre   du 

conseil  général  de  la  Drôme. 
MARCHAUD,  agent-Yoyer  d'arrondissement  à  Nyons., 
MARRE-DESMAREST ,  maire  de  Montélimar. 
MARTIN,  docteur  en  médecine,  adjoint  à  la  mairie  de  Grignan. 
HAURIN  (Alcide),  docteur  en  médecine  à  Grest. 
MENET  (De)  ^ ,  maire  de  Valence. 

MONIER  DE  LA  SIZERANNE  (le  vicomte  Femand),  à  Beausemblant. 
MONTROND  (le  baron  De)  ^,  maire  de  Recoubeau. 
MOUTIER,  curé  de  Lacbamp-Gondillac. 

MORIN-PONS,  auteur  de  la  Numismatique  féodale  du  Dauphiné,  à  Lyon. 
NADAL  ,  chanoine  titulaire  à  Valence. 
NUGUES ,  banquier  à  Romans. 
NUGUËS  (Alphonse),  à  Romans. 
ODOARD  (Henri),  maire  de  Chantemerle. 
PAYAN ,  docteur  en  médecine  à  Valence. 
PAYAN-DUMOULIN  (De)  * ,  conseiUer  à  la  cour  impériale  d'Aix. 
PAMPELONNE  (De)  ^,  lieutenant  de  vaisseau  en  retraite,  à  Valence. 
PELOUX  # ,  ingénieur  des  ponts  et  chaussées. 
PELOUX ,  avocat  à  Valence. 
PERROSSIBR  (l'abbé  Cyprien),  professeur  à  Crest. 
PION,  président  du  tribunal  de  Gap. 

PLAN-LAGONDAMINE ,  membre  du  conseil  général  de  la  Drôme. 
PLANTA  (De),  à  Montélimar. 
PLAUCHE-BEAUCAIRE ,  curé-archiprêtre  de  Romans. 
POINÇOT,  agent- voyer  en  chef  de  la  Drôme. 
PRUNIÉRES  (le  comte  De),  à  Valence. 
REY,  notaire,  membre  du  conseil  général  de  la  Drôme. 
RICHAUD,  principal  du  collège  de  Valence. 
ROBERT,  avoué  à  Valence. 
ROBERT  (Charles;,  à  Paris. 
ROBIN ,  curé-archiprêtre  de  Dieuleflt. 
ROMAN ,  président  du  consistoire  de  Valence. 
ROQUETTE  (De),  conseiller  de  préfecture  de  la  Drôme. 
R0STAIN6  (Emile),  maire  de  Chanos-Curson. 
ROSTAINO  (Charles  De),  à  Valence. 
SESTIER,  notaire  à  Montélimar. 
SIEYES  (le  marquis  De),  à  Valence. 
SIEYES  (le  vicomte  De),  à  Beauchastel. 
SILVESTRE  (l'abbé),  professeur  à  Crest. 
SOLLIER,  avocat  à  Valence. 
SOULLIER  (l'abbé) ,  curé  de  Vesc. 
TAMPIER,  négociant  à  Valence. 


TABLEAU   DE  LA  SOCIÉTÉ.  443 

THUNARON  ^ ,  maire  du  Bourg -lès-Yalence.   * 

THIBAUD  (l'abbé),  curé  de  Pont-de-Barret. 

TRÂGOL,  architecte  à  Valence. 

VACHER  '^j  membre  du  conseil  général  de  la  Drôme. 

VALLENTIN,  juge  d'instruction  à  Montélimar,  membre  de  pljisteurs  Sociétés 

savantes. 
VERDET,  membre  du  conseil  général  de  la  Drôme. 
VERTUPIER  (Louis),  à  Paris. 
VIGNE  (l'abbé),  vicaire-général,  à  Valence. 

Membre»  correspondants* 

MESSIEURS 

ALÉ6RE  (Léon),  à  Bagnols. 

ANDIONÉ  (le  marquis  D*),  lieutenant-colonel  d'état-major,    attaché   au 

ministère  de  la  guerre. 
ANSELME  (D'),  à  Avignon. 
BAUME-PLUVfNEL  (lemar([uisDELA),  à  Paris. 
BOUFFIER  (Amédéc  De),  à  Grenoble. 
GAIZE  (Albert),  à  Paris. 
CAIZE ,  inspecteur  des  douanes  à  Tarbes. 

CARMEJANE  (baron  De),  chef  d'escadron  d'artillerie  au  20* ,  à  Strasbourg. 
GHAMPOLLION  (Aimé)  ^,  chef  de  bureau  au  Ministère  de  l'intérienr. 
CHAPER  (Eugène),  président  de  l'Académie  delphinale,  à  Grenoble. 
Mgr  DAVID  ^ ,  évoque  de  Saint-Brieuc. 
DUBOTS  (Albert),  ancien  magistrat,  à  Grenoble. 
FAUCHER  (Paul  De),  à  BoUène. 
FAYARD  ^ ,  conseiller  à  la  cour  impériale  de  Lyon. 
FIVEL ,  architecte  à  Chambéry. 
GALLET  (Louis),  sous-économe  à  la Salpétrière. 
GARDETTE  (Eugène  De  la),  docteur  en  médecine  au  Gheylard. 
GARIEL,  directeur  de  la  bibliothèque  de  Grenoble. 
GARNODIER,  curé  à  Éclassan. 

GIRODET  (Victor),  inspecteur  des  contributions  directes  à  Lille. 
60NTIER  (Léon),  notaire  à  Ponlchéruy. 
GRAND  (Vincent),  chef  du  cabinet  de  M.  le  maire  de  Marseille. 
GRÉAU  (Julien),  à  Troyes. 
LAFAYOLLE  (Henri),  juge  de  paix  au  Gheylard. 
LAINCEL  (le  marquis  Louis  De),  à  Paris. 
LARROQUE  (Louis  De),  avocat  à  Paris. 
LEGUAY,  architecte  à  Paris. 
Mgr  LYONNET,  0.  *,  archevêque  d'Alby. 
MAIGNIEN  (Edmond),  à  Grenoble. 
MAISONNEUVE,  publiciste  à  Paris. 


444  SOCIÉTÉ  d'aichéologie  et  de  statistique. 

MÀURm(L.),àMarseme.   ' 

MINJOLLâT  de  la  porte,  à  Marseille. 

MONTÀLIYËT  (le  comte  De),  à  Paris. 

PALLIAS  (Honoré),  secrétaire  de  la  Société  littéraire  de  Lyon. 

PERSI6NT  (S. Exe.  le  dac  De),  G.  ^,  membre  da  conseil  privé,  sénateur. 

PILOT  (Emmanuel),  à  Grenoble. 

P0U6NET  (l'abbé),  à  Marseille. 

REYMONDON,  architecte  du  département  de  TArdèche. 

REYNtLOD  (Horace),  substitut  du  procureur  impérial  à  Villefranche. 

ROMAN  (Joseph),  avocat  à  Gap. 

ROSSET  (l'abbé),  chanoine  honoraire,  inspecteur  des  écoles  primaires, 

à  Bagnères. 
ROSTAING  (le  baron  De)  !if^,  capitaine  de  vaisseau  en  retraite,  à  Paris. 
ROUIN  (Flavien),  receveur  des  postes  à  Gap. 
ROUX  (Gustave),  juge  au  tribunal  civil  de  Bourgoin. 
ROZIÉRES  (Ernest  De),  à  Garpentras. 
SALM-ANDÉOL  (De),  à  Grenoble. 

SAINT-GENIS  (Victor  De),  vérificateur  de  l'enregistrement  à  Ghambéry. 
SAINT-FERRÉOL  (le  comte  De),  à  Uriage. 
SALIN  (Patrice),  chef  de  bureau  au  conseil  d'État. 
TEISSIER  (Eugène),  avocat  à  Gap. 
TERREBASSE  (Alfred  De),  à  VUle-sous- Anjou. 
UZÉS(leducD'),àParis. 
VALLIER  (Gustave),  à  Grenoble. 

VALSERRES  (Jacques),  rédacteur  au  ConstUutiofmel ,  à  Paris. 
VÀSGHALDE ,  directeur  de  l'établissement  thermal  de  Vais. 
VILLEDIEU  (De),  à  Berzème. 


Gommuiiee  abonnées* 


AODSTE  (mairie  d'). 
CHARPEY  (mairie  de). 
CREST  (mairie  de). 
LA  GARDfi^DHÉMAR  (mairie  de). 
MONTÉLIMAR  (mairie  de). 


TABLEAU   DE  LA  SOCIÉTÉ,  445 

Membre»  du  Bureau* 

M£SSIEURS 

N.,  président. 

GALLIER  (Anatole  De),  t 

BONNET,  doctear  en  médecine ,  >  vice-présidents. 

YALLENTIN ,  jnge  d'instruction  à  Hontélimar,      ) 

LACROIX >  arcliifiste  dn  département,  secrétaire  archiviste. 

GUILLEMINET,  professeur  au  collège  de  Valence,  vice-secrétaire.   . 

POINÇOT,  agent- Yoyer  en  cliel,  trésorier. 

BULOT,  architecte  du  département,  vice-trésorier. 

Membre»  du  Comité  de  publication* 

MESSIEURS 

R0STAIN6  (Charles  De). 

MALENS,  avocat. 

RIGHAUD;  principal  du  collège. 

N. 
N. 


\i6  SOCIÉTÉ  d'aAGHÉOLOGIE  ET  DE  STATISTIQUE. 


NÉCROLOGIE, 


M.  DE   SAINT-GENIS. 


Au  commencement  de  sa  quatrième  année  d'existence,  la 
Société  d'Archéologie  et  de  Statistique  de  la  Drôme  vient  de 
faire  une  perte  douloureuse  dans  la  personne  de  son  honorable 
et  savant  président.  Préparé  par  de  longues  et  continuelles 
études  à  traiter  Thistoire  et  l'économie  politique ,  H.  de  Saint- 
Genis  avait  accueilli  avec  enthousiasme  l'idée  d'une  association 
qui  aurait  pour  but  de  faire  connaître  et  aimer  un  pays  auquel 
des  liens  de  famille (1)  et  d'amitié  l'attachaient,  bien  plus  en- 
core que  ses  délicates  fonctions  de  directeur  des  domaines ,  de 
l'enregistrement  et  du  timbre,  dont  il  connaissait  si  bien  les 
droits  et  remplissait  si  loyalement  les  devoirs. 

Les  rares  souvenirs  épars  des  premiers  habitants  de  nos 
contrées ,  les  travaux  considérables  laissés  par  les  Romains ,  à 
Die  notamment,  les  phases  trop  peu  connues  de  la  période  féo- 
dale ,  les  ressources  agricoles  et  industrielles  du  département , 
tout  lui  semblait,  avec  raison,  offrir  un  assez  vaste  champ  pour 
occuper  l'érudition  intelligente  des  hommes  de  cœur  mis  en 
rapport  avec  lui.  A  cet  effet,  il  pi;ovoqua,  en  1865,  une  première 
commission  municipale,  composée  de  quelques  membres, 
chargée  de  surveiller  les  démolitions  de  l'hôtel  du  Gouverne- 
ment et  des  remparts ,  et  c'est  à  ce  premier  noyau  d'archéolo- 
gues dévoués  que  l'on  doit  la  conservation  du  taurobole  et  du 
gradin  d'escalier,  sujets  de  nombreuses  controverses  entre 


(i)  Sa  mère  était  flUe  de  H.  de  Montrond,  seigneur  du  Plan-de-Baix  et 
gouverneur  de  la  tour  de  Grest,  dont  la  vie  est  presque  un  roman. 


NÉCBOLOGIE.  447 

épigraphistes.  Enfin,  le  2  janvier  1866^  un  arrêté  de  M.  le  baron 
de  Montour,  mattre  des  requêtes ,  préfet  de  la  DrAme ,  organisa 
sur  des  bases  plus  larges  la  Société  actuelle,  définitivement 
constituée  deux  mois  après. 

Confident  des  pensées  de  H.  de  Saint-Genis  et  témoin  de  ses 
travaux ,  je  pourrais  rappeler  ici  avec  quelle  sollicitude  il  en- 
toura le  berceau  de  l'association  naissante,  et  avec  quel  dévoue- 
ment et  quel  succès  il  parvint  à  lui  donner  cette  direction 
féconde  qui  lui  a  permis  en  trois  ans  de  publier  trois  vo- 
lumes in-8o,  d'entreprendre  l'impression  d'un  cartulaire,  de 
commencer  un  musée  géologique  et  archéologique ,  un  album 
comprenant  déjà  cent  vues ,  portraits ,  plans  et  dessins  relatifs  à 
la  province ,  et  une  bibliothèque  de  cent  vingt  volumes  ou  bro- 
chures. 

Hais  il  n'est  aucun  des  membres  de  la  Société  qui  ignore  ces 
détails,  si  honorables  pour  la  mémoire  de  M.  de  Saint-Genis,  et 
sa  réélection  à  la  présidence,  quelques  jours  avant  sa  mort, 
témoigne  assez  de  l'unanimité  des  sympathies  et  de  la  gratitude 
que  son  dévouement,  son  zèle  et  son  intelligence  lui  avaient  si 
justement  acquises. 

Né  à  Turin ,  le  20  octobre  1800 ,  M.  Henri-Alexandre  Flour 
de  Saint-Genis  (1)  entra,  comme  surnuméraire,  dans  l'enre- 
gistrement en  182S;  il  devint  receveur  quelques  années  plus 
tard,  et,  en  1836,  fut  appelé  dans  les  bureaux  de  l'administration 
centrale.  De  là,  il  passa  vers  1838  en  Afrique ,  où  il  eut  le  titre 
de  chef  du  service  des  domaines ,  et  fit  pendant  dix-huit  mois 
l'intérim  de  la  direction  des  finances  en  Algérie ,  et  de  membre 
du  conseil  de  la  régence. 

Il  organisa  dans  la  colonie  le  service  de  l'enregistrement  et 
des  domaines,  rédigea  l'ordonnance  de  1839,  le  code  africain  sur 
la  matière,  et  fut  le  promoteur  et  le  défenseur  du  système  de  la 
vente  aux  enchères  des  terrains  domaniaux ,  système  consacré 
par  le  décret  du  25  juillet  1860.  La  lutte  qu'il  eut  à  soutenir,  à 


(l)  SaiQt-Genis,  près  d*0rpierre  (Hautes-Alpes),  fut  le  berceau  et  le  fief 
de  8a  famiUe. 


us  SOCIÉTÉ  d'âBCHÉOLOGIE  ET  DE  STATISTIQUE. 

cette  occasion,  lui  valut  les  attaques  les  plus  vives  de  la  presse, 
et  détermina  son  rappel  en  1846. —  <  J'ai  souvent  regretté,  lui 
écrivait ,  en  1847,  le  maréchal  Bugeaud ,  duc  d*Isly,  l'utile  con- 
cours que  vous  nous  donniez  en  Algérie ,  et  je  le  regrette  en- 
core tous  les  jours.  Vous  savez  quelle  était  mon  opinion  sur  votre 
compté,  et  combien  j'ai  été  peiné  de  votre  rappel  en  France. 
Vous  avez  parfaitement  bien  compris  mon  système  de  colonisa- 
tion militaire  ;  c'est  là  le  dernier  combat  que  j'aurai  à  livrer 
dans  ce  pays-ci. . .  » 

Cette  lettre  est  un  bel  éloge  pour  l'intègre  et  intelligent  fonc- 
tionnaire. 

Quelques  détails  sur  la  période  de  son  existence  en  Algérie 
ne  seront  pas  déplacés  ici. 

Dès  1638,  M.  de  Saint-Genis  réclamait  l'assimilation  immé- 
diate  et  complète  de  l'Algérie  à  la  France,  prouvant  que  l'uni- 
que salut  de  la  colonie  s'obtiendrait  à  ce  prix.  Depuis  lors,  que 
de  systèmes  proposés,  essayés,  abandonnés  tour'  à  tour  lui 
ont  donné  raison,  et  cependant  son  système  n'a  pas  eu  encore 
l'honneur  d'un  essai  ! 

Ses  principes  sur  l'intégrité  des  admitiistrateurs ,  le  contrôle 
des  concessions  et  la  dignité  du  Gouvernement  s'accommodaient 
mal ,  on  le  devine ,  avec  les  intrigues  des  agents  d'atTaires  et 
des  manieurs  d'argent  de  la  fin  du  règne  de  Louis-Philippe. 
Les  scandales  de  Paris  eurent  leurs  similaires  en  Afrique.  On 
blâma  M.  de  Saint-Genis.  Son  attitude,  sa  résistance  à  toutes 
les  sollicitations  et  son  refus  de  signer  des  actes  équivoques 
soulevèrent  contre  lui  les  intéressés.  La  presse  parisienne  lui 
reprocha  de  fermer  la  colonie  aux  spéculateurs  et  d'entraver 
l'industrie.  M.  Emile  de  Girardin ,  à  cause  des  relations  d'ami- 
tié de  M.  de  Saint-Genis  avec  le  maréchal  Bugeaud,  l'appelait  la 
Nymphe  Égérie  de  ce  dernier,  alors  que  tous  les  conseils  et  les 
efforts  du  directeur  des  domaines  avaient  pour  but  d'atténuer 
les  effets  du  régime  militaire.  Aussi,  H.  de  Girardin,  mieux 
renseigné,  modifia-t-il  bientôt  son  langage.  «  Les  capacités,  la 
»  fermeté  de  cet  agent  supérieur  des  finances ,  disait  la  Presse, 
1»  du  90  mars  1846»  sont  connues  de  ses  adversaires  mêmes. 
»  Nous  lui  avons  reproché  de  s'être  trop  inféodé  aux  idées  fis- 


NÉGHOLOGIE.  449 

»  cales  ;  et  nous  avons  la  conviction  qu'il  n'a  soulevé  des  plain- 

»  tes  que  parce  qu'il  a  rempli  si  rigoureusement  la  mission 

>  dont  il  était  chargé.  »• 
De  son  c6té  Y  Esprit  jmblic ,  du  27  août  1846 ,  entra  dans  de 

plus  longs  développements  : 
c  Le  service  des  domaines  était  dirigé  depuis  huit  ans  par  un 
homme  intégre ,  mais  trop  inféodé  aux  idées  fiscales  de  Tad- 
ministration  à  laquelle  il  appartient.  Livré  à  lui-même ,  M.  de 
Saint-Genis  aurait,  sans  doute,  soulevé  moins  de  réclama- 
tions ;  mais  il  ne  s'appartenait  pas ,  placé  qu'il  était ,  par  la 
constitution  bâtarde  de  la  direction  des  finances,  sous  la 
tutelle  d'un  homme  dont  les  calculs  tendaient  à  se  faire 
attribuer  le  mérite  de  toutes  les  mesures  qui  pouvaient  flatter 
soit  le  gouvernement  local ,  soit  le  gouvernement  central  et 
à  rejeter  l'odieux  sur  ses  subordonnés.  Pendant  que  le  chef 
du  service  des  domaines  a  fait  l'intérim  de  la  direction  des 
finances ,  il  a  terminé  un  grand  nombre  d'afiaires  pendantes  ; 
il  a  aussi  essayé  de  prendre  beaucoup  sur  lui ,  tout  en  sauve- 
gardant les  intérêts  du  Trésor,  et  en  se  maintenant  dans  les 
limites  de  son  droit.  En  voyant  ces  velléités ,  on  a  voulu  exi- 
ger davantage  ;  mais  comme  il  fallait  alors  qu'il  s'écart&t  de 
la  légalité ,  il  refusait ,  et  à  ceux  qui  lui  étaient  adressés  par 
le  Maître  ou  par  ses  afQdés,  il  demandait  des  ordres  écrits, 
afin  de  mettre  sa  responsabilité  à  couvert.  On  ne  lui  en*  don- 
nait pas,  et  pour  cause  !  Depuis  ce  moment,  le  gouvernement 
local  avait  décidé  sa  perte  ;  on  surprit  adroitement  la  religion 
du  ministre;  cet  agent  fut  frappé  sans  même  avoir  pu  ise 
défendre,  et  il  a  malheureusement  succombé  au  moment 
où ,  par  son  mdéperukmce ,  il  allait  rendre  des  services  réels 
à  la  colonie ,  en  terminant  les  nombreuses  afiaires  qui  depuis 
huit  ans  dormaient  dans  les  cartons  et  qui  y  sont  encore  au- 

»  jourd'hui...  Son  rappel  a  été  le  résultat  d'un  odieux  calcul  et 

9  le  ministre  de  la  guerre  a  refusé  l'enquête  !  v 
Le  rappel  de  M.  de  Saint-Genis  fut  signalé  à  la  tribune  par 

H.  Dufaure,  en  ces  termes  : 
c  Vous  savez  que  parmi  les  quatre  fonctionnaires  de  France 

»  qui  tous,  à  mon  avis,  ont  mal  à  propos  été  rappelés  d'Afrique 


420  SOCIÉTÉ  d'archéologie   ET  DE  STATISTIQUE. 

»  dans  ces  derniers  temps ,  il  s'en  trouve  un  qui  appartenait  à 

>  l'administration  des  finances.  Il  a  été  rappelé  ;  mais  presque 
»  aussitôt  il  a  été  promu  par  son  administration  à  une  position 
»  supérieure.  D'où  vient  cela,  qu'un  fonctionnaire  rappelé  par 
»  M.  le  ministre  de  la  guerre  se  trouve  immédiatement. promu 

>  par  son  administration  à  un  emploi  supérieur  ? 

»  Il  faut  le  dire  :  la  faute  que  l'on  imputait  au  directeur  des 
»  domaines  ne  lui  appartenait  pas.  Nous  avons  connu  tous  les 
»  détails  de  cette  faute:  on  lui  reprochait  de  négliger  de 
»  répondre  à  des  demandes  de  renseignements  relatifs  à  la 

>  colonisation.  Il  avait  été,  disait-on,  persévérant,  opiniâtre 
»  dans  son  refus  de  répondre  au  ministre  de  la  guerre;  on 
»  avait  été  obligé  de  le  rappeler.  Savez-vous  ce  qu'il  a  prouvé , 
»  quand  il  est  revenu  en  France?  Qu'il  répondait  à  ses  supé- 
»  rieurs  en  Afrique;  il  n'avait  pas  de  correspondance  directe 
»  avec  le  ministre  de  la  guerre ,  et  les  réponses  restaient  dans 
»  les  bureaux  de  ses  supérieurs...  Pour  moi ,  j'approuve  M.  le 
»  ministre  des  finances  de  s'être  constitué  l'arbitre  d'un  fonc- 
»  tionnaire  que  son  administration  avait  formé,  et  de  l'avoir 
»  relevé  de  la  position  pénible  où  son  rappel  l'avait  placé.  » 
{Monitev/r  du  10  juin  1846.) 

M.  Ch.  de  Lesseps,  dans  Y  Esprit  public,  le  Journal  des 
Débats  (27  juin  1846)  et  la  Fro/nce  Algérienne  (6  juin  1846) 
firent  l'éloge  du  compte-rendu  courageux  publié  par  M.  de 
Saint-Genis,  sous  le  titre  de  :  Quelques  notes  sur  V Algérie, 

Le  23  décembre  1846,  le  ministre  de  la  guerre,  entièrement 
édifié  sur  la  conduite  intègre  et  droite  du  fonctionnaire,  lui  pro- 
posa de  rentrer  en  Afrique  «  pour  le  bien  du  service  et  la  mar- 
»  che  des  afTaires  qu'il  connaissait  par  une  longue  pratique.  y> 
M.  de  Saint-Genis  refusa  noblement  de  recommencer  une  lutte 
inégale.  Mais  l'ensemble  des  détails  qui  précèdent  donne  trop 
de  relief  à  son  caractère  pour  demeurer  inconnu. 

Au  reste,  s'il  tenait  par  état  à  remplir  scrupuleusement  les 
devoirs  de  ses  fonctions,  il  cachait  sous  une  écorce  de  brus- 
querie une  bonté  rare  et  un  désintéressement  personnel  qui 
excluaient  chez  lui  tout  soupçon  de  défiance  vis-à-vis  des  autres. 

Nommé  inspecteur  à  Rouen  (1846),  puis  directeur  de  3* 


NÉCROLOGIE.  424 

classe  à  Rodez,  le  10  septembre  1848,  de  2«  classe,  le  29  fé- 
vrier 1852,  à  Limoges,  et  à  Valence ,  le  10  décembre  1889,  il  y 
fut  élevé  à  la  première  classe,  le  16  janvier  1868,  bien  que  Tim- 
por tance  du  département  ne  comportât  pas  ce  grade. 

Fils  d'un  officier  supérieur  de  cavalerie,  frère  d'un  capitaine 
d'état-major,  qui  succomba  en  Morée  pendant  l'expédition  de 
4829,  et  d'un  directeur  des  douanes  à  Alger,  mort ,  en  1854, 
victime  de  son  zèle,  dans  un  voyage  sur  les  limites  du  Sahara 
et  du  Maroc,  M.  de  Saint-Genis  avait  autant  de  courage  que 
d'intelligence:  il  fut  sept  ans  capitaine  dans  la  milice  algérienne 
et  reçut  une  blessure  à  la  tète  dans  les  troubles  de  1881 ,  à 
Rodez ,  où  il  commandait  la  garde  nationale. 

Il  avait  été  nommé  chevalier  de  la  Légion  d'honneur,  le  14 
avril  1844,  et  officier,  le  15  septembre  1860  (1). 

Tels  sont,  brièvement  résumés,  les  titres  de  l'homme  public. 

Ppurrai-je  maintenant  rappeler  ici  l'afTection  de  H.  de  Saint- 
Genis  pour  sa  pieuse  et  digne  compagne,  qui  lui  a  prodigué  des 
soins  si  touchants  dans  sa  dernière  maladie  ;  pour  son  fils  bien 
aimé,  que  diverses  publications  et  une  Histoire  de  Savoie  toute 
récente  ont  placé  au  premier  rang  de  nos  écrivains  et  de  nos 
érudits  de  renom  ;  pour  ses  nombreux  amis  et  pour  moi  en 
particulier  ?  Ce  serait ,  hélas  !  raviver  de  trop  cruelles  et  de  trop 
légitimes  douleurs. 

Qu'il  me  soit  du  moins  permis  de  montrer,  au  milieu  de  la  vie 
si  active  du  cher  et  regretté  défunt ,  le  goût  ou  plutôt  le  culte 
des  belles-lettres  lui  dérobant  assez  de  loisirs  pour  transcrire 
les  pensées  remarquables  cueillies  dans  ses  lectures,  en  même 
temps  que  ses  réflexions  sur  les  hommes  et  sur  les  choses ,  et 
pour  écrire  les  nombreux  articles  qu'il  envoyait  aux  journaux 
sous  le  voile  de  l'anonyme  ou  sous  son  nom. 


(1)  L'Empereur,  en  lui  remettant  la  croix  d'offlcier,  à  Valence,  lui  dit  : 
«  C'est  la  récompense  de  vos  excellents  services  en  Afrique.  »  Et,  par  une 
pensée  délicate ,  le  décret  de  promotion  ne  fut  daté  que  d'Alger. 


422  SOCIÉTÉ  i^'abghéologie  et  de  statistique. 

Voici  les  ouvrages  imprimés  qu'il  laisse  : 

Lettre  aux  disciples  de  Saint-Simon ,  4830. 

Le  Trappiste  d'Aiguebelle,  Paris,  Souverain,  1832. 

Les  pensions  de  retraites  civiles ,  1833. 

Ma/rvuel  des  droits  de  timbre ,  1835. 

De  la  propriété  en  Algérie,  1842. 

De  r Algérie  et  des  services  financiers,  1846. 

Lettres  agricoles  et  économiques  sur  le  Limousin ,  1888. 

Manuel  du  surnuméraire  de  l'enregistrement ,  9^  édit.,  1867. 

Une  étude  critique  de  ses  différentes  publications  offrirait 
d'utiles  enseignements.  Je  me  contenterai  d'en  extraire  quelques 
notes.  Dans  sa  Lettre  aux  disciples  de  Saint-Simon,  après  avoir 
taxé  leur  système  d'impraticable,  de  contradictoire  et  d'absurde, 
il  termine  ainsi  : 

<  L'humanité  est  lente  dans  sa  marche,  mais  elle  avance; 
»  et,  pour  hâter  ce  progrès  continu,  il  n'est  besoin  que  de 

>  liberté  et  d'instruction. 

»  Disons  aux  hommes  d'être  justes ,  bienfaisants ,  modérés , 
»  sociables ,  non  point  en  fascinant  leur  esprit  par  des  rêveries 
»  qu'ils  ne  sauraient  comprendre,  mais  en  leur  prouvant  que 
»  de  la  pratique  de  ces  vertus  découle  le  vrai  bonlieur.  Répaii- 

>  dons  l'instruction  sous  toutes  ses  formes  ;  les  hommes  ne  sont 
»  méchants  et  malheureux  que  parce  qu'ils  sont  ignorants.  Et, 
»  par  là ,  nous  servirons  la  cause  de  l'humanité  d'une  manière 
:»  bien  plus  efficace  que  ne  l'ont  fait  toutes  les  utopies  connues 
»  depuis  Platon  jusqu'à  Saint-Simon. 

»  Quelle  folie  que  votre  rêve  d'émancipation  de  la  femme  ! 
»  Ignorez-vous  donc  que  chez  les  femmes  tout  prend  la  forme 
»  du  sentiment ,  et  que  c'est  par  cette  règle  qu'elles  jugent  les 
f  choses  et  les  persoimes?  Êtres  faibles  et  sensibles,  leur  orga- 
:»  nisation  physique  et  morale  les  place  forcément  sous  la  pro- 
»  tection  et  l'amour  de  l'homme  ;  vouloir  les  élever  aux  occu- 
»  pations  fortes  et  sérieuses  du  chef  de  la  famille ,  les  assimiler 
j»  à  lui,  c'est  méconnaître  leur  rôle,  c'est  bouleverser  toutes  les 
1»  lois  de  la  nature.  » 

Le  Trappiste  d'Aiguebelle,  publié  sous  le  pseudonyme  de 
Charles-Henri  d'Ambel,  fut  comparé  en  1832  par  le  Temps  au 


NÉCROLOGIE.  123 

Moine  de  Lewis,  au  Césai/re  de  Guiraud,  au  Rouge  et  Noir  de 
Stendhal.  C'est  un  plaidoyer  contre  le  célibat  des  prêtres ,  un 
plaidoyer  court  et  vigoureux. 

La  Quotidienne,  tout  en  bl&mant  la  thèse  soutenue,  en  loua  la 
forme  :  «  Voici,  disait-elle,  un  petit  livre  qui,  par  l'idée  princi- 

>  pale ,  les  détails  et  Texécution ,  s*écarte  tout  à  fait  du  genre  à 
»  la  mode.  Le  sublime  aujourd'hui  est  d'exploiter  sous  toutes 
»  les  formes  les  douleurs  physiques.  On  vous  traîne  de  misères 

>  en  misères,  de  la  folie  au  suicide,  du  bagne  à  l'échafaud; 
T>  on  vous  jette  partout  de  l'horrible  à  faire  plaisir,  du  sang  que 
»  c'est  à  soulever  le  cœur  de  dégoût.  Ici ,  rien  de  tout  cela  ;  tout 
»  est  calme,  posé  et  sans  recherche;  c'est  de  la  douleur  aussi, 
»  douleur  intime ,  poignante ,  s'il  en  fut ,  mais  secrète ,  pudique 
»  et  délicatement  analysée.  » 

Ce  travail ,  instinctive  réaction  au  point  de  vue  littéraire  et 
que  l'auteur  regrettait  comme  un  péché  de  jeumesse,  fut  très- 
remarque,  au  point  de  vue  de  l'érudition ,  à  cause  de  la  liste  de 
tous  les  ouvrages  publiés  jusqu'en  1832  pour  ou  contre  la  ques- 
tion du  célibat  ecclésiastique,  et  par  le  récit  charmant  d'une 
visite  à  la  Trappe  d'Aiguebelle ,  près  Montélimar. 

Dans  V Essai  sur  les  pensions  de  retraites,  M.  de  Saint-Genis 
proposait  les  bases  suivantes  : 

10  Retenues  proportionnelles  sur  le  traitement; 

âo  Mise  à  la  retraite  seulement  lorsque  l'agent  est  hors  d'état 
de  remplir  utilement  ses  fonctions. 

Ces  idées  ont  été  mises  en  vigueur  par  la  loi  du  9  juin  18S3 
sur  les  pensions  civiles. 

11  rectifiait,  dans  sa  Lettre  sur  la  propriété  en  Algérie,  les 
erreurs  accréditées  en  France  au  sujet  de  l'absence  de  constitu- 
tion territoriale  en  pays  musulman ,  et  il  y  établissait  que  dans 
un  pays  où  l'on  nie  le  droit  de  propriété ,  on  avait  pris  hypo- 
thèque, en  1841,  pour  8,322,877  fr.  78  c,  vendu  des  immeubles 
pour  2,968,086  fr.  48  c,  et  enfin  que  le  domaine  avait,  de  1832 
à  1841 ,  aliéné,  par  propriétés  distinctes,  avec  plan,  bornage, 
titres  d'origine  et  authentiques ,  pour  un  capital  de  4,798,681  fr. 

Je  ne  dirai  rien  des  manuels  sur  l'enregistrement  et  sur  le 
timbre  ;  mais  l'utilité  du  premier  est  démontrée  par  neuf  édi- 
tions successives,  de  1834  à  1867. 


424  SOCIÉTÉ  d'akghéologie  et  de  statistique. 

Quant  aux  Lettres  agricoles  et  économiques  sur  le  IMnousifi , 
publiées  par  le  Courrier  du  Centre,  de  Limoges,  elles  présen- 
tent ,  sous  ce  titre  modeste ,  un  immense  travail  de  statistique 
par  communes  pour  le  département  de  la  Haute-Vienne. 

Il  y  a  de  plus  dans  ses  manuscrits  une  Histoire  générale  de 
l'Algérie,  œwYre  de  près  de  vingt  ans  de  méditations,  de  re- 
cherches et  d'études. 

Pleins  de  ces  souvenirs,  si  honorables  à  sa  mémoire,  les  pa- 
rents du  regretté  défunt,  M.  le  Secrétaire-Général,  faisant 
fonctions  de  Préfet,  les  chefs  et  employés  des  diverses  adminis- 
trations ,  les  membres  de .  la  Société  d'archéologie  et  les  nota- 
bles de  la  cité  l'ont  accompagné ,  le  17  mars  1869,  à  sa  dernière 
demeure  et,  devant  sa  tombe,  M.  Brun-Durand  a  bien  voulu, 
sur  ma  demande,  prononcer  quelques  paroles  qui  resteront 
comme  les  touchants  adieux  d'une  association  à  laquelle  le  nom 
de  M.  de  Saint-Genis  sera  toujours  cher. 

Voici  l'allocution  de  M.  Brun-Durand  : 

Je  ne  sais,  Messieurs,  si  vous  vous  attendiez  à  ce  que  la  Société 
d'Archéologie  et  de  Statistique  fasse  entendre  sa  voix  au  bord  de  cette 
tombe,  pour  dire  un  éternel  adieu  à  celui  qui  va  y  dormir  son  der- 
nier sommeil;  mais  vous  devez  être  assurément  surpris  que  je  sois 
Torgane  de  Passociation,  alors  que,  dans  cette  iulelligente  et  popu- 
leuse cité ,  tant  d'autres  auraient  le  droit  de  revendiquer  cet  honneur, 
et  pourraient  dire,  autrement  que  je  ne  le  ferai  moi-môme,  retendue 
de  notre  perte  et  les  regrets  qu'elle  nous  inspire. 

Oui,  elle  est  grande  pour  tous  la  perte  de  M,  de  Sainl-Genis  : 
grande  pour  sa  famille,  grande  pour  l'administration, grande  pour  ses 
amis,  grande,  et  peut-être  irréparable,  pour  cette  Société  dont  il  fut 
l'un  des  plus  ardents  promoteurs ,  et  à  laquelle  il  consacra  depuis 
toute  sa  sollicitude  et  ses  soins.  Dans  Tadministration  où  il  s^était  fait 
une  large  et  belle  place,  son  absence  se  fera  sans  aucun  doute  sentir  ; 
mais  là  sa  retraite  était  proche ,  et  cette  prévision  de  la  séparation  en 
atténuait  un  peu  l'amertume;  tandis  que  pour  nous, qui,  loin  de  nous 
attrister  de  cette  retraite,  nous  en  réjouissions  au  contraire,  sachant 
d'avance  que,  plus  riche  de  loisirs,  il  nous  en  accorderait  davantage, 
et  qu'il  serait  d'autant  plus  à  nous  qu'il  ne  serait  alors  à  nul  autre , 
—  pour  nous  qui ,  espérant  le  conserver  de  longues  années  encore , 
lui  donnions  de  nouveau,  il  y  a  quelques  jours  à  peine,  l'unanimité 


NÉCB0L06IE.  425 

de  nos  suffrages,  —  pour  nous  la  déception  n^a  pas  de  bornes,  et  le 
seul  adoucissement  que  nous  puissions  trouver  à  notre  douleur,  c'est 
de  rappeler  en  ce  moment  suprême  les  qualités  et  les  mérites  de  celui 
qui  n'est  plus. 

Président  d^une  Société  archéologique ,  M.  de  Saint-Genis  était-il  un 
archéologue  dans  la  stricte  acception  du  mot?  Je  l'ignore,  Messieurs; 
je  crois  plutôt  que  c'était  un  artiste,  savourant  avec  délices  tous  les 
plaisirs  de  rintelligence,  sans  en  dédaigner  aucun,  et  lorsque,  dans  un 
moment  de  gracieux  abandon ,  il  se  comparait  au  lien  qui  sert  à  ras- 
sembler plusieurs  gerbes ,  il  ne  pensait  peut-être  pas  dire  aussi  vrai. 
Par  toutes  les  qualités  de  son  esprit  et  de  son  cœur ,  il  était  en  effet 
un  lien  destiné  à  réunir  et  à  grouper  ensemble  des  intelligences  di- 
verses et  des  aptitudes  isolées.  Sa  place  n'était  pas  dans  nos  rangs , 
mais  à  notre  tête.  La  plupart  d'entre  nous ,  Messieurs,  Ty  ont  vu  à 
cette  place  et  tous  peuvent  dire  avec  moi  que  c'était  bien  là  la  sienne. 

Âméoité  des  formes,  simplicité  élégante  des  manières,  désiDtéres- 
sement  des  appréciations,  cordialité  dans  les  rapports*  variété  dans 
les  connaissances,  atticisme  dans  le  langage,  causticité  dans  l'esprit, 
vivacité  dans  les  réparties,  dextérité  et  art  pour  jeter  au  milieu  d'une 
discussion  qui  menaçait  de  devenir  irritante,  le  mot  heureux  qui,  en 
amenant  le  sourire  sur  les  lèvres,  désarmait  la  colère ,  il  avait  tout 
pour  lui. 

Du  reste ,  ce  n'étaient  pas  là  des  coquetteries  à  notre  adresse  exclu- 
sive, des  faveurs  qu^il  nous  réservât  uniquement,  mais  autant  de 
dons  de  sa  riche  nature  ;  car  il  était  avec  nous  ce  qu'il  était  partout, 
au  sein  d'une  société  élégante  et  polie  comme  dans  les  affaires,  au 
milieu  de  la  foule  comme  dans  cette  âpre  et  austère  solitude  de  Plan- 
de-Baix,  son  séjour  de  prédilection;  c'est-à-dire  que  partout  et  tou- 
jours M.  de  Saint-Genis  était  lui-même  :  un  enfant  de  la  France  mo- 
derne ,  et  en  même  temps  un  Français  de  l'ancienne  école ,  chez  qui 
le  vieux  sel  gaulois  ne  s'est  jamais  affadi. 

Mais,  hélas!  Messieurs,  je  devrais  chercher  à  diminuer  notre  dou- 
leur et  je  l'aggrave  encore  en  esquissant  les  mérites  de  celui  que  la 
mort  nous  enlève ,  et ,  comme  les  regrets  se  mesurent  à  l'étendue  de 
la  perte,  nous  tous  ici  :  enfant  qui  n'aura  plus  de  père,  amis  qui  ve- 
nons de  perdre  un  ami,  collègues  qui,  dépouillés  de  notre  lien  ,  pour- 
rons être  dispersés  par  le  vent,  —  n'aurous-nous  plus  désormais  qu'à 
pleurer  et  gémir?  Non,  Messieurs;  nous  ne  sommes  pas  seulement 
enfants  de  ce  monde,  mais  encore  citoyens  du  royaume  étemel,  et, 
comme  tels ,  nous  devons  trouver  une  consolation  et  une  espérance 

Tome  IV.  —  1869.  9 


426  SOCIÉTÉ  d'aRCHÉOLOCIB  Et  DE  STATISTIOUE- 

dans  la  pensée  que  la  religion ,  cette  boone  oièro  qui  reçut  H.  de 
Saint-Genis  à  son  entrée  dans  le  monde,  s'est  assise  au  chevet  de  son 
agonie ,  a  clos  sa  paupière  et  vient  de  bénir  son  cercueil ,  et  que  cette 
môme  religion  dit  :  Beati  mortui  quia  quiesctmt  :  Bienheureux  les 
morts ,  parce  qu'ils  se  reposent.  La  vie  est  un  jour  de  labeur,  de  souf- 
france et  de  peine ,  et  la  mort  en  est  le  sommeil. 

Ce  sera  pour  M.  de  Saint-Genis  le  sommeil  du  juste ,  car  le 
statisticien,  dans  ses  recherches,  n'a  d'autre  but  que  le  bonheur 
et  Tordre  publics,  et  Tarchéologue ,  en  perpétuant  le  souvenir 
des  œuvres  et  des  hommes  utiles  de  tous  les  siècles ,  s'associe 
de  la  sorte  aux  desseins  de  Dieu ,  rémunérateur  suprême  de 
tous  les  dévouements. 

Que  le  noble  exemple  donné  par  H.  de  Saint-Genis  soit  donc 
pour  tous  une  leçon  fructueuse ,  et  qu'en  pleurant  son  absence, 
notre  association,  si  rudement  éprouvée  déjà,  soit  toujours  par 
le  cœur  et  le  travail  digne  de  son  cher  et  regretté  président. 

A.  LACROIX. 


ESSAI  HIITOBIQCE  SUE  LA  BABOMUIE  DE  GLÉllEU.  427 


ESSAI  HISTORIQUE 

SUR 


LA  BARONNIE  DE  GLÉRIEU 

ET  SCR     ' 

LES  FIEES  QUI  EN  ONT  DÉPENDU  (O- 


wo<{r» 


CHAPITRE  IL 


Glérleu  «ou»  le«  Poitiers  (Suite). 


Charles  de  Poitiers  transmit  Clérieu,  Âramon,  Valabrè- 
gués,  etc.,  pour  apanage,  à  son  second  fils,  Guillaume,  qui  fut 
aussi  marquis  titulaire  de  Cotrone  en  Calabre,  en  vertu  des  pré- 
tentions sur  cette  terre  apportées  dans  la  maison  de  Poitiers 
par  Polixène  Ruffo ,  seconde  femme  de  son  grand-père ,  Louis 
de  Saint- Vallier.  Guillaume  prit  de  bonne  heure  le  parti  des 
armes. 

Un  document  contemporain  nous  apprend  que  ce  brillant 
chevalier  figura  au  tournoi  donné  en  1470,  à  Chambéry,  en 
rbonneur  d'Yolande  de  France ,  duchesse  de  Savoie  (2).  En  1478, 


(t)  Yoir  3-  liTTEison,  p.  273,  4-  llvr.,  p.  16, 6*  livr.,  p.  253,  8»  liYr.,  p.5ô, 
n-  Uvr.,  p.  405  et  12-  livr.,  p.  39. 

(2)  La  despence  faicte  par  le  seigneur  de  Gleyrieu  du  Dalphiné ,  est-il  dit 
dans  les  comptes  de  noble  Jean  de  Loclier ,  trésorier-général  de  SaYoie ,  et 
de  certains  gentilshommes  dudit  pays  de  Dalpliiné ,  lesqueulx  ont  toucliié 
auconrechie  de  Monseigneur  le  conte  de  Romont,  lequel  conrechie  a  esté 
pendu  en  la  chambre  de  ma  très  redoublée  dame  Yolant  de  France,  du- 
chesse de  Savoye^  et  moudit  seigneur  comte  de  Romont  a  fait  bouter 


428  SOCIÉTÉ    d'archéologie  et  de  STATISnQUE. 

il  acheta  de  Charles  d'Amboise  le  gouvernement  de  Paris  et  de 
risle-de-France ,  et  une  partie  du  prix  d'acquisition  fut  soldée 
par  le  trésor  royal.  Louis  XI  le  gratifia  de  la  charge  de  cham- 
bellan ,  de  la  capitainerie  de  Montlhéry  et  de  la  jouissance  de  la 
terre  de  Baix;  Charles  VIII  lui  retira  toutes  ces  faveurs,  lui 
octroyant  en  échange  La  Roche-dc-Glun  et  Beaumont-Honteux, 
ce  qui  fut  confirmé  par  lettres  de  Louis  XII,  en  février  1498. 
Deux  ans  auparavant ,  Charles  VIII  envoyait  Guillaume  en  am- 
bassade auprès  de  Ferdinand  et  d'Isabelle  d'Espagne,  afin  d'en- 
traîner ces  souverains  dans  une  alliance  qui  aurait  eu  pour 
résultat  le  partage  du  royaume  de  Naples  entre  les  deux  puis- 
sances. Commines  raconte  que  le  seigneur  de  Clérieu ,  crédulç 
de  sa  nature ,  se  laissa  abuser  et  endormir  par  l'espérance  chi- 
mérique de  la  restitution  de  son  marquisat  de  Calabre,  et  qu'il 
fallut  lui  donner  pour  successeur  son  compatriote  Baternay , 
autrement  fait  pour  démêler  les  véritables  intentions  d'une  cour 
astucieuse.  L'échec  de  Guillaume  ne  l'empêcha  pas  d'être 
chargé  d'une  mission  en  Ecosse,  mission  sur  laquelle  nous 
n'avons  pas  de  renseignements  précis ,  mais  qui  devait  être  plus 
facile  à  remplir,  en  raison  des  bonnes  relations  entre  les  deux 
pays  (1). 


ledit  conrechie  en  ladite  chambre  poar  faire  ancuns  esbattemens  de  Joustes 
a  XIII  venues,  par  homme  pournng  chascun  qni  toucheroit  audit  conrechie. 
Or  ainsy  est  que  ledit  seigneur  de  Gleyrieu  frère  du  seigneur  de  Saint- 
Vallier  ont  touchié  audit  conrechie  et  sont  yenu  en  ceste  ville  de  Cham- 
béry  pour  accomplir  le  contenu  des  chapitres  et  pour  honorer  le  conre- 
chie... et  a  esté  ordonné  par  mondit  seigneur  les  deffraye  en  la  manière 
que  8*ensuyt...  pour  six  Jours  entiers  en  commencer  le  samedi  xxvi*  jour 
de  may  lan  M.GGCC.LXX.  (Léon  Ménabréa  ,  Chronique  de  Yolande  de 
France,  duchesse  de  Savoie,  Paris,  1859,  ch.  III.)  Ce  terme  de  conrechie  qui, 
selon  M.  Victor  de  Saint-Genis,  est  la  contraction  défigurée  de  deux  mots 
italiens  :  scudo  echegiari,  faire  résonner  Vécu ,  signifie  l'écu  ou  gage  deba- 
taiUe  auquel  venaient  toucher  les  poursuivants  du  tournoi  pour  marquer 
qu'ils  acceptaient  le  défi.  —  Venues,  ce  sont  les  passes  d'armes. 

(1)  P.  Anselme,  t.  II,  p.  204.  —  Dughesne,  p.  100  et  preuves,  p.  94  et  101. 
—  H.  DE  GosTE,  Éloges,  p.  71.  —  Gommines,  Mémoires,  1.  VIH,  ch.  16.  — 
Fa.  Michel  ,  Les  Écossais  en  France,  les  Français  en  Ecosse ,  1. 1*',  p.  294. 


ESSAI  HISTORIOUE  SUE  LA  BAEONNIE  DE  GLÉEIEU.  429 

Le  dernier  novembre  1477 ,  il  avait  rendu  hommage  au  Roi- 
Dauphin  pour  la  baronnie  de  Clérieu ,  ensemble  pour  les  sei- 
gneuries et  ch&tellenies  de  Miribel  en  Valclérieu,  Piégros  et 
Chastelamaud  (1).  Par  lettres  patentes  du  30  mai  1478,  adressées 
aux  amés  et  féaux  de  la  Chambre  des  Comptes  de  Dauphiné,  le 
'  Roi  leur  enjoignit  de  délivrer  au  seigneur  de  Clérieu  Textrait 
des  papiers  concernant  la  baronnie  et  les  ressorts  d'icelle ,  qui 
sont  Hontchenu,  Mureils,  Mercolain,  Mercurol,  etc.,  papiers 
existant  à  ladite  Chambre.  Ces  recherches  étaient  destinées  à 
établir  ses  droits  et  furent  suivies  de  reconnaissances.  Noble 
Julien  Gioux  remplissait  alors  les  fonctions  de  bailli  et  procu- 
reur-général à  Clérieu.  Le  seigneur  afferma  le  22  novembre  1490 
à  honorable  Jacques  Peteu,  marchand  de  Romans ,  les  droits  et 
revenus  de  la  baronnie  en  argent ,  vin ,  froment ,  seigle,  avoine, 
millet  et  épeautre,  chapons,  poules  et  poulets,  cire,  etc. 
M"  Severin  Roux  procéda  le  22  janvier  1499  à  la  reconnaissance 
générale  des  habitants.  On  voit  par  cet  acte  qu'il  y  avait  à  Clé- 
rieu un  châtelain,  un  juge,  un  greffier,  des  sergents ,  enfin  un 
juge  d'appeaux;  mais  il  parait  que  ce  dernier  n'inspirait  qu'une 
médiocre  confiance  aux  justiciables,  qui  préféraient  soumettre 
leurs  différends  à  la  Cowr  royale  de  Saint-Marcellin.  Un  mémoire 
manuscrit  rédigé  à  cette  époque  conteste  la  légalité  de  cette 
manière  d'agir,  récriminations  impuissantes,  demeurées  évi- 
demment sans  écho.  On  sent  que  le  moyen  âge  se  retirait  der- 
rière la  volonté  énergique  du  Roi,  qui  porta  de  si  rudes  coups 
au  franc-alleu  en  Dauphiné.  Les  6  septembre  et  14  octobre  1488 
eut  lieu  une  transaction  entre  le  seigneur  et  les  habitants  de  la 
baronnie ,  dans  laquelle  est  mentionnée  une  charte  accordée 
en  1300  par  Guillaume-Graton  auxdits  habitants. 

La  corvée  est  fixée  à  un  jour  par  an  ;  certaines  obligations , 
comme  celle  de  transporter  les  vivres  et  armes  du  seigneur  en 
temps  de  guerre ,  sont  converties  en  redevances  pécuniaires  ; 
mais  le  charroi  des  meules  pour  les  moulins ,  des  armes ,  des 
ustensiles,  etc.,  au  château,  dans  certains  cas^  est  maintenu,  à 


(1)  Inv.  de  la  GSi.  des  Comptes. 


>I30  SOCIÉTÉ  d'abobsologib  et  de  statistique. 

la  charge  par  le  seigneur  de  nourrir  ceux  qui  seront  ainsi  em- 
ployés. Pour  chaque  attelage  de  chevaux ,  mulets  ou  bœufs .  on 
paiera  une  redevance  de  six  gros ,  et  pour  deux  attelages  dix 
gros,  pour  une  charrue  avec  deux  ânes  quatre  gros;  chaque 
manœuvre  sera  taxé  à  deux  trousses  de  paille.  Enfin  les  censés, 
rentes,  plaids,  lods  et  muages  doivent  être  soldés  à  Tcndroit 
indiqué  par  le  seigneur.  Du  reste ,  ces  transactions  ne  portaient 
pas  sur  tous  les  droits  exigés  des  vassaux ,  et  dont  Ténuméra* 
tion ,  conmie  nous  Tavons  vu  à  l'article  d*Amédée  de  Poitiers , 
était  bien  plus  longue  (1). 

Guillaume ,  mort  à  Lyon ,  le  2  mai  1803,  laissa  son  héritage 
à  son  frère  atné,  Aymar,  seigneur  de  Saint -Vallier,  vicomte 
d*Êtoile,  etc.,  chambellan  du  Roi  et  chevalier  de  l'ordre,  grand 
sénéchal  de  Provence.  Celui-ci  avait  épousé  en  premières  noces 
Marie  de'France,bAtarde  du  roi  Louis  XI.  Chorier  et,  après  lui , 
Y  Histoire  généalogique  des  grands  officiers  de  la  cowrorme  (2} 
prétendent  qu'elle  était  fille  de  Marie  de  Sassenage,  veuve  d'Am- 
blard  de  Beaumont,  seigneur  de  Montfort.  Mais  Gabriel  Bri- 
zard  (3)  réfute  cette  assertion  par  des  raisons  assez  plausibles. 
Le  mariage  fut  célébré  dans  la  ville  de  Chartres.  La  dot  de 
Marie  fut  de  trente  mille  écus  d'or ,  que  le  roi  son  père  lui  as- 
sura, et,  jusqu'à  ce  qu'ils  fussent  payés,  le  revenu  en  étant  fixé 
à  deux  mille  livres,  les  terres  de  La  Roche-de-Glun ,  Veaunes, 
Rochefort,  Châteaudouble,  la  gabelle  du  sel  de  Romans  et  le 
péage  de  la  Sauvetat  en  Languedoc  lui  furent  engagés  (4). 
Louis  XI  ordonna,  par  lettres  patentes  du  11  juillet  1467,  que 
Marie  porterait  les  armes  de  France  avec  une  bande  d'or  pour 
brisure  (8).  Elle  mourut  en  couches  d'un  fils  qui  ne  vécut  pas. 


(t)  Arch.  du  ch&tean  de  Saint- Vallier.  —  L*abbé  Vincent  ,  Notice  sur  Clé- 
rieu,  p.  28. 

(2)  P.  Anselme,  t.  !•%  p.  123,  et  t.  H,  p.  205. 

(3)  Histoire  généalogique  de  la  maison  de  Beaumont,  1. 1*',  p.  517  et  suiv. 

(4)  Chorier,  t.  II,  p.  472.  —  L*inY.  des  baronnies  cité  par  M.  Lacroix 
(Lettres  sur  Ihistoire  et  la  statistique  de  Montélimar)  indique  la  Baume- 
Transit  au  lieu  de  Veaunes. 

(5)  LHERMrrE-SoLiBR  ap.  CoxHiNES,  éd.  de  Bruxelles,  1706-1713,  t.  III , 
p.  243. 


ESSAI  nSTOUQUE  SUB  LA  BABOMMIE  DB  GLÉBIEU.  434 

Aimar  reçut  plusieurs  reconnaissances  de  la  barannie  de 
Clérieu,  et  le  33  juin  ISiO  passa  procuration  pour  le  même  ob- 
jet à  noble  Pierre  de  Monte-RufTo,  licencié  en  droit  et  juge  de 
ses  terres  (1).  Peu  après,  son  fils,  Jean,  bérita  de  lui.  Jean  de 

Poitiers,  seigneur  de  Saint- Vallier,  marquis  de  Cotrone,  vicomte 
^d*Ëtoile,  baron  de  Clérieu,  Sérignan  ;  Ghalencon  et  Florac,  sei- 
gneur de  Privas,  Corbempré,  Chantemerle,  etc.,  chevalier  de 
Tordre,  lieutenant  au  gouvernement  de  Dauphiné  le  ^^  inai 
1513,  ensuite  grand  sénéchal  de  Provence,  fut,  comme  l'on  sait, 
condamné  à  avoir  la  tète  tranchée  pour  sa  participation  au 
complot  du  connétable  de  Bourbon.  Il  dut  sa  grâce  au  souvenir 
des  bons  services  de  son  gendre,  Louis  de  Brézé,  que  le  hasard 
avait  fait  son  dénonciateur,  et  non  aux  complaisances  de  sa  fille 
pour  le  roi.  Après  le  consciencieux  et  récent  travail  de  M.  Georges 
GuitTrey  (3),  l'histoire  longtemps  accréditée  des  amours  de 
François  W  et  de  Diane  ne  peut  plus  désormais  trouver  place 
que  sous  la  plume  des  romanciers.  Le  18  avril  1538,  Gabriel  de 
Morvillier,  bailli  général,  et  Paul  La  Cour,  fermier  de  Clérieu, 
traitèrent  avec  les  habitants  dudit  lieu  (3).  On  trouve  des  recon- 
naissances des  vassaux  de  la  baronnie  en  1531 ,  en  faveur  de 
Jean  de  Poitiers.  De  sa  première  femme,  Jeanne  de  Baternay, 
fille  d'Imbert ,  seigneur  duBouchage,  et  de  Georgette  de  Mont- 
chenu,  il  eut,  entre  autres  enfants ,  Guillaume  et  Diane. 

Guillaume  succéda  en  1539  à  son  père  en  toutes  ses  seigneu- 
ries. François  1er  le  nomma  son  lieutenant-général  en  Dauphiné 
et  en  Savoie.  Il  obtint  le  31  juin  1533  main-levée  pour  les  terres 
d' Albon ,  Pinet ,  La  Rocbe-de-Glun ,  Beaumont-Monteux,  Pon- 
taix  et  Guinet ,  et  rendit  hommage  en  1540  pour  Clérieu,  Chan- 
temerle, etc.  (4).  Il  investit,  le  33  septembre  .1546,  Louis  Arloud, 
écuyer,du  fief  noble  d'Hauteville,  acquis  de  François  Dupuy  (5), 


(1)  Tnv.  de  1650. 

(2)  Voy.  son  iatrodoctloa  en  tète  des  Lettres  inédites  de  Diane  de  Poy- 
tiers,  Paris,  1866,  in-8. 

(3)  Notes  de  Moulinet. 

(4)  P.  ÂlfSBLMB ,  t.  IT ,  p.  207. 

(5)  Inv.  de  1S50. 


432  SOCIÉTÉ  d'àbghéologie  et  de  statistique. 

et  décéda  sans  lignée  la  même  année.  Sa  sœur,  Diane,  prit  pos- 
session de  ses  biens,  en  vertu  de  ses  dispositions  testamentaires 
et  d'une^fiubstitution  déjà*ancienne. 

Démesurément  accrues  par  la  faveur  royale ,  les  richesses  des 
Poitiers-Saint-Vallier  s'amoncelèrent  sur  la  tète  de  la  duchesse 
de  Valentinois.  Beauté  déjà  mûre  et  trop  épanouie ,  dont  la  puis-  * 
sance  se  révèle  à  l'heure  ordinaire  du  déclin,  et  que  les  arts 
trop  complaisants  se  sont  plu  à  faire  rayonner  d'un  éclat  men- 
songer ,  froide  courtisane  restée  chaste  dans  l'hymen  d'un  vieil- 
lard et  durant  de  longues  années  de  veuvage ,  femme  d'une  rare 
supériorité  d'intelligence,  consommant  sans  passion  l'asservis- 
sement du  jeune  Dauphin,  qu'elle  sut  maintenir  sous  sa  direc- 
tion jusqu'au  bout,  la  favorite  d'Henri  II  termine  dignement 
dans  notre  province  la  race  astucieuse  et  violente  des  b&tards 
des  ducs  d'Aquitaine.  Grâce  à  cette  loi  mystérieuse  des  transmis- 
sions héréditaires  qui  font  une  si  grande  partie  dé  l'homme ,  et 
dont  l'historien  doit  tenir  compte  presque  autant  que  le  physio- 
logiste,  Diane  tenait  des  Poitiers  cet  irrésistible  instinct  de  do- 
mination ,  cette  âpre  ténacité  dans  la  poursuite  de  ses  desseins  ; 
mais  l'influence  de  son  aïeul  Batemay ,  assez  souple  pour  s'être 
insinué  dans  la  confiance  du  soupçonneux  Louis  XI ,  dominait 
surtout  en  elle  la  folle  impétuosité  du  sang  paternel.  Mariée  à 
quinze  ans  au  grand  sénéchal  de  Normandie ,  entraînée  plus 
tard  dans  le  tourbillon  royal  >  elle  ne  fut  guère  connue  en  Dau- 
phiné  que  par  l'intermédiaire  de  ses  intendants.  Elle  possédait 
Chenonceau,  qui  devait  être  le  douaire  de  deux  reines  de 
France ,  et  tandis  qu'elle  élevait,  à  la  portée  de  la  cour  et  aux 
frais  du  trésor  public,  Anet ,  l'une  des  merveilles  de  l'architec- 
ture de  la  Renaissance ,  son  avarice  lais^it  tomber  en  ruines 
Étoile,  Pisançon ,  Clérieu  et  ses  châteaux  des  contrées  envi- 
ronnantes. Absente  de  notre  histoire  provinciale,  on  est  réduit 
à  la  chercher  dans  la  légende ,  qui  a  singulièrement  méconnu 
le  caractère  de  cette  femme  de  marbre,  en  lui  imputant  des  fai- 
blesses amoureuses.  Du  reste,  les  passions  de  ses  ennemis, 
parmi  lesquels  les  protestants,  souvent  disposés  à  se  venger  des 
persécutions  et  des  spoliations  par  la  calomnie ,  la  légèreté  des 
chroniqueurs  des  règnes  suivants,  accueillant  sans  examen 


ESSAI  HISTOBIOUB  SUl  LA  BABOKlflB  DE  GliSIEU.  433 

dans  leurs  Mémoires  des  rumeurs  dénuées  de  fondement,  ayaient 
introduit  jusqu'ici  de  graves  erreurs  dans  la  biographie  de  la 
duchesse,  il  a  fallu  la  patiente  sagacité  de  M.  Georges  Guififï^ey, 
pour  restituer  les  traits  principaux  de  cette  figure  importante. 
Ayant  lui,  un  autre  savant  dauphinois  bien  connu,  M.  Ad.  Ro- 
chas, avait  démêlé  une  portion  de  la  vérité  (1). 

Le  21!  septembre  1856,  Diane  donna  procuration  à  messieurs 
maître  Phélix  Guerre  (de  La  Croix) ,  conseiller  du  Roi ,  avocat 
général  au  Parlement  de  Dauphiné ,  Jean  Gautier,  président  en 
la  Chambre  des  Comptes  de  Piémont  et  Savoie ,  bailli  général 
des  terres  de  cette  haute  et  puissante  dame,  Jean  Razi,  écuyer, 
seigneur  de  Flassans  et  Antoine  Faure  de  Vercors,  aussi  écuyer, 
pour  faire  passer  la  reconnaissance  générale  des  vassaux  de  la 
baronnie ,  qui  commença  le  14  décembre,  en  présence  de  sage 
homme  André  Bergier,  ch&telain  de  Clérieu,  et  ne  se  termina 
que  le  9  juillet  1858  (2).  On  y  voit  que  chaque  laboureur  payait, 
par  attelage  de  bœufs,  3  cartes  d*avoine  et  7  sols  et  demi  en 
argent.  D'autres  documents  nous  apprennent  que  la  duchesse 
ne  négligeait  pas  d'agrandir  ses  domaines  par  des  acquisitions , 
et  qu'elle  obtint  du  vi-bailli  de  Saint-Marcellin  des  lettres  de 
contrainte  établissant  la  banalité  des  moulins  de  Clérieu  et  de 
Curson  (3).  Mais  bien  loin  de  se  laisser  décourager,  conune  on 
aurait  dû  s'y  attendre,  par  le  crédit  d'une  personne  aussi  bien 
en  cour,  ses  vassaux  luttèrent  contre  elle  avec  persistance  sur 
le  terrain  de  la  chicane. 


(1)  Gomme  U  importe  d*être  Juste  envers  tout  le  monde,  même  les  mal- 
tresses royales,  il  faut  reconnaître  que  Diane  de  Poitiers  se  montra  chari- 
table envers  les  pauvres,  et  que,  malgré  le  scandale  de  sa  vie,  tout  senti- 
ment religieni  n*étaitpas  éteint  en  elle.  On*  a  souvent  cité  une  de  ses  dis- 
positions testamentaires ,  par  laquelle  elle  recommande  que  son  corps  soit 
porté  à  Tégllse  des  Filles  repenties. 

(2)  Le  terrier  qui  contient  ces  reconnaissances  est  un  beau  vol.  in-fol. 
de  279  t",  relié  en  vélin  blanc  et  conservé  aux  archives  du  château  de 
Saint-Vallier.  On  voit  au  verso  du  premier  feuillet  les  annoicies  de  Diane 
^elles  qu'elles  sont  figurées  dans  Touvrage  de  M.  Georges  Quiifrey,  p.  39. 

(3)  Inv.  de  1681 ,  f.-  43  r.»  et  149  r,\ 


434  .    seciÉTi  d^ibghéologie  wr  de  asitisiiQDB. 

Diane  de  Poitiers  mourut  le  26  avril  1866.  Au  mois  d*octobre 
de  la  môme  année ,  ses  fllles  et  son  gendre ,  la  duchesse  douai- 
rière de  Bouillon ,  le  duc  et  la  duchessQ  d'Aumale  désignèrent 
Gérard  Sayve,  abbé  de  La  ^uissière,  Barthélemi  de  Pilavpine, 
écuyer,  seigneur  de  Boisement,  maître  d*hôtel  de  madame  de 
Bouillon,  et  Antoine  Barbier,  contrôleur  de  la  maison  de  mon- 
seigneur d*Aumale ,  pour  procéder  à  la  description  et  estimation 
des  terres  de  Saint-Vallier ,  Vais,'  Étoile,  La  Vache,  Soyans, 
Auriple,  Upie,  Pisançon,  Clérieu,  Chantemerle,  Sérignan ,  Car- 
magnion ,  Aramont ,  Valabrègue ,  Florac ,  Arlempde ,  Privas  et 
Chalencon  dépendant  de  la  succession.  Ils  s*adjoignirent  Félix 
Guerre,  avocat  général  au  Parlement,  auquel  Diane,  comme 
nous  Tavons  vu,  avait  témoigné  une  certaine  confiance,  et  plu* 
sieurs  autres  personnes  moins  connues.  H.  Caize  a  publié  la 
partie  de  ce  document  relative  à  Saint-Vallier  (1).  Nous  donnons 
celle  qui  concerne  Clérieu. 

«  Le  mescredy  dix-sepUesme  dudit  mois  sommes  desparty  de 
Romans  et  allé  à  Clérieu  avec  le  S^*  de  Bouvier  chastelain  dudit 
lieu ,  ou  avons  visité  le  chasteau,  auquel  y  a  une  tour  sur  la 
porte  ruinée  avec  Tesglise  parrochiale  aussy  ruinée ,  ne  se  fait 
aucun  service ,  ains  se  faict  en  une  autre  esglise  au  bas  de  la 
ville  en  laquelle  a  esté  faict  un  chanté  et  service  pour  feu  ma- 
dite  dame  avec  Taulmone. 

»  La  baronnie  de  Clérieu  est  assise  en  Viennois  contenant  six 
parroisses  sçavoir  ledit  Clérieu,  Saint-Bardoux,  Cbanos,  Vaulnes, 
Chavanes  et  Harsas  qui  font  tout  le  mandement  de  ladite  Baron- 
nie, en  laquelle  mcsdites  dames  ont  toute  justice  haute,  moyenne 
et  basse  exercée  par  un  chastelain ,  juge,  greffier  et  autres  offi- 
ciers qui  cognoissent  de  toute  matière ,  les  appellations  desquels 
ressortissent  par  devant  le  baillif  de  Saint-Marcellin 

»  Les  courvées  deubes  en  ladite  baronnie  que  sont  en  procès 
contre  lesdits  habitants  à  Grenoble  peuvent  monter  chacune 
année  75  livres.  Les  advenues  des  civerages  qui  sont  aussi  en 
procès  contre  lesdits  habitants  peuvent  monter  chascun  aiî  40 


(1)  Histoire  de  Saint-VaUier,  p.  224. 


ESSAI  mmmiauB  sti  ia  BiiomaB  de  glébieu.  485 

diarges  avoyne  ou  plus  ou  inoinE ,  selon  le  nombre  desdits  ha- 
bitants avec  le  droit  du  tison  et  du  plaid  qui  sont  aussi  en  procès 
à  Grenoble  estimé  74  livres  tournois. 

>  Ceux  qui  tiennent  parc  doibvent  chascun  an  un  mouton  et 
peust  monter  16  ou  17  moutons  »  qui  sont  estimés  28  sols  le 
mouton. 

9  Le  péage  dudit  Clérieu  qui  se  reçoit  audit  lieu  et  à  Curson 
peut  valoir  communes  années  18  ou  20  livres  tournois 

»  Nous  avons  veu  et  visité  le  bois  de  Oiseux  »  bois  de  haute- 
futaye  contenant  environ  20  sétérés ,  la  coupe  duquel  pourrait 
valoir  pour  une  foys  ainsi  que  nous  ont  rapporté  les  officiers  (de 
la  localité)  et  autres  environ  2  ou  300  livres  si  Top  le  vouloit 
mettre  en  labourage  après  la  couppe  se  pourroit  arrenter  chas- 
cun an  la  quantité  de  Sou  6  sestiers  de  grain 

»  La  gareime  dudit  Clérieu  est  près  ledit  Romans  sur  le 
chemin ,  où  il  n*y  a  que  quelques  meschantes  broussailles ,  qui 
est  comme  l'on  dict  le  chauffage  des  pauvres  gens  dudit  Ro- 
mans, dont  toutefoys  qui  la  voudroit  amodier  pour  pasturer  le 
bestail,  encore  en  pourroit  tirer  communes  années  soixante 
solz. 

»  Les  habitants  de  Clérieu  par  le  terrier  certiffient  que  les  S** 
de  Mureils ,  Hercurol ,  Lamage ,  Crozes ,  Haijais  sont  vassaux 
dudit  Clérieu,  lesquels  sont  tenus  faire  hommage  auxdites 
dames.  Les  appellations  de  leurs  justices  ensemble  de  la  sei- 
gneurie de  Chantemerle  ressortissent  par  devant  leyuge  d'appel 
audit  Clérieu ,  ce  qui  n*est  du  présent  observé ,  car  elles  vont 
audit  Saint-Marcellin. 

^^  En  ladite  baronnie  y  a  plusieurs  vassaux ,  qui  n'ont  aucune 
juridiction ,  sçavoir  les  S»  de  la  maison  forte  du  Houchet  et  de 
Vaulne ,  le  S»  de  Sablière ,  d'Auteville ,  Reymond  Bovyer,  Jean 
de  Conflans ,  François  Veilleu ,  Pierre  Bouvier,  Jean  de  Ravel , 
pour  ce  qu'il  tient  à  Marjais ,  sur  lesquels  fiefs  nobles  et  terres 
roturières,  mouvant  de  la  directe  dudit  Clérieu  se  prendroitde 
lods  de  douze  deniers  un ,  en  eschange  la  moitié  avec  droit  de 
prélation. 

V  La  leyde  se  souloit  anciennement  lever,  qui  ne  se  levé  plus 
pour  ce  qui  ne  s'y  tient  aucunes  foyres. 


436  SOCIÉTÉ  D'AHCHÉOLOiSIE  ET  DE  STÀHSTIOUE. 

»  Le  greffe  de  Gléricu  peut  yaloir  communes  amiées  cin- 
quante livres. 

»  Le  molin  dudit  Qérieu  peut  valoir  communes  années  trente 
sestiers,  lequel  moulin  nous  avons  veu  et  visité,  trouvé  en  assez 
mauvaise  réparation ,  qui  vaudroit  davantage ,  s'il  estoit  en  tel 
estât  qu'il  souloit  avec  deux  engins  toumans 

9  Ce  faict ,  avons  faict  appeler  les  consuls  et  habitants  dudit 
Clérieu  auxquels  avons  faict  semblables  desclarations  que  aux 
autres  subjecls ,  sçavoir  s'ils  auroient  quelque  doléance  à  faire , 
aussy  que  mesdites  dames  n'entendoient  aucun  exercisse  de  la 
nouvelle  religion  estre  faict  ea  la  baronnie  dudit  Clérieu ,  leur 
inhibant  et  défendant  de  par  elles  n'en  faire  aucun  aux  peines 
contenues  aux  esdicts  et  desclarations  du  roy,  et  aux  officiers  ne 
le  souffrir  et  informer  des  contraventions. 

B  Avons  aussy  remonstré  auxdits  habitants  qu'ils  se  sont  mis 
en  contradiction  du  payement  des  moulins ,  civerage ,  droits  de 
tison  et  autres  dont  le  procès  est  prest  de  vuider,  lesquels  ont 
desclaré  qu'ils  s'assembleroient  pour  nous  faire  sur  le  tout  res- 
pouse  au  lieu  de  S»  Vallier. 

»  Les  gages  du  chastelain  quinze  livres ,  le  juge  sept  livres  dix 
solz ,  le  procureur  soixante  solz. 

»  Chantemerle  est  seigneurie  séparée  dudit  Clérieu ,  tenue 
en  toute  justice ,  haute,  moyenne  et  basse,  exercée  par  un  chas- 
telain ,  juge ,  procureur  et  greffier  qui  cognoissent  de  toutes 
matières  ,  les  appellations  desquels  ressortissent  devant  le 
baillif  de  S^  Marcellin. 

V  Le  revenu  de  ladite  seigneurie  consiste  ainsy  qu'il  a  apparu 
par  le  terrier  et  censés  vives  dix  huit  sestiers  de  tous  grains 
et  vingt  cinq  sommées  (de  vin)«  en  argent  quarante  solz. 

»  Audit  Chantemerle  y  a  droit  de  péage  qui  ne  s'est  pas  ar- 
renté  pour  n'avoir  trouvé  qui  l'aie  voulu  prendre.  Ne  sembla- 
blement  du  droit  de  ban  champêtre,  ni  du  droit  de  ban  de  vin. 

»  Le  moulin  Bannareljdudit  Chantemerle ,  avec  un  moulin  à 
huile  assis  sur  un  ruisseau  des  estangs,  s'arrente  année  com- 
mune cinquante  sestiers  moitié  froment  et  l'autre  seigle. 
§S'  On  nous  a  dict  que  les  estangs  dudit  lieu  ont  esté  cy  devant 


ESSAI  HISTORIQUE  SUB  LA  BAHONNIE  DE  GLÉRIEU.  437 

laissés  aux  habitants  en  consentant  que  lesdits  moulins  fussent 
bannaux. 

»  Le  revenu  de  ladite  baronnie  de  Clérieu  revenant  à  522 
livres  15  sols  1 1  d. ,  a  laquelle  l'avons  évalué.  Chargé  de  30  sestiers 
grain  au  couvent  des  Cordeliers  de  Romans  et  curé  dudit  Clérieu 
qu'ils  prennent  chascun  an  sur  les  moulins ,  pour  lesquels  est 
cy  desduict  52  livres  10  d.,  ainsi  ne  restera  que  470  livres  15  sols 
11  doubles. 

Le  revenu  de  Chantemerle  se  monte  à  113  livres  15  deniers 
tournois  (1).  > 

La  seconde  fille  de  Diane,  Louise  de  Brézé,  mariée  à  Claude 
de  Lorraine ,  duc  d'Aumale ,  pair  et  grand- veneur  de  France , 
Ueatenant-général  au  gouvernement  de  Bourgogne,  eut  les  biens 
de  Dauphiné.  Ici ,  comme  partout  ailleurs ,  cette  époque  ne 
rappelle  que  de  tristes  souvenirs.  Les  annéed  qui  précédèrent  et 
suivirent  la  Saint*Barthélemy,  furent  en  effet  pour  toute  la 
France  des  temps  de  misère  profonde.  Les  deux  partis  rava- 
geaient tour  à  tour  les  campagnes  ;  avec  la  sécurité  tout  com- 
merce avait  disparu  ;  les  habitants  de  Clérieu  succombaient  sous 
le  poids  des  tailles  et  des  exactions  de  plus  en  plus  difficiles  à 
supporter.  Le  logement  des  gens  de  guerre  était  considéré  avec 
raison  comme  une  des  charges  les  plus  lourdes.  Les  mémoires 
inédits  d*Eustache  Piémont  nous  apprennent  comment,  en  1598, 
les  gens  du  bourg  de  Saint*  Antoine  parvinrent  à  éloigner  de  leur 
localité  le  régiment  du  baron  de  Digoine,  pour  lui  faire  traverser 
la  baronnie  de  Clérieu  (2).  Hais  alors  le  village  dont  nous  nous 
'occupons,  n'appartenait  plus  à  la  maison  de  Lorraine.  — Trente 
ans  auparavant  Cordes  se  trouvait  à  Clérieu ,  lorsqu'il  se  fit 
amener  un  soldat  bourguignon  accusé  d'avoir  voulu  assassiner 
ie  baron  des  Adrets ,  et  dont  l'exécution  suivit  de  près  l'inter- 
rogatoire. 


(1)  Description  et  yalenr  des  terres  et  selgneturies  appartenant  à  fea  Dame 
de  Poitiers ,  aux  Arch.  de  la  Drôme. 

(2)  Mémoires  d*Eustache  Piémont;  —  Ghoribb,  t.II,  p.  623;  —  Fabbé  Vincent, 
Noticesur  Clérieu,  p.  38,  41. 


1S8  SOGliTÉ  »'AB€ÛOLOf>IE   ET  DB  STATISTIQUE. 

Le  19  février  1894,  Charles  de  Lorraine,  duc  d*Aumale,  pair 
et  grand  veneur  de  France,  chevalier  des  ordres  du  Roi,  vendait, 
comme  héritier  de  sa  mère ,  pour  le  prix  de  six  mille  écus ,  la 
terre  et  labaronnie  de  Glérieu  et  Chantemerle  à  noble  Jean  de 
La  Croix,  seigneur  de  Chevrières  (1). 

(A  coniirmer.) 

Anatole  de  G  ALLIER. 


(1)  Àrch.  du  chftteau  de  Sainl-Vallier. 


»•<€ 


u  MuramÉ  su  4698.  4St 


LE  DAUPHINÉ  EN  1698. 


(SuiTB.  -  VoiiBuUetin,  N.-2, 3, 4, 5, 7, 8,  et  II.) 

V.  FOIRES  ET  MARCHÉS. 

Les  foires  (1)  sont  assez  nombreuses  dans  cette  province. 


(1)  Rendez-Tons  commerciaux,  les  foires,  dont  le  nom  vient  de  forum, 
marché,  comme  aussi  peut-être  de  feria,  fête,  parce  qu*elles  se  tenaient 
babitueilemetit,  dans  Foriglne,  aux  approches  des  fêtes  locales  et  dédicaces 
d*églises,  sont  très-anciennes  en  Daupbiné,  puisque,  si  nous  en  croyons 
Gborier ,  les  premières  furent  établies  à  Mens  par  Néron.  Quoi  qu'il  en  soit, 
foires  et  marchés,  de  tout  temps,  ne  purent  être  établis  qu'avec  l'auto- 
risation du  souverain,  et  si  nous  en  trouvons  quelques-uns  émanant  de 
la  volonté  de  seigneurs  ecclésiastiques  ou  laïques ,  il  s'agit  évidemment 
d'une  époque  où  ceux-ci ,  nominalement  soumis  à  la  suzeraineté  des  em^ 
pereurs  d'Allemagne ,  Jouissaient  en  fait  de  toutes  les  prérogatives  de  la 
souveraineté. 

La  seule  différence  existant  entre  l'ancien  et  le  nouveau  régime,  relati- 
vement aux  foires  et  aux  marchés,  c*est  que  la  plupart  des  avantages  qui 
en  résultent  et  dont  Jouissent  exclusivement  aujourd'hui  les  communes , 
appartenaient  autrefois  aux  seigneurs,  qui  percevaient  le  montant  du  loyer 
des  places  publiques  où  s'étalaient  les  marchandises ,  sur  lesquelles  ils 
prélevaient,  en  outre,  dans  certains  lieux,  un  double  droit  de  leyde  ou 
d'octroi  en  cette  circonstance.  Aussi ,  Tune  de  leurs  principales  prérogatives 
était-elle  de  pouvoir  s'opposer  à  rétablissement  de  foires  et  de  marchés  à 
pareil  Jour,  dans  une  terre  distante  de  moins  de  quatre  lieues  de  la  leur. 
Il  est  bon  d'observer  cependant  que  dans  certaines  localités  se  tenaient 
des  foires  ou  des  marchés  francs ,  c'est-à-dire  dans  lesquels  toutes  mar- 
chandises étaient  exemptes  de  droits  de  leyde,  péage  ou  autres,  état  qui, 
au  début ,  était  ordinairement  la  conséquence  d'une  transaction  entre  la 
communauté  et  le  seigneur,  mais  qui  se  généralisa  dans  la  suite. 

Ajoutons  que  l'article  XXIII  de  l'ordonnance  d'Orléans  (1560),  reproduit 
dans  le  XXXVIII"  de  Fordonnance  de  Blois,  défendait  u  à  tous  Juges ,  per- 
»  mettre  qu'es  Jours  de  dimanches  et  festes  annuelles  et  solemnelles 
»  aucunes  foires  et  marchés  soyent  tenus.  »  (Ghorier,  Hist.  gén.,  1, 343.  — 

Rbnauldon,  Dict.  des  fiefs,  314.  Ordonnances  royaux,  etc.) 


440  SOCIÉTÉ  d'aechéologie  et  de  stàtisttque. 

il  y  en  a  chaque  année  :  huit  à  Dieulefit  (1);  six  à  La  Tour-du-Pin, 
Vinay  et  Die  ;  cinq  à  Saint-Jean-de-Bournay  (2) ,  Revel  (3) , 
Châtillon  (4)  et  Saint-Nazaire-le-Désert  ;  quatre  à  Grenoble  (5) , 
Monestier-de-Clermont,  Saint -Bonnet,  Étoile,  Montélimar, 
La  Motte-Chalancon ,  Le  Buis,  Taulignan  (6),  Valdrôme  et  Bour- 
deaux;  trois  à  Vif,  Bourg-d*Oisans ,  Beaurepaire,  Hoirans  (7) , 
Montbonnod  (8) ,  Eyrieu,  La  Côte-Saint-André  (9),  Voiron  (10), 
Mollans   (11) ,   Nyons ,  Gap  (12)  et  Guillestre  (13)  ;  deux  à 


(1)  En  1555,  le  roi  François  I"  établit  à  Dienleflt  des  foires  franclies. 
(Invent,  de  la  Ch.  des  Comptes.) 

(2)  De  ces  foires  trois,  celles  du  25  ayril,  du  29  août  et  du  28  octobre , 
ont  été  confirmées  par  lettres  patentes  en  date  de]uillet  1556.  (Stat.  de  Vis.) 

(3)  Établies  par  lettres  patentes  de  juillet  1623. 

(4)  Établies  en  1559  par  lettres  patentes  d'Henri  II. 

(5)  Celles  du  25  janvier,  du  16  août  et  du  4  décembre  datent  de  juillet 
1528,  mais  il  en  était  une  beaucoup  plus  ancienne,  appelée  foire  de  Saint- 
Martin,  laquelle  fut  créée  par  les  Dauphins  dès  les  premiers  temps  de 
leur  établissement  à  Grenoble.  Celle-ci  a  plus  tard  été  remplacée  par  la 
foire  du  lundi-saint. 

(6)  Par  lettres  de  juillet  1514  enregistrées  le  23  novembre  suivant,  Louis 
XII  établit  à  Taulignan  un  marché  le  jeudi  de  chaque  semaine  et  quatre 
foires  par  an.  (Arck.  dép.) 

(7)  Celles  du  30  juin  et  du  2  novembre,  érigées  en  1439,  furent  confirmées 
en  1445  et  derechef  en  1531,  époque  à  laquelle  on  en  créa  une  troisième 
le  3  mai. 

(8)  Autorisée  par  lettres  patentes  de  juin  1502. 

(9)  En  1574,  le  bourg  de  La  Gôte-Saint-Ândré  ne  possédait  que  deux 
foires,  mais  il  en  fut  alors  créé  deux  nouveUes,  celles  du  lundi-gras  et 
du  vendredi  de  TÂscension. 

(10)  La  foire  du  11  novembre  date  d'avril  1571,  les  deux  autres  furent 
établies  par  lettres  patentes  de  mars  1606,  qui  autorisèrent  également  un 
marché  le  mercredi  de  chaque  semaine. 

(11)  Par  lettres  patentes  de  Tan  1599,  homologuées  cinq  ans  après,  le 
roi  Henri  lY  autorisa  Férection  de  trois  foires  à  MoUans,  la  l'*,  le  jour  de 
Saint-Marc,  la  2?,  à  la  Saint-Jacques  et  la  dernière  pour  la  fête  de  Salnt- 
Rambert.  (Arth.  dép.) 

(12)  Les  foires  de  Gap  étaient  considérables,  puisqu'un  rapport,  fait  en 
t787,  n'éleva  pas  à  moins  de  561,000  livres  le  chiffre  des  transactions  qui 
y  étaient  alors  opérées. 

(13)  Foires  franches  établies,  en  1535,  par  Antoine  de  Levis,  archevêque 
d'Embrun  et  en  cette  qualité  seigneur  de  Guillestre. 


LE  dàuphiké  en  4698.  iÂi 

Viriville  (1) ,  l^a  Mure ,  Mens ,  Morestel  (2) ,  Saint-Marcellin  (3) , 
BriançoD  (4),  Pierrelatte,  Saint-Paul-3-Châteaux,  Romans  (5), 
Valence  (6)  et  Crest  ;  une  enfin  à  Bourgoin ,  CroUes  (7) , 
Roussillon  (8),  AUevard  (9),  Vizille,Bressieu  (10),  Embrun  (H), 


(1)  Gréées,  le  19  juin  1525,  par  Artos  Gonffler,  goaTerneor  daDauphiné, 
ce  qae  conflrma,  en  1574,  le  roi  de  France. 

(2)  Ce  sont  celles  du  29  mai  et  du  2  août  établies  par  lettres  patentes 
d'août  1572. 

(3)  Foires  du  2  mai  et  du  30  septembre  autorisées  en  août  1606. 

(4)  SuiTant  le  rapport  dont  il  a  été  parlé  plus  haut,  il  se  faisait  à  cette 
foire  pour  88,000  livres  d'affaires  diverses. 

(5)  Par  brevet  du  7  août  1592,  enregistré  au  Parlement  le  20  décembre 
1597,  Henri  lY  autorisa  l'établissement  de  deux  foires  à  Romans,  l'une  le 
15  mars,  transférée  ensuite  au  jour  de  Pâques,  la  seconde  le  15  octobre, 
puis  fixée  au  9  septembre  par  arrêt  du  Conseil  du  17  mai  1785,  enregistré 
le  8  février  1786.  Cette  dernière  devait  durer  huit  jours. 

(6)  Foires  de  l'Ascension  et  du  19  octobre  établies  par  lettres  patentes  de 
Louis  XI,  en  date  de  La  Tour-du-Pin,  1450.  Elles  devaient  chacune  durer 
huit  jours. 

(7)  Établies  par  lettres  patentes  de  février  1618. 

(8)  Lettres  patentes  de  septembre  1573  fixant  au  25  juillet  cette  foire 
qui  fut  plus  tard  transférée  au  vendredi  suivant. 

(9)  Gréée  en  septembre  1616. 

(10)  Dans  la  charte  de  franchises  accordée  aux  habitants  de  Bressieux , 
le  8  juin  1288,  par  Hugues  de  Bressieux,  leur  seigneur,  celui-ci  stipule 
l'établissement  d'une  foire  pendant  la  quinzaine  de  la  Toussaint,  laqueUe 
devrait  durer  sept  jours  continus  et  complets  et  pendant  laquelle  (  singulier 
privilège)  les  adultères  ne  pourraient  être  poursuivis  :  Statuimus  quod 
nvndirup  fiant  in  dicto  loco  in  quindena  omnium  sanctorum,  et  durent  per 
septem  dies  continiios  et  completos  et  sint  omnes  in  dictis  nundinis  exis- 
tentes  quilti  et  immunes  a  crimine  adtUterii (^5.  des  fiefs,  II,  188.) 

(11)  Suivant  la  Statistique,  quatre  des  foires  tenues  dans  ce  bourg  auraient 
pour  point  de  départ  des  lettres  patentes  de  février  1572.  Mais  il  en  est  une 
dont  l'établissement  eut  lieu  au  XII«  siècle  par  l'archevêque  de  Lyon , 
prélat  diocésain,  ce  qui  donna  lieu  à  des  réclamations  de  la  part  du  Dauphin , 
qui  la  laissa  subsister  cependant ,  car  nous  voyons  en  1274  le  prieur  du 
lieu,  Albert,  faire,  avec  l'agrément  de  la  communauté,  un  règlement  pour 
la  tenue  de  cette  foire.  (Chohier,  Hist.  gén.,  1 ,  826;  —  Revue  du  Lyonnais , 
IV,  231.) 

Tome  IV.  -  1869.  10 


442  SOCIÉTÉ  d'ahgeéologie  et  de  statistique. 

Saint  -  Symphorien  -  d*Ozon  (1),  Saint -Donat  et  Moras  (8). 
Les  principaux  marchés  sont  à  Grenoble,  deux  fois  la  semaine; 
à  Vienne,  trois  fois;  à  Voiron,  Goncelin,  Vizille,  Mens,  Corps, 
Horestel,  Saint- Georges -d*Esperanche  (3)^  Beaurepaire,  La 
Côte-Saint- André  (4),  Romans  (5),  Saint-Marcellin ,  Valence  (6), 
Die  (7) ,  Chabeuil ,  Crest ,  Nyons ,  Gap ,  Tallard  et  Veynes ,  une 
seule. 


(1)  En  1229,  le  dauphin  Guigues-Ândré,  qui  venait  de' répudier  sa  première 
femme  ;  Béatrix  de  Claustral ,  attribua  entre  autres  rentes  à  celle-ci  1000  sous 
de  revenus  annuels  à  prendre  sur  le  produit  des  foires  de  Moras  et  de  Saint- 
Donat. 

(2)  Établi  en  1544  chaque  samedi  par  arrêt  du  Parlement. 

(3)  Très-ancien ,  tenu  également  le  samedi ,  transféré  au  jeudi  par  arrêt 
du  Conseil  d'État  du  23  avril  1773. 

(4)  L'an  1557,  des  lettres  patentes  en  date  du  3  juillet  ordonnèrent  la 
démolition  de  toutes  les  maisons  situées  hors  l'enceinte  de  la  viUe  de  Ro- 
mans, pour  y  fixer  le  commerce  des  grains  et  rendre  ses  marchés  plus 
fréquentés. 

(5)  Établi  en  1584  par  Henri  III. 

(6)  Dans  la  seconde  moitié  du  XI*  siècle  (1057-1070) ,  Gontard,  évêque  de 
Valence ,  accorde  aux  habitants  de  cette  ville  un  marché  de  trois  jours , 
lequel  devait  être  tenu  depuis  le  jeudi  à  l'aurore  jusqu'au  samedi  à  la  nuit. 
(Cartulaire  de  Romans,  ch.  66.) 

(7)  Le  27  février  1399,  Jean  de  Poitiers,  évêque  de  Valence  et  de  Die, 
accorda,  à  la  demande  des  consuls  de  cette  dernière  ville,  des  lettres  par 
lesquelles  le  jour  de  marché  qu*estoit  le  vendredy,  il  fut  remis  et  changé 
au  sabmedy.  (  Cartulaire  de  Die,  ch.  14.) 


ÉTTMOLOeiES  DES  NOMS  DE  UEO  DE  LÀ  DRAmE.  443 


ÉTYMOLOGIES  DES  NOMS  DE  LIEU 

DU  DÉPARTEMENT  DE  LA  DROME. 

(8vrrB.  -  Voir  BuUetùi,  N.~  9  et  12.) 


IVonui  de  Iteii  emprunté*  aux  inontefpnes^ 
aux  roehera  et  aux  cavernes* 


Mémée,  près  de  Châtillon,  ancien  fief  des  Simiane,  Mensac, 
près  de  Menée ,  dont  le  nom  est  peut-être  une  altération  de 
mensoA)  ou  mensao  (pierre  debout,  monument  druidique), 
Menglon,  situé  aussi  près  de  Chàtillon ,  Villa  Menglone  en  1058, 
Menglo  en  1178  et  en  1214  [chart.  dv,  Diensis,  p.  5,  9, 15S, 
etc.  ) ,  ancien  fief  des  évèques  de  Die ,  qu'on  peut  rapprocher 
du  breton  menglan  et  menglen,  montagne  du  vallon,  cmnbe-- 
mont  (v.  le  §  II),  et  mengleuz,  carrière,  comme  Menglas 
(Isère),  montagne  des  gazons  ou  des  p&turages,  et  pierre 
bleue,  ardoise,  dans  les  langues  néo-celtiques,  ont  la  même 
racine  que  menez ,  montagne ,  rocher,  en  br.,  mynyz ,  en  galL, 
mcm,  mvÀ/ny  mmn,  en  éc.  et  en  irl.,  moen,  pierre,  en  gall.  ^ 
mecm  et  maen  en  br.,  d'où  les  mots  dolmen,  peulven,  menhir 
(pierre  large,  droite,  longue)  :  mcmium,  mur  de  pierres, 
rempart,  en  I.,  parait  avoir  la  même  origine.  Un'acte  de  1461 , 
cité  par  M.  Lacroix  (54«  lettre) ,  a  été  fait  à  la  Baume-de-Transit, 
devant  la  place  appelée  la  Menher,  dont  le  nom ,  perdu  aujour- 
d'hui ,  rappelait  quelque  monument  celtique.  Le  nom  de  Fabbé 
de  la  Mermais  est  le  inot  msriez  habillé  à  la  française  ;  il  veut 
dire  Dumont  ;  il  est  synonyme  de  Menet ,  nom  commun  à  plu- 
sieurs quartiers  ou  Ueux  dits  de  TArdèche ,  et  qui  est  devenu 


(1)  Bdwabds,  p.  345;  —  Zeoss,  p.  101;  —  LbGofiidbk,  actionnaire 
celtO'breton,  p.  326  et  329. 


4ÂÂ  SOCIÉTÉ  D'ABCHÉOLOGIE  ET  DE  STATISTIQUE. 

aussi  celui  de  diverses  familles  et  de  Bertrand  Meinet ,  qui  fonda, 
en  1362 ,  une  chapelle  dans  la  cathédrale  de  Viviers. 

Plusieurs  des  mots  cités  s'éloignent  peu  d'une  série  de  mots 
basques  ou  ibériens  qui  veulent  dire  aussi  montagne  ;  ce  sont  : 
mend ,  mendia,  mendiana,  mendit,  munho^  monho,  qui 
pourraient  bien,  dit  Humboldt^  avoir  la  même  racine  que  le 
latin  mons ,  montis ,  qui  ne  dérive  pas  du  grec ,  et  dont  les 
similaires  sont  mong,  en  chinois,  mugh,  en  pers.,  mahay  grand, 
élevé,  en  s.  c.  t.,  bant,  hauteur,  enk.  Beaucoup  de  noms  de 
lieu  des  Pyrénées  et  celui  de  la  ville  de  Mende  ont  pour  racine 
ma/ndou.  mend;  il  en  est  de  même  de  Mandolx  ou  Demandolx, 
près  Castellane,  situé  sur  la  cime  d'un  rocher  très-élevé ,  ce 
qui  a  donné  lieu  au  proverbe  :  «  Du  plateau  de  Mendolx  on 
»  voit  voler  les  aigles  par  le  dos  »;  Rimandoule  (ruisseau  du 
mont,  rivus  montis  ou  Rimant),  petit  affluent  du  Roubion 
qui  prend  sa  source  dans  les  hautes  montagnes  de  Truinas. 

MiRMANDE,  ancien  fief  des  évêques  et  du  chapitre  de  Valence , 
Mirmanda  en  H84  et  1238,  Mti  en  amphithéâtre  sur  une 
montagne  ;  ce  nom  est  synonyme  de  Montmirail ,  Mvramont , 
Mvrabel,  etc.  (V.  ci-dessus  v©  5eatw^m6/ant),  montagne  d'où 
l'on  mi/re. 

Miranda,  belvédère,  guérite,  lieu  d'où  l'on  guette,  en  b.  L, 
paraît  avoir  formé  les  noms  de  Mérindol,  près  du  Buis,  cons- 
truit sur  une  haute  montagne ,  ancien  fief  d'une  branche  des 
d'Agoult,  tombée  en  quenouille  dans  les  Montpezat,  Minndolium 
en  1294,  Merindolium  en  1317,  Mirandol  (Lozère  et  Tarn)  et 
Mirande  (Gers  et  Portugal).  De  mira,  point  de  vue ,  guérite, 
tour  d'où  l'on  observe,  vient  peut-être  Mureil,  près  de  Saint- 
Vallier ,  dont  l'ancien  château  est  sur  ime  hauteur  qui  domine 
la  vallée  de  la  Galaure;  ce  fief  des  Poitiers  et  des  Claveyson, 
qui  passa  plus  tard  aux  Tournon ,  est  appelé  Ecclesi-a  de  Castro 
Miron  en  1119,  Mirolium  en  1348  et  1364,  Mirol,  Mireolum  et 
Muruel  dans  les  anciens  actes  2. 


(1)  Prufung  der  Untersuchungm  uber  die  urbewohner  Hùpaniens,  p.  47. 

(2)  Valbonnats,  histoire  du  Dauphiné,  t.  H,  p.  551;  —André du Ghesne 
p.  55;  —  Bulletin  archéologique,  1868,  p.  425. 


ÉTÏMOLOOIES  DES  «OMS  DE  LIEU   DE  LA  DRÔUE.  415 

Le  Molard,  près  de  Saint- Vallier,  Molarium  en  1818,  qui 
appartenait  dans  les  XVII«  et  XVIII«  s.  aux  d*Izeran  de  Lemps  ; 
MoLLANS ,  près  du  Buis ,  sur  un  roc  taillé  à  pic ,  Castrum  de 
Mollcmis  ou  Molanis  en  1294  et  1300  (  Valbonnays,  t.  II,  p.  74 , 
102, 108) ,  sont  empruntés  à  un  radical  qui  veut  dire  montagne, 
hauteur;  on  le  retrouve  dans  moles,  môle,  en  L,  mol,  m^aol, 
mollan,  mull,  colline,  montagne,  en  irl.  et  en  k.,  du  s.  c.  t., 
inala,  chaîne  de  montagnes  {d'où  Malabar,  pays  des  montagnes). 
Molard,  molaris  et  molarium  y  en  b.  1.,  est  le  nom  dont  on  se 
sert  dans  certaines  provinces  pour  désigner  les  tumuli  ou 
amas  de  terres  transportées.  C'étaient  des  tombeaux  élevés ,  à 
l'époque  gauloise  ou  gallo-romaine ,  en  l'honneur  d'un  chef  ou 
des  combattants  tués  dans  une  bataille.  Molarium  désignait 
aussi  une  simple  éminence;  les  noms  de  Moleron,  Mola^,  les 
Molles,  Mollon,  etc.,  n'ont  pas  d'autre  origine.  Jfo//a/i5,  qui 
appartenait  dans  le  XIII<^  s.  à  la  puissante  maison  de  Mévouillon, 
avait  déjà  passé  en  1400  aux  d'Urre  de  MoUans  et  vers  1680 
aux  Simiane,  qui  le  possédaient  encore  en  1789. 

Le  substantif  morhs ,  dont  il  a  été  parlé  v*»  Mvrma/ade ,  entre 
dans  la  composition  de  beaucoup  de  noms  ;  tels  sont  Hontalivet 
(  Montolivet  sur  la  carte  de  Cassini  ) ,  entre  Hontélégier  et  Hont- 
meyran ,  formé ,  dit-on ,  de  mons  oliveti ,  parce  qu'il  y  avait 
des  oliviers  avant  le  rigoureux  hiver  de  1709;  il  existait  en 
Languedoc  une  famille  de  Montolivet  qui  avait  un  olivier  dans 
son  écusson;  ces  noms  ont  la  même  origine  que  ceux  de 
MoNTAULiBU ,  près  de  Nyons ,  Castrtim  de  Monte  Olivo  en  1284 , 
qui  appartenait  aux  Diez  dans  le  XVI«  s.  et  dans  le  XYIII»  aux 
Caritat  de  Condorcet;  de  Montolieu,  près  de  Carcassonne, 
Mons  Olivi  en  800,  et  d'Alivet  près  de  la  Côte  (Olivetum), 
ancienne  maison  forte  avec  un  jardin  complanté  d'oliviers^. 

M.  Victor  Bachasson,  chevalier  de  Saint-Louis,  qui  a  long- 
temps commandé  la  ville  de  Sarreguemines ,  a ,  le  premier , 
joint  à  son  nom  celui  de  Montalivet,  où  il  avait  fait  construire 
une  élégante  et  confortable  maison  de  campagne.  Il  figure  sous 


(1)  L'abbé  Clerc  Jacquieb  ,  la  Côte-Saint-André,  p.  98. 


M6  SOCIÉTÉ  d'ARCBÉOLOGIE  ET  DE   STATISTIQUE. 

le  nom  unique  de  db  Montalivet,  sur  les  États  militaires  de 
1760  et  1775;  il  avait  épousé  Charlotte  de  Saint-Germain,  et 
était  proche  parent  de  Claude  Bachasson  de  la  Chafine,  mestre 
de  camp  de  cavalerie,  qui  devait  le  second  de  ses  noms  à  un 
domaine  situé  près  de  Portes-lès-Valence.  Victor  eut  pour  fils  le 
comte  de  Montalivetf  ministre  de  Tintérieur  de  1809  à  1814, 
dont  le  âls  a  transporté  le  nom  de  Montalivet  à  la  belle  terre 
de  la  Grange  qu*il  possède  près  de  Sancerre  (Cher).  Un  décret 
rendu  en  1869  a  autorisé  H.  Masson,  gendre  de  M.  le  comte 
DE  Montalivet  ,  à  relever  ce  nom  glorieux ,  qui  se  serait  éteint 
avec  l'ancien  ministre  de  Louis-Philippe. 

Bachasson  est  un  nom  ancien  en  Dauphiné;  en  1393,  François 
Bachasson  était  un  des  notables  de  Romans  i  ;  le  28  avril  1609, 
Jehan  Bachassoy\  fut  nommé  trésorier  provincial  de  l'extraor- 
dinaire des  guerres  dans  le  Lyonnais,  et  en  1649  Jean  Bachasson 
était  conseiller  à  l'élection  de  Valence  :  ce  dernier  paraît  appar- 
tenir à  une  branche  des  £ac/ta^5on  du  Royannais ,  que  Guy- 
Allard  dit  s'être  éteinte  au  commencement  du  XVIIe  siècle. 

On  se  servait  autrefois  dans  le  haut  Dauphiné,  pour  traverser 
certains  torrents  débordés ,  notamment  le  Drac,  ou  des  gorges 
étroites  et  profondes,  d'une  caisse  ou  grand  baquet,  appelé 
bâchasse,  suspendu  à  un  câble  tendu  comme  celui  d'un  bac  à 
traille,  et  contenant  deux  hommes  qui  le  faisaient  glisser  sur 
la  corde.  Videl,  dans  son  Histoire  de  Lesdiguières ,  mentionne 
ce  genre  de  locomotion;  il  y  a  près  de  fiarcelonnette  une 
haute  montagne  dite  Tête  de  Bâchasse;  ce  nom  et  celui  de 
Bachasson  rappellent  cet  ancien  usage  ;  ce  dernier  a  dû  être 
donné ,  dans  les  XII«  ou  XIIi«  s.,  à  celui  qui  avait  établi  une 
petite  bâchasse  pour  sa  commodité  ou  celle  des  voyageurs  : 
bachasson,  dans  l'idiome  vulgaire,  désigne  un  petit  bâcha.  Ces 
mots ,  comme  bachot  (  petit  bateau  ) ,  ont  la  même  racine  que 
bachy  bateau,  en  t.,  back,  en  al.,  bak,  en  hoL,  bâche  eu  viral*^ 
Ion,  etc. 

MoNTAUBAN,  près  de  Séderon,  Castrum  Montis  Albani,  a 


(1)  GiRAUD,  Essai  historique,  etc.,  2'  partie ^  preuves,  p.  284. 


ÉTÏMOLOGIES  DE8  NOMS  DE  LIEU  DE  LA  DBÔHE.  iÂl 

appartenu  aax  Montauban,  aux  Adhémar,  aux  Dauphins  et  à 
une  branche  de  la  maison  de  La  Tour.  Le  territoire  de  Mon- 
tauban est  composé  de  hautes  montagnes;  ce  nom,  comme 
celui  de  plusieurs  autres  Montauban  ou  Monîalbah ,  est  suscep- 
tible de  plusieurs  interprétations  :  c'est  peut-être  le  résultat 
d'un  pléonasme ,  alb  et  albaifm  ayant  le  sens  de  montagne 
(v*  Albon)^  un  synotiyme  de  Mont-bla/nc  {albanus  pour  albus) 
ou  de  Montclar;  de  montagne  i'Alban  ou  A' Albin,  ou  de 
Fétranger  {albanus,  a/abam ,  étranger,  en  b.  1.). 

MoNTBOucHBR ,  près  de  Montélimar»  Mons  Bocherii  en  1237, 
Mons  Bocherius  etl  1339,  veut  dire  montagne  du  bois  ;  c'est  un 
synonyme  de  Montboiésier,  ou  le  nom  de  Boismont  ou  Boimont 
renversé.  Plusieurs  quartiers  de  la  commune  de  Montboucher, 
notamment  celui  des  Hayes  ou  Ayes  (bois;  v.  le  g  Y.),  étaient 
ou  sont  encore  couverts  de  bois.  Ce  nom  à  la  même  racine  que 
bouchellm,  bois,  en  b.  1.,  bouchet  et  bouchière  en  v.  fr.,  busch 
en  al.  et  en  t.,  que  les  mots  bouchon  (rameau  de  verdure), 
bûche,  et  que  le  nom  de  la  famille  cki,  Boucliet  (syn.  de  du 
Bois),  ancienne  en  Dauphiné.  Boucher,  autrefois  bouscher, 
voulait  dire  dans  le  principe  fermer  une  ouverture  avec  du 
bois  ou  des  broussailles.  J/ontoucAer  faisait  partie  de  la  Valdaine, 
dont  le  nom  veut  dire  forêt  (v.  le  §  V.);  ce  fief  a  longtemps 
appartenu  aux  Adhémar,  qui  le  tenaient  des  Poitiers  (1283)  ;  il 
passa  vers  le  XVI«  s.  à  la  branche  des  de  Vesc,  qui  possédait  les 
seigneuries  d'Espelùche  et  de  la  Lau  ou  Lalo ,  et  dans  le  XVin« 
aux  de  Tulle,  qui  succédèrent  aux  de  Vesc,  v.  Tulette. 

MoNTBHisoN^  près  de  Grignan,  comme  Montbrison  (Loire), 
rappelle  le  nom  de  son  fondateur;  ce  âef  fut  donné  en  1284 
par  Randone  de  Montauban  à  son  ills ,  sous  le  nom  de  Castrum 
de  Monte  Brisonne;  il  a  appartenu  aussi  aux  Adhémar  de 
Grignan,  aux  Poitiers,  aux  princes  d'Orange  et  aux  rois  de 
France.  Montbrison  paraît  synonyme  de  Montbreton  (  Isère) ,  et 
a  pour  racine  le  nom  d'homme  Brison,  forme  francisée  de 
Breiz  (breton) ,  de  même  que  celui  du  poète  Brizeux,  dont  les 
ancêtres  s*appelaicnt  Brizeuk,  lorsqu'ils  habitaient  rirlatnde, 
avant  1688.  Montbrun,  près  de  Séderon,  Castrum  Montis  Bruni 
en  1281 ,  dominé  par  un  vaste  château  fort  et  érigé  en  marquisat 


HS  SOCIÉTÉ   d'àBGHÉOLOCIL   £T  DE  STATISTIQCE. 

en  1620,  en  faveur  de  Jean  du  Puy,  appartenait  en  1789  aux  de 
Sade.  Il  doit  son  nom  soit  à  son  fondateur ,  soit  à  la  couleur 
des  terres  ou  des  rochers ,  soit  au  mot  brun^  hauteur,  en  gall., 
ce  qui  constituerait  un  pléonasme  (v.  Bren). 

MoNTCHENU ,  de  Monte  Canuto  en  1441 ,  a  donné  son  nom  à 
une  famille  connue  depuis  1096  ï;  il  veut  dire  Mont-blcmc,  et 
rappelle  ceux  de  Montclar,  C  1er  mont,  Montluisant  ;  Chenu  a 
la  même  racine  que  canus ,  blanc,  en  1.,  kann  en  br.,  cand  en 
s.  c.  t.  Montclar,  près  de  Crest,  Castrwin  de  Monteclaro  en  1201 
et  1298  {Chart.  civis  Diensis,  p,  25;  Valbonnays,  t.  II,  p.  88), 
a  appartenu  aux  Dauphins ,  aux  évêques  de  Die ,  aux  Poitiers , 
aux  Guy-Pape  (1450),  aux  d'Ârbalestier  et  auxGrammont. 
Il  y  a  dans  les  Basses- Alpes  un  village  appelé  Montclar  ou 
Moncla/r,  érigé  en  marquisat  en  1769,  en  faveur  de  François 
de  Ripert ,  dont  la  famille  a,  pendant  plusieurs  siècles ,  habité 
Montélimar,  où  elle  est  connue  depuis  1096^.  Pour  Mont  de 
Véroux,  voir  Vérorme.,  g  IV. 

Le  nom  deMoNTÈLÉGER  rappelle  aussi  celui  d*un  fondateur  ou 
d*un  ancien  possesseur.  D'après  M.  Tabbé  Vincent ,  les  plus 
anciens  documents  vé\.dX\kkMontéléger,CastrumMontiS'Lagern, 
datent  de  1157  et  de  1238.  M.  Fabbé  Chevalier  »  reproduit  un 
acte  de  1229  dans  lequel  on  lit  :  Apud  Montem  Latgerium. 
Primitivement  c'était  un  fief  de  Tévéque  de  Valence  ;  il  a  appar- 
tenu aux  d'Urre  (1470),  à  Bertrand  de  Villars  (1506),  aux 
Mayaud  (1540) ,  aux  Tournon ,  aux  de  Luc  (1654)  ;  il  fut  acquis 
en  1742  par  la  veuve  de  Gabriel  Bernon ,  qui  avait  été  juge  à  Ro- 
mans :  son  fils,  Jean-Gabriel,  officier-général,  né  en  1735,  mort 
en  1833 ,  joignit  à  son  nom  celui  de  Montéléger,  auquel  son 
fils,  mort  célibataire  et  lieutenant-général  en  1825,  ajouta 
.  un  nouvel  éclat.  Conformément  au  désir  de  Jean-Gabriel  Bernon, 


(1)  BoREL  d'Hauteriye,  Annuoire  de  la  noblesse,  1868,  p.  169. 

(2)  Pour  la  signiflcation  de  Ri'perl ,  voir  mes  «  Origines  des  noms  propres, 
p.  19  »,  et  pour  Thistoire  de  cette  maison,  Pithon-Gurt,  deMillevlUe,  Borel 
d'Hauterive,  etc. 

(3)  Chartularium  de  Lconcello ,  p.  105. 


ÉTTMOLOGIES  DES  IifOMS  DE  LIEU   DE  LA  DHÔHE.  449 

H.  Pavin  de  Lafarge,  son  petit-ûls ,  s'est  fait  autoriser  vers  1844 
à  joindre  à  ses  noms  ceux  de  son  grand-père. 

Quel  est  le  parrain  de  Montéléger  ?  L'histoire  est  muette  à 
son  égard  :  Guy-Allard^  mentionne  Léger,  archevêque  de 
Vienne,  mort  en  1073,  qui  avait  été  religieux  du  monastère  de 
Saint-Barnard ,  et  H.  Giraud^  donne  des  détails  intéressants 
sur  Léger,  flls  du  seigneur  de  Romans,  élu  en  1025  abbé  de 
Saint-Barnard ,  dont  il  augmenta  Timportance.  Peut-être  a-t-il 
donné  à  Montéléger  son  nom ,  écrit  Leudgartus ,  Leudegarius  et 
Leodegarius  dans  les  actes  anciens.  C'est  le  même  que  celui  de 
sanctus  Leodgarvus,  évêque  d'Autun,  martyrisé  en  678;  il  a 
joui  d'une  grande  vogue,  si  l'on  en  juge  d'après  les  nombreux 
villages  appelés  Samt-Léger,  Lager  ou  Lagier,  Ce  nom  signifie 
en  t.  illustre  guerrier;  on  en  retrouve  la  première  partie  dans 
LeotaldAJtë  ou  Léotaud,  illustre  et  vénérable;  Leotardus  ou  Li/Ur- 
tardus,  Léotaud  ou  Lioia/rd,  illustre  et  hardi,  etc. s. 

MoNTÉLiER,  Montellisium  en  1199^,  Montilisium  en  1943, 
Montilium,  veut  dire,  monticule  :  ce  fief  fut  cédé  en  1390  par 
l'évèque  de  Valence  à  François  de  Sassenage  ;  un  de  ses  descen- 
dants fit  construire ,  vers  la  fin  du  XV«  s. ,  le  château  actuel  pour 
remplacer  la  Motte  ou  château  fort  en  ruine  qui  était  sur  le 
coteau.  Les  Sassenage ,  qui  firent  ériger  Montélier  en  comté  en 
1673,  tombèrent  en  quenouille  vers  1750  dans  les  Bérenger  du 
Gua.  Après  la  révolution  de  1789,  ce  beau  château  fut  acheté 
par  H.  de  Chaponay,  dont  la  fille  unique  l'apporta  aux  Mon- 
leynard. 

HoNTÉLiMAR ,  MonHHum  Adhemari  et  dans  le  XV«  s.  Montilium 
Aemari,  par  suite  d'une  contraction  commune  dans  les  anciens 
actes,  s'appelait  autrefois  Monteil-Ayma/r.  Le  peuple,  qui  con- 
serve longtemps  les  anciennes  formes  du  langage,  dit  encore  au- 
jourd'hui :  c  Je  vais  au  Montèlimar  ».  Ce  nom  a  été  substitué , 
probablement  dans  le  X«  ou  le  XI«  s.,  à  celui  d'Acunum  ou 


(1)  Dictionnaire  du  Dauphiné,  t.  H,  p.  15. 

(2)  Essai  historique ,  t.  I ,  p.  30. 

(3)  Meidinger,  Dictionnaire  des  tangues  leuto- gothiques ,  p.  562. 

(4)  Vabbé  Chevalier,  Chartutarium  de  LeoncellOj  p.  70,  131. 


450  SOCIÉTÉ  d'aRGHÉOLOGIE  et  de  STAnSTIQVB. 

Acusium,  dont  il  sera  question  dans  le  g  III.  Ce  fief,  après  avoir 
longtemps  appartenu  aux  Adhémar,  passa  sous  le  pouvoir  des 
papes  (1383)  et  plus  tard  (1446)  des  rois  de  France.  En  1641 , 
il  fut  érigé  en  duché  -  pairie ,  sous  le  nom  de  Valentinois , 
en  faveur  des  Grimaldi  »  princes  de  Monaco.  Quelques  auteurs 
ont  traduit  le  nom  d*Adhémar  par  illustre  guerrier ,  mais 
Grimm  ^  Forstemann  ^  et  Pott  ^  lui  donnent  le  seos  de  noble 
et  illustre. 

MoNTEUX,  Monteyls  dans  les  anciens  actes,  veut  dire  monticule  : 
il  n'existe  dans  cette  commune  que  de  petites  ondulations  de 
terrains  :  voir  Beaumont, 

MoNTFERRAND ,  près  dc  Rémuzat ,  Castrum  de  Monte  Ferrando 
en  1284,  qui  appartenait  en  1789  aux  de  Cruel,  est  un  nom 
commun  à  plusieurs  provinces;  il  rappelle  un  fondateur,  une 
forge  ou  une  mine  de  fer. 

MoNTFRoc,  près  de  Séderon ,  Ecclesia  de  Monte  Froco  en  1358, 
Montis  Frooi  en  1498 ,  qui  appartenait  aux  Âdbémaf ,  dans  les 
XiII«  et  XI V«  s.  et ,  en  1766,  aux  La  Tour-du-Pin  Montauban- 
Lachau ,  a  le  sens  de  montagne  inculte ,  et  vient  de  fro ,  froc , 
fraux,  froust,  terre  en  friche,  en  v.  fr. 

MoNTCUERS,  près  de  Montfroc,  Castrum  de  Montegxierso  en 
1284,  qui  appartenait  dans  le  siècle  dernier  aux  Bonaud  d'Âr^ 
chimbaud ,  veut  dire  montagne  du  ruisseau  ;  il  vient  de  guez 
ou  guiers,  cours  d'eau:  voir  Gervanne,  §  III.  Gners  pburrait 
être  aussi  une  altération  du  br.  ker,  maison ,  domaine,  ou  être 
emprunté  au  n.  d*h.  Gners,  qu'on  trouve  dans  le  Cariulmre  de 
Léoncel,  à  la  date  de  1192. 

MoNTJOUX,  près  de  Dieulefit,  CasPrumde  Monte  Jovis  en  iiiO 
et  1332,  Mons  Jovis  en  1284,  a  appartenu  aux  de  Vesc  du  XIII^ 
au  XVI«  s.,  et  plus  tard  aux  Forest  de  Btacons  et  aux  de  Rigot, 
anoblis  par  Henri  IV,  qui  portaient ,  dans  le  siècle  dernier,  le 
titre  de  marquis  de  Montjouœ ,  et  sont  tombés  en  quenouille 


(1)  Deutsche  Grammatik ,  t.  H ,  p.  330. 

(2)  AUdeutsches  Namenbuck,  t.  I,  p.  1 54. 

(3)  Die  Personerma^nen,  p.  249  et  255. 


ÉTTHOLOGIES  DES  NOMS  DE  LIEU  DB  Li  DlèlfE.  454 

dans  les  Catou  de  Tbalas.  Ce  nom  peut  être  traduit  de  deux 
manières  différentes,  suivant  les  localités,  et  rappeler  dans 
certains  cas  une  montagne  consacrée  à  Jupiter  ;  le  plus  souvent 
les  deux  partie»  forment  un  pléonasme.  Jo^  Joe,  Joug,  Joux, 
Jou,  Jau,  Jeu,  sont  d'anciens  radicaux  c.  ou  t.  ayant  le  sens 
de  hauteur,  montagne,  comme  jugvm  en  1.,  yoke  en  scand. 
(voir  Geysscms).  On  les  retrouve  dans  beaucoup  de  noms,  tels 
que  :  Aujou  ou  Aujouœ^  Altum  Jugum,  une  des  montagnes  les 
plus  hautes  du  Beaujolais;  le  cros  du  Joux,  près  de  Marcols 
(  Ardè(;he) ,  dominé  par  une  montagne  de  1138  mètres  ;  Tancien 
fief  de  Joux,  près  de  Tence  (Haute-Loire),  appartenant  à  la 
famille  La  FayoUe  de  Mars,  originaire  du  Dauphiné;  Ajoux 
(Ardèche),  pour  à  joux  (au  mont);  le  fort  de  Joux,  près  de 
Pontarlîer,  où  est  mort  Toussaint  Louverture;  Joux  (Yonne), 
Jugum ,  Jugœ ,  Jox ,  dans  le  XII« s. ;  Asperjoo ,  sommet ,  escarpé  ; 
Casteljau  (Ardèche),  château  du  mont,  etc. 

Le  nom  de  Montjôdx  (synonyme  de  Puyjoux ,  Podium  Jovis, 
qui  domine  Saint-Paul^trois-Ch&teaux  )  est  commun  à  beaucoup 
de  localités,  notamment  à  Montjoux  (Nièvre  et  Isère);  Montjou 
(Ardèche),  etc.  C'est  une  variante  de  celui  du  domaine  de  Mont- 
jau ,  près  du  Bourg-Saint-Andéol ,  propriété  de  la  famille  Madier 
de  Montjau,  et  du  fief  de  Monijeu ,  qui  appartenait  aux  d'Izarn 
de  vyiefort  (Languedoc)  :  voir  Divajeu,  i  V.  Montjoie,  qu'on 
rencontre  dans  presque  toutes  les  provinces  et  qu'on  traduisait 
le  plus  souvent  par  Mons  Gaudii,  pourrait  être,  dans  certains 
cas ,  un  synonyme  de  Montjoux  et  rappeler  deux  Ifois  l'idée 
de  montagne. 

MoNTjoTER ,  près  de  la  Trappe  d'Aiguebelle,  est  appelé  Campus 
Montis  Jugera  en  1077,  Montjouier  et  Montjuier  en  1280,  Locus 
de  Monte  Juerio  et  Monjuyer  en  1447  *.  Je  ne  pense  pas  que 
ce  nom  soit  synonyme  de  Montjoux;  il  doit  être  traduit  plutôt 
par  montagne  du  juge  ou  du  tribunal  et  parait  avoir  la  même 


(1)  AnruUes  de  V abbaye  d'AiguebeUe,  t.  I,  p.  449,  465  et  547.  L'autenr 
de  cet  ouvrage,  qui  signe  ses  lettres  F,  MarielHugues ,  persiste,  confor- 
mément aux  règles  de  son  ordre,  à  ne  pas  vouloir  faire  connaître  son  nom. 


452  SOCIÉTÉ  d'aeghéologie  et  de  statistique. 

racine  que  jugeria,  juridiction ,  juj'mw* ,  juge,  enb.  1.  [jugier 
en  dialecte  normand  du  XIII«  s.)-  L'abbaye  fondée  à  Montjmjer, 
en  1045,  fut  occupée  par  les  moines  jusqu'en  1137,  date  de  la 
fondation  de  l'abbaye  d'Aiguebelle  où  ils  s'établirent,  ne  laissant 
à  MoNTJOYER  que  des  Frères.  L'auteur  des  Annales ,  p.  84,  dit 
que  Y  Abbé  était  justicier  de  tout  le  mandement,  ce  qui  semble 
confirmer  l'étymologie. 

MoNTLAHuc,  près  de  la  Hotte-Chalancon ,  est  appelé  Mons 
Lugdv/num ,  de  Monte  Lud/u,no  dans  les  XIV«  et  XV«  s.  Lugdu- 
num,  forme  gallo-romaine  d'un  nom  gaulois  qui  veut  dire 
montagne  du  marais,  a  subi  de  nombreuses  altérations  en 
arrivant  jusqu'à  nous ,  puisqu'il  a  été  changé  en  Lahuc,  Lyon, 
Leyde,  Laon^  etc. 

MoNTLAUR,  près  de  Luc,  Mons  Lcmri  en  1332  et  en  1343,  qui 
appartenait  aux  Morard  dans  le  siècle  dernier,  veut  dire  mon- 
tagne des  pâturages,  de  laur,  pâture,  lande,  eu  gall.,  lar  en 
irl.  et  en  éc. 

Montlucet  ,  Castrum  de  Monte  Luceto  et  Montlucet  en  1280 
(Annales  d'Aiguebelle ,  t.  I ,  p.  468) ,  est  une  tour  qui  domine 
au  loin  la  route  de  Montélimar  à  Grignan.  Un  acte  de  1223 
mentionne  l'existence  d'un  ermitage  et  d'une  église  situés  près 
de  la  tour,  au  lieu  dit  la  Roche  Govran  (idem,  p.  88)  V.  Ce  fief 
a  appartenu  aux  Adhémar,  et  plus  tard  à  l'abbaye  d'Aiguebelle. 
Montlucet  paraît  se  rattacher  à  la  même  série  de  noms  que 
Montluc,  Mons  Lucms;  Montluçon,  Mons  Lucio,  dans  le  VIII»  s. 
(  Acta  S,  Benedicti);  LuGey,  LiLCiacum  et  Luceium;  Lucy,  Lu- 
cutcum,  etc.  Ce  nom  est-il  dû  à  un  fondateur  appelé  Lucius  ou 
Lucetius  ?  Faut-il  voir  dans  la  tour  de  Montlucet  un  signal  télé- 
graphique, au  moyen  du  feu,  et  correspondant  ainsi  avec  les 
châteaux  forts  de  la  Bâtie-Rolland ,  de  Châteauneuf-de-Mazenc , 
de  la  Laupie,  etc.  ?  Montlucet  serait-il  une  altération  de  mons 
lucens  et  un  synonyme  de  Montlwisant,  Montclar,  Clermont, 
parce  que  le  sommet  sur  lequel  se  trouve  la  tour  est  plus  élevé 


(1)  Goiran  voulait  dire  vantour  ou  buse ,  en  v.  f.  (A.  de  Ghevallet,  t.  I , 
p.  493);  c'était  aussi  un  n.  d'h,  commun  en  Provence  dans  les  XI*  et  XII*  s. 


ÉTTHOLOGIES  DES  NOMS  DE  LIEU  DE  LA  DBÔME.       453 

que  ceux  qui  Fentourent  et  reçoit  le  premier  les  rayons  du 
soleil?  Je  ne  sais.  Quant  au  prétendu  temple  dédié  à  Apollon 
sous  le  nom  de  Lucetius ,  dont  parle  M.  Delacroix ,  p.  591 ,  il  a' 
été  construit  par  M.  Hésengère,  de  même  que  beaucoup  d^autres 
monuments  mythologiques.  (Voir  Clcmsayes). 

On  raconte  dans  le  pays  que  le  parlement  de  Provence  a  siégé 
à  MoNTLucET  :  cette  assertion,  que  je  crois  erronée ,  est  due  peut- 
être  à  ce  que  ce  parlement  aurait  délégué  un  de  ses  membres 
pour  poursuivre  des  contrebandiers  et  des  faux  -  sauniers , 
auxquels  les  montagnes  de  Montlucet  ont  souvent  servi  de 
retraite;  elles  faisaient  partie  des  terres  adjacentes  et  ressor- 
tissaient  du  parlement  de  Provence. 

MoNTMAUR ,  près  de  Die,  Castrum  de  Monte  Majori  en  H65 , 
H78  et  1214  (chart.  civ.  Diensis,  p.  5, 9  et  20),  de  Monte  Matiri 
en  1292  (Valbonnays,  t.  II,  p.  54),  Montmajous  en  1450,  a 
appartenu  aux  évèques,  aux  d'Âgoult  et  aux  Trémolet  de 
Montpezat.  La  montagne  de  Montmaur  est  très-élevée;  ce  nom, 
qu'on  devrait  écrire  Montmor,  ne  signifie  pas  montagne  noire , 
basaltique ,  comme  Rochemaure ,  mais  il  est  synonyme  de  Gra- 
mont  (grand  mont).  Il  a  la  même  racine  que  mor,  grand,  élevé, 
en  irl.,  en  éc.  et  en  galL,  meitr  en  br. ,  qu'on  retrouve  dans 
Morvan,  Morvinum  en  388  et  849 ,  Morvennvm  en  887  (  ven , 
ben,  montagne),  etc. 

MoNTXEYRAN  cst  appelé  Castrum  de  Montemerano  en  1158, 
Montemayramo  en  1279,  Momnairan  en  1191 1,  Monmaira  en 
1192,  Monsmerani  en  1382,  plus  tard  Monsmeyrani ,  Mons- 
meyriani,  Monsmariani,  On  prétend  que  ce  nom  et  celui  de 
Mont-Miery,  qui  est  à  3  k.  au  midi  de  Montmeyran  ,  rappellent  le 
souvenir  de  Marins ,  qui  y  aurait  campé  lorsqu'il  vint  combattre 
les  Cimbres.  Cette  tradition  est  dénuée  de  preuves;  mais  il 
paraît  que  la  plaine  dite  champ  de  bataille  a  été  réellement 
le  théâtre  d'un  grand  combat  à  une  époque  inconnue  :  il  y  a  là 
un  problème  intéressant  à  étudier  (Delacroix,  p.  561  et  616). 
Je  ne  sais  si  le  nom  du  parrain  de  Montmeyran  est  une  altération 


(1)  L'abbé  Chevalier,  Chartularium  de  LeonceUo,  p.  45,  51. 


454  soGiiTÉ  d'àeghéologie  m  de  STAnsnouE. 

de  celui  de  Marius ,  comme  celui  de  Saint  Mawe ,  ou  s'il  doit 
être  rattaché  au  même  radical  que  maer,  maÂr,  préTÔt,  maire  ^ 
chef,  en  coruouaillais ;  maer  eu  br.;  mairn  en  irl,  et  en  éc. 
(Zeuss,  p.  1108;  —  Belloguett  1. 1»  p.  237),  qui  parait  dériyer 
de  ma/r  ou  mor,  grand,  supérieur  (Zeuss,  p.  19);  dans  tous 
les  cas ,  ce  nom  est  ancien  dans  le  pays ,  puisque  Pascal  Maytrm 
habitait  Romans  en  1283  (Giraud,  2«  partie,  preuves,  p.  120); 
Quant  à  Miéry,  ne  serait-il  pas,  comme  Méry  et  Merry,  une 
altération  de  Méd&rik,  fort  et  puissant,  en  t.? 

HoNTHEYRAN  a  appartenu  aux  Poitiers,  aux  Clermont-Montoison 
(1419),  aux  Martin  de  Dizimieu  (1891  )  et  aux  Berton  de  Grillon, 
qui  le  vendirent  107  mille  livres,  peu  d'années  avant  1789,  à 
M.  de  Saint-Germain ,  fermier-général.  La  famille  de  Mont- 
meyran,  qui  s'est  éteinte  à  Saint-Péray,  il  y  a  une  centaine 
d'années ,  possédait  dans  le  XIU«  s.  des  biens  féodaux  dans  le 
village  de  Montmeyrcm,  dont  elle  avait  pris  le  nom. 

Pour  MoNTMiRAiL ,  voir  Beausemblcmt, 

(A  continuer,}  B.o»'  de  COSTON. 


■  >i"i«Hi 


DITERSES  INifillIfTIOllS  HOMllMBS  DE  LA  BBOME.  'ISS 


LETTRE  DE  M.  ALLMER  A  M.  LACROIX 

DIVERSES  INSCRIPTIONS  ROMAINES 

IDE    I^A    I>ROME. 

oo>»5oB 

Lyon,  le  i8  décembre  1868. 

Monsieur  et  ami, 

Je  m'emprefle  de  renouer,  après  un  filence  de  près  de  neuf  mois,  notre 
correfpondance  épigraphique  trop  longtemps  interrompue. 

INSCRIPTION  DE  VALENCE  RELATIVE  A  UNE  DONATION 
D'ESCALIERS  D'AMPHITHÉÂTRE. 

Je  reviens  à  l'infcription  du  mufée  de  Valence  :  M,  lunius  Sectmdiu, 
C.  Valerius  Terentianus,  C,  Vcderim  Decuminui,  Quartia  SextUîa  graâa 
de  fuo  dederunt.  J'ai  expliqué ,  fi  l'on  fe  le  rappelle ,  que  GRADA  efl  un 
mot  complet  par  lequel  il  faut  entendre  «i  des  marches  d'efcaliers  d'amphi- 
»  théâtre  » ,  de  même  qu'on  employait  le  mot  loca  pour  défigner  les  places 
des  fpeâateurs  dans  ces  édifices;  &  Ton  voudra  bien  remarquer  que  j'ai 
parlé  «  d'elcaliers  » ,  &  non  «  de  gradins  » ,  ce  qui  eft  bien  différent. 

Ce  que  ie  lis  dans  le  Bulletin  (10*  Uvraifon,  p.  341  &  342),  relative- 
ment à  l'infcription  dont  il  s'agit,  me  remet  en  mémoire  une  amuiante 
bévue  échappée,  il  y  a  quelques  années,  à  un  favant  qui,  du  refte,  tra- 
vaillant avec  une  a^ivité  prodigieufe,  était  excu fable,  plus  que  tout  autre, 
de  fe  tromper  quelquefois.  Ce  favant  laborieux,  dont  la  république  des 
lettres  déplore  la  perte  récente ,  ayant  à  traduire  les  mots  ALA  SEBOSIANA , 
dans  un  texte  lapidaire,  crut  qu'il  s'agiflait  d'une  femme  ainfi  nommée  & 

fit,  par  mégarde,  d'un  «  efcadron  de  cavalerie  »  une  dame  romaine! 

la  dame  A  la  Seboftana,  Cette  rifible  méprife  eut  un  brillant  fuccès.  Il  s'en 
parle  encore  à  l'occaûon;  mais,  jufqu'à  préfent,  l'on  en  était  à  regretter 
que  le  champ  de  répigraphie,.fi  fertile  en  écueils,  fi  parfemé  de  «  pierres 
»  d'achoppement  » ,  n'eût  encore  rien  produit,  en  fait  d'erreurs  drolatiques, 
qui  pût  dignement  fervir  de  pendant.  Le  pendant  défiré  n'eft  plus  à  atten- 
dre. Nous  poffédons  maintenant,  pour  ùire  parallèle  à  la  dame  «  efcadron 
»  de  cavalerie  » ,  la  dame  «  efcalier  d'amphithéâtre  » ,  grâce  au  Bulletin  , 
où  le  mot  grada  de  l'infcription  de  Valence  eft  pris  pour  un  furnom 
de  femme! Voilà  deux  dames  qui  valent  leur  pefant  d'or  ! 


456  SOCIÉTÉ  D'AftGHÉOLOGIE  ET  DE  STATISTIQUE. 

INSCRIPTION  DE  SAINT-LAURENT-EN-ROYANS. 

M.  Courbaffiery  médecin ,  ayant  eu  Toccailon  de  pafTer  à  Saint-Laurent , 
a  examiné,  à  fon  tour,  avec  le  plus  grand  foin  l'infcription  confervée  dans 
le  cimetière  de  cette  commune,  &  s'ell  afTuré  que  le  furnom  en  partie 
effacé  à  la  dernière  ligne  n^eft  pas  CONNIOLVS,  comme  je  J'avais  con- 
jecturé, mais  bien  CONNIVS.  Cette  redification  n*eft  pas  auffi  infignifiante 
qu'elle  paraît  l'être  ;  en  effet ,  l'hidoire  des  trois  perfonnes  rappelées  par 
l'infcription  s'en  trouve  notablement  changée.  Et  fi  l'on  fonge  que,  de  tout 
ce  qui  sefl  accompli,  durant  la  période  romaine,  dans  la  localité  qui  efl 
devenue  Saint-Laurent;  que,  de  tout  ce  qu'il  peut  y  avoir  eu,  là,  de  vie, 
de  mouvement,  de  civilifation ,  d'événements  variés,  il  ne  nous  eft  par- 
venu qu'une  épitaphe  frufte,  peut-être  comprendra-t-on  que  les  détails* 
qu'elle  contient  en  acquièrent  d'autant  plus  d'intérêt. 

Si  Sammius  fe  fût  appelé  Conniolus  de  fon  furnom ,  nul  doute  qu'il  n'ait 
été  le  fils  iffu  du  mariage  de  Sammius  Titiolus  &  de  Connia  Conniola; 
mais  il  paraît  certain  qu'il  ffe  nommait  Sammius  Connius.  Alors ,  c'eft  tout 
autre  chofe  ;  car  il  réfulte  de  là  que  nous  devons  voir  en  lui  un  enfant  que 
fa  mère  avait  eu  avant  d'époufer  Sammius  Titiolus.  Celui-ci,  en  fe  mariant 
avec  Connia,  avait  adopté  ce  fils,  qui ,  alors,  avait  dû  prendre  le  nom  de 
famille  de  fon  père  adoptif  u  Sammius  »  &  avait  gardé  pour  furnom  le 
nom  tt  Connius  »  qu'il  tenait  de  fa  mère. 

INSCRIPTION  RÉCEMMENT  DÉCOUVERTE  A  SAINT- 

NAZAIRE-EN-ROYANS. 

La^  chronique  par  laquelle  vous  terminez  le  Bulletin  ,  annonce ,  d'après 
une  communication  de  M.  le  médecin  Courbailîer,  la  trouvaille  à  Saint- 
Nazaire  d'une  plaque  de  bronze  antique  avec  une  infcription.  Grâce  à  la 
bienveillance  de  M.  Courbaflier,  j'avais  connaiffance,  dès  le  27  décembre 
1868,  de  cette  découverte,  fiaite  feulement  la  veille,  dans  la  partie  de 
Saint-Nazaire  afïïfe  fur  la  rive  gauche  de  la  Bourne.  La  plaque  dont  il  s'agit 
efl  un  fragment  de  patère  fur  lequel  on  lit  cette  portion  d'infcription  : 

////CONTESSIO.  L  FIL.  VOL.  /////////7////////// 

,    /////VIR.IVRIS.  uicwmimiMllllllllllIlIll 

Q.    CASTRICIVS.  HERMES.  CLIEnS 

«  ConteJfiOy  L,fllio,  Voltinidy 

»  ,  duumviro  jurifdicendi 

»  ,  Q.  Caftricius  Hermès  cliens.  » 

Il  ne  me  paraît  pas  poilible  d'affirmer  que  ce  Conteflius ,  dont  nous  ne 
connaiflbns  le  prénom,  ni  le  furnom  &  qui  était  fils  de  L.  Conteflius,  foit 
le  même  que  G.  Conteflius  Laevinus ,   fans  indication  de  filiation ,  de  la 


DIYJBBSES  IHSCHIPTIQIIS  ROMAINES  DE  LA  DRÔME.  457 

pierre  du  pont  de  Mâne,  bien  que  Tun  &  Tautre  ftiflent  duumvirs  juri  di- 
cundo. 

Le  furnom  mythologique  Hermès  que  porte  le  donateur  de  la  patère, 
femble  révéler  dans  Q.  Caflricius  un  afiranchi ,  non  pas  de  Conteilius  dont 
il  s'intitule  le  client,  mais  d'un  Q.  Caftricius  qui  nous  efl  inconnu.' 

INSCRIPTION  A  SAINT-ROMAN. 

On  voit,  à  Pangle  gauche  de  la  façade  de  l'églife  de  Saint -Roman, 
rinfcription  fuivante,  déjà  publiée  plufieurs  fois,  mais  toujours  d'une 
manière  inexacte.  Une  moulure  en  faillie  entourait  le  texte.  Comme,  fans 
doute,  elle  ofiufquait  le  bon  goût ,  on  n'a  pas  manqué  de  l'abattre,  lors  des 
dernières  reflaurations  de  l'églife. 

MEMORIAE 

T.  AELlI  LVCONIANI 
T.  AELIVS  NORBANVS 

FlLIO  PIISSIMO 
POSTERISQ  SVIS 

A  caufe  du  nom  AeliuSy  cette  épitaphe  n'eft  probablement  pas  antérieure 
à  Antonin-le-Pieux. 

INSCRIPTIONS  MILLIAIRES  A  ÉROME. 

Le  bénitier  de  l'églife  d'Érôme  a  pour  fupport  une  colonne  en  brèche 
blanche  &  rouge,  de  40  centimètres  de  diamètre  &  de  90  centimètres  de 
hauteur  hors  du  fol,  fur  laquelle  ont  été  gravées,  poilérieurement  l'une 
à  l'autre,  deux  infcriptions  milliaires.La.plus  ancienne  eft  ainfi  conçue  : 

IMP  CAES.  FL 

VAL  CONSTANTl 

VS.  P  F  AVG  FL.  VAL 

SEVERVS  NOB 

CAES   M  P 
XXX. 

Imperator  Caefar  Flavius  Valerius  Conflantius  pius ,  felix ,  auguftus  ; 
Flavius  Valerius  Severus,  nobilijfimus  Caefar;  Milita  paffuum  triginta. 

Les  princes  dont  il  s'agit  ici  font  Confiance  Chlore  &  Valerius  Sévère , 
élevés  en  3o5 ,  le  premier  à  la  dignité  d'Augufle  &  le  fécond  à  la  dignité  de 
Céfar,  au  moment  de  l'abdication  de  Dioclétien  &  de  Maximien.  Un  des 
premiers  aâes  de  Confiance  ayant  été  d'abandonner  à  Sévère  le  gouverne- 
ment de  l'Italie  &  de  l'Afrique,  en  fe  réfervant  pour  lui-même  la  Bre- 
tagne &  la  Gaule,  notre  infcriptlon  doit  être  antérieure  à  ce  partage.  En 
tous  cas,  elle  n'efl  pas  poflérieure  à  l'époque  de  l'an  3o6  où  Sévère  acquit 
le  titre  d'Augufle. 

Tome  lY.  — 1869.  il 


458  SOCIÉTÉ  d'archéologie  et  de  statistique. 

La  difUnce  de  trente  milles  fe  compte  de  Vienne. 

Une  autre  infcription  milHaire,  d'une  fiaflure  barbare,  a  été  gravée  au 
dos  de  celle-ci  avec  laquelle  elle  s'enchevêtre  par  les  premières  lettres  de 
fes  lignes;  elle  eft  effacée  en  majeure  partie. 


D    N    VALE/////////////////// 

/////"///7//////////////////////7 
BO//////////////////////y//y//// 

NATVS 

Je  propofe  de  la  lire  :  Dominus  nofler  Valent inianus  auguftus  j  bono  rei- 
publicae  natus ,  &  de  l'attribuer  à  Valentinien  II  qui ,  à  la  fuite  de  la  mort 
de  IHifurpateur  Maxime,  fut  maître  de  la  Gaule,  de  388  à  392. 


INSCRIPTION  MILLIAIRE  A  GRÏGNAN. 

Notes  &  delTin  de  M.  l'abbé  FiUet. 

L'infcription  fe  voit  fur  un  fragment  de  colonne  d'un  granit  prefque  noir, 
de  I  mètre  04  centimètres  de  hauteur  &  de  o  m.  22  cent,  de  diamètre , 
qui ,  après  avoir  longtemps  fervi  de  fupport  au  bénitier  de  la  chapelle  de 
Notre-Dame  de  Beaulieu,  a  été  tranf porté,  au  commencement  du  fiècle,  à 
l'angle  de  la  tour  de  la  grande  horloge  & ,  de  là ,  il  y  a  près  de  quarante 
ans,  au  quartier  du  Rozet,  dans  le  domaine,  alors  de  M.  le  baron  de 
Salàmon,  aujourd'hui  de  M.  Martin.  La  5*  &  la  6"  lignes  ont  été  effacées  à 
deifein,  ainfi  que  le  fait  voir  la  régularité  du  martelage.  Une  partie  frufle 
qui  a  enlevé  le  dernier  I  du  mot  DIVI,  à  la  7*  ligne,  ne  s'étend  pas  davan- 
tage &  n'a  rien  pu  faire  difparaître  après  le  mot  CONSTANTI  de  la  8* 
ligne.  Ce  mot,  à  la  fuite  duquel  la  pierre  ne  préfente  aucune  trace  de  dé- 
térioration ,  eft  d'une  entière  certitude. 

IMP.  CAES 
FL     VAL 
CONSTANTINO 

P    F      AVG 
NEPOTI    DIV/////// 
CONSTANTI 
AVG      PII 
FI//// 10 

Imperatori  Caefari  Flavio  Valerio  Conftantino  pio  felici  augufto  (M, 
Aurelii  Valerii  Maximiani)  nepoti,  divi  Conftccntii  augufti  pii fllio. 

L'empereur  pour  qui  a  été  faite  cette  infcription  ne  peut  être  que 
Conftantin-le-Grand. 

Il  me  femble  qu'on  n'a  pas  à  s'étonner  de  voir  Conftantin,  qui  était  gen- 
dre de  Maximien,  fe  dire  petit-fils  de  ce  prince,  fi  l'on  fe  fouvient  que  fon 


DIVERSES  INSCRIFTIOHS  ROMAHIBS  DE  Là  DBÔHE.  459 

père^  Confiance  Chlore,  créé  Céfar  par  Maximien,  devint  en  même  tempe 
fon  fils  adoptif.  Ce  lut  comme  fils  adoptif  qu'il  prit  de  Maximien  non- 
feulement  le  nom  de  Valerius,  mais  encore,  fuivant  la  chronique  d'A- 
lexandrie, le  furnom  d'Hercule.  Eumène,  parlant  de  Dioclétien  &  de 
Maximien,  les  appelle  «  oncle  &  père  n  de  Confiance.  Maximien  était  donc 
à  la  fois  beau-père  de  Conftantin ,  à  caufe  de  fa  fille  Faufla,  fon  grand-père, 
à  caufe  de  l'adoption  que  nous  venons  de  dire,  &  grand-père  de  fes  enfants, 
à  caufe  de  leur  mère. 

Nous  favons,  par  l'hifloire,  qu'après  que  Maximien,  convaincu  d'avoir 
voulu  attenter  aux  jours  de  Conflantin,  pour  reprendre  la  pourpre,  eut 
été  contraint  de  fe  donner  la  mort,  toutes  fes  images  furent  détruites,  fans 
même  excepter  celles  où  il  était  repréfenté  avec  Dioclétien.  Ce  dut  être 
alors  que  les  deux  lignes  qui  contODaient  fes  noms  fur  notre  colonne  ont 
été  martelées. 

Dans  fa  Statiftique  de  la  Drame  (2*  édition,  p.  617),  M.  Delacroix  fi- 
gnale  la  borne  de  Grignan  ;  mais ,  ayant  omis  de  mentionner  l'érafion  des 
S*  &  6*  lignes  &  lu,  au  commencement  de  la  7*,  NERONI  au  lieu  de 
NEPOTI,  il  s'étonne  de  rencontrer  le  nom  de  Néron  fur  une  infcription 
dédiée  à  Conflantin  &  trouve,  avec  raifon,  que  cette  particularité  en  rend 
l'interprétation  difficile. 

M.  l'abbé  Fillet  penfe  que ,  la  voie  romaine  ne  palTant  pas  à  Grignan , 
mais  à  environ  fept  kilomètres,  au  logis  de  Berre,  la  borne  en  queflion 
peut  avoir  été  apportée  de  cet  endroit. 

On  voyait  à  la  Cabaffe,  en  Provence,  une  infcription  à  peu  près  pareille 
à  celle-ci ,  d'après  Bouche  (  Hift.  de  Prov.,  t.  I ,  p.  1 29  &  643  ) ,  fuivi  par 
Fabretti,  p.  413 ,  N."  359,  &  par  Muratori ,  p.  463 ,  N."  7,  &  p.  201 1,  N.*  6. 
Orelli ,  en  la  rapportant,  N.*  1096,  adopte  une  leçon  où  le  mot  CONS- 
TANTII  efl  remplacé  par  CONSTANTINI;  ce  qui  rapporte  l'infcription 
non  plus  à  ConiUntin-le-Grand ,  mais  à  fon  fils  Conflantin  H. 

J'avoue  qu'il  m'efl  impoflible  de  comprendre  comment  un  des  fils  de 
Conflantin  n'aurait  pas  eu  honte  de  fe  qualifier  petit-fils  de  Maximien , 
après  que  leur  père,  dont  la  vie  avait  été  menacée  par  (^  prince,  l'avait 
condamné  à  fe  fÎEÛre  mourir  6l  avait  aboli  fa  mémoire ,  en  détniifant  fes 
images  &  en  rayant  fes  noms  des  monuments  publics. 

La  colonne  de  Grignan,  de  même  que  celle  d'Érômej  retournées  pour 
fervir  deux  fois,  fe  terminent  à  leur  partie  fupérieure  par  une  aflragale  ; 
ce  qui  témoigne  que,  dans  le  principe,  elles  n'avaient  pas  une  deflination 
itinéraire  &  que,  pour  être  employées  à  cet  ufage,  elles  avaient  été  prifes 
à  d'anciens  édifices.  Il  paraîtrait  que,  dès  le  temps  de  Conflapce  Chlore ,  un 
grand  nombre  de  monuments,  peut-être  furtout  des  temples,  étaient  en 
ruines  &  que,  foit  à  caufe  de  la  barbarie  &  de  l'extrême  mifère  de  l'époque, 
foit  à  caufe  auQi  des  progrès  du  Chriflianifme,  on  fongeait  fi  peu  à  les 
réparer  qu'on  les  dépouillait  de  leurs  matériaux  au  profit  de  travaux  pu- 
blics, tels  que  la  réfeâion  des  chemins.  Bientôt,  une  loi  de  Théodofe  allait 
prefcrire  le  renverfement  des  temples  &  l'utilifation  de  leurs  débris  à  la 


460  SOCIÉTÉ  d'àhchéologie  et  de  statistique 

réparation  des  routes ,  des  aqueducs  &  des  fortifications.  La  deftruéUon, 
d'abord  limitée  aux  temples  des  villes,  allait  enfuite  être  étendue,  par 
d'autres  lois  de  Valentinien  &  d'Honorius ,  à  ceux  des  campagnes  &  jufque 
dans  les  propriétés  particulières.  Les  temples ,  ûtués  fur  le  domaine  impé- 
rial, pouvaient  feuls  être  épargnés,  à  la  condition  d'être  appropriés  à  quel- 
qu'autre  ufage. 

AUTRE  INSCRIPTION  MILLIAIRE  A  SAINT-SORLIN-DE-MORAS. 

Cette  infcription,  gravée,  comme  les  précédentes,  fur  une  colonne  d'em- 
prunt qui  n'a  que  25  centimètres  de  diamètre,  &it  partie  d'une  coUeâion 
d'objets  antiques  recueillis  en  majeure  partie  fur  le  coteau  du  Chatelet,  qui 
domine  la  petite  ville  d'Andance,  fur  la  rive  droite  du  Rhône,  dans  l'Ar- 
dèche.  Elle  eft  dédiée  à  Confiance  (  fils  de  Con(lantin-le-Grand  &  petit-fils 
de  Confiance  Chlore  )  &  préfente  cela  d'intéreffant  qu'elle  efl  peut-être  la 
feule  où  ce  prince  porte  le  nom  de  Claudius. 

IMP.  CAE//// 
FLAVIO 
CLAVDIO 
CONSTANTIO 
PIO  NOB.  CAES 
DIVI  CONSTANTI 
PII.  AVG  NEPOTI 

M.  P.  XIII//// 

Imperatori  Caefari  Flavio  Claudio  Conftantio  pio,  nobilijlllmo  Caefari  y 
divi  Gonflant  a  pii  augufti  nepoti,  Mtllia  paffuum  XIII  ou  XI III. 

La  diflance  de  treize  ou  de  quatorze  milles,  qui  doit  avoir  eu  Vienn 
pour  point  de  départ,  démontre  que  notre  fragment,  quoique  recueilli  au 
Chatelet,  y  a  été  tranfporté,  probablement  avec  d'autres  matériaux  qu'on 
aura  defcendus  par  le  Rhône ,  à  l'époque  où  fut  conflruite  la  fortereCk  qui 
a  donné  fon  nom  à  la  colline. 

INSCRIPTIONS  TROUVÉES  A  VALENCE  LE  22  JANVIER  1869. 
(Voir  la  planche  à  la  fin  du  Bulletin  précédent.) 

pREKitRE  INSCRIPTION.  —  DUs  Montbus,  L,  Liheralinio  Florentino,  guf- 
tatorij  Sergius  Liberalinius  Gallicanus  patri  pientijpmoj  fub  afcid  dedicavit. 

Le  mot  guflator,  pour  défigner  une  perfonne,  ne  fe  rencontrant  ni  dans 
les  lexiques,  ni  dans  les  recueils  d'épigraphie ,  l'on  eflautorifé  à  en  inférer 
qu'aucun  auteur,  ni  aucune  infcription  connue  jufqu'à  préfent  ne  l'ont  em- 
ployé dans  cette  acception.  Tacite,  racontant  l'empoifonnement  de  Claude, 


DITERSES  I2ISGEIPTI0NS  ROMÀIIfES  DE  LA  DB6mE.  464 

dit  que  le  foin  d'ofirir  le  poifon  fut  con^é  à  un  eunuque  appelé  Halotos,, 

dont  la  fondion  était  d^apporter  les  mets  &  de  les  goûter  « explorare 

guftu  ». 

Si  dans  la  maifon  de  l'empereur  l'office  de  déguftateur  était  rempli  par 
un  efdave,  à  plus  forte  raifon  devait-il  en  être  de  même  chez  les  particu- 
liers. Cependant  notre  guftator  de  Valence  eft  un  homme  à  trois  noms , 
c'efl-à-dire  de  condition  libre.  Peut-être  faut- il  voir  en  lui  un  affranchi,  fur 
Fépitaphe  duquel  on  a  tenu  à  rappeler  les  attributions  de  confiance  dont  il 
était  invefti  avant  fon  affranchi  flement? 

Deuxième  inscription.  —  Je  crois  deVoir  lire  aux  3*  &  4*  lignes  :  Quint  i 
Pontenii  Baffiani^  au  Heu  de  Opontenii  Baffiani  >. 

Veuillez  recevoir,  Monfieur  &  ami ,  mes  falutations  très-refpeâueufes  & 
très-affeâionnées. 

ALLMER. 


(4)  M.  AUmer  a  raiion  sur  an  point  :  la  lettre  Q  précède  effeeUfemeat  Fonteni  Boêtiani.  A.L. 


462  SOCIÉTÉ   D'ARCHéOLOGIE  ET  DE   STATISTIQUE. 


RECHERCHES 

SUR 

LES  ÉTABLISSEMENTS  DE  BIENFAISANCE 

DE  LA  VILLE  DE  VALENCE. 

Suite.  —  Voir  BuUetin,  N.-  6,  7,  8,  9. 


HÔPITAUX   DE  VALENCE. 


Il  exifte  aux  archives  de  la  préfefture  un  volumineux  in- 
ventaire des  Archives  de  Mejfieurs  du  vénérable  Chapitre 
de  Saint  Apollinaire  de  Valence,  qui  ne  remonte  pas  au-delà 
du  xvii®  fiècle.  L'en-tête  du  volume  étant  perdu ,  on  ne  peut 
lui  donner  une  date  précife  ;  mais  on  peut  rétablir  fur  Tor- 
thographe  &  le  caraftère  de  récriture  déjà  fort  lifible  &  très- 
net.  Ce  n^eft  qu'une  table  alphabétique  des  titres  &  divers 
documents  qui  étaient  contenus  dans  ces  archives.  C'eftdonc 
une  nomenclature  fèche,  aufli  concife  que  poflible.  On  y 
trouve  cependant,  de  loin  en  loin,  quelques  renfeignements 
importants  &  curieux.  Ce  font  les  indications  des  comptes  & 
penfions,  des  cenfes  &  dixmes  du  chapitre,  divifés  en  liaiTes 
nombreufes  ;  la  note  des  arrêts  rendus  contre  des  particuliers 
ou  les  communautés,  car  il  y  avait  fouvent  conteftations , 
même  entre  Tévêque,  le  chapitre  &  les  communautés  reli- 
gieufes  -,  &  puis  ce  qu'il  appelle  des  Comptereaux,  comptes  de 
minime  importance.  Les  indications  qu'on  y  rencontre  font 
très-brèves  &  infuffifantes  pour  notre  objet.  Cependant  il  eft 
conftaté  qu'il  y  avait ,  ou  qu'il  y  avait  eu ,  plufieurs  hôpitaux 


ÉTAAUSftEHCNTS   DE  BIENFAISIKCE  DE  VILBIUCE.  463 

dans  notre  ville,  dont  voici  la  nomenclature  en  Tordre  alpha- 
bétique : 

1  L'Hofpital  St- André.  lo  UHofpital  St-Jean. 


2 

3 

4 
5 

6 


7 
8 


9       — 


St-Antoine. 
du  Bourg. 
St-Elprît. 
St-Eftienne. 
de  la  Fufte- 

rie. 
5t-Georges. 
St-Grégôire 
St-Jacques. 


1 1  — 

12  — 

i3  — 

14  — 

i5  — 

i6  — 


St-Jean-de- 

Hîerufalem 

Ste-Marthe 

Neuf. 

Noftre-  Da- 
me. 

des  Orphe- 
lins. 

St-Vincent. 


Nous  avons  déjà  cité  un  hôpital  Saint- Félix, 
Plus  tard,  il  y  eut  celui  delà  Magdeleine,  celui  des  Infeds , 
rhofpice  des  Orphelins ,  ians  parler  des  Maladières  ou  Ma- 
ladreries ,  dépendant  des  Ordres  hofpitaliers  de  St-Antoine , 
de  St- Lazare  &  de  Notre-Dame  du  Mont-Carmel,  vérita- 
bles lazarets  qui  fe  trouvaient  hors  des  murs,  felon  Tufage  & 
les  prefcriptions  de  la  police  du  temps. 

Le  Cartulaire  du  Bourg  relate  auffi  Texiftence  d^un  hôpital 
du  Pont,  ce  qui  nous  donne  Tindication  de  2 1  hôpitaux  qui , 
à  différentes  époques ,  &  fans  doute  avec  un  but  différent  dans 
leur  inftitution  9  auraient  été  créés  à  Valence.  Reprenons  cette 
nomenclature ,  &  tâchons ,  en  y  mettant  un  peu  d'ordre,  d'en 
fuivre  la  trace  perdue  depuis  bientôt  deux  fiècles.  Nous  nous 
établirons  fur  les  aâes  dont  nos  archives  contiennent  Tindica- 
tion ,  &  nous  fuivrons  Tordre  chronologique  des  dates  que 
ces  aâes  nous  foumiffent. 

Hôpital  du  Pont. 

Dans  une  charte  du  12  juin  12 14,  «  de  aquirimento  por- 
»  tus  Rodani ,  »  il  eft  dit  ;  <c  Et  fciendum  quod  prefatus 
»  Aldebertus  promifit  eccleûe  quod  jus  fuum  quod  habet  in 


464  SOCIÉTÉ  d'iachéologie  et  de  statistique. 

»  portu  nuUo  modo  concederet  Hofpitali  pontis....  »  Suit 
une  note  de  M.  Tabbé  Chevalier,  ainfi  conçue  :  «  Romans, 
»  Grenoble,  Lyon,  etc.,  avaient  des  hôpitaux  établis  fur 
»  la  pile  principale  de  leurs  ponts;  celui  de  Valence, 
»  conftruit  dans  ces  conditions,  n'eft  mentionné  dans  au- 
»  cune  charte  antérieure  à  celle-ci.  On  peut  conjeâurer 
»  qu'il  ne  dépendait  pas  de  St- Pierre  du  Bourg,  &  que  le 
»  pont  n'était  point  alors  complètement  terminé  '.  » 

Je  n'ai  que  cette  feule  indication  fur  cet  hôpital  du  pont 
de  Valence,  Une  conftruftion  pareille  était,  nous  le  favons, 
dans  les  mœurs  &  les  habitudes  de  ce  temps-là.  Était-ce 
pour  préferver  l'hôpital  de  toute  atteinte  qu'on  l'ifolait  ainfi , 
à  diftance  des  habitations,  dont  le  mouvement  &  le  bruit 
enflent  été  un  trouble  pour  le  repos  des  malades ,  &  fur  un 
courant  qui  pouvait  inceflamment  en  renouveler  &  purifier 
l'atmofphère  ?  Je  l'ignore  ;  mais  il  eft  certain  que  dans  beau- 
coup de  villes,  ce  fut  un  lieu  d'éleftion.  «  L'hôpital  du  pont 
»  du  Rhône  (à  Vienne)  &  fes  revenus  furent  l'effet  de  fa 
»  charité,  »  dit  Chorier,  en  parlant  de  l'archevêque  Jean  de 
Bournin  (an  i25i).  (Hiftoire  générale  de  Dauphiné,  t.  II, 
livr.  V,  feft.  III,  p.  146.  )  Et  fans  aller  en  chercher  la  preuve 
plus  loin,  à  Romans,  «  fur  le  pilier  du  côté  de  la  ville,  on 
))  avait  édifié ,  comme  on  lefaifait  généralement  à  cette  épo- 
»  que,  une  jolie  chapelle  gothique,  &,  en  face,  un  petit 
»  hôpital  deftiné  à  recevoir  des  femmes  en  couches. 

»  Les  édifices  n'ont  été  démolis,  eft-il  dit  dans  une  note, 
»  qu'en  i855,  lors  des  travaux  pour l'élargiffement  du  pont; 
»  mais,  depuis  longtemps,  ils  avaient,  l'un  &  l'autre, 
»  changé  de  deftînation.  »  Ils  avaient  eu  à  fubir  de  cruelles 
atteintes.  «  Amédée  de  RouffiUon,  évêque  de  Valence ,  vint, 

»  en  1 28 1 ,  faire  le  fiége  de  Romans Il  fit  miner  &  fauter 

»  dans  rifère  la  tour  que  le  chapitre  de  Saint- Barnard 

(i)  Cartularium  Sanâi  Pétri  de  BurgOy  page  47. 


ÉTABLISSBMEnTS  DE  BIENFAISiNCE  DE  VALENCE.  465 

»  avait  fait  élever  au  milieu  du  pont. . . . ,  avec  une  partie  du 
»  pont  &  de  rtiôpital ,  que  Jean  de  Bernin  avait  fait  cons- 
»  truire.  »  Était-ce  le  même  qui  vers  la  même  époque  avait 
fait  conftruire  Ph^ital  du  pont  du  Rhône  à  Vienne  ?  Chorier 
lui  donne  le  nom  de  Jean  de  Boumin.  «  Il  y  avait  alors 
»  dans  cet  hôpital  23  femmes  en  couches,  quce  jacebant 

»  (jacinières)  in  puerperio  feu  pdrtu Après  avoir  été 

»  dépouillée,  en  i562,  par  les  huguenots,  la  chapelle  fervit 
»  de  magafin  à  poudre  pendant  les  guerres  de  religion. 
))  Devenue  propriété  nationale  en  1 790 ,  elle  fut  acquife  par 
y>  la  ville,  qui  la  convertit  en  corps  de  garde,  &  y  plaça  en- 

»  fuite  un  bureau  d'oâroi L'hôpital,  incendié  en  1281, 

»  rétabli  en  1282,  ceffa  de  recevoir  des  malades  vers  le 
»  milieu  du  XVI  !•  fiècle.  Il  devint  une  habitation  particu- 
n  lière  &  fut  vendu  en  1 79 1  par  ordre  du  diftriâ  ' .  » 

Tous ,  nous  avons  pu  voir  les  reftes  de  cet  édifice  de  Ro- 
mans ;  mais  toute  trace  de  celui  de  Valence  a  difparu  depuis 
longtemps  avec  le  pont  qui  le  portait.  Ce  pont  ne  pouvait 
être  que  celui  dont  la  Tour  de  Confiance  nous  a  confervé  un 
écueil,  en  face  de  la  rue  Pont-péty. 

Nous  ne  mentionnons  un  hôpital  du  Pont  que  pour  mé- 
moire ,  efpérant  qu'un  jour  ce  point  obfcur  de  notre  hiftoire 
locale  s'éclaircira. 

L'hôpital  Saint-Félix, 

L'hôpital  Saint- Félix,  dont  nous  avons  conftaté  l'exiftence 
en  1433,  pourrait  être  réputé  un  des  plus  anciens  de  notre 
ville,  fi  cette  affertion  de  M.  Jules  OUivier  était  prouvée, 
que  «  l'églife  de  Saint- Félix  était  autrefois  la  cathédrale  de 
»  Valence^.  L^ancienne  cathédrale  était  autrefois  l'églile 


(i)  M.  UlyCTe  Chevalier,  Notice  hi/iorique  fur  le  pont  de  Romans.  (Bulle- 
tin, Sodété  d'archéologie,  2*  année,  6*  livrai fon,  p.  3i3.)  ~  Effais  hifto- 
riquetfur  les  hôpitaux  de  Romans,  p.  Ho. 

(2)  Oluvier  Jules ,  Effais  hifloriques  fur  Valence ,  p.  1 54. 


466  SOCIÉTÉ  d'archéologie  et  0E  statistiqde. 

i>  de  Saint-Félix,  dit-il  encore;  mais  la  nouvelle,  dédiée  à 
»  faint  Apollinaire,  &  dont  le  vafe  était  beaucoup  plus  vafte, 
»  lui  a  ravi  ce  titre'.  »  Si  c^était  là  la  cathédrale,  un  hôpital 
avait  dû  y  être  annexé ,  fuivant  les  prefcriptions  du  concile 
d'Aix-la-Chapelle  (en  8i6),  qui  voulait  que  les  pauvres 
euffent  leur  Hôtel- Dieu  à  côté  du  monument  élevé  à  la 
gloire  de  Dieu ,  &  que  l'un  &  l'autre  ftjffent  deffervis  par 
les  dignitaires  de  l'Eglife.  Telle  ferait  probablement,  à  une 
date  plus  ou  moins  reculée,  l'origine  &  la  fondation  de 
notre  hôpital  de  Saint- Félix. 

«  En  1720,  on  voyait  encore,  en  dehors  de  la  ville,  les 
»  veftiges  d'une  vieille  églife  dédiée  à  faint  Félix*.  » 

«  Félix,  Fortunat  &  Achillée,  en  arrivant  à  Valence,  fe 
»  logèrent  à  ï orient  de  la  ville,  dans  une  petite  cabane 
»  qui  leur  fervit  de  demeure  jufqu'au  jour  où  ils  forent 
»  immolés  pour  Jéfus-Chrift'.  »  Cet  emplacement  eft  par- 
faitement défigné  par  Belleforeft^,  &,  fuivant  un  plan  très- 
exaft  de  1727^,  il  était  au  nord  de  la  route  aduelle  de  Ro- 
mans, au  lieu  occupé  plus  tard  par  le  cimetière  Sainte- 
Catherine. 

«  Suivant  une  tradition  confirmée  par  les  documents  les 
»  plus  authentiques  (ces  documents,  parmi  lefquels  il  en  eft 
»  quelques-uns  qui  remontent  au  XP  fîècle ,  fe  trouvent  aux 
»  archives  de  la  préfedure  de  la  Drôme),  le  premier  temple 
»  élevé  à  la  gloire  de  la  religion  chrétienne  à  Valence  fut 
»  un  oratoire  que  les  fidèles  conftruifirent  hors  des  murs  de 
))  la  ville,  &  fur  le  lieu  même  où  faiiît  Félix  &  fes  deux 
»  compagnons  avaient  été  martyrifés^.  » 


(i)  Ollivie»  Jules,  Effah  hifloriques  fur  Valence  y  p.  164. 

(2)  Ollivier  Jules,  EJfais  hiftoriques  fur  Valence ,  p.  i53. 

(3)  BoLLANDisTES,  RecucU  des.  aâei  des  faints ,  au  23  avril,  cité  par  M. 
l'abbé Napal y  Hijloire hagiologique du diocèfe de  Valence^  p,  5. 

(4)  Voir  ce  Vray  portraiâ  de  la  cité  de  Valence, 

(5)  Ce  plan  a  été  trouvé  par  notre  zélé  archiviAe,  M.  Lacroix. 

(6)  M.  Tabbé  Nadal,  Hifl.  hagioL,  p.  14. 


ÉTABLISSEMENTS  DE  BIENFAISANCE  DE  VALENCE.  467 

Un  hôpital  fur  ce  point  était  bien  dans  les  mœurs  du 
temps.  Les  voyageurs  avaient  befoin  de  trouver  un  afile  hors 
des  murs  des  villes,  qu'une  enceinte  de  remparts  tenait  fou- 
vent  fermées.  Ces  voyageurs,  à  cette  époque,  c'étaient  fou- 
vent  des  pèlerins  en  route  pour  un  but  pieux.  Il  était  dans 
Tefprit  de  TÉglife  de  les  héberger.  . 

«  A  Paris,  lifons-nous  dans  le  Diâionnaire  d'économie 
»  charitable  *,  en  dehors  de  chaque  porte ,  fe  trouvait  un  hô- 
»  pital  &  une  hôtellerie  pour  les  pèlerins  &  les  voyageurs. ...» 

«  Les  hôpitaux,  pour  recevoir  les  pèlerins  &  les  pauvres 
»  paflants,  dit  M.  Martin  Doify,  étaient  indifpenfables  à  des 
»  époques  où  la  difficulté  de  fe  loger,  en  voyageant,  avait 
»  donné  naiflance  au  droit  de  gîte,  déiîgné  dans  la  loi  des 
»  deux  premières  races  fous  le  nom  de  pajiio,  manjio,  jus 

»  manfionaticum ,  jus  cœnaticum Le  droit  de  gîte  ne  fe 

»  bornait  pas  à  obtenir  un  logement  ;  celui  qui  le  payait ,  de- 
»  vait ,  en  outre ,  la  fubfiftance. ...  Le  roi  avait  effentiellemcnt 
»  le  droit  de  gîte,  dans  tout  le  royaume  &  lieux  de  fa  domi- 
»  nation....  Ceux  qui  fui  valent  le  roi  dans  les  voyages,  ou 
»  qui  voyageaient  par  fes ordres  &  en  fon  nom,  participaient 
»  à  fa  prérogative....  Le  droit  de  logement  des  troupes  en  eft 
»  forti  d'une  part,  &,  d'autre  part,  les  hôpitaux  des  péle- 
»  rins.  »  (col.  783.) 

Cette  coutume  était  également  admife  dans  notre  pays. 
Dans  rhiftoire  de  Humbert  II,  il  eft  queftion  de  la  fonda- 
tion d'hofpices  fpéciaux  pour  les  voyageurs ,  en  1 340 ,  dans 
leDauphiné*. 

Touchant  exemple  de  la  charité  chrétienne  qui  va  ainfi  au 
devant  d'étrangers  &  d'inconnus  pour  leur  offrir  l'hofpitalité. 
Nous  n'avons  que  ces  conjectures  fur  l'origine  de  notre  hô- 
pital Saint-Félix.  Les  documents  le  concernant  ne  remontent 


(i)  Par  M.  Martin  Doisy,  V  Hofpitalité,  col,  887. 
(2)  Par  M.  Martin  Doisy,"  V»  Hofpitalité,  col.  85o. 


468  sociiti  d'archéologie  et  de  statistique. 

pas  au-delà  du  XV*  fiècle,  du  moins  nous  n'en  avons  pas 
trouvé  de  plus  anciens.  Dans  l'inventaire  du  chapitre  Saint- 
Apollinaire  eft  cette  indication  : 

«  Plus  a  efté  mis  dans  la  huiftième  liaffe  V  un  autre  par- 
»  chemin  en  date  des  ides  de  janvier,  fans  autre  date,  envi- 
))  ron  141 3,  de  Tannée.  10"  du  pontificat  du  Pape  Jean', 
»  qui  eft  une  bulle  ou  commiffion  adreffée  au  S'  Prieur  de 
»  Saint-Félix  jprocAe  les  murs  de  Valence,  en  faveur  des 
»  quatre  refteurs  de  Téglife  Saint- Jean...  ^.  »  {Coté  lettre 
P,  SaccodeR.  N.*^  1021.)  En  1433,  V  hôpital  Saint- Félix 
y  eft  formellement  défigné,  Valence,  289.  (Voir  plus  haut, 
page  396.) 

«  Valence  ayant  été  faccagée  plufieurs  fois ,  Tabbaye  de 
»  Saint- Félix  fut  ruinée  de  fond  en  comble.  Contraints  de 
»  chercher  un  refuge  dans  la  ville ,  les  religieux  y  fondèrent 
»  un  nouveau  monaftère,  non  loin  du  premier,  &  dans  la 
»  rue  qui  porte,  encore  de  nos  jours,  le  nom  de  Saint- Félix'.» 
Les  invafions  de  notre  territoire  par  les  Sarrafins  au  VI I  !• 
fiècle,  celles  des  Normands  au  IX®  on  dû  néceffiter  ce  trans- 
port de  rétabliffement  religieux  &hofpitalier  de  Saint-Félix, 
pour  le  mettre  à  l'abri  de  nos  remparts.  Les  hiftoriens  ne 
nous  le  difent  que  d'une  manière  affez  vague.  Il  nous  faut 
franchir  encore  quelques  fièdes  :  ce  n'eft  qu'au  XVP  que  je 
trouve  cette  indication  fournie  encore  par  les  Archives  du 
chapitre  de  Saint-Apollinaire  :  «  Copie  fignée  de  l'extrait 
»  faift  en  1 5 1 3 ,  9°*  feptembre  de  la  création  de  Vinfirmerie 
»  du  Prieuré  de  Saint- Félix  &collaon  (collation)  d'icellepar 
»  le  S'  Prieur  où  y  auait  12  religieux  de  Saint- Auguftin 
»  duem*  dotés  ^.  » 


(i)  Ce  devait  être  Jean  XXIII. 

(2)  Inventaire  du  chap.  St-AppoU. 

(3)  M.  Tabbé  Nadal,  Hift,  hagioL,  p.  14. 

(4)  Archives  de  la  préfedure,  Chapit.  Saint- Apollin,,  f-  i,  373. 


ÉTABUSSEMBNTS  DE  BIENFilSANGB  DE  TALENCE.  169 

Cette  infirmerie  n'était  probablement  autre  que  Thôpital. 
L'ade  fuivant  nous  le  fait  fuppofer  :  «  Par  cote  4  du  1 3* 
»  feburier  1673,  Eftienne  &)utays  recognoit  à  la  baylie  de 
»  la  facriftie  une  maon  (maifon  )  en  la  grande  rue  de  Sainf- 
»  Félix  où  il  y  a  four  &  cour  confront  du  L.  maon  de  Vhofpi- 
»  tal,  etc..  de  B.  la  rue  de  Saint-Félix,  fous  la  cenfe  de  10 
»  deniers.  » 

Cet  afte  &  le  fuivant  nous  déterminent  très-nettement 
remplacement  de  l'hôpital  Saint-Félix  à  cette  époque  : 

«  Plus  une  autre  maon  en  la  rue  de  Vacheyras  confront 
»  du  L.  lad.  rue,  —  du  C.  la  maon  &  cour  fus  confrontées, 
»  de  B.  lad.  maon  de  Vhofpital,  —  du  V.  la  maon  fous  con- 
»  frontée,  fous  la  cenfe  de  6  den.  vien.  (  fix  deniers  viennois). 
»  Ade  reçu  Reboul  —  coté  N.®  1,  c.  ux.  Valence  2o63  *.  » 

Nous  reconnaiffons  là  parfaitement  les  confins  du  prieuré 
de  Saint- Félix,  aftuellement  occupé  par  le  bureau  de  bien- 
faifance.  Cette  rue  de  Vacheyras  c'eft  l'ancienne  rue  de  la 
Vacherie,  dont  on  a  fait  la  rue  Jeu-de-Paume.  —  L'hôpital 
de  Saint-Félix  était  donc  dans  ce  bâtiment,  où ,  plus  tard , 
avec  le  même  efprit  charitable,  devait  s'établir  une  autre 
aififtance  des  pauvres. 

Nous  la  reprendrons  à  ce  nouveau  point  de  vue ,  quand 
nous  parlerons  du  Bureau  de  bie^aifance. 

L'hôpital  Saint' André. 

Un  des  plus  anciens  de  nos  hôpitaux,  ou  du  moins  celui 
qui  à  une  date  plus  reculée  avait  une  exiilence  bien  conftatée, 
c'eft  l'hôpital  Saint-André. 

J'ai  des  ades  de  1270  &  I285  qui  concernent  cet  hofpital 
Saint-André  de  Valence.  Par  d'autres  ades  nous  trouve- 
rons fa  pofition,  l'emplacement  qu'il  occupait  dans  notre 
ville. 


{i)nid.y  fol.  21 18. 


470  SOCIÉTÉ  D'ABGBÉOLOaiB  ET  DB  STATISTIQUE. 

Aux  archives  du  chapitre  Saint- Apollinaire,  fol.  1270, 
eft  inventorié  un  «  parchemin  en  date  du  25°*  feptembre 
»  i32i,  par  lequel  François  Bafterij  vend....  trois  maifons 
»  qui  fe  touchent  en  la  rue  derrière  Thofpital  Saint- André , 
»  qui  va  à  la  maon  d^Amalric  Ortolan  du  côté  du  L.,  du  C. 
»  la  rue  appelée  de  Saint- Apollinaire ,  —  de  B.  proche  de 
»  lad.  rue  qui  va  à  la  maon  dud.  Amalric...  » 

Dans  ce  même  inventaire,  en  i554,  il  eft  fait  mention  de 
»  une  penfion  de  quatre  florins  fur  la  maifon  d'Honoré 
»  d'Eftienne,  faifant  le  coing  (stc)y  ûtuée  en  la  rue  de  la 

m 

»  Famerie  devant  Thofpital  Saint- André  * .  » 

Item  (fol.  52)  «  quatre  florins  fur  une  maifon  en  la  Far- 
»  nerte,  au  devant  de  Thôpital  Saint- André.  » 

D'autres  indications  non  moins  précifes  nous  font  fournies 
par  uncadaftre  en  date  de  i55o,  qui  fe  trouve  aux  archives 
de  la  mairie.  On  y  lit  :  —  «  La  vingt  &  deux."*  yfle  com- 
»  mence  à  la  rue  des  bancs....  à  liflue  de  la  rue  de  la  Far- 
»  nerieau  deuant  de  Thofpital  Saint- André....  »  (fol.  148. 
v».) 

tt  La  trente  deuxième  yfle  commence  à  la  place  des  hou- 
»  mes  fins  au  deuant  le  puys  de  Tourdeom  &  au  deuant 
»  rhoftel-Dieu  &  de  Sayn^  Amdré....  (fol.  166). 

»  La  trente  troifième  yfle  commence  à  Thoftel-Dieu  de 
»  Saynft  Amdré,  faifant  carré  à  la  fin  de  rue  de  la  Famerie 
»  &  antrée  de  la  rue  des  Ardancz  fife  rue  des  petites  ho- 
»  ches.... 

»  L'hoftel  -  Dieu  de  Saint  -  Amdré  a  au  deuant  de  rue 
»  huift  toifes  &  demye  de  longueur  &  douze  toifes  de 
»  profondeur...  »  (fol.  166.  v®.) 

Toutes  ces  indications  font  faciles  à  retrouver.  La  rue  de 
la  Famerie  a  confervé  cet  ancien  nom  ;  la  rue  Saint-Apolli- 


(i)  Archiv.  du  chap.  Saint-Âpoll.,  Inventaire^  f.  73. 


ÉTABUSIUIRTS  DB  BIEJIFAI8A1IGI  DE  TALEMGE.  47i 

naire  était  celle  qui  a  reçu,  en  raifon  de  fon  défieiutd^aligne- 
ment,  le  nom  de  rue  des  Quatorze-Cantons.  La  maifon  d'A- 
malric  Ortolan  avait  tait  admettre  ce  nom  de  rue  de  Mairie  à 
la  rue  aâuellement  connue  fous  le  nom  de  rue  de  la  Gtadelle  ; 
la  rue  des^anc^  c^eft  ce  prolongement  de  la  Grand^Rueoù  fe 
trouvent  Tentrée  du  mufée  &  Téglife  des  Gordeliers  ;  la  place 
des  Hommes  eft  Tefplanade  de  la  Citadelle ,  &  ce  pujrs  de 
Tourdeom  au  deuant  de  Vhojiel-Dieu  était  un  puits  préci* 
fément  en  £ace  de  la  porte  de  la  bibliothèque ,  qui  a  difparu 
depuis  TétablifTement  des  fontaines  publiques. 

Il  paraît  qu'à  cette  époque  cet  hôpital  de  Saint-André 
avait  le  nom  d'Hôtel-Dieu,  ou  peut-être  c'était*il  le  nom 
générique  donné  à  tous  les  hôpitaux.  Nous  trouverons,  plus 
tard,  ce  même  nom  appliqué  à  l'hôpital  Saint- Jean ,  &,  tan- 
dis que  cet  hôpital,  autrefois  le  plus  confidérable,  a  difparu, 
le  nom  d'Hôtel-Dieu  eft  refté  à  la  maifon  qu'il  occupait, 
quoique  la  deftination  en  ait  été  complètement  changée. 

L'hôpital  Saint-André  était  établi  dans  le  bâtiment  qui  a 
été  connu  plus  tard  fous  le  nom  di  Hôtel  de  Mars,  à  l'ex- 
trémité nord  de  la  rue  Farnerie,  tout  près  du  bâtiment  de 
notre  bibliothèque  publique  où  la  Société  d'archéologie  tient 
fes  féances. 

Dans  un  «  Tableau  progrejjtfdes  biens  des  pauvres  de 
»  Valence,  avant  &  depuis  l'établiffement  de  l'hôpital  Saint- 
»  Jean,  dit  Hôtel-Dieu,  jufqu'à  la  réformation  de  1696,  que 
»  Fadminiftration  en  fut  féparée  de  celle  de  la  ville',  il  eft 
»  dit  :  que  ces  biens  confiftent  :  i  *  en  la  propriété  du  bâti- 
»  ment  de  Vhôpital  Saint-André,  connu  fous  le  nom 
»  d'Hôtel  de  Mars,  etc.,  etc.  » 

Voilà  l'indication  la  plus  formelle. 

Nous  en  fuivrons  la  trace. 


(i)  Pièce  imprimée  à  Valence,  chez  J.  J.  Viret,  par  dâibératioB  du  Bu- 
reau du  23  janvier  1782.  —  Aux  archives  de  l'Hôpital,  B.  102. 


472  SOCIÉTÉ  d'archéologie  et  de  STATISnOCE. 

On  trouve  dans  les  délibérations  du  confeilmunicipal  celle 
du  1 3  may  1 5o5,  c(  où  il  fiit  conclu  qu^on  appenfionnerait  à 
»  un  ou  plufieurs  particuliers  la  mai/on  Saint- André, 
»  aux  conditions  les  plus  avantageufes  pour  la  ville'.  » 

Il  eft  évident  qu'à  cette  époque  cet  hôpital  changea  de 
deftination. 

Pour  quel  motif?  Etait-ce  parce  que  les  autres  fuffilaient 
au  fervice  y  ou  parce  que  la  mat/on  était  infuffiiante  y  en 
mauvais  état?  La  délibération  ne  le  dit  pas.  Mais  on  allait 
livrer  la  mai/on  à  un  ou  plufieurs  particuliers. 

Une  autre  délibération  du  28  may  i5o5,  quelques  jours 
après,  nous  apprend  que  «  il  fut  conclu  qu'on  notifierait  à 
»  MM.  du  chapitre  Tintention  où  était  la  ville  d'appen- 
»  fionner  la  mailbn  de  l'hôpital  Saint- André  deTordéon*.  » 

Le  marché  dut  fe  conclure,  car,  foixante  ans  après,  nous 
trouvons  une  autre  délibération  du  22  may  1567,  «  où  il  fut 
»  conclu  qu'on  donnerait  de  penfion  de  l'hôpital  Saint-André, 
»  où  l'on  avait  précédemment  conclu  de  tenir  les  boucheries, 
»  35  florins  rachetables  pour  la  fomme  de  700  f.  à  l'hôpi- 
»  tal^.  »  Ce  quartier  était,  en  effet,  affeâé  aux  boucheries. 
La  rue  des  Bancs  qui  y  conduifait ,  était  la  rue  des  bouchers; 
&,  dans  une  délibération  du  3o  juin  1 674,  «  il  fut  conclu  que 
»  les  boucheries  fe  tiendraient  au  même  lieu  &  qu'on  achè- 
»  terait  du  S'  Gonful  Chaponay  le  tènement  du  vieux  Cire, 
»  derrière  le  Couvent  de  Saint-François,  fous  la  penfion  de 
»  i5  1.  tournoifes^.  » 

Cet  emplacement  du  Cire  devint  les  grandes  boutiques;  &, 
par  un  revirement  alTez  fingulier,  ces  grandes  boutiques 


(i)  Aux  archives  de  la  mAme,  Délit.,  fol.  144. 

(2)  Jbid.,  f.  146. 

(3)  Ibid.,  f.  7. 

(4)  Ibid.y  fol.  449. 


ÉTÂBLISSEIIEIITS  DE  BIEKFAISÀKGB  DE  VALENCE.  ^3 

font  devenues  Thôpital  général,  conune  Thôpital  Saint- André 
était  devenu  une  grande  boutique. 

Voilà  donc  la  deftination  de  cet  établiflement  pendant  le 
XVI*  fiède.  Il  avait  ceffé  d^être  appliqué  aux  befoins  des 
malades  pour  entrer  dans  le  fervice  municipal. 

Cet  état  de  chofes  s'efl  continué,  puifque  200  ans  après 
la  ville  renouvelle  ce  bail  avec  radminiftration  des  hofpicfcs. 

«  Du  i3  juin  1767,  —  Bail  à  loyer  de  THôtel  de  Mars, 
»  près  Tefplanade  paiîé  pour  neuf  ans  à  la  ville  de  Valence , 
»  par  MM.  les  Redeurs  &  Adminiftrateurs  des  pauvres  & 
»  hôpitaux,  pour  le  prix  de  55  1.  par  année.  » 

a  En  papier  —  coté  dVrmoire  III,  N.**3.  LettreCCC.» 

Mais  la  deftination  va  changer.  Ce  ne  feront  plus  les  bou- 
cheries qui  feront  établies  dans  ce  local. 

Une  «  délibération  du  26  juillet  1767*  approuve  toutes  les 
9  dépenfes  fûtes  pour  les  réparations  de  P  Hôtel  de  Mars  que 
»  la  ville  avait  pris  à  loyer  de  l'hôpital,  pour  fervir  à  la 
»  troupe  à  Fexercice  &  Téquitation  en  hjrver  &  en  temps 
»  de  pluie.  » 

Voilà  donc  cet  hôpital  devenu  caferne.  Eft-ce  à  ce  moment 
qu'on  lui  donna  le  nom  d'Hôtel  de  Mars?  La  délibération 
'  que  nous  venons  de  citer  donnerait  à  croire  qu'il  lui  était  im- 
pofé  avant  cette  époque.  Là  ne  fe  borneront  pas  fes  transfor- 
mations. 

Par  délibération  du  i3  décembre  1781 ,  «  le  bureau  des 
»  pauvres  a  chargé  MM.  Chabert  &  Berger  de  paffer  la 
»  vente  de  la  maifon  appartenant  aux  hôpitaux  (ituée  en 
»  cette  ville  appelée  l'Hôtel  de  Mars,  aux  prix ,  claufes  & 
»  conditions  qu'ils  jugeront  à  propos.,..  » 

Du  23  janvier  1782 ,  «  cette  vente  a  été  paffée  à  la  com- 
»  munauté  (commune)  de  Valence ,  fuivant  la  demande  qu'en 


(i)  Auzarch.  de  la  mairie,  f.  2o3. 
(2)  Jbid.,  f.  4. 

Tome  IV.  -  4869.  12 


47Â  SOGIKTÉ  b'abchéolog»  et  de  statistique. 

»  avaient  faite  MM.  les  Maire  &  Échevins,  au  prix  de 
»  2400  livres  laiiTées  à  conilitution  de  rente  au  denier  vingt, 
»  fans  retenue.  —  Afte  reçu,  Greficr  notaire,  le  3i  décem- 
»  bre  1781*.  » 

En  faifant  cette  acquifition ,  la  ville  avait  fes  vues,  bientôt 
manifeftées ,  car,  en  date  du  24  mars  1 782 ,  eft  une  délibé- 
ration du  confeil  municipal  par  laquelle  «  les  Maire  & 
»  Échevins....  font  unanimement  priés  de  prendre  les  mo- 
»  yens  qu'ils  trouveront  convenables  pour  mettre  T  Hôtel  de 
»  Mars  en  état  de  fervir  aux  fpeftacles  qui,  Jufqu'ici,  ont 
»  occupé  une  des  lalles  de  THôtel-de- Ville;  d'y  feire  cons- 
»  truire  un  théâtre,  loges,  amphithéâtre  &  autres  détails 
»  néceffaires  à  des  comédiens...*.  » 

Cette  inftallation  dut  durer  jufqu'au  jour  où,  par  un  arrêté 
»  du  3  fruâidor  an  II,  le  citoyen  Meaule,  repréfentant  du 
»  peuple ,  revêtu  de  pouvoirs  illimités,  donna  à  la  commune 
»  de  Valence  la  chapelle  ci-devant  Notre-Dame ,  pour  en 
a  faire  une  falle  d'école  des  mœurs  (falle  de  fpeftacles)^.  » 

Mais,  dans  la  féance  du  18  juillet  181 8,  il  eft  donné  com- 
munication d'une  lettre  du  miniflre  au  préfet  annonçant  que 
<c  l'églife  qui  fervait  de  iklle  de  fpedacles  à  la  ville  de  Valence, 
»  ayant  été  rendue  au  culte,  il  faut  avifer  aux  moyens  d'éta- 
»  blir  une  nouvelle  falle  de  fpeftacles...^.  » 

A  ce  moment,  on  revint  à  l'Hôtel  de  Mars,  &,  pour  fe 
conformer  à  l'idée  du  citoyen  Meaule,  on  infcrivit  fur  le  ba- 
digeon cette  infcription  que  les  mauvais  plaifants  traduifaient 
à  leur  façon  :  Cajiigat  ridendo  mores. 

Cette  falle ,  trop  infufl&fente  pour  notre  ville ,  ne  pouvait 
être  qu'un  provifoire  à  abandonner  au  plus  tôt.  C'eft  ce  qu'ont 


(i)  Regiflre  des  délibérations  du  bureau   des  pauvres,  aux  Archives  de 
rhôpital. 

(2)  Aux  archives  de  la  mairie. 

(3)  Regiftre  des  arrêtés  du  maire,  fol.  26  au  v*. 

(4)  Regiftre  des  délibérations. 


ÉTABLlSSBHBIfTS  DE  BIENPAISllfCE  DE  VALENCE.  475 

compris  quelques  citoyens  qui  fe  font  aflbciés  pour  édifier  la 
nouvelle  falle,  plus  digne  de  cette  deftination ,  &  ce  vieux 
bâtiment  de  T Hôtel  de  Mars ,  abandonné  &  démoli,  a  été 
remplacé  par  une  habitation  particulière. 

Hôpital  Saint 'Antoine. 

Dans  le  même  quatier  fe  trouvait  l'hôpital  Saint- Antoine. 
Nous  avons  eu,  dans  un  afte  de  iSyS,  l'indication  de  fon 
exiftence  &  de  remplacement  qu'il  occupait.  Il  y  eft  dit  que 
la  maifon  contigu'ê,  objet  de  cet  afte,  était  fife  à  la  vieille 
farnerie.  Je  trouve  au  fol.  1261  des  archives  du  chapitre 
Saint-Apollinaire  la  note  que  «  Saint-Antoine  était  près 
»  de  réglife  Saint-Jean  de  Valence,  près  de  la  frenarie  [ûc) 
»  vieille  de  Valence.  » 

L'ordre  de  Saint- Antoine  était  effentiellement  hofpitalier. 
Chorier  nous  a  dit  qu'il  ne  s'occupait  que  «  du  fervice  des 
»  malades  &  de  la  diredion  des  hôpitaux..,  il  n'avait  point 
))  d'églife  à  laquelle  ne  fut  joint  un  hôpital  *.  » 

Bien  des  raifons  nous  donnent  à  croire  qu'il  avait  fait  ces 
deux  fondations  dans  notre  ville. 

En  effet ,  c'eft  ici  qu'il  reçut  la  çonfécration  de  fon  exiftence. 
«  En  1095,  le  pape  Urbain  II,  fe  refidant  au  concile  de 
»  Clermont,  pour  prêcher  la  croifade,  s'arrêta  à  Valence, 
»  dont  il  confacra  l'églife  cathédrale...,  &  il  donna  l'appro- 
»  bation  à  deux  faints  Ordres  :  l'Ordre  des  Chartreux ,  dont 
»  la  principale  maifon  eft  la  Grande-Chartreufe,  dans  le  dio- 
»  cèfe  deGrenoble,  &iYOrdredes  Clercsréguliers de  Saint- 
»  Antoine^  inftitué  vers  ce  temps-là  pour  le  fecours  des 
»  malades,  dont  la  principale  maifon  eft  l'abbaye  de  Saint- 
»  Antoine  en  Viennois,  dans  le  diocèfe  de  Vienne*.  » 


(i)  Chômer,  Hifl,  génér,  deDauphiné,  t.  II,  liv.  VI%  feft.  XV,  p.  igS, 
(2)  Mgr.  DE  Catellan,  Antiq.  de  Véglife  de  Valence  j  p.  226  &229. 


476  SOaÉTÉ  D'AaCHiOLOGIE  ET  DE  STATISTIQ1IE. 

hsL  principale  mai/on  :  cela  donne  à  entendre  qu'il  y  en 
avait  d'autres  moins  importantes,  cette  affertion  eft  pofiti- 
vement  établie  :  «  l'Ordre  de  Saint-Antoine  fonde  des  maifons 
»  qui  relèvent  de  la  maifon  originaire  »  (Dift.  d'écon.  cha- 
ritable, —  M.  Martin  Doify,  col.  1464),  &  Ton  peut  croire 
qu'à  Valence,  ville  épifcopale ,  une  des  plus  confidérables  de 
la  province  dauphinoife,  l'Ordre  de  Saint- Antoine  avait 
fondé  une  fuccurfale,  ne  fût-ce  qu'en  fouvenir  de  fon  inftitu- 
tion  canonique,  &  pour  exercer  fes  œuvres  de  charitable 
aiïiftance  dont  les  occafions,  même  après  la  difparution  du 
feu  Saint- Antoine,  ne  manquaient  pas;  ce  qui  le  prouve 
d'ailleurs,  ce  font  les  comptes  du  chapitre  qui  avait  une 
penfion  de  10  florins,  5  gros,  fur  leur  maifon  (folio  67 
&  autres). 

On  peut  d'autant  plus  le  fuppofer  que  les  évêques  de 
Valence  fe  montraient,  on  ne  faurait  mieux,  difpofés  à  favo- 
rifer  fes  œuvres.  En  voici  une  preuve  tirée  des  archives  du 
chapitre  Saint- Apollinaire  : 

«  Plus  a  efté  mis  dans  lad.  25*  liaffe  V  un  parchemin  de 
»  l'an  1 540,  &  du  18"  janvier,  par  lequel  Mre  Jacques  de 
»  Tournon  éuefque  &  comte  de  Valen  &  Dyois  &  prince  de 
»  Soyon ,  recommande  à  tous  les  bénéficiers  qui  font  de  la 
»  part  du  Royaume,  fous  peine  d'excommunication,  de 
»  recevoir  &  traiter  charitablement  les  frères  religieux  & 
»  autres  de  l'hofpital  Saint- Anthoine  de  Vienne  lorfqu'ils 
»  iront  demander  l'aumofiie,  vœux,  légats,  confrairies, 
»  promeflies,  &  autres  obuentions&  obligations  quelconques 
»  enfaueur  des  pauvres  dejd.  hofpital&  église,  &d'exhor- 
»  ter  les  peuples  par  les  privilèges,  indulgences,  néceflitez 
»  &  miracles  que  Noftre  Seigneur  fait  à  la  dévotion  de  Saint- 
»  Anthoine  en  meffes,  évangiles,  etc.  Promettant  auxd.  reli- 
»  gieux  de  lever  les  excommunications  &  interdictions  des 
»  ufuriers  &  autres  au  fon  de  la  cloche*  etc. 


ÉTÂBLISSE1IEI«TS  CHARITABLES  DE  VALENCE.  477 

»  Scellées  du  fcel  dud.  S'  Euefque  &  cotées  N.®  1441 1. 
»  Valence,  1026'.  » 

Ces  privilèges  accordés  par  Févcque  de  Valence  témoi- 
gnent d'un  intérêt  tout  particulier  en  faveur  des  pauvres  de 
l'hôpital  &  de  Véglife  qu'ils  deffervaient.  Il  eft  probable, 
quoiqu'il  y  ait  un  peu  d'ambiguité  dans  le  texte,  que  ces  fa- 
veurs s'appliquaient  à  l'hôpital  de  Valence. 

De  vieux  monuments ,  de  vieux  titres  &  de  vieux  fou venirs 
ont  trait  à  cet  établiffement  dans  notre  ville. 

Dans  un  vieux  cadaflre  de  la  mairie ,  en  date  de  1 55o,  on 
trouve  cette  indication  : 

(c  La  dix-neufuiefme  yfle  commence  à  la  mayfon  par 
»  anfticquité  noumée  de  Saint-Anthoe  en  la  rue  de  1er- 

»  berie &  par  ladide  rue  à  la  mayfon  &  hoflel  de  la 

»  préfente  cité,  faifant  carré  au  deuant  le  puys  de  la  Mari- 
»  nette...  » 

Voilà  la  pofitionde  la  maifon  Saint- Antoine  bien  indiquée. 
La  rue  de  l'Herberie  était  l'extrémité  de  la  rue  Saint-Félix, 
vers  le  marché  Saint-Jean  ;  le  puits  de  la  Marinette  était  ce 
puits  banal  qui  a  été  recouvert,  dans  le  recoin  au  carrefour 
des  rues  Saint-Félix,  Saint-Jean  &  Juiverie. 

Il  y  avait,  en  effet,  fur  ce  point  une  vieille  maifon  qui  avait 
confervé  ce  nom  de  Saint- Antoine.  Je  me  rappelle  l'avoir  vue 
avec  fes  petites  croifées  en  ogive ,  fes  efcaliers  en  colimaçon 
dans  des  tourelles.  Elle  avait  à  cette  époque  une  apparence 
de  ruine  &  était  occupée  par  une  gamifon  d'infanterie,  qu'on 
appelait  la  garde  départementale.  Elle  a  été  démolie,  & 
fur  l'emplacement  on  a  bâti  la  belle  maifon  qui  fait  l'angle 
fud-eft  de  la  place  aux  Herbes  &  de  la  rue  Saint-Félix. 

Était-ce  là  l'hôpital  ? 

Dans  ^inventaire  des  archives  du  chapitre  de  Saint- 
Apollinaire,  une  maifon  eft  ainfi  confrontée  :  «  du  couchant 

■ 

(1)  Archiv.  du  chap.  Saint-ApoU.,  fol.  162 1. 


178  SOCIÉTÉ  d'aACHÉOLOGIE   ET  DE  STITISTIQUE. 

»  la  rue  du  petit  Mazel  ;  du  levant  le  jardin  de  l^hofpital 
»  Saint- Anthoine  ^  »  (Cet  afte  eft  du  4  juin  1426.) 

Le  petit  Mazel  {macellutn,  marché,  lieu  où  fe  vendent  les 
denrées)  était  cette  petite  rue  qui  va  difparaître,  longeant  à 
Teft  la  place  du  marché ,  aâuellement  connue  fous  le  nom 
de  rue  du  Petit-Saint- Jean.  L'hôpital  Saint- Antoine  &  fon 
jardin  devaient  occuper  une  grande  partie  de  ces  emplace- 
ments ;  &  ce  qui  eft  une  preuve  à  l'appui  de  cette  fuppofition, 
c'eft  le  nom  de  rtie  de  l'Hôpital,  fous  lequel  on  défignait, 
dans  le  vieux  Valence ,  une  rue  qui  limite  cette  ifle  de  maifon 
à  Feft.  «  La  rue  de  l'hôpital ,  »  eft-il  dit  dans  le  répertoire 
des  archives  du  chapitre*,  «  commence  depuis  Saint-Jean  & 
»  finit  au  puys  (puits)  de  la  Marinette,  qui  eft  auprès  de  la 
»  maifon  de  ville.  » 

C'eft  la  rue  qu'on  a  baptifée  du  nom  de  rue  Saint- Jean. 

Remarquons,  toutefois,  que  d'après  le  cadaftre,  à  cette 
date  de  1 55o,  l'hôpital  Saint- Antoine  n'exiftait  plus,  puifque 
c'eft  fous  le  nom  de  maifon  Saint- Antoine,  aittfi  nommée, 
dit-il,  par  antiquité,  que  ce  bâtiment  eft  cadaftre.  —  C'était, 
à  cette  date,  la  maifon  de  ville  (voir  Belleforeft,  dont  le  plan 
eft  de  1575),  la  maifon  confulaire,  maifon  de  la  confrérie 
Saint- Jean  (Jules  OUivier,  EJfais,  p.  76). 

Voici  d'ailleurs  un  document  oflSciel;  il  eft  tiré  d'une  lettre 
du  maire  de  Valence  au  miniftre  de  la  guerre,  en  date  du 
25  vendémiaire  an  IX  ^  : 

«  Quant  à  la  maifon  Saint- Antoine....,  il  réfultede la  tra- 
»  dition  orale  &  très-nourrie  que  les  évêques  de  Valence 
»  habitaient  ce  bâtiment  il  y  a  plus  de  mille  ans  ;  qu'ayant 
»  enfuite  feit  bâtir  un  fuperbe  évêché  près  l'^life  Saint- 


(i)  Fol.  141 3,  aux  arch.  de  la  préfedure. 

(2)  Ivol.  67,  ibid. 

(3)  ^egijlre  des  arrêtés  du  maire  (fol,  8),  aux  archives  de  la  mairie. 


KTifiLISSEVENTS  CHIBITÀBLES  DE  TiXERCE.  479 

»  Apollinaire,  aujourd'hui  cathédrale ,  ils  cédèrent  leur  pre- 
»  mîère  habitation  aux  confuls  de  Valence  qui  en  firent  leur 
»  hôtel-de-ville  au  XlPfiède.  lien  confie  par  nos  archives. 
»  Trop  refferrée  enfuite ,  la  commune  fit  bâtir,  il  y  a  200  ans, 
»  un  fécond  corps  de  bâtiment  attenant  au  premier,  compofé 
»  de  troispièces  au  rez-derchauffée  &  trois  pièces  au  premier. 
»  C'eft  dans  ce  dernier  local  qu'elle  tranfporta  fes  féances.  » 

La  ville,  qui  n'avait  eu  que  La  ceflion  gracieufe  de  ce  bâti- 
ment, voulut  s'en  alFurer  la  propriété.  Parmi  les  délibéra- 
tions de  la  municipalité  de  Valence  efl  celle  du  2 1  mai  1 770 
ce  autorifant  les  commifTaires  qui  avaient  été  nommés,  à 
»  faire  un  traité  avec  MM.  du  chapitre  Saint- Apollinaire , 
»  d'après  lequel  les  lods  dus  au  chapitre  pour  l'acquifition 
»  faite  par  la  ville  de  la  maifon  Saint- Antoine  &  de  l'empla- 
»  cément  des  grandes  cafernes ,  font  réglés  à  400  f .  (Armoire 
»  6.  lettre  T.,  N.*  i\) 

»  Lors  de  l'arrivée  de  l'Artillerie  à  Valence^,  les  cafernes 
»  n'étant  pas^affez  vaftes,  la  ville  de  Valence  fe  décida, 
»  quoiqu'avec  peine,  à  y  loger  une  compagnie  de  canonniers. 
»  Depuis  la  Révolution,  le  i**"  &  le  2"  étages  de  la  maifon 
»  Saint- Antoine  ont  conftamment  été  garnis  de  prifonniers 
»  de  guerre....  Le  nombre  de  ces  prifonniers  augmenta  au 
»  point  que  la  commune,  ne  fâchant  plus  où  les  placer,  fe 
»  détermina,  en  mars  1793,  à  leur  céder  fon  hôtel-de-ville, 
»  affez  vafle,  &  fe  tranfporta  dans  le  noviciat  de  Saint - 
»  Ruf...^.  »  C'était  les  bâtiments  de  l'hôtel  de  la  préfefture. 
•  La  maifon  Saint- Antoine  fut  aliénée,  enfuite  d'une  délibé- 
ration du  confeil  municipal  de  Valence,  du  7  juillet  181 8.  Il 


(i)  Aux  archives  de  la  mairie. 

(2)  Le  premier  bataillon  du  régiment  de  La  Fère  arriva  à  Valence  le  2 
oélobre  1783. 

(3)  Lettre  du  maire  de  Valence  au  miniflre  de  la  guerre,  du  25  vendé- 
miaire an  IX. 


480  SOCIÉTÉ  d'a&ghéologie  et  de  statistique. 

y  eft  dit  :  «  que  la  commune  poflède  en  toute  propriété,  fui- 
))  vant  la  ceflion  qui  lui  en  a  été  £sdte  par  décret  du  3 1  août 
»  1810,  lamaifon  dite  Saint- Antoine,  qui  jufqu'à  préfent 
»  a  fervi  de  fupplément  aux  cafernes ,  mais  qui  eft  mainte- 
»  nant  dans  un  tel  état  de  dégradation  que  la  garnifon  ne 
»  peut  plus  l'occuper  pour  aucun  fervice ,  fans  courir  des 
»  dangers,  &  que  les  réparations  ou  reconftruftions  né- 
»  ceffaires  feraient  immenfes  pour  la  commune;  qu'il  eft 
»  avantageux  de  vendre  cet  édifice » 

Le  confeil  demande  d'être  autorifé  à  cette  vente*. 

Et  c'eft  ainfi  qu'ont  difparu  dans  la  maffe  des  habitations 
privées  cet  hôpital  &  cette  maifon  cotnmune  dont  il  ne  refte 
pas  même  le  nom,  &  dont  la  tradition  eft  à  peu  près  perdue, 
malgré  l'intérêt  valentinois  qui  s'attache  à  ce  fouvenir. 

(A  continuer.)  F.  DUPRÉ  DE  LOIRE. 

(i)  Aux  archives  de  la  mairie. 


DBS  EUES  DE  TALENCE. 


4H4 


DES  RUES  DE  VALENCE 

(Suite.  -  Voir  le  Bulletin,  12-  liv. ,  p.  81.) 


Rapport  lu  à  la  Société  d'Archéologie  et  de  Statistique  de  la 
Drôme,  dans  la  séance  publique  du  2  mai  1868,  au  noni 
d'v/ne  commission  composée  de  MM.  Chauffeur  (Auguste), 
Lacroix,  Dupré  de  Loire,  Poinçot  et  Bonnet,  rapporteur. 


Le  tableau  synoptique  suivant  (n^  2)  résume  les  rapports 
de  nom  et  d'emplacement  des  voies  anciennes  avec  les  nouvelles. 
Pour  les  rues  qui  suivent  approximativement  la  direction  du 
Rhône ,  nous  plaçons  le  commencement  au  nord  ;  nous  le  pla- 
çons à  Fouest  pour  les  rues  plus  ou  moins  perpendiculaires  aux 
précédentes.  Pour  faciliter  et  simplifier  les  recherches,  c'est 
aux  rues  actuelles ,  moins  nombreuses  et  moins  fractionnées, 
que  nous  rapportons  les  anciennes. 


TABLEAU  2. 

État  de  correspondance  de  remplacement 
des  mes  et  places  anciennes  et  nonvelleB  de  la  ville  de  Valence  (Drdme). 

Nota.  —  Nous  appelons  récente  toute  voie  non  classée  ni  dé- 
nommée dans  la  nomenclature  traditionnelle,  mais  néan- 
moins antérieure  à  la  nomenclature  de  4815. 


HUES  ET  PLACES  ACTUELLES. 


Ancien-Tribunal-Givil  (place  de  T). 
Artois  (place  d'). 


Bains,  récente. 
Baise-Béguine  (côte). 


RUES  ET  PLAGES  ANCIENNES. 


Grand  Hazel  (place). 

Terrain  en  dehors  de  la  porte  San- 


niere. 


Côte  Baise- Béguine. 


482 


SOCIETE  D  ABCHÉOiOGIE  ET  HE  STATISTIQUE. 


RUES  ET  PLACES  ACTUELLLES. 


Balais  (des). 

Barbe*  (Sainte-),  récente. 

Bayard. 

Belle-Image. 

Boucheries. 

Brifaut. 

Gantons  (Quatorze-). 


CarieleL 

Cathédrale,  récente. 

Centre  (du),  aliàs  Écorcherie 

Chapeliers  (côte  des). 

Chantelouve. 

Chaufour. 

Citadelle  (rue). 

Citadelle  (place). 

Clercs  (place  aux  ou  des). 

Collège,  récente. 

Colombier  (rue). 

Colombier  (place). 

Coq  (du),  récente. 
Courbe- SUvanie  (côte). 
Croissant  (du). 


D 


RUES  ET  PLACES  ANCIENNES. 


Daupbine. 
Didier  (Saint-). 

Écorcherie*. 


Estève  (côte  Saint-)  et  quelquefois 

côte  des  Frères. 
Esiè\)e  (place  Saint-). 

Famerie. 
Faverie,  récente. 
Félix  (Saint-). 


Gendarmerie,  récente. 
Orand'Rue. 


Rue  Pellerie  ou  Pelleterie. 

2-  Cartalet. 

Vieux-Cartalet 

Rues  des  Planches ,  des  Boutiques , 

Pissentour,  du  Glaux  ou  Clos. 
Rue  de  la  Chaîne  ou  des  Écbats. 

Saint-Apollinaire  (entre  la  rue  Cita- 
delle et  la  place  de  la  Visitation) , 
plus  tard ,  rue  Treize-Cantons. 

1*  Cartalet. 

Viol  de  l'Écorcherie*  (partie). 

Côte  des  Chapeliers  ou  du  Bourg. 

Chanteloube. 

Fourchaud. 

Rue  Mairie. 

Grandes  Oches  de  Tourdéon. 

Place  aux  Clercs. 

Rue  Vemoux,  fin. 

Carrefour  des  rues  du  Jonchier, 
Fourchaud,  Vemoux  et  Villeneuve. 

Côte  Courbe-Sirvenle. 

Viol  de  rÉcorcherie  * ,  ancien. 

Rue  de  la  Chaîne  ou  des  Échats. 
Rue  Saint-Didier. 

Viol  de  rÉcorcherie*  (partie  ajoutée 

au  Yiol  primitif). 
Côte  Saint-Étienne  ou  Estève. 

Côte  Saint-Étienne  ou  Estève. 

Famerie. 

Rue  Herberie,  l'"  place  de  THer- 
berie,  rue  Heiterie,  2*  place  de 
THerberie,  rue  des  Fauries,  rue 
Saint-Félix. 


Rues  des  Bans  ou  Bancs,  Superie^ 
Grand'Rue. 


9ES  BUES  DE  TALEHGE.  483 

BUES  ET  PLACES  ACTUELLES.  BUES  ET  PLACES  ANCIENNES. 


Hôtel-de-ViUe. 
Hôpital*  (de  F). 

E 

Impéri&ie  (place),  voir  d'Artois. 

Jambes  (des). 

Jacques*  (Saint-),  faubourg. 


Jamme  (Saint-). 

Jardins  (des). 

Jardin-du-Roi. 

Jeu-de-Paume. 

Jonchère. 

Juiverie*. 

Lesdigui^res. 


Manutention  (de  la). 
Marlin  (côte  Saint-). 
Martin  (rue  Saint-). 

Musée  (du),  partie  de  la  Orand'Rue 
ainsi  dénommée  depuis  1852. 

IV 

Nucléon  (place). 

NeuYe  (rue),  partie  ancienne. 
Notre-Dame-de-Soyons  (r.  et  pi.). 

Notre-Dame-de-la- Ronde,  partie  an- 
cienne. 

Orléans  (place  d'),  voir  Artois,  Im- 
périale. 
Ormeaux  (place  des  Trois-),  récente. 


Palais  (rue  du). 
Palais-de-Justice  (place  du). 
Paradis, 
Pêcherie, 


Rue  Juiverie*. 
—  Saint-Jean. 


Viol  du  Treuil. 

Entre  les  couvents  de  Saint-Félix , 

au  nord,  et  de  la  Magdeleine,  au 

midi. 
Rue  Sabaterie. 

—  Gornerie. 
Viol-brûlé. 

Rue  de  la  Vacherie. 

—  du  Jonchier. 

—  des  Arpins. 

3«  Gartalet. 

Rue  Laquerie. 

Côte  Saint-Siartin, 

Rue  Notre-Dame  (de  Soyons),   i'* 

partie. 
Rues  des  Bans  et  Superie. 


Terrain  de  l'ancien  couvent  de  Ste- 

Marie. 
Rue  des  Ghazaux. 
—  Notre-Dame  (de   Soyons),  2" 

partie. 
Rues  des  Études  ou  de  la  Mole. 


Au  midi  de  Saint-ApOlHnaire ,  devant 
rÉvêché  et  les  prisons  de  l'Évéché. 

Rue  Villeneuve. 

—  du  Verger. 

—  Petit' Paradis. 

Partie  dirigée  de  l'ouest  à  Test  de 
l'ancienne  rue  Pêcherie,  qui  se 
coudait  à  la  rencontre  du  ruisseau 
et  finissait  au  pied  de  l'ancienne 
côte  Saint-Estève. 


484 


SOCIÉTÉ  d'archéologie  ET  DE  STATISTIQUE. 


BUES  ET  PLAGES  ACTUELLES. 


BUES  ET  PLAGES  ANCIENNES. 


Pelleterie  *. 

Pendentif  (place  du),  récente. 
Petite-Neuve  (rue),  récente. 
Petits-Remparts  (idem), 
Petits-Seaux  {idem)^ 
Pierre  (place  de  la). 

Pont  (rue  ou  côte  du),  récente. 
PonUPéri  (place). 

Porte-Neuve  (place),  récente. 
Préfecture  (place  de  la). 


Prisons  (des). 
Puits-Salé,  récente. 

Q 

Quatorze-Cantons ,  voir  Gantons. 

Recollets  (rue  des),  récente. 

Remparts  (des). 
Repentirs  (des),  récente. 
République  (pi.  de  la),  voir  Artois, 

Impériale)  Orléans. 
Roderie. 

Royale  (place),  voir  Napoléon. 

Sabateriè  *. 
Saunière  (rue). 

T 

Temple  (rue  et  place  du). 

u 

Ursule  (côte  ^te-)  ou  Baise-Béguine. 

Vemaison  (rue),  récente,  en  partie 
détruite  par  la  Rue-Neuve. 

Vernoux. 

Visitation  (place  de  la),  récente. 


Viol  des  Goives. 


Place  de  la  Pierre,  devant  l'église 
Saint-Martin. 

Porte  PorU-Péri  (entours)  et  rue 
Fusterie. 

Entre  les  rues  Ferraterie  et  Sala- 
terie ,  devant  le  portail  de  l'hôtel 
de  Saint-Rufz. 

Rue  du  Verger. 


Derrière  le  rempart ,  à  l'est  de  la 

porte  Saunière. 
Rue  Entre-les-Murs. 


Grandes  Oches  de  Saint-Félix  ou  rue 
Roderie. 


Rues  Ferraterie  et  Salaterie. 
Grand'Rue. 

Rue  Goifferie. 

Gôte  Baise-Béguine. 

Du  voisinage  des  Recollets  (ancien 
Palais-du-Roi)  au  couvent  de  Ver- 
naison. 

Rue  Vernoux. 

Carrefour  du  viol  Lardel,  du  !•' 
Gartalet,  du  Vieux-Cartalet  et  de 
la  rue  Saint-ÀpoUinaire ,  devant 
les  Minimes. 


DES  RUES  DE  YiXENGE.  485 

L'étude  qui  précède  nous  a  permis  de  déterminer  suffisam- 
ment les  principes  suivis  dans  la  nomenclature  de  Tancienne 
ville.  En  rapprochant  des  noms  anciens  les  noms  conservés  ou 
introduits  par  le  dernier  travail  de  dénomination  des  rues  ac- 
tuelles ,  nous  avons  vu  combien  peu  les  édiles  de  la  Restaura- 
tion avaient  de  tendance  à  s*écarter  de  ces  mêmes  principes. 
Nous  nous  efforcerons  aussi  de  n*en  pas  dévier  dans  notre  re- 
cherche des  meilleures  dénominations  à  imposer  aux  voies  nou- 
velles. Nous  voudrions,  de  la  sorte,  étendre  le  crédit  de  ces 
vénérables  traditions  aux  propositions  que  la  Société ,  en  auxi- 
liaire officieux,  mais  patriotique  et  dévoué,  offrira  au  Conseil 
municipal ,  arbitre  légitime  et  définitif  de  tous  les  intérêts  de  la 
cité  1. 

Une  règle  invariable  nous  parait  devoir  être  acceptée  :  conser- 
ver toute  dénomination  commune  aux  deux  nomenclatures ,  et 
n*ayant  point  été  transposée.  En  l'observant,  nos  prédécesseurs 
nous  ont  rendu  possible  et  presque  facile  la  rédaction  de  notre 
modeste  table  analytique  :  préparons ,  nous  aussi ,  une  besogne 
commode  à  nos  successeurs.  La  tâche  que  nous  abordons  en 
deviendra  plus  courte  et  plus  aisée.  Quelques  rues  anciennes 
dont  les  noms  ne  rappellent  aucun  souvenir  htetorique  impor- 
tant, ou  même  n'ont  aucune  signification  bien  distincte;  les 
boulevards  qui  séparent  Tancienne  ville  des  nouveaux  quar* 
tiers  ;  les  voies  qui  rayonnent  de  cette  zone  vers  la  campagne  ; 
enfin,  les  rues  latérales,  en  grand  nombre,  qui  font  communi- 
quer ces  dernières  entre  elles ,  voilà  tous  les  objets  de  nos 
propositions  de  nomenclature.  La  raison  d'utilité  nous  fera 
préférer  les  dénominations  topographiques ,  surtout  celles 
qu'emploient  déjà  la  voierie  urbaine ,  la  voierie  départementale 
et  Tadministration  des  ponts  et  chaussées.  La  plupart  des  autres 
noms  nous  seront  fournis  par  les  personnages  de  l'histoire 
locale  ou  générale  et  par  les  monuments. 


(1)  Conformément  à  la  décision  prise  par  la  Société ,  le  20  mai  1868  (  y. 
tome  III ,  p.  250)  >  ce  travaU  a  été  adressé  au  Conseil  municipal ,  dès  le 
commencement  du  mois  d'août  suivant. 


486  SOCIÉTÉ  d'abchéologie  et  ie  statistique. 

Voici  d'abord  les  noms  nouveaux  que  nous  proposons  pour 
quelques  rues  anciennes. 

Si,  comme  on  peut  le  craindre  encore,  la  place  Citadelle  est 
remplacée  par  une  simple  voie,  ce  serait  le  boulevard  ou  sim* 
plement  la  rue  de  l'Artillerie. 

La  rue  Quatcn^e-Cantons  s'appellerait  rue  de  Sucy,  du  n(»n 
du  valentinois,  ami  de  Bonaparte,  ordonnateur  en  chef  de 
Tarmée  d'Egypte ,  massacré  après  un  naufrage  sur  les  côtes  de 
Sicile. 

Rue  des  É tables  :  rue  Marie  Tessonnier,  en  mémoire  de  la 
digne  et  sainte  fille  qui  consacra  sa  vie  au  soulagement  des  pau- 
vres et  des  malades. 

Rue  du  Collège  :  rue  Pierre  Morel^  fondateur  d'un  collège  à 
Valence. 

Place  de  l'Ancien-Tribunal  civil  :  place  du  PrésidiaL  Outre 
le  souvedir  très-précis  que  rappelle  cette  dénomination ,  elle  a 
l'avantage  d'éviter  toute  possibilité  de  ccmfusion  avec  l'emplace- 
ment du  tribunal  actuel. 

Rue  Championnet,  qui  fait  double  anpioi  avec  la  place  du 
même  nom  :  rue  Ciijas. 

Rue  du  Croissant  :  rue  Lawrent-Joubert ,  le  phis  illustre  des 
professeurs  en  médecine  de  l'université  de  Valence ,  plus  tard 
chancelier  de  celle  de  Montpellier,  écrivain  érudit,  médecin  de 
rois ,  etc. 

Rue  Bnfaut.  Elle  deviendrait  le  prolongement  de  la  rue  Da/Ur 
phiney  avec  laquelle  elle  formait  autrefois  une  seule  voie,  la  rue 
de  la  Chaîne  :  de  la  sorte ,  on  conserverait  à  une  voie  de  quelque 
développement  ce  nom  de  rue  Da/iiphine,  qui  pourra  n'être  {dus 
attaché  qu'à  un  tronçon  insignifiant,  après  la  future  reconstruc- 
tion de  l'Hôtel-de-Ville. 

Place  des  Trois-Ormeaux  :  place  de  Milon ,  en  l'honneur  de 
cet  évèque,  bienfaiteur  insigne  de  ia  ville,  auquel  notre  tardive 
reconnaissance  projette  d'élever  un  monument  sur  cette  même 
place. 

Place  de  l'Université,  double  emploi  avec  la  rue  de  même 
nom  :  place  François  Hotman,  du  nom  du  professeur,  vigou- 
reux publiciste,  qui,  sondant  k  passé  et  prévoyant  Tavenir 


DBS  RUBS  DE  yALEKGB.  487 

(dans  sa  Franco-GalHa) ,  réclamait  le  droit  électoral  de  la  na- 
tion française,  et  qui  défendit  Henri  Vf  contre  Thostilité  de 
Rome. 

Rue  Notre-Dame-de-la-Ronde  (ou  mieux  la  Ronde).  Cette 
dénomination  récente  pouvant  donner  une  fausse  idée  de  l'em- 
placement de  cette  très-ancienne  église ,  on  propose  d'y  substi- 
tuer celle  de  rue  Louis  XL  Ce  maître  roi ,  fondateur  de  l'uni- 
versité de  Valence ,  se  plaisait  à  se  (aire  appeler  Dauphin  de 
Viennois  et  de  Valentinois ,  et  habita  souvent  le  Palais-du-Roi , 
qui  s'élevait  sur  le  sol  même  de  cette  rue. 

Rue  du  Gallet  et  des  Prisons.  La  continuité  de  ces  deux  voies, 
depuis  la  place  du  Palais-de-Justice  jusqu'au  boulevard ,  rece- 
vrait le  nom  de  rue  Bérenger,  juste  hommage  de  reconnais- 
sance envers  le  magistrat  éminent ,  le  député  dévoué ,  qui , 
après  tant  d'autres  services ,  a  si  puissamment  contribué  au 
déclassement  de  la  ville. 

La  rue  du  Palais ,  double  emploi  avec  le  nom  de  place  du  Pa- 
lais-de-Justice ,  deviendrait  la  rue  Daumwnt^  en  souvenir  du 
dernier  professeur  en  utédecine  de  notre  université ,  auteur  de 
nombreux  articles  de  sa  spécialité  dans  la  grande  Encyclopédie. 

La  rue  des  Petits-Remparts  prendra  naturellement  le  nom  de 
rue  de  la  Banque,  dont  elle  longera  le  b&timent. 

La  rue  Petite-Neuve,  qui  fait  communiquer  par  son  trajet  an- 
gulaire la  rue  Vernoux  et  la  Grand'Rue,  en  face  de  la  me  du 
Croissant,  nous  offre  encore  un  exemple  de  double  emploi. 
Nous  proposons  pour  cette  rue  le  nom  de  RabelcÀSy  de  Rabelais, 
qui  habita  Valence ,  y  donna  (y  imprima  peut-être)  une  édition 
de  ses  œuvres  chez  Laville ,  et  qui  fut  l'un  des  pères  (et  des  plus 
féconds)  de  la  langue  que  parlèrent  plus  tard  La  Fontaine  et 
Molière. 

Nous  croyons  qu'il  est  désirable  et  possible  de  rendre  le  nom 
de  Sabaterie  à  la  rue  Saint-Jamme,  dont  le  nom  est  aujourd'hui 
incompris  à  peu  près  par  tout  le  monde.  Cette  restitution  per- 
mettrait de  donner  le  nom  de  rue  SamPrRufz  aux  deux  tron- 
çons qui  forment  la  rue  Sabaterie  actuelle ,  et  l'on  rappellerait 
ainsi  l'origine  des  bâtiments  qui  borderaient  cette  rue  à  l'ouest, 
depuis  le  lemple  protestant  jusqu'au  li&timeiit  neuf  de  la  pré- 
fecture. 


488  socréTÉ  d'abchéologie  et  de  statistique. 

Plus  de  vingt  années  n'ayant  pu  rendre  populaire  ni  usuel  le 
nom  de  rue  de  la  Faverie ,  on  peut  dire  que  cette  imposition  du 
nom  d*un  personnage  tivant  est  une  expérience  manquée.  Il 
nous  parait  donc  opportun  et  surtout  plus  utile  de  rétablir  la 
dénomination  de  rue  et  place  de  la  Préfecture. 

Il  ne  restera  bientôt  plus  aucun  vestige  du  Gouvernement  où 

Pie  VI  mourut  prisonnier.  Pour  rappeler,  à  Thonneur  de  notre 

population,  les  sentiments  de  piété  et  de  vénération  qu'elle 

^  .montra  envers  le  pontife  qui  en  était  si  digne  et  qui  en  fut  si 

touché ,  combien  n'est-il  pas  désirable  de  consacrer  un  souvenir 
populaire  à  cette  illustre  captivité!  La  commission  ne  peut  s'at- 
tribuer le  mérite  de  cette  initiative;  il  appartient  à  notre  hono- 
rable collègue  M.  Charles  de  Rostaing.  Hais  nous  avons  été 
heureux  d'accueillir  cette  inspiration,  et  nous  proposons  de 
donner  le  nom  de  place  Pie  VI  à  l'espace  sur  lequel  demeurerait 
debout  le  dernier  pan  des  remparts  de  la  citadelle ,  ou,  à  dé- 
faut ,  à  l'espace  à  peu  près  carré  qui  s'étend  devant  la  biblio- 
thèque de  la  ville. 

Ici  vont  commencer  nos  propositions  de  nomenclature  des 
voies  nouvelles.  Pour  épargner  des  redites,  lorsque  nous  aurons 
assigné  un  nom  à  une  voie  non  encore  officiellement  étiquetée, 
nous  nous  servirons  de  ce  même  nom  pour  désigner  ultérieu- 
rement cette  voie. 

Boulevards  : 

De  la  cour  de  la  caserne  Saint-Félix  à  l'ancienne  tour  du  Ca- 
gnard  :  boulevard  de  VEst, 

De  la  tour  du  Cagnard  à  la  porte  Neuve,  sur  l'étendue  autre- 
fois abritée  par  le  rempart  continu  exposé  au  midi  et  que  nos 
pères  appelaient  par  excellence  du  nom  de  Cagnard  :  boulevard 
du  Sud. 

Voies  rayonnant  du  pourtour  de  la  ville  vers  la  campagne  : 

De  la  place  Citadelle  à  l'allée  occidentale  du  polygone  :  a/oenue 
du  Polygone  ;  averme^  parce  que  c'est  une  voie  destinée  à  être 
plantée  d'arbres. 

Du  boulevard  de  l'Est  au  chemin  de  Chony  :  route  de  Lyon. 
Au  moment  où  cette  route  atteint  la  commune  du  Bourg-lès- 
Valence,  on  voit  sur  les  maisons  qui  appartiennent 'à  cette 


DES  BtSS  DE  yjJLEKCE.  489 

commune  des  numéros  fort  élevés,  qui,  en  se  rencontrant  avec 
ceux  de  notre  commune ,  sont  déjà  une  cause  d'erreurs  inévi- 
tables. Un  système  insoutenable  de  numérotage  a  fait  compter 
les  maisons  depuis  l'extrémité  nord  du  quartier  de  la  Tal)le- 
Ronde,  sur  la  partie  de  la  route  appartenant  au  Bourg.  Cette 
commune  devrait  être  priée  de  réformer  l'ordre  de  ses  numé- 
ros ;  et  si ,  comme  il  est  désirable  et  rationnel ,  elle  adoptait,  à 
notre  exemple,  la  dénomination  de  route  de  Lyon^  on  s'accorde- 
rait à  continuer  l'ordre  des  numéros  en  passant  de  la  ville  au 
Bourg. 

Du  boulevard  de  l'Est  à  la  maison  Dard ,  bifurcation  de  la 
route  impériale  N.»  92  :  faubourg  Saint- Jacques ,  dénomination 
consacrée  par  l'usage. 

De  cette  bifurcation  vers  l'est,  en  passant  à  gauche  de  la 
maison  Dard ,  à  droite  du  polygone  :  route  de  Romans. 

Du  même  point  vers  l'est ,  à  droile  de  la  maison  Dard  :  che- 
min de  Chabeuil, 

Du  boulevard  de  l'Est  à  la  colline  de  Faventines  :  c?ien\in  de 
Crest. 

Du  point  de  rencontre  des  boulevards  de  l'Est  et  du  Sud , 
en  traversant  le  chemin  de  fer  et  en  marchant  vers  l'est  :  rue 
Montalivety  témoignage  de  la  reconnaissance  du  pays  pour  le 
soldat,  le  maire ,  le  ministre,  l'honnête  homme. 

Du  boulevard  de  l'Est,  en  descendant  à  droite  de  la  voie  de 
fer  :  chemin  à  Vouest  de  la  gare. 

Du  boulevard  de  l'Est,  en  descendant  à  gauche  de  la  voie  de 
fer  :  chemin  à  Vest  de  la  gare. 

Du  boulevard  du  Sud  à  la  passerelle  du  chemin  de  fer  :  rue 
Second^  pour  rappeler  le  premier  élément  de  vie  de  ce  quar- 
tier, la  fondation  monumentale  due  à  la  femme  supérieure  qui 
tint  si  longtemps  dans  l'éducation  laïque  des  filles  une  position 
non  encore  égalée. 

De  la  passerelle  à  la  bifurcation  après  le  bureau  d'octroi  : 
ruePont'dU'Gàt. 

De  la  bifurcation  au  pont  du  ruisseau  et  au-delà  :  chemin  des 
Baumes. 

Ton  IV.  —  1869.  13 


490  SOCIÉTÉ  d'abcbéologie  et  de  statistique. 

De  la  bifurcation  à  la  rencontre  du  chemin  de  Crest  :  inte 
Paventmes. 

De  la  rencontre  du  boulevard  de  l'Est  et  de  la  place  Impé- 
riale au,  pont  du  ruisseau  de  la  Cascade:  fcmbourg Saunière , 
dénomination  consacrée  par  Fusage. 

De  ce  pont  vers  le  sud  :  route  de  Marseille. 

De  l'angle  nord  du  mur  de  soutènement  de  la  place  Cham- 
pionnet  vers  le  midi  :  en  haut ,  chemm  des  Balives ,  ou  mieux , 
chemin  de  Soyons;  en  bas,  jusqu'à  Tancienne  auberge  de  la 
Comète ,  chemin  des  Iles, 

Dé  la  Comète  au  Rhôtie  :  chemin  de  rÉparvière, 

Du  chemin  de  TËparvière  vers  la  campagne,  au  midi  :  rue  de 
l'Abattoir. 

De  la  place  Impériale  au  pont  :  averme  du  pont. 

De  la  place  Saint*Estève  à  l'avenue  du  Pont ,  voie  comprenant 
la  portion  de  l'ancienne  rue  Pêcherie  dirigée  du  nord  au  sud , 
et ,  depuis  l'entrée  de  la  rue  Pêcherie  actuelle  jusqu'à  l'avenue 
du  Pont ,  une  portion  de  voie  récente  :  rue  des  Tanneries. 

Quai  en  aval  du  pont  :  quai  de  la  Bobine. 

Quai  en  amont  du  pont,  jusqu'à  la  rue  Notre*Dame-de^Soyons  : 
quai  de  la  Basses-Ville. 

Quai  depuis  la  rue  Notre*Dame*de^yons  jusqu'à  l'ouverture 
de  la  place  Pont*Péri ,  appelée  naguère  encore  porte  Lanterne, 
à  cause  d'un  très-grand  réverbère  pendu  à  l'angle  Bord  :  quai 
de  l'Arsenal. 

Du  bas  et  au  nord  de  la  côte  Sainte-Ursule  à  l'ancienne  porte 
du  Cire  (  et  de  là  aux  Encloses  du  Bourg ,  en  traversant  une 
propriété  particulière  à  usage  de  buanderie)  :  rue  Sainte- 
Claire  ,  ou  mieux  du  Cire  au  Siry. 

De  la  place  Citadelle  à  la  rue  de  la  Manutention,  au  pied  de 
la  côte  Sainte^Jrsule  :  côte  de  la  Manutention. 

De  l'avenue  du  Polygone  à  la  limite  de  la  commune  du 
Bourg,  près  du  pont  du  chemin  de  fer  :  chemin  de  Saint- 
Pierre. 

Y  a-t-il  utilité  à  dénommer  les  allées  du  Polygone  ?  £n  cas 
d'affirmative,  le  plus  simple  serait  de  les  désigner  par  leurs  rap^ 
ports  approximatifs  avec  les  points  cardinaux  :  allée  Nord,  allée 


LES  BUES  DE  TALEMGB.  494 

Ouest,  allée  Sud  du  Polygone.  Mais  Fallée  Ouest  a  seule  des 
maisons ,  et  ces  maisons  sont  numérotées  sur  la  route  de  Lyon  » 
où  elles  ont  leurs  façades  principales. 

Voies  de  communication  latérales  entre  les  précédentes  : 

Du  boulevard  de  TEst  à  Tallée  Ouest  du  Polygone,  voie  qui 
longeait  au  nord  l'ancien  cimetière  de  Sainte-Catherine  :  rue  de 
VAnoien-Cimetière,  ou  mieia.  rue  Samte-Catherine  j  à  cause  de 
la  plw  grande  brièyeté. 

i^  traverse  de  la  route  de  Romans  au  chemin  de  Chabeuil  : 
rue  Samte-Galle ,  en  souvenir  de  Thérolne  de  la  légende  valen- 
tinoise. 

2»  traverse  entre  la  route  et  le  chemin  ci-dessus  :  rue  des 
Prisons. 

3«  traverse  entre  la  même  route  et  le  même  chemin  :  chemin 
de  Monplaisir,  de  la  belle  propriété  Ithier-Lavis. 

Traverse  du  faubourg  Saint-Jacques  au  chemin  de  Crest ,  dé- 
nommée, par  un  usage  vicieux,  première  Rue*Neuve-Saint-Jac- 
ques  :  rue  SamirJaoques. 

lr«  traverse  entre  le  chemin  de  Chabeuil  et  le  chemin  de 
Crest,  abusivement  appelée  deuxième  Rue-Neuve-Saint- Jac- 
ques :  rue  de  la  Magdeleine ,  à  cause  du  couvent  qui  existait 
sur  ce  point  avant  les  guerres  de  religion. 

2*  traverse  entre  les  voies  ci-dessus  :  rue  Notre-Dame,  pre- 
mier tronçon. 

3«  traverse  entre  les  mteaes  voies,  ci-devant  rue  de  l'ancienne 
Brasserie,  dans  l'usage  seulement:  rue  A' Athènes^  du  nom  de 
la  première  habitation  de  plaisance  construite  dans  ce  quartier 
désert  par  feu  M.  Chorier ,  et  qui  est  aujourd'hui  la  partie  cen- 
trale des  b&timeuts  de  Sainte-Marthe. 

¥  traverse  entre  les  mêmes  voies, après  la  borne  d'octroi  sur 
le  chemin  de  Chabeuil ,  aboutissant  devant  le  portail  de  Faven- 
tines  :  chemin  des  Prairies. 

Du  premier  tronçon  de  la  rue  Notre-Dame,  en  traversant  la 
rue  d'Athènes,  jusqu'à  un  chemin  de  service  longeant  à  l'ouest 
le  clos  des  Dames  de  la  Visitation  :  rue  de  Vachette,  du  propre 
nom  de  ce  quartier. 


492  SOCIÉTÉ  d'archéologie  et  de  statistique. 

lr«  traverse  du  chemin  de  Crest  à  la  rue  Montai! vet,  que  les 
gens  du  quartier  se  mettent  déjà  à  appeler  du  nom  insignifiant 
de  rue  du  Parc  :  rue  Nicolas  Chorier,  en  l'honneur  de  l'histo- 
rien classique  du  Dauphiné. 

2«  traverse  du  chemin  de  Crest  à  la  rue  Montalivet  :  rue  Notre- 
Dame,  deuxième  tronçon. 

3e  traverse  du|chemin  de  Crest  à  la  rue  Montalivet ,  se  conti- 
nuant après  avoir  coupé  cette  dernière  jusqu'à  la  rue  Pont-du- 
Gàt  :  rue  des  Vieillards,  qui  est  sa  dénomination  usuelle  et  déjà 
ancienne. 

4«  traverse  entre  les  deux  voies  ci-dessus.  C'est  une  rue  em- 
bryonnaire, qui ,  s'émbranchant  par  un  passage  très-étroit  sur 
le  chemin  de  Crest ,  en  face  du  jardin  Lambert ,  coupe  l'axe 
prolongé  de  la  rue  Montalivet ,  s'élargit  en  se  dirigeant  vers  la 
rue  Faventines ,  qu'elle  coupe  aussi ,  et  va  finir  en  impasse 
contre  une  grille  de  jardin,  à  quelques  pas  du  bord  méridional 
de  cette  dernière  rue.  Il  ne  nous  parait  pas  nécessaire  d'assi- 
gner un  nom  à  cette  rue  dont  le  tracé  et  le  parcours  ne  sont 
pas  définitifs.  Appelons-la  néanmoins  rue  X,  pour  l'utiliser 
comme  point  de  repère. 

Traverse  du  chemin  de  Crest ,  quartier  de  la  Californie ,  à  la 
rue  Faventines,  devant  la  propriété  Gardon  :  rue  de  Bressac, 
nom  qui  rappellera  à  la  fois  un  de  nos  compatriotes ,  prédica- 
teur éminent ,  et  sa  famille ,  qui  posséda  l'ancien  fief  de  Faven- 
tines. 

En  partant  de  la  rue  des  Vieillards ,  la  deuodème  rue  tracée 
qui  se  détache  du  bord  méridional  de  la  rue  Montalivet,  se  dirige 
en  ligne  droite  à  travers  la  rue  Faventines ,  et,  par  une  rue  déjà 
construite ,  arrive  à  la  rencontre  du  chemin  des  Baumes ,  en 
face  du  pont  du  Gàt.  Pour  cette  voie  régulière  et  assez  large , 
nous  proposons  le  nom  de  Solférino. 

A  une  autre  rue  tracée,  qui,  s'étant  détachée  la  première  du 
bord  méridional  de  la  rue  Montalivet ,  après  la  rue  des  Vieil- 
lards, se  coude  en  équerre,  et,  remontant  de  l'ouest  à  l'est, 
coupe  la  précédente  et  vient  se  terminer  à  la  rue  X,  nous  don- 
nerions le  nom  de  SébasiopoL 

Aussi  longtemps ,  en  effet ,  qu'il  y  aura  des  guerres  et  des 
soldats ,  tout  pays  devra  des  commémorations  à  ses  victoires. 


DES  SUES  DE  YALEHGE.  493 

{re  traverse  de  la  rue  Faventines  au  chemin  des  Baumes:  rue 
de  Gordes ,  à  la  mémoire  impérissable  du  gouverneur  qui 
épargna  au  Dauphiné  les  horreurs  de  la  Saint-Barthélémy. 

2«  traverse  entre  les  mêmes  voies ,  c'est  la  fin  de  la  rue  de 
Solférino. 

3«  traverse»  etc.,  fin  de  la  rue  X,  arrêtée  par  une  grille,  et 
4«,  aboutissant  au  chemin  de  service  qui  longe  le  ruisseau  au- 
dessus  du  pont  du  Gftt. 

Ces  voies  sont  peu  importantes  :  nous  les  laissons  à  des- 
sein innommées ,  pour  servir  à  réparer  les  omissions ,  peu 
importantes  aussi ,  nous  osons  Tespérer ,  que  nous  aurons  com- 
mises dans  ce  projet. 

1»  traverse  de  la  rue  Montalivetà  larueduPont-du-Gâl,  lon- 
geant à  Test  la  propriété  Mossel  :  ribe  Pernéiy,  commémoration 
de  deux  membres  de  la  même  famille  valentinoise  :  le  lieute- 
nant'général  Pernéty  et  Pernéty  d'Argent,  fondateur  du  prix  de 
bonne  conduite  à  notre  collège. 

2»  traverse  de  la  rue  Montalivet  à  la  rue  du  Pont-du-G&t  :  rue 
Notre-Dame,  troisième  et  dernier  tronçon. 

En  face  de  l'ouverture  méridionale  de  la  rue  Pernéty ,  au 
midi  de  la  rue  du  Pont-du-G&t,  s'ouvre  celle  qui,  en  passant  de- 
vant le  monastère  de  Notre-Dame-de-Charité ,  va  se  terminer  à 
la  rencontre  du  chemin  à  l'est  de  la  gare.  Nous  l'appelons  rue 
du  Refuge, 

Du  chemin  des  Baumes  au  carrefour  nouvellement  ouvert  près 
de  l'asile  des  Vieillards  :  rue  Catellan,  du  nom  de  l'évêque  de 
Valence ,  écrivain  distingué  et  bienfaiteur  de  la  ville. 

Du  chemin  des  Baumes ,  au  midi  du  ruisseau,  au  chemin  à 
l'est  de  la  gare  :  rue  Jappe-Renard ,  nom  traditionnel  de  cet  an- 
cien quartier  rural. 

'  Carrefour  des  rues  Catellan  et  Jappe-Renard  et  amorces  des 
rues  contigués  :  à  dénommer  après  tracé  complet  et  définitif. 

Du  chemin  à  l'ouest  de  la  gare  (entrée  de  la  gare  des  voya- 
geurs) au  faubourg  Saunière  :  avenue  de  la  Gare,  nom  déjà  una- 
nimement adopté. 

Du  chemm  à  l'ouest  de  la  gare  (entrée  de  la  gare  des  mar- 
chandises) au  faubourg  Saunière,  en  passant  devant  l'usine  à 


494  SOCIÉTÉ  d'ahcréologie  et  de  statistique. 

gaz  :  rue  Lebon,  en  mémoire  de  Jean  Lebon ,  qui  inventa  le 
thermolmipe,  c'est-à-dire,  en  bon  français,  Yéclavrage  et  le 
chauffage  par  le  gaz  hydrogène  carboné. 

Du  chemin  à  l'ouest  de  la  gare ,  en  face  du  mur  de  la  gare 
des  marchandises,  au  faubourg  Saunière  :  rue  Saint-Victor, 
nom  du  quartier,  consacré  par  l'usage. 

Tronçon  de  chemin  partant  du  bord  méridional  de  la  rue 
Saint-Victor  et  rencontrant  obliquement  le  chemin  à  l'ouest 
de  la  gare  :  nom  à  chercher? 

De  la  rue  Lebon  à  la  rue  Saint- Victor  :  rue  Mfchel  Forest ,  du 
nom  de  l'annaliste  valentinois. 

De  la  rue  Michel  Forest  au  faubourg  Saunière  :  rue  Claude 
Brosse.  C'est  le  nom  du  polémiste  énergique  dont  les  efforts 
eurent  ce  résultat  immense  d'empêcher  les  biens  de  roturiers 
d'obtenir  l'exemption  des  tailles  en  passant  entre  les  mains  de 
la  noblesse  et  du  clergé. 

Place  s'étendant  du  faubourg  Samiière ,  en  face  de  l'avenue 
de  la  gare,  jusqu'au  Ghampnle-Mars,  dont  elle  longe  la  limite 
orientale  en  remontant  au  nord  :  place  du  Chamjhde-Mars,  nom 
actuel. 

Traverse  du  faubourg  Saunière,  angle  du  N.o  62,  au  Champ- 
de-Mars  :  rue  de  Grave,  du  nom  de  l'évéque  qui  donna  à  la 
ville  l'emplacement  de  cette  promenade. 

Du  faubourg  Saunière  au  chemin  de  Soyons ,  en  longeant  le 
Champ-de-Mars,  au  midi,  voie  désignée  par  un  usage  de  quar- 
tier sous  le  nom  de  rue  du  Champ-de-Mars,  qui  fait  au  moins 
double  emploi  avec  la  place.  Nous  proposons  de  l'appeler  rue 
de  Crussol ,  tant  cette  ruine  imposante  se  présente  admirable- 
ment au  regard  dans  l'ouverture  orientale  de  cette  rue. 

De  la  route  de  Marseille  à  la  route  de  Soyons,  aliàs  chemin 
des  Balives  :  rue  Traverse-aux-Balives. 

Du  bord  oriental  de  la  route  de  Marseille  à  la  tête  du  pont  du 
chemin  de  fer ,  rive  droite  de  la  voie  :  chenwn  de  la  Cécile,  nom 
ancien  de  cette  voie  et  du  quartier. 

Premier  chemin  se  détachant  de  la  route  de  Marseille ,  après 
celui  de  la  Cécile  et  du  même  côté  :  chemin  de  VOrpJielmat. 

Deuxième  chemin  se  détachant  du  bord  oriental  de  la  route 


ras  mis  DE  TALBNGE.  495 

de  Marseille^  à  partir  du  chemin  de  la  Cécile,  assez  impropre- 
ment étiqueté  par  la  voierie  départementale  chemin  de  la  Gare, 
où  il  n'arrive  que  par  trois  changements  de  direction  : 
chemin  de  la  Maladière ,  du  nom  du  quartier  ^  tiré  d'une  an* 
cienne  ma]adrerie. 

Escalier  faisant  communiquer  le  chemin  de  Soyons  (ou  des 
Balives)  avec  le  chemin  des  Iles ,  à  l'ancienne  auberge  de  la 
Comète  :  escalier  de  la  Cascade, 

De  la  fontaine  de  la  Robine ,  au  pied  de  la  terrasse  du  chemin 
des  Iles ,  jusqu'au  quai  de  la  Robine ,  le  long  des  ruisseaux  : 
cheimn  de  la  Robine. 

Nous  voici  au  terme  de  notre  projet ,  et  l'on  peut  s'étonner 
de  n'y  voir  figurer  le  nom  d'aucun  des  hommes  qui  ont  con- 
sacré à  l'administration  de  la  Ville  leur  temps,  leur  intelligence 
et  leur  dévouement.  C'est  qu'à  notre  avis  un  seul  corps ,  le 
Conseil  municipal ,  a  qualité  et  autorité  pour  apprécier  les  ser- 
vices qui  peuvent  mériter  une  telle  récompense,  et  pour  fixer 
l'ordre  de  priorité  entre  les  noms  qui  pourraient  l'obtenir. 
Nous  croyons  aussi  que  le  temps ,  et  quelquefois  un  temps  fort 
long,  est  nécessaire  pour  que  la  justice  complète  puisse  se  dé- 
gager de  la  partialité  des  amis  et  de  la  malveillance  des  adver- 
saires. 

Terminons  par  un  détail  technique  fort  important.  Dans  notre 
ville  qui  s'agrandit  tous  les  jours,  il  est  déjà  utile,  il  sera  bientôt 
nécessaire  que  l'étranger  puisse  reconnaître  facilement  la  direc- 
tion de  la  rue  qu'il  parcourt.  Ce  résultat  peut  s'obtenir  par  un 
numérotage  méthodique  des  maisons.  Il  suffirait  d'établir  les 
conventions  suivantes  :  toutes  les  rues  suivant  approximative- 
ment la  direction  du  Rhône  seraient  numérotées  en  commençant 
par  le  nord ,  les  numéros  impairs  à  gauche^  les  numéros  pairs  à 
droite;  toutes  les  rues  sensiblement  perpendiculaires  aux  pre- 
mières seraient  numérotées  en  commençant  par  le  couchant,  les 
numéros  impairs  à  droits  et  les  numéros  pairs  à  gauche.  Cette 
disposition  permettrait  d'ajouter  des  numéros  autant  que  de 
besoin  dans  les  deux  directions ,  est  et  sud ,  où  la  ville  n'étant 
point  bornée  par  le  Rhône,  ni  par  les  établissements  militaires 
et  le  Polygone,  trouvera  des  espaces  libres  pour  s'agrandir 


496  SOGliTÉ    D'ARCBÉOLOfilE  ET  DB  STATISTIQUE. 

désormais.  Ajoutons,  d'après  l'expérience,  que  des  caractères 
blancs  sur  un  fond  bleu  foncé  sont  les  couleurs  qui  rendent 
le  plus  facile,  de  jour  et  de  nuit ,  la  lecture  des  noms  et  des 
numéros  des  voies  publiques. 

Le  rapporteur  de  la  Commissicm  : 

D.r  H.  BONNET. 


ERRATA. 

Page  82,  ligne  18,  lisez  soiœante-treize  au  liea  de  soùsatUeguatorâe, 

—  —    19 ,    —    rues  au  lieu  de  voies, 

—  —    23,  au  lied  de  soixante-cinq ^  lisez  soixante  et  dix. 

—  —   24',  même  correction. 

—  85,  colonne  de  la  nomenclatare  ancienne,  ne  pas  tenir  compte  du 
N.*  61  donné  par  erreur  à  la  rue  Roderie  déjà  numérotée  sous  le  nom  de 
Orandes-Oches-Saint-Félix ,  à  la  page  précédente. 

Page  86,  ligne  22,  au  lieu  de  Cartelet,  lisez  Cartalet, 

—  88,-21,      —     de  Vachoire ,  Waet  Vacherie. 

—  89,    —      3,      —     de  Famavia,  lisez  Famaria, 


STATISTIQUE  ECCliSUSnCtE.  497 


STATISTIQUE   ECCLÉSIASTIQUE. 


FOUILLÉ  DU  DIOCÈSE  DE  VIENNE 

Suite  (1). 


m  ÂRGHIPRBSBITfifiÂTU  DE  MARCO  (M). 

490.  EcclestaChaucyriaci  et  annexis  (341) XL. 

491.  Ecclesia  de  Ternay  (382)  et  capella  Sirisini  (354)  .  XIL 

492.  Ecclesia  de  Comnienay( 342) XV. 

493.  Ecclesia  S.  Mauritii  Chuzelle  (348) V. 

494.  Capella  S.  Sébastian!  ibidem IIIL 

495.  Capella  domini  Bartholomei  Ànciani V. 

496.  Ecclesia  de  Simandres  (351  ) XVI. 

(1)  Voir  les  2-,  3«,  5-  et  ?•  liyraisons  du  BuUetin,  p.  230,  347,  158,  391. 
(M)  Cet  archiprètré  correspond,  dans  le  pouillé  de  1790,  à  ceux  d'Artas, 
de  Beanvoûr-de-Marc  et  de  Gommunay. 


ARCHIPRÈTRÉ  D'ARTAS. 
14  cures  en  dépendaient;  titulaire  :  le  curé  du  lieu. 

NOMS  DES  PAROISSES.  VOCABLES.  PATRONS. 

305.  Artas.  Saint  Pierre.  Le  prieur  commenda- 

taire  du  lieu. 

306.  Diémoz.  Notre-Dame.  La  cathédrale  de  Vienne. 

307.  Four.  SS.  Nazaire  et  Gelse.     Le  prieur  com.  d'Arias. 

308.  Menu-Famille.      Notre-Dame.  Le  chapitre  de  Saint- 

Pierre  et  Saint-Chef. 

309.  Oytier.  Saint  Barthélémy.         Lacalhédralede Vienne. 

310.  Roche.  Saint  André.  Le  prieur  com.  d^ Artas. 


498  SOCIÉTÉ  D'IEGHÉOLOOIB  SÏ  DE  STATISTIQUE. 

497.  Ecclesia  de  Marenis  cum  suis  membris  (345)  ...  L. 

498.  Ecclesia  de  Luzenay  (344)  et  Serpesie  (349) ....  X. 

499.  Ecclesia  de  Chapponay  (340) XL. 

800.  Ecclesia  SS.  Mauritii  Villete  (353)  et  Hipoliti  Chu- 

zelle  (347) XLVIII. 

501.  Ecclesia  Familiœ  (308) XX. 

504.  Ecclesiae  Ruppis  (310)  et  de  Fours  (307) XL. 

603.  Ecclesia  de  Chatonay( 323) XXX. 

504.  Capella  in  hospitali  B.  Annas III. 

505.  Capella  domini  Barbarini III. 

506.  Capella  S.  Antonii  ibidem III. 

507.  Ecclesiae  Meyriaci  (328)  et  Extrablini  (335).  .  .    XXXVIII. 

508.  Ecclesia  S.  Quentim  Falaverii  (313) L. 

509.  Capella  Sancti  Spiritus .  ; !..  III. 

510.  Capella  S.  Joanuis  Falaverii IIII. 

511.  Capella  S.  Boneti  a  Ville  (318) X. 

512.  Ecclesia  S.  Joannis  de  Bornay  (332) XVIII. 

513.  Capella  Sancti  Spiritus  in  eadem H. 

514.  Ecclesia  S.  Joannis  Yllini  (343) X. 

518.  Ecclesia  S.  Pétri  de  Bornay  (320) VIII. 

516.  Prior  ejusdem  loci L. 


NOMS  DES  PAROISSES. 

311.Saiat-Georges-d'E8 
péranche. 

312.  Saint-Just. 

313.  Saint-Quentin. 

314.  Septéme. 

315.  Valencin. 


VOCABLES. 


Saint  Symphorien. 
Saint  Vincent. 


316.  Vaux  et  Milieu.     Sainte  Magdeleine. 


317.  VeipiUière  (la).    Saint  Denis. 

318.  Ville  et  St-Bonnet-  Saint  Martin. 
de^Roche. 

318  bis,  Ànneases  :  Saint-Oblas,  de  DiéUK». 


PATRONS. 

Le  seigneur  du  lieu. 

Le  prieur  d'Artas. 
Le  prieur  d'Heyrieu. 

Le  prieur  de  Ghandieu. 

Le  commandeur  du  tem- 
ple de  Vaux,  de  St- 
6eorgesdeLyon,ordre 
de  Malte. 

Idem. 

Les  infirmiers  du  cha- 
pitre de  Saint^Pierre. 


sTinsTiQDB  icaÉsusnocB.  4M 

517.  Ecclesiade  Royas  (331) X. 

518.  Ecclesia  Bellivisus  de  Marche  (319) XXX. 

519.  Capella  S.  Laureutii I. 

520.  Ecclesia  d*Artas  (305) X. 

5il.  Ecclesia  de  Gharontaney  (323) XII. 


ARCmPRÊTRË  DE  BEAUVOIR-DB-MARG. 
Le  curé  du  lieu  était  archiprétre  des  18  cures  suivantes  : 


NOMS  DES  PAROISSES.  VOCABLES. 

319.  Beauvoir-de-Haic.  Notre-Dame. 

320.  Boumay.  Saiat  Pierre. 

321.  Ghàlons-St-Michel. 

322.  Gharantonay.        Saint  Biaise. 

323.  Gh&tonay. 


PATRONS. 

Le  prieur  com.  d^Artas. 
Le  prieur  du  lieu. 
Le  collège  de  Toumon. 
La  cathédrale  devienne. 
SaintGhristoplieetSain-Le   chapitre   de   Saint 


324.  Ghaumont 

325.  Estrablin  et  Ge- 
mens. 

326.  Byxin. 

327.  lardin. 

328.  Meyrieu. 

329.  Meyssiôs. 

330.  Hoydieu. 


te  Gatherine. 
Saint  Barthélémy. 
Saint  Pierre. 

Notre-Dame. 

Saint  Théodore. 

Saint  Martin. 
Saint  André. 


ximm. 

331.  Royas  (al.  Romas).  Saint  Clair. 

332.  St-Jean-de-Boumay.   • 

333.  St^Julien-de-Lerms. 

334.  Saint -Sorlin- en-  Saint-Saturnin. 
Foumache. 

335.  Sainte-Anne-d'Bs- 
trablin'. 

336.  Savas  et  Hépin.     Saint-Romain. 


Pierre. 
La  cathédrale  devienne. 
Uabbé  de  Saint-André- 

le-Bas. 
Les  bénédictittsde  Saint- 

André-le-Bas. 
L'abbé  de  Saint-Pierre 

de  Vienne. 
La  cathédrale  de  Vienue. 
L'abbé  de  Saint-Pierre. 
Saint  Jean  et  Saint  Ma-  LesbénédictinsdeSaint- 

André-le-Bas. 
Le  prieur  com.  d'Artas. 


Idem* 

Le  chapitre  de  St-Pierre. 

Le  collège  de  Toumon. 

L'abbé  commendataire 

de  Bonnevaux. 

L'archev.  de  Vienne  et 

le  chap.  de  St-Pierre. 

337 .Villeneuve-de-Marc.  Saint-Sympborien.       Le  chapitre  de  St-Pierre. 

338.  Annexes  :  Buis,  de  Sakit-Julien-de-Lerms;  —  Saint-Marcel-de- 

Pinet ,  d'Byàn. 


200  SOCIÉTÉ  d'ABGBÉOLOGIE  ET  DE  STiTISTiQOE. 

522.  EcclesiadeMeypmoetSavas(336) XII. 

823.  EcclesiœPinetietS.  Marcelli(338  6) XVIII. 

824.  Ecclesia  Meydiaci  (330) XX. 

828.  Ecclesia  Vilenove  de  Marcho(  337) XXX. 

826.  Ecclesia  ExtrabUni  (328) XV. 

827.  Ecclesia  S.  GeorgiiSperanchie( 311) .XXXV. 

828.  Capella  B.  Mariae  ibidem IX. 

829.  Capella  S.  Antonii V. 

830.  Capella  Sanctaram  Margaritœ ,  Magdalenae  et  Ca- 
tharinae  ibidem V. 

831.  Ecclesia  S.  Holasii  (318  bis) X. 

832.  Ecclesia  Octiaci  (309) XXII. 

833.  Ecclesia  Septimi  (314)  et  S.  Stephani  de  Subtvers.  XVIII. 


ARGHIPRÊTRÉ  DB  GOMMUNAY. 
15  cures  en  dépendaient;  titulaire  :  le  curé  de  Serpaize. 


NOMS  DES  PAROISSES.  VOCABLES. 

339.  Ghaleyssin.  Saint  Pierre. 

340.  Ghaponay.  Saint  Barthélémy. 

341.  Ghasse  ov  St-Mar- 
tin-de-Seyssuel. 

342.  Gommunay.         SS.  Pierre  et  Biaise. 

343.  Illins  {al.  Lin).    Saint  Jean-Baptiste. 

344.  Luzinay.  Saint  Nizier. 

345.  Marennes  {al.  Ma-  Saint  Julien, 
rêne). 

346.  Mons  et  Vermons.  Notre-Dame. 

347.  St-Hyppolite-de-Chuzelle. 

348.  St-Maurice-de-Chuzelle. 

349.  Serpaize.  Saint  Pierre. 

350.  Seyssuel  ou  Notre-Dame-de-Guet. 

351.  Simandre.  Notre-Dame. 

352.  Temay.  Saint  Mayol. 
353.Yillette-de-Serpaize.  Saint  Maurice.  • 
354.  Annexes  :  Sérezin ,  de  Ternay. 


PATRONS. 

Le  prieur  de  Ghandieu. 

Le  prieur  de  Ternay. 

La  cathédrale  devienne, 
le  prieur  de  Ternay  et 
le  seigneur  de  Ghasse. 

La  cathédrale  devienne. 

Le  collège  de  Toumon. 

Le  prieur  de  Remay. 

Le  chapitre  de  Lyon. 

Le  chapitre  de  St-Pierre. 

La  cathédrale  de  Vienne . 

Le  prieur  de  Ternay. 

/rfem. 

Idem. 

Le  prieur  de  Saint-Sym- 

phorien-d'Ozon. 
Le  prieur  du  lieu. 
La  cathédrale  devienne. 


STiTISnQUB  EGGLÉSIiSTIQUE.  204 

834.  GapellaS.  Michaelis  Septimi  (314) VI. 

535.  Capella  B.  Mariœ  ibidem II. 

536.  Capella  B.  Catbarinœ  in  Castro XIIII. 

537.  Capella  B.  Julliani  ibidem IX. 

538.  Ecclesia  S.  Justi  (312) X. 

539.  Ecclesia  Valentini  (315)  etCaleyssini  (339)  ....  XX. 

540.  Prîor  Mediaci  (330) C. 

541.  Capella  B.  Année  ibidem X. 

542.  Prior de  Ternay  (352) VcXL. 

643.  Prior  de  Lymon  prope  Viennam  (114) L. 

544.  Preceptor  Belle  Combe Vc. 

IN  ARGfflPRBSBlTERATU  SANCTI  VALLERII  (N). 

646.  Ecclesia  parrochialis  Revenu  ni  (401) XV. 

546.  Ecclesia  Costarmnd'Arey  (406) XVI. 

(N)  Cet  arcbiprétré  correspond,  dans  le  ponillé  de  1790,  à  ceux  de  Bean- 
repaire,  de  Moras,  de  RoossiUon  et  de  Saint- Vallier  (partie). 


i^r- 


ARCfflPRÊTRÉ  DE  BEAUREPAIRE. 
16  cures  en  dépendaient;  titulaire  :  le  curé  de  Serre. . 

NOMS  DES  PAROISSES.  VOCABLES.  PATRONS. 

355.  Beaufort.  Notre-Dame.  L^ordre  de  Malte. 

356.  Beaurepaire.        Saint  Pierre.  Le  prieur  de  Tourdan. 

357.  L'abbaye  de  filles  de  Saint-Paul-d'Izeaux ,  de  Tordre  de  Giteaux , 
fondée  dans  ce  lieu  (N.o  424)  au  commencement  du  XIII"  siècle, 
fut  forcée  par  les  guerres  de  religion  du  XVl*  siècle  de  se  retirer 
à  Beaurepaire..—  Ce  bourg,  outre  un  hôpital,  avait  encore  un  cou- 
vent de  Grands  '  Aagusiim ,  établis  par  les  Dauphins  dans  le 
courant  du  XU*  siècle. 

360.  Lentiol.  SS.  Jacques  et  Andéol.  Le  seigneur  du  lieu. 

361.  Marcelin.      *  Saint  Girice.  Leprieurcom.deMantos. 

362.  Molssieu.  Saint  Didier.  Le  chapitre  de  St-Pierre. 

363.  Montseverou.  Saint  Martin.  La  cathédrale  de  Vienne. 

364.  Pact.  Saint  Georges. 

365.  Pisieu  {al.  Pizieu).  Saint  Didier.  Le  chapitre  de  St-Pierre. 

366.  Pomier.  Saint  Romain.  Idem. 


1M2  SOCIÉTÉ  D'ABCaiÉOLOGIB  R  DB  nATISTIQUB. 

847.  EcclesiaMontisSuperioris  (363) XV« 

548.  Ecclesia  S.  Saturnini  Fornachie  (334)  Ghomonachi 

(324)  et  de  Chalme X. 

849.  Ecclesia  de  Cours  (388) X. 

880.  Ecclesia  Meysiaci  (329) XQ. 

881.  Ecclesia  de  Pac  (364) XX- 

882.  EcclesiœBellegarde(393  2»)etPossiaci(387)  ...  L. 

883.  GapellaS.  Nicolai II. 

884.  Ecclesia  de  Pomiers  (366) XVUI. 

888.  Ecclesiœ  Ruelli  {sic,  374)  et  Tordani  (373)  ....  XXX. 

886.  Capella  B.  Mariœ  Revelli  (374) III. 

887.  Ecclesia  Primaleste  (367) VI. 

888.  Ecclesia  BelUriparii  (386) L. 

889.  Capella  S.  Sebastiani II. 

860.  Ecclesia  S.  Bartholomai  Gabusue  (368) V. 


PATRONS. 

Le  prieur  de  Tourdan. 
La  cathédralede  Vienne. 


NOMS  DES  PAROISSES.  VOCABLES. 

367.  Primarète.  Saint  Pierre. 

368.  St-Barthélemy-d'Aygabuse. 

369.  Saint-Clair-de-Serre. 

370.  Saint-Germain. 

371.  Serre,  bourg.       Saint  Mamert. 

372.  Thodure.  Saint  André. 

373.  Tourdan.  Notre-Dame. 

374.  Anneoses  :  Retel ,  de  Tourdan. 

ârghiprêtrë  de  HORAS. 

17  cures  en  dépendaient;  titulaire  :  le  curé  d^Àndancette. 

375.  Andanoette.  Saint  André. 

376.  Anjou.  Saint  Sauveur. 

Notre-Dame. 


yabbé  de  Saint-Pierre. 


Le  prieur  du  lieu. 


Le  chapitre  de  St-Pierre. 

Le  chap.  de  St-Pierre  de 

Vienne  et  le  pr.'  de  la 

Motte-Galaure  altem.^ 

Saint  Germain. 

L'Assomption  de  N.-D.  Le  chapitre  de  St-Pierre. 
Saint  Ennemond.  L'abbesse  de  St-Pierre 

de  Lyon. 
381.  Gh&t.'-de-Galaure.  Saint  Jean.  Le  pr.'  com.  de  Mantoi. 


377.  Anneyron. 


378.  Attterives. 

379.  Bougé. 

380.  Chambalu. 


STATunQVi  wcaâsïàgmm.  SOS 

861 .  Gapella  in  ecclesia  Belliriparii  S.  Andres  [cf.  BS8).  lin. 

862.  Ecclesia  BeUifortis  (388)  et  Tbeodori  (373) ....  XX. 

863.  Duœ  capellaneœ  ibidem UH. 

864.  Ecclesia  Serre  (371  ) .  XV. 

888.  S^cristia  Serre  (389) -.  XVI. 

866.  Capella  vocata  Latini  et  B.  Sebastiani V. 

867.  Ecclesia  LenU  (389) XX. 

868.  Capella  S.  Georgii H. 

869.  Ecclesia  S.  Germani  propeSerram  (370) XII. 

870.  Ecclesia  Altirippe  (378) XV. 

871.  Ecclesia  Castri  NoYi  Galabri  (381) XXX. 

872.  Ecclesia  S.  Boneti  Galabri  (388) .  XII. 

873.  Prioratus  Mote  Galabri  (M7) LXXX. 

874.  Ecclesia  Mote  Galabri  (ifr.) VII. 

878.  Ecclesia  S.  Joannis  Miroil  (393d) VI. 

876.  Ecclesia  S.  VaUerii  (211) XXV. 

877.  Prior  S.  Vallerii  cum  infirmaria  et  aliis  ofâciis  non 
nominatîs  (0) in« 

(0)  Le  prieuré  conventael  de  Saint-Vallier  fat  uni  à  Tordre  de  Saint-Rof , 
par  le  pape  Urbain  V  et  confirmé  par  Grégoire  XI  en  1373. 


NOMS  DES  PAROISSES.  VOCABLES.  PATRONS. 

382.  Près  de  ce  lieu  se  trouvait  le  couvent  des  CardeHers  de  Charrières, 
fondé  en  1454 ,  par  Jean  de  Montcbenu,  dans  un  prieuré  de  Tordre 
de  Gluni. 

383.  Ëpinouze.  Saint  Bonnet.  Le  chapitre  de  St-Pierre. 

384.  Jarcieu.  Saint  Pierre. 

385.  Mantos.  Saint  Pierre.  Le  prieur  com.  du  lieu. 

386.  Horas ,  bourg,      Noire-Dame.  Le  prieur  de  Mantoz. 

387.  PoQSsieu.  Notre-Dame.  L'archev.»  et  la  cathé- 

drale de  Yiemie. 

388.  St-Boanet-de*6aIaure. 

389.  Saint-Martin-i&'Âlbon. 

390.  Saint-Bomain-d'Àlbon. 

391.  Saint-Sorliii.         Saint  Saturnin. 

392.  Trignieu.  St  Antoine  et  ste  Harg.<*  La  cathédrale  deVieune. 

393.  Annexes  :  Agiiin,  de  Bougé;  —  Bellegarde,  de  Pousôeo;  —  Bftan- 
taille,  de  Saint'Soriin  ;  —  Saint-Jeainde-liiireiis ,  deSaint-Boonet-âe- 
Galaure;  -  Saint-Philibert,  de  Saint-Romain-d'Albon. 


204  SOCIÉTÉ  D'iBCHÉOLOfilE  ET  DE  STATISTIQUE. 

818.  Prier  Mareste XX. 

879.  Sacristia  S.  Valeru XII. 

880.  Ecclesia  S.  Eustachii  (234) X. 

881.  Doueria  S.  Valerii XL. 

882.  J>rioratus  S.  Martini  Albonis  (389). LVI. 

883.  Ecclesia  SS.  Martini  et  Micbaelis  Mantaliœ  (393<').  XXX. 

884.  Ecclesia  S.  Micbaelis  de  Albone XX. 

888.  Ecclesia  Anneyronis  (377) XX. 

886.  Ecclesia  S.  Romani  Albonis  (390) XX. 

887.  Prioratus  S.  Pbiliberti  (393  e) C. 

888.  Ecclesia  Morasii  (386)  . XXX. 

889.  Capella  domini  Baronati  ibidem  .  .  .  i X. 

890.  Capella  ibidem  in  magno  altari IIII. 

691.  Capella  domini  de  Merines X. 

892.  Alia  capella  Guillermi  Joly X. 

893.  Capella  S.  Sebastiani VI. 

894.  Capella  S.  Antonii II  X«. 

898.  Aliœ  duœ  capellœ  ibidem  domini  Joannis  Borraldi.  VI. 

896.  Capellae  Dominœ  Nostrœ  Hospitalis XIIII. 

897.  PriorManlulœ  (388) I^  LXXIII. 

898.  Sacristia  ejusdera  cum  annexis XXX. 

699.  Ecclesiœ  parrochialis  ejusdem  loci  {ib.) XII. 


ARGHIPRËTRâ  DE  ROUSSILLON. 
Le  curé  du  lieu  était  archiprétre  des  20  cures  suivantes  : 

NOMS  DBS  PAROISSES.  T0CABLE8.  PATRONS. 

394.  Âssieu.  Saint  Pierre.  L'archev.  et  la  cathéd.'* 

de  Vienne  alternatiy.* 

395.  Ghessieu.  Notre-Dame.  La  cathéd.^*  de  Vienne. 

396.  Ghonas.  Saint  Sévère.  L'abbé  de  Saint-Pierre. 

397.  Glonas.  Saint  André.  Idem. 

398.  Givray.  Saint  Barthélémy.         Le  précenteur  de  la  ca- 

thédrale de  Vienne. 

399.  Honsteroui.  Saint  Laurent. 

400.Péage-de-Rous8ill.'^(le).  Saint  Jean-Baptiste.  Le  collège  devienne. 
401.  Reyantin.  Saint  Saturnin.  La  cattiédrale  de  Vienne. 


k 


STATISTIQUE  fiCGLÉSUSTIQUE.  205 

600.  Ecclesia  Anjonis  (376) XIIIL 

601.  Ecclesia  Agnini  (393  a)  et  Bogiaci  (379) VIII. 

602.  Prior  Chamboleli  (380) L. 

603.  Ecclesia  Jarciaci  (384)  et  Espinose  (383) XXX. 

604.  Ecclesia  Sablonis  (403) XX. 

606.  Prior  SaUigiarum  (410  bis) VIII. 

606.  Prior  S.  Ramberti  (409) Ile  L. 

607.  Ecclesia  S.  Ramberti  (ié.) XXX. 

608.  PrioratusdeTordano(373) V. 

609.  Ecclesia  VillœsubtusAnjonem  (411?) XL. 

610.  Ecclesia  PedagiiRossillionis( 400) ,XX. 

611.  Ecclesia  Rossillioriis  (402) IIII. 

612.  Ecclesia  S.  Mauricii  de  Exilio( 407) LXXX. 

613.  CapeUa  domini  Pétri  Gay II. 

614.  Ecclesia  Cheyssiaci  (395)  et  Alberippe  (413  a)  .  .  XXX. 

615.  Ecclesia  S.  Albani  Vareyssie  (404)  et  Assiaci  (394).  X. 

616.  Ecclesia  Chonasii  (396) XV. 

617.  Ecclesia  Montis  subterioris  (399) XXXV. 

618.  Ecclesia  S.  Satumini  Vallisaure  (391) XL. 

619.  CapeUa  S.  Sebastiani  ibidem III. 

620.  Ecclesia  Suriaci  de  CapeUa  (413  b) X. 

621.  Ecclesia  S.  JulUani  Leps  (333) VI. 

622.  Ecclesia  Clonasii  (397) X. 


NOMS  DBS  PAROISSES.  VOCABLES.  PATRONS. 

402.  RoussilioQ.  Saint  lacques.  Le  collège  de  Vienne. 
Un  couvent  de  Minimes  avait  été  fondé  dans  ce  bourg,  en  1608, 

par  luBt-Louis  de  Tournon,  comte  de  RoussiUon. 

403.  Sablon.  Saint  Ferréoi.  Le  prieur  séculier  de 

Serrière. 

404.  St-AIbandeVarèze.  Le  chapitre  de  St-Pierre. 
404  bis,  St-Âlban-du-Rh6ne.               ^            L'abbé  de  Saint-Pierre. 

405.  St-Mamert-des-Côtes-d'Arey.  Le  prieur  de  Temay. 

406.  St-Martin-de8-G6te&<l'Arey.  L'abbé  de  Saint-Pierre. 

407.  St-Maurice^e-rBxil.  Le  précenteur  de  la  ca- 

thédrale de  Vienne. 

408.  Saint-Prin.  Labbé  de  Saint-Pierre. 

ToMB  IV.  — 1869.  14 


206  SOCIÉTÉ  d'abchéologie  et  jd£  statistique. 

623.  Capella  S.  Jacobi  in  ecclesia  S.  Mauricii  de  Exilio 
(407)., 


624.  Eccles 
628.  Eccles 

626.  Eccles 

627.  Eccles 

628.  Eccles 

629.  Eccles 

630.  Eccles 

631.  Eccles 
632^  Ecclesia  S.  Mammerti  (405) 

633.  Prior  Bonne  Combe  .... 

634.  Prior  B.  Mariée  Vallis.  .  .  . 

635.  Prœceptoria  domus  Calme  . 


aSS.  AlbanietClare(125&) 

aJardini(327) 

a  de  Marcoleyn  (j361  ) .  .  .  . 

aS.  Primi(408) 

a  Moyssiaci  (362) 

aChanasii(109) 

a  de  Conerys 

a  Pisiaci  (365) 


VI. 

VIII. 

IX. 

XVIII. 

XX. 

xvm. 

XXX. 

XVIII. 

XV. 

XV. 

XL. 

L. 

LXXX. 


VOCABLES. 


NOMS  DES  PAROISSES. 

409.  Sainl-Rambert. 

410.  St-Romain-de-Surieu. 

410  bis.  Salaise.  Saint  Claude. 

411.  Terrebasse.  Saint  Didier. 

412.  Vernioz.  Saint  Pierre. 


PATRONS. 


Le  chapitre  de  St-Pierre. 
Le  prieur  du  lieu. 
La  cathédrale  de  Vienne. 
Le  collège  de  Toumon. 


413.  Annexes  :  Auberives,  de  Chessieu;  —  la  Chapelle,  près  de 
Roussillon  (voc.  Saint  Jacques),  de  Saint-Romain -de-Surieu ;  — 
Saint-Clair,  près  de  Condrieu,  de  Saint-Âlban-du-Rhône;  —  Virieu, 
de  Saint-Àlban-de-Yarèze. 


(A  continuer.) 


eu.  J.  CHEVALIER, 

prêtre. 


>î^< 


COMPTE-lBHiyD  I>£  U  gVATOBSltilE  SÉAMCE.  207 


QUATORZIÈME  SÉANCE. 


PRÉSIDENCE  DE  M.  BONNET,  VICE-PRÉSIDENT. 


M.  Poinçot,  tréforier  de  la  Société,  préfente  le  compte-rendu  de  fageflion 
pendant  la  i^  période  triennale. 

RAPPORT  DE  M.  POINÇOT. 

Meflieurs,  à  Texpiration  du  mandat  que  vous  nous  avez  confié,  il  y  a 
trois  ans ,  nous  vous  devons  un  compte-rendu  de  notre  geftion  financière , 
qui  fera  notre  j unification  &  le  guide  de  la  nouvelle  période  triennale.  En 
accompliflant  ce  devoir,  je  ferai  aufli  bref  que  poflible,  parce  que  les  chiffres 
alignés  ne  font  jamais  agréables  à  lire  &  encore  moins  à  écouter,  &  que 
notre  réunion  doit  être  confacrée  à  d^autres  chofes  beaucoup  plus  inté- 
reiîantes. 

A  la  fin  de  1866  &  de  1867,  j'ai  eu  Thonneur  de  vous  foumettre  l'inven- 
taire des  recettes  &  des  dépenfes  de  chacune  de  ces  années,  &  vous  avez 
bien  voulu  l'approuver.  Je  vous  dois  aujourd'hui  les  mêmes  renfeignements 
pour  1868. 

Dans  le  but  de  feciliter  le  recouvrement  des  cotifations  des  membres  non 
réfidants ,  il  a  été  décidé  qu'on  emploierait  l'intermédiaire  du  banquier ,  & 
qu'une  augmentation  de  5o  c.  couvrirait  les  frais  de  chaque  recouvrement; 
cette  mefure  a  été  acceptée  fans  réclamation.  Voici  les  recettes  de  1868  : 

70  membres  >  titulaires  ont  payé  directement  à  la  caifle  du 
tréforier  leur  cotifation  de  20  fir 1400    » 

77  membres  titulaires  ont  mieux  aimé  payer  fur  traite,  foit 
20  fir.  5o  c 1578  5o 

1 3  membres  correfpondants  ont  verfé  direâement  à  la  caiffe 
du  tréforier,  à  raifon  de  6  fr 78    » 

33  membres  correfpondants  ont  payé,  à  raifon  de  6  fr.  5o  c.      214  5o 

Et  enfin  pour  prix  d'un  bulletin 6    » 

Nous  avons  de  plus  reçu  une  fubvention  départementale  de.  .      5oo    » 

Et  une  fubvention  de  fon  Exe,  M.  le  Miniflre  de  l'inflruâion 
pnblique  de 600    » 

Ce  qui  porte  nos  recettes  pour  1868 4377    » 


Cette  fomme  s'efl  diifaribuée  conformément  aux  diverfes  décifions  prifes 
par  la  Société,  &  voici,  Meifieurs,  les  divers  paiements  qu'elle  a  permis 
d'effeâuer  : 


208  SOCIÉTÉ  d'aeghéologie  et  de  statistique. 

Pour  les  4  litraifons  du  Bulletin,  impreffion  &  frais  de  pofte.  3048  i5 

Pour  le  Cartulaire 204    n 

Pour  achats  de  médailles,  foffiles,  plans,  etc 40    » 

Pour  recouvrement  des  cotifations,  frais  de  banque,  de  pofle 

&  autres * i  iS  20 

Pour  copies  de  pièces qS  5o 

Location  de  la  falle  du  théâtre  pour  la  conférence  de  M.  Guilave 

Lambert,  fur  fon  voyage  au  pôle  nord 40    » 

Frais  de  circulaires 10    » 

Frais  &  chauffage  de  la  falle  pour  les  réunions yS    » 

En  tout 3627  85  • 

flpù  un  boni  à  la  fin  de  1868  de  749  fr.  i5  c,  qui  refle  en  cailTe. 
outes  les  pièces  de  dépenfes  font  régularifées  &  dépofées  fur  le  bureau, 
pour  être  vérifiées  &  approuvées,  s'il  y  a  lieu,  par  TafTemblée. 

Vous  verrez  dans  le  livre  des  recettes  que  nous  avons  encore  7  cotifations 
de  membres  titulaires  à  recouvrer  &  1 2  cotifations  de  membres  correfpon- 
dants;  il  y  a  lieu  d'efpérer  que  ces  cotifations  ne  tomberont  pas  en  non- 
valeurs  &  qu'elles  viendront  augmenter  d^autant  notre  reliquat  de  1868. 

Le  recouvrement  des  cotifations  des  membres  corref pondants  efl  géné- 
ralement aflez  difficile ,  parce  que  nous  n'avons  pas  toujours  les  véritables 
adrefles  de  ces  Meflieurs;  c'eft  ce  qui  explique  pourquoi  il  en  refle  encore 
12  en  retard. 

Je  termine ,  Meffieurs ,  en  vous  donnant  le  réfumé  de  notre  geftion 
finaifcière  triennale. 

RECETTES. 

En  1866,  nous  avons  reçu  : 

De  10  membres  honoraires 2060    n 

De  122  membres  titulaires 2438  82 

Et  de  9  membres  correfpondants 64    » 

Nous  avons  de  plus  reçu  pour  abonnement  au  Bulletin,  34    » 

Ce  qui  donne  pour  1866 458d  82    4586  82 

A  part  quatre  membres  portés  fur  la  lifte  primitive  qui  ont  refufé 
de  faire  partie  de  la  Société ,  un  membre  feulement  n'a  pas  payé 
fa  cotifation;  il  y  a  donc  lieu  de  la  regarder  comme  non- valeur. 
En  1867,  nous  avons  reçu  : 

De  149  membres  titulaires 2980  5o 

De  41  membres  correfpondants 255    » 

Pour  abonnement  au  Bulletin 36    » 

Pour  fubvention  du  département 5oo    » 

Ce  qui  donne  pour  1867 3771  5o   3771  5o 

A  reporter 8358  32 


COHPTE-SElfDC  DE  LA  QCATOBnÉME  SÉANCE.  209 

Report 8358  32 

il  ne  relie  que  trois  cotifations  de  membres  titulaires  à  re- 
couvrer &  une  feule  de  membre  correfpondant;  je  crains  que 
ces  cotifations  ne  deviennent  auffi  des  non- valeurs. 
J'ai  eu  Phonneur  de  vous  dire  que  nous  avons  reçu  en  1 868    4377    i> 
'  &.  qu'il  relie  encore  à  recouvrer  7  cotifations  de  membres  titu- 
laires &  12  de  membres  correfpondants;  j'efpère  pouvoir  en 
recouvrer  la  plus  grande  partie. 
Quelques  membres  titulaires  &  correfpondants  ont  déjà  payé 

leurs  cotifations  pour  1869;  j'ai  reçu  à  cet  effet 104    » 

&  pour  1870  deux  cotifations  de  membres  correfpondants  ...        12    » 

Ce  qui  donne  pour  le  total  de  nos  recettes  à  ce  jour i285i  32 


Toutes  les  dépenfes  faites  depuis  la  création  de  la  Société  jufqu'au 
3i  décembre  1868  font  réglées  &  payées ,  &  s'il  en  relie ,  elles  me  font 
inconnues. 

Elles  s'élèvent  : 

Pour  1866,  fuivant  les  détails  que  j'ai  eu  l'honneur  de  vous  donner,  à  la 
fin  de  l'année  &  que  vous  avez  bien  voulu  approuver,  à 3147  o3 

Pour  1867,  d'après  les  détails  également  approuvés  à  la  fin  de 
Tannée,  à  . 3429  76 

Et   enfin,  pour  l'année    1868,    fuivant    les  pièces  que  j'ai 
*  l'honneur  de  foumettre  à  votre  examen  &  de  vous  prier  d'ap- 
prouver, s'il  y  a  lieu,  à 3627  85 

Total 10204  64 

En  balançant  les  recettes  &  les  dépenfes ,  j'ai  le  plaifir  de  vous  annoncer, 
Meflieurs ,  un  reliquat  difponible  en  caifTe  de  2,646  fr.  68  c.  en  fus  des 
quelques  cotifations  qui  relient  à  recouvrer. 

Vous  le  voyez,  Meflieurs,  les  réfultats  font  aulli  beaux  que  nous  pou- 
vions l'efpérer,  pour  une  première  période  d'exillence ,  puifque  nous  nous 
fommes  organifés  en  faifant  des  économies.  A  vous,  Meflieurs  les  them- 
bres  du  futur  bureau ,  de  continuer  l'œuvre  que  nous  vous  remettons. 

Je  ne  puis  terminer  ce  compte-rendu  fans  remercier  M.  le  préfident  &  les 
membres  du  bureau  de  l'appui  qu'ils  dht  bien  voulu  me  prêter,  &  vous  tous , 
Melfieurs ,  de  l'excellent  &  bienveillant  accueil  que  vous  avez  toujours  fait 
à  mes  demandes. 

Cette  communication  ell  accueillie  avec  un  vif  intérêt,  &  M.  le  préfident, 
au  nom  de  l'afibciation ,  remercie  M.  le  tréforier  du  zèle  &  de  l'intelligence 
dont  il  a  fait  preuve  pour  arriver  à  un  réfultat  aufli  remarquable. 

  fon  tour,  M.  Lacroix,  fecrétaire-archiville,  réfume  en  quelques  mots 
l'inventaire  des  richefles  littéraires,  archéologiques,  artilliques  &  géologi- 
ques formant  le  premier  noyau  de  la  bibliothèque  &  du  mufée  de  la 
Société. 

La  première  comprend  déjà  plus  de  cent  volumes  ou  brochures ,  le  mu- 


240  SOCIÉTÉ  d'archéologie  et  de  statistique. 

fée  a  des  médailles  &  monnaies,  des  poteries,  un  miroir  romain,  des  ha- 
chettes gauloifes,  une  dent  fo(01e  de  dinotherium,^  etc;  quant  aux  gravures 
&  deflins,  au  nombre  de  plus  de  cent,  ils  ont  été  réunis  dans  un  album,  à 
Pexception  du  plan  de  Valence  drefTé  en  1727,  qui  a  été  collé  fur  toile. 

M.  le  préfident  donne  en  fui  te  ledure  d'une  dépêche  de  M.  le  Redeur  de 
Tacadémie  de  Grenoble,  relative  à  la  fondation  dHin  prix  de  1000  francs  qui 
ferait  décerné  annuellement,  dans  chaque  reffort  académique,  au  meilleur 
ouvrage  ou  mémoire  fur  un  point  d'archéologie,  d'hiftoire  politique  & 
littéraire  ou  de  fcience. 

Après  une  difcuflion  à  laquelle  plusieurs  membres  prennent  part,  la  So- 
ciété arrête  les  principes  fuivants  : 

I*  Le  concours  devra  porter  une  année  fur  l'archéologie  des  départements 
du  reffort,  une  année  fur  leur  hi (loi re  politique  ou  littéraire,  une  année  fur 
les  fciences,  &  le  jury  chargé  d'apprécier  les  travaux  fera  formé  en  confé- 
quence. 

2*>  Chacun  fera  libre  de  choisir  fon  fujet  &  aucun  programme  ne  fera  im- 
pofé  aux  concurrents. 

3*  Les  membres  du  jury  feront  pris  en  égal  nombre  dans  chacune  des 
Sociétés  favantes  du  reflbrt. 

4**  A  cet  efifet  le  bureau  de  chaque  Société  préfentera  les  candidats  à 
nommer,  &,  s'il  y  a  moyen  de  le  faire,*  la  Société  ratifiera  ou  modifiera  ce 
choix. 

Procédant  à  la  nommation  des  membres  du  bureau,  M.  le  préfident  lit 
une  lettre  de  M.  Tabbé  Jouve,  dans  laquelle  ce  favant  ecdéfiaftique  prie  les 
perfonnes  qui  feraient  dans  l'intention  de  l'honorer  de  nouveau  de  leur 
fuffittge  pour  la  vice-préfidence,  de  vouloir  bien  le  reporter  fur  un  autre 
membre. 

Vingt- fept  membres  préfents  &  quatorze  repréfentés  par  des  procurations 
écrites  prennent  part  au  vote,  qui  donne  les  réfultats  fuivants  : 

M.  de  Saint-Genis,  préfident 40  voix. 

M.  de  Gallier,  vice-préfident Sg    — 

M.  Bonnet,  id 35    — 

M.  Vallentin,  id,  29    — 

M.  Poinçot,  tréforier 39    — 

M,  Bulot,  vice-tréforier  ..".....    36    — 

M.  Lacroix,  fecrétaire 40    — 

M.  Guilleminet,  vice-fecrétaire  ...    32    — 
Le  5'  de  140,  nombre  a6luel  des  membres  de  la  Société,  étant  de  28 ,  les 
perfonnes  dont  les  noms  viennent  d'être  mentionnés  ont  été  proclamées 
membres  du  bureau,  pour  la  nouvelle  période  triennale. 

M.  le  préfident  donne  leâure  d'une  lettre  de  M.  Peloux,  membre  for- 
tant  du  comité  de  publication,  qui,  par  fuite  de  diverfes  circonAances,  ne 
peut  plus  prendre  part  aux  travaux  de  ce  comité,  &  il  eft  procédé  à  la 
nomination  des  cinq  membres  éleâifs  :  36  fuffrages  font  exprimés  &  M.  4e 
Roilaing  en  obtient  33. 


GOHPTE-BENDC  DE  LA  QUiTGUXkXE  SÉAMGE.  244 

M.  Richaud,  32. 

M.  Maliens,  29. 

MM.  de  Roftaing,  Richaud  &  Maliens  réunirent  la  majorité  des  voix 
&  il  fera  procédé  à  un  nouveau  fcnitin  à  la  prochaine  réunion  pour 
compléter  le  nombre  des  membres  du  comité. 

Ont  été  admis  à  l'unanimité,  comme  membres  titulaires: 

M.  Faure,  juge  d^nibuâion,  à  Valence. 

M.  Jacquemet,  employé  au  télégraphe. 

Et  comme  membre  correfpondant  : 

M.  le  baron  de  CarmejanePlerredon,  chef  d'efcadron  au  20*  d'artillerie,  à 
Strafbourg. 

Sur  la  demande  de  quelques  membres,  &  dans  le  but  de  faciliter  1^  re- 
cherches hiftoriques ,  il  a  été  décidé  qu'une  lifle  alphabétique  par  noms 
d'auteurs,  avec  table  des  matières,  ferait  commencée  dans  le  plus  prochain 
bulletin  &  qu'elle  ferait  fuivie  d'une  indication  bibliographique  des  publi- 
cations nouvelles  intéreifant  la  province. 

Les  leâures  annoncées  n'ont  pu  avoir  lieu  &  elles  feront  faites  à  la  pro- 
chaine réunion. 


2V2  SOCIÉTÉ   d'archéologie  et  de  STiTISTIQUB. 


CHRONIQUE. 


La  difbribution  des  récompenfes  aux  membres  des  Sociétés  fa  van  tes  des 
départements  a  eu  lieu,  le  3  avril,  fous  la  préfidence  de  M.  le  Miniilre  de 
rinflruâion  publique. 

Le  prix  d'hiftoirea  été  obtenu  par  M.  Tabbé  Lalanne,  curé  d^Oiré  (Vienne), 
membre  de  la  Société  des  antiquaires  de  fOueft,  pour  fon  glojfaire  dupa-' 
tois  poitçvin. 

Dans  la  feâion  des  fciences,  M.  Lory,  profeffeur  à  la  faculté  des  fciences 
de  Grenoble,  membre  de  la  Société  de  flatiftique,  des  fciences  naturelles  & 
des  arts  indullriels  du  département  de  Flfh'e,  pour  fes  travaux  fur  la 
géologie  des  Alpes  &  fa  carte  de  la  Maurienne;  M.  le  comte  de  Saporta,  de 
Tacadémie  d*Aix,  &  M.  Lefpès,  profefleur  à  la  faculté  des  fciences  deMar- 
feiUe,  ont  obtenu  une  médaille  d'or. 

Parmi  ceux  qui  ont  reçu  des  médailles  d'argent ,  dans  la  même  feâion ,  nous 
remarquons  M.  Seguin,  doyen  de  la  faculté  des  fciences  de  Grenoble,  mem- 
bre de  la  Société  de  fbitiftique  de  Plfère,  pour  travaux  de  phyfique,  &  M. 
Pillet,  membre  de  Pacadémie  de  Savoie,  pour  fes  travaux  de  géologie  en 
collaboration  avec  M.  Lory. 

Le  prix  de  la  fe6lion  d'archéologie  a  été  accordé  à  M.  Tabbé  Cochet,  pour 
fon  répertoice  archéologique  de  la  Seine-Inférieure. 

A  Toccafîon  de  cette  folennité,  M.  Deloye,  bibliothécaire  de  la  ville  d'Avi- 
gnon, correfpondant  du  Miniûère  de  i'inflruâion  publique,  a  été  nommé 
chevalier  de  la  Légion  d'honneur,  avec  MM.  Jofeph  Gamier,  Redet, 
Cotteau  &  Combes. 

J'extrais  du  difcours  de  S.  Ex.  M.  le  Miniflre  de  l'inflruélion  publique  les 
paffages  qui  fe  réfèrent  plus  direâement  aux  Sociétés  favantes. 

c(  Chaque  année,  a  dit  M.  Duruy  à  leurs  délégués,  l'importance  de  vos 
travaux  eft  plus  grande.  Vous  en  êtes  récompenfes  par  l'intérêt  croiffant  qui 
s'attache  à  vos  favantes  difcuffions,  à  vos  curieufes  leâures.  Chaque  feffion, 
vous  gagnez  quelques  auxiliaires  nouveaux  qui  s'enrôlent  avec  vous  fous  la 
bannière  de  la  fcience ,  pour  fauver  de  l'oubli  ce  que  le  temps ,  tempus  edaxy 
détruit  inceffamment  des  mœurs ,  des  ufages  &  des  fouvenirs  de  la  vieille 
France;  pour  retrouver  dans  la  pouflière  des  fiècles  les  titres  perdus  de  no- 
tre ancienne  fociété;  pour  ajouter  quelques  pages  à  notre  hiftoire,  un  livre 
lî  beau,  mais  fi  difficile  à  faire  qu'il  eft  toujours  à  recommencer.  On  ne 
pourra  l'écrire  qu'après  que  vous  aurez  accompli,  Meflieurs,  au  fein  de  vos 
favantes  compagnies,  l'immenfe  travail  d'invefligation  que  vous  pourfuivez 
pour  éclairer  &  fixer  les  hiftoires  locales. 


CHEOHIQUE.  213 

»  En  vue  de  féconder  cette  œuvre  nationale,  te  Gouvernement,  par  un 
décret  du  3o  mars ,  vient  de  fonder  dans  chacune  de  nos  académies  uni- 
veriitaires ,  qui  prefque  toutes  répondent  à  nos  anciennes  provinces,  un  prix 
annuel  pour  l'hiftoire ,  l'archéologie  &  les  fciences.  » 

Voici  les  termes  du  décret  &  de  Tarrété  mîniftériel  relatifs  à  ce  concours  : 

a  II  eft  inftitué  dans  chaque  relTort  académique  de  PEmpire  un  prix 
annuel  de  looo  fir.  qui  fera  décerné  à  Touvrage  ou  au  mémoire  qui  fera 
jugé. le  meilleur,  fur  quelque  point  d'hiftoire  politique  ou  littéraire,  d'ar- 
chéologie ou  de  fcience  intéreffant  les  départements  compris  dans  le 
refibrt. 

n  Chaque  année,  un  prix  de  3ooo.fr.  fera  décerné  par  le  comité  des  tra- 
vaux hiftoriques  &  des  fociétés  favantes  à  l'ouvrage  jugé  le  meilleur  parmi 
ceux  qui ,  durant  l'année  précédente ,  auront  été  couronnés  dans  les  concours 
académiques. 

»  Le  prix  fera  décerné  alternativement,  en  i86g,  fur  un  travail  d'hidoire 
politique  ou  littéraire;  en  1870,  fur  une  queftion  d'archéologie,  en  1871, 
fur  une  queftion  de  fcience,  &  fuccellivement  dans  le  même  ordre  les 
années  fuivantes. 

»  Le  choix  des  fujets  eft  laiffé  aux  concurrents. 

»  Sont  admis  à  concourir  tous  les  ouvrages  &  mémoires  manufcrits  ou 
imprimés,  fous  la  réferve  que  les  auteurs  réfident  dans  le  reffort  académi- 
que &  que  les  ouvrages  ou  mémoires  imprimés  n'auront  pas  été  publiés 
plus  de  trois  ans  avant  le  terme  fixé  pour  le  concours. 

A  Le  jury  chargé  de  décerner  le  prix  eft  compofé ,  fous  la  préfidence  du 
reâeur  :  i^  de  délégués  des  fociétés  favantes  du  reffort  académique  dont 
les  travaux  fe  rapportent  à  l'objet  du  concours  ;  2*  de  membres  choifis  par 
le  Minîfhe  en  nombre  inférieur  à  celui  defdits  délégués. 

n  Les  concurrents  ne  peuvent  faire  partie  du  {ury. 

»  Sont  exclus  du  concours  les  travaux  couronnés  par  l'Inftitut. 

»  La  proclamation  du  prix  de  1000  fr.  aura  lieu  dans  la  féance  folennelle 
de  la  rentrée  des  facultés  &  celle  du  prix  de  3ooo  fr.  dans  la  réunion  annuelle 
des  fociétés  favantes.  » 

Parmi  les  découvertes  qui  m'ont  été  fignalées  pendant  ce  trimeftre ,  je 
mentionnerai  celle  de  trente  à  trente-cinq  pièces  d'argent  fort  femblables 
(celles  que  j'ai  vues  du  moins)  à  une  pièce  donnée  à  la  Société  par  M. 
Courbaffier, 

Les  publications  récentes  intéreffant  la  province  ont  été  nombreufes.  En 
première  ligne  je  placerai  le  5*  volume  de  XEffai  fur  Tabhaye  de  St-Bar- 
nard  &  fur  la  ville  de  Roman» y  par  M.  P.  Giraud,  notre  favant  préfident 
honoraire.  On  y  trouve  le  texte  de  toutes  les  chartes  du  cartulaire  qui  n'a- 
vaient pas  été  publiées  dans  les  volumes  précédents  &  une  table  alphabé- 


2H  SOCIÉTÉ  d'abghéologie  £t  de  statistique. 

■ 

tique  des  noms  de  perfonnes  à.  de  Lieux,  f>our  toute  la  2*  partie,  fort  com- 
mode pour  les  recherches. 

Voilà  un  vrai  monument  élevé  à  la  gloire  de  foa  pays  par  M.  P.  G.  Giraud, 
&  tous  les  énidits  pourront  profiter  de  la  riche  moilTon  de  renfeignements 
confignés  dans  le  cartulaire  de  Saint-Barnard. 

On  m^annonce  auffi  la  très-prochaine  apparition  du  cartulaire  de  Saint- 
Hugues,  publié  aux  frais  de  TÉtat,  êc  attendu  avec  impatience. 

M.  l'abbé  Chevalier  vient  de  publier,  à  Montélimar,  un  premier  volume 
du  cartulaire  de  Léoncel,  &  il  a  fait  commencer  Timpreflion  de  celui  de 
Saint- André-le-Bas,  de  Vienne,  &  de  celui  de  la  ville  des  Adhémar. 

D'ici  à  quelques  années  toutes  les  chartes  anciennes  feront  de  la  forte 
entre  nos  mains,  &  des  travaux  férîeux,  fur  l'hiftoire  locale ,  pourront  être 
commencés  &  pour  fui  vis  heureufement. 

Je  me  réjouis  de  ce  réfultat  avec  les  nombreux  amis  de  notre  province , 
&  j'aime  à  rappeler  que  ce  fera  pour  notre  Société  un  fujet  de  gloire  d'avoir 
contribué  à  ce  réveil  des  faines  &  fortes  études. 

Sont  annoncées,  de  plus,  trois  belles  publications  de  M.  E.  J.  Savigné,  de 
Vienne  :  i"*  Les  Fafles  de  la  ville  de  Vienne ^  manufcrit  inédit  de  Charvet; 
2°  Le  Cycle  poétique  viennois,  de  M.  Jacques  Guillemaud  ;  S*»  \q  Supplément 
àVhiftoire  de  l'églife  de  Vienne  ^  par  G.  Charvet. 

D'un  autre  côté,  les  foufcripteurs  à  la  réimpreCIion  de  Chorier  ont  pu 
conflater  par  l'examen  de  leur  premier  fafcicule  que  MM.  Chenevier  & 
Chavet  ont  tenu  fcrupuleufement  toutes  les  promefTes  de  leur  profpeâus  & 
que  VHiftoire  du  Dauphiné  pourra  déformais  figurer  avec  honneur  dans 
toutes  les  bibliothèques. 

Paifons  des  voeux  pour  que  le  premier  volume  foit  également  publié  & 
que  les  éditeurs  trouvent  auprès  des  bibliophiles  un  empreflement  égal  à  leur 
zèle  patriotique  &  défintéreffé. 

Ouvrages  ofierts  pendant  le  trimeftre  : 

Difcours  prononcé  par  5.  Exe.  M.  le  Miniftre  de  Vinfiruâion  publique  à 
la  réunion  des  Sociétés  favantes,  le  3  avril  1869,  în-4''. 

Revue  des  Sociétés  favantes  des  départements,  t.  VIII,  août-décembre, 
3  livr.  in-g-. 

Mémoires  lus  à  la  Sorbonne  dans  les  féances  extraordinaires  du  comité 
impérial  des  travaux  hijloriques  &  des  Sociétés  favantes  tenues  les  14,  i5, 
16  &  i^  avril  1868.  —  Hiftoire,  philologie  &  fciences  morales,  1  vol.  in-8" 
—  Archéologie,  1  vol.  in-S*. 

EJfai  hijlorique  fur  Vabbaye  de  Saint-Barnard  &  fur  de  la  ville  Romans. 
Complément  textuel  du  cartulaire  faifant  fuite  aux  preuves  de  la  première  & 
de  la  deuxième  partie,  par  M.  Giraud,  ancien  député.  Lyon,  L.  Perrin, 
I869.  1  vol.  in-S"*  (hommage). 


I,  Det  fociétés coopératives  de produâion,  ~  H,  dex  fociétés de  confomma- 
tion  &  de  crédit  y  difcours  prononcés  par  M.  Eugène  Villedieu,  à  Privas,  le 
27  mars  &  le  3  avril  1868  (hommage).  —  Privas,  1869.  Roure,  1  broch. 
in-«». 

Mémoires  de  V académie  impériale  des  fciencetj  belles-lettres  &  arts  de 
Lyon,  —  Clafle  de  lettres ,  t.  XIII,  i  vol,  in-4'*. 

jy  relève  le  pâflage  fuivant  : 

a  Strabon,  citant  la  ville  dea  Cavares  dans  un  ordre  géographique  du  fud 
au  nord,  préfente  à  M.  Dubombourg  un  argument  pour  éliminer  toutes  les 
localités  qui  font  au  fud  d*^r<iJ</?o  (Orange),  puifque  Aeria  était  au  fud  de 
cette  ville.  Il  rejette  aufli  toutes  les  localités  qui  ne  font  pas  fur  le  territoire 
des  Cavares.  Livron  &  le  chftteau  de  Mornas  remplirent  à  peu  près  les 
conditions  topographiques  déiirées,  mais  M.  Dubombourg  leur  préfère 
Cairane,- dont  Tafpiration  dure  retranchée  il  rcfte  AiranCy  ce  qui  eft  bien 
près  d^Aéria.  En  outre,  ce  lieu  très-élevé  poflède  des  refies  antiques  &  fe 
trouve  fur  la  frontière  ou  fines  des  Cavares  &  des  Voconces.  » 

Mémoires  de  V académie  impériale  des  fciences,  belles^ lettres  &  arts  de 
Savoie  y  t.  X.  Chambéry,  I869.  i  vol.  in-S". 

Habitations  lacuftres  de  la  Savoie  y  2*  mémoire  qui  a  obtenu  le  prix  d'ar- 
chéologie au  concours  des  Sociétés  favantes  en  1866,  p.  L.  Rabut,  album. 
—  Chambéry,  1867,  J.  Perrin,  in-fol. 

Bulletin  de  la  Société  archéologique  &  hiftorique  de  la  Charente  y  4*  férié 
t.  V,  année  1867,  i  vol.  in-8''. 

J'y  trouve  une  propofition  identique  à  celle  de  M.  Arnaud ,  pour  le  compto- 
rendu  de  chaque  livre  reçu  par  la  Société  à  titre  de  don  ou  d'échange. 
«  M.  Darivau  propofe  que  ce  travail  fe  réparti ffe  à  tour  de  rôle  entre  les 
»  membres  de  la  Société  &  qu'il  devienne  obligatoire  pour  chacun.  — 
»  Cette  propofition  efl  difcutée  à  quelques  point  de  vue ,  admife  néanmoins 
n  quant  au  principe.  Une  commifCon  efl  priée  de  faire  un  rapport.  » 

Pourquoi  la  chronique  ne  ferait-«Ile  pas  fiaite  auifi  à  tour  de  rôle  dans 
notre  Bulletin? 

Bulletin  de  la  Société  de  Vinduftrie  de  la  Mayenne  y  t.  IV,  année  1867,  — 
I  vol.  in-8".  Il  s'y  trouve  un  Effai  fur  Vhiftoire  de  V armement  en  France 
depuis  la  fin  de  l'époque  gallo-romaine  y  jujquiau  XVIII*  fiècle,  travail  cu- 
rieux de  M.  H.  de  la  Broife. 

Procès-verbaux  des  féances  de  la  Société  des  lettres  y  fciences  &  arts  de 
TAveyrony  t.  VI.  Rodez,  1868,  i  vol.  in-S». 

Concours  de  1867.  —  Diftribution  des  récompenfes.  —  Travaux  couronnés. 
Rodez,  1868,  I  vol.  in-8*. 

Mémoires  de  la  Société,  t.  IX,  1859-1867.  —  Rodez,  1867,  i  vol.in-8''. 

Biographies  aveyronnaifes ,  t.  i*,  1866,  1  vol.  in-8'*. 


246  SOCIÉTÉ  d'abchéologie  et  de  statistique. 

I 

Notice  fur  la  Roche'Flainn,  par  J.  J.  Delfol.  —  Rodez,  1866,  broch. 
in-8». 

Société  archéologique  de  Varrondiffement  d*Avefnes.  Bulletin. 

Journal  de  Montélimary  i*'  trimeftre  1869.  —  Journal  de  Die,  i*'  trimeftre 
1869* 

Journal  menfuel  des  travaux  de  V académie  nationale,  agricole,  manu- 
faâurière  &  commerciale,  fous  la  direâion  de  M.  P.  Aymar-Breflion;  der- 
nière livr.  de  1868. 

Congrès  Scientifique  de  France  y  —ouverture  le  5  feptembre  1868,  —  36» 
fefflon,  à  Chartres,  (programme),  Caen,  1869,  broch.  în-4''. 

Hiftoire  de  Savoie  d après  les  documents  originaux,  depuis  les  origines 
les  plus  reculées  jusqu^à  V annexion,  par  Viâor  de  Saint-Genis.  —  Paris, 
Amyot,  in  8*,  i*'  &  2«  vol. 

A.  LACROIX. 


BIBUOGAAPHIB  BiVPBinOISB.  247 


BffiUOGRAPfflE  DAUPHINOISE  \ 


PEEHlfiEE    PABTIE. 

OUVRAGES  SUR  LA  PROVINCE. 


Adyiellb  (Victor).  —  Sow)enir$  d^une  visite  à  P Abbaye  de  Saint' 
Antoine,  en  Dauphiné  (Histoire,  Archéologie),  br.  in-S»^  2*  édition. 
—  Bossan,  imprimeur,  Saint-Marcellin,  1860. 

—  Notice  swr  Hugues  Merle,  artiste  peintre.  —  Grenoble,  A.  Merle 
etC>,br.in-8»,  23  p. 

—  VEmperewr  Napoléon  III  à  Grenoble  et  dans  k  département  de 
titère ,  tef  5 ,  6  et  7  septembre  1860 ,  in-8»  br. 

—  Annuaire  administratif,  statistique  et  historique  de  t arrondis- 
sement de  Saint'Maircellin.  in-12,  années  1860,  61  et  62.  —  Gre- 
noble ,  Allier  père  et  fils. 

—  Labbé  E.  H.  R.  Prompsault^  chapelain  de  la  maison  impériale 
des  Qoinze-Viugts  de  Paris ,  de  1829  à  1855,  paléographe,  juriscon- 
sulte ecclésiastique  et  controyersiste.  —  Paris,  chez  Fauteur,  88, 
rue Hontorgueil ,  1862;  Pont-Saint-Esprit,  Gros  frères,  imprimeurs, 
in-8o,  714  p.,  portrait;  cet  ouvrage  renferme  la  biographie  et  la  bi- 
bliographie de  cet  abbé  célèbre. 

—  Le  couteau  de  chasse  de  Mandrin,  du  musée  de  Rodez.  (Mé- 
moires de  la  société  des  lettres,  etc.,  de  rAyeyron,  1867,  1  planche.) 

Albert  (Aristide).  —  UOisans,  essai  descriptif  suivi  de  notices  par- 
ticulières sur  la  faune,  les  forêts,  la  botanique  et  la  minéralogie,  par 
MM.  Bouteille,  Viaud,  A.  Gras  et  J.  Thévenet,  in-8<'. 

—  Excursions  dans  le  Briançonnais ,  2*  partie  in-18. 
Aiguebelle.  —  Vie  du  père  Ma/rie  Ephrem  (Yincent-Joseph-Mathieu 

Ferrer)  ou  histoire  d'un  moine  de  nos  jours,  mort  à  Fabbaye  de  la 
Trappe  d' Aiguebelle  (Drame).  —  Glermont-Ferrand ,  impr.  Perol, 
in-8*  de  104  p.  (Notes  sur  Tordre  de  Giteaux.) 

(1)  Les  rectifications  et  modifications  seront  accueillies  avec  reconnais- 
sance. 


248  SOCIÉTÉ  d'abcbéologie  et  p£  statistique. 

—  Annales  de  l'abbaye  éPAiguebeUe,  de  tordre  de  Citeaux  (Con- 
grégation de  N.  D,  delà  Trappe) ,  depuis  sa  fondation  jusqu'à  nos 
jours  (1043-1863),  par  un  religieux  de  ce  monastère.  —  Valence, 
Jules Géas  et  fils,  1863,  2  vol.  ia-S»,  591  et  621  p. 

AiMAR.  —  Guide  du  voyagev/r  à  la  Grande-Chartreuse,  1  70l.  in-8<* 
oblong.  —  Grenoble ,  Alphonse  Merle ,  1860. 

Allard.  —  Lettre  à  l'auteur  du  «  Mercure  galant  >  sur  la  conver- 
sion du  sieur  Vignes,  ministre  de  Grenoble  (9  décembre  1684). 

—  Seconde  lettre  à  l'auteur  du  «  Mercure  galant  >  sur  Fabjuration 
du  sieur  Vigne,  d-devanl  ministre  de  Grenoble  (20  décembre  1684  ) , 
s.  1.  n.  d.,  in-4»,  pièce. 

L'exemplaire  de  la  bibliothèque  impériale  porte  une  note  manuscrite 
contemporaine ,  indiquant  que  ces  deux  lettres  sont  d'un  nommé  AUard. 

(N.»  502,  L^  176.) 

Aluer  (Alfired).  —  Mémoire  fourni  le  28  fév.  1861  par  Alfred 
Allier,  propriétaire  à  Vars ,  commune  de  Gap ,  powr  le  concours  à  la 
prime  régionale ,  etc.  —  Gap ,  Delaplace ,  juin  1862 ,  broch.  in-16 ,  59  p. 

Allut  (M.-P.).  —  Aloysia  Sygea  et  Nicolas  Chorier.  —  Lyon,  ch. 
Scheuring,  1862,  in-8<'. 

Ancelle  (C).  —  Courses  des  vacances  dans  les  Alpes,  —  Paris,  imp. 
louaust  et  fils,  1863,  in- 12 ,  143  p. 

—  Notes  sur  la  Grande-Chartreuse. 
Annuaires  et  almanachs  (voir  à  la  table.) 

Aabaud,  Evoque  de  Gap.  —  Recueil  des  circulaires  de  Mgr  Arbaud, 
évêque  de  Gap ,  1838.  —  Liste  des  anciens  évêques  de  ce  diocèse, 

ÂUBENAS  (  J.-Ad.).  —  Histoire  de  Madame  de  Sévigné,  de  sa  famille 
et  de  ses  amis,  suivie  d'une  notice  historique  sur  la  maison  de  Gri- 
gnan.  —  Paris,  Duffart,  éditeur,  1842,  in-8o ,  588  p. 

Addigier  (Henry  d').  —  Histoire  do  Pierre  Terrait,  seigneur  de 
Bayart,  dit  le  Chevalier  sans  peur  etsam  reproche,  —  Paris,  Dupray 
de  la  Maherie,  éd.,  1862,  gdin-8%  310  p. 

Arnaud  (VO-  —  Le  prince  Djem^  chronique  dauphinoise  du  XV* 
siècle,  poème  épique,  1  vol.  in-8'>. 

Artaud  de  Montor  (le  chevalier).  —  Histoire  du  pape  Pie  VIL  — 
Paris ,  Adr.  Leclère  et  C.»'« ,  1836 ,  2  vol.  in-8^;  Paris ,  .1839 , 3  vol.  in-12. 

Cet  ouvrage  contient ,  page  236  et  suivantes ,  la  relation  du  trans- 
port du  corps  de  Pie  VI  à  Rome  et  les  fêtes  célébrées  à  Valence  en  cette 
occasion. 

—  Histoire  delavieetdes  travaux politiqu>es  du  comte  d^Hauterive , 
comprenant  une  grande  partie  des  actes  de  la  diplomatie  française 


BIBUOOBAPHIE  DiUPHIfiOISE.  249 

depuis  1784  jusqu'en  1830.  —  Paris,  1839 ,  in-8*,  portrait.  (25  exem- 
plaires sur  papier  de  cbine.) 

Artaud  (Fr.).  —  Mémoire  sur  un  poignard  de  bronze  antique , 
trouvé  dans  le  rocher  de  Crussol  (en  face  de  Valence).  —  Paris,  1811 , 
in-8'>,broch.,flg. 

—  Mosaïques  de  Lyon  et  des  départements  méridionaux  de  la 
France,  etc,  -  Paris,  de  Bure  et  Didot  Taîné,  1818-1824 ,  g^  in-fol. 

Avril  (G.-A.).  —  Tableau  synoptique  des  votes  émis  par  les  quinze 
représentants  de  V Isère,  etc.,  etc.f  relevés  du  Moniteur.  —  Paris,  imp. 
Haulde  et  Renou  (  s.  d.) ,  g<>  in-fol. 

Léon  JAGQUEMET. 


Un  travail  bibliographique  sur  le  Daupliiné  peut  rendre  de  très- 
grands  services;  avant  de  l'entreprendre,  il  a  paru  bon  d'avoir  l'avis 
des  érudits  sur  ce  spécimen. 

M.  Rochas,  dans  sa  Biographie  du  Dauphiné,  a  donné  des  indica- 
tions précises  sur  les  ouvrages  des  auteurs  dauphinois;  il  a  paru  inutile 
de  les  répéter. 

Aussi,  ce  travail,  divisé  en  deux  parties,  ferait-il  connaître  seule- 
ment, dans  la  première,  les  auteurs  qui  ont  écrit  sur  le  Dauphiné  et 
qui  ne  se  trouvent  pas  dans  la  Biographie;  et,  dans  la  seconde ,  les 
auteurs  dauphinois  également  omis;  puis,  au  moyen  d'une  table 
alphabétique  des  matières,  on  rappellerait  les  ouvrages  cités  par 
M.  Rochas  et  ceux  de  ce  complément. 

Pour  une  œuvre  aussi  importante ,  le  concours  de  tous  les  membres 
de  la  Société  est  nécessaire,  et  les  additions  porteront  le  nom  de  celui 
qui  les  aura  indiquées. 

A.  LACROIX. 


ÉTUDES  SUR  LE  CAl^TON  DU  GAAND-SERBE.  221 


ETUDES 


SUR  LE  CANTON  DU  GRAND-SERRE. 


STATISTIQUE,  HISTOIRE  ET  GÉOGRAPHIE. 


SuiTB  et  FIN.  -  Voir  10*  et  It*  Livraisons,  page  249,  361. 


I 

MONTRIGAUD. 
Géologie.  —  Thbutobochus. 

La  commune  est  formée  des  deux  yallées  presque  parallèles 
de  La  Limone  et  de  L'Herbasse  i.  Dans  la  dernière ,  la  plus  large 
et  la  plus  riante,  se  trouYent  au  penchant  de  la  colline  les  restes 
de  l'ancien  ch&teau  fort  et  le  bourg  moderne ,  traversé  par  le 
chemin  de  grande  communication  N.<>  17,  de  Valence  à  Mont- 
falcon. 

Ce  village  est  à  7  kilom.  du  Grand-Serre,  son  chef-lieu  de 
canton ,  et  à  42  de  Valence. 

On  explique  le  nom  de  Montrigaud  par  hcmteur,  élévation  ou 
cot€<m  deRigaud,  comme  Montmeyran  et  Monteléger  signifient 
coteaux  de  Mairan  et  de  Latgier;  malheureusement  Thistoire 


(1)  L*Herbasse ,  affluent  de  Tlsère ,  a  35  kilom.  de  cours  et  un  débit  moyen 
de  plus  d'un  mètre  cube  par  seconde. 

La  Limone ,  affluent  de  l'Herbasse ,  a  1285  mètres  de  cours  et  28C  déci- 
mètres cubes  par  seconde  de  débit  ordinaire. 

L'Herbasse  naît  près  de  Montrigaud ,  dans  la  combe  de  L'Herbasse,  et  La 
Limone  à  l'étang  de  Langon,  sur  Montrigaud. 

Tome  IV.  —  1869.  15 


222  SOCIÉTÉ  d'aiichéologib  et  db  statistique. 

a  négligé  de  iioas  transmettre,  avec  leurs  noms,  les  faits  et  ges- 
tes de  ces  personnages ,  sinon  illustres,  du  moins  populaires  de 
leur  temps. 

La  paroisse  a  porté,  avant  cette  appellation,  le  nom  de  Saint- 
Romaîn-de-Perois ,  qu'une  charte  de  1062  traduit  par  Petrosa, 
Faudraît-il  voir,  en  ce  cas ,  Tétymologie  de  Perois  dans  l'entas- 
sement de  cailloux  roulés  dont  l'épaisseur  augmente  à  mesure 
que  le  niveau  du  terrain  s'élève,  en  se  rapprochant  de  Mon  tri- 
gaud  ?  Je  le  pense. 

M.  Scipion  Gras  y  trouve  le  terrain  diluvien  ancien  avec  des 
fragments  de  granit;  mais  ce  terrain  s'amincit  beaucoup  en 
descendant  vers  Miribel  et  ne  se  rencontre  plus  qu'en  lambeaux 
peu  étendus  sur  des  monticules  de  mollasse. 

Le  môme  auteur  rapporte  aux  terrains  diluviens  la  plupart 
des  ossements  fossiles  du  Dauphiné;  M.  Lory,  à  la  mollasse 
marine  ceux  des  vallées  de  La  Limone  et  de  L'Herbasse.  Sur  ce 
point ,  je  laisse  la  parole  à  M.  Paul  Gervais  i. 

c  M.  Chalande  m'a  communiqué,  dit-il,  quelques  mammi- 
»  fères  et  divers  poissons  des  sables  faluniers  à  dinotheriums 
»  des  environs  de  Romans  (Drôme).  Les  mammifères  sont  le  lis- 
y>  triodon  splendens^nn  rhimcéros,  ledinotherium  giganteum, 
»  parmi  les  espèces  terrestres,  et,  parmi  les  espèces  marines, 
»  un  phoque,  ïhoplocetus  crassidens,  deux  dauphins  et  un 
9  cétacé  congénère  des  borquals  ou  cachalots.  Les  poissons 
>  enfouis  avec  ces  ossements  sont  le  charcharodon  megalodon 
»  et  d'autres  espèces  de  squales,  des  mourines  du  même  genre 
»  que  la  raie  aigle  et  des  daurades  ou  chrysophys,  dont  les 
»  dents  isolées  ressemblent  à  de  petits  moules  de  boutons  con- 
»  vexes  sur  une  de  leurs  faces...  Le  dépôt  ossifère  de  Romans 
»  est  comparable  par  le  mélange  d'espèces  terrestres  et  marines 
j>  qu'il  renferme  à  celui  des  sables  marins  de  Montpellier  et  aux 
9  faluns  de  la  Touraine  ;  mais  c'est  à  l'époque  des  faluns  qu'il 
9  faudra  maintenant  les  rapporter.  Il  n'est  pas  douteux  que  de 
9  nouvelles  fouilles  faites  sur  ce  point  ne  donnent  lieu  à  des  ré- 
»  sultats  tout  à  fait  dignes  d'intérêt.  » 


(ï)  Paléontologie  française,  t.  U,  p.  173. 


BTDBES  SUA  LE  CANTOM  DU  6RAI«0-SEBtE.         223 

Le  musée  naissant  de  la  Société  d'archéologie  de  la  Drôme 
possède  une  dent  de  dinotherium  trouvée  au  Laris  ;  il  en  existe 
une  autre,  venue  de  Crépol,  au  muséum  de  Lyon»  et  M.  de  Ber- 
Ihe ,  notre  honorable  et  savant  collègue ,  a  eu  la  bonne  fortune 
d'acquérir  une  mâchoire  inférieure  entière  de  mastodonte, 
découverte  à  Saint-Julien.  J'indiquerai  en  outre,  pour  mémoire, 
plusieurs  dents  du  même  animal  en  la  possession ,  il  y  a  quel- 
ques années,  de  H.  Robin,  à  Saint-Honorat ,  entre  Crépol, 
Hontchenu  et  le  Laris. 

Hais,  de  tous  ces  fossiles  aucun  n'obtiendra  la  célébrité  des 
ossements  mis  à  jour  dans  une  sablonnière,  près  du  château  de 
Langon ,  le  11  janvier  1613. 

<  A  cette  époque ,  dit  Jules  Ollivier,  les  érudits  prouvaient 
9  par  arguments  Texistence  possible  des  races  gigantesques , 
»  au  lieu  de  rétablir  en  produisant  des  monuments  irrécu- 
»  sables  ;  et  lorsque,  d'aventure,  du  sein  de  la  terre  quelques 
»  vestiges  douteux  étaient  exhumés,  Tanatomie  n'était  pas  assez 
»  habile  pour  faire  jaillir  la  vérité  de  l'analyse,  et  l'exagération 
»  profitait  seule  de  la  découverte.  » 

Mazuyer,  médecin  ou  chirurgien  de  Beaurepaire ,  publia  qu'il 
avait  trouvé  à  Langon,  dans  un  immense  tombeau  en  briques, 
avec  la  légende  Theutobochus  rex,  les  restes  d'un  géant  de  25 
pieds  de  long  sur  10  de  large  aux  épaules,  avec  une  tète  de  10 
pieds  de  circonférence,  et,  tout  à  côté,  une  cinquantaine  de 
médailles  à  l'effigie  de  Marius,  vainqueur  des  Cimbres  et  de  Theu- 
tobochus, leur  roi.  «  On  accusa  le  chirurgieo.  dit  Cuvier,  d'avoir 
»  f^t  faire  sa  brochure  par  un  jésuite  de  Tournon,  qui  avait 
»  forgé  l'histoire  du  sépulcre  et  de  l'inscription  ;  il  ne  parait  pas 
9  qu'il  se  soit  justifié  de  cette  imposture  ^ .  » 

Quant  aux  médailles  d'argent ,  c'étaient  des  oboles  de  Har- 
seille,  au  dire  de  Peiresc  et  de  Hionnet. 

Mazuyer  transporta  à  Paris  les  os  du  géant  qu'il  avait  acquis^ 
pour  les  montrer  au  public,  moyennant  rétribution,  et  rallia  à 
son  avis  les  chirurgiens  Habicot  et  Tissot.  A  leurs  démonstra- 


(1)  Ossements  fossiles,  4*  édition,  t.  II,  p.  50  et  suiv. 


224  SOCIÉTÉ  d'âbchéologie  et  de  statistique. 

tions  prétendues  scientifiques,  le  médecin  Riolan  répondit 
avec  assez  d*habileté,  pour  un  homme  qui  n*avait  jamais  vu  de 
squelette  d'éléphant.  Guillemeau,  médecin,  prit  aussi  part  à  la 
môlée,  et  les  uns  et  les  autres,  «  après  s'être  égarés  dans  le 
3>  dédale  d'une  subtile  et  ridicule  argumentation  et  rués  en 
»  injurieux  quolibets ,  oublièrent  la  seule  question  qu'il  impor- 
»  tait  à  la  science  de  résoudre ,  i»  celle  de  savoir  si  les  osse- 
ments appartenaient  à  la  race  humaine  ou  à  un  animal  quel- 
conque *. 

D'après  Cuvier,  Mazuyer  montrait  :  i^  deux  morceaux  dé^ 
mâchoire  inférieure,  du  poids  de  6  livres  l'un  et  de  12  l'autre; 
une  dent  entière  et  quatre  dents  cassées  ;  —  9p  deux  vertèbres  ; 
—  3o  un  morceau  du  milieu  d'une  côte;  —  4°  un  fragment 
d'omoplate  ;  —  5®  une  tête  d'humérus;  —  &>  un  fémur  long  de 


(1)  Jules  Ollivier,  Annuaire  de  la  Drame,  1834,  cite  les  ouvrages  suivants 
relatifs  à  la  dispute  :  Histoire  véritable  du  géant  Theutobochus ,  etc.,  par 
Jacques  Tissot,  Paris,  Bouriquand,  1613,  in  8";  -  Gigantostéologie  ou  Dis- 
cours sur  les  os  d'un  géant,  par  Habicot,  Paris,  Housé,  1613,  in  8";  —  Gigan- 
tomachie  pour  répondre  à  la  Gigantostéologie,  par  un  Écolier  en  médecine 
(Riolan),  Paris,  1613,  in  8*;  —  L'imposture  découverte  des  os  humains  sup- 
posés, par  Riolan,  Paris,  Ramier,  1614,  in-8";  —  Mercure  français,  t.  Ill, 
p.  191-195;  —  Œuvres  de  Gassendi,  6  vol.  in  fol.,  t.  IV,  Vie  de  Peiresc;  — 
Mémoires  de  Vahhé  d'Artigny,  I ,  p.  ,136;  —  Recherches  sur  la  chirurgie  en 
France,  p.  271-287;  —  Brunet,  Manuel  du  Bibliophile,  aux  mots  Giganto- 
machie,  Habicot,  Imposture ,  Riolan ,  et  Tissot,  cite  d'autres  brochures  que 
voici  :  Discours  véritable  de  la  vie,  mort  et  des  os  du  géant  Theutobookus , 
Lyon,  Jean  Poyel,  réimprimé  dans  le  IX*  vol.  des  Variétés  Ae  M.  Ed.  Fourniér; 
—  Discours  apologétique  touchant  la  vérité  des  géants,  contre  la  Giganto- 
machie  d'un  soi-disant  escholier  en  médecine,  par  L.  D.  C.  0.  D.,  Paris, 
1614  ou  1615,  in-8-;  —  Antigigantologie  ou  contre-discours  de  la  grandeur 
des  géants,  Paris,  J.  Corrozet,  1618,  in-S"  (Ces  deux  brochures  sont  d'Ha- 
bicot);  —  Jugements  des  ombres  d'Heraclite  et  de  Démocrite  sur  la  réponse 
d'Habicot  au  discours  apologétique  touchant  la  vérité  des  géants  (Attribué  à 
Guillemeau);  —  Correction  fraternelle  sur  la  vie  d'Habicot,  où  l'on  fait  en 
passant  la  critique  de  ses  ouvrages,  notamment  de  la  Gigantostéologie  et  des 
autres  écrits  sur  le  même  sujet;  —  Gigantologie  ou  discours  sur  la  grandeur 
des  géants,  etc.  (par  J.  Riolan),  Paris,  1618,  in-S";  —  Réponse  à  un  discours 
apologétique  touchant  la  vérité  des  géants,  Paris,  1615,  in-8«. 


ÉTIOES  SUR  LE  CANTON  DU  CBAND-SEBRE.  225 

8  pieds;  —  7°  un  tibia  de  près  de  4  pieds;  —  8°  un  astragale; 
—  9«>  un  calccmeum. 

H.  de  Blainviile  a  déposé  depuis  dans  les  galeries  du  muséum 
de  Paris  ^  de  la  part  de  M.  de  Saint-Ferréol ,  possesseur  actuel 
du  château  de  Langon,  plusieurs  des  ossements  exhibés  par  Ha- 
zuyer,  et  M.  Dubreuil,  professeur  à  Montpellier,  en  possède  aussi 
un ,  venu  de  chez  M.  de  Saint-FerréoL  «  Il  est  inutile  d'ajouter, 
3>  dit  M.  P.  Gervais^  que,  bien  qu'il  ne  soit  pas  possible  de  décider 
»  avec  certitude  si  ces  ossements  sont  d'éléphant  véritable, 
3>  comme  le  croyait  Riolan  et  comme  l'a  dit  Cuvier,  de  nos  jours, 
>  ou  bien  de  mastodonte  ou  de  dinotherium  ou  même  de  plu- 
»  sieurs  espèces  de  grands  mammifères ,  ils  ne  laissent  aucun 
:»  doute  sur  la  fausseté  des  assertions  de  Mazuyer  ^ .  » 

En  1838,  H.  Jouannet  retrouva  dans  un  galetas,  à  Bordeaux, 
les  ossements  oubliés  par  le  chirurgien  de  Beaurepaire,  et  M.  de 
Blainviile  publia  un  mémoire  à  ce  sujet.  Toutefois ,  il  lui  restait 
des  doutes,  à  cause  d'une  lettre  adressée,  en  1744 ,  à  l'abbé  Des- 
fontaines où  il  était  dit  que  les  ossements  confiés  à  Hazuyer 
avaient  été  réintégrés  chez  M.  de  Langon,  qui  les  avait  alors.  Il 
s'adressa  donc  à  H.  de  Saint-Ferréol  et  obtint  de  lui,  pour  être 
mis  sous  les  yeux  de  l'Académie  des  sciences  :  l»  la  lettre  de 
Louis  XIII  ;  —  2°  le  récépissé  du  sieur  de  Bagaris  ;  —  3°  une 
lettre  du  même  à  M.  de  Langon  ;  —  4»  une  lettre  du  connétable 
de  Lesdiguières  ;  —  5«>  une  copie  du  procès- verbal  inventé  par 
Mazuyer  ;  —  6°  les  deux  pièces  d'argent  trouvées  avec  les  osse- 
ments ;  —  7»  Une  dent  de  la  grosseur  et  de  la  forme  d'un  ongle 
de  bœuf,  don^  parle  le  récépissé  du  sieur  de  Bagaris,  avec  deux 
portions  d'os  assez  gros,  l'une  d'humérus  et  l'autre  de  l'os  des 
îles,  provenant  d'un  animal  évidemment  plus  grand  que  celui 
dont  les  ossements  ont  été  envoyés  de  Bordeaux  2. 

Depuis  lors,  le  silence  s'est  fait  autour  de  cette  question  des 


(1)  Paléontologie  française,   U,  34.  —  Nouvelles  annales  du  muséum 
d'histoire  naturelle  de  Paris, 

(2)  Comptes^endus  hebdomadaires  de   V Académie  des  sdmces,   1837, 
t.  IV,  p.  633. 


226  sociéTÉ  d'abghéologie  et  de  statistique. 

géants  et  de  Timposture  de  Mazuyer;  seule,  la  question  de 
l'homme  fossile  préoccupe  encore  les  savants,  mais  il  ne  s'agit 
pas  d'elle  dans  ce  travail. 

II 

MONTRIGAUD.  —STATISTIQUE. 

En  1839,  Montrigaud  avait  3,442  hectares  de  superficie, 
4,791  francs  de  revenu  pour  les  propriétés  bâties  et  117,028  fr. 
pour  les  propriétés  non  bâties.  Le  revenu  moyen  d'un  hectare 
était  de  34  fr.  et  la  contribution  moyenne  de  2  fr.  46  c. 

D'après  la  Statistique  de  la  Drôine,  le  territoire  se  décompo- 
sait ainsi,  en  1838: 

Bois  communaux.  404  hectares. 

Bois  particuliers  .  899  — 

Terres, jardins.  .  1471  — 

Vignes 41  — 

Prairies 855  — 

Pâturages 56  — 

Routes,  rivières  .  151  — 

Terres  incultes .  .  4  — 

Maisons 12  — 

Total.  .  .  3593       — 

Les  réponses  faites  aux  questions  de  statistique  en  1862  accu- 
sent d'autres  chiffres,  comparés  à  ceux  du  cadastre  : 

Terres 1034  hectares.  1043  hectares. 

Prés 473       -  473       — 

Vignes 25       —  25       — 

Bois 1161        —  1161        — 

Jardins 5       —  '5       — 

Chemins,  rivières.         69       —  59       — 

Total  ....      2757       —  2766       — 

Ces  différences  de  chiffres  tienneni  aux  distractions  de  terri- 
toire faites  à  la  commune;  en  effet,  le  Conseil  général  de  la 


£T€DES  SUR  LE  CANTOII  DU  GaAMD-SEBRE.  227 

Drômc ,  dans  sa  session  de  1S39 ,  émit  le  vœu  que  la  section  de 
Charaix,  dépendante  de  Montrigaud,  fût  avec  celle  de  Saint- 
Julien  ,  dépendante  du  Grand-Serre ,  réunie  à  la  commune  de 
Saint-Chrislophe-ie-Laris.  Ce  même  vœu  renouvelé  en  1840  était 
suivi  d*une  loi  du  4  juin  1842  séparant  la  section  de  Charaix 
de  Montrigaud  pour  l'unir  à  Saint-Christophe-lc-Laris.  Quant 
à  Saint-Julien ,  comme  une  semblable  annexion  lésait  les  inté- 
rêts de  la  majorité  des  habitants  des  deux  fractions  de  section 
composant  son  territoire ,  et  ceux  des  communes  du  Grand-Serre 
et  de  Montrigaud  dont  elles  dépendaient,  le  statu  quo  fut 
maintenu  < . 

Voici  rétendue  et  l'importance  des  diverses  cultures  : 


ts«t. 

Blé 261  hectares.  200 

Prod.  par  hectare ....  14  hectolitres.  20 

Méleil 20  hectares.  n 

Prod.  par  bect 14  hectolitres.  » 

Seigle 40  hectares.  30 

Prod.  par  hect 15  hectolitres.  22 

Orge 10  hectares.  15 

Prod.  par  hect 18  hectolitres.  25 

Avoine 40  Iicctares.  20 

Prod.  par  hect 20  hectolitres.  30 

Sarrasin 20  hectares.  10 

Prod.  par  hect 6  hectolitres.  8 

Pommes  de  terre.  ...  100  hectares.  100 

Prod.  par  hect 100  hectolitres.  50 

Châtaignes 1000  hectolitres.  » 

Haricots  secs 5  hectares.  » 

Prod.  par  hect 3|)  hectolitres.  » 

Fèves 25  hectares.  » 

Prod.  par  hect 30  hectolitres. 


n 


(l)  Cette  affaire  a  donné  lieu  à  deux  brochures  :  Les  Habitants  des  sections 
de  Charaix  et  Saint- Julien  à  MM.  du  Conseil  général  de  la  Drame,  Valence, 
Joland,  1839,  ln-8*,  p.  14;  —  Mémoire  adressé  à  MM.  les  Membres  du  Con- 
seil général  de  la  Drame  par  les  Habitants  des  sections  de  Saint- Julien  et 
Charaix ,  Valence,  1839,  Joland,  in-8%  p.  12. 


n 
» 


228  soGiÉTÉ  d'archéologie  et  de  statistique. 

NovD •  1500  hectolitres.               » 

Chanvre  (filasse).  .  .  .  2000  kilogrammes.            » 

Vers  à  soie 60  onces.                     20 

Cocons,  par  once  ...  10  kilogrammes.          10 

Pommes,  poires  ....  400  quintaux  métriques.  » 

Prairies  naturelles.  .  .  373  hectares.                  » 

Prod.  par  hectare  ...  32  quintaux  métriques.  » 

Prairies  artificieUes  .  .  140  hectares.                   » 

Prod.  par  hect 83  quintaux  métriques.  » 

Vignes 25  hectares. 

Prod.  par  hect 20  hectolitres. 

Bétail  agricole  :  Chevaux  et  mulets,  105.  —  Bœufs,  350.  —Vaches, 
50.  —  Brebis,  1780.  —  Porcs,  350.  —  Chèvres,  200.  —  Ruches, 
250.  -  VolaiUes ,  2680. 

Le  dernier  recensement  de  1866  accuse  les  résultats  suivants  : 

Le  Village 15              24              110 

Le  Bourg  (ancien) ...  27              35              154 

Les  Pies 14              15               53 

Saint- JuUen .......  26              26               138 

Faveyron 11               11                43 

La  Forêt 10               11                49 

Le  Mony. 9                9                34 

Revoute 11              11                59 

L'Herbasse 31               34               135 

Fontenelles 10              10               34 

Pétaillon 5                7                27 

Peyron 5                6                27 

L'Arrapel .  .  '  5          .      7     ^         26 

Guépiola 6               6                15 

Fantonière 5               5               26 

Grivelière 6                7                25 

Écarts 32               36               160 


Total 228  260  1115 

La  population ,  qui  était ,  en  Tan  VIII  ^  de  1428  âmes ,  savoir 
338  hommes,  349  femmes,  368  garçons,  376  filles,  s'est  élevée , 
en  1809,  à  1752,  parmi  lesquels  on  comptait  2  bourgeois,  4 


ÉTUDES  SGR  LE  CAMTON  Dt  GlAMD-SERftE.  229 

marchands  et  2  propriétaires  vivant  de  leurs  revenus.  Tous  sont 
catholiques,  comme  dans  les  autres  communes  du  canton. 


1830.  .  . 

.  .  1673 

1836.  .  . 

.  .  1689 

1841.  .  . 

.  .  1864 

1846.  .  . 

.  .  1192 

1881.  .  . 

.  .  1219 

1886.  .  . 

.  .  1213 

1861.  .  . 

.  .  1186 

1866.  .  . 

.  .  1138 

D'après  le  recensement  de  1866 ,  il  y  a  238  maisons  et  260 
ménages.  Le  degré  d'instruction  n'y  est  pas  très-élevé ,  car  320 
hommes  ou  garçons  et  241  feiAmea  ou  filles  ne  savent  ni  lire  ni 
écrire  ;  120  hommes  ou  garçons  et  137  femmes  ou  filles  savent 
lire  seulement;  les  autres  lisent  et  écrivent. 

ISO  exploitations  agricoles  y  occupent  877  individus,  S2  Ter- 
mes 207  et  19  métairies  103  ;  total  887. 

L'industrie  textile  y  fait  vivre  7  personnes,  l'industrie  du  bâ- 
timent un  égal  nombre,  la  cordonnerie  lOS,  l'industrie  de 
l'alimentation  33 ,  celle  des  transports  13. 

m 

MONTRIGAUD.    —  LES  SEIGNEURS. 

Avant  l'époque  féodale,  Montrigaud  devait  être  couvert  de 
bois,  aussi  bien  dans  les  vallées  que  sur  les  collines.  11  fit  partie 
d'abord  du  domaine  des  comtes  d'Albon,  les  premiers  seigneurs 
puissants  de  la  contrée  :  cela  résulte ,  du  moins ,  d'un  acte  de 
1311  réglant  les  limites  du  mandement  avec  les  terres  de  Gui- 
chard  de  Clérieu.  Vliwentaire  du  Bailliage  de  Saint-MarôeHin 
mentionne  de  sou  côté  un  hommage  lige,  du  27  septembre  1327, 
de  Berlion  de  Lavaure ,  avec  la  clause  «t  sous  réserve  de  l'hom- 
mage dû  au  seigneur  de  Clermont  »  et  pour  lequel  Guigue , 
Dauphin,  promit  d'assurer  à  Berlion  60  sols  de  revenus  annuels 
à  Montrigaud. 

Le  même  Dauphin ,  en  1330  ou  1332 ,  donna  pour  dot  la  terre 
de  Montrigaud  à  Simone ,  fille  de  Girard  de  Brennes  ou  Brien- 
nes,  femme  de  Vincent  Guélix  ou  Gilles. 


230  SOCIÉTÉ  d'aechéologie  et  de  statistique. 

Hambcrt  II,  le  8  juin  1337,  dans  la  chapelle  du  lieu ,  octroyait 
aux  habitants  des  privilèges ,  franchises  et  immunités  que  les 
rois  Charles  VII  (1436),  Louis  XI,  encore  Dauphin  (1441  et  1447), 
Charles  VIII  (1490)  et  le  Parlement  de  Grenoble  (1491)  confir- 
mèrent et  homologuèrent. 

On  avait  aussi  des  lettres  de  Humbert  II ,  du  â5  février  1343 , 
confirmatives  du  don  des  revenus  de  la  seigneurie  au  profit  de 
Hélimonde  de  Monteil,  veuve  de  Jean  de  Montlupel  qui  avait  joui 
de  la  même  faveur  et  Tavait  obtenue  pour  compenser  une  lésion 
soufferte  dans  un  échange  ^ 

Le  36  août  1349,  une  femme  appelée  Êléonore  en  faisait  hom- 
mage au  Dauphin  Humbert  II.  Cette  même  année,  le  seigneur 
de  Chatte  acquit  d* Artaud  de  Nerpol,  seigneur  de  Charmes, 
toutes  ses  possessions  à  Hontrigaud. 

Un  compte  de  châtellenie  rendu  en  1313-1314  par  Guillaume 
Jamard,  receveur  et  principal  agent  du  Dauphin,  évalue  ainsi 
les  revenus  de  la  seigneurie  :  23  sétiers  1  quartal  de  blé  de 
censés ,  75  sétiers  de  blé  de  la  ferme  des  moulins ,  3  sétiers  de 
blé  de  la  ferme  des  pâturages,  98  sétiers  3  quartaux  de  blé  du 
vingtain  (20«  partie  consacrée  à  l'entretien  deé  murailles  et  du 
château),  8  sétiers  de  seigle  de  censés ,  60  sétiers  de  seigle  de 
la  ferme  des  moulins ,  9S  sétiers  3  quartaux  2  pugnerées  de 
seigle  du  vingtain ,  75  sétiers  d'avoine  des  moulins ,  4  des  pâtu- 
rages, 101  des  gardes  et  commanderies ,  75  du  vingtain,  10 
sommées  de  vin  du  vingtain ,  185  poules ,  5  douzaines  d'écuelles 
ou  plats ,  37  livres  de  cire ,  8  livres  5  sols  des  gardes ,  18  livres 
15  sols^de  censés,  172  livres  des  juridictions,  10  livres  10  sols 
des  compositions,  1115  sols  des  criées ,  2  oboles  et  demie  d'or  de 
censés,  4  livres  6  sols  des  bans  (amendes)  et  108  livres  de  la 
ferme  du  four  2. 

Il  résulte  de  ce  compte  que  la  production  en  blé  de  Montri- 
gaud  devait  être  alors  de  1960  sétiers  et  en  seigle  de  1900 ,  ce 


(1)  Gut-Allard,  Dictionnaire  historique.  —  Inventaire  de  la  Chambre 
des  Comptes ,  Valbon.nats  ,  II .  305-306. 

(2)  Inventaire  de  la  Chambre  des  Comptes, 


ÉTUDBS  SUR  LE  CANTON  DU  GRAND-SERIE.  231 

qui  indique  une  bonne  étendue  de  terres  cultivées  et  un  nombre 
assez  considérable  d'agriculteurs  dans  le  mandement ,  composé 
alors  de  Charaix  et  de  Saint-Bonnet.  Ces  deux  paroisses  en 
furent  détachées  plus  tard ,  pour  la  levée  des  tailles ,  la  première 
le  29  août  1685,  avec  Champagnier  et  Chabaudière,  ensuite 
de  la  cession  faite  par  François  de  Langon ,  seigneur  de  Hont- 
rigaud,  à  Pierre  Thomé,  sieur  de  La  Maison-Carrée,  à  Hont- 
chenu;  la  seconde  en  4661 ,  sur  la  demande  des  habitants,  et 
Montrigaud  fut  déchargé  de  deux  feux  à  cette  occasion  K 

Charles,  Dauphin,  en  1349,  donna  Montrigaud  à  Jean  de 
Chalon ,  comte  d' Auxerrc ,  en  augmentation  d'un  flef  qu'il  pos- 
sédait au  diocèse  de  Besançon. 

Le  7  janvier  1368 ,  le  gouverneur  de  la  province,  Raoul,  sei- 
gneur de  Loupy  au  bailliage  de  Bar,  échangea  avec  Didier  de 
Sassenage  une  maison  forte  à  Sassenage  contre  le  château  de 
Montrigaud  entre  Hauterives,  Montfalcon  (nord),  Miribel  et 
Montchenu  (sud-ouest).  Saint- Antoine  (sud-est).  Chorier  pré- 
tend que  l'échange  eut  lieu  contre  la  coseigneurie  de  Pariset 
et  qu'il  fut  fait  avec  le  roi  Charles  V,  premier  Dauphin  de  la 
maison  de  France. 

Didier  était  fils  de  Hugues  de  Sassenage,  marié  d'abord  avec 
Bérengère  et  ensuite  avec  Aymonette  de  Salvaing.  Il  se  distingua 
dans  l'armée  de  Saintonge  commandée  par  Albert  de  Sassenage, 
son  cousin  (1338). 

Ce  Didier  épousa  successivement  Alix  Alleman  et  Marguerite 
de  Chaste,  fille  de  Jean.  II  mourut  vers  1374,  laissant  Antoine, 
Albert  et  Geoffroy  de  Sassenage. 

Antoine,  seigneur  de  Montrigaud,  en  fit  hommage  au  roi  en 
1378,  et  son  fils,  Guigue,  l'imita  en  1388. 

Claude  de  Sassenage,  seigneur  de  la  même  terre,  qu'il  recon- 
nut au  roi  en  1413,  mourut  sans  enfant. 

Aymon ,  son  frère  et  son  héritier  pour  Montrigaud  et  Iseron , 
fut  père  d'Antoine ,  Antoine  de  François  et  François  d'André. 
Ce  dernier  épousa,  en  1507,  Catherine  de  Grolée-Meuillon , 


(1)  Arcfiives  départ.^  Série  E,  Communes;  Série  C,  N.**  52t  et  532. 


232  SOCIÉTÉ  d'abchéologie  et  de  statistique. 

fille  d* Antoine  et  d*Hélène  de  Genlis ,  et  ne  laissa  qu'une  fille , 
Hélène  de  Sassenage ,  morte  sans  enfant ,  après  avoir  été  mariée 
à  François,  baron  de  Sassenage,  et  à  Claude  de  Clermont,  Sei- 
gneur de  Montoison.  Catherine  de  Grolée-Meuillon ,  héritière  de 
sa  fille ,  disposa  de  ses  biens  par  son  testament  du  11  août  1568 1. 

Des  procédures  pour  Claude  de  Clermont,  baron  de  Mon- 
toison ,  contre  Aimar-François  de  Meuiilon ,  baron  de  Bressieu , 
nous  apprennent  que  le  demandeur,  légataire  d'Hélène  de  Sas- 
senage ,  sa  femme ,  ne  put  jouir  de  la  terre  de  Montrigaud , 
garantissant  son  legs ,  à  cause  des  ventes  et  aliénations  faites 
par  Catherine  de  Grolée-Meuillon  ;  d'un  autre  côté ,  des  notes 
dues  à  l'obligeance  de  M.  Rochas  font  échoir  Montrigaud  à  Isa- 
beau  de  Sassenage,  sœur  d'Hélène,  unie  à  Gaspard  de  Revel, 
seigneur  de  Chasselay,  dont  la  fille,  Isabeau  de  Revel,  le  porta 
par  alliance  à  François  de  Langon. 

En  1687,  Montrigaud  appartenait  à  l'abbé  de  Saint-Antoine 
qui  l'avait  acquis  de  la  maison  de  Langon  ;  mais  le  fief  ne  tarda 
pas  à  revenir  à  ses  anciens  maîtres  et  resta  dans  leurs  mains 
jusqu'à  la  Révolution.» 

Une  courte  notice,  publiée  dans  le  Courrier  de  la  Drôme  du 
17  septembre  1889,  prétend,  d'après  Guy-AUard,  qu'Humbert  W 
de  La  Tour,  dauphin  de  Viennois ,  donna  Montrigaud  à  Perrot 
de  Langon ,  cadet  de  Gascogne ,  un  des  300  chevaliers  qui  ac- 
compagnèrent le  roi  Edouard  (d'Angleterre)  à  la  croisade  où 
mourut  Saint- Louis  (1270) ,  lequel  vint  ensuite  s'établir  dans  le 
Royannais. 

Sa  maison  s'allia ,  par  la  suite ,  aux  bonnes  familles  de  la 
province ,  fournit  de  vaillants  guerriers  aux  rois  de  France  et  à 
l'Ordre  de  Malte  et  s'éteignit  avec  la  femme  du  marquis  Planelli 
de  La  Valette,  et  Magdeleine-Jeanne-Françoise ,  veuve  du  mar- 
quis de  Gautheron,  décédée  en  1828.  «  C'est  à  la  marquise  de 
»  Gautheron  que  l'on  doit  la  fondation  de  l'établissement  ther- 
D  mal  d'Uriage,  qu'elle  laissa,  avec  ses  autres  biens,  à  son  neveu, 
»  M.  le  comte  de  Sibeud  de  Saint-Ferréol  2.  » 


(1)  Chorier,  Histoire  de  la  maison  de  Sassenage.  —  Archives  départ., 
Série  E,  au  mol  Clermont. 

(2)  Armoriai  du  Dauphiné,  au  mot  Langon. 


ÉTUDES  Sr&  LE  ailTON  DU  GRiND-SERAE.  233 

Le  château  de  Langon  se  trouve  dans  la  vallée  de  La  Limone, 
entre  l'église  de  Saint-Julien  et  celle  de  Montrigaud.  Il  ne  paraît 
pas  de  construction  postérieure  au  XVII«  siècle. 

Celui  de  Montrigaud,  dont  il  ne  reste  plus  que  des  ruines, 
était  bâti  au  faubourg  de  Montrigaud ,  non  loin  de  la  demeure 
de  M.  Macaire.  La  solidité  de  ses  murs  et  l'appareil  de  construc- 
tion accusent  une  antiquité  de  huit  siècles  au  moins. 

Je  ne  dirai  rien  de  l'illustre  maison  de  Sassenage ,  qui  a  eu 
Chorier  pour  historien ,  ni  des  familles  déjà  mentionnées  plus 
haut ,  parce  que  la  lumière  n'est  pas  faite  encore  sur  leui's  actes 
et  sur  leur  descendance. 

Divers  gentilshommes ,  ayant  également  possédé  à  Montrigaud 
des  censés  et  redevances,  ont  pu  à  tort  en  être  regardés  comme 
les  seigneurs ,  et  l'abbaye  de  Saint- Antoine ,  elle-même ,  y  avait 
des  droits  de  directe  féodale ,  en  1254 ,  sur  les  biens  de  Bernard 
Rostaing,  de  Miribel,  qui  lui  en  fit  hommage. 

Le  16  octobre  1357,  le  vibailli  de  Saint-Marcellin  adjugea  di- 
verses censés  prétendues  par  Soffrey  dit  Morel  à  Triors,  reli- 
gieux de  Saint-Antoine ,  et ,  en  1425 ,  Aimar  de  Sassenage ,  sei- 
gneur de  Montrigaud,  donna  à  Frère  Jean  de  Pouilhoxo,  cellerier 
du  monastère ,  la  liberté  de  mener  paître  tout  le  bétail  de  la 
grange  du  Mouchet  et  Pautrocères  par  tout  le  mandement , 
sans  payer  aucun  droit,  et  cela,  «  pour  l'amour  de  Dieu  et 
»  l'honneur  du  glorieux  saint  Antoine,  comme  aussi  pour  re- 
»  connaître  les  bienfaits  dudit  cellerier  *.  » 

Ce  qui  augmente  même  la  difficulté,  c'est  l'existence  d'une 
autre  Montrigaud ,  près  de  Grenoble,  au  mandement  de  Seys- 
sins.  En  effet,  les  auteurs  sont  parfois  trop  peu  explicites  pour 
permettre  de  distinguer  les  seigneurs  de  l'un  ou  de  l'autre  fief. 

Qui  oserait  affirmer  sans  titres,  par  exemple,  que  les  Alle- 
man  de  Montrigaud  appartenaient  à  la  Drôme  plutôt  qu'à 
l'Isère?  Or,  en  1668,  noble  Jean-Louis  AUeman  était  sei- 
gneur de  Seyssins  et  de  Montrigaud ,  et  le  Parlement  de  Tou- 
louse lui  accordait  un  seul  lançon  (montant  du  rôle  delà  taille). 


(1)  Courrier  de  la  Drame,  loc.  cit. 


234  SOCIÉTÉ  d'ABCHÉOLOOIE   et  0E  STATISTIQUE.       . 

pour  les  deux  terres,  et  ce  même  Jean-^Louis  parait  à  Montrî- 
gaud  (Drôme) ,  où  il  plaide  contre  Anne  Bussod  ou  Bussoud , 
veuve  de  Jean  Claude  Alleman  K 

U Armoriai  du  Dauphiné  fait  sortir  cette  branche  de  Jean 
Alleman,  fils  naturel  de  Jean-Claude,  seigneur  d'Driage,  marié, 
en  4613,  avec  Louise  de  Clermont.  Jean  fut  légitimé  en  1609,  et 
eut  Jean-Claude,  auquel  Anne  Bussod  donna  Mathias ,  mort  en 
1721.  Mathias  fut  père  de  Joseph,  et  celui-ci  de  Jean-Baptiste, 
qui  fit  partie  de  l'expédition  de  La  Pérouse,  en  1785,  et  de 
Joseph-Antoine ,  aïeul  du  représentant  actuel  de  la  famille. 

Il  y  eut  aussi  à  Montrigaud  une  maison  noble  de  même  nom , 
tombée  en  quenouille  par  Isabelle ,  femme  de  Guillaume  Allier , 
vers  1490.  Jeanne  Allier  porta  ses  droits  à  Guillaume  de  Bour- 
chenu ,  son  mari,  et  Joachim  de  La  FayoUe  de  La  Tourne,  en 
épousant  Marie  de  Bourchenu,  vers  1670,  en  hérita  à  son  tour 
et  les  vendit  aux  Thomé,  seigneurs  de  Charaix. 

Au  point  de  vue  religieux,  Saint-Romain  de  Montrigaud  dé- 
pendait, avant  1789,  du  chapitre  de  Saiut-Barnard  de  Romans 
et  de  Tabbaye  de  Saint-Pierre  de  Vienne ,  à  cause  du  prieuré  de 
Serre,  et  le  curé  était  nommé  alternativement  par  les  deux 
patrons.  La  dlme  s'y  levait  à  la  cote  22«  (de  32  gerbes  1)  et  la 
portion  congrue  (traitement)  du  curé  était  acquittée  ainsi  :  1  quart 
et  1/2  quart  par  l'abbaye  de  Saint-Pierre,  1  quart  et  1/2  quart  par 
Saint-Barnard  et  1  quart  par  l'abbaye  de  Saint-Antoine. 

Depuis  1807,  Montrigaud  est  succursale. 

Saint-Julien,  moitié  sur  le  Grand-Serre  et  moitié  sur  Mont- 
rigaud, s'appelait,  dans  les  chartes  et  documents  anciens^  Saint- 
Julien-de-Montfol ,  au  XVe  siècle,  de  Montsage,  nom  qu'il 
aurait  dû  conserver;  il  est  succursale  depuis  le  31  mars  1844. 

Montrigaud  a  des  foires  le  2«  lundi  de  février,  le  13  avril,  le 
13  mai,  le  20  juin,  le  16  novembre  et  le  18  décembre.  Il  fut 
chef-lieu  de  canton  en  même  temps  qu'Hauterives ,  à  l'époque 
de  la  Révolution,  et  son  étude  de  notaire  a  été  transférée  dans 
cette  dernière  localité. 

(1)  Archives  de  la  Drame ,  série  E ,  au  mot  Allefnan. 


ÉTUBBS  SUB  LE  GÂNTOM  00  OIA^D-SE&RE.  235 

SAINT-BONNET-DE-VALCLÉRIEUX . 

Saint-Bonnet-de-Valclérieux  ou  Saint-Bonnet  de  Montrigaud, 
dans  la  vallée  de  l'Herbasse,  est  séparé  de  Montrigaud  par  un 
coteau  élevé  formant  triangle  dont  le  sommet  touche  au  con- 
fluent de  l'Herbasse  avec  le  Valcrée. 

Le^bourg  est  à  9  kilom.  du  Grand-Serre,  son  chef-lieu  de 
canton,  et  à  43  kilom.  de  Valence. 

On  trouve,  en  1166,  Pierre  deMîribel  et  ses  frères,  Ponce  et 
Hugues,  abandonnant  à  Saint-Barnard  et  aux  chanoines  de  Ro- 
mans leurs  droits  sur  Téglrse  de  Saint-Bonnet.  Ils  se  réservent 
néanmoins  la  faculté  d*appelcr  pendant  quinze  jours  tous  ceux 
que  Tàge  ou  la  santé  n'excusaient  point ,  à  la  clôture  de  leur 
château,  et  cela  chaque  années 

Déjà,  en  4107,  Elisabeth,  Théotbert,  chanoine,  Guillaume 
et  Théotbert ,  fils  de  Guillaume ,  avec  l'approbation  de  Falcon , 
de  Guillaume  Payen  (Pagani),  de  Ponce  de  Crépol ,  etc.,  avaient 
cédé  aux  mêmes  chanoines  de  Romans  Téglise  de  Saint-Bonnet, 
confesseur ,  dans  le  Pagus  viennois  et  YAger  Cladrens ,  avec  ses 
prémisses,  oblatious,  dîmes,  presbytère ,  ses  trois  curtils,  le 
chasal  du  chapelain  et  deux  chapelles ,  savoir  :  celle  de  Saint- 
Victor  sur  la  colline  et  celle  de  Saint-Vallier  près  de  l'Her- 
basse 2. 

Depuis  lors ,  l'histoire  de  la  paroisse  est  liée  à  celle  du  cha- 
pitre de  Saint-Barnard;  quant  à  celle  du  fief,  elle  rentre  dans 
celle  de  Montrigaud.  Il  en  fut  séparé  dans  la  suite  et  releva  tour 
à  tour  des  Bressîeux  et  des  Chapponay.  On  y  trouve,  en  1540, 
Pierre  de  Bressieu;  en  1655,  Denis  de  Salvaing  de  Boissieu;  en 
1704,  Gabriel  de  Sassenage  3. 

h' Armoriai  du  Z)aup/ii;i^' mentionne,  parmi  les  Chapponay  de 
Saint-Bonnet,  Antoine,  conseiller  au  Parlement  en  1612;  Gas- 
pard, bailli  de  Valence  en  1590;  Pierre  et  Henri,  contrôleurs 
généraux  des  finances  en  1575  et  1592;  Humbert,  conseiller  au 


(I)  GiRAUD,  Essai  historique,  p.  133  et  134. 
(2)Jbid.,  t.  n,  197;  t.  IV,  194. 
(3)  Notes  de  M.  Rochas. 


236  SOCIÉTÉ  D'ABGHÉOJiOGlE  ET  DE  STATISTIQUE 

Parlement  en  1638;  Pierre-Marie,  comte  de  Chapponay-Saint- 
Bonnet-Disimieu,  mort  en  1830,  laissant  ses  biens  à  Marie-Julie , 
mariée  à  H.  le  vicomte  de  Monteynard. 

Pierre  fut  envoyé  à  Vienne  et  en  d'autres  lieux  par  le  prési- 
dent de  Truchon,  à  Tépoque  des  troubles  de  Valence,  en  1560.  On 
trouve  en  1458  un  François  de  Chappouay ,  imposé  au  rôle  d'une 
taille  de  91  florins  levée  à  Montrigaud  sur  les  trois  ordres  ^ 

M.  Mermoz  porte  la  contenance  imposable  de  Saint-Bonnet  à 
805  hectares,  le  revenu  des  propriétés  bâties  à  3,031  francs  et 
celui  des  propriétés  non  bâties  à  27,370  fr.,  soit  34  fr*  de  revenu 
par  hectare  en  moyenne. 

Le  cadastre  évalue  la  superficie  de  la  commune  à  790  hec- 
tares ,  et  la  culture  accusait  : 

En  1862.  En  1868. 

Blé 196  hectares.  180 

Prod.moy.  par  hectare  13  hectolitres.  20 

Seigle 3  hectares.  70 

Prod.  moy 13  hectolitres.  22 

Avoine 10  hectares.  12 

Prod.  moy 15  hectolitres.  30 

Pommes  de  terre  .    .  15  hectares.  80 

Prod.  moy 90  hectolitres.  50 

Châtaignes   ....  150  hectolitres  » 

Noix 200  hectolitres.  » 

Haricots  secs.    ...  2  hectares.  » 

Prod.  moy 40  hectolitres.  » 

Fèves 3  hectares.  » 

Prod.  moy 12  hectolitres.  » 

Cfioux 2  hectares.  » 

Prod.  moy 80  quint,  métr.  » 

Betteraves 2  hectares.  » 

Prod.  moy 100  quint,  métr.  » 

Chanvre 2000  kilogr.  (filasse).  » 

Vers  à  soie  ....  30  onces  (de  25  gr).  15 

Cocons 150  kilog.  150 

Poires,  Pommes,    .    .  300  quint  métr.  » 

Prés 55  hectares.  » 

Prod.  totale  ....  9627  quint,  métr.  » 

Vignes 29  hectares-  »> 

Prpd.  moy 2  hectolitres.  » 

(1)  Archives  départementales ,  série  E ,  au  mot  Chapponay.  —  La  famille 
lyonnaise  de  même  nom  remonte  au  X*  siècle,  d'après  une  brochure. 


ÉTUDES  SUR  LE  CAlfTON  DC  GRAND-SEBHE.  237 

Le  bétail  agricole  comprenait  en  18S2  pour  : 

Fespèce  chevaline  23  tètes. 

—  mulassière  20    — 

—  bovine  79    — 

—  ovine  400    — 

—  porcine  38    — 

—  caprine  280  — 
VolaiUes  1082  — 
Abeilles  30  ruches. 

Il  y  a  383  hectares  de  terres,  108  de  prés  naturels,  18  de 
vignes,  279  de  bois,  1  de  jardin,  3  de  canaux,  chemins,  etc.  : 
c'est  là  un  calcul  fait  en  1862.  En  1789,  la  superficie  totale  était 
portée  à  1,100  sétérées,  et  il  y  avait  dans  la  paroisse  300  corn* 
muniants.  Voici  la  définition  du  sol  d'alors  :  <  terre  glaise , 
»  cailloutée,  escarpée  et  même  en  partie  froide  et  humide,  v 

En  1806  la  population  était  de  810  âmes  pour  97  maisons  ;  elle 
a  été  en  1866,  de  889  âmes,  ainsi  réparties  : 

Quartiers.  Maisons.      Ménages.      HabitanU. 

Bourg 27  29  96 

Couvent 4  8  18 

Roch 2  2  11 

Combe- de -la -Cure 7  7  31 

Lafayta 16  16  88 

La  Mure 14  14  48 

Comhe-du-Rat 8  S  32 

Combes 8  8  20 

Pailler 7  7  24, 

Homay 8  8  28 

Poiu^aux 8  8  38 

Bonne-Mattée 8  8  24 

San-Valley: 8  8  37 

Château 2  2  13 

Chambaran 3  3  28 

Plume,  Pitraut,  Prade,  etc.  14  14  83 

Tome  IV.  -  1869.  16 


238  SOCIÉTÉ  d'àrchéolooie  et  de  statistique. 

Selon  Tétat  civil,  on  compte  :  173  garçons,  106  hommes 
mariés,  18  veufs  ;  136  filles,  105  femmes  mariées,  21  veuves. 

La  population  est  toute  catholique.  414  personnes  s*adonnent 
à  l'agriculture  et  en  vivent,  H4  à  l'industrie,  13  au  commerce, 
18  exercent  des  professions  libérales  ou  n*en  ont  pas. 

Avant  1789 ,  Téglise  dépendait  de  Saint-Bamard  ;  Ja  succur- 
sale date  de  1807. 

Foires  :  le  12  mars  et  le  lundi  après  le  l«r  dimanche  d'octobre. 


SAINT-CHRISTOPHE-LE-LARIS. 

Cette  commune  de  la  vallée  de  La  Limone  comprend  les 
anciennes  paroisses  :  1<>  de  Charaix ,  i^  de  Saint-Christophe , 
3o  du  Poulet  et  la  commanderie  des  chevaliers  de  Saint-Jean-de- 
Jérusalem  ,  au  Laris. 

Charaix,  au  spirituel,  relevait  du  chapitre  de  Saint-Maurice 
de  Vienne  ou  de  l'archevêché  ;  au  temporel ,  il  faisait  partie  de 
la  seigneurie  de  Montrigaud,  dont  François  de  Langon  et  Fran- 
çoise de  Ponnat,  veuve  et  héritière  de  noble  AimarAlleman,  sei- 
gneur de  Puvelin,  le  détachèrent  le  25  août  1684 ,  au  profit  de 
Laurent  de  Thomé,  conseiller  au  Parlement  de  Grenoble,  avec 
Champagnier  et  Chabaudières ,  séparés  de  Montrigaud  et  Cha- 
faure  par  le  ruisseau  de  Riveysin ,  affluent  de  La  Limone. 

En  1789,  c'était  la  famille  Pina-Saint-Didier  qui  levait  les 
droits  féodaux  à  Charaix  et  Saint-Christophe. 

Une  charte  de  1119  nous  apprend  qu'Amédée  de  Montchenu, 
s'étant  attribué  les  églises  de  Saint-Michel  de  Montchenu  et  de 
Saint-Pierre  d'Enoz,  avait  été  excommunié  par  le  papeCalixte  II, 
ancien  archevêque  de  Vienne. 

Une  assemblée  se  tint  à  Romans ,  avant  le  départ  du  nouveau 
souverain  pontife ,  et  les  chanoines  de  Saint-Maurice  y  assistè- 
rent. Là  parut  Amédée  qui,  les  genoux  en  terre  et  les  larmes 
aux  yeux ,  rendit  à  l'église  de  Vienne  et  à  son  chapitre  les  deux 
églises  et  leurs  possessions  en  maisons,  vignes,  jardins ,  dîmes 
et  chapellenies. 

Enoz,  Enocium^  Enos,  Enoschum,  était,  parall-îl,  le  nom 
du  territoire,  car,  outre  l'église  de  Saint-Pierre,  portant  aujour- 


ÉTUDES  S€B  LE  CiNTOM   DU  GRAND-SERBE.  239 

d'hui  encore  le  même  vocable  S  il  y  ^^ai^  ctf^ssi  celle  de  Saint- 
Christophe. 

Une  charte  du  cartulaire  de  Saint  -  Barnard  de  l'an  1097 
nous  apprend  en  ejETet  que  Barnard ,  fils  d'Arman ,  Bornon , 
Eustache^ses  frères,  donnèrent»  avec  Tapprobation  de  Falcon, 
Ponce  et  Guillaume  de  Crépol  y  pour  le  canonicat  de  Bornon , 
leur  frère,  à  Téglise  de  Romans  fondée  par  saint  Barnard  et 
gouvernée  par  Guy,  archevêque  de  Vienne ,  Téglise  de  Saint- 
Christophe  d*Enoz,  avec  le  tiers  de  ses  dîmes  et  dépendances, 
presbytère,  cimetière,  obla tiens  et  droits,  de  plus  la  moitié  de 
Téglise  de  Saint-Romain  de  Perpis  (de  Perosio)  et  iO  sols  sur 
l'autre  moitié.  Gontard,  Hugues,  GuiUaume  et  Ponce  de  Miribel 
(de  Mirabel)  approuvèrent  cette  donation. 

On  trouve  dans  un  extrait  des  livres  de  rarchevéché  de 
Vienne,  sous  Alexandre  de  Saint-Séverin  :  Cwa  Sancti  Romcmi 
de  P&iosio ,  alias  Montisrigaudi ,  ce  qui  lève  toute  difficulté. 

Quant  à  Enoz,  un  terrier  du  Laris  n'est  pas  moins  explicite. 
On  y  lit  Chareysium  iive  Enoschum  2. 

Une  autre  charte ,  de  Guigue-Sylvestre ,  renferme  la  donation 
à  Saint-Barnard  d'un  manse  voisin  de  l'église  de  Saint-Chris- 
tophe d'Etios  et  d'une  condamine  joignant  la  rivière  de  Limone 
(aqua  Limonna)  et  un  chemin  public,  à  la  condition  que  son 
corps  y  serait  enseveli  ^  s'il  mourait  chanoine  dans  le  diocèse  de 
Vienne. 

Dans  les  siècles  suivants ,  on  trouve  Samt-Christophe  avec  les 
mots  du  Bois ,  de  Bosco  ou  de  Nemore^  pour  le  distinguer  de 
Saint-Christophe  de  Montmiral.  Cette  distinction  avait  alors  son 
importance ,  car  les  deux  paroisses  faisaient  partie  du  mande* 
ment  et  de  la  seigneurie  de  Montmiral ,  ou  de  celle  de  Saint- 
Sévère  de  Miribel.' 

Saint-Christophe  du  Bois  en  fut  séparé  pour  la  taillabilité. 


(1)  Une  bulle  de  1107  cite  pourtant,  parmi  les  dépendance^  du  chapitre 
de  Saint-Donat,  Téglise  de  Saint-Maurice  de  Gliaraiz ,  ceUe  de  Saint- Ro- 
main de  Ghanteuz,  de  Saint-Pierre  de  Ver,  etc.  —  L.  Gontier,  Notice  sur 
SainUDonat  f  p.  45. 

(2)  GiRAUD,  Essai  historique,  etc.,  IV,  23. 


240  SOCIÉTÉ  d'abghéologie  et  de  statistique. 

vers  la  fin  du  XVH  siècle ,  et  plus  tard ,  en  1685 ,  pour  les  droits 
et  devoirs  féodaux. 

On  ignore  l'époque  de  la  fondation  de  la  commanderie  du 
Laris ,  membre  de  celle  de  Saint-Paul-lès-Romans ,  dont  elle 
suivit  les  destinées.  Cependant ,  en  mai  1389,  il  y  avait  au  Laris 
un  commandeur ,  nommé  GuiUaume  d* Alméuie ,  qui  échangeait 
des  redevances  avec  les  chanoines  de  Saint-Donat  sur  divers 
fonds  voisins  de  Chanteux  ^ 

Le  5  mai  1684 ,  Charles  de  Beaumont  d'Âutichamp ,  seigneur 
de  Hiribel,  vendit  à  Laurent  de  Thomé,  seigneur  de  Charaix, 
la  seigneurie  et  juridiction  haute ,  moyenne  et  basse  de  Saint- 
Christophe  du  Bois ,  séparée  de  la  terre  de  Miribel ,  selon  les 
limites  des  cadastres  et  autres  actes  intervenus  entre  les  com- 
munautés de  Saint -Sévère  et  dudit  Saint -Christophe,  pour 
5,100  livres. 

Saint-Christophe-le-Laris  avait  en  1839  une  contenance 
de  405  hectares  imposables  ;  le  revenu  de  ses  propriétés  bâ- 
ties était  de  902  francs,  celui  des  autres  de  13,770;  le  revenu 
moyen  de  34  fr.  par  hectare,  comme  à  Montrigaud,  et  la  contri- 
bution moyenne  de  2  fr.  46.  Depuis  Tannexion  de  Charaix ,  la 
surface  des  terres  labourables  est  de  663  hectares ,  celle  des 
prés  et  pâturages ,  de  151  hectares ,  celle  des  vignes  de  22 , 
celle  des  bois  de  239,  celle  des  chemins,  rivières,  etc.,  de  40; 
total  1,120  hectares. 

Voici  les  productions  agricoles  : 

En  1862.  En  1868. 

Blé 610hecUres.  215 

Prod.  moy 18  hectolitres  par  hect.  ^0 

>  Seigle 3  hectares.  90 

Prod.  moy 9  hectolitres.  22 

Orge 1  hectare.  18 

Prod.  moy 30  hectolitres.  15 

Avoine 6  hectares.  15 

Prod.  moy 45  hectolitres.  30 


(1)  Â.  Lacroix,  Notice  historique  sur  Saint-Paul-lèi- Romans.  —  L.  Oon- 
TiER,  Notice  historique  sur  Saint-Donat ,  p.  85. 


ÉTUDES  Sra  LE  CiJXTON  DU  GRlIfD-SEBBE.  244 

En  1862.  En  1868. 

Pommes  de  terre   .    .      20  hectares.  110 

Prod.  moy 60  hectolitres.  50 

Fèves 6  hectares.  » 

Prod.  moy 16  hectolitres.  » 

Fourrages 4775  quintaux  métriques.  n 

Noix 400  hectolitres.  » 

Chanvre 1500  kilog.  de  fllasse.  » 

Vers  à  soie  ....       50  onces  (de  25  gr.).  30 

Cocons 600  kilog.  300 

Vignes 22  hectares.  i> 

Prod.  par  hectare .    .        3  hectolitres.  » 

Le  bétail  agricole  s'évaluait  ainsi  à  la  même  époque  : 
Espèce  chevaline   .    .      26  têtes. 


—  mulassière 
~      bovine.    . 

—  ovine  .    . 

—  porcine   . 

—  caprine  . 
YolalUes  .... 
Abeilles 


32  - 

124  - 

276  - 

100  - 

110  — 
1580    - 

81  ruches. 


Quant  à  la  population ,  elle  a  profité  de  l'annexion  de  Cha- 
raix ,  et  de  176  Ames  pour  37  maisons,  en  1806,  elle  est  arrivée 
en  1866  à  598  pour  131  maisons  et  96  ménages,  dont  33  au 
Laris,  6  à  Chabaudières ,  9  au  Breuil,  10  épars,  7  aux  Cou- 
vièreSyl  à  Saint-Christophe,  1  aux  Bossards,  13  à  Ghampa- 
gnier ,  14  au  Sduze-sur-Saint-Jullien ,  6  à  Charaix ,  6  à  La  Ti- 
ronnerie  et  Bourretière,  31  épars  à  Charaix. 

Selon  l'état  civil ,  la  population  se  divise  en  195  garçons , 
112  hommes  mariés,  18  veufs,  139  filles,  112  femmes  ma- 
riées ,  48  veuves. 

Cette  commune  agricole  comptait,  en  1862, 118  propriétaires- 
cultivateurs;  en  1866,  elle  avait  476  personnes  vivant  de  l'agri- 
culture ,  82  de  l'industrie,  10  du  commerce,  30  de  leurs  rentes 
ou  de  professions  libérales.  Tous  sont  catholiques. 

Charaix,  au  point  de  vue  religieux ,  a  eu ,  depuis  1822 ,  le  titre 
de  vicairie;  il  est  succursale  depuis  le  2  septembre  1880.  Saint- 
Christophe  et  Le  Laris  ont  construit ,  en  ce  dernier  village ,  une 
*  église  desservie  par  un  succursaliste ,  depuis  le  19  avril  1826. 


242  SOCIÉTÉ  d'âbchéologie  £t  de  statistique. 

Le  Laris,  cheMieu  de  la  commune,  est  à  9kilom.  du  Grand- 
Serre,  son  chef-lieu  de  canton,  et  à  37  kilom.  de  Valence,  sur  le 
chemin  de  grande  communication  N.»  16  de  Montchenu ,  et  de 
la  route  départementale  N.»  6,  au  Grand-Serre  et  à  La  Côle-Saint- 
André. 

Il  résulte  d*un  extrait  de  la  reconnaissance  générale  des  habi- 
tants de  Saint-Christophe  du  11  octobre  1716  que  : 

Tout  chef  de  famille  labourant  avec  bœufs  ou  autres  bes- 
tiaux doit  7  pugnères  1/2  d'avoine ,  mesure  du  lieu  ; 

Les  brassiers  (cultivateurs  à  bras),  3  pugnères  1/2  d'avoine 
pour  le  civerage  et  ban  champêtre  ; 

Chaque  habitant  tenant  labourage  ou  non ,  au  temps  qu'il 
platt  au  seigneur  de  l'employer ,  2  corvées  «  à  bras  »  ;  il  est 
nourri  par  ledit  seigneur. 

La  communauté,  avec  celles  de  Miribel  et  d'Onay ,  tenait  en 
fief,  sous  la  censé  d'une  quarte  d'avoine,  le  bois  dit  Bandonnier, 
contenant  environ  100  sétérées. 

C'est  au  moulin  du  Charaix  ou  du  Laris  que  devait  s'exercer 
la  banalité  pour  Saint-Christophe ,  Saint-Julien  et  Charaix  ^ 

Saint-Christophe  est  la  patrie  de  Philippe-Antoine  Mathieu, 
plus  connu  sous  le  nom  de  Mathieu  (de  la  Drôme).  Le  représen- 
tant du  peuple  à  l'assemblée  nationale  naquit  aux  Bossards,  le 
7  juin  1805,  et  il  est  mort  à  Romans ,  le  16  mars  1865. 

Il  a  publié  une  revue,  à  Romans,  intitulée  La  voix  d'v/n 
Solitaire 9  de  la  Prédiction  du  temps,  en  1862 ,  et  quelques  al- 
manachs,  sous  les  noms  de  Double  et  Triple  Almanach  Mathieu 
de  la  Dr  Orne,  etc. 

Foire  le  premier  mardi  après  Saint  Luc. 


QUELQUES  TiOTES. 

Les  études  historiques  sur  les  communes  ne  seront  complètes 
que  lorsque  les  archives  publiques  et  particulières  auront  été 
explorées. 

(1)  Un  arrêt  du  22  janvier  1662 ^  rendu  au  profit  de  noble  François  de 
Langon,  seigneur  de  Montrigaud,  contre  Éléonore  Pothon,  veuve  du  con- 
seiller de  Saint-Bonnet,  elles  habitants  du  lieu,  ses  adhérents,  prouve 


ÉTUDES  SUR  LE  GÂMTON  DU  GAÂND-SERRE.  243 

Depuis  la  publication  de  ce  travail  sur  le  canton  du  Grand- 
Serre  ,  j'ai  trouvé  quelques  notes  de  nature  à  le  compléter  et  je 
les  consigne  ici.  Commençons  par  Moras  : 

Une  charte  de  Tabbaye  de  Cluny,  datée  de  Tan  1079,  porte 
c  que  le  comte  Guy  VI,  qui  s'y  nomme  Vuigo ,  donne  à  ladite 
»  abbaye  à  laquelle  présidoit  alors  saint  Hugues,  tous  les  droits 
»  qu'il  pouvoit  avoir  en  une  paroisse  appelée,  par  les 'sieurs 
»  Guichenon  et  Chorier,  de  La  Mure,  nommée  au  latin  de  ce  titre 
»  Capella  de  Murado,  et  tout  ce  qui  pouvoit  aussi  lui  appar- 
ia tenir  en  l'église  de  Saint-Priest-en-Vallée  ,  nommée  en  ce 

>  titre  Eoclesia  scmcU  Prxjecti  qiLX  sUa  est  in  cumbis^  qui  sont 

>  des  lieux  situés  en  Dauphiné  ^.  » 

Voici  la  traduction  que  M.  de  Terrebasse  a  donnée  de  cette 
charte  : 

«  Soit  notoire  à  tous  les  fidèles  présents  et  à  venir,  'que  moi , 
Guignes,  par  la  grâce  de  Dieu ,  comte  de  la  ville  d'Albion,  je 
donne  à  l'église  de  Cluny  des  saints  apôtres  Pierre  et  Paul ,  au 
lien  de  Mantes ,  que  gouverne  le  seigneur  abbé  Hugues ,  pour  le 
rachat  de  mon  ftme  et  de  l'âme  de  mes  parents ,  la  chapelle  de 
Moras  et  l'église  de  Saint-Prix  qui  est  située  dans  les  Combes, 
avec  toutes  leurs  dépendances  intérieures  et  extérieures,  vignes, 
terres,  prés,  cours  d'eau,  bois,  champs  cultivés  et  incultes  qui 
m'appartiennent  par  droit  héréditaire....  Je  fais  ceci  avec  l'en- 
gagement et  l'autorisation  de  mon  frère  Guignes ,  surnommé 
Raymond,  de  Richard  et  d'Arman,  qui  tenaient  de  moi  les 
susdites  choses ,  et  de  leurs  parents  et  de  mes  autres  loyaux 
hommes  dont  suivent  les  noms  :  Geoffroy  de  Moirenc,  Artaud  de 
Roussillon ,  Bermond  d'Orel ,  Atenulfe  de  Theis ,  Hector  de 
Sassenage,  Antelme  de  Moras,  Élisiard  Karnier.  L'an  de  l'Incar- 
nation de  Notre  Seigneur  Jésus -Christ,  mil  septante  neuf, 
indictioo  II.  »  i 

M.  de  Terrebasse  estime  avec  raison  qu'il  s'agit  ici  non  pas  de 


qu*en  vertu  de  la  prescription  ils  étaient  soumis  à  la  banalité  dà  four  de 
Montrigand.  (Ghorieb,  Jurisprudence  de  Guy-Pape,  p.  140.) 

(1)  Histoire  des  comtes  de  Forez ,  chap.  Il ,  p.  145.  —  Id.,  Pièces  supplé- 
mentaires y  p.  127. 


244  SOCIÉTÉ  d'aRGHÉ0IX>G1£  et  de  STÀTISTiaCE 

La  Mure,  mais  de  Moras ,  qui  englobe  aujourd'hui  dans  son  ter- 
ritoire l'ancien  prieuré  de  Mantes  ou  Mantoz  (Menthe]  et  l'église 
ruinée  de  Saint-Prix. 

Pierre-le-Vénérable  raconte,  au  chapitre  23  de  son  ouvrage 
intitulé  Des  Miracles ,  l'histoire  d'une  apparition  qui  eut  lieu 
proche  du  prieuré  de  Mantes,  dépendant  de  son  Ordre,  et  dont 
les  acteurs  sont  deux  seigneurs  de  Moras ,  l'un  nommé  Guy  et 
l'autre  Anselme ,  probablement  l'Antelme  ci-dessus.  Voici  en 
substance  sa  narration,  d'après  un  prêtre  recommandable 
nommé  Etienne.  Un  chevalier  du  château  de  Moras  nommé 
Guy  était  à  l'extrémité  des  suites  d'une  blessure.  Guy,  arche- 
vêque de  Vienne ,  plus  tard  pape ,  vint  le  voir  et  l'engagea  à  se 
confesser.  Il  le  fit,  reçut  l'absolution,  mourut  et  tut  ense- 
veli près  de  l'église  de  Menthe  (Mcmtula)^  de  l'ordre  de  Cluny. 
Peu  après ,  Etienne ,  traversant  le  bois  voisin  du  château  de 
Moras  ,  vers  midi ,  entend  derrière  lui  le  bruit  d'une  armée. 
Il  s'effraie  et  pénètre  dans  la  forêt,  afin  de  voir,  sans  être 
vu,  ce  qui  allait  arriver.  Au  moment  où  un  gros  escadron 
de  soldats  en  armes  passait,  le  chevalier  défunt  s'arrête  ide- 
vaut  lui;  il  était  à  cheval,  avec  son  bouclier  sur  la  poi- 
trine ,  s'appuyant  sur  sa  lance.  Etienne  tremble.  «  N'ayez  pas 
peur,  dit  le  chevalier;  je  viens  vous  demander  ime  grâce  et 
non  vous  épouvanter.  Je  souffre  d'horribles  tourments  pour 
mes  péchés  et  surtout  pour  deux  que  j'ai  oubliés  en  con- 
fessant les  autres  :  l'un ,  c'est  d'avoir  violé  un  cimetière  où  plu- 
sieurs personnes  s'étaient  réfugiées  et  d'avoir  pris  de  force  un 
bœuf  à  un  paysan;  l'autre,  c'est  d'avoir  exigé  des  habitants 
de  ma  terre  d'injustes  impôts.  Allez,  je  vous  prie,  trouver 
mon  frère,  Anselme,  et  conjurez-le  de  satisfaire  pour  moi,  afin 
que  je  sois  délivré.  Mais  je  sais  qu'il  s'y  refusera,  par  dureté 
d'âme.  Cependant,  pour  preuve  de  mes  dires,  vous  ne  trouverez 
rien  chez  vous  à  la  place  de  l'argent  que  vous  aviez  caché  dans 
une  arche,  pour  aller  à  Saint-Jacques  (de  Compostelle) .  De 
plus,  je  me  suis  déjà  montré  au  chevalier  Guillaume,  du  châ- 
teau de  Moras,  dans  sa  propre  maison.  »  Il  dit  et  disparut. 
Etienne  trouva  à  son  retour  sa  cachette  vide  et  apprit  du  che- 
valier Guillaume  la   vérité  de  l'apparition.  Mais  le  frère  du 


ÉTUDES  SCB  LE  GAIKTOIT  m  GEAND-SEBftE.  245 

défunt  se  trouvant  absent,  il  ne  put  remplir  son  mandat.  A 
peu  de  jours  de  là,  Etienne,  se  rendant  à  ses  affaires,  s'arrête 
sous  une  saulée,  et  le  chevalier  armé  reparaît  à  ses  yeux, 
c  Ah  !  Teicelleat  messager  !  lui  dit-il.  Je  vous  croyais  compa- 
tissant et  je  mesuis  trompé!  »  Etienne  s'excuse  et  promet  d'obéir 
en  diligence.  Puis,  délivré  du  fantôme,  il  va  trouver  Anselme 
et  lui  narre  la  double  apparition.  Celui-ci  fait  l'incrédule  et  re- 
fuse de  satisfaire  pour  autrui. 

Quelques  jours  se  passent ,  et  le  chevalier  se  montre  à  Etienne 
une  troisième  fois,  mais  à  pied  et  sans  armes.  Il  le  supplie  de 
remplacer  son  frère  et  d'avoir  pitié  de  lui.  Touché  de  cette  in- 
sistance ,  Etienne  va  trouver  le  paysan  et  lui  paye  son  bœuf. 
Quant  à  la  seconde  obligation ,  comme  ,'ellc  dépassait  ses  res- 
sources ,  il  réunit  les  prêtres  voisins ,  qui  célèbrent  la  messe , 
distribue  des  aumônes  aux  pauvres,  et  fait  prier  pour  le  dé- 
funt, religieux  et  laïques. 

Grand-Serre.  —  H.  Giraud  cite  une  charte  de  l'an  1026, 
recueillie  par  Valbonnays ,  par  laquelle  Berilon  et  sa  femme , 
Raymodis ,  donnent  au  monastère  de  Saint-Pierre  (d«  Vienne) 
ce  qu'ils  possèdent  in  villa  qux  dicitur  Serra,  in  valle  Wàlauro^ 
dans  la  vallée  de  La  Galaure. 

Il  résulte  de  ce  document  que  la  fondation  du  Grand-Serre 
remonte  aux  premiers  temps  de  la  féodalité. 

Le  Laris.  -—  Un  dénombrement  des  biens  de  la  commanderie 
de  Saînt-Paul-lès-Romans ,  dressé  en  1640  par  Pierre-Louis 
de  Chantelot-Lachèze,  maréchal  de  l'Ordre  de  Malte,  comman- 
deur de  Saint-Paul,  donne  les  détails  suivants  sur  le  membre 
ou  annexe  du  Laris  : 

«c  Appartient  aussi  au  commandeur  de  Saint- Paul  la  sei- 
»  gneurie  et  juridiction  du  lieu  du  Laris ,  laquelle  il  fait  ad- 
»  ministrer  par  les  officiers  de  Saint-Paul ,  et  lui  sont  dus  les 
»  amendes,  confiscations  et  devoirs  seigneuriaux;  elle  confine 
»  avec  celles  de  Hontchenu ,  Montrigaud ,  Miribel  et  Crépol.  Il 
»  n'y  a  au  Laris  que  deux  ou  trois  habitants ,  son  terroir  est  de 
»  fort  petite  étendue  et  le  village  est  réputé  notoirement  pour 
»  le  plus  pauvre  de  toute  la  province.  Aussi  le  commandeur  ne 
»  retire  aucun  émolument  desdits  droits  seigneuriaux,  n'ayant. 


246  SOCIÉTÉ  d'àbchéologie  et  de  statistique. 

»  au  Laris ,  que  quelques  rentes ,  censés  et  directes  qui  se  per- 
»  çoivent  sur  plusieurs  paroisses  circonvoisines ,  savoir  :  Mont- 
»  chenu ,  Charmes ,  Clérieux ,  Saint-Donat ,  Crépol  et  Miribel , 
»  et  sont  de  Tancienne  dotation  de  la  commanderie ,  dont  le 
»  total  peut  monter  environ  à  70  sétiers  blé ,  mesure  de  Romans, 
»  réduction  faite  de  toutes  les  espèces  de  grains  contenues  au 
V  terrier,  partie  desquelles  rentes  sont  inexigibles  pour  grever 
»  des  fonds  vacants ,  incultes  et  sans  possesseurs,  b 

Sont  mentionnés,  en  outre,  un  bois  de  12  sétérées  sur  le 
Laris ,  remplacement  d'un  moulin  depuis  longtemps  démoli  et 
albergé,  en  i6Sl,  à  noble  Antoine  de  Brenières,  et  une  terre 
aux  Prés. 

Quant  à  la  maison  du  commandeiu*,  elle  n'existait  plus  «  pour 
»  avoir  été  ruinée,  dès  longtemps,  pendant  le  trouble  des 
»  guerres,  comme  il  se  voit  par  les  masures  qui  sont  proches 
»  de  l'église.  » 

Cette  église  était  desservie  par  un  vicaire  auquel  les  dîmes 
étaient  abandonnées. 

En  i7tô,  les  revenus  du  Laris  étaient  évalués  372  livres,  ceux 
de  Saint-Paul  4,600,  ceux  deMontfalcon  446.  Ithier,  curé  de 
Saint-Christophe ,  avait  affermé  les  censés  de  l'Ordre. 

A  cette  date,  le  visiteur  de  la  commanderie  se  contenta,  au 
Laris,  d'aller  voir  l'église  dédiée  à  Saint-Jean-Baptiste,  d'en 
compter  les  ornements  et  de  reconnaître  le  bois  déjà  cité ,  la 
juridiction  et  les  terriers. 

Un  procès  de  1347  insinue  que  les  habitants  du  Laris  et  de 
Montfalcon  étaient  exempts  des  péages  et  gabelles  dans  tout  le 
Dauphiné ,  pour  toutes  marchandises. 

L'étude  des  âefs  ef.  maisons  fortes  du  canton  et  celle  des 
faits  et  gestes  de  leurs  possesseurs  exigeraient  beaucoup  de  dé- 
tails ;  je  me  contenterai  d'indications  sommaires  justifiant  ce 
passage  d'Aimar  du  Rivail  :  «c  En  Valloire  existent  en  grand 
»  nombre,  sur  Tune  et  l'autre  rive  de  l'Auron,  des  maisons 
»  nobles ,  des  forteresses ,  de  petites  villes.  » 

Grand-Serre  :  Le  Cabinet ,  aux  Sibeud. 
Hauterives  :  Barat  (  Baral  ) ,   aux  ThivoUey ,   aux  Berne ,  à 
M.  Baboin. 


ÉTUDJBS  SDR  iE  CABiTON  DC  GB1N1>-SEBKE. 


247 


Lapeyrouse-Momay  :  Mornay ,  aux  Barrin. 

LenS'Lestang  :  La  Sône,  aux  Murat.  —  Double  (le),  aux  Choin. 

Montrigaud:  Langon,  auxLangon. 

Moras  :  Épinouze,  aux  Roussillon,  aux  Brochier.  —  Levaux, 
aux  Chastelar,  aux  Berne.  —  Lâchai,  aux  chevaliers  de 
Malte.  —  Lapeyrouse,  aux  Murat,  aux  Montchenu.  — 
Landrins,  aux  Roussillon,  aux  Cotonay.  —  Maison- 
Blanche  ,  aux  Rives ,  aux  Chissé ,  aux  Chaulnes.  —  Méhe- 
rie,  aux  Sibeud,  aux  Lamartinière ,  aux  Perrotin  de 
Bellegarde,  aux  Beaumont.  —  Montmartin^,  aux  Davity, 
aux  Murat,  —  Rivoire  (la),  aux  Girîn.  —  Tivolière  (la), 
aux  Chavanes ,  aux  ThivoUey. 

SaintrBonnet ,  aux  Chapponay. 

Saint-Christophe,  aux Thomé,  deBrenières,  Pina,  Plèche.  • 

De  toutes  ces  familles  la  généalogie  d'une  seule  m*est  connue 
et  je  la  donne  : 


1298  Rostaing  de  Thivolley. 
Jeanne  N. 

1318  Hugonet. 

Arthaude  Gandin. 


Hugonet. 
Humbert. 
Lambert ,  etc. 


1  Lambert. 
Antoine. 


1372  Lambert. 

Guigonne  Dos  [A^Eaniemes]  I  j>Jf^^^^^' 

y  iseatnx ,  etc  • 

......  l  Pierre. 

1424  Antome.  |  Armand 

• /canne  KernoZ-Serre  (de Moras))  -  «. 

^  '  l  Joffrey,  etc. 

it»./v  .  ,  l  Claude. 

14S0  Armand.  )  ^.        , 

r     .     j    r  .  \  Pierre  I. 

Louise  de  Laigue,  \  . 

^  (  Jacques ,  etc. 

1538  Pierre  I.  (  ^   .  - 

/  j   x,v  \  Antome. 

Jea/nne  de  Chaponay.  \ 


(1)  Nom  inconnu  aujourd'hui.  li  y  avait  un  Montmartin  près  Blol  (  Isère  )  : 
ce  doit  être  le  Mouchet. 


248 


SOCIÉTÉ  d'aBCHÉOLOOIE  ET  DE  STÀTISTiaOE. 

Pierre  II. 


1568  Antoine. 

Phihberte  de  Pointières. 

1603  Pierre  II. 

Minerve  de  Florence. 

1620  Benoit  (frère  de  Pierre). 
Jeanne  Bemarc^. 


Benoit. 

Louis ,  père  de  Guy,  etc. 

I   Sans  enfant. 

André. 

Louis. 

Magdeleine. 

I  Sans  enfant. 


Louis  n. 


1640  André. 

Vwgime  de  Beauvoi/r, 

1671  Guy,  fils  de  Louis  ci-dessus.  |   Louis  I. 

Marie  de  Vitrolles.     »  |   Louise. 

1730  Louis  I.  j 

Arme  de  FlottedeBellegarde.  \ 

Louis  JI,  célibataire,  donne  Baral  aux  de  Berne  de  Levaux. 
Il  avait  été  déshérité  par  son  père  et  fit  annuler  le  testament. 

Illustrations  du  canton.  —  On  peut  citer  les  deux  Amédée 
d'Hauterives;  Choin-Montchoisi,  de  Moras;  Mathieu  (de  la 
Drôme),  de  Saint-Christophe;  avec  H.  Ferlay,  ancien  préfet 
de  la  Drôme ,  vivant  y  parmi  les  honunes  les  plus  remarquables 
du  canton. 


• 


Impôts.  —  Je  donne  ici,  à  titre  de  renseignement,  le  montant 
des  rôles  à  différentes  époques  : 

1838 


Grand-Serre 

Hauterives 

Lapeyrouse-^omay. 
Lens-Lestang  .... 

Montrigaud 

Moras 

St-Bonnet 

St-Ghristophe  .... 


19461  64 
23401  47 

15191  71 

15623  11 

50696  71 

5483  89 

2970  81 


1848 

20308  20 
26628  37 

16606  88 

13492  94 

52236  31 

5756  71 

8325  24 


1858 

25431  96 

27198  40 

5505  86 

15311  66 

17668  38 

47104  12 

6475  54 

7773  35 


1866 

27950  64 

32208  53 

5975  93 

20845  85 

16636  33 

48969  83 

7347  26 

7647  69 


Des  remaniements  de  circonscriptions  territoriales  ont  mo- 
difié ces  chiffres  à  différentes  époques ,  et  sur  le  total  TÉtat ,  le 


ÉTUDES  SUB  LE  CAIITON  DU  GRATiD-SERRE.  249 

département  et  les  communes  prennent  une  part  dont  je  n*ai 
pu  avoir  le  montant  que  pour  1869  et  pour  6  conununes  sur  8. 


Etat. 

.Département. 

Gommnne. 

Non-yaleurs. 

Grand-Serrre.  . 

12132  34 

5650    26 

12231  69 

69    33 

Hauterives.  .  . 

14075  34 

6592    71 

9048  54 

96    48 

Lapeyrouse  .  . 

— 

— 

— 

-~ 

Lens-Lestaiîg.  . 

9436  27 

4352    27 

4785  25 

327    02 

Hontrigaud.  .  . 

8330    » 

3889    67 

3995  77 

277    50 

Moras 

— 

-_ 

— 

— 

St-Bonnet  .  .  . 

2968  50 

1402    72 

2597  64 

42    53 

St-Ghrislophe. . 

4399  68 

2055    69 

2254  87 

151    86 

Toutefois ,  d'après  les  budgets ,  m  peut  avoir  une  idée  des 
dépenses  communales  : 


Grand'Serre.  .  . 
Hauterlyes.  .  .  . 
Lapeyrouse  .  .  . 
Lens-Lestang  .  . 
Montrigaud  .  .  . 

Horas 

Saint-Bonnet.  .  . 
Saint-Christophe. 


1838 

4180  41 
6670  10 

4903  10 

4008  15 

10858  06 

834  86 

1104  48 


1848 

5819  35 
9350  56 

4265  65 
4523  25 
15414  38 
2650  76 
3191  67 


1858 

17798  95 

16026  23 

15588  44 

7433  57 

10371  10 

18570  15 

4107  67 

3737  04 


1866 

19251  14 

14864  14 

5905  95 

16441  18 

12765  30 

24282  32 

5633  91 

5839  86 


D'après  l'auteur  de  la  Statistique  de  la  Drame  (1835)-,  le  can- 
ton comprenait  316  hectares  en  bois  de  l'État ,  698  en  bois  com- 
munaux, 4,409  en  bois  particuliers,  9,749  en  terres  Jardins,  etc., 
393 en  vignobles,  2,215  en  prairies,  684  en  pâturages,  796  en 
routes,  canaux,  rivières,  33  en  terres  incultes,  79  en  maisons 
et  édifices  publics,  total  19,372.  Le  principal  de  la  contribution 
foncière  était  de  60,161  fr.,  de  la  personnelle  et  mobilière  9,904, 
des  portes  et  fenêtres  4,785,  des  patentes  3,129. 

M.  Mermoz,  en  1839,  évaluait  le'  revenu  total  du  canton  à 
848,317  fr. 

En  1862,  la  contenance  était,  sous  le  rapport  agricole,  de 
8,674  hectares  en  terres ,  de  2,492  en  prés ,  de  346  en  vignes  ; 
de  5,436  en  bois,  de  52  en  jardins,  de  84  en  vergers,  de  214 
en  cultures  diverses,  de  2,035  en  routes,  chemins,  cours 
d'eau ,  etc.,  total  19,035. 


1 

250  soGiiTÉ  d'àbchéologie  et  de  statistique. 

L'importance  de  quelques  sections  de  commune  dans  un 
canton  qui  en  compte  plusieurs ,  explique  Tintérèt  du  résumé 
suivant  pour  Hauterives,  Grand-Serre,  Moras  et  Lens-Lestang, 
d'après  le  recensement  de  1866  : 

GRAND-SBRRB. 

MaisoDS.         Ménages.  Habitants. 

Bourg 148  1B7  730 

Saint-Julien 26  27  123 

Embarraux 6  6  26 

Repitonière 6  6  23 

Batéolière ^  .  .       3  3  21 

Buissonniêre 8  8  37 

Engogne 3  3  20 

Cheval-Blanc  , 4  4  15 

Rancoucou 17  17  90 

Saune 3  3  21 

Cornet 12  12  S3 

Bonnémery,  Pichal 12  12  69 

Tour,  Gabinet ,  Brosse H  11  47 

Forges ,  Joffrey 6  6  36 

Montgallix,  Dlme 9    .  10  44 

Serrein  . 20  20  108 

Rabin 4  4  23 

Chambaran  .  .  . 6  6  27 

Frandonage 81  8  34 

Margotière,  Berut H  H  70 

Francona 4  4  9 

Chagnardes .  .  • 8  8  20 

Grues 7  7  34 

Total  ......    347  377  1748 

HADTBRIVES. 

Maisons.  Ménages.  Habitants. 

Village ,  Dravey,  Maréchaux ...  103  126  447 

Église,  Poteries,  Valois,  Éguette    77  87  338 

Areportei'                      180  213  782 


ÉTUDES  SUR  LE  CANTON  DU  OBAND-SEBRE. 

Maisons.  Ménages. 

Report.                           180  213 

Barrai ,  Goiffieux ,  Girauds.  .  .      64  67 

Combésse  et  Gengonière  ....      48  50 

Treîgneux 40  46 

Saint-Germain  (Nord) 96  111 

Saint-Germain  (Sud) 40  43 

Tersanne  et  Nivons 67  72 

Ambouchet ,  Feytaux 37  42 

Total 572  644 


254 


Habitants. 
782 

331 
226 
165 
390 
170 
299 
119 

2542 


Boui^ 

Bourgeat  

Pignerol  et  Échatel .  . 

Carmone 

Marion 

Charmes 

Saint-Didier 

Bouyone   

Garenne  et  Barbonnières .  . 

Saune 

Châtenay 

Biesses  

Granges 

Double 

Levaux 

Champêtre 

L'Ile,  le  Guy,  Chfttelard ,  Paillau- 
che,  etc 19 

Total 356 


LENS-LESTANC. 

• 

Maisons. 

.  .  .  .    141 

Hènagcs. 

141 

18 

6 

27 
-22 

3 
31 

2 

3 
17 
27 
15 
16 

2  . 

5 

S 

HabiUnts. 

S23 

.  .  .  .      16 

48 

.  .  .  .        6 
....      27 

23 
90 

.  .  .  .      22 

94 

.  .  .  .        3 

12 

....      31 

124 

.  .  .  .        2 

12 

.  .  .  .        3 
.  .  .  .      17. 

18 
69 

.  .  .  .      27 

113 

.  .  .  .      15 

66 

....      16 

76 

.  .  .  .        2 

20 

.  .  .  .       5 

24 

.  .  .  .       8 

20 

19 


91 


386         1420 


dont  31  maisons  et  188  âmes  pour  Menthe. 


252  SOCIÉTÉ  d'a&chéologie  et  de  statistique. 

MORAS. 

Miisons.         Ménages.        Habitants. 

Épinouze 210  210  840 

Menthe '.  ...  105  107  394 

Moras 248  26S  874 

Saint-SorUn 489  489  1862 

^ma^^^^t^^^Êm  ^■^HHBM.H^w        mmmm^mmmm^,m^m^ 

Total 1019         1041         3970 

Les  quartiers  d'Épinonze  sont  :  Boisrond,  Richaudière,  Lâ- 
chai ,  Combe-du-Buis ,  Sauvagères ,  La  Gare ,  Chiriac ,  Routes , 
Brosse  y  Mouchet,  Landrins,  Dolon,  Cotonay,  Bresses ,  Murinay. 

Ceux  de  Menthe  sont  :  Pierrard ,  Port-de-Jonc ,  Grange-Ber- 
thon ,  Grange-Neuve. 

Ceux  de  Horas  sont  :  Plan-de-Menthe ,  L'Orme,  Gallinet, 
Sahit-Prîest ,  Massonne,  Combes,  Picot,  Chapot,  Fabry,  Si- 
berton,  Crottes,  Moreton,  Sauterelles,  Aveniëres,  Bourchenu, 
Pierrard ,  Buissonnet. 

Ceux  de  Saint-Sorlin  sont  :  Chimours,  Epas,  Margarits, 
Boisrigaud,  Grises,  Bronsonerie,  Maladière,  Ch&taigneraie , 
Simards,  Gendrière,  Baraton,  Rolandière,  Bellevue,  Bonsay, 
Grand-Champ^  Perrins,  Turail,  Blaches,  Balaizes,  Méherie, 
Abondons ,  Iles ,  Lanta ,  Grange-Neuve ,  Craponière ,  Belanjon , 
Herand,  Grange-Vieille ,  Trochonières ,  ColUères,  Chaberts. 

• 

Je  m'arrête ,  en  exprimant  le  vœu  que  d'autres  élargissent 
le  sillon  péniblement  creusé  dans  l'histoire  et  la  statistique  can- 
tonales. 

A.  Lacroix. 


ÉTmOLOGIES  DES  NOMS  OB  UEO  DE  U  DBÔXE.  253 


ETYMOLOGIES  DES  NOMS  DE  LIEU 

DU  DÉPARTEMENT  DE  LA  DROME. 

(SoiTE.  -  Voir  BuUetin,  H."  9, 12  et  13.) 


IVoin»  de  Heu  emprunta»  aux  nionta§pne»9 
aux  roclier»  et  aux  caverne»* 


HoNTOisoN,  entre  Valence  et  Crest»  est  appelé  Jlf ontaûo  en 
li62,  Monteso  en  133â,  Monteyson  en  1356,  Montayson  en  1339; 
il  existe  un  hameau  du  même  nom  au  levant  du  Pègue  (  Drôme  ), 
et  un  acte  de  987  (CarL  de  Saint-Chaffre ,  p.  7)  mentionne 
le  Mont  Aison,  près  du  Pont-de-Barret  (Drôme).  Ces  noms 
appartiennent  à  la  même  série  que  ceux  de  Mcmtesson ,  Mon- 
tézan,  MontéziCf  et  que  celui  de  Bemardus  de  Monte  Eizut 
qui  habitait  Grenoble  en  1090.  Ils  peuvent  être  traduits  par 
domaine  ou  maison  de  la  montagne  :  v.  Eyzahut,  ou  ruisseau 
de  la  montagne  ;  Oise ,  Oison  sont  des  noms  conununs  à  plusieurs 
cours  d*eaux,  et  ont  la  même  racine  qa'oiche,  eau,  uisge, 
rivière,  en  irl,  et  en  éc,  visa  en  s.  c.  t.  ^  Le  ruisseau  d'Ozon, 
affluent  de  la  Véoure ,  prend  sa  source  près  de  Montoison  ; 
Oisemont  (Somme) ,  aussi  arrosé  par  un  cours  d'eau,  est  le  nom 
de  Montoison  renversé;  v.  Isère,  §  III.  On  a  prétendu,  à  tort 
je  crois,  que  Montoison,  pour  Mont-ez-aïeSy  mont  près  des 
eaux,  était  la  traduction  du  Cerebelliaca  des  itinéraires,  pour 
Serra  bellœ  aquœ,  montagne  de  la  belle  eau.  Vers  1380,  la 
famille  de  Montoison,  Montoison  ou  Montéson,  qui  avait  acquis 
ce  fief  des  Poitiers  en  1230,  est  tombée  en  quenouille  dans  une 


(1)  Bblloguet,  t.  I,  p. 226;  —  Taylor,  p.  202. 

ToMB  IV."  -  1869.  17 


254  SOCIÉTÉ  d'àbchéoloqie  et  de  statistique. 

branche  de  la  maison  de  Clermont^  qui  avait  pour  cri  de  guerre 
cet  appel  de  Charles  VIII  à  Philibert  de  Clermont,  à  la  bataille 
de  Fornoue  :  A  la  rescousse  MontésonI  ^ 

MoNTPBNSiER ,  Castrwin  MonUs  Penserii  ou  Pcmccrii  super 
Rhoda/num  dans  le  XII«  s.,  était  un  bourg  défendu  par  des 
tours  et  des  murailles  crénelées  dont  les  ruines  imposantes 
dominent  encore  Châteauneuf-du-Rhône.  D'après  H.  Fabbé 
Vincent  2,  en  lil7,  les  Adhémar  guerroyaient  entre  eux  pour  se 
disputer  Montpensier,  qui  parait  avoir  été  détruit  par  les  troupes 
de  Raymond  de  Turenne ,  à  la  fin  du  XlVe  s.  La  charte  accordée 
par  les  Adhémar  en.  1198,  dont  un  extrait  gravé  sur  pierre  se 
trouve  à  l'hôtel-de-ville  de  Montélimar,  a  été  concédée  en  pré- 
sence de  plusieurs  personnes»  notamment  de  Jean  Burgondion 
(Burgondionis)^  co-seigneur  de  Montpensier.  Ces  Burgondion , 
issus  des  anciens  seigneurs  de  Montpellier,  ont  longtemps  ha- 
bité le  Comtat».  En  1471,  Lambert  Adhémar  de  la  Garde  était 
seigneur  de  Montpensier  y  et  un  acte  de  1335  mentionne  Pierre 
Fabri ,  bailli  de  Montpensier. 

Le  nom  de  Montpensier  est  le  même  que  celui  d'une  ville  près 
d*Aigueperse ,  qui  appartenait  à  la  maison  de  Beaujeu  dans  le 
XlJe  s.,  et  où  mourut  Louis  VIII  en  1296;  mais  là  commence  le 
champ  des  hypothèses.  Pensier  veut-il  dire  montagne  close , 
fermée ,  fortifiée,  de  pen  (v.  Bénivay),  et  de  serra,  clos,  lieu 
fermé,  serrure,  en  b.  L,  emprunté  à  sera,  serrure,  verrou, 
primitivement  barre  fermant  une  porte?  Montpensier  serait 
alors  un  pléonasme.  Est-ce  le  nom  d'h.  tudesque  Penz,  Penza, 
Penzo ,  cité  par  Forstemann ,  et  combiné  avec  la  finale  ier  qu'on 
retrouve  dans  Gauthier,  Reynier,  etc.?  Est-ce  un  nom  d'h. 
d'origine  celtique  dont  la  forme  primitive  aurait  été  Pen/nsaer, 
chef  des  hommes  libres ,  de  penn,  sommet ,  tète ,  chef,  et  de 
saer,  saor,  homme  libre,  et  habile  ouvrier,  forgeron,  en  irl.  et 


(]}  Rescousse,  recousse,  en  y.  fr.,  rectissa,  rescussa,  recossay  en  b.  L,  de 
re  currere,  veulent  dire  reprise,  action  de  revenir  à  la  charge.  Rescuer, 
libérateur,  rescue,  délivrance,  en  ang. 

(2)  Notice  historique  sur  Châteauneuf-du-Rhône,  p.  10. 

(3)  PiTHON  GuRT,  Histoire  de  la  noblesse  du  Comté-Venaissin,  t.  II,  p.  445. 


ÉimOLOGIES  DES  ROMS  DE  UEU  DE  LÀ  DBAmE.  255 

en  br.  (Zeuss,  p.  859);  swara,  libre,  indépendant,  en  s.  c.  t. 
(Burnouf,  p.  747  )  ?  Enfin,  le  mot  panzer  veut  dire  cuirasse  en 
ail.,  et  a  pu  avoir  en  t.  le  sens  de  cuirassé  :  il  est  formé  d*un 
radical  commun  aux  langues  germaniques,  latines,  au  pol.  et  au 
bohémien,  qu'on  retrouve  dans  le  mot  panse,  dans  le  nom  de 
SanchO'Pança  et  peut-être  dans  celui  de  Pcmsier,  qui  habitait 
Sisteron  en  1327.  Lorsque  Louis  VIII  mourut  à  Monipensier,  on 
lui  appliqua  une  prophétie  de  l'enchanteur  Merlin ,  d'après 
laquelle  le  lion  pacifique  devait  mourir  au  ventre  du  mont  K 

Montréal,  près  Rémuzat,  Monsregalis  en  4284,  nom  commun 
à  plusieurs  villages,  et  analogue  à  celui  de  Réauville,  Regalis 
villa  y  rappelle  que  ces  localités  faisaient  partie  du  domaine 
royal.  Ce  fief  a  appartenu  aux  princes  d'Orange  (XV«  s.),  aux 
Baternay,  et  en  1766  aux  de  Fortia. 

MoNTRiGADD,  près  du  Grand-Scrrc ,  Ecclesia  de  Monte  Rigaudo 
en  1483,  a  appartenu  aux  Alleman  (XVII«  s.),  aux  Chaponay 
Saint-Bonnet  et  aux  Langon.  Guy  AUard  mentionne  une  famille 
noble  du  Viennois  appelée  Rigaud ,  dont  la  généalogie  remonte 
à  1280;  ce  nom  veut  dire  puissant  et  vénérable  en  t.  (voir  mes 
Origines,  p.  373). 

MoNTSÉGUR,  près  de  Saint-Paul,  Mons  securus,  b&ti  sur  un 
rocher,  justifie,  par  sa  position ,  le  nom  qui  lui  a  été  donné.  Les 
Adhémar  de  Grignan  possédaient,  dans  le  XII<^  s.,  ce  fief,  qui  a 
passé  ensuite  à  la  famille  des  Armands. 

MoNTVENDRE ,  près  de  Chabeuil ,  est  appelé  Castrum  Montis 
Veneris  en  1157, 1202  et  1238 ,  de  Monte  Vendrio  en  11S8,  Apud 
Montem  Ven&ris  en  1483;  on  peut  citer  aussi  le  nom  de  Pelrus 
de  Monte  Vendrio,  prieur  de  Saint-Robert  de  Cornillon  dans  le 
Xlle  s.  On  a  supposé  que  la  forme  Mons  Veneris  rappelait  le 
culte  de  Vénus,  comme  le  nom  de  Port-Vendres ,  Portus  Veneris; 
mais  c'est  une  simple  hypothèse.  On  peut  aussi  rapprocher  la 
forme  de  Monte  Vendrio  soit  du  nom  de  Saint  Vendre  (Sanctus 
Venerius) ,  évêque  de  Milan  en  409 ,  soit  de  celui  de  Vandre 


(l)  H.  Martin,  Histoire  de  France,  t.  IV,  p.  131.  —  D'après  Mbidinceb,  p. 
230,  panzer  y  cuirasse,  est  formé  du  radical  panzy  ventre,  et  d^aer,  airain , 
litt.  ventre  d'airain. 


256  SOCIÉTÉ  d'archéologie  et  de  statistique. 

(étranger,  en  t.)  qu'on  retrouve  dans  Vandregare,  Vandremer, 
Vendran^  qui  habitait  Màcon  dans  le  X«  s.,  et  dans  Vandres 
souvent  employé  pour  Vandales  dans  les  vieux  auteurs  ^  Le 
fief  de  Montvendre,  qui  appartenait  aux  évèques  de  Valence ,  a 
eu  les  d'AUard  pour  co-seigneurs,  dans  les  XVI*  et  XVII«  siècles. 

MoRNANS,  Momaun  en  1332,  sur  une  montagne  près  de  Bour- 
deaux ,  ainsi  que  les  côtes  de  Mornans,  qui  sont  auprès,  doivent 
leur  nom  au  même  radical  que  morne,  falaise,  rattaché  par 
M.  Littré  à  l'esp.  morro  ou  morron,  montagne  {murua  en  b.  q.), 
qu'on  peut  rapprocher  aussi  de  hom  montagne,  rocher,  en  al. 
On  le  retrouve  dans  Momas  (Vaucluse),  Momacium  en  1198, 
Momanty  près  Lyon,  Momex  (Suisse),  dominé  par  le  mont 
Salève,  to  Peyrou^e  Mornay  ,  près  du  Grand-Serre ,  commune 
créée  en  18S5  et  formée  par  deux  plateaux  de  hauteur  inégale  : 
le  bois  de  Momay  est  appelé  par  Aymar  du  RivaiP  Nemus 
Momm  Dei,  Hornans  appartenait  aux  de  Marcel ,  dans  le  XVII« 
siècle. 

On  donnait  le  nom  de  motte  à  un  château  ou  manoir,  souvent 
de  forme  ronde,  environné  d'un  fossé  palissade,  dont  la  terre, 
au  moment  de  l'extraction,  avait  servi  à  surélever  le  terrain 
sur  lequel  était  assise  la  construction.  On  rendait  ainsi  l'escalade, 
la  brèche  et  l'incendie  plus  difficiles  aux  assiégeants.  Ce  genre 
de  construction  remonte  au  VI«  ou  au  VII«  siècle  ;  il  existe  au 
Vieux-Landen ,  près  de  Maliues ,  une  motte  sur  laquelle  était  le 
donjon  de  Pépin  de  Landen,  qui  vivait  en  650'.  Dans  le  sud- 
ouest  de  la  France ,  dit  M.  Cénac-Moncaud^,  les  mottes  passèrent 
de  mode  vers  le  XII«  siècle  et  furent  remplacées  par  de  véritables 
forteresses  appelées  castels  :  motte  signifiait  aussi'hauteur  et 
tribunal,  cour  de  justice,  en  ang.  s.,  gemote,  lieu  de  réunion, 
en  anc.  s.  Motte  paraît  être  d'origine  celtique  ;  on  en  retrouve 
le  radical  dans  m^ta,  qui  a  le  même  sens  en  éc,  en  irl.  et  en 
b.  1.,  et  dans  moet  et  mx)tt,  en  hoU.,  ainsi  que  dans  les  noms  de 


(1)  PiLOT,  Revue  du  Dauphiné,  t.  II,  p.  159. 

(2)  De  Allobrogibus,  p.  386. 

(3)  ScHUERMANS,  Conçrès  archéologique  de  1867,  p.  507. 

(4)  Histoire  des  peuples  et  des  étais  pyrénéens,  t.  I,  p  566. 


ÉTTXOLOGUS  DES  ROMS  DE  LIEU  DE  LA  DRÔHE.  257 

lieu  Hotte-de*Galaure  ,  ancien  fief  des  Fay,  Motte-Fanjas  ,  près 
de  Saint-Jean ,  ifoto  dou  Fcmjiar  en  1208,  Mota  del  Fanzaz  en 
1217*,  et  plus  tard  Monta  Fcmgeassii  et  del  Fcmjatz;  ce  fief 
'  appartenait  en  1766  à  la  marquise  de  Sassenage.  Fanjas  ou 
Fanjeas  peut  être  traduit  soit  par  fangia  ou  fanga,  boue, 
fange,  en  b.  1.,  fank,  en  br.,  panka  en  s.  c.  t.;  soit  çarfang, 
fane,  Wang 9  champ,  domaine,  en  t.,  et  qui  sont  communs  en 
composition  (Forstemann,  p.  103). 

Citons  encore  la  Motte-vieille  et  la  Motte-Chalancon  ^  très- 
rapprochées  Tune  de  l'autre.  Cette  dernière  localité  est  appelée 
Mota  dans  le  XI V«  siècle  (pour  Chalancon  v.  le  g  V.).  Ce  fief  a 
appartenu  aux  comtes  de  Die  (XIII«  siècle),  à  la  famille  Artaud , 
qui  en  était  issue  (1446),  aux  Honteynard,  aux  d'Urre  (1479), 
qui  le -vendirent  en  1627  aux  de  La  Morte,  plus  tard  de  La 
Morte -Laval ,  éteints  à  la  fin  du  XVIII«  siècle  dans  la  personne 
de  Marie-Thérèse  de  La  Morte,  veuve  du  marquis  de  Chastelard. 

Le  nom  de  ch&tcau  Mouchbt,  près  de  Ghavannes ,  Castnim  de 
Moscheto  en  4285,  Mochetum  en  1332  et  1409,  qui  appartenait 
aux  d'Yserand  de  Lemps,  dans  les  XVII«  et  XVIII«  siècles ,  et  de 
château  Mouchet,  qui  domine  le  polygone  de  Valence,  est  un 
diminutif  de  mons  :  il  est  analogue  à  ceux  de  Mouchamp  (pour 
Montehamp,  champ  du  mont);  le  Mouchel,  pour  le  Moncel;  le 
Mousscau  ou  le  Monceau,  nom  commun  à  plusieurs  hameaux 
de  la  Nièvre  et  d'Eure-et-Loir,  dont  les  formés  anciennes  étaient 
Moncellmn ,  Moncelli,  Monceaux  et  MonseoMx^  formés  du  b.  1. 
monticellumfi  y  monticule;  Pont- h  -  Mousson  (Meurthe)  est  au 
pied  de  la  montagne  de  Mousson  (  Montio  or.  Moncio  du  X«  au 
XII«  siècle;  Monçon  et  Monçons  dans  le  XIII») ,  etc.  Pour  Mureil 
V.  Mimiande, 

Saint-Jean-d'OcTAvÉON,  A*AulkiA)éon,  à'Auta^éan  ou  à'Alta^éon 
(appelé  aussi  Chàtillon-Saint-Jean),  était  un  archiprëtré  désigné 
en  790 ,  et  dans  plusieurs  actes  du  XI«  siècle ,  sous  le  nom 
à'AUavensis;  on  trouve  aussi  les  formes  suivantes  :  Altaveion 
en  1104 ,  Soiïicius  Johannes  d*Autevéon  en  1220  2,  Alta/veon  en 


(1)  L'abbé  Chevalier,  Chartularium  de  Leoncdlo,  p.  84. 

(2)  GiRAUD,  Essai  historique,  1"  partie,  Preuves,  p.  40, 100, 181; -L'abbé 
Chevalier,  p.  89. 


258  SOCIÉTÉ  d'abchbologie  et  de  statistique. 

1821.  Ce  village,  près  duquel  on  a  souvent  rencontré  des  mé- 
dailles et. des  antiquités  romaines,  fut  vendu  en  1483  par  Hum- 
bert  de  Clermont-Chaste  à  François  Vinay  ;  dans  le  XVI«  siècle 
il  passa  aux  Hontchenu ,  et  dans  le  XVni«  aux  Bally  ou  Bailly 
de  Moncarra  et  au  marquis  de  Bourchenu-Valbonnais ,  mort 
en  1790,  le  dernier  de  sa  race.  Les  ruines  du  château  fort  qui 
dominait  Altavéon  (Faddition  du  nom  de  Saint-Jean  n'est  pas 
antérieure  au  moyen  &ge)  ne  sont  pas  très-élevécs ,  et  peut-être 
n'est-ce  pas  à  la  position  topographique  de  cette  construction 
qu'il  faut  rattacher  le  nom  de  ce  village ,  mais  bien  à  un  menhir 
ou  à  quelqu'autre  monument  celtique  ;  j'ai  déjà  cité  au  mot 
Bénivay  les  substantifs  celtiques  van,  ven,  pierre,  rocher, 
montagne,  qu'on  retrouve  dans  peulven  (pilier  de  pierre,  mo- 
nolithe consacré).  La  forme  primitive,  qui  devait  être  Altaven , 
ne  rappellerait-elle  pas  un  peulven  d'une  hauteur  exceptionnelle 
(altus)  ou  placé  sur  le  coteau  If  Mentionnons  aussi  le  sanscrit 
vana ,  bois,  forêt  et  maison ,  devenu  tvoni  en  t.  et  luohnv/ng  en 
al.,  qui  pouvait  avoir  passé  dans  la  langue  celtique  i.  Quant  au 
Ventia  proposé  dans  le  Bulletin  (1866,  p.  179),  il  aurait  été 
changé  en  Vence ,  comme  le  Ventia  du  département  du  Var,  en 
vertu  de  la  même  loi  phonétique  qui  a  modifié  Valentia  en  Va- 
lence, Drusntia  en  Durance,  etc. 
Le  nom  du  Pégue,  adossé  à  un  coteau  près  deTaulignan, 

et  celui  des  Pégues,  entre  Rochechinard  et  Saint-Jean^  sont 
empruntés  à  la  même  racine  que  ceux  de  Pecli ,  Pecq ,  Peuch , 
Piech,  Puech,  Puch,  communs  à  beaucoup  de  villages  ou  de 
lieux-dits,  et  qui  signifient  hauteur,  pic,  en  anc.  lang.  et 
prov.  (iraY^ç,  ^rj^aç,  en  gr.,  voir  Pwy).  Les  noms  latins  du  Pègue 
étaient  Opighe  en  1165,  Opègue  en  1178,  Oppègue  en  im  et 
1324  [Cart.  de  Die,  p.  5,  9,  20),  Uppegua  en  1332,  Oppegium 
en  1495.  La  première  lettre  du  mot  rappelle  l'article  le,  indi- 
quant que  le  nom  de  ce  village,  le  Pégue,  était  primitivement 
un  substantif.  L'o  ou  Vu  initial  représente  le  lo  (le)  it.  et  esp., 
Yo  gr.  et  port.,  le  lo,  tou,  ooi^,  ou  provençal 2.  Tout  cela  est 


(1)  BuRNOUF,  p.  563;  —  Pictbt,  Origines  indo-européennes ,  t.  Il,  p.  240. 

(2)  Voir  l'exceUent  Diciionnaire  prownçcU  d'HoNNOBAT ,  3  vol.  in-*". 


ÉTTKOLOGIBS  DE6  flCWS  DE  LIED   DE  LA  DEÔME.  259 

bien  loin  du  Pelasgus  (soleil  sons  le  signe  de  la  vierge  )  qui , 
d'après  Mésengère^,  a  donné  son  nom  au  Pègue.  Ce  fief  a  ap- 
partenu aux  Poitiers,  aux  Diez  (XVe  et  XVI«  siècles),  aux  des 
Âlrics  de  Comillan,  éteints  en  1737,  et  aux  Blacons  (1789). 
Pour  la  Ferme ,  v.  Bénivay. 

PETRnis ,  Pairianum  et  Pairinum  du  XI«  au  XIII«  siècle,  Pay- 
rarmm  en  1222  et  en  1239  (Cor*,  de  Leoncel,  p.  127),  Peyri- 
num  en  1481  et  1816;  et  Peyrus,  Péruz  en  1198,  Peiruz  en 
1218,  Peiruts  en  1228  (Cart.  de  Léoncel,  p.  68  et  84),  Pey- 
rtissium  en  1291 ,  Peyrus  en  1461 ,  rappellent  l'idée  de  pierre , 
de  rocher  ou  de  carrière.  On  en  retrouve  le  radical  dans  peire , 
pierre ,  peirus,  pierreux,  en  langue  romane  ;  perrière,  carrière , 
perrier,  carrier,  maçon,  en  v.  fr.;  peirouse^  peyrade^  perrey , 
perrée,  route  empierrée,  débris  de  voie  romaine.  La  prome- 
nade du  Peyrou,  à  Montpellier,  doit  son  nom  au  sol  pierreux 
sur  lequel  elle  a  été  établie  :  le  hameau  des  Perrms ,  près  du 
Plan-de-Baix ,  et  la  Peyrowsô -Mornay  (voir  Mornay)  ont  la 
même  origine.  Pbtriks,  à  cinq  kilomètres  du  mont  Peyroux , 
est  adossé  à  un  coteau  de  pierre  mollasse  sur  lequel  on  voit  les 
ruines  d'un  vieux  château.  Doit-il  son  nom  à  la  nature  du  sol , 
à  son  ancien  château  (voir  Pierrelate),  ou  à  quelque  pierre 
druidique,  comme  les  villages  de  Père  fixe  (pierre  fichée) ,  Pey* 
refitte,  Peyrehitte,  Peyrelevade  ?  Je  ne  sais.  Peyrus  est  au  pied 
d'une  montagne  calcaire ,  et  ce  fief  appartenait ,  dans  le  siècle 
dernier,  aux  Pasquet  de  Valbonne. 

Quant  au  fief  de  Petriss,  dans  les  XI«  et  XII«  siècles,  il  était 
possédé  souverainement  par  la  famille  de  Royans,  dont  le  der- 
nier membre  le  vendit  au  Dauphin  en  13022;  en  1334,  Hum- 
bert  II  le  donna  à  Âmblard  de  Beaumont  ;  en  1600 ,  il  appar- 
tenait à  Soffrey  de  Calignou;  plus  tard ,  il  passa  aux  Chabrières, 
comtes  de  Charmes;  le  dernier  membre  de  cette  famille,  mort 
vers  1840 ,  a  légué  son  ch&teau  au  comte  de  Sallmard ,  son 
neveu.  Pour  Piégon  et  Piécros  v.  Poet. 


«••^■•w» 


(1)  Delacroix,  Statistique  de  la  Drame  ^  p.  584. 

(2)  GiRAUD,  Essai  historique ,  deuxième  partie,  p.  250. 


260  SOCIÉTÉ  d'aBGHÉOLOGIE  et  de  STATlSTiaUE. 

Le  plus  ancien  nom  connu  de  Pierrelate  est  Petralapta; 
H.  Lacroix  Fa  trouvé  dans  tous  les  actes  originaux  qu'il  a  pu 
découvrir»  à  partir  de  1200  jusqu'en  4400 ,  sauf  dans  un  acte  de 
1256,  où  on  lit  Petralapidea^;  j'en  possède  un  de  1263 ,  où  il 
y  a  CasPrum  Petrxlaptœ;  à  dater  de  1400 ,  on  écrivait  Petralata. 
On  traduit  généralement  ce  nom  par  pierre  large,  spacieuse; 
Pierrelas,  Pierrelaye,  Pi&rrelée  ^  Peyrelade  étaient  appelés  aussi 
Petralata  en  latin.  D'après  Batissier^,  ces  noms  désignaient 
dans  certaines  provinces  des  monuments  dits  celtiques  ou  drui- 
diques. 

Les  dimensions  énormes  du  rocher  de  Pierrelate  ne  permet- 
tent pas  de  lui  assigner  une  pareille  origine.  Quelques  géolo- 
gues l'ont  regardé  comme  un  bloc  erratique  détaché  par  la 
violence  des  eaux  du  goulet  de  Viviers;  mais  il  parait  plus  na- 
turel d'y  voir  la  crête  d'une  montagne  dont  le  pied  a  été  recou- 
vert par  des  alluvions  et  qu'on  peut  comparer  à  celle  de  Notre- 
Dame-des-Doms ,  à  Avignon ,  et  de  Pierrelongue ,  près  du  Buis , 
qui  domine  le  village ,  et  appartenait,  en  1766,  aux  Quiqueran. 

La  traduction  de  Pierrelate  par  petra  lata ,  rocher  spacieux , 
énorme ,  ne  concorde  pas  avec  la  forme  primitive  Petralapt^i  et 
surtout  avec  celle  de  PePralapidea.  Petra  et  rocca^  en  b.  L, 
comme  steerhy  rocher,  en  t.,  signifient  aussi  maison  ou  château 
b&ti  en  pierres.  Le  château  du  comte  de  Gand ,  dit  Kilian ,  est 
appelé  Petra  comitis  dans  les  actes  latins ,  et  la  tour  d'Amboise , 
Turris  lapidea  Amhaziœ  :  cair,  rocher,  en  c,  présente  la  même 
particularité,  comme  dans  Bea\Acaire^  beau  château  (voir  Ver- 
cors,  §  1).  Je  crois  que  Pierreute  veut  dire  château  de  pierres  ; 
il  y  avait,  en  effet,  sur  le  rocher  un  château  fort  dont  le  baron 
des  Adrets  s'empara  en  1862.  Ce  nom,  qui  forme  pléonasme, 
rappelle  l'époque  où  l'on  faisait  beaucoup  de  constructions  en 
bois;  il  est  analogue  à  ceux  de  Steenkerke,  église  de  pierres  ; 
de  Villepreuœ,  Villa  petrosa ^  maison  de  pierres;  de  Pierreville, 


(1)  Lettres  historiques  sur  la  seigneurie  de  Pierrelate,  On  trouve  dans 
cette  brochure  des  détails  intéressants  sur  ce  fief  et  sur  ses  nombreux 
seigneurs. 

(2)  Éléments  d'archéologie  nationale  y  p.  31t. 


ÉTniOLOGiCS  DBS  NOUS  DE  LIEU  DE  LA  DfiÔlIE.  264 

Petra  Villa  en  1402;  de  Dompierre  (dom  pour  domus),  etc. 
Lapta  et  plus  tard  lata^  comme  Lapte  (Haute-Loire),  dans  un 
terrain  rocailleux ,  seraient  alors  une  contraction  de  lapid^a , 
qu'on  retrouve  dans  Tacte  de  1286. 

PiÉGON,  près  de  Nions  ou  Nyons,  Castrum  de  Podio  Guidone 
en  1284)  Podium  HUgonis,  et  Puiguigon  dans  les  anciens  actes, 
a  appartenu  à  un  grand  nombre  de  seigneurs  ou  coseigneurs , 
notamment  aux  Adhémar,  aux  comtes  de  Toulouse  S  aux  com- 
tes de  Diois  (1270),  aux  Bésignan  (1338),  aux  d'Autane  (1480, 
1S40),  aux  Séguin,  aux  d*Agoult,  aux  Planchette  et,  dans  le 
XVIII"  siècle,  aux  Hontpezat,  héritiers  d'une  branche  des 
d'AgouU.  PiÉGON  veut  dire  montagne  de  Gui^  A'Hugon  ou  de 
Guigon,  suivant  qu'on  adopte  une  des  trois  formes  mentionnées 
ci-dessus;  l'histoire  est  muette  sur  le  compte  du  fondateur.  Ce 
nom  est  analogue  à  celui  de  Puigiron ,  près  de  Montélimar, 
Podium  Gi/raudoms  et  Podium  Gironis ,  montagne  de  Giraud 
(Adhémar)  :  ce  prénom  était  commun  dans  la  branche  des 
Adhémar  de  Grignan.  Le  fief  de  Puigiron  a  appartenu  aux  Adhé- 
mar, aux  Poitiers  (1374),  aux  Bérenger  (1546, 1660)  et  aux  de 
Bannes  qui  en  héritèrent  ^. 

Ces  deux  noms  sont  empruntés  au  même  radical  que  ceux  de 
PiÉGROS ,  sur  une  montagne  près  de  Crest ,  Podîmn  grossum  en 
1358  et  1417,  Puygros  dans  les  actes  du XVI*  siècle,  c'est-à-dire 
grande  montagne  ;  jusqu'au  règne  de  Louis  XIV ,  gros  et  grand 
étaient  synonymes,  comme  dans  Grosbois  eï  Groslée,  grand 
bois  ;  on  dit  encore  aujourd'hui  une  grosse  fortune  ;  Piedgros 
est  un  hameau  du  Trièves  ;  Piégros  a  appartenu  aux  Poitiers 
(1358),  aux  de  Lers  de  Jony  (XVIIc  siècle),  aux  la  Tour  du  Pin 
et,  en  1788,  aux  Clerc  de  la  Devèze  ;  on  peut  citer  encore  Pie- 
gui  et  Piechagut  (Podium  acutum),  montagne  ou  pic  aigu; 
pour  le  Pègue ,  voir  ci-dessus  ;  le  Poet-Célard  ,  près  de  Bour- 
deaux,  Pogetum  Selarii  en  1324,  Poet  Saalar  (Pouillé  de  Die^ 
p.  52;  pour  Céla/rd^  voir  le  §  IV),  qui  a  appartenu  aux  Mévouil- 


(1)  GuT  ÂLLABD,  Dictionnaire,  v.  Piégon;  —  Valbonnats,  t.  Il,  p.  118. 

(2)  Pour  les  de  Bannes  de  Puigiron,  voir  mes  «  Études  étymologique  » , 
p.  7. 


262  SOCIÉTÉ  b'aighéologie  et  de  statistique. 

Ion,  aux  évêques  de  Die  (1293),  aux  Poitiers  (1374  et  1421)  et 
aux  Blain ,  tombés  en  quenouille,  en  1598 ,  dans  les  de  Marcel , 
plus  tard  marquis  du  Pœt,  éteints  au  commencement  du  siècle; 
le  Poet-en-Percip  ,  près  du  Buis ,  Pœtum  demi  P&rcijAa  et  Poe- 
tum  (TAmpercipia  en  1317  (  Valbonuays,  t.  II,  p.  166  et  169)  ; 
Pogetum  de  Percipia,  Pogetum  d*Ampercip,  en  1586,  qui  a  été 
donné,  en  1317, par  Raymond  de  MéTOuillon  au  Dauphin;  dans 
le  XV«  siècle ,  ce  fief  ainsi  que  ceux  du  Poet-Si-gillat  et  d'AuIan 
appartenaient  aux  de  TEspine,  dont  une  branche  tomba  en 
quenouille,  en  1635,  dans  les  Suarez  d'Aulan  (Pi thon  Curt, 
t.  I ,  p.  400  et  t.  III ,  p.  363)  ;  les  deux  mots  «  En  percip  »  sont 
une  énigme  pour  moi  et  pour  les  personnes  auxquelles  je  me 
suis  adressé. 

Le  PoET-SiGiLLAT ,  Poctum  supra  Scmctam  Gallam  en  1317, 
doit  le  second  de  ses  noms  à  Tabbaye  de  Sainte-Galle,  aujour- 
d'hui Sainfe^Jalle ,  dont  la  patronne  habitait  Valence  dans  le 
Vie  siècle  (  le  changement  de  Sancta  Galla  en  Sigillat  parai- 
trait  surprenant ,  s*il  n'était  pas  justifié  par  des  documents  au- 
thentiques et  par  la  topographie);  le  fief  du  Poet-Sigillat  a 
longtemps  appartenu  aux  Tholon  Sainte-Jalle  ;  le  dernier  mem« 
bre  de  cette  famille ,  Jacques  de  Tholon ,  mort  en  1757 ,  eut 
pour  héritier  le  marquis  de  Jovyac;  le  Poet-Laval,  près  de 
Dieulefit,  Pogeium  Vallis,  en  1269,  et  Poietimi  ValliSj  monti- 
cule de  la  vallée ,  était  une  commanderie  de  l'Ordre  de  Saint- 
Jean  de  Jérusalem  ;  le  Pouget  ,  près  de  la  Motte  ;  Poujolas ,  près 
de  Dieulefit;  Poyols,  près  de  Luc,  Podiolum,  flef  des  évêques 
de  Die  ;  le  Puv  Saint- Martin ,  Podium  Sancti  Martini ,  où  l'on  a 
trouvé  plusieurs  fragments  d'inscriptions  romaines  recueillies 
par  M.  Vallentin  et  sur  l'une  desquelles  on  lit  le  nom  d'homme 
Volusius;  ce  flef  a  appartenu  aux  Adhémar,  aux  Taulignan 
(XVe  siècle),  aux  d'Urre  (XVb  et  XVIIe  siècles)  et  aux  de 
Rippert. 

Tous  ces  noms  et  plusieurs  centaines  d'autres  analogues  dé- 
rivent d'un  radical,  probablement  celtique,  qu'on  retrouve  dans 
les  anciens  patois  sous  les  formes  de  pui,  puy,  puig,  puech  , 
poy,  peu,  puey,  peCy  poet,  puch,  poig.py,  pouget,  etc.,  avec 
le  sens  de  pic,  montagne,  colline ,  podium ,  poium  et  pogium 


ÉTYMOIiOGIES  DES  NOMS  DE  LIEU  DE  LA  DB6iI£.  263 

eu  b.  1.,  poggioen  it.,  poyo  en  port.  Podium  voulait  dire  balcon , 
éminence,  butte,  en  1.  (icc3<t»{jia,  en  gr.).  Beaucoup  de  noms  de 
famille  ont  la  même  origine ,  notamment  celui  de  H.  le  H> 
Dupuyon  du  PiÀy^Manibrun-Rocheforty  issu  de  Hugues  du  Pcy  , 
mort  à  Peyrins  en  1267.  D*après  une  ancienne  tradition,  Ray- 
mond du  Puy  y  premier  grand  maître  de  TOrdre  de  Saint-Jean 
de  Jérusalem ,  appartenait  à  cette  famille  qui  compte  de  nom- 
breuses illustrations  :  la  branche  de  Montélimar  possède  le  ûef 
de  Rochefort  depuis  le  XV«  siècle. 

Rag,  près  de  Montélimar,  situé  sur  un  rocher,  est  appelé 
Castrum  de  Raco  en  1237, 1292  et  1333  et  quelquefois  Rcmcmti. 
Cet  ancien  fief  desÂdhémar  et  des  Poitiers  (XIV«  siècle)  ap- 
partenait ,  dans  les  XVIIe  et  WIII«  siècles ,  aux  Ripert  d*Âlau- 
zier.  Rac  et  roc  dérivent  du  même  radical  celtique  ;  roc  veut 
dire  rocher  en  éc.  et  en  irl.,  roch  en  br.  On  sait  que  le  change- 
ment de  voyelle  est  fréquent  lorsque  le  même  mot  i)asse  d*un 
idiome  dans  Tautre:  sfein^  stone,  stan  signifient  pierre,  ro- 
cher, dans  les  divers  dialectes  germaniqups.  Rac  et  roc  se  ratta- 
chent peut-être  au  s.  c.  t.  raci,  amas,  monceau  (Burnouf , 
Diction.,  p.  540)  ;  les  mots  similaires  sont  p^xia,  rocher,  en  gr., 
racar,  terres  ou  montagnes  rocailleuses,  dans  le  dialecte  de 
Fribourg;  rake,  mine,  carrière,  en  anc.  angl.;  ranc,  rocher 
ou  montagne,  en  ancien  dialecte  dauphinois;  rancum  dans  les 
actes  latins.  Ce  radical  entre  dans  la  composition  des  noms  sui- 
vants :  Aleyrac  (Drôme) ,  Mezeirac,  la  Roche  Racan,  près  de 
Tours ,  Ranc ,  le  Ranc ,  les  Rancs ,  le  Rancié ,  dans  les  Pyrénées , 
le  mont  Rachas ,  près  di  Aleyrac,  le  mont  Rachais ,  qui  domine 
Grenoble,  le  mont  Racheta  en  Bourgogne,  où  Ton  récolte 
d'excellents  vins  blancs,  etc.  Pour  Ratières,  voir  la  Rochette. 

Le  nom  de  Recoubeau  ,  près  de  Die ,  Castrum  de  Ricobel  en 
1220  (Ca/rL  de  Die,  p.  62),  Ricobellum  en  1293  et  en  1322 ,  pré-^ 
sente  une  troisième  variante  du  même  radical;  on  la  retrouve 
dans  rèque  ou  recfc,  rocher,  dans  les  idiomes  de  diverses  pro- 
vinces. Ce  nom  signifie  beau  rocher,  beau  mont.  Le  fief  de  Re- 
coubeau a  appartenu  à  Reynaud  de  Montauban  (1580  ) ,  aux  Plan 
de  Sièyes  (1766)  et  aux  Gueymard  de  Recodbeau  (1789)  qui  ont 
modifié  leur  nom  en  Roquebeau ,  plus  conforme  à  son  élymo- 


264  SOGIÉTé  d'àSCHÉOLOGIE  et  de  STiTISTIQtE. 

logie.  RocHEBAUDiN ,  près  de  Dieulefit ,  Rttpes  Baudmi  et  Roca 
Baudini,  qui  a  appartenu  aux  Poitiers  (  1374)  et  aux  Clermont- 
Hontoison  (1789),  rappelle  le  nom  d*un  possesseur  :  Baudinesi 
un  diminutif  de  Baude^  qui  vient  de  bald,  audacieux,  en  tud.; 
Baldttnn  ou  Baudouin,  audacieux  ami. 

RocHERLAVE,  daus  le  Diois,  appartenait ,  depuis  Fan  1300  en* 
viron ,  à  la  famille  de  Rastel ,  fixée  dans  le  Canada.  Ce  nom  rifp- 
pelle  celui  du  Blauenberg ,  ainsi  appelé  à  cause  de  la  couleur 
bleue  que  reflète  cette  montagne ,  vue  à  distance  [blavus ,  bleu, 
en  b.  L;  blave  en  prov.).  Rochebloine,  Rochablavona  ^  château 
fort  en  ruines,  près  de  Desaignes  (Ardèche),  parait  avoir  la 
même  étymologie.  J*ai  déjà  parlé,  dans  mon  ouvrage  sur 
V Origine  des  nom5,.p.  274  et  46S,  du  village  de  Rochechinard  , 
près  de  Saint-Jean ,  habité ,  dans  le  XV«  siècle ,  par  le  prince 
Djem  ou  Zizim  :  j'ajouterai  qu*il  est  appelé  Rocha  Chinart  dans 
un  acte  de  1174  {Cart,  de  Léoncel  p.  28) ,  que  Willelmus  Chain- 
hart  habitait  près  de  Romans  en  1245  [idem,  p.  138),  qu*il 
existe  au  nord  de  la  Hure  (Isère)  une  montagne  appelée  Pey- 
Chagnard,  c'est-à-dire  montagne  de  Chagnardy  et  que  Philippe 
Cha/nard,  qui  habitait  Chartres  en  1150,  a  donné  son  nom  au 
village  de  Levesville-la-C/ianarde i .  Rochechinard  appartenait, 
en  1243 ,  à  Arnaud  Guelin  ou  Guélis  ;  il  passa  ensuite  à  une 
branche  de  la  puissante  famille  des  Alleman;  fut  acquis  vers 
1550  par  Claude  Honier,  sergent  (huissier)  de  Rochechinard^  y 
dont  la  famille  est  éteinte  depuis  une  centaine  d'années ,  et  ap- 
partenait aux  de  Barrai  en  1740  et  en  1766.  Pour  la  Roche-àe- 
Glun  i  voir  Glun. 

RocHEFORT  en  Valdaine ,  près  de  Hontélimar,  était  un  fief  des 
Adhémar  (XII*  siècle) ,  des  Poitiers  (1374)  et  des  du  Puy-Monl- 
brun  depuis  le  XV*  siècle.  Rochefort-Sanson  ou  Samson  est  ap- 
pelé Rochifort  en  1192  et  Rochafort  en  1196;  dans  les  actes  du 


(1)  L.  Mbrlet,  Dictionnaire  lopographique  du  département  d'Eure-et- 
Loir)  p.  102. 

(2)  Archives  de  V Isère,  série  B,  liasse  N.»  2029;  —  idem  de  ta  Drôme, 
N.»  1737. 


ÉrniOLOGIES  DES  NOUS  DE  LIEU  DE  LA  DBÔIIE.  265 

XI«  siècle,  l'église  de  ce  village  est  nommée  Ecclesia  SancH 
Solutoris.  Saint  Solutor,  vulgairement  saint  Sour,  est  mi  nom 
commun  à  quatre  saints.  Quelques  personnes  ont  pensé  que  le 
mot  Scmison  .était  formé  de  Tabréviation  Sanc.^  Soi,  C'est  une 
erreur;  ce  nom  ne  paraît  pas  emprunté  non  plus  à  celui  de 
saint  Samson ,  abbé  de  Dol  en  K64  ;  il  est  sans  doute  d'origine 
celtique  »  et  on  a  trouvé ,  près  de  ce  village ,  un  jautel  en  mar- 
bre blanc  avec  cette  inscription  :  MARTI.  AVG.  RVDIANO. 
Samson  paratt  être  le  nom  originaire,  et  Roche  fort  (synonyme 
de  château  fort,  voir  Pterrelate)  ne  dater  que  de  l'époque  de  la 
féodalité.  Dans  le  pays,  on  désigne  généralement  ce  village 
sous  le  nom  unique  de  Samson;  il  formait  autrefois  deux 
paroisses. 

Je  n'ai  pu  découvrir  dans  aucun  texte  celtique  ou  néo-celtique 
la  racine  du  nom  de  Samson  ,  commun  à  plusieurs  localités 
situées  sur  une  montagne  ou  entre  deux  montagnes.  On  peut 
citer  Samson  qui  domine  Saint-Péray,  Sampson  ou  Sampzon , 
près  de  Vallon  (Ardècbe),  dont  il  est  question  dans  les  actes  du 
IX«  siècle ,  et  que  M.  l'abbé  Rouchier  croit  avoir  été  construit 
sur  l'emplacement  d'un  oppidum  gaulois;  Sam^ons  (B.-Pyré- 
nées) ,  Sanzos  dans  le  XII«  siècle;  Podium  Sa/nsso  (Dordogne) , 
mentionné  dans  les  anciens  actes  ;  les  gorges  de  Sansom,  entre 
Namur  et  Liège.  Le  fief  de  Roche  fort  appartenait  déjà ,  en  1150 , 
à  une  famille  de  ce  nom ,  tombée  en  quenouille  dans  les  Beau- 
mont  en  1380  ;  vers  1718 ,  il  fut  acquis  par  les  Hichel-du-Sozey , 
anoblis  dans  le  XVII«  siècle  et  éteints  vers  1800  dans  la  personne 
de  la  présidente  de  la  Coste ,  mère  de  Madame  Lancelin  de  la 
Rollière  ;  les  la  Rollière  se  sont  éteints  eux-mêmes  en  1863  dans 
la  famille  de  Vachon ,  orginaire  du  Puy. 

RocHEFOURCHAT ,  près  de  la  Motte,  Rochaforchat  en  1199, 
appartenait  en  1766  à  Madame  Durey  de  Noinville.  Ce  village 
doit  son  nom  soit  à  deux  rochers  ou  aiguilles  appelées  vulgaire- 
ment fourches ,  soit  à  une  gorge  ou  défilé ,  appelé  fu/rgge  en 
patois  suisse  :  voir  le  g  V,  v.  Fourcinet,  Rochegude,  près  de 
Bollène,  Castrum  de  Rupe  acuta  en  1284,  Roca  acuta  en  1236 , 
n'a  pas  besoin  d'explication  ;  cet  ancien  fief  des  Adhémar  qui  a 
appartenu  longtemps  aux  la  Baume -Suze,  a  passé,  dans  le 


266  SOCIÉTÉ  d'archéologie  et  de  statistique. 

XVII«  siècle ,  aux  Blocard ,  en  1693  à  Charles  d'Âmoult,  et,  dans 
le  XVIIIe  siècle,  aux  Robert  d'Aqueria  ou  d'Âcquéria ,  marquis 
de  Rochegude.  Le  territoire  de  ce  yillage  offrait  une  anomalie 
bizarre  :  il  dépendait  pour  deux  tiers  de  la  monarchie  française 
et  pour  un  tiers  du  Comtat-Venaissin ,  ce  qui  avait  pour  cause 
la  différence  des  hommages  prêtés  par  les  premiers  seigneurs. 
La  dominatioQ  était  indivise ,  mais  les  sujets  ou  justiciables  de 
chaque  coseigneur  étaient  distincts  et  divisés  en  Dauphinois 
et  en  Comtadins ,  de  sorte  que  la  personnalité  décidait  de  la 
compétence  civile  et  criminelle.  Ces  diverses  questions  furent 
réglées  dans  une  transaction  intervenue  en  1630  entre  les  trois 
coseigneurs  qui  possédaient  alors  ce  fief. 

La  Roche-Saint-Spxret ,  près  de  Taulignan,  a  appartenu  aux 
Adhémar  de  Grignan,  aux  Poitiers  (XIV«  et  XVe  siècles) ,  aux 
Faure  de  Bologne  et  aux  de  Mantin ,  du  Comtat  (XV1I«  et  XVIII* 
siècles  ) .  Le  nom  de  Smnt  Secret  ne  figure  pas  sur  le  catalogue 
des  saints.  Enfin,  pour  épuiser  les  noms  empruntés  au  radical 
roc ,  mentionnons  la  Boche-sw^Buis ,  la  Roche^sii/r-Grane ,  an- 
cien fief  des  Poitiers ,  qui  appartenait ,  dans  le  siècle  dernier, 
aux  Beaumont  d*Autichamp,  et  la  Roghette,  près  de  Crest, 
érigée  en  marquisat ,  en  1693 ,  sous  le  nom  de  Pluvinel ,  en  fa- 
veur de  Joseph  de  la  Baume  de  Pluvinel. 

Ratières,  près  de  Sainl-Vallier,  de  Rateriis  en  1284,  Rathe- 
riae  en  1493,  de  Rateruâ^  a  appartenu  en  1284  à  la  famille  de 
Moirenc  (Valbonnays,  t.  II,  p.  17) ,  aux  Bressieu  (1680)  et  aux 
de  la  Porte  (1789).  Ce  nom,  comme  ceux  de  Ratière  (Hautes- 
Alpes),  de  Château-Ratier^  près  de  Valréas,  et  Ae  Château- 
Ratier,  près  de  la  Mure  (Isère),  chef-lieu  d'un  mandement 
composé  de  cinq  paroisses,  est  d'origine  celtique.  Rath  veut 
dire  colline  et  quelquefois  plateau^  en  irl.  et  en  k.;  raith,  lieu 
fortifié,  en  anc.  irl.,  correspond  au  ratin  (lieu  retranché)  de 
l'inscription  gauloise  du  menhir  de  Vieux-Poitiers  *.  Les  quatre 
villages  cités  plus  haut  sont  dominés  par  d'anciens  ch&teaux 
forts. 


(l)  PiCTBT,  Nouvel  Essai,  p.  43;  —  R.  de  Bblloguet,  Éthnogénie,  t.  I, 
p.  221. 


ÉTTHOIiOGIES  DES  NOMS  DE  LIBt  DE  LA  DBÔME.  267 

Sahunb  ,  près  de  Rémuzat ,  adossé  à  une  montagne  escarpée , 
est  appelé  Ansadunaen  1381,  Ansechma  en  1284,  Asseduna 
en  1300,  Anceztma^.  D*après  Guy  Allard^  et  M.  Tabbé  Isnard  ^, 
ce  bourg  est  le  berceau  de  l'illustre  famille  d'Ancezime  de  Ca- 
derousse  (de  Ancedimo),  connue  depuis  1080.  Ce  fief  appar- 
tenait aux  Poitiers  (Xy«  siècle),  aux  Pape  de  Saint-Âuban 
(XVIIe  siècle)  et  aux  Pourcet,  du  Pont-Saint-Esprit,  repré- 
sentés, il  y  a  quelques  années,  par  H.  Pourcet,  baron  de 
Sahune^  conservateur  des  forêts  de  la  couronne.  On  trouve , 
dans  la  seconde  partie  du  nom  latin  de  Sahunb  ,  le  dunum 
(hauteur,  lieu  fortifié)  dont  il  va  être  question  au  mot  Tain: 
quant  à  la  première  partie  du  mot,  en  présence  de  ses  formes 
diverses ,  il  est  difficile  d'en  déterminer  le  sens  précis.  C'est 
peut-être  un  radical  celtique  qu'on  retrouve  dans  les  anciens 
noms  de  lieu  sous  les  formes  i'assia  et  essia ,  ruisseau ,  cours 
d'eau ,  comme  dans  Benassis  et  Bœiassis ,  bonne  fontaine ,  Ma- 
lassis,  mauvaise  fontaine,  etc.  Sahune,  qui  est  sur  les  bords  de 
YEygues,  voudrait  dire  alors  montagne  de  la  rivière.  Pour  San- 
ton ou  Samson ,  v.  Rochefort. 

Il  a  été  question  du  mot  Serre,  v.  Donzère;  on  le  retrouve 
dans  Serre-Méan,  ancienne  église  dans  les  environs  de  Crest , 
de  Seromedio  vers  le  XI V»  siècle,  montagne  du  milieu,  qui  est 
au  milieu.  Socspierre,  près  de  Dieulefit,  est  dominé  par  de 
hauts  rochers  taillés  à  pic.  Ce  fief,  appelé  Sopeira  en  1219,  a 
appartenu  aux  Poitiers  (1374)  et  aux  Lattier  (1675  et  1766). 
SoYANS,  près  de  Crest,  est  appelé  Soianum  et  Soyantium  dans 
les  actes  latins;  Stephanus  de  Soiantz  vivait  en  1200  (Ca/rt.  de 
Die,  p.  52).  M.  l'abbé  Vincent  pense  que  Soyans  est  peut-être 
le  Saœiacum  octroyé  en  890  par  Louis  IV  à  l'évêque  de  Va- 
lence, en  même  temps  que  Saou.  Cette  opinion  me  paraît  très- 
probable  :  Saxiacum  (de  saxum,  rocher,  montagne)  serait 


(1)  Valbonnays,  t.  II,  p.  48,  102,  106. 

(2)  Dict.  du  Dauphiné,  t.  II,  p.  523. 

(3)  Bulletin  arch.,  1866,  p.  54. 

(4)  L'abbé  Chevalibb,  Fouillé  de  Die,  p.  47.  —  Mean  Teat  dire  pierre , 
rocher  en  br. 


268  soGiÉTé  d'âbghéologie  et  de  statistique. 

alors  la  traduction  latine ,  tombée  plus  tard  en  désuétude ,  du 
nom  celtique  de  Soyafis.  Il  parait  être  une  simple  variante 
de  Soyons  (Ardèche) ,  Soionus  à  Tépoque  romaine,  d'après  une 
inscription  consacrée  :  DEAE  SOIONI  ^  Soyons  est  appelé 
Subdio  dans  le  X«  siècle  et  Soionum  dans  le  XI«  siècle  ^ 
et  Subdio  en  1338.  Soyoms,  Soyons  et  le  Mans,  Subdmimi 
dans  les  itinérmres^  Subdunum  dans  le  moyen  âge,  sont  tous 
trois  dominés  par  une  montagne.  Les  formes  Subdio,  Sub- 
dmum  (sur  ou  sous  la  hauteur,  y.  Tain)  paraissent  être  la 
traduction  latine  du  nom  gaulois  Soionum,  qui  a  fini  par  pré- 
valoir :  il  était  sans  doute  emprunté  à  une  racine  celtique  rap- 
pelant l'idée  de  montagne ,  mais  dont  je  n'ai  pas  trouvé  d'autres 
traces.  Le  fier  de  Soyans  a  longtemps  appartenu  aux  Poitiers  : 
en  1717,  il  fut  érigé  en  marquisat  avec  plusieurs  autres  villages, 
en  faveur  des  la  Tour-Hontaubau ,  et  en  1793  le  château  fut 
piUé  et  brOlé. 


(1)  L'abbé  Roughibr,  Histoire  du  Vivarais,  1. 1,  p.  134. 

(2)  l'abbé  Ghevalieh,  Cart.  de  Samt-Chaffre ,  p.  9. 


(A  cmtinmr.)  Bo»  de  COSTON. 


-ooï^fœ- 


ESSAI  ttlSTOBlQUE  SDR  LA  BAROlfNIE  DE  CLÉRIEU.  2G9 

ESSAI  HISTORIQUE 

SUR 

LA  BARONNIE  DE  CLÉRIEU 

ET  SUR 

LES  FIEÏS  QUI  EN  ONT  DÉPENDU  (0- 


CHAPITRE  II. 


Clérleu  sou»  le»  Poltler»  (Suite). 


Ainsi  que  nous  l'avons  déjà  vu ,  l'ancienne  église  paroissiale 
de  Sainte-Catherine ,  construite  sur  une  éminence  à  côté  du 
château,  dispanit  avec  lui  dans  le  courant  du  XVI«  siècle.  Elle 
appartenait  au  chapitre  de  Saint-Barnard  de  Romans,  comme 
la  plupart  des  égUses  voisines.  Le  8  juillet  4230,  Amédée  Moine, 
MonacuSf  habitant  de  Clérieu,  un  des  hommes  riches  et 
puissants  de  la  contrée ,  quoique  çl^ms  son  testament,  conservé 
aux  archives  de  la  Drôme,  il  ne  prenne  aucune  qualification  nobi- 
liaire ,  n'oublie  pas ,  parmi  ses  nombreux  legs  pieux ,  Sainte- 
Catherine  et  Saint-Bardoux  ;  il  jionne  à  la  première ,  pour 
son  anniversaire ,  qui  sera  célébré  avec  quatre  prêtres  et  qua- 
tre clercs ,  plusieurs  sétiers  de  blé  et  diverses  censés ,  soixante 
sous  destinés  à  l'achat  d'une  chape,  une  redevance  de  trois 
émines  de  froment ,  de  dix-huit  deniers  et  d'une  poule  consa- 
crée à  l'entretien  d'une  lampe  qui  brûlera  perpétuellement  en 


(t)  Voir  3-  Uvralson ,  p.  273,  4«  livr.,  p.  16, 6*  livr.,  p.  253,  8-  livr.,  p.  5Ô. 
tf  livr.,  p.  405,  12* livr.,  p.  39,  13«  Hvr.,  p.  127. 

Tome  IV.  — 1869.  18 


270  SOCIÉTÉ  d'aichéologie  bt  de  statistiqvs. 

rhonuenr  du  défunt ,  de  dix-huit  deniers  pour  le  luminaire  de 
Notre-Dame  ;  à  la  confrérie  du  Saint-Esprit  de  Clérieu ,  qui  doit 
prier  pour  le  donateur  et  les  siens,  la  propriété  d*une  vigne  avec 
les  vases  vinaires  servant  à  enfermer  la  récolte,  à  la  charge  de 
fournir  à  la  paroisse  un  quartaut  de  bon  vin  pour  les  messes; 
à  la  confrérie  de  Sainte*Catherine  du  même  lieu  une  émine  de 
froment  et  six  deniers  par  an.  De  son  côté,  Saint-Bardoux  aura 
droit  à  une  rente  de  sept  sous,  six  sétiers  de  seigle  et  trois  émines 
de  froment,  à  la  condition  de  faire  chanter  Tanniversaire  d*A- 
médée  Moine  et  de  son  père  par  sept  chapelains  et  sept  clercs  ; 
ce  qui  prouve  que  le  clergé  de  Saint-Bardoux  était  plus  consi- 
dérable que  celui  qui  desservait  Sainte-Catherine.  A  cette  occa- 
sion, les  honoraires  de  chaque  chapelain  sont  fixés  à  douze  de- 
niers, ceux  de  chaque  clerc  à  quatre  deniers,  et  une  distribution 
de  blé  sera  faite  aux  pauvres.  La  même  église  reçoit  un  marc 
d'argent  pour  un  calice.  Enfin,  la  maladrerie  de  Beaumont 
«  domus  infirmorum  de  Belmont  »  est  déchargée  d'une  censé 
d'une  émine  de  seigle  due  au  défunt.  Cet  Amédée  Moine,  qui 
disposait  d'un  certain  nombre  de  serfs  et  ordonnait  que  l'on 
remit  à  un  de  ses  clients  «  uno  clienti  »  (vassal  ou  serviteur) 
cinq  cents  sous  pour  accomplir  à  sa  placele  voyage  d'outre-mer, 
dont  il  avait  fait  sans  doute  le  vœu ,  était  peut-être  un  descen- 
dant d'un  Lantelme  surnommé  Monacus ,  qui  prend  part  à  la 
donation  de  l'église  de  Saint-Jean  de  Ch&tillon  dont  nous  allons 
bientôt  parler.  Le  nom  de  Monacus  ^  Monachi^  Moyne,  Moine  ^ 
selon  que  les  actes  sont  contractés  en  latin  ou  en  français,  se 
montre  en  Dauphiné  à  des  intervalles  assez  éloignés  pour  qu'il 
soit  impossible  d'établir  entre  les  divers  individus  qui  l'ont 
porté  une  filiation  certaine,  ou  même  une  origine  commune. 
Pierre  Monacus  habitant  Clérieu  et  prenant  la  qualité  de  damoi- 
seau en  1240  et  1241  est  mentionné  dans  des  chartes  faisant  par- 
tie du  fonds  de  Vernaisoni.  Poncet ,  Jean  et  Vincent  Monachi 
possédaient  des  fiefs  au  mandement  d'Avallon  (1339).  On  trouve 
en  1484  Jean  Monachi  au  nombre  des  nobles  de  cette  localité. 


(1)  Arcfa.  de  la  Drôme. 


ESSAI  HISTORIQUE  SUE  LA  BARONNIE  DE  CLÉBIEU.  274 

En  1{(33  Jean  Honachi  avait  pour  femme  Jeanne  Peloux.  Jean 
Moyne  exerçait  en  4493  à  Croses  les  fonctions  de  notaire,  ce  qui 
avant  i'édit  de  1850  ne  constituait  pas  une  dérogeance.  Un  autre 
Jean  Hoyne  percevait  au  même  lieu,  au  siècle  suivant,  des  rentes 
nobles.  Enfin,  en  1868,  Françoise  Moyne  apporta  Théritage  de  sa 
maison  à  la  branche  des  d'Ui^e,  établie  à  Croses  ^ 

C'est  sans  doute  des  matériaux  de  cette  ancienne  église  de 
Sainte-Catherine  que  provient  le  curieux  monument  dont  nous 
offrons  ici  le  fac-similé ,  grâce  à  Fextrème  obligeance  de  son 
possesseur  M.  Joseph  Ollat,  maître  dliAtel  à  Clérieu,  qui  a 
bien  voulu  nous  le  confier;  ce  qui  nous  a  permis  de  le  faire  re- 
produire ,  dans  les  conditions  les  plus  favorables ,  par  la  photo- 
graphie d'abord,  ensuite  par  la  gravure  sur  pierre. 

Ce  bas-relief,  dont  on  doit,  selon  nous,  placer  la  date  vers  le 
XII«  siècle ^  est  en  pierre  de  taille  dite  mollasse  extraite  des 
carrières  de  la  localité.  Sa  hauteur  est  de  78  centimètres  sur  82 
de  largeur  et  12  d'épaisseur.  Échancré  au  sommet,  de  façon  à 
faire  supposer  qu'on  s'en  est  servi  comme  de  meule  à  aiguiser 
les  couteaux ,  il  présente  encore  cette  particularité  que  la  tran- 
che droite  est  creusée  par  une  profonde  rainure.  Vêtus  d'un 
vêtement  à  longs  plis  recouvert  par  un  manteau  court  attaché 
au  cou ,  deux  personnages  sont  assis  en  face  l'un  de  l'autre  sur 
des  sièges  à  un  seul  pied.  Le  personnage  placé  à  gauche  a  une 
croix  gravée  sur  l'épaule  droite  et  tient  dans  ses  mains  un  objet 
assez  fruste  qui  semble  être  un  de  ces  simulacres  d'édifice  fré- 
quents dans  les  monuments  de  l'époque,  indiquant  toujours  une 
fondation.  L'homme  assis  à  droite  tient  la  main  droite  élevée, 
comme  pour  jurer  de  maintenir  sa  donation ,  tandis  que  sa 
gauche  pend  sur  sa  cuisse.  Les  orbites  des  yeux,  creusés  avec 
un  instrument,  laissent  paraître  encore  des  traces  du  ciment  qui 


(1)  Notes  de  Moulinet.  —  Àrch.  de  la  Ch.  des  Comptes  de  Dauph.  —  Pi- 
thon  CuBT ,  yerbo  Vrre. 

(2)  M.  Perret  de  la  Menue,  architecte  à  Lyon ,  auqael  nous  aTions  comma- 
niqué  la  photographie  de  ce  monument ,  nous  a  fait  part  d'un  intéressant 
mémoire  dans  lequel  il  estime  que  le  bas-relief  remonte  au  IX*  ou  X* 
siècle, 


272  SOCIÉTÉ  d'archéologie  et  de  statistique. 

servait  à  retenir  des  globes  d'une  matière  différente,  usage  re- 
montant à  une  haute  antiquité  i.  Entre  les  deux  têtes  se  trouve 
un  nom ,  peut-être  celui  du  sculpteur,  quoique  Ton  ne  rencontre 
guère  alors  de  faits  de  ce  genre  ;  peut-être  aussi  faut-il  y  voir 
les  prénoms  de  deux  témoins.  Sous  les  pieds  des  contractants 
la  date  de  1780,  selon  toute  apparence  celle  de  la  construction 
de  la  maison  dans  laquelle  nous  avons  vu  récemment  encore  la 
pierre  encastrée.  Cette  scène  est  encadrée  dans  une  bordure 
décorée  d'unchapelet  de  perles ,  tel  qu'on  en  voit  sur  un  cer- 
tain nombre  de  monuments  antiques.  A  la  partie  inférieure  de 
la  pierre  est  gravée  une  inscription  difficile  à  rétablir ,  soit  à 
cause  des  lettres  effacées  par  le  temps ,  soit  peut-être  surtout  en 
raison  d'inintelligentes  restaurations.  Elle  rappelle  quelque  trait 
pour  nous  inconnu  de  la  vie  d'un  des  Sîlvion  de  Clérieu.  M.  H. 
Morin-Pons  et  M.  André  Steyert,  l'un  des  éditeurs  érudits  de 
Y  Histoire  des  comtes  de  Forets  de  la  Mure,  l'interprètent  ainsi  : 

SILVIVS  FVNDAVIT  (en  abréviation)  V  G 
VS  MAGISTER  (RECEPIT). 

Il  s'agirait  alors  d'une  fondation  faite  par  Silvion  en  faveur 
de  l'ordre  du  Temple  et  reçue  par  un  grand  maître  ou  un  com- 
mandeur du  nom  de  Hugues.  Le  costume  du  persoimage  tenant 
l'édifice  offre ,  en  effet ,  une  frappante  analogie  avec  celui  des 
Templiers  dans  leur  maison ,  et  si  la  croix  a  passé  de  l'épaule 
gauche  sur  l'épaule  droite,  c'est  que  sans  celte  modification  elle 
demeurerait  invisible  pour  le  spectateur.  Il  est  vrai  que  l'indi- 
vidu à  la  main  levée ,  qui  pour  nous  représente  Silvion,  est  vêtu 
de  même,  quoiqu'il  ne  porte  pas  la  croix.  Les  Clérieu ,  dont  la 
politique  prétendait  tenir  à  tout  et  qui  eurent  des  sacristains  de 
Saint-Barnard  de  Romans  et  des  abbés  de  Saint-Félix  de  Valence, 
auraient-ils  aussi  endossé  le  manteau  blanc  des  chevaliers  du 
Temple?  Il  nous  est  parvenu  fort  peu  d'indications  sur  l'histoire 
éphémère  des  établissements  des  Templiers  en  Dauphiné.  Mais 
on  sait  que  là  comme  partout  leurs  biens  passèrent  à  l'ordre  de 
Saint- Jean  de  Jérusalem. 


(l)  WiNKELMANN,  Hist,  de  VaH  chez  les  anciens.  Paris,  1802,  in4",  t.  I", 
p.  IGl ,  t.  II,  p.  92,  95.  —  MiLLiN,  Dict,  (les  beaux- arts,  verbo  Œil. 


ESSAI  HISTORIQUE  SUR  LA  BARONNIE  DE  CLÉRIEU.'  273 

L'autre  pierre,  gravée  sur  la  seconde  planche  et  provenant 
sans  doute  aussi  des  ruines  de  Sainte-Catherine,  reproduit  les 
armoiries  des  Velheu ,  ancieime  maison  de  Clérieu  depuis  long- 
temps éteinte.  (De à  deux  croissants  adossés  de....  au  chef 

de....  1).  Cette  pierre  appartient  également  à  H.  Ollat.  Les  orne- 
ments accompagnant  le  blason  indiquent  le  XV«  siècle ,  épo- 
que à  laquelle  Romanet  de  Velheu  était  administrateur  de  Téglise 
épiscopale  de  Saint-Paul*-trois-Oh&teaux. 

Enfin  le  N.o  3  représente  le  sceau  de  Silvion  de  Clérieu  faisant 
partie  du  Cabinet  de  M.  Morin-Pons  et  dont  nous  avons  donné 
la  description  à  la  Qn  de  notre  premier  chapitre. 

Après  la  destruction  de  Sainte-Catherine ,  l'église  actuelle  de 
Clérieu,  dédiée  autrefois  à  Notre-Dame ,  à  ce  que  nous  apprend 
M.  Fabbé  Vincent ,  devint  à  son  tour  paroissiale ,  héritant  du 
vocable  de  l'édifice  qu'elle  remplaçait.  A  l'intérieur  et  à  l'exté- 
rieur des  murailles  de  ce  monument  d'un  assez  pauvre  style,  on 
aperçoit  encore  des  vestiges  de  la  litre  seigneuriale  aux  armes 
de  sa  maison  que  le  président  de  Chevrières  y  fit  peindre  au 
XVIIe  siècle,  comme  seigneur  haut  justicier.  La  chapelle  Saint- 
Jacques  sous  le  clocher  reconnaissait  à  la  même  époque  pour 
patrons  les  seigneurs  du  Houchet,  de  la  maison  d'iserand.  En 
f^ce  de  Clérieu,  de  l'autre  côté  de  l'Herbasse,  s'étend  le  cime- 
tière abandonné  de  Saint-Michel. 

Saint-Bardoux,  Sanctus  Bardulphus,  qui  forme  aujourd'hui 
la  seconde  paroisse  comprise  dans  la  commune  de  Clérieu,  était 
un  prieuré  de  l'ordre  de  Saint  Benoit  dépendant  de  l'abbaye  de 
Saint-Pierre  de  Vienne;  il  en  est  question  en  844  dans  une 
lettre  deBernoin,  archevêque  de  Vienne.  Ruiné  en  1278,  il  fut 
rétabli  deux  ans  après  par  les  soins  de  la  dauphine  Béatrix  et 
de  Roger  de  Clérieu ,  qui  lui  attribua  les  biens  de  la  maladrerie 
de  Beaumont.  Dans  les  premières  années  du  XVni«  siècle,  Saint- 
Bardoux  fut  uni  à  la  manse  capitulaire  de  Saint-Maurice  de 


(i)  On  retrouve  ces  armoiries  à  la  clé -de  voûte  d'une  des  chapelles  de 
l'église  de  Chanos  :  d'azur  à  deux  croissants  d'or  au  chef  de  même.  C'est 
ainsi  que  M.  de  Rivoire  La  Bâtie  les  décrit  dans  son  Armoriai  du  Dauphine. 


274  SOCIÉTÉ  d'archéologie  et  de  statistique. 

Vienne  ^  Le  43  avril  1647,  messire  Pierre  Vallier,  prieur  de 
Saint-Bardoux,  fut  condamné  par  sentence  du  bailliage  de  Grai- 
si vaudan ,  malgré  la  prescription  centenaire  invoquée ,  à  passer 
reconnaissance  à  Jean  de  La  Croix,  baron  de  Clérieu,  de  toutes 
les  censés  et  rentes  que  ledit  prieur  percevait  dans  le  mande- 
ment. 

La  chapelle  Saint-Baudile  est  mentionnée  dans  la  charte  205 
du  cartulaire  de  Saint-Bamaidy  passée  selon  M.  Giraud  entre 
4088  et  4119.  Dans  le  voisinage  de  ce  vieil  édicule  jaillit  une 
fontaine  visitée  par  de  nombreux  fiévreux  qu'une  superstition 
locale  amène  pour  y  subir  une  singulière  épreuve.  Si  l'objet  jeté 
par  eux  dans  la  source  remonte  à  la  surface ,  il  annonce  un 
prompt  rétablissement.  Dans  le  ca^  contraire,  on  doit  désespérer 
de  la  guérison.  Sur  Saint-Bardouxse  trouve  encore  l'ancien  cime- 
tière rural  de  Saint-Pierre  de  Meuillon. 

Le  territoire  de  Clérieu  a  possédé  autrefois  plusieurs  autres 
paroisses ,  Saint-André  de  Royon  et  Saint-Pierre  de  Vorassier, 
dont  la  destruction  remonte  à  des  temps  bien  lointains,  enfin 
Saint-Jean  de  Chfttillon  sur  THerbasse.  Cette  église  en  ruines^  au 
sommet  d'une  colline  que  l'on  aperçoit  à  sa  gauche  quand  ou  va 
de  Chanos-Curson  à  Romans ,  est  tombée  comme  tant  d'autres 
dans  les  guerres  du  XVI«  siècle.  On  ignore  l'époque  de  sa  fon- 
dation. Le  N.o  19S  du  cartulaire  de  Saint-Barnard  fait  bien  men- 
tion d'une  église  de  Saint-Jean  de  Châtillon  donnée  au  chapitre 
de  Romans  par  Rostagnus  et  Rodendus,  fils  de  Monaldus ,  ainsi 
que  par  Monaldus  fils  d'Ardouin,  avec  l'approbation  du  pape 
Alexandre  II.  Le  6  des  ides  de  juin  4064,  Lantelme  surnommé 
Monacus ,  mari  de  la  sœur  duditMonaldus,  rendait  à  Saint-Barnard 
la  moitié  des  dîmes  de  cette  église.  Mais,  malgré  la  présence  du 
seigneur,  Guillaume  de  Clérieu,  qui  fit  apposer  son  seing  au  bas  de 
Tacte,  M.  Emile  Giraud  pense  qu'il  s'agit  ici  non  pas  de  Saint- Jean 
de  Châtillon  au  mandement  de  Clérieu ,  mais  «  de  la  commune 
actuelle  de  Châtillon-Saint-Jean,  qui  a  remplacé  l'ancien  Saint- 


Ci)  Balczb,  Capilularia.  —  Baun-Durano,  J^icitonnatre  ecdésiastiquede 
Dauphiné  (inédit). 


ESSAI  HISTOftIQOB  SVH  LÀ  BABONIflE  DE  CLÉRIEC.  275 

Jean  d'Octavéon.  >  Quoi  quTil  en  soit ,  dans  la  reconnaissance 
générale  du  93  janyier  1499  Saint-Jean  de  Ch&tillon  sur  THer- 
basse  est  indiqué.  A  côté  de  Téglise  il  y  avait  un  petit  château» 
chdiillon^  dont  elle  avait  retenu  le  nom.  Ce  manoir  appartenait 
en  4357  à  noble  Reymond  de  Sancto  Martio ,  qui  avait  épousé 
Guillemette ,  fille  de  noble  Jean  de  Cugno ,  dont  il  eut  un  fils 
nommé  Jean.  Dès  1930  apparaissent  dans  le  mandement  de  Clé- 
rieu  les  Sancto  Martio  y  Sancto  Meroio^  Saint-Mars j  qui  s'effa- 
cent avec  le  XVI«  siècle.  Quant  aux  de  Cugno ,  ils  habitaient 
Châteauneuf-d'Isère  en  1510.  Le  fief  de  Ch&tillon  surFHerbasse 
était  au  XVIII«  siècle  la  propriété  des  du  Poisle,  notaires  à  Clé- 
rieu,  qui  en  prirent  le  nom.  Leur  héritière  l'apporta  aux  Tardi- 
von.  La  maladrerie  de  Beaiimont,  qui  fut  unie  au  prieuré  de 
Saint-Bardoùx ,  était  probablement  située  à  Textrémité  de  la 
commune  de  Clérieu ,  près  des  limites  de  celle  de  Beaumont- 
Monteuxi.  Dans  le  même  quartier  on  voit  encore  les  ruines  de 
la  chapelle  Saint-Maurice  qu*en  918  Fortunius,  abbé  de  Sainl- 
Barnard  de  Romans,  céda,  à  titre  d'usufruit,  àRicfroi,  qualifié 
nohiliSy  à  Hélène,  sa  femme,  et  à  celui  de  leurs  enfants  qui  se 
ferait  moine  dans  cette  abbaye  2. 

(A  continuer.)  Anatole  de  GALLIER. 


(1)  GiRAUD,  Essais,  t.  H,  p.  60. 

(2)  Cartulaire  de  Saùit-Bamard,  N.*  36.  De  ecctesia  Saneti  Maurieii  de 
Cassedono  de  Prestario. 

Nous  avons  témoigné  dans  notre  premier  chapitre  le  regret  de  n'avoir  pa 
prendre  connaissance  d'an  manuscrit  rédigé  par  Guy  Allard,  dans  les  der- 
nières années  de  sa  vie,  et  dont  l'existence  nous  avait  été  signalée,  mais 
dont  les  traces  semblaient  perdnes.  Arec  une  obligeance  pour  laquelle 
nous  ne  saurions  trop  le  remercier,  M.  Adolphe  Rochas,  plus  heureux  que 
nous  dans  ses  recherches  à  cet  égard,  veut  bien  nous  communiquer  lei  1 

détails  suivants  extraits  de  l'ouvrage  en  question  *: 

«  Quant  à  votre  tableau  généalogique  des  Giérien ,  je  n'y  trouve  à  relever 
que  deux  personnes  :  1*  Guillaume,  seigneur  en  980  et  mort  en  1025,  eut  I 

un  flls  nommé  Roger,  lequel  fut  maintenu  en  possession  par  l'Empereur  en 
1038  (il  y  a,  je  crois,  trop  d'intervalle  entre  vos  Guillaume  I*'et  GuiUaume  11); 
2"  la  sœur  de  GratepaiUe  se  nommait  Béatrix  et  fut  mariée  à  Pierre  de 
Bermond  d'Anduze,  dont  le  ûls,  Guillaume,  fit  saisir  la  terre  de  Clérieu  pour 
paiement  de  la  dot  de  sa  mère.  Guy  Allard  dit  que  Roger,  frère  de  Béatrix, 


276  SOCIÉTÉ  d'irghéologie  et  de  statistique. 


eut  deux  fils,  Roger  et  Sylviou,  lesquels  payèrent  ladite  dot,  etqiie  la  terre 
de .  Clérieu  leur  fut  rendue  par  un  traité  du  jour  de  la  fête  de  la  Sainte- 
Croix  1251.  Vous  placez  ces  deux  personnages  à  un  degré  plus  bas.  — 
J'ajoute  que  Roger,  qui  testa  en  1303,  avait  fait  un  premier  testament  le  3 
des  ides  de  juillet  1279,  dans  lequel  il  lègue  La  Roche  et  Glérieu  à  son  fils 
Richard.  Ce  n'est  pas  le  même  que  Guichard.  » 

Quiconque  a  eu  une  fois  sous  les  yeux  les  autographes  de  .quelques-unes 
des  nombreuses  généalogies  dressées  par  Guy  Allard,  a  été  frappé  des  ra- 
tures; des  surcharges,  des  contradictions  et  des  Yariantes  successives  dans 
la  filiation  d'une  'même  famille.  Cet  auteur  a  été  même  quelquefois  accusé 
d'aider  un  peu  d  l'histoire,  là  où  les  documents  faisaient  défaut.  Nous  avons 
eu  mainte  occasion  dans  le  présent  travail  de  signaler  de  sa  paft  de  mani- 
festes erreurs.  L'existence  de  Roger,  fils  de  Guillaume  I*%  s'accorde  diffici- 
lement avec  le  N.*  190  du  Cartulaire  de  Samt-Bamard  énumérant  les  prédé- 
cesseurs de  Guillaume  11.  D'un  autre  côté,  nous  craignons  que  la  prétendue 
sœur  de  Gratepaille,  Béatrix,  mariée  à  Pierre  de  Bermond  d'Anduze ,  ne  soit 
la  même  personne  que  Josserande  de  Poitiers-Valentinois,  petite-fille  d'une 
Glérieu  et  femme  de  Pierre  de  Bermond  d'Anduze,  auquel  elle  apporta  la 
seigneurie  de  La  Voulte.  Les  prétentions  de  leur  fils,  que  Guy  Àllard  appelle 
Guillaume,  et  l'inventaire  de  la  Chambre  des  Comptes  Roger,  venaient  de 
Fhilippa,  aïeule  de  celui-ci,  et  ne  pouvaient  avoir  pour  objet,  qomme  nous 
l'avons  vu,  que  la  parerie  de  Glérieu  sortie  depuis  un  certain  nombre 
d'années  de  la  maison  de  ce  nom  et  que  les  Poitiers  conservèrent  encore 
longtemps.  L'acte  de  1251  dont  nous  avons  donné  l'analyse  d'après  l'inven- 
taire déjà  cité,  présente  un  sens  bien  différent  de  celui  qu'indique  AUaitl. 
Peut-être,  au  contraire,  a-t-il  raison  en  ce  qui  concerne  la  descendance  de 
Roger  II.  Arrivé  à  ce  point  obscur  de  notre  récit,  n'ayant  plus  pour  guide 
que  des  informations  de  seconde  main  n'offrant  pas  partout  une  parfaite 
concordance ,  nous  avons  avoué  ingénuement  nous-même  notre  embarras 
et  nos  hésitations. 

Assez  favorisé  du  sort  pour  pénétrer,  au  grand  profit  de  la  science,  dans 
les  sanctuaires  jusqu'ici  les  mieux  gardés,  M.  l'abbé  Chevalier,  pour  lequel 
les  archives  de  l'ancienne  Chambre  des  Comptes  de  Dauphiné  ne  conser- 
veront bientôt  plus  de  secrets,  nousdoimera  un  jour,  espérons-le;  la  solu- 
tion définitive  de  tous  ces  pj^dblèmes.  £n  attendant,  dans  une  brochure 
toute  récente,  intitulée  Inventaire  des  archives  des  Dauphins,.,,  avec  table 
alphabétique  et  pièces  Inédites,  Paris,  1869,  in -8",  il  publie  ou  mentionne 
diverses  chartes  relatives  aux  Clérieu  dont  nous  aurons  lieu  de  nous  occu- 
per, quand  nous  traiterons  l'histoire  des  fle&  dépendant  de  la  baronnie. 


Impr  loui.   Ptmn.ljor.. 


LE  DAUPHIKE   EN    4698.  277 

^(^■■aa^B^oiHBaBaBaHHBaBBaBaaaaHssaai^BHBiBaiBH^iHaHBB^BBi^HBaai^B^M 

m 

LE  DAUPHINÉ  EN  1698. 


(SuiTE.-VoirButte(tn,N.-'2,3,4,5,7,8,ll  et  13.) 

— «>î»:o<i — 

VI.  —  COMMERCE  ET  INDUSTRIE. 

De  divers  points  de  cette  province  on  transporte  du  côté  de 
Lyon  des  soies  masses,  quantité  de  laines  et  anis(l),  quelques 
draperies,  des  aciers,  des  papiers  et  des  vins  deTHermitagc; 
du  côté  de  la  Provence ,  des  toiles ,  assez  de  fil ,  considérablement 
de  fer  et  de  bois  à  bâtir  et  pour  les  constructions  maritimes  et 
du  blé  en  quantité  relative  (2)  ;  àNtmes,  des  soies  ;  à  Avignon ,  des 


(i)  AniSy  laine  d'agneau,  tenne  encore  usité  en  Danphiné. 

(2)  La  liberté  da  commerce  des  grains  est  assez  nouvelle  et  le  régime 
antérieur,  d'assez  vieille  date  en  France  pour  rendre  inutiles,  cerne  semble, 
de  longs  détails  sur  ce  sujet.  Je  me  bornerai  donc  à  constater  que  le  Dau- 
pbiné  avait  pour  ce  commerce  une  réglementation  complètement  distincte 
de  celle  des  autres  provinces  du  royaume.  D'abord  commune  au  gouverneur 
général  et  au  Parlement,  qui  à  la  suite  de  conflits  durent  consulter  sur 
les  mesures  à  prendre  le  procureur  dû  pays ,  cette  règlefnentation  appar* 
tint  bientôt  exclusivement,  sinon  en  droit  du  moins  en  fait,  au  Parlement 
qui,  suivant  les  conditions  de  la  récolte,  permettait  çu  interdisait  le  trans- 
port des  blés  dauphinois  hors  de  la  province.  Quelquefois  les  mesures  de 
prohibition  n'étaient  pas  générales;  ainsi  voyons-nous  en  1545  un  arrêt  auto- 
riser les  seuls  habitants  de  Chambéry  à  tirer  du  Dauphiné  le  blé  qui  leur  se- 
rait nécessaire  ;  mais  en  tout  cas  la  moindre  des  peines  encourues  par 
les  contreveiiaiits  était  la  confiscation  des  blés  exportés  en  fraude ,  ainsi 
que  celle  des  voitures  et  bêtes  de  somme  servant  à  leur  transport. 

La  suppression  des  privilèges  provinciaux  en  1628  élargit  le  champ 
assigné  au  coàmexce  des  blés;  mats  elle  n'adoucit  pas  la  sévère  pénalité 
encourue  par  les  délinquants,  car  la  âéelaratlon  royale  du  22  décembre 
.  1698  reûd  ceux-ci  passibles  dé  la  peine  capitale. 

En  som^e,  l'histoire  de  la  récolte  des  céréales  en  Datiphiné  est  dans  les 
arrêts  du  ParleAieat  de  Grenoble  relativement  au  transport  des  grains. 

Guy  Pape,  quest.  5*^2,  Recueil  des  édits,  IV,  171/eto.  • 


278  soaÉTÉ  d'àrchéolooib  et  de  statistique. 

draperies  et  des  cartes  ;  enfin  du  côté  de  la  SaYoie  et  du  Piémont^ 
assez  de  draperies  grossières,  des  huiles  des  Baronnies,  et  des 
Yins.  Quant  aux  marchandises  qui  y  sont  importées,  ce  sont  : 
parLyon,  des  draperies  fines  (1),  des  étoflfesd'oret  d'argent,  des 
soieries,  des  dentelles  (2),  des  merceries ,  des  toiles  fines  et  de  la 
quincaillerie  du  Forez  ;  de  la  Provence  viennent  des  fruits ,  huiles, 
viandes  de  Carême,  épiceries  et  drogueries  ;  du  Vivarais  et  du 
Velay,  de  gros  bestiaux ,  tels  que  bœufs,  taureaux  et  mulets ,  des 
fromages  et  du  vin;  de  la  Savoie,  du  beurre,  du  fromage,  des 
peaux  et  quelques  toiles  grossières  ;  enfin  du  Piémont  vient  du 
riz  pour  toute  la  province ,  et  du  vin  pour  le  Briançonnais. 

Quant  aux  diverses  manufactures ,  elles  sont  nombreuses.  Les 
principales  sont  :  à  Voiron,  Bourgoin,  Vienne,  Grenoble,  etc., 
pour  les  chanvres;  dans  les  mômes  villes  et  à  Crémieu ,  laTour- 
du-Pin  et  Jailleu ,  pour  les  toiles  ;  àCrest,  Vienne,  Saint-Donat, 
Saint-Vallier,  Chàteaudouble ,  Paviot  et  Voiron ,  pour  les  papiers; 
à  Valence,  Romans,  Crest  et  dans  leRoyans,  pour  les  laines  (3); 


(1)  jLu  XI V*  siècle,  les  draps  de  Bruxelles  et  de  LouTain  étaient  à  peu  près 
les  seuls  employés  pour  le  vêtement  de  la  Dauphine  et  celui  des  damnes 
de, sa  cour.  Quant  aux  hommes,  ils  usaient  plutôt  des  draps  de  Douai, 
appelés  Duasi,  dont  le  prix  n'était  pas  n^oins  élevé  que  celui  des  précédents, 
car  nous  apprenons,  par  un  compte  du  Dauphin  Humbert,  qu'en  1393  une 
aune,  soit  deux  mètres,  de  cette  étofie  coûtait  XXIV  sous,  c'est-à-dire 
environ  96  francs  de  notre  monnaie  actuelle.  (  Valb.,  1. 1 ,  370,  t.  II ,  274.) 

(2)  Dans  les  montagnes  de  FOisans  et  particulièrement  du  côté  de  la 
Grave  on  fabriquait  au  XVIU*  siècle  des  dentelles  grossières  assez  semblables 
à  celles  du  Puy.  Bn  1762 ,  l'intendant  Pajot  de  Marcheval  établit  à  Sasse- 
nage  une  manufacture  de  blondes  qui  occupait  en  1789  quatre  cents  ou- 
vrières. 

(3)  En  1789,  les  États-Généraux  du  Dauphine  ayant  chargé  l'intendant  de 
la  province  Gaee,  de  La  Bove,  de  faire  venir  d'Espagne  un  troupeau  de 
moutons  mérinos  destinés  à  améliorer  dans  ce  pays  la  race,  au  point  de  vue 
de  la  laine,  vingt-un  béliers  et  quarante-huit  brebis  furent  achetés  à  Sé- 
govie,  pour  le  prix  de  3041  livres,  et  confiés  aux  religieux  de  l'abbaye 
d'Âlguebelle.  Mais,  soit  à  cause  des  rigueurs  de  la  température  cette  année- 
là,  soit  par  le  fait  de  la  différence  des  pâturages,  un  an  après,  il  ne  restait 
de  ce  troupeau  que  quatre  béliers,  vingt-neuf  brebis  et  cinq  agneaux, 
(irch.  de  la  Drôme,  G.  6.) 


LE  DÀCPHINÉ  EN  4698.  279 

à  Grenoble ,  Sv^enage,  Voreppe  »  Moirana  (1),  et  dans  cinquante 
autres  lieux  de  la  province,  pour  les  chapeaux.  Les  peaux  s'ha- 
billent très-bien  à  Grenoble ,  Voiron ,  Romans ,  Montélimart  et 
Vienne.  On  remarque  les  forges  d'Allevard ,  Hurtières,  Saint- 
Hugon,  Theys,  Goncelin,  la  Combe  et  Uriage;  les  fabriques  d'acier 
de  Rives,  Moirans,  Voiron,  Fures,  Beaucroissant  et  Vienne;  enfin 
les  fabriques  de  lances,  d'épées  de  Rives,  Beaucroissant, Tullins  et 
Fures.  De  plus  on  produit  de  la  soie  dans  toute  la  province  (2) ,  les 


(t)  Aa  XVII*  siècle,  les  chapeaux  de  Valence  Joaissaient  d*ime  très-grande 
réputation. 

(2)  Bien  que  l'introduction  du  mûrier  dans  notre  proYince  date  de  la  fin 
du  XV*  siècle,  Barthélémy  de  Laffemas,  humble  tailleur  d^habits  de  3eau- 
semblant  (Drôme),  devenu  en  i602,*  grâce  à  son  intelligence^  contrôleur 
général  du  commerce,  n*en  est  pas  moins  le  véritable  père  de  la  sérici- 
culture, non-seulement  en  Dauphiné,  mais  en  France,  car  c'est  à  ses 
efforts  que  nous  sommes  redevables  de  l'importance  acquise  par  cette  in- 
dustrie dans  notre  pays.  Frappé  de  notre  infériorité  conmierciale  au  lende- 
main des  troubles  de  la  Ligue ,  il  adressa  successivement  ali  roi  Henri  IV 
divers  rapports  dans  lesquels  il  lui  signalait,  entr'autres  moyens  capables 
de  restaurer  le  commerce  dans  le  royaume,  la  culture  de  la  soie,  dont  on 
importait  alors  pour  plus  de  six  millions  dans  chaque  année,  et  le  mo- 
narque goguenard ,  tout  en  plaisantant  sur  ce  que ,  son  tailleur  lui  faisant 
des  livres,  il  voulait  que  dorénavant  son  chancelier  lui  fit  ses  chausses, 
se  rangea  complètement  à  son  avis,  et  le  ?0  juillet  1602  donna  force 
d*édit  à  un  cahier  de  remontrances  rédigé  par  Laffémas,  dans  lequel 
nous  relevons  ce  paragraphe  :  «  Après  avoir  vu  la  bonté  des  soyes  qui  se 

n  font  à  présent  en  Provence,  Languedoc,  Touraine  et  ailleurs avons 

n  ordonné  et  ordonnons  que,  sur  grosses  peines,  tous  maistres  et  chefs 
»  de  biens  tenans,  de  quelque  qualité  ou  condition  qu'ils  soient,  seront 
n  tenus  planter  ou  faire  planter  des  meuriers  blancs  sur  leurs  terres , 
»  selon  la  commodité  ou  incommodité  du  lieu;  à  sçavoir  deux,  trois  ou 
n  quatre  par  arpent,  sans  empescher  ceux  qui  en  voudront  planter  da- 
»  vantage,  ainsi  qu'il  sera  advisé  par  nos  Juges  et  officiers  des  lieux.  Mes- 
»  me  voulons  que  les  seigneurs ,  nobles ,  gens  d'église  et  tous  autres  y  soient 

•  contraints;  spécialement  aux  abbayes,  prieurés,  maladreries  et  hôpitaux  : 

»  attendu  que  c'est  pour  faire  vivre  et  employer  les  pauvres Et  après 

»  lesdits  arbres  plantés  Tenions  et  entendons  estre  faictes  inhibitions  et  dé- 

•  fenses,  &  son  de  trompe  et  cry  public,  à  toutes  personnes  de  rompre, 
n  coupper  ny  arracher  iceuz  arbres,  &  peine  du  fouet,  et  d'estre  marquez 
»  de  la  fleur  de  lys  :  et  pour  la  seconde  fois  d'estre  pendus  et  estrangles.  » 
(RoGBÀS,  Biog,  du  Dauph.;  -«  Ghaiiik>llion-Fioeag,  DûcummU  hist,  inédUs, 
IV.) 


280  SOCIÉTÉ  D*ÀBCHÉOLO&ie  ET  t>E  STATISTIQUE. 

bailliages  de  Gap,  de  Briançon  et  d*Eaibrun,  le  Graisivaudan  et 
les  terres  froides  exceptés.  On  fabrique  de  la  draperie  presque 
partout  et  des  gants  en  plusieurs  endroits. 

Les  produits  de  ces  manufactures  sont  généralement  de  bonne 
qualité  dans  leur  espèce.  On  ne  connaît  pas  de  meilleures  ancres 
que  celles  de  Vienne.  Les  gants  de  Grenoble  (1)  sont  en  grande 
réputation  et  les  draperies,  quoique  grossières,  sont  bonnes.  On 
en  exportait  même  autrefois  une  très-grande  quantité  dans  le 
Levant  (2),  mais  le  peu. de  fidélité  des  fabricants ,  qui ,  dit-on, 
emploient  à  présent  de  la  pelade,  ne  mettent  pas  assez  de  fil  dans 
leurs  étoffes  et  ne  les  font  pas  assez  fouler,  est  cause  qu'elles  ont 
perdu  beaucoup  de  leur  réputation,  qu'une  exacte  observation 
des  règlements  pourrait  rétablir  (3).  On  ne  saurait  dire  exacte- 


(1)  A  l'époque  qui  nous  occuppe,  il  n'y  avait  guère  d'autres  ateliers  de 
ganterie  qu'à  Grenoble,  et  ce  n'est  que  vers  le  milieu  du  XVIII*  siècle  qu'on 
en  établit  à  Mllhau. 

f  Gomme  point  de  comparaison,  établissons  qu'en  1391  une  paire  de  gants 
lltancs  valait  4  deniers.  Treize  ans  après,  le  gantier  et  varlet  de  chambre  du 
roi  Charles  VII,  demandait  4  sous  de  chaque  paire  de  gants  de  peau  de 
chien,  brodés  à  houppe  et  à  fraise,  6  sous  pour  ceux  en  peau  de  chevreau, 
également  brodés  à  houppe  et  à  fraise,  enfin  23  sous  pour  des  gants  de  cha- 
mois, servant  à  porter  l'épervier.  (A.  Monteil,  Hist,  des  Français,  t.  I , 
p.  512,  539.) 

(2)  Chorier,  dont  les  dires  sont  parfois  sujets  à  conteste ,  prétend  que  de 
son  temps  les  draps  de  Romans  étaient  tellement  réputés  qu'ils  servaient 
en  quelque  sorte  de  monnaie  en  Perse.  {Hist:  gén.,  I,  !66.) 

(3)  Ce  besoin  de  réglementer  la  fabrication  des  draperies  ne  se  faisait 
pas  sentir  qu'en  Qa^^phia^,  ainsi  qu'on  peut  s'en  convaincre  par  les  procès- 
verbaux  des  séances  du  conseil  royal  du  commerde,  dans  lesquels  on  voit, 
dès  1603;  les  hommes  compétents  demander  a  qu'il  y  eut  gens  choisis  et 
»  dénommés  comme  juges  ou  gaçpdes  pour  marquer  et  visiter  les  draps.  » 
Aucunes  mesures  ne  furent  prises  cependant  avant  1669,  et  encore  celles 
adoptées  à  cette  époque  furent-elles  si  peu  précises  qu'elles  n'atteignirent 
pas  les  draperies  dauphinoises.  La  première  règlements^on  imposée  à  celles- 
ci  date  de  février  1698.  Aux  termes  de  cqt  arrêt  du  Conseil  du  roi,  enregistré 
le  21  avril  de  la  même. année  au.  Parlement  de  Grenoble,  les  serges  et  ra- 
tines 3/4  devaient;  avoir  quarante  portées  à  quarante  fils ,  et  les  étamets  de 
même  laine  trente^huit  portées  à  trente-deux  fils.  Quant  aux  draps,  ceux 
de  Saint-Jean-en-Ilpyans  (devaient  être  fabriqués  avec  de  la  laine  de  pays  ou 


LK  DAUPHINÉ  EIV  4698.  .  284 

ment  le  nombre  d'onvriers  employés  dans  ces  manufactures , 
parce  qu'à  Texception  de  la  fabrique  d'ancres ,  de  la  fonderie  de 
canons  et  de  quelques  moulinages  de  soie  à  Vienne ,  les  ouvriers 
ne  sont  réunis  nulle  part.  On  sait  seulement  que  les  draperies 
occupent  la  plus  grande  quantité  d*hommes  et  que  les  femmes 
sont  plus  spécialement  employées  à  la  filature  de  la  laine  et  de  la 
soie^et  aux  gants  ;  mais  les  uns  et  les  autres  ne  s'occupent  de  ces 
ouvrages  que  pendant  la  mauvaise  saison,  consacrant  le  reste  de 
Tannée  à  la  culture  des  champs.  En  somme ,  les  ouvriers  de  la 
province  suffisent  pour  les  manufactures  et  fabriques  qui  y 
sont: s'il  en  est  venu  quelques-uns  de  Suède, ^  lors  de  réta- 
blissement de  la  fonderie  de  canons  de  Saint-Gervais,  et  d'autres 
d'Allemagne,  pour  la  fabrique  de  fers  blancs  qui  n'existe  plus  et 
dont  le  rétablissement  serait  une  bonne  chose,  ce  n'aétéqu'acci- 
dentellement. 

(A  continuer.)  J.  BRUN-DURAND. 


autre  de  semblable  qualité  et  avoir  au  moins  quarante-huit  portées  à  trente- 
deux  fils,  pour  avoir,  une  fois  foulés  et  apprêtés,  la  largeur  d'une  aune.  Les 
draps  de  Chabeuil  seraient  faits  avec  «  fleurs  ou  prime  laine  du  pays  >»  et 
auraient  autant  de  portées  d'autant  de  fils  que  les  précédents. 

Relativement  aux  cordillats  de  Grest  /  les  peignés  étaient  tenus  d^avoir 
vingt-huit  portées  à  quarante  fils ,  et  les  cordillats  enversains  ou  communs 
ving-cinq  portées  à  trente-deux  fils.  En  somme  ^  il  était  défendu  à  tous  fa- 
bricants d'employer  ni  avoir  chez  eux  de  la  laine  pelade,  sous  peine  de 
confiscation  et  vingt  livres  d'amende. 

Un  second  arrêt,  du  11  mars  1732,  précise  bien  davantage  encore  les  obli- 
gations imposées  aux  fabricants  de  draps  et  établit  pour  chaque  qualité  des 
marques  particulières  ;  mais  il  serait  beaucoup  trop  long  de  le  résumer,  c^r 
cet  arrêt  ne  forme  pas  moins  d'un  petit  volume  in'12 ,  imprimé  à  Grenoble , 
chez  André Faure.  (Recueil  des  Edits.,  Documents  hist,  inédits,  etc.) 


382  .  SOCIÉTÉ  d'ab€Héologie  et  de  statistique. 


••^«■- 


INSCRIPTIONS 

DE    VALENCE    ET    D'AIXME. 


LETTRE  DE  M.  ALLMER  A  M,  LACROIX. 


Lyon,  mai  1869. 

'  Monsieur  et  ami, 

Je  vous  remercie  d'avoir  bien  voulu  me  faire  part  de  la  découverte ,  dans 
votre  ville ,  d*une  infcription  nouvelle.  Je  m'empreiïe  de  vous  en  envoyer 
la  leâure  pour  votre  Bulletin. 

INSCRIPTION  TUMULAIRE  TROUVÉE  LE  4  MAI  1869 

A  VALENCE 

ENTRE  LA  RUE  JONCHÈRES  ET  LA  PROMENADE  DU  CAGNARD. 

Table  en  pierre  calcaire  de  la  forme  d'un  carré  furmonté  d'un  couronne- 
ment triangulaire  entre  deux  antéfixes.  Le  texte  de  Tinfcription  eft  encadré 
dans  une  moulure. 

D    .    M 
IVL.  DECVMILLAE 
T.  IVL.  PATERNVS 
CONIVG///KAR.  ET 
SIBI.  SV///////VIWS 
FECIT.  S.  A.  D. 

Diis  Manibus  Juliae  Decwmillaey  T,  Juliu$  Patemus  conjugi  karijjmae 
&  Jibi  fuhque  vivut/ecit,  fub  ajcia  dedicavit. 

Comme  vous  le  voyez,  il  n'y  a  rien  à  dire  de  cette  épitaphe  qui  ne  pré- 
fente que  des  noms.  Permettez-moi  donc,  je  vous  prie,  de  fuppléer  à  la 
difette  de  la  matière  en  vous  entretenant  de  quelques  infcriptions  que  j'ai 
eu ,  ces  jours-ci ,  la  curiofité  d'aller  copier  à  Aixme ,  en  Tarantaife ,  petite 
ville  affîfe,  dans  un  fi  te  charmant,  au  bord  de  cette  même  rivière  qui, 
après  avoir  embelli  &.  fertilifé,  en  la  traverfant,  toute  la  partie  nord  du 
département  de  la  Drôme,  vient  fe  marier  au  Rhône,  à  deux  pas  de  Va- 
lence. Veuillez  bien,  pour  une  fois,  ne  pas  trouver  mauvais  que  l'Ifère  vous 
apporte  des  Alpes,  mêlé  aux  murmures  de  fon  onde,  un  écho  archéolo- 
gique. 


niscaiPTioifs  de  yalbnce  et  d'aide.  283 

SUR  QUELQUES  INSCRICTIONS  IVAIXME,  EN  TARANTAISE. 

La  ville  d^Aixine,  dans  la  Tarantaife,  fur  la  rive  droite  de  rifère,  l'an- 
cienne Aximaàu  pays  dés  Ceutrons,  dont  la  ville  municipale  était  le  Forum 
Claudii  Ceutronum,  aujourd'hui  Moutiers,  fouit  de  cette  bonne  fortune 
épigraphique  peu  commune  que  prefque  toutes  les  infcriptions  qu'on  y 
trouve  font  des  infcriptions  publiques;  n'en  poilédont  guère  plus  d'une 
douzaine,  elle  connaît  par  elles  jufqu'à  cibq  des.  gouverneurs  de  la  petite 
province  procuratorienne  dont  elle  fiiiiait  partie. 

Le  plus  ancien  de  ce»  gouveri\eurSy  à  en  juger  par  l'excellence  de  la  gra- 
vure, était  un  Trebellius  rappelé  par  un  fragment  d'une  très-belle  inicrip- 
tion  découverte  en  i85o  ,.en  même  temps  que  plufieurs  autres,  en  creufant 
les  fondations  d'une  maifon,  mais  qui,  malheureufement,  ayant  toutes 
été  briféeafur  place,  furent  employéea  immédiatement  dans  la  conilnidion 
des  murs,  fai>s  avoir  été  lues. 

AVD 

EBELU 

AVG 

C'eft-à-dirc  : Foro  Oaudienfes  pubîicèj  curante TrebelHo 

procuratore  Augufti. 

Viendrait  peut-être,  enfuite,  un  Aulus  ou  Sextus  Mallius  qui  fit  réparer 
ou  refaire,  aux  frais  de  la  cité,  un  autel  aux  divinités  des  Augufles, 

NVMIN////// 
AVGVSTO///////////// 
FORO////LAVD////// 

P    R 

///////////  MALLI///////// 
PROC  AV/7//// 

Numinibu»  Auguftorum  Foro  Claudienfes  publiée  reftituerunt,  curante 
A,  ou  Sex.  Mallio ,  procuratore  Augufti. 

Ou  bien  ce  gouverneur  poète,  T.  Pomponius  Viélor,  qui  priait  en  vers 
îambiques  Sylvain  d'exaucer  fon  vif  défir  de  retourner  à  Rome  &  de  revoir 
les  campagnes  italiennes.  L'infcription  étant  bien  connue  &  ayant  été  copiée 
fans  fiautes ,  je  me  contente  d'en  donner  la  le£lure  : 

Silvane  facrd  femiclufe  fraxino 

Et  hujus  alti  fumme  cuflot  hortuli , 

Tibi  hafce  grates  dedicamus  muftcoi 

Quod  nos  per  arvaperque  montei  AlpicOi 

Tuique  luci  fuaveolentis  ho/pites, 

Ditmjui  gubemo  remquefungor  Cae/anmif 


284  SOCIÉTÉ  d'archéologie  et  de  statistique. 

Tuo  favore  profperantiy  fofpitas. 
Tu  me  meofque  reduces  Romam  Jtftito 
Daque  Itala  rura  te  bolamus  praejide, 
Egûr^am  dicàho  mile  magnas  arbores 
T.  Pomponii  Viâoris,  procuratoris  Auguftorum, 

Dans  un  commentaire  qui  accompagne  ces  vers  dans  une  Revue  publiée 
à  Annecy,  on  a  paru  entendre  par  les  mots  hofpites  luci  fuaveolentis  du 
dieu  y  les  habitants  de  la  contrée ,  encore  animés  dUdées  d*indépendance  & 
fupportant  avec  peine  le. joug  de  l'adminiftration  romaine.  Je  crois ,  pour 
ma  part,  que  le  po6te  a  voulu  tout  amplement  parlef  des  bétes  dange- 
reufeSy  telles  que  les  loups  &  les  ours,  qu'on  courait  le  rifque  de  rencon- 
trer dans  les  montagne8«&  ^i|f<^ue  dans  le  bois  facré  de  Sylvain.  Comme 
Pompqnius  fe  qualifie  de  proctfrator  Auguftorum  &  non  Augujli  &  qu'il 
dit  auffî  :  remque  fungor  Caefarum ,  on  a  conjeduré  avec  vraifemblance 
quMl  a  dû  être  gouverneur  fous  deux  empereurs  régnant  fimultanément ,  ' 
empereurs  qui  peuvent  être  fA.  Âurèle  &  Verus,  ou  M.  Aurèle  &  Com- 
mode, ou  Septime  Sévère  &  CaracaHa,  ou  Caracallar  &  Geta,  ou  Macrin  & 
Diaduménien,  ou  bien  encore,  en  descendant  jufqu'en  237  &  247,  les 
deux  Gordiens,  ou  Papien  &  Balbin,  ou  les  deux  Philippes;  mais  Tinf- 
cription  paraît  être  d'une  meilleure  époque. 

Voici,  maintenant,  un  Caetronius  Cufpianus  qui,  n'ayant  pas  eu  le  bon- 
heur, fi  ardemment  fouhaité  par  Pomponius  Vi6lor,  de  revoir  l'Italie,  eft 
mort  à  Aixme  dans  fon  gouvernement. 

D         M 

CAETRONII///////////// 
CVS//IANI///I//7/I/////// 

PROC    AVG 
AEGNATIA.  PRISCILLA 
CONIVGI   KARISSIMO 

Dits  Manibus  Caetronii, JiUi,  Cufpiani ,  procuratoris  Au- 

gufti,  Aegnatia  Prifcilla  conjugi  kariffimo. 

Cette  infcription  a  déjà  été  publiée  plufieurs  fois,  mais  défe£lueufement 
copiée  &  furtout  mal  lue.  Dans  des  vefiiges  de  lettres  encore  apparents 
fous  la  forme  de  deux  barres  verticales  à  la  fuite  du  mot  CVSPIANI,  on  a 
cru  reconnaître  deux  P  qu'on  a  interprétés  par  «  propraetoris  ».  J'ai  à 
peine  befoin  de  faire  remarquer  à  quel  point  une  telle  interprétation  eft 
impoflible.  On  ne  pouvait  pas  être  tout  à  la  fois  propréteur  &  procura- 
teur. Les  gouverneurs  de- provinces  qui  avaient  le  titre  de  propréteurs, 
étaient  d'anciens  préteurs,  conféquemment  des  fénateurs  romains;  au  con- 
traire, les  gouverneurs  de  provinces  procuratoriennes,  comme  était  celle 
des  Alpes  Graies  &  Pennines  dont  dépendaient  Axima  &.  le  Forum  Claudii 
Ceutronum,  étaient  de  fimples  chevaliers  romains  qui  avaient  le  titre  de 
procurateurs  impériaux  :  procuratores  Augufti.  De  plus,  les  propréteurs  ne 
s'appelaient  pas  dans  les  infcriptions  propraetores  tout  court,  mais  bien 


IHSCRIPTIONS   DE  TALENCE  ET  U'iaVE.  285 

legati  Augufli  propraetore.  Caetronius  Cufpianus  n'était  donc  pas  propré- 
teur &  procurateur  en  même  temps.  Il  ne  pouvait  pas  non  plus  avoir  été 
propréteur  avant  de  devenir  procurateur,  c'eft-à-dire  être  defcendu  du  plus 
haut  rang  fénatorial  après  celui  de  conful  à  la  procuratelle  d*une  petite 
province  où  les  gouverneurs  étaient  bientôt  atteints  de  noAalgie;  & , 
étan9mort  à  Aixme  dans  fon  gouvernement,  il  n'a  pas  pu  ^paffer  plus 
tard  de  l'ordre  des  chevaliers  dans  celui  du  fénat  pour  y  devenir  préteur, 
puis  gouverneur  d'une  province  prétoriale.  Il  pouvait  y  avoir  à  la  fuite  du 
mot  Cufpiani  foit  un  adjeâif  ethnique  indiquant  la  patrie  de  Caetronius, 
foit  la  qualification  de  vi'r  egregius  qui  diftinguait  les  chevaliers  des  féna- 
teurs,  qualifiés,  eux,  de  viri  clariffimi. 

Le  cinquième  des  gouverneurs  rappelés  par  les  infcriptions  d'Aixme 
s'appelait  L.  Atinius  Martinianus;  fes  noms  fe  lifent  fur  le  piéde(tal  d'une 
ftatue  élevée  à  l'empereur  Numérien ,  en  284.  • 

/////7///////AES.  M 

/////////////////////// 
N|O.PIOFELINVI 

CTOAVGPM.  TR 

IB  POT.  PP  F.  CL  CE 

VTRONESPVBLICE 

CVRANTELATI 

NIOMj^RTINIA 

NO.  V  EPROC 

AVG 

Imperatori  Caefari  M,  (Aurelio  NunteriaJnOf  pio^feliciy  inviâo,  au- 
guflOf  tribunicidy  poteflate,  patri  patriae,  Foro  Claudienfes  Ceutrones 
publiée,  curante  L.  Atinio  Martiniano  procuratore  Augufti, 

Ce  que  cette  infcription  offre  de  curieux ,  c'eft  que  les  noms  de  Numé- 
rien ont  été  effacés  au  marteau  dans  Tantiquité,  bien  qu'aucun  décret 
d'abolition  n'ait  été  pris  contre  la  mémoire  de  ce  prince,  admis,  au  con- 
traire, aux  honneurs  divins.  Il  faut  que  cet  effacement  ait  eu  lieu  pendant 
la  courte  guerre  de  compétition  qui  s'éleva  entre  Carin ,  maître  des  Gaules, 
&  Dioctétien ,  qui  s'était  déclaré  hautement  le  vengeur  de  Numérien ,  en 
tuant  de  fa  propre  main  fon  meurtrier  pendant  la  cérémonie  même  de  fon 
éle£tion.  Le  martelage  n'ayant  pas  atteint  jufqu'au  fond  de  la  gravure  , 
on  aperçoit  diftinflement  une  partie  de  l'R  qui  termine  la  fyllabe  AVR  du 
nom  Aurelio  &  toutes  les  lettres,  excepté  l'N  initiale,  du  furnom  Nume- 
riano.  C'eft  donc  avec  une  entière  certitude  que  j'attribue  l'infcription  à 
Numérien.  On  la  rapportait  à  Valérien  (Mém.  de  la  Soc,  royale  acad.  de 
Savoie  y  t,  12,  p.  5o  &  fuiv.,  &  Revue  favoifienne,  i3  décembre  1866), 
certes  bien  à  tort,  car  cet  empereur  ne  s'appelait  pas  Marcus  de  fon  prénom. 

Les  Ceutrons ,  anciens  habitants  de  la  Tarantaife  &  d'une  partie  du  Fau- 
cigny,  n'appartenaient  pas  à  la  Gaule,  les  limites  de  la  Narbonnaife  ne  dé- 

ToME  IV.  — 1869.  19 


286  SOCIÉTÉ  d'àrchéolcmsib  et  db  statistique. 

pafTant  pas  de  ce  côté  le  pays  des  Voconces.  Ils  faifaient  partie  d'un  groupe 
de  petits  peuples  défignés  fous  la  dénomination  générale  de  peuples  des 
Alpes  qui,  jufqu'à  Diodétien  ou  Conftantin,  furent  confidérés  comme  dé- 
'  pendants  de  Tltalie.  Pline,  après  avoir  décrit  les  différentes  régions  de 
ritalie  &  enfuite  énuméré  les  peuples  des  Alpes,  parmi  lefquels  il  nomme 
les  Giutrons  ^  termine  ainfi  :  «  tel  eft  le  tableau  de  l'Italie ,  cette  terr#con- 
»)  facréc  aux  Dieux;  tels  font  fes  régions,  fes  peuples  &  fes villes.  » (3,  20). 
Cefl  feulement  dans  Ammien  Marcellin  qu^on  trouve  la  province  des  Alpes 
Graies  &  Pennines ,  dans  laquelle  les  Ceutrons  étaient  compris ,  mife  au 
nombre  des  provinces  de  la  Gaule  (i5,  10).  La  Notice,  document  non 
antérieur  au  V'  (îècle ,  compte  aullî  les  Alpes  Graies  &  Pennines  comme 
province  gallicane. 

Ce  n'eft  pas  Céfar  qui  fit  la  conquête  des  nations  alpines.  Lorfque,  reve- 
nant d'Aquilée  à  la  tête  de  cinq  légions ,  il  regagnait  la  Gaule  par  le  plus 
court  chemin,  afin  de  s'oppofer  à  la  marche  des  Helvètes  déjà  parvenus 
fur  le  territoire  des  Édues,  les  Ceutrons,  unis  aux  Graiocèles  &  auxCatu- 
riges  &  poftés  fur  les  hauteurs ,  eflayèrent  de  l'arrêter  dans  les  défilés  des 
Alpes,  &  ce  ne  fut  qu'en  livrant  plufieurs  combats  qu'il  put  frayer   fon 
paiïage  (i,  ro).  Plus  tard,  après  avoir  fubjugué  la  Gaule  jufqu'au  Rhin, 
il  efTaya  de  s'avancer  jufqu'au  milieu  des  montagnes,  en  envoyant  Servius 
Galba,  avec  la  12*  légion  &  une  partie  de  la  cavalerie,  au-delà  des  fron- 
tières des  Alllobroges,  dans  la  vallée  Pennine,  fous  le  prétexte  d'ouvrir  au 
commerce  une  route  meilleure;  mais  c^te  expédition  réuflit  tellement  mai 
que  les  Romains  faillirent  être  exterminés  à  Oâodure  &  fe  trouvèrent 
heureux  de  pouvoir  rentrer  en  toute  hâte  chez  les  AUobroges  (3,  i);   & 
plus  tard ,  au  milieu  de  tant  &  fi  grandes  guerres  qu'il  eut  à  foutenir, 
le  temps  lui  manqua  pour  de  nouvelles  tentatives  dans  les  Alpes.  Cefl 
donc  à  tort  que  M.  Baillet,  rappelé  par  M.  Valentin  Smith,  dans  fes  Divi- 
sons territoriales  de  la  Gaule  (p.  26) ,  dit  que  Céfar  fournit  les  peuples 
qui  féparaient  Tltalic  de  l'Helvétie  &  des  AUobroges  &  mit  chez  eux  fes 
légions  en  garnifon  (Bibl.  de  Vécole  du  Ch.,  i858,  p.  628). 

Ces  peuples  ne  furent  aflujettis  que  fous  Augufie  &  néceffairement  avant 
l'époque  où  il  remît  au  fénat  la  Narbonnaife;  car  c'efl,  fans  doute,  parce  que 
les  Alpes  n'étaient  pas  entièrement  foumifes,  qu'il  conferva  le  gouverne- 
ment de  cette  province  cinq  ans  encore  après  avoir  fait  le  partage  des 
autres.  A  l'égard  du  roi  Cottius,  on  ignore  à  quel  moment  il  conclut  avec 
Augufle  cette  alliance  qui  lui  permit  de  garder  paifiblement  fes  états,  à  fa 
condition  d'y  ouvrir  une  route  les  traveifant  dans  toute  leur  étendue.  Pour 
ce  qui  concerne  les  Saiafles,  nous  apprenons  de  Dion  Caflius  (53,  25),  de 
Suétone  {Aug,  21)  &  de  T.-Live  (21,  3,  8)  qu'ils  furent  vaincus  par  Te- 
rentius  Varro  en  l'an  25  avant  J.  C;  &  quant  aux  Ceutrons,  nous  favons 
feulement  qu'ils  figuraient  au  nombre  des  nations  qu'Augufte  était  glorifié, 
par  rinfcription  du  trophée  des  Alpes  (PI.  3,  20),  d'avoir  réduites  fous 
l'obéiflance  du  peuple  romain.  Ils  venaient  à  la  fuite  des  Nantuates ,  des 
Seduns  &  des  Veragres ,  entre  les  Salaires  &  les  MéduUes  ;  car  c'eft  le  mot 


IHSCHIPTIONS  BB  VAtENCB  ET  d'aIIIHE.  287 

Ceutrones  quMI  faut  reconnaître,  dans  les  éditions,  fous  la  forme  cor- 
rompue de  Acitavones  &  Agitapones^. 

Quelque  furprenant  que  cela  paraifle ,  fi  Ton  examine  la  configuration  du 
pays,  il  ed  certain  que  les  Ceutrons  confinaient  aux  Oélodurenfes.  La  fé- 
paration  entre  la  Tarantaife  &  le  Faucigny  eft,  en  effet,  tellement  accufée 
par  la  nature  qu^on  parvient  difficilement  à  comprendre  que  les  Ceutrons 
aient  franchi  le  col  du  Bonhomme  pour  venir  pofTéder  les  vallées  du  Bo* 
nant  &  de  Chamounix,  autant  hors  de  leur  portée  pendant  la  majeure 
partie  de  l'année,  par  leur  fituation,  qu'elles  étaient  au  contraire  à  l'en- 
tière merci  des  Allobroges.  Cette  extenfion  contre  laquelle  la  topographie 
protefte  de  toute  la  hauteur  des  glaciers  les  plus  élevés  de  la  chaîne  du 
Mont-Blanc  &  qu'atteftent  cependant  le  témoignage  de  Pline  &  la  borne  de 
la  Forclaz-du-Prarion,  ne  doit  pas  dater  d'une  époque  antérieure  à  Augufte. 
Sans  doute,  il  n'entra  pas  dans  la  politique  de  cet  empereur,  lorfqu'il  fit 
abandon  de  la  Narbonnaife  au  fénat,  de  laiffer  à  une  province  défarmée 
des  palTages  importants  des  montagnes,  comme  étaient  ceux  qui  traverfaient 
de  la  vallée  du  Rhône  &  de  la  Tarantaife  à  la  vallée  de  l'Arve;  on  peut 
fuppofer  qu'afin  de  garder  ces  pafTages  entre  fes  mains,  il  les  annexa  au 
territoire  des  Ceutrons  qui,  ainfi  réunis  aux  Vallenfes,  formèrent  une 
petite  province  impériale  procura torien ne.  La  délimitation  anormale  qui  en 
réfulta  dut  donner  lieu  à  de  fréquentes  conteftations  ;  ce  fut  pour  régler 
une  de  ces  conteftations  qu'eut  lieu ,  dans  les  premiers  mois  de  l'an  74 , 
l'arbitrage  dont  l'infcription  de  la  Forclaz  nous  a  confervé  le  fouvenir.  Le 
confulaire,  gouverneur  de  la  Germanie  Supérieure,  fut  défigné  par  Vefpa- 
fien  pour  venir  marquer  la  limite  entre  les  Viennois  &  les  Ceutrons  finter 
Viennenfes  &  Ceutroncu)  &  mettre  d'accord  le  proconful,  ancien  préteur, 
qui  gouvernait  la  Narbonnaife,  &  le  chevalier,  procurateur  impérial ,  à  qui 
était  confié  le  commandement  des  Alpes  Graies  &  Pennines.  (L.  Renier, 
idem,  ) 

Pline  nous  apprend  que  les  Oâodurenfes ,  les  Ceutrons,  qui  leur  étaient 
limitrophes,  &  les  cités  Cottiennes  jouiraient  des  privilèges  du  droit  latin 
(idem).  Les  Oâodurenfes  &  les  Ceutrones  l'obtinrent  probablement  de 
Qaude;  les  cités  Cottiennes  en  furent  vraifemblablement  redevables  à  Né- 
ron (Herzog.,  Hift,  de  la  Gaule  Narb.^  p.  96  &  1 10,  «.)• 

Strabon  parle  d'une  route  venant  d'Italie  dans  la  Gaule  tranfalpine  & 
feptentrionale,  qui,  arrivée  dans  le  pays  des  SalafTes,  fe  bifurquait  en 
deux  chemins,  l'un  praticable  aux  voitures,  mais  plus  long,  traverfant  le 
pays  des  Ceutrons,  l'autre  rude  &  étroit,  mais  plus  court,  à  travers 
le  mont  Pennin  (4,  4}.  Ces  deux  routes^  explique  M.  Valentin  Smith, 


(1)  «  Un  manascrit  de  Besancon,  collationné  par  Chifflet  et  qal  était  regardé  comme  on  des 
*  meiUeors  de  Pline,  [lortait  Ceutrones,  an  lieu  de  Acitavones  on  Agitavones.  »  L.  Renier  , 
Sur  une  inscription  romaine  découverte  dans  les  environs  des  bains  de  Saint-Gervais 
en  Savoie,  et  sur  le  véritable  nom  des  anciens  habitants  de  la  Tarantaise  et  du  Faucigny. 
—  Extrait  de  la  Revue  archéologique ,  46*  année. 


288  SOCIÉTÉ  d'abchéologie  et  de  statistique. 

partaient  d*Ao(le,  Augufta  Salajforum,  La  première  paiTait  par  les  Alpes 
Craies  ou  le  petit  Saint-Bernard  &  traverfait  la  Tarantaife  occupée  par  les 
Ceutrons;  la  féconde  patTait  par  les  Alpes  Pennines  ou  le  grand  Saint- 
Bernard,  le  Valais,  le  Rhône,  une  partie  du  pays  de  Vaud ,  le  mont  Jura 
&  allait' à  Befançon  &  à  Langres  {Divif.  territ.  de  la  Gaule  y  p.  47).  Les 
dations  qu^on  rencontrait,  au  temps  de  la  confeâion  de  la  table  Théodo- 
Tienne,  ibr  celle  de  ces  deux  voies  qui  traverfait  le  territoire  des  Ceutrons, 
étaient  Bergintrum  (Bourg-Saint-Maurice),  Axima  (Aixme),  Darantafia 
(l'ancien  Forum  Claudiiy  aduellement  Mouiiers)  &  Obillona.  On  a  penfé 
qu' Aixme  pourrait  bien  avoir  été  le  Forum  Claudii  &  les  infcriptions  pu- 
bliques qu^on  y  découvre  femblent  donner  du  poids  à  cette  conjeâure. 
Cependant ,  Ptolémée  ayant  cité  Hmultanément  les  deux  villes  &  diftingué 
entr-elles  d'une  manière  expreffe  (3),  il  faut  renoncer  à  foire  cette  confuiîon. 
L'abfence  de  débris  de  l'époque  romaine  à  Moutiers  s'expliquerait  par  une 
tradition  fuivant  laquelle  la  ville  antique  fut  emportée  par  l'éruption  d'un 
lac  formé  accidentellement  à  la  fuite  d'un  éboulement  qui  barra  le  lit  de 
riiere,  au  lieu  dit  les  Efferts  (M.  l'abbé  Ducis,  Revue  favoijknne,  1866, 
p.  95). 

On  extrayait  jdes  Alpes  Ceutroniques ,  fuivant  le  témoignage  de  Pline 
(34,  2),  du  cuivre  confidéré  comme  le  plus  beau  après  l'aurichalque,  dont 
les  mines  étaient  d'ailleurs  épuifées  depuis  longtemps.  On  l'appelait  cuivre 
Salluftien,  du  nom  de  fon  propriétaire  Salluftius  Crifpus,  un  ami  d'Augulte; 
mais  on  lui  préféra  bientôt  un  cuivre  de  la  Oaule,  appelé  Livien,  parce  que 
la  mine  qui  le  fournirait  appartenait  à  l'impératrice  Livie.  Il  y  avait  aufTi 
dans  ces  montagnes  d'excellents  pâturages  qui  produifaient  un  fromage 
très-e(timé,  le  cafeus  Vatuficus;  ce  fromage  &  le  Diocléate  des  Alpes 
Dalmatiques  étaient  réputés  les  meilleurs  de  tout  l'empire  (11,  42).  Au 
dire  de  Capitolin,  Antonin-le-Pieux  mourut  d'une  indigeilion  d'avoir  trop 
mangé  de  fromage  des  Alpes  (12).  On  fait  encore  aujourd'hui  de  très-bons 
fromages  dans  la  vallée  de  Tignes. 

Quelques  favants  perfiftent  à  écrire,  conformément  à  l'orthographe  géné- 
ralement fuivie  jufque  il  y  a  peu  d'années.  Centrons,  au  lieu  de  Ceutrons  : 
c'eft  une  faute  qu'il  n'eft  plus  permis  de  commettre  depuis  que  les  infcrip- 
tions de  la  Forclaz,  d'Aixme  &  du  Bourg-Saint-Maurice  ont  fait  connaître 
le  véritable  nom  de  cet  ancien  peuple.  La  vérification  des  manufcrits  de 
Céfar,  Strabon,  Pline,  Ptolémée  &  de  l'auteur  de  la  Notice  des  provinces 
&  cités  de  la  Gaule  efl  venue  corroborer,  à  fon  tour,  de  la  manière  la  plus 
évidente,  le  témoignage  des  monuments  épigraphiques  (L.  Renier,  idem). 

Vous  voyez ,  Monfieur  &  ami ,  qu'en  empruntant  un  peu  aux  voifms ,  je 
fuis  parvenu,  cette  fois  encore,  à  fournir  mon  humble  contingent  de  colla- 
boration au  Bulletin  du  trimeflre. 

J'ai  l'honneur  d'être  votre  tout  dévoué  &  afifeélionné  ferviteur. 

A.  ALLMER. 


ÉTABLISSEKEJfTS  GHlfilTABLES  DE  VALENCE.  289 


RECHERCHES 

SUR 

LES  ÉTABLISSEMENTS  DE  BIENFAISANCE 

DE  LA  VILLE  DE  VALENCE. 

Suite.  —  Voir  BuUeiin,  N.»  6,  7,  8,  9,  11,  13. 


Hôpital  du  Bourg. 


Dans  le  Cartulaire  de  Saint- Pierre  du  Bourg,  M.  l'abbé 
Chevalier  nous  donne  un  teftament  fort  curieux ,  en  date  du 
20  octobre  1 844  [vicejimâ  dieMenfis  Oâtobris amio  Domini 
M°  CCC^  XL°  quarto)^  dans  lequel  il  eft  queftion  de  deux 
hôpitaux  au  Bourg  :  <c  Item ,  lego  hofpitali  beatœ  Mariœ 
de  diâo  Burgo  duo  linteamina  cum  unaflajfata,femeltan- 
tum  ;  item  lego  hofpitali  beati  Anthonii  de  diâo  Burgo 
Valentie  duo  linteamina  cum  una  flajfata ,  femel  tantum; 
item,  polo  &precipio  quod  de  bonis  meis  deniur  &  dijiri- 
buantur  Xpijli  pauperibus  in  diâo  Burgo  Valentie ,  tam 
in  pane  quam  infabis  &  bocone  necejfariis  inprediâis,fum' 
mam  &  valorem  decem  libr.  Vienne,  femel  tantum....  » 
(  Tejiamentum  Johannetœ  reliâce  Guillelmi  Roflagni, 
habitatricis  Burgi  Valentiœ.) 

Cet  afte,  curieux  par  fes  difpofitions  teftamentaires,  Teft 
aufli  par  fes  indications  fi  précifes.  Il  femblerait  en  réfulter 
que  rhôpital  Saint- Antoine  était  dans  Tenceinte  du  Bourg. 
Je  crois  avoir  bien  précifé  fa  fituation  dans  notre  ville.  Ce- 
pendant, le  teftament  dit  formellement  :  «  item,  je  lègue  à 
»  rhôpital  du  bienheureux  Antoine  dudit  Bourg  de  Valence 


290  soaÉTÉ  i>'ab€héoio«ib  et  n  smisnoiJE. 

»  une  paire  de  draps  avec  une  couverture*.  »  Serait-ce  que 
la  commune  du  Bourg  eût  à  cette  époque  une  part  quel- 
conque de  droits  fur  notre  hôpital  de  Saint- Antoine  ?  La 
chofe  ferait  poffible,  car  le  chapitre  du  Bourg  était  fi  puiffant, 
lorfque  Tordre  de  Saint- Antoine  fe  fonda  dans  nos  contrées, 
qu^il  a  fort  bien  pu ,  en  coopérant  à  cette  fondation ,  en  ob- 
tenir certains  privilèges.  Elle  a  encore  aujourd'hui  le  droit 
de  faire  admettre  un  certain  nombre  de  fes  pauvres  &  de  fes 
malades  dans  Thôpital  de  la  ville  ;  elle  pourrait  donc  en  par- 
ler comme  d'un  hôpital  dudit  Bourg,  de  diâo  Burgo.  Je 
ne  crois  pas  d'ailleurs  qu'il  y  ait  eu  jamais  deux  hôpitaux 
dans  l'enceinte  du  Bourg;  &  encore  moins  deux  hôpitaux 
Saint- Antoine ,  l'un  dans  le  Bourg  &  l'autre  dans  la  ville. 

Nous  retiendrons  toutefois  de  ce  teftament  que  l'hôpital 
du  Bourg  était  fous  le  nom  de  Sainte- Marie,  Beatœ  Marice. 
Cependant,  un  autre  document,  la  liève  de  1648,  lui 
donne  le  nom  de  Saint-Pierre  :  «  Eftat  des  penfions  dues 
aux  pauvres  de  Vhofpital  du  Bourg  Saint  Pierre  lei 
Valence^.  » 

Je  n'ai  pu  trouver  que  bien  peu  de  renfeignements  fur  cet 
hôpital.  La  mairie  du  Bourg  n'a  qu'une  petite  liaffe  de  pièces 
fans  valeur.  Ce  font  des  reçus,  des  quittances,  mais  fans 
portée  hiftorique.  Et  cela  ne  nous  furprend  pas.  Nous  lifons 
dans  une  délibération  du  bureau  des  pauvres,  du  1 5  odobre 
1688  :  a  Propofé  parmond.  Seigneur  (c'était  l'évêque  qui 
»  préfidait  ce  bureau)  que  les  papiers  concernant  Vhôpital 
»  du  Bourg  de  cette  ville,  qui  a  été  joint  à  l'hôpital  général, 
»  font  entre  les  mains  du  S'  Longys,  curé  du  Bourg,  & 
»  qu'il  eft  néceffaire  de  favoir  en  quoy  confident.  Conclud 


(i)  Flaffata.  Ce  mot  de  la  baffe  latinité  ne  fe  trouve  pas  dans  les  didion- 
naires  dadiques.  Ducange  nous  en  donne  la  lignification  :  «  Occitani 
r>  fiaffada  coopertorium  le&i  vacant  ^  quafi  filajfata,  »  (v*  Flaffata,) 

{7.)  Aux  archives  de  Thôpital,  regift.  B.  104. 


ÉTABLISSEMERTS  CBABITilLES  DB  TUElfCE.  294 

»  que  Mefficurs  de  Veynes  &  de  Breflac,  redeurs,  font 
»  priés  de  voir  led.  S*"  Longys,  &  de  retirer  lefd.  papiers, 
»  lefquels  feront  mis  dans  les  archives  dudit  hôpital,  &  ils 
»  donneront  telle  décharge  que  befoin  fera^  »  . 

Cette  commiflion  a-t-elle  été  remplie?  Ceft  à  croire,  fi 
nous  en  jugeons  par  l'importance  que  cette  adminiftration 
de  nos  hôpitaux  mettait  juftement  à  la  confervation  de  leurs 
archives.  Nous  lifons  dans  une  de  fes  délibérations  (du  i  o 
juillet  i683)  :  «  Propofé  auffi  qu'il  eft  néceffaire  de  faire  un 
»  inventaire  des  p^iers  qui  font  dans  led.  hôpital  (c'était 
»  l'hôpital  général  dont  il  eft  queftion)  afin  de  les  conferver. . . 
»  conclud  qu'il  fera  fait  un  inventaire  defd.  papiers  par  lefd. 
»  S"  Redeurs  &  Procureur,  &  font  priés  Meffieurs  le  Juge 
»  &  de  Vaugrand  &  Teyffonnier  pour  y  aflifter,  &  quant  aux 
»  clefs,  il  en  fera  gardé  une  par  led.  S'  Reâeur,  une  par  le 
»  Procureur,  &  l'autre  par  le  fécond  conful  ou  l'un  d'iceux*.» 

A  ce  moment-là ,  l'hôpital  du  Bourg  avait  encore  fes  ar- 
chives à  part,  pulfque  ce  n'eft  que  quelques  mois  après ,  au 
mois  de  novembre  de  cette  même  année  1 683,  que  fon  union 
à  ceux  de  la  ville  fut  prononcée.  Cependant ,  «  le  12  décembre 
»  1 687,  a  efté  encore  propofé  qu'il  eft  néceffaire  de  faire  faire 
»  un  inventaire  des  aftes  &  papiers  des  hofpitaux^.  »  Et 
nous  voyons  que  l'année  diaprés  ceux  de  l'hôpital  du  Bourg 
étaient  encore  aux  mains  du  curé  de  cette  paroiffe. 

Ils  n'y  font  pas  reftés.  Les  archives  de  l'hôpital  du  Bourg 
ont  eu  le  fort  de  toutes  celles  des  établiffements  publics  ;  elles 
fe  font  perdues  &  anéanties  entre  les  mains  de  particuliers 
qui,  par  fuite  des  temps  &des  événements,  n'en  voyaient 
pas  l'importance;  ou  elles  ont  été  dilapidées  &  détruites 
comme  des  titres  entachés  de  féodalité. 


(i)  Aux  archives  de  l'hôpital. 

(2)  Jbid, 

(3)  Ibid, 


292  SOdÉTÉ  D'iECHiOtOGlE  ET  DE  STATlSTIQtJE 

Nous  en  fommes  donc  réduits  à  de  vagues  &  infignifiantes 
indications. 

L'archéologie  nous  en  fournira  une. 

Une  rue,  près  de  Péglife  Saint- Pierre,  qui  conferve  encore 
de  nos  jours  le  nom  de  rue  de  r hôpital,  eft  très-probablement 
ainfi  dénommée  parce  que  c'eft  là  que  fe  trouvait  cet  éta- 
bliffement.  Mais  il  n'en  refte  aucune  autre  trace  monu- 
mentale :  pas  un  pan  de  mur,  pas  une  ruine,  rien  autre  chofe 
qui  dife  :  c'eft  ici  que  fut  Phôpital  du  Bourg. 

Il  fe  compofait,  d'après  les  tailles  de  171 5,  d'une  maifon 
&  jardin  \ 

Les  archives  du  chapitre  de  Saint-Apollinaire  relatent  un 
«  parchemin  en  datte  du  19™®  auril  i5i8,  par  lequel.... 
»  Claude  Marionis  appenfionne  à  Claude  &  Antonin  Giraud 
»  frères,  une  maifon....  avec  la  charge  &  penfion  qu'elle 
»  fait  d'un  florin  à  l'églize  du  Bourg  de  Valence ,  &  de  fix 
»  gros  penfion  qu'elle  feit  à  Vhôpital  dud.  Bourg.  —  A6le 
»  reçu  de  Couches  no.'*',  cotte  N.®  i365.  Valence,  880*.  » 

a  En  1602 ,  la  vigne  des  Rochas,  fife  au  mandement  du 
»  Bourg,  doit  16  fols  de  penfion  annuelle  à  l'hôpital  dud. 
»  Bourg  ^.  » 

En  1 687 ,  dans  une  délibération  du  bureau  des  pauvres, 
«  il  eft  conclud  que  le  S""  Saint-Genys  économe  fera  travailler 
»  avec  diligence  aux  réparations  qui  font  néceffaires  à  l'hô- 
»  pital  du  Bourg  ^.  » 

Du  2 1  février  1 698 ,  «  a  efté  délibéré  qu'il  fera  baillé  re- 
»  quefte  à  Nos  Seigneurs  du  Parlement  de  cette  province , 
»  &  demandé  qu'il  leur  plaife  ordonner  que  lefd.  biens  & 
»  héritages  (il  s'agit  de  l'hérédité  d'-Yfabeau  de  Pierre  qui 


(i)  Aux  archives  de  Thôpital,  liafife,  B.  102. 

(2)  Aux  archives  de  la  préfefhire,  fol.  i58i. 

(3)  Arch.  epifcop.,  Invent,  de  Molinier. 

(4)  Arch.  de  Thôpital. 


ÉII^USSBICERTS  DE  BIENFAISAIUGE  DE  VALENCE.  293 

avait  légué  fes  biens  aux  pauvres  du  Bourg-lès- Valence) , 
»  feront  deflivrés  auxd.  hôpitaux  de  Valence  où  les  pauvres 
»  du  Bourg  font  reçus  fuivant  F  Union  qui  a  été  faite  de 
»  l'hôpital  dud.  Bourg^,  » 

«  Du  i*'  mars  1698,  feu  M.  Laurent  Robin,  chanoine  en 
»  lad.  églife  collégiale  du  Bourg,  ayant,  par  fon  teftament, 
»  donné  aux  pauvres  dud.  Bourg  la  fomme  de  5oo  livres , 
»  le  bureau  général  des  pauvres  &  hôpitaux  reçoit  lad. 
»  fomme,  à  la  charge  que  s'il  arrivait  que  Thôpital  dud. 
»  Bourg  fût  défuni  de  Thôpital  général  de  Valence,  lad. 
»  fomme  de  5oo  livres  fera  remplacée  aux  pauvres  dud. 
»  Bourg.  » 

>  En  efiet,  c  par  délibération  prife  en  Taffemblée  générale 
»  delà  Ville  &  du  Bourg,  tenue  le  10  novembre  i683,  Téta- 
»  bliffement  de  Thôpital  général  aurait  été  réfolu,&,  en 
»  même  temps,  Tunion  des  hôpitaux  de  la  Ville  &  du  Bourg 
»  fut  faite  d'un  commun  confentement'.  » 

Ainfi  difparut  cet  établiffement  ;  il  fut  abforbépar  l'hôpital 
général. 

Hôpital  Sainte-Marthe  ou  plus  exaâement 

Saint 'Georges, 

Vers  le  milieu  du  XIV®  fiècle,  nous  trouvons  une  première 
indication  d'un  hôpital  Sainte-Marthe.  Je  la  dois  à  l'obli- 
geance de  M.  l^bbé  Chevalier,  dont  les  recherches  font  fi 
remarquablement  exaftes.  Je  cite  la  note  qu'il  a  bien  voulu 
m'envoyer. 

«  Le  3  mai  1 34 1 ,  Raymond  Richard ,  prêtre  de  l'églife 
»  de  Valence,  &  reâteur  de  V hôpital  de  Saint e- Marthe , 
»  dit  de  la  porte .  Saunière  de  Valence  (porte  Saunerie 
»  Valentie),  défireux  de  fubvenir  aux  befoins  futurs  de  l'éta- 


(i)  Délib.  du  bureau  des  pauvres. 

(2)  Aux  archives  de  Thôpital,  férié  E.  H.  E.  I. 


294  socikti  n'kwcBtoumÈ  et  de  srinsfiitoE. 

»  bliiTemçnt  confié  à  fes  foins ,  après  avoir  pris  le  conleil  de 
»  plusieurs  clercs  &  laïques  y  &  fpécialement  des  vénérables 
»  curés  de  Téglife  de  Valence,  du  confentement  de  Jean 
»  d'Allcx  (de  Alejto),  de  Durand  Raimbaud,  &  de  Ray- 
»  mond  Bruni ,  chapelains  (c.-à-d.  curés)  &  chanpines  de 
»  la  grande  églife  de  Valence ,  donne  en  amphithéofe  perpé- 
»  tuelle  à  Jeanne  Blanche,  veuve  de  Nicolas  Silveftre  de 
»  Valence,  une  maifon  appartenant  audit  hôpital,  mais  du 
»  domaine  dired  de  Saint- Viftor,  fous  le  cens  annuel  de  1 2 
»  deniers  viennois,  &  fituée  à  Valence  ingraynaria  veteriy 
ï>  etc.  » 

Dans  les  aâes  du  doyenné  de  Véglife  Saint- Apollinaire, 
aux  archives  du  chapitre  de  cette  églife,  fol.  79',  je  trouve 
Tenregiftrement  d'un  «  billet  concernant  l'hôpital  de  Sainte- 
»  Marthe  de  Valence  ».  —  «  Tous  lefd.  a6les  derniers  n'a- 
»  yant  point  de  date,  »  y  eft-il  dit.  Ce  qui  nous  laifle  dans 
le  vague. 

Plus  loin,  au  fol.  140,  eft  une  «  reconnaiffance  de  Jean 
»  Fabry  pour  deux  terres  qui  furent  de  l'hôpital  Sainte- 
»  Marthe  de  Valence.  —  Efcrits  cotés  i52o,  i5  oftobre.  » 

Qu'était  cet  hôpital  &  où  était-il  fitué? 

Au  fol.  iSgS,  je  lis  que  «  la  chapelle  Sainte-Marthe  eftoit 
»  proche  l'églife  Noftre-Dame  de  la  Ronde.  Afte  coté  SSg*.  » 
Mais  il  paraît  que  la  chapelle  &  Thôpital  étaient  deux  choies 
diftinftes. 

On  fait  que  l'églife  Notre-Dame-de-la-Ronde  était  une 
paroifle  dépendante  du  chapitre  Saint-Apollinaire  qui  y 
faifait  faire  le  fervice  paroiffial  par  des  vicaires  &  «  percevait 
»  les  dixmesde  tous  les  paroiiEens  au  vingt-cinqùain^.  » 


(i)  Aux  archives  de  la  préfeâure. 

(2)  Ibid, 

(3)  «  Il  y  avait  dans  Valence  quatre  paroifles  unies  au  chapitre  deflervies 
»  par  quatre  vicaires  perpétuels.  »  C'étaient  :  Saint-Martin,  N.-D.-dC'larRonde, 


ÉTÀBUSSEMEIITS  SB  BIEnniSÀNGE  DE  TALBNCE.  295 

Elle  était  ûtuét  intrà  muroSy  près  la  place  aux  Clercs,  dans 
la  rue  qui  en  a  retenu  le  nom. 

Or,  au  fol.  56,  fe  trouve  un  compte  intitulé  Libretiones, 
qui  eft  «  un  compte  rendu  par  M"  Barthélémy  Crofati, 
»  procureur  des  livraifons,  aux  feig."  chanoines,  depuis  le 
»  7"^  juillet  i555,  Jufqu'à  pareil  jour  de  Tannée  1 556.  »  Il  y 
eft  queftion  d'une  livraifon  de  6  gros  fur  le  refteur  de  Sainte- 
Marthe  hors  la  porte  Saunière. 

Au  fol.  174  des  mêmes  archives,  fe  trouve  l'indication  de 
<c  un  tènement  de  jardin  &  vigne  hors  &près  la  porte  Sau- 
»  nière,  près  l'hôpital  Sainte-Marthe  ou  Saint-Georges.  » 

Au  fol.  i83,  la  même  indication  pour  «  jardin  &  vigne 
»  fitués  hors  la  porte  Saunière  &  proche  la  maifon  de  l'hô- 
»  pital  de  Sainte- Marthe  ou  de  Saint-Georges.  A£le  du  8 
»  mars  1473.  » 

Ces  indications  font  très-pofitives  :  l'hôpital  Sainte- 
Marthe  était  hors  les  murs ,  non  loin  de  la  porte  Saunière. 

Mais,  il  en  reffort  une  autre  indication  :  c'eft  que  l'hôpital 
Sainte-Marthe  &  l'hôpital  Saint-Greorges  étaient  un  fcul  & 
même  établiffement.  , 

Saint-Georges  était  aufli  hors  les  murs.  En  voici  la  preuve  : 

«  Plus  un  autre  parchemin  en  date  du  24®  juin  1 892 ,  par 
»  lequel  (le  feigneur  Jean  de  Poitiers,  évêque  fiégeant), 
»  Perronnet  de  Lanceffac,  reâeur  de  l hôpital  Saint- 
»  Georges  hors  les  murs  de  Valence,  &  Perronette  relaiffée 
»  (veuve)  de  Jean  Bofco  fe  marient  fuiuant  la  loy  romaine 
»  en  face  de  la  fainte  mère  Eglize  ' .  » 

Au  fol,  i5io,  nous  trouvons  cette  indication  :  «  un  jardin 
»  proche  la  porte  Sonière  confront.  du  L.  le  béai  de  lad. 
»  porte,  du  C,  le  chemin  qui  va  de  Valence  à  Eftoile,  de 


Saint-Ruf  &  Saint-Jean.  (Archiv.,  fol.  2089,' coté  A.  —  Voyez  auffi  fol.  1846 
&  1899,  coté  3oo.  Valence,  1773.) 
(i)  Inv.  du  chap.  Saint-Apoll.,  fol.  i35o. 


296  SOCIÉTÉ  d'archéologie   et  de   STATISTIQIJE. 

»  Bize  led.  béai ,  du  vent  avec  la  terre  &  vigne  de  Thofpîtgri 
»  Saint-Georges.  » 

Aux  AQes  du  doyenné  ^  il  en  eft  un  qui  concerne  un  «  jar- 
»  din  aflîs  près  la  porte  Saunière  confront  du  levant  le  grand 
»  chemin  d'Avignon,  &  la  Chapelle  &  pertènement  Saint - 
»  Georges,  le  chemin  entre  deux,  du  vent,  avec  Thofpital 
»  &  terres  de  Saint-Georges.  »  (fol.  134.) 

Au  XV®  fiècle ,  lorfque  la  pefte  exerçait  fes  ravages ,  & 
que,  félon  les  idées  du  temps ,  on  n^  voyait  d'autres  remèdes 
qu'une  fequeftration  abfolue,  nous  lifons  dans  les  regiftres 
de  la  mairie  une  délibération  du  i3  juillet  1476,  «  où  il  fut 
»  conclu  qu'il  y  aurait  une  fentinelle  à  chacune  des  portes 
»  de  la  ville  pour  empêcher  qu'il  n'y  entre  perfonne  venant 
»  d'un  lieu  peftiféré,  &  que,  dans  le  cas  où  on  ferait  obligé 
»  de  faire  fortir  quelques  pauvres  de  la  ville,  ils  feraient 
»  nourris  dans  Vhôpital  Saint-Georges  \  »  Cet  hôpital  était 
donc  hors  les  murs. 

L'emplacement  fe  précife  davantage.  Il  s'explique  d'ailleurs 
par  la  deftination  qu'on  lui  avait  donnée.  Cet  hôpital  était, 
paraît-il,  deftiné  au  logement  des  pauvres  voyageurs  qui, 
dès  cette  époque  comme  aujourd'hui,  fréquentaient  beau- 
coup cette  grande  route  de  Lyon  à  Marfeille,  &  qui  avaient 
befoin  de  trouver  un  afile  ouvert  fur  le  parcours  de  cette 
route  &  hors  de  l'enceinte  des  remparts  de  la  ville.  Un  tefta- 
ment  affez  curieux  nous  en  fournit  la  preuve  :  «  Teftament 
»  du  i5  aouft  1628,  reçu  Anthoine  de  Couches,  fait  par 
»  noble  Jean  Joubert,  qui  veut  entre  autres  chofes  que  fes 
»  héritiers  fafTent  un  repas  tous  les  ans  aux  pauvres  de 
»  l'hofpital  de  Saint-Jean  de  Valence  à  la  fefte  de  Saint-Jean- 
»  Baptifte.  Plus,  il  donne  aux  pauvres  paffants  une  penfion 
»  d'un  feftier  bled....  Et  par  un  fécond  teftament  du  9"* 
»  mai  1546..,  il  donne  à  l'hôpital  de  Saint-Georges  o«yèron/ 

(  I  )  Aux  archives  de  la  mairie ,  fol.  1  o. 


ÉTABLISSEMEKTS  DE  BIENFAISANCE  DE  TALENCE.  297 

»  logés  les  pauvres  pajfants  &  repajfants  un  lift 5^  etc.  » 
Coté  N .  **  Valence ,  1 479  ^ 

Des  recherches  que  j'ai  faites,  il  réfulterait  que  cet  hôpital 
occupait  au  faubourg  Saunière  remplacement  de  Thôtel 
aftuel  de  la  Porte  qui ,  ainfi  que  vous  le  voyez ,  a  pu  changer 
de  clientèle,  mais  n'a  pas  changé  de  deftination. 

L'hôpital  Saint-Georges  occupait  non-feulement  le  local 
afhiel  de  Thôtel  de  la  Pofte,  jardin ,  remifes  &  écuries,  dans 
lefquelles  on  voit  encore  des  relies  de  conftruftionsqui  datent 
de  cette  ancienne  deftination,  mais  auflî  l'emplacement  du 
couvent  de  la  Nativité,  &  ceux  de  l'ancien  clos  Conftant, 
jufqu'aux  abords  de  la  gare  &  au-delà  du  chemin  de  fer. 

L'hôpital  était  fous  le  vocable  de  Saint-Georges;  &  on  le 
confondait  avec  celui  de  Sainte-Marthe ,  parce  que  ce  terroir 
était  connu  fous  ce  dernier  nom. 

Ces  faits  reifortent  très-nettement  de  divers  aftes  qui  exis- 
tent aux  archives  de  l'hôpital  (B.  107),  aftes  authentiques 
dans»  lefquels  nous  trouvons  plus  d'un  fouvenir  intéreflant 
pour  des  habitants  de  Valence. 

«  Pardevant  le  notaire  royal  de  Valence  fouffigné , 
»  Aujourd'hui  vingtième  du  mois  de  décembre  année  1757, 
»  après-midy,  fut  préfente  demoifelle  Françoife  de  Richaud, 
»  V.*  héritière  de  S*"  Claude  Grand,  hante  au  faubourg  Sau- 
»  nière  dud.  Valince,  laquelle  a  volontairement  reconnu 
»  faire  &  devoir  fervir  aux  pauvres  &  hôpitaux  de  cette  ville, 
»  à  la  ftipulation  &  acceptation  de  S*"  Jean-Jacques  Béran- 
»  ger  leur  tréforier  pour  ce  icy  préfent ,  la  penfion  annuelle 
»  &  foncière  de  34  livres ,  1 2  fols ,  payable  chaque  jour  vingt 
»  fixième  oélobre,  aflFeftée  fur  une  pièce  de  terre  dans  laquelle 
»  font  les  bâtiments,  écuries,  jardin  &  baffecours du  Logis 
»  du  Louvre ,  anciennement  le  point  du  jour,  et  encore 

»    PLUS  ANCIENNEMENT  l'hÔPITAL  SaINT-GeORGES  ,   fitués  au- 


(i)  Aux  archives  delà  préfecture ,  Invent,,  fol.  1762. 


2^  SOCIÉTÉ  d'aIGHÉOLOGIE  £T  DE  STATISnQVB. 

»  dit  faybourg,  terroir  de  Sainte-Marthe,  de  la  contenance 

»  en  tout  de  trois  fétérées  quatorze  pugnerées,  etc &fur 

»  une  autre  pièce  de  terre  fituée  aud.  faubourg  Saunière 
»  terroir  du  Crot  de  Raillât,  de  la  contenance  d'une  fé- 
»  térée,   deux  civayers,  dans  laquelle  il  y  a  une  gla- 

»  cière ,  cinq  fétérées ,  12  pugnerées  d'un  côté,  &  une 

»  fétérée,  2  civayers  d'autre,  furent  appenfionnées  par 
»  MM.  les  Refteurs  &  Adminiftrateurs  defdits  hôpitaux  à 
»  Antoine  Roftaing  Batier,  par  ade  reçu  M*  Neyremand, 
»  notaire  de  cette  ville,  le  26  oftobre  1673,  fous  la  rente 
»  de  48  livres,  12  fols,  payable  au  terme  cy-deffus,  &  fous 
»  la  réferve  y  exprimée,  &  laquelle  penfion  de  34  livres, 
»  12  fols,  led.  feu  Claude  Grand  fut  chargé  de  payer  aux- 
»  dits  hôpitaux  dans  Tafte  de  vente  par  luy  paffé  des  im- 
»  meubles  fus  confinés  par  dame  Jeanne  Didier  veuve  du  S' 
»  Charles  Didon  Meffac. . . 

»  Reçu  M'*  Mottet  N",  le  7  juin  1 736...  »  (Ancien  terrier, 
fol.  18  &  i3o,  aux  archives  de  l'hôpital.)  • 

«  Plus  reconnaît  lad.  dem."**  veuve  Grand,  au  profit  de 
»  quideflus,  une  autre  penfion  foncière  de  trois  livres  pa- 
»  yable  à  chaque  fête  Saint- Apollinaire  affeftée  fur  une  pièce 
»  de  vigne  fituée  aud.  mandement  terroir.de  Championnet , 
»  de  la  contenance. d'environ  fept  fétérées,  16  pugnerées, 
»  confrontant  du  levant  le  grand  chemin  d'Avignon,  du 
»  couchant  le  chemin  de  Championnet,  de  bife,  viol  tra- 
»  verfant  de  l'un  à  l'autre  des  fufdits  chemins,  &  du  vent 
»  béai  fervant  à  écouler  les  eaux  venant  des  Contants....» 
(Archives  de  l'hôpital,  B.  107.) 

Le  général  Championnet  était  «  fils  naturel  de  M.  Grand, 
»  maître  de  pofte  &  confeiller  à  l'éleélion,  qui,  depuis, 
»  époufa  la  mère.  On  l'appela  Championnet ^  du  nom  d'un 
»  quartier  du  territoire  de  Valence,  où  M.  Grand  avait 
»  beaucoup  de  propriétés.  »  (M.  Delacroix,  Statijlique  de 
la  Drômey  p.  63 1.) 


ÉTlBLISSnBKTS  DE  BIERFAISAlfCS  DE  TiLCUCE.  t^ 

Ces  titres  ne  laiifent  aucun  doute  fur  remplacement  de 
notre  hôpital  Saint-Georges. 

En  voici  un  plus  ancien,  &  un  autre  plus  récent,  qui  nous 
font  connaître  la  tranlmiffion  de  cette  propriété. 

«  Le  17*  de  mai  i633,  fut  propofé  au  bureau  des  pauvres 
»  de  Valence  que  Anthoine  Roftaing,  maître  baftier  dud. 
»  Valence ,  demandait  en  appenfîonnement  deux  pièces  de 
»' terre  à  eux  a jq>artenant ,  fituées  près  &  hors  la  porte 
»  Sonyere  (fie)  de  ladite  ville.  » 

«  Du  26  oftobre  i633,  appenfionnement  à  perpétuité  au 
»  S' Anthoine  Roftaing,  maître  baftier,  de  terres  dépenctant 
»  de  l'hôpital,  contigiies  du  cofté  du  levant  du  grand  che- 
»  min  5  feftérées,  16  pugnerées,  — dijirait  la  chapelle 
»  Sainte- Marthe  delà  part  libre;  du  cofté  du  couchant, 
»  dudit  grand  chemin  allant  de  Valence  en  Avignon ,  con- 
»  tenant  i  k^éiéty  fans  y  comprendre  Vhofpital  Saint- 
»  Georges  eftant  dans  lad.  partie  libre  ;  réfervant  un  petit 
»  plajfaige  ou  ejloit  aultrefois  conjlruite  la  chapelle  appelée 
»  Sainte-Marthe,  telle  qu'il  paroift  encore  par  les  veftiges 
»  de  murailles  d'icelle,  laquelle  appartiendra  auxd.  hôpitaux 
»  pour  en  difpofer  comme  bon  leur  femblera....  &  ce  pour 
D  moyennant  la  penfion  annuelle,  perpétuelle  &  foncière 
»  de 48 livres,  12  fols \  » 

Nous  avons  vu  comment  M.  Grand  était  devenu  proprié- 
taire de  ces  immeubles  par  Tafte  du  1 7  juin  1 734. 

«  En  1 782,  par  un  ade  du  1 3  feptembre  reçu  M*  Méfan- 
»  gère,  notaire,  M.  Etienne  Grand ,  avocat  au  Parlement, 
»  confeiller  du  Roy,  lieutenant  au  bureau  de  réleftion 
»  de  Valence,  y  demeurant,  vend....  à  S'  Jean-François 
»  Martin  fils,  fermier,  demeurant  au  château  du  Valentin, 
»  mandement  du  Bourg-lès-Valence....  fon  auberge  ou 
»  Logis  du  Louvre,  fituée  au  feubourg  Saunière  dud.  Va- 

■  ----■--■  — . — — . — __^^___ 

(1)  Tiré  des  archives  deThôpital)  17*  lîaffc,  N."6o6. 


300  SOCIÉTÉ  d'àsghéologie  et  de  statistique. 

»  lence,  y  compris  les  boutiques  du  perruquier  &  du  cou- 
»  telier,  jardin,  baffes-cours,  écuries,  remifes  &  magafins, 
»  enfemble  tous  les  mfeubles,  batterie  de  cuifine,  &  argen- 
»  terie,  tels  &  les  mêmes  dont  jouit  le  S'  Reboulet,  fermier 
»  aftuel  dud.  logis....  &avec  lefd.  logis  &  emplacements, 
»  droits  récindants  &  récifoires  vendus  dans  la  cenfive  ou 
»  directe  du  Seigneur  mieux  informant,  fous  la  fupputation 
»  de. leurs  cens  &  charges  royales  &  d'une  penfion  annuelle 
»  &  foncière  de  Sy  livres,  12  fols,  en  faveur  des  hôpitaux 
»  de  cette  ville. 

)î  ....  vend  en  outre  led.  M.  Grand  aud.  S'  Martin.... 
»  les  3o  chevaux  de  pofte,  felles,  harnais,  brides  &  jiutres 
»  uftenfiles  de  la  pofte  aux  chevaux  dud.  Valence  dont  M. 
»  Grand  était  pourvu....  A  la  follicitation  dud.  M.  Grand, 
»  led.  S*^  Martin  en  a  obtenu  le  brevet  depuis  le  8  janvier 
»  dernier 

»  La  préfente  vente,  ainfi  faite  &  convenue,  tant  pour 
»  lefd.  immeubles,  meubles  &  chevaux  dépendants  de  la 
»  pofte  &  uftenfiles,  qu'en  confidération  de  la  démiffion  vo- 
»  lontaire  du  brevet  de  la  pofte  faite  par  led.  M.  Grand, 
»  moyennant  le  prix  &  fomme  de  70,000  livres.  » 

Tous  ces  fouvenirs  font  de  notre  temps.  Les  enfants  de 
Valence  qui  peuvent  remonter  à  quarante  ans,  fe  rappellent 
tous  la  pofte  aux  chevaux ,  fi  brillante  à  cette  époque  &  fi 
bruyante,  exploitée  par  M.  Martin;  ils  fe  rappellent  ce 
mouvement  inceffant  de  chaifes  de  pofte  &  de  voitures  qui 
abordaient  jour  &  nuit  à  Tancien  hôtel  du  Louvre,  mieux 
dénommé  Thôtel  de  la  Pofte,  &  qui  était  bien  connu  & 
apprécié  des  voyageurs.  Ils  fe  rappellent  ce  vafte  clos  Martin 
qui  fut  dépecé  en  plufieurs  morceaux  pour  le  clos  de  Vernon 
&  le  penfionnat  Second.*  Celui-ci  fut  racheté  par  la  commu- 
nauté de  la  Nativité,  lorfque  M."* Second  tranfporta fon  éta- 
bliffement  près  le  boulevard  du  Cagnard.  Le  chemin  de  fer 
eft  venu  y  opérer  de  nouvelles  transformations,  dont  une 


ÉTABLISSEMENTS   DE  BIENFAISANCE   DE   FALENCE.  304 

des  plus  remarquables  eft  la  grande  valeur  donnée  à  ces 
terrains  que  le  bureau  des  pauvres,  il  y  a  200  ans,  appen- 
fionnait  à  location  perpétuelle  pour  la  Tomme  de  48  livres, 
1 2  fols. 

Une  note  adminiftrative  nous  apprend  que  «  cette  rente 
»  de  rhôpital,  repréfentant  un  capital  de  880  francs,  a  été 
»  rachetée  par  M.  Philippe  Vacher,  traiteur,  pofleffeur 
»  aduel  dud.  Louvre  qu'il  avait  acquis  de  M.  J.  F.  Mar- 
»  tin,  repréfentant  Françoife  Richaud,  veuve  de  Claude 
»  Grand.  » 

Ces  pièces  font  aujourd'hui  entre  les  mains  de  M .  Laurent 
Vacher,  propriétaire  de  Thôtel  de  la  Pofte.  Je  lui  dois  des 
remerciements  pour  Tobligeance  qu'il  a  mife  à  me  les  com- 
muniquer. 

fA  continuer j  F.  DUPRÉ  DE  LOIRE. 


'^^•^ 


ToMB  IV.  -  1869.  âO 


3a2 


SOCIÉTÉ    d'archéologie  ET  B£  STATISTIQUE. 


STATISTIQUE   ECCLÉSIASTIQUE. 


FOUILLÉ^  DU  DIOCÈSE   DE   VIENNE. 

Suite  (1). 


IN  ARCfflPRESBlTERATU  BREYSSIACI  (P). 

636.  Ecclesia  Arzeaci  (434) XXV. 

637.  Ecclesia  Semoncii  (451) XII. 

638.  Ecclesia  Comelle( 437) '       XL. 

(1)  Voir  les  2«,  3«,  5%  ?•  et  13*  livraisons  du  Bulletin,  pp.  224,  347,  158, 
391  et  197. 

(P)  Cet  archiprêtrë  a  pour  correspondants,  dans  le  pouillé  de  1790,  ceux 
de  Dressieu ,  de  la  Côte-Saint- André  et  de  Yirieu. 


ARCmPRÊTRÉ  DE  BRESSIEUX. 
15  cures  en  dépendaient;  titulaire  :  le  curé  de  Sillans. 

NOMS  DES  PAROISSES.  VOCABLES.  PATRONS. 

414.  Berzin.  Notre-Dame. 


415.  Bressieux. 

416.  Brion. 


Saint  Michel. 
Saint  Didier. 


Le  prieur  de  Saint-Siméon- 

de-Bressieux. 
Le  chapitre  de  St-Mauricc. 
L'archevêque  de  Vienne , 
par  abandon  du  prieuré 
de  Yaracieu. 
41?.  Cbâlenay-de-Bres-  Saint  Germain.     Le  chapitre  de  St-Maurice. 
sieux. 

418.  Mamans.  Saint  Pierre. 

419.  Plan.  Notre-Dame. 


L'ordre  de  Malte. 


STATISTIQUE  ECCLÉSI ASTIQUE.  303 

639.  Capella  domini  Filliodi XXXV. 

640.  Prior  Penopolis  (448) II<^XXX. 

641.  Ecclesia  Faramancîi  (43Ô) X. 

642.  Ecclesia  Sardiaci  (426  6w) VIII. 

643.  Capella  domini  Captivi V. 

644.  Prioratus  Viriville  (428) CXX. 

645.  Ecclesia  Penopoles  (448) . , XXX. 

646.  Ecclesia  Virivilïe  (428) '. XV. 

647.  Ecclesia  Chastaneli( 417) XXX. 

648.  Prior  S.  Simeonis  (426) CCL. 

649.  Ecclesia  dicti  loci  (idj XXX. 

650.  Capella  riobilis  Calibois  ibidem VIII. 

631.  Capella  nobiUs  G.  Gottafredi III. 

652.  SacristiaS.  Simirins(cf.  648) X. 

653.  Ecclesia  et  capella  S.  Georgii  Breyssiaci  (415) .  .  XLVI. 

654.  Ecclesia  S.  Pelri  rétro  castruin  Bressiacî  (425).  XX. 

655.  Ecclesia  de  Voyon XII. 

656.  Capella  B.  Mariœ  ibidem IIII. 


NOMS  DES  PAROISSES.                  VOCABLES.  PATRONS 

420.  St-BenoU-d'izeau.  Le  prieur  de  Moirans. 

421.  Saint  ^Etienne -de- St- 

Geoirs.  Le  prieur  du  lieu. 

422.  Saint-Geoirs.             Saint  Georges.  La  cathédrale  de  Vienne. 

'  423 .  Saint-Michel-de-Saint-  Le  prieur  de  Saint-Édenne- 

Geoirs  ou  de-la-Faim.  de-Saint-Geoirs. 

424.  Saint-Paul-d'Izeau (cL  L'abbaye  de  Saint-Paul,  à 
357).  Beaurepaire. 

425.  Saint-Pierre-de-Bres-  Le  prieur  de  St-Siméon-de- 
sieux.  Bressieux. 

426.  Saint-Siméon-de-Bres-      '  Le.  prieur  du  lieu, 
sieux. 

426  bis.  Sardieu.              Ste  Magdeleine.  L'abbessedeLaval-de-Bres- 

sieux. 

427.  Sillans.                     Saint  Maximin.  La  cathédrale  de  Vienne. 

428.  Viriville.            .       Saint  Robert.  Le  prieur  com.  du  lieu. 

429.  Annexes  :  Marcilloles ,  suceurs,  de  Viriville. 


304  SOCIÉTÉ   D  ARCHÉOLOGIE   ET   DE   STATISTIQUE. 

657.  Ecclesia  Bresini  (414) XII. 

658.  Capella  B.  Mariœ  ibidem It. 

659.  Ecclesia  S.  Stephani  de  Sancto  Jouersî(421) .  .  .  XXV. 

660.  Prioratus  dicli  loci  rirfj CXXX. 

661 .  Capella  nobilis  Gauteronis IX . 

669.  Capella  B.  Mariœ  in  ecclesia  S.  Symirins  (cf.  648).  VIII. 

663.  Sacristia  dicti  loci X. 

664.  Ecclesia  Sancli  Georgii  de  S.  Jouers  (422) ....  XVIII. 

665.  Ecclesia  Sancti  Michaelis  de  Feyno  (423)   ....  XVIII. 

666.  Ecclesia  B.  Mariœ  de  Plans  (419) XXX. 

667.  Ecclesia  S.  Pauli  la  Ville  (424) XVIII. 

668.  Ecclesia  de  Yssilles  (420) XXX. 

669.  Capella  B.  Mariœ  ibidem V.' 


ARGHIPRÊTRÉ  DE  LA  COTE -SAINT-ANDRÉ. 

19  cures  en  dépendaient;  titulaire  :  le  curé  de  Saint-Hilaire. 

430.  Église  paroissiale  de  la  Côte^  sous  le  vocable  de  saint  André  et 
le  patronage  de  l'archevêque  de  VieDue ,  après  le  décès  du  prieur 
séculier  du  lieu.  --  Il  y  avait  eu  un  prieuré  important,  de  Tordre 
des  chanoines  réguliers  de  Saint-Ruf. 

431.  Abbaye  de  filles  de  Laval  ou  Val-Bressietuv ,  de  Tordre  de 
Giteaux,  foudée  en  1164,  par  Aymar  de  Bressieux,  dans  la  terre  de 
ce  nom;  Béatrix  de  Hongrie ,  après  avoir  quitté  le  moude,  à  la  mort 
du  dauphin  Jean  II,  son  mari,  fut  abbesse  de  ce  monastère ,  mais  se 
démit  le  15  février  1340.  Il  fut  transféré  au  bourg  de  la  Gôte-Saint- 
André,  en  vertu  de  lettres  patentes  de  Louis  XIII,  du  mois  de  mars 
1633. 

432.  RécolletSy  sous  le  titre  de  Notre-Dame  des  Gr&ces  ;  ils  furent  établis 
dans  ce  lieu  en  1612,  de  Tagrément  de  Louis  Xlll,  sur  les  ruines 
d'un  couvent  de  Gordeliers. 

433.  Ursulines,  leur  couvent  fut  fondé  en  1623  et  confirmé  par  lettres 
patentes  de  Louis  Xlll,  en  date  du  mois  de  juin  1626. 

NOMS  DES  PAROISSES.  VOCABLES.  PATRONS. 

434.  Arzay.  Saint  Laurent.       Le  doyen  de  Saint-Pierre 

et  Sainl-Ghef. 

435.  Bevenais.  Saint  Marcellin.     Le  prieur  d'Oyeu. 


STATISTIQUE   ECCLÉSIASTIQUE.  305 

670.  Abbatia  S.  Paulila  Ville  (357) .  LXXX. 

671.  Ecclesia  de  Sillans  (427) XXX. 

672.  Ecclesia  de  Columba  (463) XXXV. 

673.  Ecclesia  de  Lemps  (443) LV. 

674.  Ecclesia  Benevisii  (435) XVIH. 

675.  Ecclesia  Frêle  (441) XLVIII. 

676.  Ecclesia  S.  Hilarii  (460) XXX. 

677.  Ecclesia  de  Gilonay  (442) XVIIl. 

678.  Prior  de  Gilonay  rwf.; CL. 

679.  Ecclesia  parrochialis  S.  Andreœ  (430) ,  XX. 

680.  Prior  Costœ  S.  Andreae  cum  suis  membris  et 
capellis  ("id.; CGC. 

681.  Ecclesia  de  Nantuni  (446) XX. 


NOMS  DES  PAROISSES.      ^  VOCABLES. 

436.  Bossieu(aZ.  Bocieu).   Saiot  Thiers. 


437.  Comelle. 

438.  Eydoche. 

439.  Faramaas. 

440.  Plachère. 


Saint  Romain. 
Saint  Clair. 
Saint  Clair. 
Saint  André. 


441 .  Frette  {al.  La  Frète;.   Saint  Ours. 


PATRONS. 

Les  religieux  de  Tabbaye 
de  Bonnevaux,  à  Ville- 
neuve-de-Marc (n.L). 

La  cathédrale  de  Vienne. 

Le  prieur  com.  du  Moutier. 

La  cathédrale  de  Vienne. 

L'archevêque  de  Vienne, 
après  le  décès  du  prieur 
séc'  de  la  Côte-St-André. 

La  cathédrale  de  Vienne. 


La  cathédrale  de  Vienne. 
Le  prieur  com.  du  Moutier. 
Le  prieur  com.  du  lieu. 


442.  Gillonay. 

443.  Grand-Lemps  (le). 

444.  Longe-Ghanal. 

445.  Moutier  (le). 

446.  Nanloin. 

447.  Ornacieux. 

448.  Penol. 

449.  St-Didier-de-Bizonnes 
ou  de-Marc. 

450.  St-Hiiaire-de-la-Gôte. 

451.  Semons.  Saint  Julien. 

452.  Annexes  :  Balbin,  d'Omacieux;  —  Champier  (voc.  Saint  Niâer), 
de  Nantoin;  —  Pajet,  de  Penol. 


Saint  Maurice. 

Saint  Jean. 

Saint  Pierre. 

Saint  Nicolas. 

Saint  Martin. 

Saint  Didier. 

SS.  Théobald  et  Loup. 


Le  prieur  com.  du  Moutier. 


306  SOCIÉTÉ  B  AK€B£0LOGI£  £T  D£  STATISTIQUE. 

682.  Ecclesia  Champiaci  (482  6.) XVIII. 

683.  Ecclesia  Edochi  (438)  et  Longe¥alles  (444)  ...  XV. 

684.  Ecclesia  monasterii  Bressozelli  (Q) VI. 

685.  Prior  ipsius  loci !!«. 

686.  Ecclesia  S.  Desiderii  (449) Vil. 

687.  Ecclesia  Bisonanim  (4SS) • XXX. 

688.  Capella  B.  Claudli  ibidem X. 

689.  Ecclesia  de  Chabon(  457) XXX. 

690.  Ecclesia  Blandini  (456)  et  Panissages  (467)  ..  .  I.  X». 

691.  Capella  B.  Catharinae  Viriaci  (474).  . V. 

692.  Capella  B.  Nicolai  ibidem VII. 

693.  Capella  BB.  Stephani  et  Sebastiani V. 

694.  Capella  de  Viriaco  Barthonis VU. 

695.  Capella  B.  Benedicti III. 

696.  Capella  B.  Mauritii  et  Laurentii IX. 

(Q)  Bocsozel  (CoUeciion  de  CartiUaires  dauphinois,  1. 1,  p.  313-5;. 


ARCHIPRÉTRÉ  DE  VIRIEU. 
Le  curé  du  lieu  était  arcbiprétre  des  20  cures  suivantes  : 

NOMS  DES  PAROISSES.  VOCABLES.  ^  PATRONS. 

453.  Âbrets  (les).  Notre-Dame.        Le  commande  des  Echelles. 

454.  Beloiont.  St  Christophe.      Le  prieur  corn,  du  Moutier. 

455.  Bizonnes.  Saint  Ferréol. 

456.  Blandin.  Saint  Jacques-Ie-  Le  doyen  de  Saint-Pierre 

Majeur.  et  Saint-Chef. 

457.  ChâboDS  (al.  Chabon).  Ste  Catherine. 

458.  Chapelle-de-Peyrin8(la).  St  Jean-Baptiste.  La  cathédr.  de  Vienne. 

459.  Chapi«-du-Gua  (la).    Saint  Nicolas. 

460.  Charancieu.  SS.GervaisetPrptais.  Le  chap.de  St-Maurice. 

461.  Chassigneu.  Notre-Dame.       Le  chapitre  de  St-Pierre. 

462.  Chélieu.  Saint  Martin. 

463.  Colombe.  Saint  Biaise.        La  cathédrale  de  Vienne. 

464.  Doissin.      .  Saint  Martin.  ltev%, 

•464  bis.  Oyeu.  Saint  Pierre.       Le  prieur  du  li^u. 

465.  Montferrat.  Saint  Did^r.        La  cathédrale  de  Vienne. 

466.  Monlrevel.  Notre-Dame.       Le  chapitre  de  St-Pierre  et 

St-Chef . 


STATfSTTQUE  ECCLÉSIiSTIQUE.  307 

697.  Capella  B.  Antonii  ibidem XV, 

698.  Capella  B.  Crispini  et  Crispiniani lil.  X>. 

699.  Hospitalis  dicti  loci   . •  .  ^    XX. 

700.  EcclesiaChassigniaci(461) XX. 

701.  Capella  S.  G regorii  ibidem VI. 

702.  Capella  B.  Mariae  ibidem , III. 

708.  Ecclesia  Valenconis  { 472) XXX. 

704.  Ecclesia  S.  Honorati  (470) XXVIII. 

705.  Ecclesia  SS.  Pelri  et  Dêsiderii  de  Paladonto  (471).  XV. 

706.  Capella  S.  Catharinœ  ibidem II. 

707.  Capella  B.  Mariœ  ibidem VIII. 

708.  Ecclesia  Cheliaci  (462) L. 

709.  Ecclesia  de  Recuiny  (468) X. 

710.  Ecclesia  Charenciaci  (460) XXV. 

7H.  Templum  Breyssiaci  (418)  et  Ornacii  (447)  .  .  .'(XXII.X»). 

712.  Abbatia  Vallis  Breyssiaci  (431) C. 


NOMS  DES  PAROISSES.  VOCABLES.  PATRONS. 

467.  Panissage.  Notre-Dame.       Les  doyens  de  St-Mauricc 

et  de  St-Pierre. 

468.  Recoin  (al.  Recoins).  Saint  Pierre.       La  cathédrale  de  Vienne. 

469.  St-Michel-de-Paladru.  Item. 

470.  Saint-Ondras.  Saint  Honoré.  Item. 

471.  St-Pierre-de*Palûdl'u. 

472.  Valancogne.  SI  Jean-Baptiste.  L'archevêque  de  Vienne  et 

les  Chartreux  de  laSylve  • 
Bénite  alternativement. 

473.  La  Chartreibse  de  la  Sylve-Bènite  aurait  été  fondée  dans  cette 
paroisse,  non  loin  du  lac  dePaladru,  en  1116;  Tempereur  Frédéric- 
BarberouBse,  dont  le  fils  naturel  Thierry  s'y  fit  religieux  convers^  en 
1160,  la  dota  richement  en  1167;  le  pape  Alexandre  III  confirma  les 
Chartreux  dans  cette  possession.  Indiquons,  à  titre  de  renseignement 
bibliographique  :  La  Ugende  de  la  mile  d'Arsen  Dauphiné^  sur  les 
bords  du  lac  de  Paladru( Isère) ,  par  M.  Gust.  Vallibr;  Lyon,  1866^ 
iu-8». 

474.  Virieu.  Saint  Pierre.       La  cathédrale  de  Vienne. 

475.  Annexes  :  La  Contamine,  de  Colombe;  —  Saint-Christopbe-du- 
Pin ,  de  Virieu. 


308  SOCIÉTÉ   D^ÀBCHÉOLOGIE   ET  DE   STATISTIQUE. 

.  IN  ARCmPRESBITBRATU  VALDEME  (R). 

713.  Ecclesia  parochialis  de  Merle  (483) LX. 

714.  Ecclesia  parochialis  Veyrincii  (501) XV. 

718.  Capella  S.  Pétri  ibidem V. 

716.  Capella  S.  Antonii  ibidem X. 

717.  Prior  Andictus IIIc. 

718.  Ecclesia  S.  Bandelii  (48b') .  .  .  ^ XXIIII. 

719.  Capella  S.  Blasii  ibidem  .  .  .  .• III. 

730.  Ecclesia  parochialis  Capellae  B.  Mariœ  de  Merlas 

(479) XIIII. 

731 .  Domus  Serate  de  Nismo,  dependens  ab  abbatia 
AltaeCombœ  (cf.  783) IlIIc. 

722.  Ecclesia  Chirencii  (481) *.  .  .  XXX. 

723.  Capella  S.  Trinitatis  et  S.  Sebastiani X. 

724.  Capella  B.  Mariae  ibidem IIII. 

728.  Ecclesia  Sancti  Clan XII. 

726.  Prior  Chirencii  (481) LXXX. 

727.  Capella  B.  Antonii  in  eadem VIII. 

728.  Capella  B.  Hariœ  Magdalenœ  in  eadem VII. 

729.  Capella  B.  Jacobi  in  eadem IIII. 

730.  Capella  B.  Mariœ  et  Sebastiani XX. 

731 .  Capella  Decem  Hillium  Virginum V. 

(R)  Cet  archiprêtré  a  pour  équivalent,  dans  le  pouiUé  de  1790,  celui  de 
Çaint-Geoire. 

ARCHIPRÊTRÉ  DE  SAINT-GEOIRE. 
15  cures  en  dépendaient;  titulaire  :  le  curé  de  Réaumont. 

NOMS  DES  PAROISSES.        VOCABLES.  PATRONS. 

476.  Aprieu.  Saint  Pierre.       Le  prieur  d'Oyeu. 

477.  Bilieu.  Saint  Albon. 

478.  Burcin.  Saint  Martin.  Idem. 

479.  Chapelle-de-Merlas(la).  Notre-Dame. 

480.  Charavines.  Saint  Pierre. 

481.  Ghirens.  Notre-Dame. 

482.  Massieu.  Saint  Pierre. 

483.  Merlas.  Notre-Dame?  Idem. 


STATISTfOUE  BCCLÉSUSTIOVË.  309 

732.  Capella  B.  Catharinœ  in  cimisterio  et  Antonii  in 
ecclesia  de  Recoyn  (468) IX. 

733.  Capella  B.  F^aurentii If. 

734.  Prior  Voyrencii  (SOI) LX. 

735.  Ecclesia  S.  Pctri  Massiaci  (482) X. 

736.  Capella  B.  Sebastiani  in  eadem X. 

737.  Ecclesia  Cherannoy  et  Clarmont XIIII. 

738.  Ecclesia  Apiaci  (476) X. 

739.  Capella  B.  Âg^nini  in  eadem III. 

740.  Ecclesia  de  ViUieu :  XV. 

741.  Ecclesia  Bursini  (478)  pt  Andictus XII. 

742.  Ecclesia  de  Albretis  (433)  . XXX. 

743.  Capella  B.MariœChirencii  (481) VII. 

744.  Ecclesia  Muretle  (484) XVIII. 

745.  Capella  B.  Mariœ  ibidem VII. 

746.  Capella  B.  Catharinœ  ibidem VI. 

747.  Ecclesia  Regalis  Hontis  (485)  et  Sancti  Cassini 

(487) XVIII. 

748.  Prior  Murette  (484) CX. 

749.  Ecclesia  S.  Sixti  (489) VI. 

750.  Ecclesia  S.  Jovis  in  Valdena LXXXIIII. 

751.  Membrum  S.  Joannis  Jerosolymitani (XXX). 

752.  Aliud  membrum  dependens  a  Stellis (LXV). 


NOMS  DES  PAROISSES.  VOCAKLES.  PATRONS. 

484.  Murette  (la).  Saint  Martiu.       Le  prieur  corn,  du  lieu. 

485.  Réaumoot.  Saint  Jean.  Le  prieur  com.  de  Murette. 

486.  St-Buel  (al,  Bueil).     Saint  Baudille. 

i87.  Saint-Cassien.  Idem. 

488.  Saint-Geoire.  Saint  Georges.     La  cathédrale  de  Vienne. 
Ce  bourg  avait  une  abbaye ,  sous  le  vocable  de  Saint-André,  qui  fut 

réunie,  en  1736,  à  celle  de  Notre-Dame-des-Colonnes,  à  Vienne  (6)  ; 
un  couvent  d^Ursulines,  fondé  en  1670  et  patenté  en  1678,  et  un  hô- 
pital. 

489.  Saint-Sixte.  Le  prieur  d'Oyeu. 

490.  Voissan.  Notre-Dame. 

190  bis.  Annexes  :  Saint-Blaise-de-Buis,  de  La  Murette. 


344.  SOCIÉTÉ  d'àicbéolocie  et  «e  statistique. 

ROTULUS  BENEFKIORUM 

EXISTENTIUN  IN  DELPHCNATiJ,  BeLLICENSIS  DlOEOSSfS,  SVP0ft  QGIBUS 

LEVATUR  DICTUM  SUBSIDIUN  (S). 

753.  Ecclesia  parrochialis  Ponlis  Belli  Vicini  (808).  .  XV. 

754.  Capella  Sancti  Spiritus  in  ecclesia  Ponlis  (ibid,}.  Vï. 

755.  Capella  S.  Claudii II. 

756.  Capella  S.  Catharinœ  ibidem lïl.  X». 

757.  CapellaS.  Antonii  . VII.  X». 

758.  Capella  B.  Mariœ  Magdalenae XV. 

759.  Ecclesia  S.  Albini  (508) XXX. 

760.  Ecclesia  S.  Joannis  de  Avillana  (510)  cum  capella 
domini  Lyatardi XXXV. 

761.  Ecclesia  Preyssini  (506) XXIIÏ. 

762.  Ecclesia  de  Vallibus  (502) XXIII. 

763.  Ecclesia  Romaniaci  (507) XV. 

764.  Ecclesia  S.  ClariAugusti(4Ôl) L. 

765.  Ecclesia  Gravinaci  (4Ô7)  .  .  .  . XV. 

766.  Ecclesia  Similini  (503) XLV. 

767.  Prier  Corbalinœ  (495) II<î  L. 

768.  Ecclesia  ejusdem  (id.) Xï. 

769.  Capella  B.  MariaB  ibidem VII.  X». 

770.  Capella  B.  Catharinœ  ibidem VII.  X». 

771.  Ecclesia  Veyrini  (501)  et  Tyllin(  500) XV. 

772.  Ecclesia  Bocagii  (493) XV. 

773.  Capella  S.  Antonii XL  X». 

(S)  Ces  béoéflces  du  diocèse  de  Belley,  situés  en  Dauphiné,  correspon- 
dent, dans  le  pouillé  de  1790,  aux  archiprôtrés  d'Âouste  et  du  Pont-de- 
BeauYoisin. 

ARCHIPRÊTRÉ  D'AOUSTE. 

NOMS  DES  PAROISSES.        VOCABLES.  PATRONS. 

491.  Aouste.  Saint  Clair.         L'évéque  de  Belley. 
Il  y  avait  dans  ce  bourg  une  chambre  diocésaine. 

492.  Bâtie-Mont-Gascon  (la).  St  Symphorien.    L'évoque  de  Belley. 

493.  Bouchage.  Saint  Julien.        Le  doyen  de  Saint-Pierre  et 

Saint-Chef  de  Vienne. 

494.  Buvin.  Saint  Julien.        La  cathédrale  de  Belley. 


6TATISÏ2QIJË  E(GCLÉSIA8TIQ0£.  344 

774.  Ecelesia  de  Serris XX. 

775.  Ecelesia  S.  Desiderii  (499) XXXVI. 

776.  Ecelesia  SS.  Simi  et  Amelmi XXX. 

777.  Capella  S.  Georgii  iWdem '.  ..  .  VII. 

778.  Ecelesia  Beytini  (494)  ...:...! XV. 

779.  Ecelesia  S.  Andreœ  Palludis  (809) XXV. 

780.  Ecelesia  Fetiliaci(504) XVI. 

781.  Capella  S.  Antonii V. 

782.  Capitulum  ecclesiae  Bellieencis ,  pro  bis  quœ 

percipit  in  Delphinalu XXX. 

783.  Abbas  Altœ  Coiubœ  pro  bis  quae  percipit  in 
Delpbinatu(T) LXXXVHI. 

784.  Abbalia  S.  Pétri  Lugduni  pro  bis  quœ  percipit 

in  Delphinatu  Bellicensis  dioecesis LXXX. 

788.  Abbas  de  Stinnaco XXV. 

786.  Cantor  Bellieencis •  .  .  XVIII. 

787.  Capella  S.  Micbaelis  in  ecelesia  Albini  (808)  .  XV. 

788.  Capella  B.  Mariœ  Magdalenae  in  ecelesia  Cor- 
bellini(495) VU. 

789.  Decimœ  loci  Fetilliaci  (504) (ÎXX. 

790.  Decimœ  August»  ( 4»i  ) •.  .  .  .  XX. 

« 

(T)  L'abbaye  d*Hautecombe ,  de  Tordre  de  Glteaux,  fut  fondée  en  1135, 
près  du  lac  du  Bourget,  au  diocèse  de  Genève, 


NOMS  DES  PAROISSES.  VOCABLES.  PATRONS. 

495.  Corbelin.  Notre-Dame-des- L'évoque  de  Belley. 

sept-Douleurs. 
11  existait  dans  cette  paroisse  un  prieuné  uni  au  séminaire  de  Bellay. 

496.  Cyers  (archiprêtré).  Saint  Pierre.        Le  doyen  de  Saint-Pierre  et 

Saint-Chef. 

497.  Granieu.  Saint  Biaise.        L'abbesse  de  St*Pierre  de 

Lyon. 

498.  Saint-^Barthélemy-de-Faverges.  L'évêque  de  Belley. 

499.  S  t- Didier- lès -Gham-  L'abbesse  de  Saint-Pierre 
pagne.  de  Lyon. 

500.  Tullin  {al.  Tuellin).  St  Jean  l'Évang.  L'évéque  de  Belley. 

501.  Veyrins.  Saint  Jean  Porte-  L'abbesse  de  Saint-Pierre. 

Latine. 


342  SOCIÉTÉ  d'archéologie  et  de  stàtistiqoe. 

Sic  fuit  quothisatum  per  Nos  pro  resta  noYem  millium  quater- 
centum  et  quinquaginta  librarum  donatarum  domino  nostro 
Régi  per  clericos  Viennensis  diœcesis  anno  Domini  M.  V^  xxiii 
et  die  quinta  mensis  novembris.  —  G.  Paimarii  commissarius. 
—  A.  de  Columberia  commissarius.  —  Ciaudius  Payn  prior  S. 
Valerii.  —  J.  Chappuys  Baronati.  —  Petrus  Bertalis.  —  G.  de 
Villa.  —  A.  Goyn  Gamon. 

Super  hujusmodi  Kotulo  fuit  extractus  Rotulus  trium  deci- 
marum  de  anno  Domini  millesimo  V^  xxxv  et  facta  débita  colla- 
tione  per  nos  subsignatos  hodie  xiu  mensis  septembris  anno 
superdicto  sic  subsignati.  —  Egidius  Maximi.  —  Costagni  de 
Columberia. 

Concordat  cum  extractu  originali  ex  archivis  abbatiœ  Sancti 
Antonii  Viennensis.  —  F.  de  la  Renie,  procurator  et  siiidicus 
dictas  abbatiœ.  —  Et  Ego,  ludimagister  oppidi  Sancti  Antonii , 
fidem  facio  me  extraxisse  ex  coppia  originalli.     E.  GIROUD. 

« 

ARCHIPRÊTRÉ  DU  PONT-DE-BEAU  VOISIN. 

NOMS  DBS  PAROISSES.  VOCABLES.  PATRONS. 

502.  Àveau.  .        Saint  Hilaire.       L'évéque  de  Belley. 

503.  Ghimiiin.  Saint  Laurent.  Idem, 

504.  Fitilieu.  Saint  Pierre.  Idem, 

505.  Pont-de-Beauvoisin  (le).  Saint  Clément.  Idem. 

Il  y  avait  dans  ce  bourg ,  dont  le  curé  était  archiprétre ,  une  officia- 
lité  diocésaine,  —  une  communauté  de  chanoinesses  régulières  de  la 
congrégation  de  Notre-Dame,  fondée  en  1648,  sous  la  règle  de  Saint- 
Augustin;  —  une  confrérie  de  pénitents  de  la  congrégation  du  T.  Saint- 
Sacrement;  —  un  hôpital,  dont  les  bâtiments  étaient  depuis  longtemps 
détruits  et  les  revenus  modiques;  —  un  collège  établi  en  1766. 

506.  Pressins.  Saint  Eusèbe.      L'évêque  de  Belley. 

507.  Romagnieu.  St  Christophe.  Idem. 

508.  Saint-Albin.  Le  prieur  de  Saint-Beron. 

509.  Saint-André-la-Palud.  L'évoque  de  Belley. 

510.  St-Jean-d'Avelane.     St  Jean-Baptiste.  Idem, 

511.  Saint-Martin.  *  Idem. 

(A  continuer.)  C.  U.  J.  CHEVALIER  , 

prêtre. 


CATHÉDBALE  DE  SAIlfT-PAUL-TROIS-GHATEAUX.  343 


LES  CATHÉDRALES  DU  DAUPHINÉ. 


ÉGLISE  CATHÉDRALE  DE  NOTRE-DAME 

DE  SAINT-PAUL-TROIS-CHATEAUX. 


Notre  architecture  méridionale  antérieure  au 
X*  siècle  est  originale,  locale,  ayant  ses  prin- 
cipes et  ses  procédés  particuliers L'ancienne 

église  carlovingienne  de  Saint-Paul  appartient 
au  type  des  vieilles  églises  de  Vaison ,  de  Ga- 
vaillon,  de  Thor,  d'Avignon...  (M.  le  chanoine 
Jouve  ,  Lettre  d'adhésion  aux  principes  archéo- 
logiques de  l'auteur.) 

L*église  cathédrale  de  Saint-Paul,  tout  autant  que  celle  d'Em- 
brun *,  est  un  édifice  fort  intéressant  à  étudier  parce  que,  de 
même  que  ce  dernier,  elle  appartient  en  grande  partie  à  un 
âge  antérieur  au  \h  siècle,  à  Tépoque  carolienne.  Elle  a 
même  sur  ce  dernier  édifice  un  avantage  en  faveur  de  la  cause  : 
c'est  qu'au  lieu  de  n'être  reconnue  pour  la  date  que  par  les 
,  habitants  du  pays,  plus  d'un  archéologue  étranger,  très-méfiant 
de  tout  ce  qu'on  peut  attribuer  à  l'ère  carolienne,  lui  reconnaît 
à  première  vue  des  signes  que  les  XI«  et  XII«  siècles  n'ont  ja- 
mais donnés  et  des  formes  qui  n'ont  été  reproduites  qu'avec  des 
modifications  que  l'original  ne  comporte  jamais. 

Opinion  de  l'école  actuelle.  L'ancienne  église  cathédrale  de 
Saint-Paul- trois-Châteaux,  par  le  plein  cintre  de  ses  arcs  et  la 
décoration  de  ses  colonnes,  est  une  église  de  style  roman  secon- 
daire et  appartient  en  entier  au  XII»  siècle.  Ce  que  son  style  peut 
avoir  d'accentué  dans  le  sens  d'une  imitation  de  l'antique  est 
particulier  au  roman  provençal ,  qui  copiait  sur  les  débris  des 
vieux  monuments. 


(1)  L'auteur  de  cette  notice  a  publié,  dans  le  Bulletin  de l* Académie  Del- 
phinale,  une  Élude  sur  la  cathédrale  d'E^ribrun,  précédée  d'une  préface, 
où  il  expose  ses  idées  touchant  cette  architecture  méridionale. 


344  soGféTÉ  d'abchéologie  et  de  statistiqve. 

Extérieur.  Description  des  nefs.  Celte  église  se  compose  de 
trois  nefs  divisées  en  trois  travées  continuées  à  l'orient  par  un 
transept,  avec  coupole  et  terminée  par  trois  absides  en  hémicycle. 
Le  bas  côté  nord  est  divisé  en  trois  compartiments  par  quatre 
contreforts ,  il  est  uni,  lisse,  sans  porte  ni  fenêtres.  Le  bas  côté 
sud  montre,  dans  son  premier  compartiment  ou  travée,  une  fe- 
nêtre ornée  ;  une  porte  abritée  par  un  porche  ouvre  dans  la 
deuxième  travée,  tandis  que  la  troisième  est,  comme  celles  du 
nord,  privée  d'ouvertures.  Au-dessus  des  bas  côtés,  les  murs  de 
la  grande  nef  montrent  au  nord ,  dans  chaque  travée ,  trois  arcs 
décoratifs ,  et  au  sud  trois  arcs  aussi,  mais  dont  le  central  était 
une  fenêtre,  bouchée  depuis  lors,  et  au  bas  de  laquelle  une  fe- 
nêtre a  été  ouverte  ultérieurement.  Un  riche  entablement,  com- 
posé de  denticules,  oves,  rinôeaux  et  grecque,  couronne  le 
tout. 

Description  de  la  façade.  La  porte  ouvre  à  plein  cintre  sous 
de  riches  voussures,  une  colonne  cannelée  engagée  dans  le  mur 
de  la  façade  l'accompagne  de  chaque  côté,  ainsi  que  deux  pilas- 
tres; au-dessus,  deux  fenêtres,  sous  archivolte  surmontée  d'un 
œîl-de-bœuf  à  moulures  concentriques ,  ouvrent  sous  les  ram- 
pants du  toit  accusé  par  une  corniche  de  style  romain.  Un  petit 
œil-de-bœuf  éclaire  chaque  extrémité  des  nefs  latérales. 

Description  du  clocher.  Un  seul  étage  de  forme  carrée,  percé 
de  trois  fenêtres  à  plein  cintre  à  l'est  et  de  deux  aux  côtés  sud  et 
ouest ,  toutes  rattachées  par  une  seule  archivolte  courante,  sous 
une  flèche  trappue,  compose  le  clocher  reposant  sur  le  transept 
sud. 

Opinion  préalable  de  Vauteur.  Parties  du  Vllb  siècle.  La  fa- 
çade ,  les  murs  latéraux ,  les  voûtes  latérales ,  les  piliers  des 
trois  nefs,  moins  leurs  pilastres  sur  la  nef  centrale  et  la  voûte,  le 
chœur  central  sous  coupole  et  la  grande  abside  appartiennent 
au  style  des  Goths,  que  nos  aïeux  appelaient  pour  cela  gothique, 
à  la. fin  du  Vin«  siècle,  à  la  fondation  de  Charleraagne.  Parties 
du  if/c  siècle  :  le  transept  nord,  la  moitié  inférieure  du  tran- 
sept sud,  les  deux  petites  absides  et  l'enveloppe  extérieure  de 
la  grande  reviennent  à  la  fin  du  XI«  siècle.  Parties  du  XI  11^ 


CàTBÉMULB  DB  SMNT-FAlIL-TlOiS^CHATEl^IfX.  3^5 

siècle  :  deux  voussures  sculptées  à  la  porte  de  la  façade,  la  Toute 
de  la  grande  nef  et  les  pilastres  portant  ses  arcs  doubleaux ,  la 
décoration  de  ses  murs  entre  les  arcs  et  la  naissance  de  la  Toûte, 
la  fenêtre  de  la  première  travée  du  bas  côté  sud ,  toutes  les 
voussures  de  la  porte  du  sud  et  son  porche,  moins  la  voûle, 
appartiennent  au  style  franco-gothique  très-avancé ,  très-omé , 
à  sa  période  extrême  dans  le  midi,  prolongée  jusqu'au  premier 
quart  du  XIII«siècle.  Parties  du  X  Ylh  siècle  :  la  partie  supérieure 
du  transept  sud»  le  clocher  qu'il  supporte,  le  linteau  de  la 
porte  latérale^  la  voûte  à  nervures  de  son  porche,  avec  le  pare- 
ment doublé  de  son  entrée.  • 

Analyse.  De  même  que  pour  la  cathédrale  d'Embrun ,  un  tra- 
vail d'analyse  va  nous  donner  les  preuves. 

Matériaux.  L'appareil  est  ici  plus  gothique  que  celui  d'Em- 
brun, qui  accuse,  par  un  plus  gros  volume  exprimé  aussi  sou- 
vent dans  la  hauteur  que  dans  la  longueur  du  bloc,  les  pratiques 
du  style  latin,  quand  rarement  il  aborde  quelque  chose  de  mieux 
que  son  petit  appareil.  C'est  que  Saint-Paul  est  placé  dans  le  voi- 
sinage immédiat  de  cette  architecture  dont  les  églises  d'Avignon , 
Arles,  Cavaillon,  Aix,  Apt,  Saint-Restitut ,  etc.,  sont  les  plus 
purs  modèles;  il  appartient  à  Tune  des^deux  provinces  ecclé- 
siastiques d'Arles  et  d'Aix  qui  ont  eu  le  mérite  de  créer  cette 
bonne  architecture,  la  mère  de  celles  de  tout  notre  moyen  âge. 
Les  moellons  en  pierre  tendre ,  durcissant  à  l'air,  des  carrières 
voisine^  de  Sainte-Juste ,  données  alors  sous  le  nom  de  Tutelle 
par  Charlemagne  à  l'évêque  de  Saint-Paul ,  et  dont  l'exploitation 
continue  de  nos  jours  plus  prospère  que  jamais,  y  sont  taillés 
plus  souvent  en  longueur  qu'en  hauteur  ;  c'est  l'appareil  moyeu 
tel  qu'il  sera  employé  jusqu'à  présent.  La  taille  en  est  faite  toute 
à  la  hache;  réduit  à  ce  dernier  volume  de  15 à  20  cent,  de  haut 
sur  20  à  30  cent,  de  long ,  il  devient  maniable  sous  la  main  d'un 
seul  ouvrier  :  économie  de  temps,  de  bras  et  d'argent. 

Cette  pierre  entre  seule  dans  la  construction  de  l'édifice. 

Murs  latéraux.  Ces  murs  accusent  au  dehors  la  division  inté- 
rieure de  la  nef  en  trois  travées  par  quatre  contreforts  droits 
et  sans  ressaut;  ils  n'adhèrent  pas  aux  murs»  on  voit  qu'ils  ont 


V 


346  SOCIÉTÉ  d'ahchéologie  et  de  statistique. 

été  ajoutés  après  coup,  lors  de  rétablissement  de  la  voûte  de  la 
grande  nef.  Ceux  du  nord  sont  très-forts  et  très-saillants ,  ils 
ont  été  les  uns  renouvelés^  les  autres  augmentés  de  volume. 
Ceux  du  côté  du  midi  ne  l'ont  pas  été ,  Tapplication  d'un  porche 
voûté  contre  le  flanc  de  la  travée  centrale  venant  en  aide  à  la 
force  de  résistance.  Lemurdelapremièretravéedusudest  décoré 
d'une  jolie  fenêtre  à  colonnettes  avec  archivolte  composée  de 
tores,  oves  et  grecque,  dans  le  goût  des  deux  portes.  Depuis  la 
base  de  cette  fenêtre ,  cette  travée  est  divisée  en  trois  comparti- 
ments par  deux  pilastres  cannelés  supportant  la  frise  du  bas 
côté. 

Le  style  gothique,  c'est-à-dire  des  Goths,  et  aussi  le  style  caro- 
lien ,  tous  les  deux  pratiqués  parallèlement  d^  la  fin  du  Ville 
siècle ,  le  premier,  dans  les  deux  seules  provinces  ecclésiastiques 
d'Arles  et  d'Aix,  éclairaient  les  trois  nefs  par  des  jours  pris  dans 
la  grande  nef  au-dessus  des  arcs  formerets  et  non  dans  les  murs 
des  bas  côtés  ^  Ici  le  mur  du  bas  côté  nord  n'a  jamais  eu  de  fe- 
nêtres et  comme  celui  du  midi  en  est  aussi  privé  dans  les  deu- 
xième et  troisième  travées;  il  devient  déjà  évident  que  la  fenê- 
tre ouyerte  dans  la  première  travée  est  un  hors-d'œuvre  au  plan 
primitif.  La  frise  de  ce^côté  sud  a  sa  corniche  supportée  par  des 
consoles  ou  dcnticules ,  car  moins  volumineux  que  les  premières, 
plus  forts  et  plus  espacés  que  les  seconds,  ces  dez  cubiques  simu- 
lant des  bouts  de  chevrons  participent  des  deux  et  les  résument. 
Des  moulures  simulent  un  cadre  sur  leur  face.  Cette  pièce  émi- 
nemment gothique  se  retrouve  vers  le  même  temps  à  Sainte- 
Croix,  de  Montmajour,  et  un  quart  de  siècle  après  sur  les  murs 
de  la  nef  de  la  cathédrale  d'Arles,  relevée  et  voûtée  au  lX«siècle, 
avec  ce  progrès  que  la  face  et  le  dessous  y  sont  décorés  d'une 
rose,  étoile  ou  fleur;  mais  c'est  le  même  membre,  résumant  la 
console  corinthienne  et  les  denticules  ioniques ,  que  l'imagina- 
tion féconde  des  ouvriers  de  Cluny  taillera  au  \h  siècle  en  mo- 
dillons  d'une  infinie  variété,  au  point  de  ne  pas  en  faire  deux 
parfaitement  semblables. 

Au-dessus  des  bas  côtés  s'élèvent  les  murs  goutteraux  de  la 


(1)  Le  style  carolien  en  comportait  parfois  des  petits  dans  les  bas  côtés. 


A.  PUn  de  l'église  ciith.  de  S«int'P«u]  au  S*  siècle.  —  B.  Idem  après  l«s 
ir  et  i3'  siÈclet.  —  C.  TranKpis  du  ii*  siicJe.  —  D.  Porche  et  conirs- 
fom  du  i3'  siècle.  -  E.  Pilier  du  8-  siècle.  -  F.  IJem  du  r3'  siècle.  - 
G.  Pilier  de  l'église  du  Bourg  (g-  siècle).  -  H.  Travée  de  Saint-Paul  el 
la  fenéire  du  8-  siècle.  —  [.Travées  actuelles  avec  leur»  fenftres  du  i3* 
siècle,  —  J,  Transept  du  1 1'  siècle  avec  sa  partie  supérieure  et  clocher  du 
r  7*  siècle.  —  K,  Petite  abside  et  enveloppe  de  la  grande  (  1 1  '  siècle  ).  -— 
L.  Travée  de  l'église  du  Bourg  (milieu  du  q-  siècle).  -  M.  Travée  de 
l'église  de  Saint-Paul  (iin  du  S'  siècle).  —  N".  Travées  aciudies  depuis  le 
iiommencement  du  i3*  siècle.  --  O.  Panneaux  i  la  partie  supérieure  du 
transept  nord  (  i  ■■  ûècle).  —  P.  Voussures  de  la  porte  bu  8'  siècle.  —  Q. 
Idem  au  iS*  siècle.  -  R.  Profil  des  voussure»  au  H-  siècle.  -  S.  Idem  au 
commencement  du  1 3'  siècle.  —  T.  Colonne,  base  et  tailloirs  dans  Vabside , 
du  8*  siècle. 


CATHÉDRALE  DE  SAITfT-PAtJL-TROIS-CHATEAUX.  3^ 

grande  nef  décorés,  à  Taplomb  de  chaque  travée ,  de  trois  por- 
tiques aveugles  divisés  par  deux  pilastres  et  compris  entre  deux 
contreforts  avec  pilastre  appliqué,  accusant  la  division  des  trois 
travées.  Le  riche  entablement  est  orné  de  rinceaux ,  de  feuillages 
et  terminé  par  une  grecque.  On  dirait  les  flancs  Qt  l'entablement 
d'une  basilique  romaine.  Sur  le  côté  nord,  il  n'y  a  point  d'ou- 
verture, tandis  que  sur  le  côté  sud ,  le  portique  ou  arceau  central 
était  ouvert  et  faisait  fenêtre  jusqu'au  jour  où  la  grande  nef  étant 
couverte  d'une  voûte  en  berceau,  celle-ci  vint  boucher  cette 
ouverture,  ce  qui  nécessita  l'ouverture  d'une  nouvelle  fenêtre 
inunédiatement  au-dessous. 

Transept.  Les  églises  gothiques,  aussi  bien  que  les  caro- 
lieunes,  n'ayant  pas  de  transepts ,  il  est  facile  de  voir  ici  qu'ils 
y  ont  été  ajoutés.  Celui  du  nord  a  deux  fenêtres  ouvertes  à  mi- 
hauteur  ;  celui  du  midi  en  a  aussi  deux  à  mi-hauteur  et  une 
troisième  au  sommet ,  abritée  par  deux  rampants  aigus,  fragment 
d'une  ancienne  corniche.  Le  transept  nord  est  décoré  à  la 
partie  supérieure  d'une  série  de  pénétrations  ou  panneaux  dont 
l'amortissement  simule  deux  arcatures  sur  console  et  dont  le 

• 

plein  de  mur  entre  deux  panneaux  simule  le  pilastre.  Cet  orne- 
ment grossier  décore ,  il  est  vrai ,  dès  le  IX«  siècle ,  les  églises 
caroliennes  de  la  province  de  Vienne  ;  au  XI»  siècle ,  Cluny  le 
mêlera  au  style  des  Goths,  mais  ici  tout  l'ensemble  de  l'édifice, 
à  l'exception  des  transepts ,  étale  une  noblesse  dans  son  style  et 
une  riche  élégance  dans  la  décoration  qui  en  excluenti'emploi  de 
ce  plat  et  rustique  détail.  C'est  du  style  du  XI»  siècle,  tel  qu'il  fut 
répandu  en  Europe,  alors  que  le  chœur  des  cathédrales  et  des 
abbatiales  prit  de  l'ampleur  pour  sofi  personnel  augmenté  et 
pour  le  développement  de  son  cérémonial. 

Le  transept  sud  comportait  une  pareille  décoration  jusqu'à 
la  destruction  de  sa  partie  supérieure  au  XVI«  siècle.  Cette  même 
partie  fut  reconstruite  au  commencement  du  XVII«  siècle  dans 
ce  style  de  la  renaissance  qui  s'identifie  si  fort  avec  le  style  vrai- 
ment gothique ,  que  la  différence  en  échappe  facilement  à  l'œil 
non  prévenu,  l'emploi  de  pilastres  à  fût  proportionné,  oves, 
palmettes,  denticules,  doucine  étant  commun  aux  romain, 
gothique  et  renaissance.  Ainsi ,  tandis  que  la  corniche  du  tran- 

ToME  IV.  —  1869.  21 


318  SOCIÉTÉ  d'abciiêologie  et  de  statistique. 

sept  nord  présente  un  lourd  profil,  celle  du  sud  se  compose 
d'un  quart  de  rond,  d*un  larmier  et  d'une  donclne.  Voulant 
donner  à  ce  transept  restauré  une  physionomie  de  renaissance 
romaine,  on  a  relevé  la  partie  supérieure  un  peu  en  retraite  sur 
l'aplomb  des  murs,  afin  de  ménager  aux  angles  la  saillie  d*un 
pilastre  couronné  d'un  chapiteau  à  feuillage  dont  le  tailloir  se 
compose  d'un  quart  de  rond  décoré  d'oves,  surmonté  d'une  gorge 
décorée  de  palmettes.  La  corniche  horizontale  qui  rattache  ces 
deux  pilastres,  fait  une  plus  forte  saillie  à  l'aplomb  des  pilastres, 
et  la  base  des  rampants  du  fronton  offre  une  pareille  saillie  sur 
ce  même  aplomb,  comme  ferait  un  fronton  brisé;  ces  rampants 
sont  supportés  par  des  consoles,  souvenir  de  l'ordre  corinthien. 
Sur  le  milieu  du  côté  ouest  de  ce  transept ,  un  pilastre'  suppor- 
tait aussi  la  corniche  courante  qui,  naguères,  entre  ce  pilastre 
^  et  le  fronton ,  s'arrondissait  en  un  fronton  en  anse  de  panier  : 
dix-septième  siècle  tout  pur!  Ce  transept  supporte  le  clocher 
composé  d'un  seul  étage,  décrit  plus  haut. 

Absides.  Le  chœur  de  la  cathédrale  de  Saint-Paul  présente  à 
l'orient  trois  absides  dont  la  grande  à  cinq  pans  coupés  étayés 
aux  angles  par  des  pilastres,  éclairée  par  une  fenêtre  au  levant, 
est  décorée  d'une  fausse  fenêtre  sur  chacune  des  quatre  autres 
faces  et  couronnée  par  une  corniche  sur  modillons  variés.  Les 
deux  petites  absides  en  demi-cercle  qui  l'accompagnent,  sont 
appliquées  aux  deux  extrémités  des  transepts,  étroites,  mais 
aussi  élevéfes  que  l'abside  centrale.  Le  mur  du  chœur  à  coupole 
et  ceux  des  transepts  les  dominent  à  une  certaine  hauteur,  arrê- 
tés sous  le  niveau  d'une  seule  et  même  corniche,  partie  refaite, 
partie  moderne.  Ce  mur  du  chœur  entre  transepts  qui  ren- 
ferme la  coupole  octogone,  devait  être  surmonté  d'un  étage 
carré,  sur  lequel  s'élevait  un  étage  octogone  percé  sur  chaque 
face  d'une  longue  et  étroite  ouverture  et  couronné  de  créneaux, 
insignes  de  l'autorité  souveraine,  comme  la  tour  de  Viviers,  le 
seul  modèle  resté  intact  de  ces  tours  épiscopales  trésoreries, 
tant  sur  porche  que  sur  chœur  et  comme  il  en  reste  un  souvenir 
au  clocher  octogone  sur  coupole  de  l'ancienne  cathédrale  de 
Carpentras,  appelé  encore  aujourd'hui,  comme  à  Viviers,  te 
clocher  de  Charlemagne.  Cette  tour  de  Saint-Paul,  dont  on  avait 


CATHÉDIàLC  de  SAINT-PAUL-TROIS-^IHATEACX.  349 

pu  faire ,  dans  le  courant  du  moyen  âge ,  un  clocher ,  en  élar- 
gissant ses  ouvertures,  comme  on  le  fit  à  Viviers  au  XV«  siècle, 
a  disparu  depuis  longtemps  et  fut  remplacée  au  XVII«  siècle  par 
un  dôme  sur  tambour,  supprimé  à  son  tour  depuis  quelques 
amiées. 

Nous  avons  dit  que  les  transepts  étaient  une  œuvre  du  XI« 
siècle.  Ils  remplacèrent ,  avec  une  largeur  de  trois  mètres  en 
sus  environ,  le  mur  qui  continuait  celui  des  bas  côtés  et  qui 
faisait  ici  le  chœur  devant  chacune  des  petites  absides  primitives, 
un  peu  plus  étroites ,  selon  Tusage ,  que  la  largeur  des  bas  côtés* 
Les  deux  petites  absides  actuelles  sont  aussi  la  suite  de  l'œuvre 
du  XI«  siècle  que  j'attribue  à  la  fin  de  ce  siècle  où  la  cathédrale 
d'Arles  se  donnait  aussi  des  transepts,  imitation  suivie  au 
commencement  du  XII«  siècle  non  loin  de  Saint-Paul,  dans 
l'église  de  Bourg*Saint-Andéol,  construite  au  milieu  du  IX« 
siècle.  Ce  travail  a  permis  de  faire  ces  nouvelles  absides  un  peu 
plus  grandes  que  les  premières ,  un  peu  plus  larges  et  surtout 
beaucoup  plus  hautes  que  celles  du  V1II«  siècle  dont  la  hauteur 
ne  dépassait  guère  une  fois  et  demi  la  largeur,  tandis  que  leur 
hauteur  actuelle  dépasse  trois  fois  leur  largeur  agrandie.  Une 
seule  fenêtre  à  plein  cintre ,  comme  le  sont  toutes  celles  de 
cette  église,  simple  et  sans  ornements,  éclaire  chaque  petite 
abside.  Le  travail  extérieur  de  la  grande  abside  à  cinq  pans 
coupés  est  aussi  du  même  temps.  Hais  si  les  petites  absides  re- 
viennent en  entier,  avec  les  transepts ,  au  XI<^  siècle ,  il  n'en  est 
pas  de  même  de  l'intérieur  de  la  grande ,  qui  appartient  au  VII1« 
'îiècle.  Il  y  a  ici  une  enveloppe  extérieure,  œuvre  de  consoli- 
dation, qui  enserre  cette  abside,  semi-circulaire  à  l'intérieur.  Et 
comme  dans  les  églises,  tant  gothiques  que  caroliennes«  l'ou- 
verture de  l'abside  n'atteint  pas  en  hauteur  le  double  de  la  lar- 
geur, une  fois  et  demi ,  une  fois  et  trois  quarts ,  il  en  résulte 
qu'ici,  à  l'extérieur,  la  grande  abside,  quoique  d'un  diamètre 
plus  que  double  de  celui  des  petites  absides ,  n'a  pas  plus  de 
hauteur.  Si  le  XI«  siècle  l'avait  élevée,  il  l'aurait  haussée  de  deux 
mètres  au  moins,  pour  ses  rapports  tant  avec  les  petites  qu'avec 
la  hauteur  de  la  nef.  La  pierre  portant  les  initiales  en  caractères 
romains  C.  M.,  trouvée  enfouie  près  de  là,  serait  un  souvenir  de 


320  SOCIÉTÉ  d'arcdéologie  et  de  statistique 

la  première  fondation,  égaré  lors  de  cette  réparation.  Ainsi, 
transepts,  petites  absides  et  enveloppe  de  la  grande  abside 
sont  rœuvre  du  XI«  siècle,  marqués  des  mômes  signes  de  ta- 
cherons. Dans  les  styles  précédents  on  était  plus  avare  de  jours  : 
une  seule  fenêtre  au  fond  de  l'abside  et  trois  au  plus,  si  elle 
dépassait  huit  mètres  d'ouverture ,  et,  dans  tous  les  cas,  quelle 
que  fût  l'ornementation  extérieure  :  pilastres  supportant  colonnes 
sous  un  riche  entablement,  contreforts  sculptés,  les  fenêtres 
n'ouvraient  pas  sous  un  faux  arc  décoratif  et  les  pans  privés  de 
fenêtres  offraient  un  mur  lisse ,  tandis  que  la  fin  du  XI^  siècle  et 
leXII^  décorent  les  pans  de  faux  arcs  tant  au  dehors  qu'au  dedans 
et  ouvrent  une  fenêtre  dans  chaque  pan.  Ici  il  s'agit  de  conso- 
lider une  œuvre  existante  :  trouer  quatre  nouvelles  fenêtres 
dans  les  vieux  murs  n'aurait  pas  été  un  moyen  de  réussir  ;  on 
les  laissa  dont  intacts  avec  une  seule  fenêtre  ;  mais  pour  donner 
à  l'aspect  de  cette  nouvelle  enveloppe  l'apparence  de  cinq 
fenêtres,  tout  en  conservant  son  épaisseur  pour  la  solidité,  on 
creusa  sur  chaque  pan  quatre  faux  arcs  ou  panneaux  à  plein 
cintre,  profonds  à  peine  de  6  c.  pour  satisfaire  en  partie  un 
goût  du  temps ,  qui  désirait  autant  de  faux  arcs  et  de  fenêtres 
que  de  pans.  Le  commencement  du  Wlb  siècle  vint  adoucir 
l'angle  des  panneaux  de  son  ciseau  léger  et  broder  de  ses  ca- 
prices le  cadre  de  l'unique  fenêtre ,  comme,  il  le  fit  à  la  façade 
de  l'ouest.  Les  modillons  sous  la  corniche ,  souples  et  variés^ 
sont  de  ce  même  style  et  ne  ressemblent  point  à  ceux  déjà  dé- 
crits des  murs  de  la  nef,  qui  sont  franchement  gothiques. 

Le  style  franco-gothique  ou  roman  secondaire  a  plus  d'une 
fois  employé  cette  enveloppe  extérieure  pour  consolider  des 
absides  dont  la  voûte  en  coquille  poussant  au  vide  avait  fait  dé- 
verser les  murs.  11  en  usa,  ainsi  que  j'en  ai  fait  le  premier  la 
remarque,  contre  l'abside,  du  IX«  siècle,  de  l'église  d'Ainay,  à 
Lyon  ;  il  en  agit  de  même  pour  consolider  l'abside  de  même  date 
de  l'église  jadis  abbatiale  de  Doiizère ,  tout  proche  de  Saint- 
Paul,  dont  l'intérieur  est  divisé  en  trois  faux  arcs  portant  sur 
colonnes ,  une  seule  fenêtre  ouvrant  dans  l'arc  central.  Le  XII» 
siècle  divisa  son  enveloppe  en  cinq  pans  accusés  par  des  pilastres 
cannelés  rattachés  l'un  à  l'autre  par  une  double  arcature  sur 


CATHÉDHILE  DE  SAIlfT-PAUL-TROIS-CHATEAUX.  32^ 

console.  On  voulut,  quelque  temps  après,  ouvrir  une  fenêtre 
sous  chacun  des  deux  faux  arcs  de  l'intérieur;  ce  n'était  plus 
facile,  les  cinq  pans  extérieurs  chevauchant  les  trois  intérieurs, 
il  fallut  biaiser  pour  que  ces  nouvelles  ouvertures  ne  brisassent 
pas  les  pilastres  cannelés  extérieurs. 

Façade  à  Fouest.  Celte  façade  montre  une  porte  à  plein 
cintre,  au-dessus  deux  fenêtres  de  même  raltdchées  entr'elles 
par  un  cordon  qui  leur  fait  archivolte  et  surmontées  d'une 
rose  circulaire.  Une  petite  rose  ou  œil-de-bœuf  éclaire  le  fond 
de  chaque  bas  côté.  Un  fronton  composé  de  deux  rampants  sur 
consoles,  dont  les  bouts  reposent  sur  les  extrémités  d'une  cor- 
niche interrompue,  couronne  le  sommet  de  la  grande  nef. 

Celte  ordonnance  de  trois  fenêtres,  dont  la  supérieure  en  œil- 
de-bœuf,  sera  suivie  dansles  siècles  suivants  jusqu'au  XIII«  siècle 
où  l'œil-de-bœuf  se  change  en  une  vaste  rose,  est  éminemment 
carolienne.  Cette  disposition  se  voit  à  la  façade  de  l'église  de 
Thor,  qui  date  pour  la  majeure  partie  du  IX«  siècle,  quoique 
très-remaniée  au  commencement  duKIII"^  siècle.  L'œil-de-bœuf 
éclaire  le  front  de  la  jolie  chapelle  de  Saint-Gabriel  de  la  môme 
date,  et  celui  de  l'ancienne  cathédrale  d'Aix;  il  apparaît  sous 
le  pignon  est  dé  la  nef  de  l'église  de  Vif  près  Grenoble,  qui  date 
de  la  fin  du  VIiI«  siècle ,  la  façade  étant  masquée  par  une  tour  ; 
et  lorsqu'à  Saint-Nazaire  de  Carcassonne ,  on  doubla ,  au  Xe  siè- 
cle, son  mur  de  l'ouest,  trop  voisin  du  rempart,  par  un  second 
mur  crénelé ,  on  reproduisit  dans  ce  mur  neuf  les  trois  œils- 
de-bœuf  ou  roses  qui ,  de  même  qu'à  Saint- Paul ,  éclairaient  au- 
paravant les  nefs  à  travers  le  premier  mur;  l'église  de  l'abbaye 
de  la  Grasse,  construite  en  même  temps  par  les  ordres  de  Charle- 
magne  et  sur  les  plans  de  l'archevêque  Turpin ,  avait  aussi  une 
To$e(foramenrotundum);  enfin  l'église  du  Bourg,  du  IX*  siècle, 
a  conservé  sa  rose  sous  chacun  de  ses  deux  pignons  extrêmes. 
Cette  façade  de  Saint-Paul,  sauf  par  son  couronnement  refait, 
n'accuse  aucun  rapport;  elle  est  d'un  seul  jet  et  les  retouches 
faites  aux  archivoltes  de  la  porte ,  par  le  commencement  du 
\nh  siècle ,  l'on  été  avec  tant  d'habileté  et  de  talent  que  l'archéo- 
logue roman  le  mieux  disposé ,  dans  sa  visite  à  Saint-Paul ,  à 
reconnaître  franchement  son  antiquité,  hésite  ici  et,  dans  son 


322  SOCIÉTÉ  d'abgbéologie  £t  de  statistiquc. 

incertitude,  s'endort  une  fois  pour  toutes  dans  l'opinion  de  la 
majorité  qu'il  se  reproche  d'avoir  voulu  déserter  un  instant. 

L'ouverture  même  de  la  porte  est  à  plein  cintre;  il  y  a  eu  là 
bris  du  tympan  et  du  linteau  dont  on  voit  les  deux  bouts  fichés 
dans  les  montants.  Car  à  toutes  les  époques  dites  romanes  l'ou- 
verture de  la  porte  est  carrée ,  avec  linteau  sur  impostes  dès  le 
XI«  siècle  et  sans  impostes  avant  ce  temps. 

Le  fond  ou  tableau,  jambages  et  cintre  de  66  c.  environ  de 
largeur,  est  encadré  par  deux  robustes  pilastres  couronnés  d'une 
imposte  ornée  de  perles  et  oves,  sur  laquelle  vient  retomber  le 
bandeau  de  l'archivolte  richement  sculpté ,  jadis  plat  et  aussi 
large  que  les  pilastres ,  aujourd'hui  fuyaut  en  cône  par  la  taille 
ultérieure  d'une  gorge  et  d'un  tore.  Le  fond  du  tableau  ou  cadre 
de  la  porte  en  retraite  a  sa  surface  lisse  comme  les  pilastres , 
jusqu'à  la  même  hauteur,  tandis  que  sous  le  riche  bandeau  de 
l'archivolte  un  triple  rang  de  dents,  oves  et  fleurons  à  deux 
lobes  décore  son  cintre  dans  la  moitié  de  la  largeur,  faisant 
ainsi  suite  à  la  sculpture  du  bandeau. 

Il  est  certain  qu'en  l'état  cette  porte  est  une  énigme  :  les 
deux  pilastres  robustes,  de  proportions  antiques,  aux  chapiteaux 
d'un  goût  sobre  et  pur  dont  les  détails  se  rattachent  aux  trois 
cordons  concentriques  de  l'archivolte,  sont  une  œuvre  que  ne 
saurait  revendiquer  le  roman  secondaire;  d'autre  part,  la  deu- 
xième gorge  de  l'archivolte  alternée  de  roses  et  de  têtes  et  le 
tore  qui  s'en  détache  couvert  de  feuilles  de  vigne,  sont  des  motifs 
trop  souvent  employés  dans  la  Bourgogne  (Bourbonnais,  Niver- 
nais, Brionnais),  au  XII«  siècle,  avec  texte  à  l'appui,  pour  leur 
refuser  ici  cette  date.  Pour  sortir  d'embarras ,  il  faut  connaître 
le  style  roman  secondaire  ou  franco-gothique ,  ce  que  les  tra- 
vaux des  plus  savants  archéologues  ont  rendu  facile,  et  possé- 
der aussi  la  connaissance  des  styles  antérieurs  :  du  gothique  de 
la  Gothie  et  du  carolien  de  tout  le  reste  de  la  France,  ce  qui 
exige  une  étude  longue  et  suivie  avec  persistance  ;  et  dès  lors  le 
mystère  s'évanouit. 

Tout  architecte,  romain ,  goth,  roman  ou  français  du  XIX« 
siècle  ,  qui  construit  une  porte  dont  l'arc  du  plein  cintre  vient 
reposer  sur  deux  larges  pilastres  carrés,  fera  son  arc  ou  archi- 


GATHÉOIULE  J)E  SAI1|T-PAUL*TR01S-CHÀTEAUX.  323 

volte  sur  section  rectangle  comme  le  pilastre  carré  qui  le  sup- 
porte ;  lors  donc  que  Tarchivolte  diminuée  de  moitié  d'épaisseur 
dans  le  sens  diagonal  laisse  ainsi  une  moitié  de  la  surface  du 
pilastre  ne  rien  porter,  c'est  qa'il  est  arrivé  que  cette  suppression 
de  la  moitié  d'épaisseur  de  Tarcbivolte  obtenue  ici  par  deux 
gorges  qui  en  ont  détaché  un  tore,  est  un  travail  ultérieur.  Le 
bandeau  de  l'archivolte  était  d'abord  à  surface  plane  retombant 
à  l'aplomb  de  la  surface  plane  des  pilastres  ;  le  sculpteur  de  lo-Qn 
du  XII«  ou  commencement  du  XI1I«  siècle  émoussa  l'angle  droit 
de  Tarchivolte,  puis  en  dégagea  un  tore  dont  il  découpa  la  sur- 
face en  feuilles  de  vigne  à  l'aide  de  deux  gorges,  tout  en  ména- 
geant dans  la  supérieure  des  roses  et  des  tètes  alternées,  sorte 
de  décor  dont  on  retrouverait  l'origine  dans  la  Normandie  ouïe 
Poitou.  Quant  aux  feuillages  un  peu  roides,  mais  parfaitement 
fouillés,  qui  décorent  la  gorge  sous  la  baguette  excentrique  qui 
encadre  Tarcbivolte,  ils  appartiennent  au  VIII«  siècle,  à  l'œuvre 
première,  de  môme  que  les  trois  cordons  concentriques  sculptés 
sur  le  tableau  même  du  cintre  de  l'ouverture  de  la  porte.  Cette 
surcharge  d'ornements  ajoutée  par  le  XII«  siècle  est-elle  bien 
heureuse?  non  assurément;  c'est  peut-être  joli ,  ou  plutôt  amu- 
sant à  l'œil ,  mais  il  y  a  disparate  entre  ce  bruyant  fouillis  de 
l'archivolte  et  la  face  plane  et  sévère  des  pilastres;  ce  bandeau  h 
surface  plane  qui ,  dans  le  principe,  séparait  le  feuillage  du  cor- 
don supérieur  des  dents ,  oves  et  fleurons  des  cordons  inférieurs , 
reposait  l'œil  et  se  liait  parfaitement  à  la  face  unie  des  pilastres. 
Toutefois  le  sculpteur  du  XII«  siècle ,  comprenant  bien  qu'un 
pilastre  carré  qui  ne  porte  rien  sur  une  moitié  de  sa  section 
donne  un  fâcheux  effet  et  qu'il  aurait  fallu  détruire  les  deux 
bas-reliefs ,  aigle  et  lion ,  appliqués  à  la  base  de  l'archivolte  sur 
les  pilastres,  a  creusé  ses  gorges  jusqu'au  corps  de  ces  animaux 
qui  de  bas-relief  sont  devenus  ronde-bosse,  dans  la  partie  supé- 
rieure seulement,  parce  qu'il  a  laissé  intact  le  bandeau  plat  pri- 
mitif sous  le  corps  de  ces  animaux. 

Cette  retouche  du  rectangle  de  l'archivolte  gothique  pour  le 
réduire  en  tores  et  gorges,  retouche  familière  parmi  tant  d'au- 
tres à  l'école  de  Cluny,  et  cela  pour  produire  une  variété  dans 
le  style  des  Goths  qui  le  fait  au  XI^  siècle  le  roman  secondaire 


224  SOCIÉTÉ  u'abchéologië  et  de  statistique.  ' 

ou  franco-gothique ,  m'est  une  occasion  de  rectifier  une  erreur 
que  je  crois  avoir  commise  dans  l'appréciation  des  portes  de  la 
cathédrale  d'Embrun ,  première  étude  sur  les  cathédrales  du 
Dauphtné.  J'ai  décrit  à  la  page  11  de  cette  étude  la  petite  porte 
du  chœur,  étrange  précisément  par  ce  contre-sens  architectural 
que  je  viens  de  relever  à  Saint-Paul ,  d'une  archivolte  ouvrant 
en  cône  mais  reposant  sur  deux  pieds  droits  rectangles,  sans 
rattaches  avec  ces  premiers  membres  et  dont  l'angle  supérieur 
ne  supporte  rien  par  conséquent.  J'y  dis ,  page  12  :  «  Tandis  que 
»  les  jambages  de  la  porte  ne  font  qu'une  retraite  au  dehors  de 
»  laquelle  ils  présentent  une  surface  plane  sous  corniche,  sur- 
v  face  qui  n'est  autre  que  celle  du  tableau  saillant  sur  le  plein 
»  du  mur  des  bas  côtés,  l'archivolte,  au  lieu  de  n'être  com- 
»  posée  que  d'une  seule  voussure  en  retraite  à  l'aplomb  des 
»  jambages  ou  pieds  droits ,  est  composée  d'une  série  de  ban- 
»  deaux  avec  tores  et  gorges  creusées  jusqu'à  une  profondeur 
9  de  33  c.  environ ,  épaisseur  des  jambages ,  et  sur  un  large  déve- 
»  loppement  qui  les  sort  de  la  retraite  et  les  fait  empiéter  sur 
>  l'aplomb  de  la  large  surface  des  pieds  droits.  Cette  disposition 
»  est  inusitée  dans  les  styles  dérivés  du  gothique  pur.  »  Après 
hésitation,  j'avais  attribué  cette  bizarrerie  au  premier  style; 
plus  d'étude  me  la  fait  attribuer  au  deuxième  qui,  outre  sa 
manie  de  retailler  tofts  les  pilastres  en  colonnes,  avait  celle  de 
retoucher  à  tout.  La  grande  porte  d'Embrun  reçut  aussi  cette 
enjolivure,  mais  ici,  du  moins,  l'architecte  fut  conséquent  :  il 
creusa  aussi  les  jambages  en  encoignures  et  y  logea  de  chaque 
côté  deux  longues  et  minces  colonnes  à  fût  démesuré  recevant 
la  retombée  des  tores.  Si,  respectant  la  base  à  la  petite  porte  du' 
chœur  d'Embrun  et  à  celle  de  la  façade  de  Saint-Paul ,  il  exerce 
son  inconséquence  au  sommet,  en  revanche,  à  l'église  du  prieuré 
de  Vizille,  œuvre  de  la  fin  du  même  siècle,  il  fait  tout  au  re- 
bours: il  respecte  le  sommet,  le  large  bandeau  de  l'archivolte 
reste  intact  avec  son  rinceau  de  feuillages,  tandis  qu'il  creuse 
les  jambages  pour  y  loger  des  colonnettes.  Avec  un  peu  d'atten- 
tion on  y  lit ,  pour  ainsi  dire,  cette  retouche  en  toutes  lettres. 

Mais  si  l'analyse  de  cette  porte  de  Saint-Paul  dénonce  les 
enjolivures  du  gothique  francisé  par  Cluny ,  comme  ayant  trou- 


GATHÉBBALE  DE  SAIKT-PAUL-THOIS-GHATEAUl.  325 

blé  le  calme  et  la  pureté  d'une  ordonnance  presque  romaine ,  les 
deux  colonnes  corinthiennes  cannelées  qui  se  dressent  de  cha- 
que côté  de  la  porte,  accompagnées  à  leur  tour  par  deux  pilastres 
de  même,  lui  restituent  largement  cette  physionomie  digne  des 
meilleurs  temps  de  l'empire.  Il  ne  saurait  en  être  autrement , 
puisque  ces  quatre  pièces  sont  des  fragments  antiques  empruntés 
à  quelque  édifice  de  la  Gaule  romaine ,  dans  le  but  de  dresser 
là  un  porche,  dont  la  construction  a  été  interrompue  dans  son 
cours.  Ces  deux  colonnes  reposent  sur  des  piédestaux  de  mê- 
me style.  Dans  leur  première  destination,  elles  étaient  isolées, 
puisqu'elles  sont  cannelées  surtout  leur  périmètre,  quoique  en- 
gagées au  tiers.  Les  deux  pilastres  cannelés  qui  les  accompagnent 
sont  rigoureusement  du  même  ordre  et  appartenaient  certai- 
nement au  même  édifice. 

Une  fois  colonnes  et  pilastres  enchâssés  dans  le  mur ,  le  tra- 
vail a  été  interrompu  à  la  hauteur  des  chapiteaux;  la  surface 
lisse  et  intacte  du  mur  indique  que  rien  de  plus,  pas  même  des 
chapiteaux,  n'a  été  ajouté.  Sans  chercher  la  raison  de  cette  so- 
lution de  continuité  dans  ce  travail  que  devait  couronner  un 
fronton  triangulaire,  reconnaissons  qu'ici,  comme  dans  plusieurs 
églises  de  même  date  de  la  vallée  du  Rhône ,  les  Goths  prenaient 
à  cœur  de  faire  pénétrer  dans  leurs  églises  à  travers  un  porche 
antique.  C'est  une  occasion  de  placer  quelques  mots  de  disser- 
tation sur  ce  sujet. 

Lors  du  triomphe  du  christianisme,  .les  fidèles  se  servirent, 
pour  les  besoins  du  culte,  de  temples  païens  et  plus  encore  de 
basiliques  qui ,  généralement  étaient  précédés  d'un  porche 
placé  en  plein  midi  sur  le  côté  sud  de  l'édifice.  Lorsqu'à  la  fin  du 
VIII^  siècle ,  par  suite  de  diverses  causes ,  de  nouvelles  églises 
furent  édifiées,  on  tint  à  honneur  d'y  maintenir  le  porche  anti- 
que ,  comme  aussi  d'y  conserver  parfois  l'abside  première  d'une 
église  rebâtie  à  la  même  place.  Cette  intention  est  justifiée  par 
le  porche  antique  encore  adhérent  au  mur  d'une  basilique  de- 
venue l'église  paroissiale  de  Perpes,  par  celui  qui  décorait  la  fa- 
çade (non  le  pignon)  exposée  au  sud  de  la  basilique  de  Yaison 
devenue  cathédrale  au  V*  siècle.  Son  enlèvement  opéré  avec  un 
soin  qui  n'accuse  pas  une  intention  de  destruction  brutale  ,  m'a 


326  SOCIÉTÉ  D'ABGBiOLOGI£   ET  DE  STATISTIQUE. 

fait  supposer  qu'il  aurait  pu  être  transporté  contre  la  façade 
de  la  cathédrale  d'Avignon ,  alors  que  celle  de  Vaison  était  aban- 
donnée ,  après  son  incendie  allumé  par  les  Sarrazins,  pour  n'être 
restaurée  et  rendue  au  culte  qu'au  commencement  du  X« siècle. 
Dans  le  cas  contraire ,  l'intention  indiquée  précédemment  reste 
accusée  par  ce  porche  antique  de  cette  église  des  Dons  emprunté 
alors  à  quelque  édifice  d'Avignon ,  temple  (celui  d'Hercule  occu- 
pait cette  place)  ou  basilique;  cette  intention  est  encore  accusée 
par  le  joli  porche  antique  d'ordre  composite  qui  décore  la  porte 
de  l'église  de  Saint-Restitut,  érigée  peu  de  temps  après  celle  de 
Saint-Paul ,  mais  dans  le  style  gothique  le  plus  pur.  Ce  porche 
fut  emprunté  à  la  cité  romaine  de  Saint-Paul  (Augusta  Tricasti- 
norum  ),  à  moins  que  le  plateau  voisin ,  certainement  occupé  par 
l'un  des  trois  oppida  confédérés  qui  constituaient  la  tribu  des 
Tricastins,  fort  de  sa  nature,  mais,  vu  son  peu  d'élévation,  ne 
fut  devenu  un  viats  romain  muni  d'un  temple ,  aujourd'hui 
Saint-Restitut.  Quoi  qu'il  en  soit,  ces  divers  porches,  tous  d'un 
travail  exquis  qui  ne  permet  pas  à  l'œil  le  moins  exercé  de  le 
confondre  avec  celui  des  édifices  gothiques  auxquels  ces  porches 
adhèrent ,  témoignent  de  cette  coutume  chez  les  Goths  de  la 
basse  vallée  du  Rhône,  dans  les  provinces  d'Arles  et  d'Aix,  et, 
s'il  fallait  un  exemple  de  plus ,  nous  pourrions  le  donner  frap- 
pant. 

La  ville  de  Carpentras  n'avait ,  jusqu'au  tempsdeCharlemagne, 
que  la  modeste  église  de  Saint-Antoine  pour  y  recevoir  ses  évê- 
qu es  réfugiés  sur  V oppidum  Vindascense,  aujourd'hui  Vénasque, 
depuis  l'évêque  saint  Siffren.  Ce  souverain,  puissant  protecteur 
de  la  religion,  infatigable  restaurateur  de  ses  temples,  fit  ériger 
aussi  à  Carpentras  une  église  digne  de  cette  ville,  sous  le  vo- 
cable de  Saint-Pierre,  et  qui,  de  môme  que  l'église  de  Saint- 
Sauveur  qu'il  avait  fait  construire  à  Aix,  ne  reçut  le  siège  épis- 
copal  titulaire,  à  la  place  de  Sainte-Marie  de  Vénasque,  qu'après 
un  laps  de  deux  siècles ,  au  X«,  comme  Saint-Sauveur  le  devint  au 
XI«  siècle  à  la  place  de  Notre-Qame  de  la  Sedz.  Les  architectes 
goths  eurent  à  cœur  d'introduire  aussi  les  fidèles  dans  ce  nou- 
vel édifice ,  dont  il  reste  encore  debout  tout  le  côté  latéral  nord 
de  la  nef,  par  un  porche  antique.  Carpentras,  en  qualité  de 


CATHÉDKALE  DE  SilJXT-PiCL-TEOlS* CHATEAUX.  327 

ville  romaine ,  pouvait  avoir  des  porches  de  temples  ou  de  basi- 
liques pour  les  employer  à  cet  usage;  mais  il  avait  mieux  que 
cela  :  son  arc  de  triomphe  était  certes  le  plus  noble  des  porti- 
ques, et  ce  fut  sa  nouvelle  destination  de  décorer  l'entrée  de  son 
église.  Un  léger  inconvénient  se  présentait  :  il  n*est  pas  orienté, 
il  ouvre  du  nord  au  sud.  Pour  maintenir  donc  à  l'église  les  rè- 
gles de  l'orientation ,  on  établit  son  plan  de  manière  que  sa  tra- 
vée nord ,  la  première  du  côté  de  l'ouest ,  vint  s'appliquer  contre 
l'arc  de  triomphe  qui  devint  ainsi  le  porche  de  cette  église,  dé- 
truite au  XV«  siècle  pour  faire  place  à  une  nouvelle. 

Porche  méridional.  La  porte  à  ouverture  carrée  sur  le  mur 
méridional  ne  pouvait  être  primitivement  qu'une  porte  dite  de 
secours  ou  secondaire,  quoique  son  ouverture  égale  celle  de  la 
porte  principale,  qui  n'est  pas  très-grande,  il  est  vrai.  Quand  les 
églises  de  ce  temps  avaient^  comme  à  Embrun ,  leur  principale 
porte  sur  le.  flanc  de  l'édifice,  le  mur  de  l'ouest  en  était  privé  ;  si 
au  contraire  la  principale  porte  ouvrait  sous  le  pignon  de  l'ouest, 
une  porte  latérale  très-simple  donnait  sur  un  clottre  ou  autres 
dépendances  de  l'église,  comme  à  Saint-Gilles  et  à  Valence.  C'est 
cette  porte  que  le  commencement  du  XIII»  siècle  adopta  ici  pour 
principale,  comme  se  trouvant  par  sa  situation  en  communi- 
cation plus  immédiate  avec  le  centre  de  la  ville.  Le  dessus  de 
son  linteau  fut  décoré  d'un  tympan  de  marbre  représentant  en 
relief  l'adoration  des  mages ,  tableau  qui  fut  encadré  par  une 
archivolte  copiée  exactement  sur  celle  de  la  porte  de  l'ouest.  On 
peut  remarquer  cependant  que  les  feuillages  qui  décorent  la 
gorge  sous  le  cordon  supérieur  et  le  travail  d'oves  et  denticules 
du  bandeau  inférieur  sont  des  copies  un  peu  lourdes  qui  ne  mon* 
trent  pas  le  faire  libre  et  dégagé  de  l'original.  Cette  porte  fut 
abritée  sous  un  porche  en  berceau  à  plein  cintre ,  décoré  d'un 
faux  arc  de  chaque  côté  à  l'intérieur,  et  de  quatre  colonnes , 
dont  une  à  chaque  angle  enchâssée  au  quart  dans  l'angle  d'un 
pied  droit  et  portant  en  premier  lieu  la  retombée  d'un  arc  dou- 
bleau  étayant  la  voûte  cintrée ,  à  ses  deux  extrémités.  Ces  co- 
lonnes cannelées,  d'origine  antérieure,  ne  portent  rien  aujour- 
d'hui ;  leur  sommet,  au  niveau  de  celui  des  faux  arcs  latéraux, 
indique  leur  destination  rendue  inutile  par  la  destruction  de  la 


N, 


328  soGiéTË  d'abghéologie  et  de  statistique. 

voûte  en  berceau,  remplacée  à  la  fin  du  XVI«  siècle  par  une  voûte 
d'arêtes  à  nervures,  dont  les  nervures  s'en  vont  reposer  en 
arrière  du  sommet  de  ces  colonnes  sur  les  pieds  droits  des  angles. 
A  cette  dernière  date,  on  fortifia  le  mur  d'ouverture,  de  ce  porche 
dont  la  nouvelle  voûte  poussait  aux  angles,  en  le  doublant  d'un 
mur  ouvert  à  plein  cintre ,  aussi  d'un  mètre  d'épaisseur,  à  un 
niveau  supérieur  qui  exigea  trois  marches  pour  atteindre  au 
primitif.  Ses  angles  d'ouverture  sont  émoussés  par  une  baguette 
dont  la  base  et  le  chapiteau  accusent  encore  nettement  le  style 
ogival.  Le  linteau  de  la  porte,  décoré  d'un  bouquet  de  palmes, 
appartient  aussi  à  un  remaniement  de  la  fin  duXVI«  ou  commen- 
cement du  XVII*  siècle. 

Après  cette  analyse  de  l'extérieur,  passons  à  celle  de  l'inté- 
rieur. 

Intérieïir.  Grande  nef.  Elle  se  con^pose  de  trois  travées  et  est 
accompagnée  de  deux  étroites  nefs  latérales  d'environ  deux 
mètres  de  largeur,  dont  le  mur  est  décoré  d'un  faux  arc  dans 
chaque  travée  et  dont  la  voûte  en  quart  de  cercle  est  étayée  au 
vis-à-vis  des  piliers  par  un  arc  doubleau  sur  pilastre.  L'aspect 
de  la  grande  nef  est  étrange  par  cette  triple  particularité  :  l'ex- 
cessif développement  du  pilier ,  4  m.  60  c,  l'abaissement  de  l'arc 
du  chœur  qui  n'atteint  qu'au  deux  tiers  de  la  hauteur  de  la  voûle 
de  la  nef,  et  supporte  ainsi  un  grand  mur  à  surface  unie,  et  la 
grande  élévation  de  la  voûte  pour  la  largeur  de  la  nef,  22  m. 
de  haut  pour  8  m.  de  large.  Dans  les  églises  ogivales  et  même 
dans  les  églises  dites  romanes ,  la  cathédrale  de  Valence  par 
exemple  dont  la  nef  centrale  fut  relevée  et  voûtée  au  XI«  siècle, 
il  faut  la  portée  de  deux  travées  pour  atteindre  au  plan  équila- 
téral,  c'est-à-dire  que  la  portée  d'une  travée  est  égale  seulement 
à  la  moitié  de  la  largeur  de  la  nef.  Dans  les  églises  caroliennes 
et  gothiques ,  antérieures  par  conséquent  au  XI«  siècle,  la  por- 
tée d'une  travée  égale  les  trois  quarts  et  parfois  même  toute  la 
largeur  de  la  nef.  Ici  ces  proportions  sont  dépassées  :  la  travée 
a  plus  de  portée  que  de  largeur  qui  est  celle  de  la  nef,  car  elle 
mesure  30  pieds  de  portée ,  arc  et  pilier,  ce  dernier  de  14  pieds 
de  large,  sur  24  pieds  de  largeur  entre  murs,  depuis  le  voûtage, 
et  22  pieds  6  pouces  seulement  avant  le  voûtage ,  le  plein  de 


CATHÉDRALE -DE  SAINT-PADL-TBOIS-GHATEAUX .  329 

mur  ayant  passé  à  Y  état  de  pilastre  dans  cette  restauration ,  après 
avoir  été  rétréci,  et  la  pénétration  étant  devenue  plein  de  mur. 
La  grande  nef  de  la  cathédrale  d'Arles ,  relevée  et  voûtée  dans 
le  premier  quart  du  IX«  siècle ,  mesure  20  pieds  de  large  sur  30 
pieds  de  portée  de  travée,  dont  20  pieds  d'ouverture  ellO  de  pi- 
lastre; l'église  du  Bourg-Saint-Andéol ,  construite  au  milieu  du 
1X«  siècle,  a  sa  grande  nef  de  18  pieds  de  large  sur  47  pieds  de 
travée,  dont  H  d'ouverture  et  6  depiUer.  La  nef  de  Vaison  relevée, 
comme  celle  d'Arles,  sur  un  nouveau  plan,  au  commencement 
du  X«  siècle,  a  24  pieds  de  large  et  28  de  travée,  de  pile  en  pile. 
Jen'énumère  pas  les  nombreuses  petites  églises  du  même  temps, 
dumème  style ,  dont  les  travées  offrent  le  plan  équilatéral  et  l'ou- 
trepassent même  ;  on  n'en  finirait  pas. 

La  nef  de  Saint-Paul ,  par  l'abaissement  de  l'arc  du  chœur 
qui  supporte  ainsi  un  grand  mur  nu  jusqu'au  sommet  de  la 
voûte ,  mur  derrière  lequel  est  logée  la  coupole  dont  le  sommet 
ne  dépasse  pas  celui  de  la  nef,  est  encore  une  particularité  des 
grandes  églises  gothiques.  Dans  les  petites  églises  à  une  nef,  les 
artistes  de  la  Gothie,  aux  VIII»  et  IX«  siècles,  ne  craignaient  pas 
plus  que  les  Clunisiens,  aux  XI«  et  XII"  siècles ,  de  jeter  une  cou- 
pole octogone  au-dessus  de  la  hauteur  des  voûtes  de  la  nef.  La 
jolie  coupole  de  l'église  demi-ruinée  de  Barbara,  près  Monté- 
limar,  et  celle  de  Mêlas ,  sa  sœur  par  le  cadre  à  moulures  qui  en 
décore  les  quatre  murs  entre  les  quatre  trompes,  en  sont  une 
preuve.  Mais,  lorsque  la  nef  dépassait  5  mètres  environ  de  lar- 
geur, avec  une  hauteur  de  15  à  20  mètres,  ils  n'osaient  pas  éta- 
blir la  base  de  la  coupole  au  niveau  de  la  voûte  ou  du  plafond 
de  la  nef. 

Us  l'enserrèrent  entre  les  voûtes  des  bas  eûtes  et  le  mur  sur 
la  nef,  de  sorte  que  la  courbe  de  la  coupole  ne  poussait  au  vide 
que  sur  l'abside.  J'ai  déjà  dit  que  cette  coupole  était  ordinaire- 
ment surmontée  d'une  tour,  plus  souvent  logis  de  sûreté  que 
clocher.  Ainsi,  à  la  fin  du  VIII*  siècle,  Saint-Paul  fait  sa  coupole 
et  la  place  ainsi  ;  vers  le  même  temps ,  l'antique  église  de  Saint- 
Honorat  des  Aliscamps  (Arlescamps  au  XI V""  siècle,  champs 
d'Arles),  relevée  par  les  soins  de  Charlemagne ,  fait  et  place 
ainsi  sa  coupole  ;  la  cathédrale  d'Arles  dont  la  nef  est  relevée  et 


330  SOCIÉTÉ  D'iRCHÉOLOfilE  ET  JDE  STATISTIQUE 

voûtée  dans  le  premier  quart  du  IX®  siècle,  avec  les  dons  du  tes- 
tament du  généreux  souverain ,  fait  aussi  et  place  ainsi  sa  cou- 
pole; au  commencement  du  X«  siècle,  l'évèque  Humbert  rele- 
vant et  voûtant  la  grande  nef  de  sa  cathédrale  de  Vaison  en  agit 
de  même.  Cette  disposition ,  on  le  voit,  est  propre  aux  grandes 
églises  véritablement  gothiques.  Quant  à  l'excès  de  hauteur  sur 
rétroite  largeur  de  la  nef  qui  dépasse  à  SainNPaul  trois  fois  sa 
largeur,  excès  que  l'on  a  bien  à  tort  attribué  au  style  ogival, 
il  revient  en  propre  à  ce  style  que  j'étudie  depuis  quinze  ans  et 
que  j'affirme  depuis  six,  au  style  des  Goths.  La  cathédrale  d'Arles 
montre  en  hauteur  le  triple  de  sa  largeur;  Cavaillon  de  même, 
ainsi  que  le  Bourg-Saint-Andéol  ;  la  majeure  partie  de  ces  petites 
églises  à  nef  voûtée  mesurent  une  hauteur  égale  à  deux  fois  et 
demie  leur  largeur.  C'est  la  proportion  la  plus  commune  aux 
principales  églises  ogivales,  et  la  cathédrale  inachevée  de  Beau- 
vais  atteint  seule  en  hauteur  au  triple  de  sa  largeur. 

La  division  des  trois  travées  de  la  nef  de  la  cathédrale  de  Saint- 
Paul  est  accusée  :  par  un  pilastre  plat  portant  le  plat  arc  dou- 
bleau  de  la  voûte  en  berceau ,  par  un  pied  droit  appliqué  contre 
ce  pilastre,  sur  section  rectangle,  jusqu'à  la  hauteur  des  impostes 
des  arcs  formerets  et  de  là  jusqu'au  sommet  du  pilastre,  trans- 
formé en  une  svelte  colonne  à  fût  démesuré,  isolée  du  pilier, 
couronnée  par  un  chs^iteau  à  feuilles  un  peu  grasses  et  évasées, 
et  portant  la  retombée  d'un  second  arc  doubleau  doublant  le 
premier.  Ces  trois  travées  se  composent  chacune  dans  leur  hau- 
teur :  d'un  arc  formeret  sous  double  retraite;  au-dessus,  d'une 
corniche  courante  non  interrompue  par  les  pilastres ,  et  d'une 
seconde,  supérieure,  placée  à  la  naissance  de  la  voûte.  L'inter- 
valle compris  entre  ces  deux  corniches  est  divisé,  comme  à  l'ex- 
térieur, par  deux  pilastres  plats  en  trois  compartiments  ren- 
fermant trois  portiques  aveugles  au  nord,  le  portique  central, 
au  midi,  étant  ouvert  et  faisant  fenêtre;  c'est  la  reproduction 
de  la  décoration  extérieure,  mais  encontre^bas  et  non  juxta- 
posée. Les  trois  portiques  ne  se  montrent  pourtant  que  dans  la 
troisième  travée  qui  est  la  plus  ornée;  les  deux  autres  n'en  ont 
qu'un  seul ,  aveugle  au  nord,  ouvert  au  midi.  Dans  la  troisième 
travée,  la  corniche  inférieure  se  compose  d'une  draperie  plissée 


CATHÉOBALE  DE  SAIl«T-l»AUL-HIOtS^CHA1£A0I .  334 

SOUS  une  doucine  à  feuillages  et  rappelle  celle  du  portail  de  la 
cathédrale  de  Rheims.  Les  deux  sveltes  colonnes  qui  séparent 
la  troisième  travée  des  deux  autres ,  au  lieu  d'être  à  fût  lisse, 
comme  les  deux  précédentes,  ont  leur  fût  cannelé  et  perlé  en 
spirale.  Elles  reposent  sur  un  socle  à  trois  cannelures.  Cette 
considération  que ,  bien  que  Fécole  de  Cluny  eût  créé  le  fût  à 
longueur  démesurée,  elle  le  maintenait  pourtant  dans  des  limites 
approchant  des  proportions  romaines,  toutes  les  fois  qu'elle  le 
décorait  de  cannelures,  rinceaux,  imbrications,  etc.,  et  que 
l'ogival  du  XUl''  siècle  donnait  au  fût  un  jet  démesuré  inconnu 
jusqu'alors,  me  fait  attribuer  aux  limites  extrêmes,  dans  le 
midi ,  du  style  dit  roman  secondaire ,  à  la  date  où  il  persiste  pa- 
rallèlement au  style  ogival,  au  premier  quart  du  XIII*  siècle, 
cette  restauration  de  l'intérieur  de  la  nef  de  Saint-Paul  qui  lui 
donna  une  voûte,  et  sa  draperie  plissée,  pareille  à  celle  de 
Rheims^  me  confirme  dans  cette  opinion.  Et  quoique  dans  le  cours 
de  cette  étude  je  me  serve  parfois  du  terme  XII*"  siècle,  pour 
exprimer  des  travaux  faits  à  cette  église,  parce  qu'ils  sont  dans 
un  style  que  ce  siècle  caractérise,  c'est  au  commencement  du 
XIIP  siècle  que  je  les  attribue. 

Après  avoir  reconnu  comment  cette  nef  a  été  retouchée  et 
voûtée  dans  le  style  du  XII'  siècle,  il  est  bon  de  dire  comment 
elle  apparaissait  dans  son  œuvre  première. 

Quoique  située  dans  la  province  ecclésiastique  d'Arles,  qui 
créa,  avec  celle  d*  Aix ,  le  beau  style  gothique  et  le  pratiqua  exclu- 
sivement pendant  deux  siècles,  l'église  de  Saint-Paul  n'est  pas 
complètement  de  ce  style.  Elle  y  participe  largement  par  la 
taille  à  joints  serrés,  par  les  dimensions  du  bloc,  par  le  pilier 
flanqué  de  pilastres  portant  arcs  doubleaux  des  bas  côtés  et  des 
arcs  formerets,  par  sa  coupole;  mais  rilt  reste  carolienne  par 
l'absence  de  voûte  dans  la  grande  nef  et  de  pilastres  de  ce  côté 
par  conséquent ,  et  tandis  que  sur  cette  limite ,  tout  proche  de 
Saint-Paul,  l'église  du  Bourg  pratiquera ,  un  demi-siècle  après, 
ce  système  mixte ,  excusable  par  sa  construction  en  moellons, 
l'église  de  Saint-Restitut  se  dressera,  bien  avant  cette  dernière, 
dans  le  plus  pur  gothique,  à  quelques  pas  de  Saint-Paul;  tandis 
que  l'établissement  de  la  voûte  a  dissimulé  à  Saint-Paul  les  traits 


332  SOCIÉTÉ  d'archéologie  et  de  statistique. 

généraux  de  ce  style  carolien ,  on  les  retrouve  conservés  dans  la 
nef  de  l'église  du  Bourg,  parce  que  là  voûte  dont  on  la  couvrit^ 
au  commencement  du  XII«  siècle ,  sous  Tépiscopat  de  Tévêque 
Léger,  au  lieu  d'être  établie  entre  les  murs  mêmes  de  la  nef,  le 
fut  au-dessus,  moyennant  un  exhaussement  de  deux  mètres 
environ  des  murs  goutteraux,  et  ses  arcs  doubleaux  reposèrent 
sur  des  consoles.  Voici  donc  la  description  d'une  travée  caro- 
lienne  de  Saint-Paul  empruntée  à  l'église  du  Bourg  :  elle  se 
composait  d'un  plein  de  mur  dans  lequel  pénétrait  un  faux  arc 
de  toute  la  hauteur  de  la  nef;  dans  la  partie  haute  du  faux  arc 
une  ouverture  cintrée  faisait  fenêtre.  Au-dessous,  dans  ce  même 
faux  arc  ouvrait  un  arc  formeret  bien  plus  étroit  que  le  faux  arc 
et  n'atteignant  guère  qu'à  la  moitié  de  sa  hauteur.  Pour  réta- 
blissement ultérieur  d'une  voûte,  on  entailla  dans  le  mur  qui 
faisait  tympan  entre  deux  faux  arcs,  un  plat  arc  doubleau  vint 
reposer  dans  cette  entaille^  sur  le  plein  de  mur  qui  devenait 
saillant  comme  un  pilastre ,  la  courbe  qu'il  portait  précédem- 
ment ayant  changé  de  projection;  puis  un  pied  droit  appliqué 
contre,  comfK)sé  dans  sa  partie  supérieure  d'une  élégante 
colonne,  recevait  la  retombée  d'un  second  arc  doublant  le 
premier.  Otez  la  notion  de  l'architecture  carolienne  et  l'ar- 
chéologue enferré,  pour  qui  le  X^  siècle  est  la  création  de  • 
l'architecture  en  France ,  et  le  sera  toujours  pour  son  amour- 
propre,  nous  fera  finement  observer  que,  puisque  la  voûte,  le 
pied  droit  et  les  deux  arcs  doubleaux  sont  du  XII''  siècle,  le  pi- 
lastre qui  supporte  le  plus  large  de  ces  deux  arcs  est  nécessai- 
rement du  même  siècle,  et  que,  puisqu'il  est  visiblement  incor- 
poré au  pilier ,  le  tout  est  du  même  temps ,  parce  qu'il  ne  sau- 
rait voir  que  le  pilastre  actuel  était  primitivement  un  simple 
plein  de  mur  entre  deux  pénétrations.  Nous  avons  déjà  fait  re- 
marquer que  rétablissement  de  la  voûte  avait  obligé  à  abaisser 
de  près  de  deux  mètres  l'ouverture  des  fenêtres  qui  ne  répon- 
daient plus  ainsi  au  centre  des  portiques  extérieurs. 

Le  bas-relief  sculpté  sur  le  premier  pilier,  à  gauche  en  entrant, 
représente  un  évêque ,  la  crosse  en  main ,  bénissant  un  empereur 
prosterné  qu'accompagne  une  troupe  de  gens  armés.  On  ne 
saurait  l'interpréter  que  par  une  bénédiction  donnée  à  Charle- 


GÀTHSDRÀLE   DE   SAIffT-PAVL-TROIS-GHATEACX.  333 

magne  par  Tévèque  Aldebran  ;  souvenir  gravé  sur  la  pierre  par 
lui  ou  par  Tun  de  ses  successeurs. 

Ctiœur  sous  coupole.  La  séparation  du  chœur  d*avec  la  nef  est 
accusée  par  un  arc  à  double  retraite  et  dont  la  hauteur  atteint 
à  peine  aux  deux  tiers  de  la  hauteur  de  la  nef.  A  l'intérieur, 
sous  la  coupole ,  il  n'y  a  qu'une  retraite ,  le  mur  profitant  de  toute 
l'épaisseur  de  la  première.  Ce  chœur  est  carré ,  l'abside  ouvre 
au  fond  sur  une  retraite  et  sa  hauteur  égale  celle  de  l'arc  de  la 
nef  et  des  deux  arcs  latéraux  qui  mettent  le  chœur  en  commu- 
nication avec  les  transepts.  Les  impostes  de  ces  quatre  arcs  sont 
à  la  même  hauteur,  et  sur  le  sommet  de  ces  quatre  arcs  repose 
une  coupole  octogone  avec  trompes  aux  angles ,  coupole  restituée 
à  la  place  du  dôme  à  tambour  qui  avait  remplacé  la  premjère. 
Les  deux  arcs  latéraux ,  et  ils  n'en  sont  que  plus  lourds  d'aspect , 
ont  perdu  leur  double  retraite  par  la  suppression  des  pieds  droits 
et  de  leur  arc  doubleau.  Cette  ablation  fut  opérée  dans  le  but 
d'établir  plus  large  et  plus  facile  la  communication  du  chœur 
avec  les  transepts. 

Transepts.  Avant  l'établissement  des  transepts,  alors  que 
cette  église  affectait  la  forme  purement  basilicale,  les  bas  côtés 
de  la  nef  se  continuaient  sur  la  même  largeur  de  chaque  côté 
du  chœur,  sous  coupole,  et  se  terminaient  par  une  abside  un  peu 
plus  étroite  que  cette  largeur,  les  absides  antérieures  au  XI* 
siècle  faisant  toujours  retraite.  De  même  que  le  chœur  sous  cou- 
pole^ cette  partie  accusait  sa  division  avec  les  bas  côtés,  par  l'a- 
baissement de  l'arc  de  communication  portant  un  mur  lisse,  mur 
détruit,  mais  dont  il  reste ,  dans  le  bas  côté  droit,  le  cintre  qui 
le  portait.  Les  transepts  peu  dé veloppés ,  trois  mètres  environ 
au-delà  des  murs  des  bas  côtés,  portent  leur  voûte  en  berceau 
à  une  grande  hauteur.  Ainsi  que  nous  l'avons  dit  devant  l'exté- 
rieur, celui  du  nord  est  éclairé  par  deux  fenêtres,  et  celui  du 
midi  par  trois,  dont  une  au-dessus  des  deux  autres.  Cette  partie 
de  l'église  est  un  travail  simple ,  un  i^u  lourd ,  privé  d'orne- 
ments, mais  d'un  aspect  solide  et  non  sans  noblesse. 

Petites  absides.  Les  primitives ,  d'une  largeur  égale  à  peine  à 
celle  entre  pilastres  des  bas  côtés,  qui  est  de  1  m.  70  c,  étaient 

Tome  IV.  -  1869.  22 


331  SOCIÉTÉ  d'archéologie  ET  DE  STATISTIQUE. 

tout  naturellement  placées  dans  l'axe  des  bas  côtés.  Les  deux 
actuelles,  dont  la  largeur  dépasse  deux  mètres,  relevées  avec  le 
transept ,  ne  se  trouvent  plus  dans  l'axe.  En  général ,  les  absides, 
dans  les  styles  tant  carolien  que  gothique ,  ont  une  hauteur  qui 
dépasse  à  peine  une  fois  et  demie  leur  largeur,  bien  rarement  le 
double  et^dans  les  grandes  seulement  ;  ce  qui  se  présente  pour 
la  grande  abside  de  Saint-Paul  et  tous  près  de  là  pour  celle  de 
Saint-Restitut.  Ici  les  deux  petites  absides  s'élancent  à  une  hau* 
teur  qui  égale  trois  fois  leur  largeur,  ce  qui,  vu  du  dehors,  met 
leur  couronnement  à  la  hauteur  de  la  grande  abside  dont  l'ou- 
verture mesure  pourtant  6  mètres.  Ces  preuves  suffisent  pour 
démontrer  que  les  petites  absides  sont  du  même  temps  que  le 
transept  et  que  la  grande  abside  est  d'une  époque  antérieure. 

Grande  abside.  En  forme  d'hémicycle,  elle  est  décorée  par  cinq 
pénétrations  dont  le  plein  cintre  repose  sur  des  colonnes  à  fût 
proportionné  et  richement  ciselé.  Ces  colonnes  reposent  sur  un 
stylobate  de  trois  mètres  de  hauteur,  signe  caractéristique  du  go- 
thique pur;  car  lorsque  Cluny  l'exploitera  aux  XI«  et  XII«  siècles, 
il  fera  reposer  les  colonnes  de  l'abside  sur  une  base  à  hauteur 
de  siège  et  plus  souvent  encore  à  hauteur  d*une  marche ,  tandis 
que  les  architectes  goths  élevaient  la  base  à  hauteur  d'appui  tout 
au  moins,  parce  que,  maintenant  les  colonnes  dans  des  propor- 
tions romaines ,  il  aurait  fallu  pour  des  colonnes  parlant  du  sol 
une  grosseur  dans  le  volume  des  fûts  qu'il  n'était  pas  facile  de  se 
procurer.  Une  corniche  corinthienne  court  autour  de  l'abside, 
à  la  naissance  de  la  voûte  en  coquille,  accusant  cinq  compar- 
timents par  quatre  bandeaux  se  réunissant  au  sommet ,  comme, 
au  chœur  de  Saint-Césaire,  à  Arles. 

Ces  bandeaux  plats,  propres  à  ce  style,  se  présentent  parfois  au 
nombre  de  cinq  :  alors,  au  lieu  de  tomber  à  l'aplomb  des  colonnes, 
c'est  à  celui  du  sommet  des  arcs,  comme  à  l'église  voisine  de 
Saint-Restitut,  cette  reproduction  à  une  moindre  échelle  de  la 
cathédrale  d'Avignon ,  ayec  l'avantage  sur  cette  dernière  d'avoir 
conservé  son  abside  intacte,  à  l'abside  des  Aliscamps,  à  celle 
de  Saint-Raphaël  sous  Fréjus.  Ce  porte-à-faux  se  voit  aussi  dans 
les  coupoles  des  Aliscamps  et  d'Aix.  La  variété  et  la  richesse 
d'ornementation  des  colonnes  de  l'abside  de  Saint-Paul,  tant  des 


CATBÉDBiLE  DE  SAINT-PAUL-TROIS-CHATEAIX.  335 

chapiteaux  que  des  fûts ,  seraient  dignes  d'une  étude  spéciale  et 
comparative  avec  ce  qui  se  voit  dans  les  autres  églises  si  remar- 
quables de  ce  beau  style  y  à  qui  on  a  6té  son  nom  depuis  qu'il 
semble  plus ,  sinon  mieux,  étudié! 

Le  profil  corinthien  reproduit  avec  plus  ou  moins  de  pureté 
dans  les  coniiches,  impostes  et  bases  des  colonnes;  aux  tailloirs, 
les  dents  de  scie  horizontales ,  sous  leur  gorge ,  les  cartouches 
carrés  et  saillants  comme  un  fragment  de  brique,  détail  emprunté 
aux  siècles  précédents  et  qui  se  voit  à  la  porte  dite  de  Saint* 
Trophime,  à  Téglise  des  Aliscamps,  au  porche  de  Sainte-Croix 
de  Hontmajour,  le  tailloir  vertical  à  cannelures  donneraient 
à  l'observateur  la  centième  preuve  de  l'existence  au  VIII'  siècle 
d'un  style  vraiment  gothique  simplement  transformé  et  vulga- 
risé par  Cluny,  au  XP  siècle. 

Je  résume  ainsi  cette  analyse  :  l'église  cathédrale  de  Saint- 
Paul-trois-Ch&teaux  n'est  point  un  édifice  construit  au  Xll^siècle» 
ainsi  que  l'affirme  l'archéologie  en  son  état  actuel;  elle  est 
l'église  construite  par  les  soins  de  Charlemagne ,  sous  Tépiscopat 
de  l'évoque  Aldebrânll,  vers  l'an  792,  église  rappelée  dans  les 
bulles  de  Lothaire  et  de  Frédéric.  Ici,  comme  souvent  ailleurs, 
la  tradition  tant  orale  qu'écrite  a  raison  sur  de  vagues  appré- 
ciations qui,  par  défaut  d'étude,  manquent  de  base.  Le  XI' 
siècle  y  ajouta  des  transepts ,  refit  les  petites  absides  et  doubla 
la  grande  d'une  enveloppe  extérieure.  Le  commencement  du 
XIIP  siècle  la  voûta  d'après  le  système  du  style  florissant  du  XII« 
siècle  et  la  décora  avec  cette  élégance  et  cette  richesse  qui  le 
distinguent  dans  sa  période  la  plus  avancée  dans  le  midi.  Son 
agrandissement  par  transepts  répondrait  à  la  date  d'une  réunion 
de  l'évêché  d'Orange  à  celui  de  Saint-Paul,  mentionnée  dans  une 
bulle  du  pape  Urbain  II ,  de  1095.  Les  restaurations  ultérieures, 
dont  la  voûte  est  la  principale,  auraient  eu  lieu  après  les  débats 
entre  son  évèque,  Bertrand  II,  et  le  comte  de  Toulouse,  débats 
qui  tournèrent  au  profit  de  ses  successeurs^  Josserand  et  Lau- 
rens.  Les  réparations  subséquentes  répondent  aux  désastres 
subis  par  cette  église  pendant  les  guerres  de  religion. 

F.  DE  SAINT-ANDÉOL. 


4» 


336  SOCIÉTÉ  d'archéologie  et  de  statistique. 

Après  quinze  années  d'études  sur  notre  sud-est ,  et  après  six 
années  d'affirmation  sur  notre  belle  architecture  méridionale 
antérieure  auXP  siècle ,  mon  étude  sur  la  cathédrale  d'Embrun, 
la  première  sur  les  cathédrales  du  Dauphiné,  m'a  valu,  à  la 
suite  de  quelques  autres  articles,  l'adhésion  franche  et  entière 
des  deux  plus  savants  archéologues  de  la  région  qui  ont  étudié, 
comparé,  pratiqué,  durant  un  quart  de  siècle,  l'un  tout  spécia- 
lement notre  moyen  âge,  et  le  second  émérite  dans  l'art  de 
bâtir  et  celui  de  restaurer  les  plus  beaux  de  nos  antiques  monu- 
ments, tant  le  roman  que  le  romain.  Je  ne  pensais  pas,  il  y  a 
dix  mois,  que  cette  cause  serait  sitôt  gagnée.  Tant  mieux  pour 
la  vérité,  pour  la  valeur  reconnue  et  appréciée  de  notre  archi- 
tecture régionale  et  pour  la  richesse  monumentale  de  la  France, 
supérieure  à  celle  des  autres  nations  de  l'Europe,  non-seulement 
depuis  le  XIIP  siècle,  comme  on  le  dit  encore,  mais  depuis  le 
VIII« siècle.  Je  profite  de  cette  analyse  qui,  de  même  que  celle 
d'Embrun  et  la  plupart  des  suivantes,  est  un  moyen  démettre  en 
lumière  cette  architecture  ignorée,  pour  répondre  à  la  question 
suivantequi  m'a  éléfaite  :  Pourquoi,  me  dit^n,jo^/?içi/e  cette  ar- 
chitecture méridionale  du  VIII«  àla  fin  du  X«  siècle,  et  franco- 
gothique  la  deuxième  phase  du  \h  à  la  fin  du  Xil*  siècle  ?  Pour- 
quoi, réponds-je  à  mon  tour,  n'appelez-vous  plus^o^Wçwe cette 
architecture  que  nos  aïeux,  mieux  instruits  que  nous  sur  son 
origine,  appelaient  de  ce  nom?  Ils  appelaient  cette  architecture 
gothique,  parce  que  les  Goths  de  la  Gothie  l'avaient  tout  simple- 
ment créée  ;  par  la  même  raison  que  nous  appelons  grecque 
l'architecture  créée  par  les  Grecs  et  romaine  l'architecture  des 
Romains.  Et  pourquoi,  ajoutcrai-je,  après  avoir  ôté  àunechose 
son  vrai  nom ,  l'avez-vous  affublée  d'un  nom  qui  n'est  pas  sim- 
plement un  mot  nouveau,  mais  un  contre-sens,  le  nom  de  roman, 
puiçque  ce  n'est  pas  aux  Romains  que  revient  ce  style  d'archi- 
tecture? Et  pourquoi  encore  conservez-vous  exclusivement  le 
nom  de  gothique  à  l'architecture  du  XIII«  siècle  que  nos  aïeux 
appelaient  gothique  nouveau ,  et  cela  après  avoir  reconnu  que 
ce  sont  les  Français  qui  l'ont  dégagée  du  style  précédent?  «  Qu'im- 
»  porte,  me  répond-on  :  ces  termes  sont  consacrés  par  ime 
»  prescription  irentenaire,  c'est  un  fait  accompli.  »  En  effet, 


CiTHÉDBALE  DE  SAIKT-PAUL-TBOIS-GHiTEAUX.  337 

dès  qu'il  est  convenu  que  rouge  signifie  bleu  et  que  quatre  si- 
gnifie cinq,  à  quoi  bon  revenir  au  premier  sens J'ajouterai 

que  la  cause  du  mal  vient  de  la  mauvaise  interprétation  du  mot 
gothique  et  de  la  confusion  faite  de  sa  triple  signification  : 
lo  le  Goth  du  IVe  siècle  :  hordes  sauvages  venues  du  nord,  por- 
tant le  fer  et  le  feu  jusque  dans  les  plaines  de  l'Italie,  s'y  substi- 
tuant à  l'empire  romain  qui  s'écroule ,  à  ce  point  qu'en  moins 
d'un  demi-siècle  un  état  régulièrement  constitué  par  eux  fait 
de  Ravenne  leur  capitale,  le  centre  de  la  civilisation  dans  l'Eu- 
rope occidentale-,  état  qui  se  soutient  pendant  les  VI«  et  VU* 
siècles.  Dès  l'an  416,  Âstaulphe,  roi  des  >Yisigoths,  régnait,  du 
consentement  de  l'empereur^Honorius,  sur  la  Septimanie;  il 
établissait  sa  résidence  au  palais  de  Saint-Gilles,  puis  à  Nar- 
bonne,  après  avoir  repris  cette  ville  sur  Jovien.  Le  règne 
d'Alaric  II  témoigne  d'une  civilisation  avancée.  Après  le  trans- 
fert de  leur  capitale  en  Espagne,  leur  dernier  roi,  Roderic,  est 
tué  par  les  Sarrasins,  qui  s'emparèrent  de  la  Septimanie  qui , 
depuis  l'invasion,  avait  pris  le  nom  de  Gothie  et  était  appelée,  au- 
delà  des  Pyrénées  et  dans  les  conciles  de  Tolède ,  la  Gaule  go- 
thique. La  civilisation  arabe  fusionnée  à  celle  de  la  Gothie  éleva 
cette  dernière  à  un  degré  inconnu  depuis  l'empire  romain.  C'est 
à  ce  point  que  Charlemagne,  vainqueur  de  ce  pays  dont  il  forma 
la  Marche  de  Gothie  en  y  ajoutant  l'Aquitaine  et  la  Gascogne , 
provoque  par  ses  largesses  la  construction  d*un  grand  nombre 
d'églises,  de  châteaux,  de  ponts,  etc.,  favorisant  ainsi  chez  cette 
nation  plus  savante  que  forte  les  créations  de  son  génie.  C'est 
là  le2«  Goth,  celui  du  Vin« siècle,  à  peu  près  inconnu,  qui  sort 
à  peine  des  limbes  de  l'histoire  par  les  travaux  récents  des  Am- 
père et  des  Thierry,  détesté  comme  arien  par  les  moines  anna- 
listes du  nord  qui  le  traitent,  lui  et  les  Sarrasins,  de  barbares, 
sans  se  douter  qu'eux  Francks  l'étaient  jusqu'à  Charlemagne 
dix  fois  plus.  Je  rappelle  ici  que  cette  bonne  architecture 
gothique  à  voûtes  en  berceau  avec  pilastres  contre  piliers,  créée 
dans  les  deux  provinces  ecclésiastiques  d'Arles  et  d'Aix,  à  l'om- 
bre des  abbayes  de  Saint-Gilles,  Lérins,  Saint- Victor,  ne  s'é- 
tendit pas  pendant  les  Ville  et  IX«  siècles  au-delà  du  bassin  du 
Rhône  à  l'ouest ,  et  que  les  provinces  ecclésiastiques  de  Vienne 


338  SOCIÉTÉ  d'archéologie  et  de  statistique. 

puis  de  Lyon  en  subirent  l'heureuse  influence  avant  la  partie 
occidentale  de  la  Gothie  au-delà  d*Agde  et  Béziers.  Cette  partie , 
ainsi  que  je  l'ai  reconnu  tout  dernièrement,  pratiquait  sous 
Charlemagne  et  sous  ses  fils  le  style  carolien  tel  qu'il  apparaît 
dans  la  Bourgogne ,  le  nord  de  la  France ,  la  Belgique  et  les  bords 
du  Rhin.  Reste  le  3«  Goth  du  XVII*  et  mieux  encore  du  XVIIIe 
siècle ,  qui  n'est  qu'une  épithète  tout  à  la  fois  injurieuse  et  fausse, 
parce  qu^elle  est  synonime  de  barbare  et  que  le  Goth  ne  Tétait 
pas. 

C*est  donc  en  évoquant  exclusivement  le  souvenir  du  Goth 
barbare  du  IV*  siècle  que  l'on  a  nié  qu'il  y  eût  une  architecture 
des  Goths,  qui ,  disait-on,  n'avaient  fait  que  des  ruines.  Cest  en 
passant  sous  silence  la  glorieuse  période  des  royaumes  Ostrogoths 
et  Wisigoths  que  l'on  n'a  pas  voulu  voir  que  ce  nouveau  style 
d'architecture,  produit  à  la  fin  du  VIII«  siècle  dans  les  basses 
vallées  du  Rhône ,  dans  la  Gothie ,  était  l'œuvre  des  Goths  ;  c'est 
enfin  au  XVIIc  et  plus  encore  au  XVIII«  siècle  que  les  contemp- 
teurs de  cette  architecture,  oubliant  que  nos  aïeux  des  Xil«  et 
XlVe  siècles  l'avaient  appelée  gothique  parcequ'elle  était  tout 
simplement  de  l'invention  des  Goths,  supposèrent  gratuitement 
que  le  mot  de  gothique  n'était  que  le  synonime  de  barbare 
appliqué  à  une  architecture  qu'ils  trouvaient  barbare,  comme 
si  nos  aïeux  qui  pratiquaient  et  admiraient  ce  style  par  dessus 
tout,  auraient  été  assez  inconséquents  pour  l'appeler  barbare,  et 
conclurent  que  cette  architecture  ancienne,  d'origine  perdue  pour 
V  eux ,  en  conséquence  de  leur  goût  perverti  et  de  leurs  fausses 
interprétations ,  n'avait  de  Goth  que  le  nom ,  ce  dont  notre  école 
moderne,  plus  éclairée  et  mieux  informée  pour  la  réhabilitation 
de  notre  moyen  âge  qui  est  sa  plus  belle  œuvre ,  reste  pourtant 
encore  persuadée  :  ce  que  je  constate  à  regret. 


IKKCBOLOGIE.  339 


NÉCROLOGIE. 


M.  L'ABBÉ  ROBIN,  CURÉ  DE  DIEULEFIT. 


La  Société  archéologique  de  la  Drôine  a  perdu ,  en  la  per- 
sonne de  M.  Fabbé  Robin ,  curé  de  Dieulefit,  Vm  de  ses  mem- 
bres les  plus  laborieux  et  les  plus  érudits,  et  le  diocèse  de  Va- 
lence ,  Fun  de  ses  prêtres  les  plus  recommandables.  Emporté 
subitement  par  une  maladie  de  quelques  heures ,  il  a  été  ravi  à 
la  science,  et  à  TafTection  de  ses  paroissiens,  le  30  avril  1869. 
C'est  pour  nous  un  devoir  à  la  fois  triste  et  doux  de  rendre  ici 
un  hommage  public  à  la  mémoire  de  ce  digne  et  bien  regret- 
table confrère. 

Jean-Louis-Étienne-André Robinétaitné au Bourg-de-Péage  >, 

alors  Unité-sur-Isàre ,  le  7  nivôse  an  IX  (28  décembre  1800).  II 
commença  assez  tard  ses  études  ecclésiastiques ,  et  reçut  à 

rage  de  27  ans  l'ordination  de  la  prêtrise,  des  mains  de  Mgr  de 
La  Tourette,  le  25  juillet  1827.  Sa  longue  carrière  sacerdotale 
ne  se  compose ,  chose  rare ,  que  de  deux  étapes  seulement  : 
dix  ans  de  vicariat  à  Saint-Paul-trois-Châteaux ,  et  trente-deux 
ans  d'archiprêlré.  M.  Robin  n'était  par  conséquent  qu'un  simple 
vicaire,  âgé  tout  à  peine  de  trente-sept  ans ,  lorsqu'il  fut  ap- 
pelé à  l'importante  cure  de  Dieulefit,  en  remplacement  de 
M.  Plauche-Beaucaire ,  transféré  à  celle  de  Saint-Bamard  de 
Romans;  l'ordonnance  royale  qui  agrée  sa  nomination  porte 
la  date  du  25  août  1837. 

(t)  Lie  Bourg-de-Péage  a  donné  le  Jour  à  plusieurs  ecclésiastiques  qui  ont 
laissé  quelques  souvenirs  :  à  Tabbé  Fière ,  vicaire-général  de  Valence  sous 
la  Restauration,  auquel  M.  Henrion  consacre  un  long  article  dans  son  An- 
nuaire biographique  de  1830  à  1834  (t.  I*',  p.  365  ;  Yoir  aussi  la  Vie  de 
Mgr  Dévie  y  par  Tabbé  Gognat,  t.  l*%p.  92.)';  à  Tabbé  Ghâtenay,  rédacteur 
de  VAmi  de  la  Religion  et  vicaire-général  de  Pamiers,  dont  la  biographie 
a  été  écrite  par  le  Solitaire;  à  l'abbé  Mazelier,  chanoine  de  Valence ,  au- 
teur d'un  petit  écrit  intitulé  :  De  V église ,  de  la  parole  de  Dieu  et  de  Vex- 
plication  de  la  Bible,  etc.,  sans  parler  de  quelques  écrivains  encore  vi?ants. 


340  SOCIÉTÉ  d'archéologie   et  de  STITISTIQUE. 

Il  ne  nous  appartient  pas  de  considérer  ici  M.  Robin  comme 
prêtre ,  ni  même  de  louer  les  vertus  de  l'homme  privé ,  la  pru- 
dence et  la  sagesse  de  l'administrateur  ;  tout  éloge  d'ailleurs 
serait  superflu  en  présence  des  unanimes  regrets  qu'il  laisse 
après  lui ,  et  de  la  vénération  profonde  dont  son  nom  demeure 
entouré  au  milieu  d'une  population  divisée  de  cultes.  Mgr 
Lyounet,  digne  appréciateur  de  son  mérite,  le  créa  chanoine 
honoraire  de  sa  cathédrale,  avant  son  départ  pour  Alby  :  «  Il  en- 
trait dans  ma  pensée,  lui  écrivait  ce  prélat,  à  la  date  du  16  dé- 
cembre 1864 ,  de  vous  donner  dans  le  courant  de  l'année  qui  va 
commencer  un  témoignage. particulier  de  ma  confiance....  Re* 
gardant  cela  comme  une  dette  sacrée,  je  veux ,  avant  mon  dé- 
part, l'acquitter  de  mon  mieux....  » 

Mais  notre  rôle  doit  se  borner  ici  à  apprécier  M.  Robin  comme 
archéologue  et  comme  savant.  C'était  un  parfait  érudit,un 
chercheur  infatigable,  un  laborieux  chroniqueur  ;  nul  mieux 
que  lui  ne  connaissait  l'histoire  d'une  famille  ,  d'un  vil- 
lage, d'une  mine;  il  n'y  avait  pas,  à  dix  lieues  à  la  ronde,  d'ar- 
chives publiques  ou  particulières  qu'il  n'eût  vues ,  examinées 
et  compulsées;  il  avait  recueilli  ainsi  une  ample  moisson  de 
notes  et  de  documents ,  dont  la  plupart  sont  consignés  dans 
ses  précieux  manuscrits.  La  vallée  du  Jabron,  théâtre  de  son 
ministère  pastoral,  était  l'objet  particulier  de  ses  études;  il  l'a 
explorée  de  fond  en  comble.  Ses  investigations  ne  se  bornaient 
pas  seulement  à  l'archéologie  et  à  la  pure  chronique  :  il  cultivait 
aussi  volontiers  l'histoire  naturelle ,  et  les  beaux-arts  ne  lui 
étaient  point  étrangers.  Il  avait  réuni  dans  son  presbytère  une 
riche  collection  composée  non-seulement  de  médailles,  de 
vases ,  de  tableaux  et  d'autres  objets  d'art  et  d'antiquité,  mais 
encore  des  plus  beaux  cristaux  et  des  minéraux  les  plus  cu- 
rieux de  la  montagne.  M.  l'abbé  Thibaut  a  compté  environ 
huit  cents  pièces  dans  le  médailler. 

M.  Robin  a  beaucoup  écrit ,  mais  peu  publié  ;  les  quelques 
articles  signés  de  son  nom  dans  le  Bulletin  de  la  Société ,  avec 
une  dizaine  de  notices  historiques  ou  archéologiques  insérées 
dans  VAmi  des  Familles,  sont  les  seuls  travaux  imprimés  que 
nous  connaissions  de  lui.  Ils  sont  rédigés  dans  un  style  très- 
simple;  mais  ils  dénotent  chez  leur  auteur  des  recherches 


NÉCROLOGIE.  344 

considérables  et  une  connaissance  approfondie  de  nos  chro- 
niques. Voici  la  liste  des  principaux  manuscrits  qu'il  a  laissés  : 

l®  Une  Histoi/re  de  Dieulefit,  composée  d*après  des  mémoires 
fort  curieux  qui  étaient  tenus  et  rédigés  de  père  en  fils  dans 
une  famille  de  la  ville,  depuis  le  XVe  ou  XVI«  siècle.  Cet  ou- 
vrage ,  ainsi  qu'une  foule  de  documents  relatifs  à  l'histoire  reli- 
gieuse du  pays ,  a  été  légué  par  l'auteur  à  la  fabrique  de  son 
église  paroissiale.  Il  avait  fait  don  depuis  quelque  temps  d'une 
partie  considérable  de  ce  travail  aux  archives  de  la  Société. 

2*»  Une  Histoire  généalogique  des  de  Vesc,  dans  laquelle  il 
relève  une  foule  d'erreurs  commises  par  Guy  Allard  et  Pithon- 
Curt  sur  cette  illustre  famille,  qui  régnait  autrefois  en  sou- 
veraine sur  la  vallée  du  Jdbron.  L'auteur  mettait  la  dernière 
main  à  cet  ouvrage,  lorsque  la  mort  est  venue  le  surprendre. 

30  Plusieurs  opuscules  de  piété ,  méditations,  retraites,  etc. 
Nous  avons  sous  les  yeux  une  lettre  que  M.  Robin  écrivait  à 
l'un  de  ses  amis,  en  novembre  1861  :  «  Vous  savez,  lui  dit-il, 
»  que  je  vous  ai  parlé  quelquefois  de  méditations  que  j'avais 
•  faites  sur  la  vie  de  Notre  Seigneur  Jésus-Christ ,  ainsi  que  de 

>  visites  au  Saint-Sacrement  de  nos  autels.  M.  David  les  a  lues 

V  et  approuvées.  J'aurais  voulu  les  faire  imprimer,  sans  mettre 

>  ma  iëie  sous  la  presse ,  car  je  n'ai  pas  d'argent ,  et  à  peine 
»  arrivé-jejuste  àla  fin  de  l'année.  —  Pourriez-vous  cependant 
»  les  présenter  à  M.  Marc  Aurel,  et  aviser  à  quelque  moyen  de 

V  les  faire  paraître  au  jour,  sans  qu'il  m'en  coûtât  beaucoup.  Je 
»  crois  que  les  trois  cahiers  ne  feront  qu'un  vol.  in-S».  » 

Il  parait  que  les  démarches  tentées  par  le  pieux  auteur  au- 
près de  rimprimerie  n'aboutirent  point;  car  ces  deux  manus- 
crits sont  encore  en  portefeuille.  Les  méditations  dont  il  est  ici 
question  sont  une  traduction  annotée  de  l'ouvrage  du  P.  Avancin 
intitulé  :  Vita  et  dcctrina  Jesu  Christi.  On  nous  assure  que  l'on  a 
trouvé  d'autres  opuscules  ascétiques  dans  les  papiers  du  bon  curé. 

Dans  la  même  lettre ,  l'auteur  parle  de  son  Histoire  de  Dieu- 
lefit:  «  J'ai  besoin  de  la  compléter,  dit-il;  mais  j'attends  pour 
»  cela  que  je  puisse  faire  un  voyage  à  Marseille,  où  se  trouvent 
»  les  archives  de  la  commanderie  de  PoCt-Laval.  —  Que  de  tré- 
»  sors  cachés  l'on  trouverait  là-bas  sur  les  commanderies  dé- 
»  pendant  du  Grand-Prieuré  de  Saint-Gilles  ;  si  l'on  pouvait  aller 


342  SOCIÉTÉ  d'archéoIiOgie  et  de  statistique. 

»  fixer  un  certain  temps  ses  pénates  dans  cette  vieille  ville  pho- 
»  céenne.  * 

M.  Robin  écrivait  tout ,  notait  tout  ce  qui  se  passait  autour  de 
lui ,  dans  sa  paroisse  ou  dans  le  monde  politique  et  religieux  ;  il 
a  laissé  ainsi  de  vrais  mémoires ,  qui  deviendront  sans  doute  un 
jour  de  précieux  documents  pour  l'histoire  locale ,  et  épargne- 
ront bien  des  travaux  et  des  recherches  aux  chroniqueurs 
futurs.  Il  a  bien  voulu  aussi  nous  honorer  de  quelques  observa- 
tions au  sujet  de  certains  articles  que  nous  avions  publiés  dans 
le  Journal  de  Montélimar,  relativement  à  des  personnages  de 
la  famille  de  Vesc.  Cette  feuille  a  publié  une  des  lettres  de 
H.  Robin  dans  son  N.o  du  14  septembre  1867. 

Depuis  longtemps  déjà  le  vénérable  curé  était  atteint  d*un 
mal  intérieur  qui  le  minait  sourdement  ;  mais  rien  ne  faisait 
pressentir  un  dénouement  si  subit  et  une  si  fatale  catastrophe. 
A  la  nouvelle  de  cette  mort  si  prompte  et  si  inattendue,  la 
ville  entière  de  Dieuleât  fut  plongée  dans  la  consternation  ;  ses 
funérailles  eurent  lieu  le  dimanche,  2  mai,  au  milieu  d*un 
concours  extraordinaire;  on  y  comptait  près  de  5,000  per- 
sonnes de  toute  condition  et  de  tout  culte.  Ce  fut  une  véritable 
manifestation  publique.  H.  le  député  Morin ,  ami  particulier  du 
défunt ,  se  faisant  l'écho  et  l'interprète  des  sentiments  qui  ani- 
maient cette  immense  foule ,  prononça  sur  la  tombe  un  discours 
qui  fait  le  plus  grand  honneur  à  l'orateur  et  à  celui  qui  en  est 
l'objet  ;  nous  jugeons  superflu  de  le  reproduire  ici ,  car  il  a  été 
publié  par  la  plupart  des  feuilles  de  la  Drôme. 

M.  Robin  laisse  après  lui  des  souvenirs  profonds  :  il  est  inouï 
combien  cet  homme  sut  se  concilier  l'estime  et  l'affection  d'une 
ville  entière.  Le  compte -rendu  nécrologique  publié  par  le 
Journal  de  Montélimar  (N.»  du  8  mai) ,  et  tiré  à  600  exemplai- 
res ,  a  été  enlevé  eu  un  instant,  et  n'a  pas  suffi ,  tant  s'en  faut ,  à 
satisfaire  toutes  les  demandes  ;  il  s'est  vendu  plus  de  huit  cents 
portraits  photographiques  du  vénéré  défunt  ;  en  un  mot ,  c'était 
un  enthousiasme  général.  La  mémoire  de  cet  homme  de  bien 
vivra  dans  de  longues  générations,  et  la  population  Dieulefitoise 
gardera  longtemps  encore  le  souvenir  du  bon  curé  Robin. 

L'abbé  Cyprien  PERROSSIER, 
Professeur  au  collège  de  Grest. 


GOHnS-UllW   DE  LA  QtHIZIÈIIE  SÉAUGE.  343 

QUINZIÈME  SÉANCE. 

(29  aTTil  1869.) 


PRÉSIDENCE  DE  M.  DE  GALLIBR. 

M 

Cette  féance  a  été  confacrée  à  la  recompofition  du  Bureau ,  par  fuite  du 
décès  de  Thonorable  M.  de  Saint-Genis,  préfident. 

Trente-quatre  membres,  parmi  lefquels  fe  trouvent  :  M.  le  chanoine 
Jouve,  M.  Vallentin,  M.  Latune,  M.  Borel-Soubcyran,  M.  de  Montluifant, 
etc.,  s^excufent  de  ne  pouvoir  alTîfter  à  la  réunion  &  envoient  leur  procuration 
écrite. 

Sur  58  fufPrages  exprimés,  M.  Anatole  de  Gallier  en  obtient  52  pour  la 
préfidence. 

M.  Épailly  eft  nommé  vice-tréforier  par  5i  voix. 

On  agite  la  queflion  de  fa  voir  f\  la  place  de  vice-préfident  laiflee  vacante 
par  la  nomination  de  M.  de  Gallier  fera  remplie  dans  cette  féance ,  &  la 
majorité  fe  prononce  pour  l'affirmative. 

En  conféquence,  M.  Charles  de  Roftaing  ed  élu  par  35  fuffrages. 

Le  Comité  de  publication  efl  complété  par  Péleélion  de  M.  Brun-Durand, 
qui  obtient  5o  voix,  &  de  M.  Gédéon  Breffon,  qui  en  obtient  49. 

Les  membres  du  Bureau  &  du  Comité  ayant  été  proclamés,  on  procède 
à  Vé\e8t\on  de  trois  nouveaux  membres  titulaires  : 

MM.  Barrai ,  procureur  impérial  à  Valence. 
Marc-Aurel  (Jules),  de  Valence. 
Bovet  (Augu(le),  notaire  à  Creft. 
Ces  trois  membres  font  admis  à  Vunanimité. 

Conformément  à  une  décifion 'antérieure,  le  Bureau  de  la  Société  a  défi- 
gné  pour  faire  partie  du  jury  chargé  de  décerner  le  prix  fondé  dans  chaque 
reflbrt  académique,  en  1869: 

MM.  Anatole  de  Gallier. 
Brun-Durand. 

Relativement  à  la  bibliographie  projetée,  il  a  été  décidé  qu'un  travail 
ferait  fait  pour  le  département  &  fournis  au  comité  de  publication. 


344  SOCIÉTÉ   D  ABCiIKOLOGI£   ET  DE   STATISTIQUE. 


CHRONIQUE. 


Il  a  été  décidé  par  le  bureau  &  le  comité  de  publication  de  la  Société 
que  le  Cartulaire  du  Bourg-lès-: Valence  ferait  terminé  dans  un  bref  délai 
&  que  les  feuilles  refiantes  feraient  livrées  toute%^la  fois. 

—  Voici  les  rectifications  au  tableau  des  membres  de  la  Société  qui  m^ont 
été  fignalées  : 

M.  Tabbé  Combes,  à  Combovin,  au  lieu  d^Eygluy. 
M.  l'abbé  Garnier,   profeffeur  à  Montélimar,  à  l'Inflitution   Saint-Jofeph. 
M.  Lantheaume,  au  Pêcher,  fur  Omblèze. 

M.  Bulot,  architeâe  départemental  à  Melun,  devient  membre  correfpon- 
dant. 

—  Pendant  ce  trimeflre  &  le  précédent,  la  Société  a  eu  le  regret  de  per- 
dre plufieurs  membres  des  plus  recommandables.  Voici  leurs  noms  dans 
Tordre  alphabétique  : 

MM.  Chenevier  (Antoine),  imprimeur. 
L'abbé  Garnodier,  curé  d'Éclaflan. 
De  Luzy,  fénateur,  général  dedivifion,  grand  officier  de  la  Légion 

d'honneur. 
L'abbé  Robin,  curé  de  Dieulefit. 

Le  Bulletin  renferme,  fous  la  fignature  de  M.  l'abbé  Perrofller,  une  courte 
biographie  de  M.  l'abbé  Robin;  voici  quelques  notes  fur  nos  autres  anciens 
collègues  : 

Louis-Henri-François  de  Luzy,  marquis  de  Peliffac,  né  à  Miribel,  can- 
ton de  Romans,  le  i3  feptembre  1797,  entra  au  fervice  à  17  ans,  fut 
capitaine  dans  la  Légion  étrangère ,  en  Afrique,  &  fe  dillingua  à  l'afTaut  de 
Conllantine,  le  i3  novembre  1837.  Sa  noble  conduite  en  cette  affaire  lui 
valut  même  le  grade  de  chef  de  bataillon  au  2*  léger.  Il  ie  diflingua  aufTi 
à  la  prife  du  col  de  La  Mouzaîa,  &  les  belles  toiles  d'Horace  Vernet,  aux 
galeries  de  Verfailles,  où  ces  deux  exploits  font  représentés ,  perpétueront  la 
mémoire  du  vaillant  guerrier. 

Le  général  Cavaignac,  en  1848,  le  nomma  gouverneur  de  l'Hôtel-de- 
Ville  de  Paris,  &  là,  comme  toujours,  il  fut  concilier  les  exigences  du 
devoir  avec  celles  de  l'humanité. 

Après  un  an  de  féjour  à  Paris,  dans  un  polie  &  dans  des  circonfhmces  diffi- 
ciles, il  retourna  en  Algérie  j  avec  le  grade  de  général  de  brigade.  Mais,  au 
moment  de  la  guerre  d'Italie,  il  reçut  le  commandement  d'une  divifion. 
C'eft  lui  qui,  le  24  juin,  jour  de  la  bataille  de  Solférino,  parvint  à  fe  ren- 
dre maître  de  Médole,  point  d'appui  de  gauche  de  la  ligne  de  bataille  au- 
trichienne. Ce  même  jour  il  repoufTa  fucceflîvement  deux  corps  d'armée  & 
au  moment  de  la  retraite  de  l'ennemi,  il  avait  plus  du  quart  de  fa  divi- 
fion hors  de  combat  :  aides  de  camp,  officiers  d'ordonnance,  efcorte,  tout 


CBROIHIQUE.  345 

avait  difparu,  &  lui  feul,  malgré  fon  courage  qui  Tavait  conftam ment  tenu 
dans  la  mêlée,  malgré  fa  haute  taille  qui  Texpcfaitaux  coups,  n'avait  reçu 
aucune  bleflure. 

Le  général  de  Luzy  fut  mis  au  cadre  de  réferve  de  Tarmée,  le  i3  fep- 
tembre  1862;  il  avait  alors  48  ans  de  fervices  actifs,  vingt-quatre  campa- 
gnes, trois  bleffures  &  fept  citations  à  Tordre  général  de  Tarmée  pour  faits 
de  guerre. 

Le  fuffrage  univerfel,  en  i863,  l'appela  au  Corps  légiflatif  pour  repré- 
fenter  la  2*  circonfcription  de  la  Drôme,  &  fa  nomination  au  Sénat  a  été 
fa  dernière  récompenfe.  On  dit  qu'il  travaillait  à  fes  Mémoires  &  que  l'ob- 
fervateur  avait  en  perfpicacité  le  même  bonheur  que  le  guerrier. 

On  doit  à  M.  TabSé  Gamodier  des  Recherches  archéologiques  fur  Saint- 
Romain- de- Lerps  &  fes  environs^. 

Dans  la  i'*  partie ,  Tauteur  s'occupe  de  Cruffol,  au  point  de  vue  religieux, 
féodal  &  hiflorique;  dans  la  2%  de  Saint- Romain-de-Lerps  &  des  maifons 
de  Fay  &  de  Barjac;  dans  la  3*,  de  Durtail  &  de  fes  feigneurs.  Douze  piè- 
ces juftificatîves  terminent  ces  études  intéreffantes  par  les  recherches  minu- 
tieufes  qu'elles  révèlent. 

M.  l'abbé  Garnodier,  placé  à  Éclaflan,  depuis  quelques  années,  étudiait 
fa  nouvelle  paroiiTe,  lorfque  la  maladie  &  la  mort  font  venues  interrompre 
fes  travaux  utiles.  Efpérons  que  fes  notes  &  manufcrits  ne  feront  pas  per- 
dus pour  la  fcience  hiftorique. 

L'exiftence  fi  occupée  de  M.  Chenevier  n'offre  guères  plus  d'incidents. 
Elle  fe  réfume  en  trois  mots  :  étude ,  travail  &  conduite. 

Un  livre  intéreffant,  publié  en  186 3  fous  le  titre  de  Voyage  en  Belgique 
&  fur  les  bords  du  Rhin^,  &  comprenant  la  defcription  de  Bruxelles,  Liège, 
Aix-la-Chapelle,  Cologne,  Coblentz,  Mayence,  Francfort-fur-le-Mein , 
Heidelberg,  Baden-Baden  &  Strasbourg,  rend  témoignage  des  connaiflances 
variées  de  Pauteur. 

La  maifon  d'imprimerie  de  fon  nom,  par  fes  traditions  de  loyauté,  de 
bon  goût  &  d'excellente  exécution ,  prouve  la  toute-puiflance  du  travail  & 
de  la  conduite ,  M.  Chenevier  ne  devant  rien  à  la  fortune.  Il  fufïit  de  rap- 
peler la  Statiftique  de  la  Drôme  de  M.  Delacroix,  pour  donner  une  idée 
du  favoir  faire  de  l'imprimeur  &  du  correcteur. 

Il  fut  membre  du  confeil  municipal  de  Valence  pendant  longtemps,  & 
la  plupart  des  rapports  fur  les  queflions  importantes  lui  étaient  confiés.  Il 
a  été  également  fecrétaire  de  la  Chambre  confultative  des  arts  A  manu- 
fa£hires  &  de  la  Société  d'Archéologie  de  la  Drôme,  &  tous  ces  travaux, 
purement  volontaires,  joints  à  ceux  de  fa  profeffîon,  ont  fini  par  altérer  une 
fanté  précieufe  à  tous  :  à  fes  ouvriers  dont  il  était  l'ami  &  le  modèle ,  à 
fes  concitoyens  dont  il  avait  fi  fouvent  défendu  les  intérêts,  à  fes  collègues 


(0  ValeDce,  i$W,  Marc  Aorel,  1  vol.  tn-8",  402  pages. 
(2)  Valence,  GhenericretChavei,  4  vol.  iu-12, 430  pages. 


346  SOCIÉTÉ  d'archéologie  et  de  statistique. 

en  littérature  &  en  archéologie,  à  caufe  du  concours  d'expérience,  d'obfer- 
vations  &  de  lumières  qu'il  apportait  à  leurs  travaux. 

—  Parmi  les  découvertes  du  trimedre,  je  mentionnerai  d'abord  celle  d'une 
infcription  fur  le  mur  méridional  de  la  cathédrale  de  Valence,  faite  par 
M.  de  Roftaing.  La  forme  de  fes  lettres  la  reporte  aux  X*,  XI*  ou  XII*  fiè- 
des.  On  y  lit  : 

HEC  MAGISTER  COSTANCIVS  ET  STEFANVS. 

(S)  TEFANO  DESIDER.... 

BONVS  DOCTOR W  BERTVS  FILIVS  S...  BONVM  M. 

Qu'il  s'agifle  là,  dit  M.  l'abbé  Perroffier,  d'une  donation  faite  à  l'églife 
Saint-Étienne ,  la  chofe  ne  femble  pas  douteufe  :  elle  paraît  reflbrtir  de  l'an- 
tithèfe  Stefanus  Stefano,  &  encore  mieux  de  la  place  de  l'infcription  fur 
un  mur  qui  a  appartenu  à  l'ancienne  églife  dédiée  à  ce  faint.  Voilà  tout  ce 
qu'on  peut  y  voir  de  concluant.  Llnfcription  a  dû  être  plus  longue,  car 
telle  qu'elle  eft,  la  déchiffre  qui  pourra. 

En  fécond  lieu,  les  travaux  faits  à  la  Porte-Neuve,  pour  construire  la  mai- 
fon  de  M.  Viriville,  ont  mis  à  jour  une  infcription  tumulaire  entière  en 
l'honneur  d'un  jeune  homme  de  20  ans,  nommé  Sextius  Decidius  Hilarius, 
&  le  fragment  d'une  autre  dont  les  noms  font  encore  ignorés. 

M.  Paume  a  gracieufement  offert  au  mufée  de  la  ville  cette  infcription 
&  a  promis  de  donner  plufieurs  autres  objets.  L'exemple  de  cet  intelligent 
&  habile  entrepreneur  mérite  d'être  fignalé. 

Quant  à  l'infcription  elle-même ,  yoici  les  obfervations  de  M.  Allemer  à 
fon  fujet,  dans  une  lettre  datée  de  Lyon,  le  11  juillet  1869. 

tt  Merci  de  votre  nouvelle  communication.  La  pioche  étant ,  jà  ce  que  je 
vois,  tombée  fur  un. bon  endroit,  efpérons  que  les  trouvailles  dont  vous 
m'entretenez  ne  font  que  des  prémices  qui  feront  fuivies  d'autres  décou- 
vertes. 

»  Infcription  romaine  trouvée  à  Valence  (à  la  Porte-Neuve),  le  9 
juillet   1869. 

D  M 

SEXTI    DECIDI 

HILARI        QVI 

VICSIT   ANNOS 

5    XX  MV  DIES  X 

DECID  HILARI 
ANVS  ET  HILARI 
VS  FRATRES  ET 
IVL  VITELLIA  SO 
10  ROR  ET  HERES 
EX  TESTAMENTO 
FECERVNT  S.A.D 


CHEONIQDB.  347 

»  Diis  ManibusSexti  Décida  Hilari  qui  vicJUannoi  XX j  menfet  V,  dies 
Xf  Décida  (duo  :)  Hiiarianus  &  Hilarius  fratres  &  Iulia  ViteUia  forer  & 
hères  ex  teftamento  fecerunt  y  fuh  afcia  dedicaverunt. 

»  Une  afcia  eft  gravée  à  la  i"  ligne  entre  les  lettres  D  M. 

»  A  la  féconde  ligne,  le  mot  SEXTI  en  toutes  lettres  eft  une  fingularité. 
Les  prénoms  s'écrivaient  d'habitude  abréviativement  ;  l'abréviation  de  /ex- 
tus  était  SEX. 

»  VICSIT  par  CS,  à  la  4*  ligne ,  eft  un  veftige  d'une  orthographe  archaïque 
qui,  devenue  rare  pendant  la  période  impériale,  reparaît  plus  fréqueriVmeht 
furies  infcriptions  chrétiennes  des  V*  &  VI*  fièdes.  Quintilien  (i,  4.)  dit 
en  parlant  de  TX  :  «Cette  dernière  de  nos  lettres,  dont  nous  nous  fommes 
»  paftés  avant  de  Tavoir  empruntée.  »  Les  anciens  la  remplaçaient  tantôt 
pSiT  gs y  tantôt  par  Cf.  Marius  Viclorinus  (De  metr,  i,  4.)  nous  apprend 
que  Nigidius  Figulus,  un  ami  de  Cicéron  &  un  des  plus  favants  hommes 
de  fon  temps,  ne  fe  fervait  d'aucune  des  trois  lettres  k,  q  êi  x. 

»  A  la  6*  ligne  le  mot  DECIDII  (dont  la  dernière  fyllabe  forme  un  mono- 
gramme) eft  mis  au  nominatif  pluriel  pour  éviter  fa  répétition  au  fîngulier 
devant  chacun  des  deux  furnoms  qui  fuivent.  C'eft  ainfi  que  cela  fe  prati- 
quait ordinairement.  Un  petit  autel  à  Mars,  au  mufée  de  Grenoble,  offre  un 
remarquable  exemple  du  même  cas.  On  y  lit  :  Marti  augufto  Caffi  Sève- 
rinus  Cenjorinus.  M.  Champollion,  ne  s'étant  pas  aperçu  que  Cajfi  eft 
un  nom  de  fomille  appartenant  en  commun  aux  deux  perfonnes  dont 
les  furnoms  viennent  à  fa  fuite,  &  le  prenant  pour  un  furnom  de  Mars, 
s'eft  laiffé  entraîner  à  faire  une  très-favante  diflertation  fur  Mars  appelé 
CaJfi.  (Champ.,  Antiq,  de  Grenoble,  p.  36.) 

»  9*  ligne.  Il  eft  à  remarquer  que  la  foeur  de  Decidius  Hilarius  ne  s'appelle 
pas  Decidia,  mais  bien  Iulia,  Elle  n'était  fans  doute  fa  fœur  que  du  côté 
maternel  ou  Amplement  fa  belle-fœur,  appelée  foror^  par  une  marque 
d'affeétion  commune  fur  les  épitaphes.  On  peut  voir  fur  une  infcription  de 
Grenoble  confacrée  à  la  mémoire  d'un  C.  SoUius  Mafculus,  employé  aux 
écritures  de  la  comptabilité  du  quarantième  des  Gaules  à  la  Statio  de 
Cularo,  deux  belles- fœurs  appelées  forores. 

»  Quoique  Iulia  ViteUia  foit  qualifiée  feule  d'héritière,  les  deux  frères  du 
défunt  fe  joignant  à  elle  pour  élever  le  tombeau,  conformément  à  une  dif- 
pofition  teftamen taire,  il  y  a  apparence  qu'ils  étaient  tous  trois  héritiers. 

»  Decidius  n'eft  pas  un  nom  inconnu  dans  la  Narbonaife  ;  il  figure  fur  trois 
infcriptions  de  Vienne.  (Chorier^  Ant.,  pp.   i3,  19  &  386.)  w 

Ouvrages  offerts  pendant  le  trimeftre, 

Delarothière y  inventeur  mécanicien  à  Troyes:  étude  fur  fes  travaux , 
fes  inventions  S- fon  influence ^  etc.,  par  M.  Julien  Gréau.  —  Troyes,  1867, 

broch.  in-8" 

Lé  Chapelle  Saint-Michel  de  Romans,  par  M.  Ulyffe  Chevalier.  —  Gre- 
noble, 1869,  Prudhomme,  broch.  in-S". 


348  SOCIÉTÉ  d'archéologie  et  de  statistique. 

Biographies  Aveyronnaifes,  t.  i".  —  Rodez,  1866,  Ratery,  i  vol.  in-8*.  * 

La  politique  pour  les  travailleurs  &  la  politique  du  paffé,  Difcours,  adreflé 
&  manifefle  par  M.  Eugène  Viliedieu.  —  Paria,  1869,  Guillaumin,  broch. 
in-8-. 

Mémoires  de  la  Société  de  ftatiflique^  fciences  &  arts  du  département 
des  Deux-Sèvres,  t.  VIII,  2*  férié,  1868.  —  Niort,  i  vol.  in-8*.  —Il  y  a  dans 
ce  volume  une  étude  fur  les  anciennes  mefures  des  céréales  qui  pourrait 
fervir  de  modèle  à  un  travail  de  même  nature  pour  notre  province. 

Journal  tnenfuel  des  travaux  de  V  Académie  nationale  y  etc. y  fous  la  direc- 
tion de  M.  P.  Aymard  Bre0ion,  mars,  juin,  2  liv.  in-4*.  —  Dans  celle  de 
mars,  il  y  efl  rendu  compte  d'un  livre  de  M.  Serigne  fils,  où  la  nouvelle 
maladie  de  la  vigne  eft  fignalée  comme  exiilant  en  Amérique  fous  le  nom 
de  clavelée. 

Revue  des  Sociétés  favantes  des  départements,  janvier,  mars  &mai  1869, 
3  liv.  in-8''. 

La  i'*  renferme  une  appréciation  critique  élogieufe  des  travaux  hiflori- 
ques  publiés  dans  le  Bulletin  de  notre  Société,  pendant  fes  deux  premières 
années  d^exiflence;  la  2*  rend  compte  du  concours  des  Sociétés  favantes  en 

■ 

1869  &  de  la  réunion  annuelle  de  leurs  délégués.  On  y  lit,  à  propos  du 
Gloffaire  du  patois  de  Charpey  :  «  M.  Bellon  a  fait  une  œuvre  utile  en 
recueillant  avec  foin  les  mots  d'une  contrée  dont  la  langue  eft  aflez  impar- 
faitement connue.  »  Si  notre  collègue  n'a  pas  obtenu  le  prix  décerné  au 
Gloffaire  du  patois  poitevin,  c'eft  qu'il  n'a  pas  reproduit  en  affez  grand 
nombre  u  les  didons,  les  adages  &  les  chants,  qui  expliquent  mieux  que 
»  toute  la  fcience  étymologique  la  fignifîcation  précife  des  mots  très-nom- 
»  breux  qu'il  a  fait  entrer  dans  fon  eflimable  gloffaire.  b 

M.  Bellon  efl  homme  à  mener  à  bonne  fin  fon  œuvre  :  il  a  le  fa  voir  &  le 
génie  nécefTaires  pour  cela. 

Quant  aux  auteurs  de  travaux  hifloriques  loués  ou  critiqués  dans  la  Revue  j 
je  les  renvoie  à  la  Revue  elle-même. 

Viennent  de  paraître  ou  vont  paraître  :  Le  voyage  humourijlique  dans  le 
midi  y  par  M.  de  Lainccl,  &  L arrondiffement  de  Montélimary  ftatiftique, 
hijloire  &  géographie  y  par  M.  A.  Lacroix  (i"  volume  comprenant  Aleyrac , 
Allan,  Ancone,  Bâtie-Rolland,  Baume-Tranfit,  Bécone,  Bonlieu,  Bouchet, 
Chamaret  &  Chantemerle). 

M.  Louis  Gallet,  l'auteur  de  La  Coupe  du  Roi  de  Thulé,  ferait  aufli  fur 

> 

le  point  d'avoir  une  pièce  de  théâtre  en  vers  admife  à  être  repréfentée. 

Enfin,  il  eft  queflion  d'un  roman  de  M.  A.  Caize  &  d'une  Biographie  de 
Tony  Révillony  par  M.  Maifonneufve. 

Ces  travaux  de  membres  de  la  Société  méritent  une  mention. 

Citons  auffi  le  Cartulaire  de  Léoncely  i"  partie,  par  M.  Tabbé  Chevalier, 
les  Cartulaires  de  Saint- André-le- Bas  &  de  Montélimary  du  même,  atten- 
dus avec  impatience,  V Hijloire  de  Savoie  de  M.  de  Saint-Genis,  bi^tôt 
complète,  &  j'aurai  épuifé  la  fource  de  mes  informations  bibliographiques. 

A.  LACROIX. 


JOCBNAL  DU  SiéCE  DE  LA  HUEE.  349 


JOURNAL  DU  SIÈGE  DE  LA  MURE 

Par.  Guillaume  du  RIVàIL. 


Pin.  -  Voir  BuOetin,  N.-  6,  7  et  11,  pages  333,  422  et  430. 


Le  premier  nouembre ,  le  duc  entra  le  matin  dans  la  ville 
&  la  trouua  toute  retranchée  auec  de  fort  beaux  flancs, 
trauerfes ,  plates-formes  &  cazemattes,  tellement  que  s'ils 
fe  fuflent  opiniatrez  d'aduantaige ,  ils  y  euffent  encor  faift 
morir  beaucoup  des  noftres.  L'ennemy  fe  retira  dans  la  cita- 
delle auec  ce  qui  y  eftoit  ja,  près  de  quinze  cens  âmes, 
tellement  que  n'ayans  viure  pour  tant  de  gens,  iSrent  efcripre 
par  Montoifon  à  fon  frère  de  fupplier  le  duc  laifTer  retirer  à 
faulueté  &  auec  efcorte  plufieurs  femmes  qui  y  eftoyent;  fon 
dift  frère  refpondit  que  celles  qui  eftoyent  demeurées  dans 
la  ville  auoyent  efté  traiélées  auec  toute  doulceur  &  refpec , 
mais  qu'ils  gardaifent  les  leurs ,  puifqu'ils  auoient  tant  de 
moyens  comment  ils  faifoient  toufiours  entendre.  Ils  tirèrent 
deux  coups  de  moyenne  deuant  la  porte  de  Porchier,  dont 
Tvng  fraya  les  reins  à  vn  de  la  compaignie  du  duc ,  nommé 
Vareille,  lui  defchirant  fon  mantheau,  Taultre  lui  rompit 
Tarçon  de  deuant  la  felle  de  fon  cheval  &  Tabattit  en  terre 
fans  Toffenfer  aultrement.  La  nuift,  on  feit  vn  trauerfe  fur  la 
tranchée  par  où  Tennemy  alloit  de  la  ville  à  la  citadelle, 
efloignée  de  la  porte  de  la  ville  feptante  pas. 

Tome  IV.  —  1869.  23 


350  SOCIÉTÉ  d'àbchéologie  et  de  statistique. 

Le  deuxieûne ,  on  commença  de  cette  trauerfe  deux  tran- 
chées ,  l^une  à  la  droifte  pour  aller  joindre  celle  de  Liuerrot, 
Taultre  à  gauche  pour  aller  à  celle  de  Sacremor,  où  logea 
le  régiment  de  Monlor,  dans  le  foffé  de  la  ville  deuers  la 
citadelle ,  à  gauche  de  la  porte  ;  celui  de  Montoifon  aux 
maifons  brûlées  où  eft  le  mollin  de  Bonrepos;  ceux  du 
Paffaige,  Liuerrot  &  Sacremor  ne  changèrent  point  de 
logis.  Le  matin,  enuiron  3oo  femmes  furent  chaffées  à  coups 
de  pierre  du  foffé  de  la  citadelle,  où  elles  s'eftoyent  retirées, 
par  ceux  de  dedans  &  repoulcées  vne  fois  ou  deux  à  harque- 
buzade  par  les  noftres  pour  les  affamer  pluftot.  A  la  fin,  le  duc 
&  la  noblefle  en  ayant  pitié,  les  receurent  &  furent  menées 
Tfurement  à  Ponfonas.  Un  tambour  fe  rendit  qui  dift  qu^ils 
eftoyent  encor  plus  de  douze  cens  bouches  dedans  &  qu'ils 
n'auoient  point  d'eau  &  peu  de  viures.  Les  compaignies  de 
gendarmes  des  fieurs  de  Maugiron,  Glandaige  &  baron  de  La 
Roche  furent  logées  dans  la  ville.  L'après-difnée,  ilsfortirent 
de  la  citadelle  cent  cinquante  ou  cent  foixante  chevaux  des 
moindres  qu'ils  tuèrent  ou  blefferent  pour  n'auoir  que  leur 
donner.  M.  d'Efuenes  &  le  commandeur  de  La  Roche  firent 
trancher  ou  tendre  des  cordes  depuis  le  bout  de  la  tranchée  de 
Sacremor  jufqu'à  la  riuiere,  pour  empêcher  qu'ils  ne  s'en 
allaflent,  comment  ilsauoient  eftés  fur  le  point  la  nuift  deuant  ; 
à  cette  occafion  eftoient  demeurez  en  garde  à  cheual  cette  nuit- 
là  Liuerrot,  La  Retufie,  Blanieu,  Laine,  Chameffon,  Les 
Barres,  Le  Mottet  &  quelques  aultres,  fort  près  d'eux, 
d'un  cofté,  &  la  compaignie  de  M.  de  Maugiron  auec 
Vriage  &  Puuelins  d'ung  aultre,  pour  les  combattre  à  leur 
fortie.  La  nuift,  on  s'approcha  de  la  citadelle  d'une  trauerfe 
de  barricques  fur  leur  tranchée  de  cinquante  pas  plus  oultre 
que  la  première. 

Le  troifiefme,  le  duc  feit  commencer  vng  chemin  pour 
monter  les  deux  canons,  deux  couleuurines,  deux  baftardes, 
&  deux  moyennes  de  Beauregard  à  la  montagne  vis-à-vis 


iO€1UfÂL  DD  SIÈGE  DE  LA  MURE.  354 

de  la  citadelle,  fur  le  moUin  de  Bonrepos,  pour  battre  dans 
icelle  :  c'eftoit  vng  lieu  qu'ung  tambour  qui  s'eftoit  venu 
rendre  montra,  qui  eftoit  ce  qu'ils  craignoyent  le  plus.  Il 
fortit  deux  lacquais  qui  dirent  que  Cheneuières ,  qui  auoit 
été  bleffé  à  la  fortie  du  28*  pafle,  eftoit  mort  le  jour  devant , 
&  qu'ils  auoyent  fort  peu  d'eau  &  fi  trouble  que  les  chenaux 
n'en  vouloient  boire  ;  qu'il  y  auoit  tant  de  bleffez  qu'on  ne  fe 
pouuoit  remuer  dans  le  dongeon.  jL'après-difnée  on  recogneut 
vng  lieu  vers  la  tranchée  de  Liuerrot  pour  y  faire  un  cavallier. 
La  nui£t,  Sacremor  auança  une  tranchée  allant  contre  la 
pointe  deifoubs  la  grande  de  la  citadelle ,  à  main  droiâe ,  & 
y  feit  vng  corps  de  garde. 

Lequatrieûne,  le  duc  alla,  le  matin,  fur  la  montaigne' 
fere  acheuer  la  plate-forme  pour  loger  les  pièces  fufdites,  &, 
l'après-difiiée ,  reuenant  pour  les  fere  monter  aux  fuyffes  & 
à  la  nobleffe  mefme.  Gobions,  commiflaire  de  l'artillerie, 
l'auertit  que  l'une  de  leurs  mc^ennes  qu'ils  auoient  tournée 
de  ce  cofté-là,  auoit  tué  fur  cette  plate-forme  le  maréchal 
de  logis  de  ladifte  artillerie,  tellement  qu'il  y  auoit  du  dan- 
gier  de  le  fere  le  jour,  partant  on  le  remit  au  foir.  Sur  cela 
arriuerent  des  lettres  de  Montoifonau  duc  &  au  fieur  d'Es- 
uènes,  par  lefquelles  il  mandoit  que  ceux  de  la  citadelle 
auoient  enuie  de  mettre  dehors  trois  cens  hommes  & 
laiffer  le  refte  pour  s'opignatrer,  mais  qu'ils  craignoyent  de 
les  perdre  &  qu'il  lui  fembloit  que  fi  fur  cette  irrefolution  on 
leur  parloit  de  compofition ,  qu'ils  la  pourroyent  recepuoir, 
&  qu'il  feUoit  fe  hafter,  fi  on  en  eftoit  en  vouUonté,  auant 
qu'ils  s'oftinafTent  d'aduantaige.  Le  fieur  d'Efuènes  refpondit 
que  le  duc  ayant  veu  ces  lettres  lui  auoit  commandé  de  lui 
efcripre  qu'il  defireroit  toujours  plus  conferuer  les  bons  fer- 
uiteurs  du  Roy,  en  exécutant  les  entreprinfes  par  doulceur, 
que  par  la  force;  partant  s'ils  vouloyent  enuoyer  quelqu'ung 
pour  traifter  auec  lui ,  qu'il  leur  bailleroit  telle  fureté  qu'ils 
voudroyent.  Montoifon  fit  réponfe  au  duc  qu'ils  tenoyent 


332  SOCIÉTÉ  d'abchéologie  et  de  statistique. 

fa  parolle  fi  inuiolable  qu'ils  s^  affeureroyent  toufiours, 
partant  s'il  lui  plaifoit  mander  quelqu'ung  dans  la  citadelle 
qu'Afpremont  &  Le  Villars  lui  auoyent  refpondu  qu'il  n'y 
recepuroit  que  toute  courtoyfie,  en  témoignage  de  quoi  ils 
fe  fignerent  tous  deux  au  pied  de  la  lettre.  Le  duc  refpondit 
à  Montoifon  que  puifqu'ils  faifoyent  tant  d'eftime  de  fa 
parolle  qu'ils  pouuoyent  fur  icelle  venir  eux-mefines  vers  lui 
en  toute  affurance,  finon  qu'il  leur  bailleroit  oftaiges  com- 
ment ils  voudroyent ,  car  il  defiroit  les  conferuer  pour  fere 
quelque  jour  vn  bon  fervice  au  Roy.  Leur  trompette  rapporta 
cette  refponfe  qu'il  eftoit  nuift;  ce  pendant,  on  affeura  bien 
les  gardes  &  Dodemo  alla  fere  monter  les  pièces  où  le  duc 
les  vouloit  mettre  le  jour,  pour  ne  perdre  temps  ce  pendant  : 
ce  qu'on  feit ,  car  les  quatre  petites  furent  mifes  en  batterie 
cette  nuift-là. 

Le  cinquieûne,  au  matin,  le  trompette  de  la  citadelle 
apporta  les  lettres  de  Montoifon  au  duc,  où  il  efcriuoit  qu'ils 
fortiroyent  fur  fa  parolle  fans  nuls  oftaiges,  pourueu  qu'on 
leur  enuoyat  quelques  gentilhommes  de  qualité  pour  les 
recepuoir.  Le  duc  y  manda  le  fieur  d'Efuènes,  de  La  Retufie, 
de  Chameffon ,  Layne  &  de  Blanieu ,  qui  amenèrent  le  Vil- 
lars &  Monrond ,  lefquels,  après  auoir  bayfé  les  mains  au 
duc,  lui  prefenterent  les  demandes  de  leur  capitulation  par 
efcript  &  fignées  de  cinquante  ou  foixante  des  leurs ,  telles 
qui  s'enfuyuent  auec  les  refponfes  que  le  duc  feit  fur  icelles  : 

Demande.  Qu'ils  fortiroyent  armes  &  bagaiges  faulues,  les 
enfeignes  defployées,  tambours  &  trompettes  fonnans, 

^^efponce.  Que  le  duc  vouUoit  les  enfeignes;  que  les  gen- 
tilhommes &  cappitaynes  fortiroyent  auec  leurs  chenaux , 
armes  &  bagages ,  &  les  foldats  avec  l'efpée,  tant  feuUement 
fans  battre  tambours  ni  fonner  trompettes. 

Demande.  Qu'ils  emmeneroyent  l'artillerie  &  toutes  les 
monitions  de  guerre. 


JOCBUAL  DU  SIÈGE  DE  LA  HUBE.  353 

Refponce,  Que  le  duc  vouloit  que  tout  demeurât  dedans. 

Demande.  D'auoir  fix  oftaiges  dans  Morges  qui  y  demeu- 
reroyent  jufques  ils  fuffent  en  faulueté. 

Refponce.  Qu'ils  fe'debuoyent  repofer  fur  la  parole  du  duc 
qui  la  leur  engageoit  pour  leur  feureté  &  de  les  garder  de 
tout  dangier. 

Demande,  Que  Tarmée  fe  reculât  de  deux  lieues  pour 
efuiter  le  défordre. 

Refponce.  Que  le  duc  eftoitaffez  bien  obey  pour  en' garder 
tout  cela  fans  qu'il  fallut  eflongner  Parmée. 

Demande.  Que  la  ville  fut  defmantelée  &  la  citadelle  rafée, 
fans  qu'il  y  euft  apparence  de  fortification  à  l'une  ni  à  l'aultre. 

Refponce.  Que  le  tout  demeureroit  en  fon  entier  pour  en 
laiffer  fere  au  Roy  à  fa  vouUonfé. 

Demande.  Que  les  prifonniers  d'une  part  &  d'aultre 
feroyent  rendus  fans  ranfon. 

Refponce.  Accordé. 

Leur  ayant  ainfi  refpondu ,  ils  demandèrent  temps  pour 
le  fere  entendre  aux  leurs.  Ils  furent  accompaignez  de  ceux 
qui  les  auoyent  amenez,  &  dans  vne  heure  après,  ramenés, 
&  dirent  pour  refoUution  qu'ils  accordoyent  tout  ce  qu'auoit 
refpondu  le  duc ,  ormis  qu'ils  vouloyent  tretous  fortir  avec 
armes  &  bagaiges,  enfeignes  defployées  &  tambours  battans. 
Apres  auoir  longtemps  debatu  auec  le  duc  à  qui  ils  auoyent 
faift  leur  refponce ,  finallement  il  leur  accorda  qu'ils  forti- 
roient  tous  auec  les  armes,  fans  tambours  battans  ni  mèches 
allumées  &  que  les  drapeaux  lui  demeureroyent,  ce  que  ne 
voulant  accepter,  mais  perfiftans  à  leur  demande,  s'en  retour- 
nèrent accompaignez  comment  deuant.  Et  incontinant,  les 
trefves  qui  auoient  eftez  faiftes  durant  ce  pourparler  furent 
rompues,  &  feit-on  tirer  quelques  coups  de  pièces  de  la 
montaigne  contre  la  citadelle. 

Lefixiefme,  au  matin,  leur  trompette  reuint  &  apporta 


354  SOCIÉTÉ  d'archéologie  et  de  statistique. 

lettres  de  Montoifon  au  duc,  qu^ils  defiroyent  encor  parler 
à  lui,  pourueu  qu^il  leur  enuoyaft  les  meûnes  gentilhommes 
pour  leur  furté  quMls  auoyent  le  jour  deuant.  Le  duc  y  en- 
uoya  les  (ieurs  d^Efuènes,  La  Retufie  &  Blanieu,  qui  furent 
dans  le  foffé  de  la  citadelle  où  ils  trouuerent  Afpremont ,  Le 
Villars ,  Monrond ,  Orfieres,  La  Gautiere ,  Saint-Germain , 
BlofTet,  &  plufieurs  aultres,  auec  lefquels  ayans  parlé  long- 
temps &  refolu,  enfin  que  s'ils  ne  bailloient  les  drapeaux 
qu'ils  ne  debuoient  prendre  la  peyne  de  defcendre.  Le  Villars 
&  Monrond  vindrent  trouuer  le  duc,  lequel  après  auoir 
parlé  aifez  longtemps  à  eux  dans  fa  chambre ,  les  feit  monter 
à  fon  cabinet,  auec  ChamefTon  &  Blanieui ,  &ce  pendant  fe 
refoUut  auec  fon  confeil ,  puis  les  ayant  faiél  appeller,  feit  lire 
deuant  eux  les  articles  qu'il  leur  accordoit ,  qui  font  tels  que 
s'enfuit  : 

V accord  &  compojition  faiéte  par  Monfeigneur  le  duc  de 
Mayenne,  pair,  grand  chambellan  &  admirai  de  France, 
&  lieutenant  gênerai  pour  le  Roy  en  fon  armée  de  Dau- 

finé,  auec  les  gentilhommes^  cappitaines  6  foldats  du 

fort  &  citadelle  de  la  Mure. 

«  Les  gentilhonunes  &  cappitaines  dudift  fort  remettront 
es  mains  dudift  fieur,  ou  de  ceux  qu'il  ordonnera,  ladifte 
place  pour  en  difpofer  comment  il  aduifera  bon  eftre  pour  le 


(i)  Guillaume  du  Rivail  avait  époufé  Marguerite  de  SaCTenage,  ainfi  que 
le  prouve  le  teflament  d'Antoine,  baron   de  Saflenage,  du  i8  mai  1609. 

Il  y  dit  :  a  Je  donne  &  lègue à  damoifelle  Marguerite  de  Saflenage ,  ma 

»  fille,  veuve  de  M.'*  Guillaume  Rivail,  feigneur  de  Blanieu,  La  Saulne  & 
»  Lieudieu,  gentilhomme  ordinaire  du  Roi,  la  fomme  de  3 0,000  livres....  n 
{Invent,  des  Arch,  départ, y  E.  282.) 

M.  de  Gallier  &  M.  Brun-Durand  m'ont  fourni  un  grand  nombre  de 
notes  y  &  je  les  remercie  de  leur  bienveillant  &  fympathique  concours. 


JOCBNAL  DU  SIÈGE  DE  U  MUEE.  355 

fervice  de  Sa  Majefté,  auec  les  viures,  artillerie,  pouidres  & 
monitions  de  guerre  &  aultres  de  quelque  calité  qu'ils 
foyent,  qui  eftoyent  &  font  de  prefent  audift  fort  &  citadelle. 

»  Lefdiéls  gentilhommes,  cappitaines,  ingénieur  &  foldats 
dudidl  fort  &  citadelle  pourront  fortir  pour  aller  là  par  où 
ils  vouldront,  auec  leurs  cheuaux,  armes,  hardes  &  bagaiges, 
en  toute  furté,  les  mefches  efteintes,  les  tambours  &  trom- 
pettes non  fonnans. 

»  Seront  tenus  lefdiéls  gentilhommes  &  cappitaines,  auant 
que  rien  fortir  dudid  fort  &  citadelle ,  députer  tels  d'entre 
eux  qu'ils  aduiferont  pour  porter  audift  fieur  les  enfeignes, 
drapeaux  &  cornettes  de  ladide  place  en  tel  nombre  &  non 
aultrement  que  l'on  fcait  qu'elles  ont  eftez  arborées. 

»  Tous  les  habitants  de  ladidle  ville  de  la  Mure  &  mande- 
ment de  quelque  qualité  qu'ils  foyent  iou)rront  indifférem- 
ment du  dernier  ediél  de  pacification  que  l'on  fera  obferuer 
de  point  en  point,  conforme  à  la  voulonté  &  intention  du  Roy, 
&  fera  permis  auxdi6ts  habitants  d'enleuer  leurs  meubles 
de  ladite  citadelle  fans  difficulté. 

»  Tous  prifonniers  de  guerre  qui  auront  eflezprins  durant 
ce  fiege  &  deuant  la  ville  &  citadelle  feuUement  feront  ren- 
dus &  mis  en  liberté  de  part  &  d'aultre  fans  payer  ranfon. 

»  Et  pour  la  furté  &  exécution  des  chofes  fus  efcriptes , 
oultre  la  foy  &  parole  dudift  lieur  qu'il  y  oblige ,  accorde 
volonterement  auxdi^s  gentilhommes,  cappitaines  &  foldats 
que  fix  gentilhommes  de  fa  part  feront  envoyez  au  pont  de 
Coignet  pour  oflaiges,  jufqu'à  ce  quelefdifts  gentilhommes, 
cappitaines,  foldats  foyent  en  leur  furté  qu^ls  défirent. 

»  Faia  &  accordé  en  la  prefance  des  plus  notables  feigneurs 
&  cappitaines,  des  ordonnances,  maiflres  de  camp  de  la- 
dite armée,  le  fixiefme  nouembre  mil  cinq  cens  huilante.  » 

Apres  auoir  quelque  temps  debatu  fut  accordé  ce  que 
deffus;  les  fleurs  d'Efuènes  &  de  Blanieu  les  accompagne- 


356  SOCIÉTÉ  d'aechéologie  et  de  statistique. 

rent  portans  les  articles  fignés  du  duc,  &  dans  vne  heure 
après,  les  retournèrent  quérir,  &  apportèrent  audid  duc 
fept  enfeignes  -,  puis  nos  oftaiges  furent  menez  par  lefdifts 
Villars  &  Monrond ,  &  les  trois  depputez  Efuènes,  La  Retu- 
fie  &  Blanieu ,  au  pont  de  Coignet ,  lefquels  oftaiges  feurent 
les  fleurs  de  Saint- Jullien ,  lieutenant  de  M.  de  Maugiron, 
Crufilieu,  fon  marefchal  de  logis,  Amblerieu,  Diflmieu, 
Mefpieu ,  &  le  jeune  Charpey,  pour  Montoifon ,  jufques 
Monjoz,  frère  de  Blacons,  leur  feult  rendu  qu'on  auoit  en- 
uoyé  à  Grenoble.  Apres  eftans  reuenus.  Le  Villars,  Monrond 
&  les  depputez,  on  feit  entrer  cinquante  pionniers  pour 
porter  les  bleflez  &  comment  ils  furent  dehors  entrèrent  les 
gardes  du  duc  &  celles  de  M.  de  Mandellot,  &  à  la  queue 
defdiéls  bleflez  fortirent  tous  les  foldats ,  en  nombre  de  huit 
cens,  fort  bons  hommes  &  bien  armés,  entre  lefquels  auoit 
trente  chenaux,  quelques  femmes  &  enfants  auec  leur 
bagaige,  &  mit  le  duc  Blanieu  à  la  porte  de  la  citadelle  pour 
garder  qu'il  ne  leur  feut  faift  defpla3^r  &  La  Retufle  à  la 
tefte ,  &,  tout  au  long,  en  haye,  la  cauallerie  en  bataille,  & 
eftans  tous  deflendus  à  la  playne ,  le  duc  les  accompaigna  fur 
la  queue  jufques  par  delà  la  ville,  puis  leur  bailla  fa  compaignie 
qui  les  mena  jufques  au  pont  de  Coignet  fans  perte  ni  def- 
playfir  quelconque ,  &  le  duc  s'en  reuint  &  pafla  à  la  cita- 
delle d'où  il  feit  fortir  vne  infinité  de  foldats  qui  y  eftoyent 
entrez  n'y  laifTant  que  fes  gardes.  L'occafion  qu'ils  difoyent 
qui  les  auoit  faift  compofer  eftoit  feulement  la  compaffion 
qu'ils  auoyent  de  voir  mourir  leurs  bleffez  par  faulte  de 
fecours ,  mais  à  la  vérité  c'eftoit  faulte  d'eau,  car  eftans  plus 
devnzeou  douze  cens  bouches  &  plufieurs  chenaux,  il  y 
auoit  trois  jours  qu'ils  n'auoyent  beu ,  tellement  qu'on  dift 
que  beaucoup  de  foldats  beuuoyent  mefme  de  leur  urine. 

Le  feptiefme ,  on  ne  feit  qu'acheminer  l'artillerie  dont  on 
ne  fe  vouUoit  feruir  devers  Grenoble,  &  le  duc  fut  le  matin 
vizîter  la  citadelle. 


*  t 


JOCRIIAL  DU  SIÈGE  DE  LA  MUBE.  357 

Le  huiétieûne,  le  duc  tint  le  confeil  chez  M.  de  Mandellot 
auant  qu'il  partit  pour  aller  à  Lyon.  Là  feult  refollu  que  Sa- 
cremor,  auec  fon  régiment ,  &  Jehan  de  La  Giefe,  auec  fa 
compaignie  de  cheuaux  legiers,  qu'on  croiftroit  jufques  à 
cinquante ,  fe  logeroyent  &  demeureroyent  dans  la  ville  & 
citadelle  jufques  le  Roy  y  eMft  pourVeu,  cependant  Sacremor 
ferbit  montre  pour  vng  mois;  le  duc,  Taprès-difnée ,  alla 
viziter  la  citadelle  pour  voir  ce  qu'il  y  auroit  de  befoing  pour 
la  garde. 

Le  neufuiefme,  le  duc  vizita  la  ville  pour  la  fere  remparer 
&  pouruoir  de  ce  qu'il  y  feroit  befoing. 

Le  dixiefme ,  on  feit  la  montre  de  l'infanterie  &  entra  Sa- 
cremor auec  fon  régiment  dans  la  ville. 

Le  vnziefine ,  le  duc  feult  vers  le  pont  de  Coignet  pour 
recognoiftre  vng  lieu  pour  y  loger  quelques  pièces  afin  de 
rompre  la  tour  &  le  pont.  L'après-difnée  feult  conclud  que, 
d'aultant  que  la  compaignie  de  Jehan  de  La  Giefe  eftoit  quafi 
desbandee,  il  demeureroit  dans  la  ville  auec  Sacremor  pour 
la  garnifon,  cent  fallades  des  compaignies  des  fieursd'Uzès, 
de  Glandaige  &  baron  de  La  Roche ,  &  foixante  argolets  du 
cappitaine  MoUard ,  les  cinq  pièces  ^e  la  citadelle  &  nos 
deux  baftardes,  douze  caques  depouldre,  trois  cens  charges 
de  bled,  fans  ce  qui  fe  trouua  dans  la  ville  &  citadelle,  & 
cent  pionniers.  Mures,  auec  foixante  fallades  &  deux  cens 
harquebuziers  feult  pour  fonder  le  gué  de  Maires  &  pafler 
de  là  prendre  langue  ;  mais  comment  il  parut  deux  cens  che- 
uaux des  leurs  &  quelques  harquebuziers,  menez  par  Gou- 
uemet,  fe  monftrerent  &  allèrent  toufiours  le  coftoyans  au 
long  de  l'eau ,  de  forte  qu'ayant  reconnu  le  gué  gardé  d'eux 
&  fortifiez  de  cette  trouppe  s'y  prefentans,  s'en  reuint  fans 
paffer.  Gouuernet  cria  deux  ou  trois  fois  à  Miires  s'il  vouUoit 
donner  trois  coups  d'efpée ,  mais  eftant  la  partie  mal  faifte 
&  vn  trop  grand  foffé  entre  deux ,  n'y  feult  rien  refpondu.  Si 
leur  troupe  feult  deflogée  de  là  où  ils  eftoyent  campez ,  on 


358  SOCIÉTÉ  d'abchéologie  et  de  statistique. 

euft  pofé  quelques  harquebuziers  pour  défère  la  garde  du 
pont  de  G)ignet  &  le  gagner. 

Le  douzieûne,  on  aduiia  les  moyens  de  prendre  lediâ  pont. 
Vng  trompette  d'eux  vint  qui  affeura  que  le  prince  de  Condé 
auoit  palfé  à  Gap ,  Cleruaux ,  &  dix-huiél  ou  vingt  cheuaux 
auec  luy  venant  de  Genefue  &  s'acheminant  à  Montauban 
à  la  conférence  Lefdiguieres,  Blacons  &  Gouuernet  auec 
toutes  leurs  forces,  demeurante  Morges,  &  Saint-Jehan 
Daran  pour  nous  combattre  le  paffaige  de  la  riuiere  ;  Mures 
chargea  audid  trompette  de  dire  à  Gouuernet  que  d'aultant 
qu'il  y  auoit  trop  grand  barrière  entre  eux  deux  pour  fe 
battre  comment  il  Tauoit  conuié  le  jour  deuant  qu'il  ne 
s'eftoit  peu ,  mais  que  s'il  vouloit  luy  dixieûne  le  combattroit 
auec  pareille  trouppe  le  jour  qu'il  efliroit. 

Le  treiziefme,  le  duc  feult  voir  comment  on  commençoit 
à  remparer  les  brefches  de  la  ville  &  montra  à  M.  de  Vins 
qui  Teftoit  venu  trouuer  les  retranchements  d'icelle  &  la 
citadelle.  Le  trompette  de  Lefdiguieres  arriua  qui  di6l  à 
Mures  que  Gouuernet  acceptoit  l'offre  qu'il  luy  auoit  faifte, 
&  qu'il  fe  trouueroit  auec  fa  trouppe  entre  les  riuieres  du 
Drap  &  de  Borne;  mais  en  ayant  demandé  congé  au  duc,  il 
ne  le  vouUut  permettre.  La  nuid,  ceux  qui  gardoyent  le 
pont  de  Coignet  le  bruflerent  &  la  tour  auffy  &  s'en  allèrent. 

Le  quatorziefme,  le  duc  feult  au  pont  de  Coignet  qu'il 
trouua  bruflé  &  abandonné.  Vng  fergent  de  La  Balme  paffa 
à  pied  à  gué  de  là  la  riuiere  &  vng  de  fes  foldats  aufly .  Made- 
moilelle  de  Bardonnenche ,  appelée  par  fon  neueu  Ambel , 
vint  fur  l'aultre  bord  auec  fa  belle-fille  Saint- Donat;  le  jeune 
Clauefon  pafla  l'eau  fur  vng  cheual  &  fceut  d'elle  que  Lefdi- 
guieres eftoit  auec  Gouuernet  &  Blacons  &  toutes  leurs 
trouppes  à  Praboys,  Tremini  &  aultres  lieux ,  eftimans  que 
nous  vouldrions  paffer  par  la  riuiere. 

Le  quinziefme ,  fe  retira  à  Grenoble  &  fit  loger  le  régiment 
de  Liuerrot  à  La  Frey,  les  trois  du  Paffage,  Montoifon  & 


lOiriMAL  DU  8n€B  0E  U  MUBE.  359 

■ 

Monlor  à  Saint -Georges,  les  compaignies  de  Mures  & 
Jehan  de  La  Giefe  à  Petit-Chat,  celle  du  comte  deTauanes 
à  Brie,  celle  du  duc  de  Geneuoys  à  Herbeys,  &  les  aultres 
à  Tentour  dudift  Grenoble*. 


(i)  Chorier,  dans  fon  Hiftoire  du  Dauphîné  abrégée,  II,  p.  178,  raconte 
ainfî  ce  iiége  «  qui  fut  long  et  coûta  du  fang.  Les  aifiégés  fe  défendirent 
w  jufqu'à  rextrémité  :  On  y  admira  la  vaillance  d'une  femme  qui  parut  en 
n  toutes  les  occafions.  Ne  pouvant  plus  garder  la  ville ,  ils  y  mirent  le  feu 
»  &  fe  jetèrent  dans  la  citadelle  ;  mais  n'y  ayant  pas  de  Peau ,  ils  furent 
»  contraints  de  capituler  &  de  fe  rendre.  La  démolition  de  la  citadelle  fut 
»  commencée;  les  premiers  jours  de  l'an  i58i  y  furent  employez.  » 

Videl  avance  que  Montoifon  ayant  gagné  par  fes  pratiques  &  fes  largefles 
l'ingénieur  des  afiiégés,  un  parti  fe  forma  pour  effrayer  ceux  du  dedans 
qui,  intimidés  &  vendus,  mirent  le  feu  à  la  ville  &  fe  retirèrent  dans  la 
citadelle.  Bientôt,  les  vivres  &  l'eau  y  manquant,  il  fallut  parlementer  & 
fortir  de  la  place  après  une  honorable  compofition. 

Afin  de  réunir  ici,  fur  le  fiége  de  la  Mure,  des  documents  nouveaux 
inédits  ou  peu  connus,  la  Société  d'Archéologie  de  la  DrômesL,  fur  l'obli- 
geante indication  de  M.  Gariel,  fait  copier  à  la  bibliothèque  de  Befançon 
une  autre  relation  qui  paraîtra  dans  le  prochain  Bulletin. 


FIN. 


360  SOCIÉTÉ  d'àeghéologie  bt  de  statistique. 


ESSAI  HISTORIQUE 


SUR 


LA  BARÔNNIE  DE  CLERIEU 

ET  SUR 

LES  FTEFS  QUI  EN  ONT  DÉPENDU  (O- 


CHAPITRE  III. 


Clérieu  et  le»  I^a  Crolx-Ghevriéres-Saint- 

^allier. 


>:««Hi- 


L*ancienne  féodalité  expirait  avec  les  guerres  de  religion  qui 
avaient  un  moment  semblé  devoir  ranimer  d'une  nouvelle  vie , 
lorsque  la  maison  de  La  Croix,  déjà  en  train  de  se  faire  en 
Daupbiné  une  grande  position ,  succéda  à  la  descendance  des 
Poitiers.  Sans  doute,  les  formules  solennelles  subsistèrent  encore 
pendant  bien  des  années  ;  ou  continua  à  percevoir  les  droits  sei- 
gneuriaux ;  la  hiérarchie  fondée  par  le  moyen  âge  semblait  tout 
entière  demeurée  debout.  Hais  rétablissement  définitif  des 
armées  permanentes ,  qui  privait  la  noblesse  de  son  plus  puissant 
moyen  d'action,  l'extension  d'attributions  des  justices  royales^ 
la  concentration  des  pouvoirs  entre  les  mains  de  l'autorité  sou- 


(1)  Voir  3«  livraison,  p.  273,  4«  livr.,  p.  16,  &  li?r.,  p.  253,  8»  livr.,  p. 56, 
!!•  llvr.,  p.  405,  12*  livr.,  p.  39,  13*  Uvr.,  p.  127,  14*  livr.,  p.  269. 


ESSAI  HIST0BIQ€E  SUR  LA  BARONNIE  DE  CliUEU.  361  ' 

Yeraine  tendaient  à  modifier,  chaque  jour  davantage,  les  con- 
ditions de  la  vie  sociale.  Désireux  de  rendre  leurs  charges  moins 
lourdes ,  sachant  au  besoin  défendre  devant  les  tribunaux  leurs 
intérêts  collectifs ,  les  vassaux  devaient  insensiblement  s'élever 
au  rang  de  simples  contribuables.  Depuis  la  conquête  du  trône 
de  France  par  Henri  IV  jusqu'à  la  Révolution,  cette  transfor- 
mation s'élabore  d'une  façon  lente  quoique  irrésistible.  Les  La 
Croix-Chevrières  retiennent  quelque  chose  de  ces  temps,  où 
l'art  difficile  de  manier  les  hommes ,  où  la  culture  de  l'intelli- 
gence vont  l'emporter  sur  l'antique  domination  de  la  force. 
Quelques-uns  d'entr^ux,  sans  doute,  ont  rempli  avec  distinc- 
tion des  grades  élevés  dans  l'armée ,  mais  ils  forment  surtout 
une  race  de  parlementaires^  de  diplomates,  de  gens  d'église  et 
de  lettres,  que  domine  en  la  résumant  le  plus  illustre  de  tous, 
Jean  de  La  Croix-Saint- Vallier,  intendant  de  l'armée  du  duc 
de  Mayenne ,  président  du  conseil  souverain  de  Chambéry,  pen- 
dant l'occupation  française  (1) ,  ambassadeur  auprès  du  duc  de 
Savoie ,  après  la  paix ,  conseiller  d'État ,  président  à  mortier  au 
Parlement  de  Dauphiné,  où  il  avait  été  avocat-général,  et  enfin 
évêque  de  Grenoble ,  propre,  par  un  rare  privilège,  aux  em- 
plois les  plus  divers ,  partout  organisateur,  prélat  zélé  pour  le 
service  de  l'église,  après  avoir  été  un  magistrat  éminent ,  auteur 
de  commentaires  sur  le  droit  longtemps  consultés,  orateur  et 
même  poète  (2).  Autour  de  lui  se  groupent  dans  les  diverses 
branches  de  cette  maison  encore  dignement  représentée  au- 
jourd'hui :  Alphonse,  son  fils  et  son  successeur  au  siège  de 


(!)  Les  historiens  dauphinois  disent  seulement  (ju'il  remplit  les  fonctions 
de  conseiller  et  de  garde  des  sceaux;  mais  Bumier  (Hist  du  Sénat  de  Sa- 
voie,  t.  1",  p.  498)  affirme  que  le  sieur  de  Ghevrières,  après  avoir  été 
conseiller,  remplaça  comme  président  le  maître  des  requêtes  Lambert. 

(2)  On  trouve  deux  sonnets  de  lui ,  l'un  en  français ,  l'autre  en  italien, 
dans  YHistoria  di  Cornca  de  Filippini,  Toumon,  1594,  in  fol.  —  L'évéque 
de  Québec,  qui  nous  a  laissé  une  relation  imprimée  de  son  apostolat  dans 
le  nouveau  monde,  avait  composé,  étant  encore  très-jeune,  un  poëme  en 
vers  latins  :  De  gazetta  carmen  heroieum,  que  H.  le  marquis  de  Ghabrillan 
a  bien  voulu  nous  communiquer. 


362  SOCIÉTÉ  D'iBCaiÉOLOGIE  ET  DE  STATISTIQUE. 

Grenoble  ;  Jean-Baptiste  de  La  Croix-Che vrières ,  le  saint  évéque 
de  Québec  ;  Jeanne ,  fille  de  Félix  de  La  Croix  et  femme  de  Féli- 
cien de  Boffin ,  baron  d'Uriage ,  Tune  des  principales  bienfait 
trices  de  la  propagation  de  la  foi  de  Grenoble,  qui,  au  rapport 
de  Guy  AÏlard ,  c  a  connu  les  secrets  du  ciel  et  ceux  du  Parnasse 
»  et  qui  parloit  de  Dieu  avec  ailtant  de  dévotion  et  d'éloquence 
>  qu'elle  avait  eu  de  vivacité  d'esprit  à  converser  avec  les  mu- 
»  ses  (1)  »,  et  cette  suite  de  conseillers,  de  présidents,  d'a- 
vocats-généraux se  succédant  pendant  deux  siècles  et  demi  au 
Parlement  de  notre  province. 

Jean  était  fils  de  Félix  Guerre  ou  de  La  Croix,  seigneur  de 
Chevrières ,  qu'il  tenait  de  Diane  de  Poitiers  et  de  Brie,  apporté 
par  sa  femme  Guigonne  Portier,  conseiller,  puis  avocat-général 
au  Parlement  de  Grenoble ,  fonctions  encore  échangées  contre 
celles  de  maître  des  requêtes.  Ce  personnage  a  déjà  été  men- 
tionné dans  le  précédent  chapitre.  Outre  la  baronnie  de  Clérieu , 
sur  laquelle  le  roi  Henri  IV  lui  abandonna  les  droits  de  lods, 
son  fils ,  l'évèque  de  Grenoble  Jean ,  acquit ,  des  héritiers  des 
Poitiers,  les  comtés  de  Saint-Vallier  et  de  Vais  et  la  seigneurie 
de  Pisançon  ;  les  Mitte  de  Saint-Chamond  lui  vendirent  aussi  la 
baronnie  de  Serves ,  ainsi  que  les  terres  d'Omacieu  et  de  Fara- 
mant.  Dans  sa  vie  si  bien  remplie,  monseigneur  de  Chevrières  » 
mort  eu  1619  à  Paris ,  où  il  avait  été  appelé  à  l'assemblée  du 
clergé  comme  député  de  son  diocèse,  résida  sans  doute  fort 
peu  /à  Clérieu ,  mais  il  unit  aux  anciens  domaines  les  fiefs  de 
Sablières  et  de  Condillac. 

Issu  du  mariage  de  Jean  de  La  Croix  et  de  Barbe  d'Arzac, 
Félix,  conseiller  au  Parlement,  ensuite  avocat-général  au 
grand  conseil,  rendit  hctmmage  au  roi  en  la  Chambre  des 
Comptes  du  Dauphiné ,  lorsqu'il  recueillit  la  succession  pater- 
nelle. Le  troisième  fils  de  ce  dernier,  François-Octavien,  mestre 
de  camp  du  régiment  des  gardes  françaises,  mort  en  1640  devant 


(1)  Histoire  généalogique  des  familles  de  La  Croix  de  Chevrières,  de 
Portier,  d'Arzac,  de  Ghissé,  de  Sayve  et  de  Rouvror*  Grenoble ,  1678,  iii-4*. 


ESSAI  HISTORIQUE  SUB  LA  BAfiONNIE  DE  CLÉRIEU.  363 

Arras,  sans  avoir  été  marié,  porta  le  titre  de  baron  de  Clérieu  (1) 
et  laissa  son  héritage  à  son  frère  atné  Jean  ^  déjà  comte  de  Saint- 
Vallier  et  Vais ,  baron  de  Serves,  etc.,  en  faveur  duquel  Ornacieu 
fut  érigé  en  marquisat,  en  avril  1645.  Ce  Jean  de  La  Croix  est 
surnommé  le  président  de  Chevrières,  parce  qu'il  fut  président 
à  mortier  au  Parlement  de  Bourgogne  en  1642,  à  celui  de  Gre- 
noble en  1680.  Entre  ces  deux  dates,  le  roi  Tenvoya  en  mission 
à  Rome  et  l'investit  de  la  charge  de  conseiller  d'État.  Dans  le 
but  de  relever  à  Clérieu  des  droits  depuis  longtemps  tombés  en 
désuétude ,  le  président  fit  successivement  imprimer  un  grand 
nombre  d'actes  d'hommages ^et  de  reconnaissances  extraits  des 
archives  de  la  Chambre  des  Comptes  de  Dauphiné  et  relatifs  à  la 
baronnie  sous  les  Clérieu  et  les  Poitiers.  Le  recueil  le  plus  com- 
plet de  ces  pièces,  aujourd'hui  fort  rares,  appartient  â  M.  H.  Ga- 
riel,  conservateur  de  la  bibliothèque  de  Grenoble.  Grâce  à  son 
obligeance,  nous  avons  pu  utiliser  ces  précieux  documents  dans 
le  présent  travail.  Ces  productions  furent  le  point  de  départ  de 
nombreux  procès  terminés  à  l'avantage  de  M.  de  Chevrières. 
Malgré  la  prescription  centenaire,  les  seigneurs  deHontchenu, 
de  Larnage ,  de  Crozes  ^  le  commandeur  de  Beaumont-Monteux, 
le  prieur  de  Saint-Bardoux ,  les  possesseurs  d'Hauteville,  du 
Houchet,  de  Veaunes  et  des  autres  maisons  fortes  se  virent  con- 
traints de  reconnaître  la  directe  du  baron  de  Clérieu.  D'un  autre 
côté ,  il  fit  procéder  au  renouvellement  des  terriers  et  conclut , 
le  30  janvier  1680,  avec  les  consuls,  mammts  et  habitants  des 
diverses  communautés  du  mandement  une  laborieuse  trans- 
action ,  par  laquelle  furent  confirmés  ou  modifiés  les  anciens 
droits  (2).  En  1656,  il  arrentait  à  Pierre  et  Jean  Richard,  deMar- 
sas,  ces  mêmes  droits  pour  la  somme  de  468  livres  8  sols  6  de- 
niers (3).  Ce  qui  prouve  que  les  La  Croix  étaient  bien  plus  riches 


(1)  Ce  fat  pendant  sa  jeunesse,  en  1629,  que  le  bourg  de  Clérieu  fut  ra- 
vagé par  la  peste.  « 

(2)  Cette  transaction  imprimée  à  cette  époque  a  été  reproduite  en  grande 
partie  dans  la  Notice  sur  Clérieu  de  M.  Fabbé  Vincent,  p.  44-58. 

(3)  Minutes  du  Poisle,  com.  par  M.  Macbon. 


364  SOCIÉTÉ  d'archéologie  et  de  STÀTISnaUE. 

par  les  revenus  de  leurs  propres  domaines  qu'en  vertu  des  re- 
devances féodales.  Comme  seigneur  haut  justicier,  il  fit  apposer 
la  litre  (1)  à  ses  armes  aux  églises  de  la  baronnie.  On  en  voit 
encore  des  traces  aux  paroisses  de  Clérieu  et  de  Chanos.  Ses 
armoiries  furent  aussi  placées  près  du  mattre  autel  du  couvent 
de  Picpus  de  Saint- Vallier,  dont  il  fut  le  fondateur,  et  aux  Cor- 
deliers  de  Romans,  auxquels  il  payait  sur  la  terre  de  Clérieu 
une  rente  fondée,  en  1503,  par  Guillaume  de  Poitiers  ;  là  aussi  il 
fut  reconnu  comme  fondateur  (2).  Partout  les  nouveaux  comtes 
de  Saint-Vallier  reprenaient  la  grande  situation  occupée  par 
leurs  prédécesseurs.  * 

Comme  le  château  de  Clérieu  était  depuis  longtemps  en  ruines 
(il  est  probable  qu'il  avait  été  démantelé  au  XVI«  siècle,  après  la 
condamnation  de  Jean  de  Poitiers),  le  président  de  Chevrières, 
quand  il  venait  dans  la  baronnie,  résidait  à  la  maison  seigneu- 
riale de  Curson.  C'est  là  qu'il  mourut,  le  20  décembre  1680,  ainsi 
que  nous  l'apprend  l'inventaire  dressé  après  son  décès.  Il  fut 
enterré  dans  l'église  de  Saint-Martin  de  Chanos,  quoique  son 
testament  eût  désigné  un  autre  lieu  pour  sa  sépulture. 

Pierre-Félix ,  fils  du  président ,  comte  de  Saint-Vallier,  mar- 
quis de  Chevrières,  etc.,  passa  sa  jeunesse  dans  des  expéditions 
lointaines  et  une  portion  de  sa  vie  à  la  cour,  où  le  retenait 
la  charge  de  capitaine  des  gardes  de  la  porte,  ne  laissant 
pas  de  traces  à  Clérieu.  Après  lui,  Henri-Bernard,  qui  prit 
comme  son  père  le  parti  des  armes  et  eut  de  son  mariage  avec 
Denise-Renée  de  Louviers-Morevers  Nicolas -Amédée,  comte 
de  Saint-Vallier,  baron  de  Serves,  marquis  de  Chevrières  et  de 
Clérieu ,  bien  que  Clérieu  n'ait  jamais  été  érigé  en  marquisat  ; 


(1)  La  litre,  litura,  zona,  est  nn  enduit  ou  crépissage  de  la  largeur  d'un  . 
pied  et  demi  à  deux  pieds,  placé  à  hauteur  d'iiomme  à  l'extérieur  comme  à 
l'intérieur  de  l'église  et  sur  lequel  sont  peintes  de  distance  en  distance  les 
armoiries  du  seigneur  ou  du  patron.  La  litre  ou  ceinture  funèbre  en  signe 
de  deuil  de  îun  de  ces  personnages  était  de  couleur  noire. 

(2)  Caise,  Hist,  de  Saint-Vallier,  p.  142.  —  Dochier,  Mémoires  sur  la 
ville  de  Homans,  p.  274.  —  D'  Ulysse  Chevalier,  Bulletin  de  la  Société 
d'archéologie  de  la  Drôme,  t.  H,  p.  378. 


BOURG  DE  CLÉRIEU. 


EXTRAIT  DU  CADASTRE. 

Par  m.  Bbynaud  cadet. 


1*  Échelle  de  i  à  23oo  pour  le  plan  d^ensemble  du  Bourg. 
2'  Échelle  de  i  à  5ooo  pour  les  figures  A  et  B. 


■I       ^QP        I 


LEGENDE. 


1.  Emplacement  des  tours  du  château  désignées  sous  le  nom  de  Tourelles. 

2.  Porte  d'entrée  au  quartier  de  la  Loive. 

3.  Mur  au  nord  de  la  porte  faisant  partie  des  remparts. 

4.  Remparts  jusqu'à  6 ,  porte  du  four  banal. 

5.  Les  Grandes-Maisons,  résidence  de  M.  de  Tardivon. 

6.  Porte  d'entrée  au  quartier  du  four  banal. 

7.  Fin  des  remparts  à  la  maison  Faure ,  où  il  existait  une  porte. 

8.  Emplacement  de  Téglise  du  château  ;  il  n'en  reste  plus  de  vestiges. 

9.  10,  II.  Mur  dont  il  ne  reste  que  les  fondations;  ce  doit  être  l'emplace- 

ment du  château. 

12.  Mur  très-solide. 

1 3.  La  maison  de  Barrât.  Cette  maison  a  été  habitée  par  la  famille  Therme. 

14.  Le  Calvaire  y  érigé  par  M.  Philippe  Se]rvon,  capucin. 


ESSAI   HISTORIQUE   SUR   LA   BARONNIE   DE   CLÉRIEU.  365 

mais,  à  cette  époque ,  il  s*était  déjà  introduit  une  certaine  anar- 
chie dans  les  titres.  Il  était  réservé  à  celui-ci  d'achever  la  res- 
tauration des  droits  des  barons  de  Clérieu  sur  leurs  anciens 
arrière-fiefs.  Lorsque  le  président  de  Chevrières  avait  entrepris 
cette  œuvre  laborieuse ,  les  seigneuries  de  Claveyson ,  Mureils 
et  Mercurol  appartenaient  à  la  maison  de  Lionne.  Le  crédit 
d*Hugues  de  Lionne ,  qui  devait  être  bientôt  un  de  nos  plus 
grands  ministres  des  affaires  étrangères ,  était  déjà  assez  consi  - 
dérable  pour  entraver  la  marche  d'un  procès  par  l'abus  de  ces 
moyens  dilatoires  qu'on  retrouve  à  toutes  les  époques  de  l'his- 
toire de  la  justice.  On  inséra  bien  dans  les  lettres  d'érection  du 
marquisat  de  Claveyson  en  faveur  du  cousin  germain  du  puis- 
sant ministre  la  clause  ordinaire  que  c'était  «  sans  préjudice 
»  aux  droits  de  justice,  foi  et  hommage  appartenant  à  un  autre 
»  qu'au  roi.  »  Ces  réserves  n'amenèrent  pour  le  moment  au- 
cun résultat.  Préoccupés  d'ailleurs  d'autres  soins ,  les  succes- 
seurs du  président  ne  songèrent  pas  à  recommencer  une  pour- 
suite si  longtemps  inutile.  Mais  les  choses  venaient  de  changer  de 
face.  Le  dernier  marquis  de  Lionne  mourut  en  transmettant  ses 
droits  à  sa  veuve,  d'une  naissance  fort  inférieure  à  celle  de  son 
époux,  et  qui  avait  cruellement  expié  l'éclat  de  ce  mariage 
inespéré  sous  les  dédains  d'une  famille  altière ,  blessée  dans  sou 
orgueil  par  une  telle  alliance.  Nicolas-Amédée  de  Saint-Vallier 
reprit  donc,  cette  fois  avec  un  plein  succès,  l'instance  aban- 
donnée depuis  près  d'un  siècle.  Nous  verrons,  à  l'article  de 
Claveyson,  comment  M"»*  de  Lionne,  oublieuse  de  son  humble 
origine,  sentit  à  son  tour  sa  vanité  se  révolter  et  se  hâta  d'a- 
liéner ses  fiefs  pour  n'être  pas  forcée  de  reconnaître  la  mou- 
vance du  comte  de  Saint-Vallier.  Les  La  Croix  achevaient  à  peine 
de  reconstituer  autour  d'eux  l'ancienne  hiérarchie ,  lorsque  la 
Révolution,  balayant  devant  elle,  comme  une  tourmente,  les 
vieilles  institutions ,  vint  anéantir  le  résultat  des  patients  efforts 
de  plusieurs  générations  des  derniers  seigneurs  de  Clérieu. 

L'organisation  compliquée  qui  constitua  autrefois  un  pro- 
grès réel ,  avait  fait  son  temps.  Le  rôle  prépondérant  de  la  no- 
blesse avec  les  charges  spéciales  qui  lui  incombaient,  avait 
glissé  tout  doucement  entre  les  mains  de  la  royauté ,  au  profit 

Tome  IV.  -  1869.  24 


366  SOCIÉTÉ  d'archéologie  et  de  statistique. 

de  ses  agents»  deyenus  chaque  jour  plus  puissants  et  plus  nom- 
breux ,  mais  qui ,  à  l'heure  du  danger,  ne  surent  pas  remplacer 
rarrière-ban  des  anciens  jours.  Les  possesseurs  des  fiefs  ne 
marchaient  plus  seuls  à  la  défense  du  territoire  ;  l'administra- 
tion ,  la  justice  ne  se  trouvaient  plus  concentrées  autour  d'eux. 
Successivement  réduits  et  décimés,  les  privilèges  ne  s'expli- 
quaient plus.  Pareils  à  ces  formes  humaines  retrouvées  in«- 
tactes  en  apparence  dans  les  cendres  de  Pompéi,  et  qu'il  suffit 
de  toucher  du  doigt  pour  faire  tomber  en  poussière ,  ces  vesti- 
ges d'un  passé  lointain ,  dont  on  avait  perdu  la  signification , 
étaient  destinés  à  s'évanouir  au  premier  choc.  On  est  tenté  de 
sourire  en  voyant  les  seigneurs  de  la  cour  de  Louis  XV  ou 
même  les  hobereaux  villageois  User  •  des  rites  symboliques 
d'hommages  créés  pour  les  rudes  chevaliers  qui  ne  relevaient 
que  de  leur  épée.  Autour  de  ces  protocoles  surannés ,  le  monde 
entier  s'était  transformé. 

Lorsque ,  espérant  porter  remède  au  malaise  dont  la  société 
était  travaillée,  le  plus  honnête  et  le  plus . malheureux  de  nos 
rois ,  mais ,  hélas  !  non  le  plus  habile ,  se  tourna  avec  confiance 
vers  son  peuple ,  les  premiers  plans  de  réforme  s'ébauchèrent , 
en  1788,  dans  notre  province.  Dans  l'enivrement  de  ces  beaux 
j  ours  sans  lendemain ,  la  célèbre  assemblée  de  Vizille ,  la  réu- 
nion de  la  noblesse  chez  le  comte  de  Morges ,  les  États  tenus  à 
Romans  témoignèrent  d'un  enthousiasme  unanime  des  trois 
ordres  pour  la  fondation  d'un  état  de  choses  plus  conforme  aux 
idées  nouvelles.  Presque  partout ,  en  France ,  les  cahiers  des 
Etats-Généraux  se  prononcèrent  dans  le  même  sens.  Comment 
cette  admirable  harmonie  entre  toutes  les  classes  se  trouva- t-elle 
soudainement  troublée?  Comment  d'aussi  magnifiques  espé- 
rances vinrent-elles  si  misérablement  sombrer  dans  le  sang  ? 
C'est  là  un  problème  historique  qui,  jusqu'ici,  n'a  pas  été  plei- 
nement résolu  et  qu'il  conviendrait  mal  d'essayer  d'aborder  à 
propos  d'un  sujet  aussi  restreint  que  le  nôtre. 

Le  nombre  des  châteaux  détruits  ou  pillés  en  Dauphiné  fut 
considérable;  mais  l'incendie  de  la  belle  résidence  seigneuriale 
de  Clérieu  mérite  une  mention  particulière  et ,  par  l'abondance 
des  détails  authentiques  parvenus  jusqu'à  nous ,  jette  une  vive 


ESSAI  HISTORIQUE  SUR  LA  BARONNIE  DE  GLÉRIEU.  367 

lumière  sur  les  causes  de  ces  actes  de  vandalisme  révolution- 
naire. En  1672,  le  fief  du  Merley ,  situé  à  un  kilomètre  environ 
de  Clérieu,  appartenait  à  Jean  de  Ponnat,  avocat  du  Roi  nu 
bureau  des  finances  de  la  généralité  de  Daupbiné ,  fils  d'un  con- 
seiller au  Parlement.  Cette  maison  de  Ponnat  a  produit,  nu 
XVI«  siècle,  des  capitaines  huguenots,  et,  de  nos  jours,  M.  ie 
baron  de  Ponnat,  remarqué  pour  ses  excentricités  anti-cbré- 
tiennes  au  prétendu  congrès  de  la  paix  de  Genève,  où  pourtant 
Ton  s*étonnait  difficilement.  Le  Merley  est  dans  une  position 
agréable,  environné  de  bois;  et  Nicolas-Amédée ,  marquis  de 
Saint- Vallier,  qui  voulait  à  sa  terre  de  Clérieu  une  habitation 
plus  centrale  et  surtout  plus  en  rapport  avec  sa  grande  for- 
tune que  la  maison  exiguë  de  Curson,  se  décida  à  faire  Tacqui- 
sition  du  domaine  des  Ponnat.  Le  5  mai  1783,  il  Tacheta  pour  le 
prix  de  125,000  livres,  sans  compter  1,392  livres  d*étrennes,  de 
Bérénice  de  Thibergeau,  veuve  de  messire  Jean-François  de 
Ponnat,  seigneur  de  Beaurières,  président  au  Parlement  de 
Grenoble,  ancien  premier  président  de  la  Chambre  des  Comptes 
de  Savoie.  M.  de  Saint-Vallier  entreprit  immédiatement  la  cons- 
truction d'un  vaste  château ,  à  peine  terminé  lorsque  survint  la 
Révolution.  A  partir  du  mois  de  décembre  1789,  un  système 
d'intimidation,  on  peut  même  ajouter  d'exploitation,  fut  orga- 
nisé par  quelques-uns  des  vassaux  contre  leur  ancien  seigneur. 
Les  lettres  qui  figurent  au  dossier  du  procès  des  incendiaires, 
sont  de  curieux  échantillons  du  style  hypocrite  et  déclamatoire 
du  temps,  manié  par  de  rusés  campagnards.  Quel  que  soit  le  si- 
gnataire, le  prétexte  ne  change  pas ,  oti  veut  rendre  service  à 
M.  de  Saint-Vallier  en  lui  donnant  les  moyens  de  conjurer  la 
destruction  imminente  de  son  château  :  les  rigueurs  de  ses 
agents  ont  exaspéré  la  population  prête  à  en  tirer  vengeance  ; 
mais  une  somme  d'argent  distribuée  &  propos  remédierait  à 
tout,  et  l'on  ne  se  souviendrait  plus  que  des  bienfaits  répandus 
par  M.  et  M™*  de  Saint-Vallier.  Quand  on  vient  à  préciser  les 
griefs,  ils  ont  en  général,  il  faut  l'avouer,  peu  de  rapports  avec 
les  abus  de  la  féodalité.  L'un  de  ces  correspondants  avait  pris 
autrefois  du  foin  au  domaine  du  Merley,  avec  l'intention  bien 
formelle,  assure-t-il,  de  le  rendre  à  la  première  occasion ,  sys- 


368  SOCIÉTÉ  d'archéologie  et  de  statistique. 

tème  de  défense  qui  ne  Tempôcha  pas  alors  d'être  condamné  ; 
il  estime  qu'il  est  de  toute  équité  qu'on  lui  rembourse  les  frais 
judiciaires.  Un  autre  exige  qu'on  suspende  les  poursuites  pour 
le  paiement  des  arrérages  de  la  ferme  d'un  pré.  Dans  les  lettres 
anonymes,  on  se  sert  d'un  langage  moins  prolixe  et  plus  me- 
naçant. Cela  dura  près  de  trois  ans.  Si,  la  peur  aidant,  M.  do 
Saint-Valiier  se  fût  décidé  à  émigrer,  la  question  eût  été  singu- 
lièrement simplifiée  ;  mais  l'obstiné  ne  voulut  jamais  y  entendre. 
U  paraîtrait  même  s'être  rendu  assez  populaire,  puisqu'à  Saint- 
Vallier,  où  il  faisait  sa  résidence  habituelle,  il  ne  fut  pas  inscrit 
sur  Ih  liste  des  suspects.  Les  massacres  de  septembre  1792  ache- 
vèrent de  déchaîner  les  passions  révolutionnaires  sur  toute  la 
France.  Dès  lors^  les  cupidités  longtemps  excitées  ne  se  contin- 
rent plus.  Les  9  et  10  septembre,  on  battit  la  générale  à  Clé- 
rieu,  on  se  porta  aux  châteaux  du  Houchet  et  de  Veaunes,  et 
les  dévastations  ne  furent  arrêtées  que  par  l'arrivée  d'un  déta- 
chement de  grenadiers  de  la  Drôme  en  garnison  à  Romans. 
Pendant  ce  temps ,  un  autre  détachement  des  mêmes  troupes 
fut  appelé  au  Herley  ;  mais  il  s'y  conduisit  mal ,  et  le  comman- 
dant donna  bientôt  le  signal  du  départ,  affirmant,  contre  toute 
évidence ,  qu'il  n'y  avait  aucun  danger  à  redouter.  Le  succès  des 
jours  précédents  enhardit  les  perturbateurs  et  grossit  leur  nom- 
bre dans  plusieurs  communes  :  une  bande,  à  la  tête  de  laquelle 
se  trouvait  une  femme ,  qui  joua  un  des  principaux  rôles  dans 
ces  scènes  de  désordre ,  se  jeta  dans  le  château ,  enfonça  les  ar- 
moires et  se  nantit  des  objets  les  plus  précieux.  Requis  au  nom 
de  M.  de  Saint- Vallier,  le  juge  de  paix  ne  put  se  dispenser  de 
paraître ,  débita  une  froide  harangue  aux  pillards  qui  ne  se  dé- 
rangèrent même  pas,  puis,  se  gardant  bien  de  trop  insister,  se 
retira  discrètement  chez  lui.  On  fut  interrompu  par  le  retour 
des  grenadiers  revenus  sur  leurs  pas  à  contre-cœur,  et  il  fallut 
remettre  le  reste  de  la  besogne  à  un  moment  plus  opportun. 
Tandis  que  les  soldats  détruisaient  les  papiers  des  archives 
comme  entachés  de  féodalité ,  heureusement  les  titres  les  plus 
intéressants  étaient  depuis  longtemps  à  Saint- Vallier,  l'homme 
d'affaires  profita  de  ce  répit  pour  expédier  à  Romans  quatorze 
voilures  de  meubles ,  qui  furent  ainsi  sauvés.  Le  détachement 


ESSAI  HISTORIQUE   SUR   LA   BAR0MI<JI£  DE  CLÉRIEU.  369 

abandonna  de  nouyeau  le  château,  et  le  pillage  reprit  cette  fois 
dansioutes  les  règles.  Des  charrettes  emportèrent  tout  ce  qui  en 
valait  la  peine,  même  les  tuiles.  On  démolit  ensuite  et  Ton  finit 
par  mettre  le  feu.  L'œuvre  de  destruction  était  terminée  Ife  21 
septembre ,  elle  avait  duré  quatre  jours.  Si  peu  portées  à  sévir 
que  fussent  les  autorités  locales,  elles  se  crurent  obligées  à  un 
simulacre  de  répression ,  en  faisant  incarcérer  une  douzaine  de 
meneurs ,  relâchés  .du  reste  presque  aussitôt.  M.  de  Saint-Vallier 
se  montra  moins  tolérant  :  avec  une  rare  énergie ,  il  se  porta 
partie  civile  en  pleine  Terreur  contre  les  incendiaires  de  son  châ- 
teau.-Les  accusés,  au  nombre  de  onze  ,  comparurent  devant  le 
jury  criminel  réuni  à  Valence.  Les  faits  étaient  incontestables , 
et  les  prévenus  eux-mêmes  avouaient.  On  dut  admettre  leur 
culpabilité ,  mais  on  décida  que  le  crime  avait  été  commis  à  la 
suite  d'une  insurrection  pour  cause  de  féodalité,  et  on  leur  ap- 
pliqua l'amnistie  accordée  aux  faits  de  ce  genre  par  un  décret 
du  mois  de  février  1793.  Ce  qu'il  y  a  d'étonnant,  c'est  qu'un 
pareil  procès  n'ait  pas  conduit  à  l'échafaud  celui  qui  avait  eu 
l'audace  de  le  susciter.  M.  de  Saint-Vallier  mourut  cependant 
dans  son  lit ,  en  1 798. 

Clérieu  fut,  au  moment  de  la  nouvelle  organisation  munici- 
pale ,  classé  parmi  les  chefs-lieux  de  canton  du  département  de 
la  Drôme  ;  mais  le  nombre  des  cantons  ayant  été  plus  tard  ré- 
duit ,  cette  localité  fit  partie  de  celui  de  Romans.  Lorsque  les 
guerres  incessantes  du  premier  empire  eurent  fini  par  attirer 
sur  notre  pays  d'inévitables  et  cruelles  représailles  de  la  part 
des  étrangers ,  Clérieu  eut  beaucoup  à  souffrir  des  déprédations 
et  des  réquisitions  des  troupes  autrichiennes ,  qui  occupèrent 
ce  village  au  commencement  d'avril  1814  (1). 

La  commune  actuelle  comprend  une  population  d'environ 


(  I  )  Relation  manuscrite  des  principaux  événements  arrivés  dans  la  com- 
mune ds  Clérieu ,  pendant  que  les  troupes  autrichiennes  ont  occupé  ladite 
commune  et  ses  environs,  par  M.  Benoit,  maire,  !•'  juia  1814;  com.  par  M. 
Reynaud  cadet,  géomètre  à  Clérieu,  qui  nous  a  fourni  d'ailleurs  d'utiles 
renseignements  sur  son  pays. 


370  SOCIÉTÉ  d'aucuéologie  et  de  statistiqce. 

1,900  habitants,  dont  la  moitié  agglomérée  au  chef-lieu  (1). 
Grâce  à  des  industries  très-variées  favorisées  par  les  belles  eaux 
de  THerbasse  (2) ,  ce  lieu  plein  de  souvenirs  a  su  se  créer  une 
nouvelle  ère  de  prospérité.  Des  moulins  à  soie  et  à  farine ,  une 
filature  de  cocons,  Fexploitation  d'une  carrière  de  pierre  de 
taille  renommée  dans  la  contrée ,  enfin  des  poteries  et  des  tail- 
landeries ne  laissent  guère  de  bras  inoccupés. 

En  parcourant  les  vieilles  rues  tortueuses ,  on  remarque  plu- 
sieurs anciennes  habitations,  parmi  lesquelles  la  gromde  maison, 
ayant  appartenu ,  avant  la  Révolution ,  à  la  famille  de  Tardivon , 
qui  sans  doute  la  tenait  de  l'héritage  des  Du  Poisle.  On  aperçoit 
encore  à  l'intérieur  des  murs  des  traces  de  peintures  à  fresque 
qui  semblent  dater  du  XVII*  siècle. 

Il  y  avaità  Clérieu,  comme  dans  beaucoup  d'autres  localités, 
la  maison  de  l'aumône,  située  dans  la  rue  du  Chalon-Mort,  ainsi 
nommée  à  cause  du  torrent  voisin,  presque  toujours  à  sec;  cet 
établissement,  à  la  fois  hospice  et  bureau  de  bienfaisance,  pos- 
sédait des  biens-fonds  et  des  rentes  féodales.  Nous  avons  sous 
les  yeux  le  terrier  dressé  en  1571  au  nom  de  Jehan  Brisset, 
prieur  et  procureur  de  Taumône  (3). Ces  donations,  accumulées 
pendant  des  siècles  dans  ce  pays,  pauvre  alors  et  mal  peuplé, 
témoignent  chez  les  générations  passées  de  la  pieuse  et  cons- 


(1)  Saint-Bardoux  compte  environ  200  âmes  pour  sa  part.  L'épreuTo  de 
l'eau  à  la  fontaine  Saint-Baudille,  dont  nous  avons  parlé  dans  le  précédent 
chapitre,  semble  être  un  vestige  du  paganisme.  On  trouve,  en  effet,  dans  la 
mythologie  grecque  un  fait  analogue.  Près  d'Épidaure,  un  bassin  consacré  à 
la  déesse  Ino  servait  à  la  divination.  On  y  jetait  des  gâteaux.  Surnageaient- 
ils,  le  présage  était  funeste,  tandis  que  leur  disparition  au  fond  de  Teau 
était  regardée  comme  d'un  bon  augure.  Jacobi,  Dictionnaire  mythologi- 
que, trad.  par  Th.  Bernard,  Paris,  1846,  p.  250. 

(2)  L'usine  de  M.  Cote,  un  des  principaux  industriels  du  département,  est 
celle  qui  compte  le  plus  d'ouvriers. 

(3)  In-fol.  de  39  p.  couvert  en  parch.,  comm.  par  M.  Henri  Machou. 
L'aumône  se  faisait  le  jour  de  la  Fête-Dieu. 


ESSAI  HISTOaiQUE   SCR  LA   BARONNIE  DE  GLÉRIEU.  37^1 

taule  sollicitude  de  toutes  les  classes  pour  les  intérêts  des  ma- 
lades et  des  indigents  (1). 

(A  œntinuer.)  Anatole  De  GALLIER. 


(l)  Nous  donnons  ici,  pour  les  temps  reculés,  quelques  noms  des  officiers 
de  la  baronnie,  qui  nous  sont  fournis  par  d'anciens  actes.  i 

Châtelains  :  Ponson  d'Hauteville  et  Àustorgon  de  Vounac,  1314;  —  noble 
Guyonnet  d'Hauteville ,  1315;  —  Acculéon  ou  Hercule  de  Pontenives,  1327; 

-  Jean  Rlcolsi  (d'autres  écriYent  Reolia)  de  Montmeyran,  1332;  —  Pierre  | 

de  Bovier,  vichâtelain,  1569. 

Juges  :  Guillaume  Raybi,  1302;  —  M*  Bertrand  de  Hontaris  ou  de  Mon- 
taus,  1314;  —  Jean  de  Yirieu,  1327;  —  noble  Hugues  de  Lemps,  seigneur 
du  Houchet ,  vers  1500. 


372  SOCIÉTÉ  d'archéologie  et  de  statistique. 

ÉTYMOLOGIES  DES  NOMS  DE  LIEU 

DU  DÉPARTEMENT  DE  LA  DROME. 

(Suite.  -  Voir  Bulletin,  N."  9, 12,  13  et  U.) 


S  i". 


IVoms  de  lieu  empruntée  aux  montagne»  « 
aux  rochers  et  aux  caverne»* 


Tain  est  appelé  Tegna  dans  la  Table  Théodosienne  ou  carte 
de  Peutinger,  que  l'on  croit  être  du  IV* siècle;  Pagus  Tegnensis 
dans  le  X»  siècle;  Villa  Tigno  en  1064  (Giraud,  1»*  partie, 
preuves,  p.  104,  138,  207);  Tinctum  dans  le  XlVe,  et  Thain 
dans  le  Wlb  siècle.  D'après  M.  Houzé  i,  qui  cite  de  nombreux 
exemples,  le  ^  et  le  o  sont  des  lettres  capricieuses  et  banales 
qui  paraissent  et  disparaissent  facilement.  U  est  probable  que  le 
g  de  Tegna  a  été  ajouté  par  les  Romains  au  nom  primitif,  com- 
me dans  Sequana^  Seine:  Saucona,  Saône;  Ycauna,  Yonne, 
dont  l'étymologie  n'en  comporte  pas.  Peut-être  aussi  le  g  de 
Tegna  se  prononçait-il  comme  dans  Compiègne,  empeigne  j  etc. 
La  forme  actuelle  du  nom  de  Tain  reproduirait  donc  à  peu  près 
celle  des  Gaulois.  Cette  petite  ville  était  primitivement  bâtie  sur 
un  plateau  incliné  qui  se  trouve  dans  la  partie  inférieure  du 
coteau  de  l'Hermitage  2.  On  y  rencontre  souvent  des  débris  de 
mosaïques  et  de  marbres  exotiques,  ainsi  que  des  médailles 
romaines.  En  1245  le  fief  de  Tain  appartenait  déjà  à  la  maison 


(1)  Étude  sur  la  signification  des  noms  de  lieu  en  France  j  p.  37. 

(2)  La  carte  de  Y  État-major,  quia  déjà  coûté  tant  de  millioDS,  renferme 
une  erreur  inexplicable  :  on  a  placé  à  200  mètres  au  levant  de  l'hospice 
des  épileptiques  de  la  Tèpe  le  coteau  de  VHermitage,  dont  le  nom  est  écrit 
eu  grosses  lettres,  tandis  quMl  est  à  2  {kilomètres  au  nord-ouest. 


ÉTÏMOLOGIES  DES  NOMS  DE  LIEU   DE  LA   DRÔME.  373 

de  Tournon  ;  en  1644  il  échut  aux  Lévy  ou  Lévis-Ventadour, 
et  en  1707  aux  Rohan-Soubise  ;  en  1783  il  fut  acquis  par  Jean- 
Antoine  de  Hure,  seigneur  de  barnage. 

Le  nom  de  Tain  rappelle  une  idée  de  hauteur  ou  de  lieu 
fortifié  :  il  est  commun  à  plusieurs  localités  situées  dans  une 
position  analogue.  On  retrouve  dans  beaucoup  de  langues  le 
radical  auquel  il  est  emprunté  :  citons  notamment  Thines  (de 
Thinâ)  sur  une  montagne  près  des  Vans  (Ardèche)  ;  Teynal^ 
sur  une  hauteur  près  des  Ollières  (Ardèche)  ;  le  Thinety  près  de 
laFigère  (Ardèche);  le  Tinau,  près  du  Pofit-Laval;  Tein^  en 
Bohême;  Tain,  en  Ecosse;  les  Tonils,  près  de  Bourdeaux, 
village  qui  doit  son  nom  à  trois  coteaux  contigus  ;  les  Tonnis , 
près  d'Omblèze;  les  Tonons,  près  de  Luc  (ce  sont  des  diminutifs 
du  radical);  laTcNE,  près  des  Tonils,  et  la  Time,  montagne 
entre  Vercheny  et  Saillans  [Latune  est  un  nom  de  famille),  etc. 

Parmi  les  mots  qui  dérivent  de  la  même  racine ,  on  remarque 
t\n  et  den,  coteau,  lieu  fortifié,  clos,  en  gall.;  dicm,  hauteur, 
en  éc.  et  en  irl.  (d'où  les  noms  de  Dionières,  un  des  trois 
coteaux  sur  lesquels  on  récolte  le  vin  de  l'Hermitage;  Dion-le- 
Mont,  dans  leBrabant;  Dionay  (Isère);  tun,  tunen,  tunien, 
coteau ,  dune,  et  tunek ,  tuniek,  pays  de  dunes ,  montagneux , 
en  br.;  tim,  correspond  au  dunum  si  commun  dans  les  noms 
de  lieu  gallo-romains  ;  il  est  syn.  de  Btv  (ôtjv,  monceau,  rempart)  ; 
te7i  et  them,  montagne ,  en  dialecte  suisse  ;  dans  les  langues 
germaniques,  ce  radical  rappelait  Tidée  d*un  camp  ou  d*un 
bourg  retranché  qu'on  retrouve  dans  tun,  en  se.  et  en  ang.  s.; 
tuin,  en  holL;  toion,  en  ang.;  teimi,  enanc.  norrique;  tayns, 
en  goth.,  tegn,  en  bohémien,  etc.  *.  BuUet  traduit  Tain  par  ta 
win,  bon  vin;  mais  le  mot  ta  ne  figure  sur  aucun  dictionnaire 
celtique  ou  néo- celtique,  et  la  plantation  de  la  vigne  sur  le 
coteau  de  l'Hermitage  ne  remonte  qu'au  XIII«  siècle  ^.  Quant 


(t)  Voir;  Belloguet,  t.  I,  p.  114  —  Diepenbacu,  p.  327;  —  Pictet, 
Origines,  t.  II,  p.  242;  —  Taylor,  p.  223;  —  Meidinger,  Diction,  comp.  des 
langues  ieuto-gothiques,  p.  409;  —  Bial,  Chemins  et  Oppidum  de  la  Gaule  ^ 
p.  187;  —  PoTT,  Die  Personennamen,  p.  407,  etc. 

(2)  Albert  du  Boys,  Album  du  Dauphiné,  t.  Il,  p.  122;  -  Fabbé  Vincent, 
iSotice  historique  sur  la  viUe  de  Tain, 


374  SOCIÉTÉ  d'aSGHÉOLOGIE  et  de   STATISTIQtJE. 

aux  localités  appelées  vallée  ou  creux  de  la  Tine  ,  Thme,  ligne , 
Tmière^  etc.,  communes  en  Savoie  et  en  Suisse,  leur  nom  n'a 
rien  de  commun  avec  la  fornle^d'une  tme  (cuve) ,  mais  il  est 
emprunté  à  un  ancien  radical  celtique  ayant  le  sens  de  cours 
d*eau. 

Le  coteau  de  Toras  fait  suite  à  celui  de  THermîtage  ;  il  appar* 
tient  à  la  même  catégorie  de  noms  que  ceux  de  Toronne,  mon- 
tagne voisine  de  Clansayes;  de  la  montagne  de  Thorel,  entre 
Die  et  Pontaix;  de  Thor  (Vaucluse),  Taurum  dans  les  actes 
latins;  des  trois  Tors,  près  de  Sisteron;  ce  sont  trois  plateaux 
superposés  ;  du  mandement  ou  de  la  vallée  de  Thorarmc ,  Tho- 
raine,  Taurermeou  Tv/rerme  ( Thora/na ,  Torana,  Torerùi  àenis 
le  XII<  siècle  ) ,  situé  dans  les  montagnes  du  canton  de  Clelles 
(Isère)  ;  du  pays  des  Taurini ,  de  Turin ,  du  mont  Taurus  ;  de 
Tournon:  ToutTion- les -Privas;  Tournoel,  château -fort  en 
ruines;  de  la  fontaine  de  Tourne,  près  du  Bourg  (Ardèche), 
qui  sort  du  creux  d'un  énorme  rocher  sur  lequel  se  trouve  un 
bas-relief  consacré  au  dieu  Mithra  ;  de  Tournay,  près  Marges 
(Drôme),  etc. 

Ces  noms,  de  même  que  le  substantif  Uyur  (lurris)y  auquel 
se  rattache  celui  du  village  des  Toprrettbs  ,  près  de  Hontélimar, 
Castrum  Turretis  et  de  Turetta ,  qui  appartenait  aux  abbés  de 
Cruas ,  dérivent  d'un  radical  qu'on  retrouve  dans  torale,  toro , 
torenus,  toruSy  turo,  montagne,  en  b.  1.;  thoron,  torety  colline, 
en  V.  f.;  tor,  tour  et  montagne,  en  éc.  et  en  irl.;  tor,  tir,  tsir, 
montagne ,  en  chaldéen  et  en  hébreu  (d'où  le  nom  de  la  ville 
de  Tyr;  Gesenius ,  p.  388  et  859)  ;  en  Franche-Comté ,  beaucoup 
de  colUnes  sont  appelées  Taureau  ^  pour  Toro.  Tum  veut  dire 
donjon,  rocher,  tour,  en  gall.,  en  ang.  s.,  en  se.  et  en  anc.  ail., 
lurm  en  ail.;  kmmelle,  tumella  et  tœ^nellay  en  b.  1.,  est  l'an- 
cienne forme  du  mot  tourelle  :  Tomin  (Tumirmm)  est  une 
montagne  dont  il  est  souvent  question  dans  le  cartulaire  de 
Léoncel. 

TouLAUD,  haute  montagne  du  Royannais;  Toulaud,  près  Saint- 
Péray,  surle  penchant  d'une  montagne,  Tolaudum  en  4316; 
le  mont  Toulon ,  qui  domine  Privas  ;  ToMion-sur-Allier;  Toulon- 
sur-Mer  (Telo,  Telon,no,  Tolo^  Tholon)  qu'on  a  voulu  rattacher 


•j 


ÉTTHOLOGIES  DES  IKOUS  DE  LIEU    DE  LA  DRÔttE.  375 

à  telonium,  bureau  dimpôts,  de  douanes;  Tout;  Tancienne 
Toulouse  (Tolosa):  Tulle;  Tullins  [Isère),  Tollinumei  Tullinum: 
et  enfin  Tclette  (Drôme) ,  Tuteta,  sont  des  localités  dont  le 
nom  est  dû  à  leur  position  topographique.  Il  se  rattache  à  la 
même  racine  que  tu/a,  hauteur,  colline,  en  br.,  en  irl.  et  en 
celtib.;  tulach ,  en  éc;  tulo,  en  gall.;  tel  j  en  hébr.,  en  ar.  et  en 
pers.  (comme  dans  les  plateaux  du  Tell,  près  d'Oran);  tul, 
s'élever,  en  s.  c.  t.;  tela,  il  a  élevé,  en  hébr.  i.  Le  nom  de  la 
famille  de  Tholon  ou  roZon-Sainle-Jalle,  connue  en  Dauphiné 
depuis  le  XIV*  siècle,  et  celui  de  la  famille  de  Tulle,  originaire 
du  Piémont,  et  qui  a  possédé  le  fief  de  Montboucher,  près  de 
Montélimar,  sont  dus  à  la  même  idée.  Tîjlettb  est  adossé  à  un 
coteau  ;  ce  nom ,  diminutif  du  radical ,  a  été  altéré  quelquefois 
en  tutela  (défense,  protection);  ce  fief  faisait  partie  de  la  prin- 
cipauté d'Orange.  Raymond  de  Baux  le  vendit,  en  1304,  au 
prieur  du  Pont-Saint-Esprit,  qui  le  posséda  souverainement, 
ainsi  que  ses  successeurs,  jusqu'en  1S63,  époque  à  laquelle  il 
entra  dans  le  domaine  de  la  couronne. 

Upib  ,  près  de  Crest ,  au  pied  du  mont  Hierry,  qui  est  couronné 
par  les  ruines  d'un  château-fort,  était  appelé  Upianumen  1238 
et  en  1385 ,  et  plus  tard  Upia.  Ce  fief  a  appartenu  aux  Poitiers , 
auxHontoison  (1230),  aux  Rabot  (XV«  et  XVI«  siècles),  aux 
Gelas  de  Léberon  (XVH«  siècle) ,  et  aux  de  Vesc  de  Béconne , 
([ui  l'achetèrent  en  1753  pour  le  prix  de  93  mille  livres.  J'hésite 
à  placer  ici  le  nom  à*Upie,  et  j'avoue  mon  embarras;  sauf  celui 
A'Upaix  (Hautes-Alpes),  Epotium,  Upaisium,  et  Upasium,  je 
ne  connais  pas  en  Dauphiné  et  dans  les  pi;ovinces  voisines  de 
nom  analogue,  ni  de  radical  celtique  au  moyen  duquel  on 
puisse  l'expliquer.  Les  langues  germaniques  en  offrent  un  assez 
commun  en  composition  ;  on  le  retrouve  dans  Uplcmd  et  Ober- 
land  (haut  pays)  ;  Updorff{hBL\xt  village)  ;  Upsal  et  Upton  (haute 
maison,  haute  ville)  ;  Upen  et  Uppen  (hauteur) ,  qui  rappellent 


(l)  Fauribl,  Le  Dante  et  les  origines  de  la  langue  italienne,  t.  II,  p.  266; 
—  Bellogubt,  1. 1,  p.  138;  —  Pictet,  Origines  indo-européennes,  t.  II,  p. 
270,  417;  -  Gesbnius,  p.  1057. 


\ 


376  SOCIÉTÉ  d'akchéologie  et  de  statistique. 

la  forme  A'Upianum^  Upie:  c'est  le  mol  up,  upon,  supérieur, 
élevé,  sur,  au-dessus,  en  scand.,  en  ang.  s.,  en  suéd.  et  en 
ang.,  uff,  op,  ob,  en  goth.  et  en  t.,  oben^  ober^  auf,  en  al.; 
upari  et  H/pper  en  s.  c.  t.,  super  en  1.  ^  Cette  racine  existait- 
elle  dans  la  langue  celtique,  qui  avait  de  nombreuses  analogies 
avec  les  langues  germaniques ,  ou  bien  le  nom  d'UpiE  est-il  dû 
à  des  envahisseurs  d*outre-Rhin  ?  Je  ne  sais.  La  anale  àHJpia- 
num  serait  alors  un  simple  suffixe  pris  adjectivement;  Yi  s'y 
serait  introduit. par  attraction  phonétique,  comme  dans  chré- 
tien, musici&n,  etc.,  dont  la  racine  n'en  comporte  pas.  Termi- 
nons enfin  ces  diverses  hypothèses  sur  le  nom  d'UpiE  en  le 
rapprochant  des  n.  d'h.  Oppius,  Ulpius ,  et  Txtoç,  et  de  celui  de 
la  ville  d*ï::iavo; ,  qui  rappelle  peut-être  celui  de  son  fondateur  2. 
Le  nom  du  mont  Vélan,  qui  domine  le  Plan-de-Baix ,  et  dont 
quelques  sommets  ont  plus  de  HOO  mètres  (Voir  le  Bulletin  arch,, 
1867,  p.  414)  ;  du  mont  Vélan  ,  près  de  la  Trappe  d'Aiguebelle  ; 
du  mont  Vélon,  qui  domine  Combovin,  sont  empruntés  à  un 
radical  celtique  et  tudesque;  on  le  retrouve  dans  vhel,  uhel, 
huel,  haut,  élevé,  en  br.  et  en  galL;  huel^  en  scand.;  hugel,  en 
ail.;  wehly  dans  divers  dialectes  allemands,  et  dans  le  nom  des 
Vellavi  (habitants  du  Velay)  ;  des  Velaum,  qui  habitaient  au 
nord  de  Castellane  ;  des  VeliateSy  petit  peuple  ligurien  qui  rési- 
dait près  du  mont  Bobbio;  de  wehldorff,  haut  village,  et  autres 
citéspar  Pott  3. 

Terminons  cette  longue  nomenclature  parle  nom  du  Vercors, 
donné  à  une  réunion  de  montagnes  très-élevées ,  habitées  par 
un  petit  peuple  gaulois  appelé  par  Pline  Vertacomacori  et 
Vertacomicori  (Vertacomiri  et  Veramacori  dans  quelques  copies 
qui  paraissent  fautives.  —  Pline,  III,  21,  2).  Le  Vercors  est 


(1)  FoRSTEMANN,  Die  Deuischen  Ortsnamen,  p.  127;  —  Pott,  p.  62,  527. 
Up  correspond  à  I'mc/i  celtique;  voir  le  mot  Eyzahut,  et  ajouter  qne  jucher 
et  hucher  dérivent  aussi  d'uc/i,  uchel,  haut,  élevé. 

(2)  Je  dois  ces  divers  rapprochements  à  l'obligeance  de  M.  Pictet. 

(3)  Die  Personennamen ,  p.  508;  —  Voir  aussi  :  Zeuss,  p.  306;  —  Bëllo- 
(iUET,  1. 1 ,  p.  203  ;  —  et  le  mot  Eyzahut. 


ÉTYMOLOGIES   DES  NOUS   DE   LIEU  DE  LA   DRÔME.  377 

appelé  Vvrcorium  et  quelquefois  Vercosium  dans  les  actes  des 
XII«  et  Xin«  siècles  ;  c'est  très-probablement  le  nom  gaulois  du 
pays,  tandis  que  celui  des  Vertacomacori  paraît  composé  de 
plusieurs  mots  i ,  comme  celui  de  Veroingétorix  (  grand  chef 
des  exterminateurs  puissants  (Voir  Origtne  des  noms  propres, 
p.  377)  ;  mais  que  signifie  Vertacomacori?  ie  suis  obligé  d'avouer 
mon  ignorance ,  du  moins  pour  une  partie  du  mot  ;  il  me  parait 
renfermer  une  épithète  ajoutée  à  l'idée  de  montagnard. 

Le  mot  Vercors  doit  être  traduit  par  grands  monts  :  il  est 
composé  àever,  grand,  élevé  (Belloguel,  t.  I,  p.  138),  qu'on 
retrouve  dans  Vernemetum,  grand  temple ,  Vercingétorir,  Ver- 
cobius,  grand  vainqueur,  etc.,  et  du  même  radical  que  cor, 
colline,  hauteur,  en  irl.  et  en  gall.;  géra,  montagne,  en  slave, 
entartare,  en  illyrien  et  en  basque;  careig  et  caraiek,  rocher, 
en  gall.  et  en  irl.;  caironus,  carrière,  en  b.  1.;  caire  et  cadron, 
en  prov.;  kairenneky  en  br.;  cadre,  camp,  château-fort,  en 
cambrien  2. 

Ces  divers  mots  entrent  dans  la  composition  de  beaucoup  de 
noms  de  lieu,  tels  que  les  suivants  :  Tricorii  (montagnards, 
tre,  tref,  tri,  village,  pays);  les  Tricorii  habitaient  le  Devoluy 
(Hautes- Alpes)  ;  Petrocorii  (capitale  Perigueux),  ce  mot  paraît 
renfermer  la  même  idée  rendue  en  celt.  et  en  1.;  Vercoiran, 
près  du  Buis,  Vercoiranum  en  1284,  village  perché  sur  une 
haute  montagne,  qui  a  appartenu  aux  de  Morges  (XIY«  siècle); 
auxd'Urre  (1600);  à  Jean-Louis  Pape  (1650),  et  aux  de  Sade 
(1789);  Vercoirarhj  de  même  que  Vercorium,  veut  dire  grand 
mont;  Vercors,  montagne  qui  domine  le  Poét-Laval  (Drôme), 
mentionnée  dans  un  acte  de  1332;  Vercoren  (Vercoiros  et  Verco- 
rens  dans  le  XII*  siècle),  sur  une  montagne  dominant  le  Valais 
(  Suisse  ) ,  noms  analogues  à  celui  de  Verdun  (haute  dune ,  voir 


(l)M.  Adolphe  Pictet  voit  dans  Vercors  une  forte  contraction  de  Veriaco- 
macori ,  dont  la  signification  lui  est  inconnue  :  il  ajoute  que  cor  signifie 
coUine  et  district,  cercle.  • 

(2)  Zsrss,  p.  110  et  657;  —  HouzÉ,  p.  35.  —  Le  changement  de  la  voyeUe 
arrive  souvent  quand  le  mot  passe  d'un  idiome  dans  Tautre,  comme  dans 
steiHy  siane,  «/orw (pierre,  rocher). 


378  SOCIÉTÉ  d'archéologie  et  de'  statistique. 

Tain),  commun  à  huit  villes  ou  villages,  et  de  la  Bâtie- Verdun , 
près  de  Vercoiran ,  protégée  autrefois  par  un  château  placé  sur 
le  flanc  d'une  haute  montagne  ;  ce  fief  appartenait  en  1766  aux 
Bargeton  de  Massargues. 

Citons  encore  Sommecure  (sv/mmus  mons^  le  plus  haut  mont); 
la  chaîne  du  Coiron  (Coirotus  en  981  ) ,  une  des  plus  élevées  de 
TArdèche  ;  le  bourg  de  Ccmcourœi ,  perché  sur  une  montagne 
peu  éloignée  du  Covron  (cou,  pour  curtis,  maison,  comme  dans 
Coûter t,  maison  de  Berl)  ;  la  Roche-Cowcoî/ron,  un  des  pics  de 
la  montagne  de  la  Lance,  prèsde  Taulignan;  Bouqueiron,  près 
de  Grenoble,  Boqueiron  dans  les  anciens  actes;  Boucoiran 
(Gard),  Bocoiran  dans  le  XlIIe  siècle,  sous  lequel  on  passe  en 
tunnel,  et  qu'on  peut  traduire  par  montagne  du  bois  (boco, 
bois,  en  b.  1.),  ou  beau  mont,  comme  Beaucaire  (beau  fort), 
commun  à  plusieurs  localités  ;  le  Cairouœ,  le  Cairon ,  Qiieyras, 
Queyrières,  etc.,  et  les  mots  vulgaires  Coiron  et  Cairon,  banc 
de  rochers  formant  la  corniche  d'une  montagne,  en  Franche- 
Comté. 

Le  fief  du  Vercors,  comme  celui  de  Valdrôme,  appartenait  à 
l'évêque  de  Die  et  à  plusieurs  co-seigneurs. 


imOlOùlES  DES  NOMS  DE  UBU   DE  LA  DsAlIE.  379 


SU. 

IVoms  de  lieu  empruntés  au:K  vallée«« 


Ces  noms  sont  moins  nombreux  que  ceux  dont  nous  venons 
de  parler  et  forment  un  petit  nombre  de  groupes.  Le  premier, 
par  ordre  alphabétique,  comprend  les  noms  suivants  :  Combb, 
la/ Combe,  les  Combes,  les  Combeaux,  Combelle,  Bellecombe, 

COMBEMONT,  COMBOVIN  Ct  COMPS. 

une  branche  détachée  vers  1400  de  la  maison  de  Vesc,  connue 
depuis  le  XII^  siècle,  a  possédé  les  fiefs  de  Combemont  et  de 
CoMPS,  dans  le  canton  de  Dieuiefit.  Cmnbemont,  près  de  Sous- 
pierre,  sur  la  rive  gauche  du  Jabron,  est  sur  une  hauteur 
dominant  la  vallée,  ce  qui  justifie  la  signification  de  son  nom, 
Combx  mons  ou  Combemont,  transporté  à  une  terre,  impor- 
tante aujourd'hui  [elle  contient  300  hectares),  qui  appartient 
depuis  im  siècle  environ  à  la  famille  Rivière  de  La  Mure  »  de 
Hontélimar.  Cette  terre  a  été  la  propriété  d'une  branche  des 
de  Vesc,  tombée  en  quenouille  vers  1750  dans  la  famille  de 
Tulle ,  du  Comtat.  Combemont  sur  la  carte  de  Cassini ,  aujourd'hui 
Combawmont,  sur  un  plateau  qui  domine  au  loin  le  cours  du 
Rhône  et  où  les  Romains  avaient  b&ti  plusieurs  villas ,  semble 
donner  un  démenti  à  la  signification  d'une  partie  de  son  nom. 

CoMBOviN,  près  de  Chabeuil,  a  appartenu  aux  de  Marquet 
(1640),  et  aux  Lacroix,  marquis  de  Pîsançon  (1677-1789).  Les 
anciennes  formes  de  ce  nom  étaient  Combauvi  en  1225  (  Cart, 
de  Léoncel,  p.  96);  Combo\Ànum  et  Combovium  du  XIII«  au 
X\I«  siècle  ;  il  rappelle  des  bœufs  ou  des  brebis  (Comba  bovina 
ou  Comba  ovina) ,  et  le  nom  de  Combouvet,  dont  il  est  question 
dans  un  acte  de  1345  •.  inclinerais  plutôt  pour  Comba  ovina. 


(1)  L'abbé  Chevalier,  Chartularium  Sancti  Pétri  de  Burgo  Yalmtiâ!y 
p.  U8. 


3S0  SOCIÉTÉ  d'àbcheologie  et  de  statistique. 

d'après  un  acte  de  1282  {Cart.  de  Léoncel,  p.  2S0) ,  dans  lequel 
on  lit  :  «  Poncius  Bertrandi,  berbierius  Lioncelli  (de  Léoncel) 

dicit  quod  pascebant  oves  suas  ad  destrez  (défilé, 

gorge)  de  Combovino  ». 

Je  ne  sais  si  Combovin  est  la  localité  dont  il  est  question  dans 
un  acte  passé  par  Louis  de  Poitiers,  en  1419,  et  qui  se  termine 
ainsi  :  «  Actimi  in  combâ  vocatâ  Comba  BelimiiSj  in  mandamenio 
Cabeoli.  »  On  trouve  le  nom  de  Jean  Bellion,  à  Romans,  en  1340; 
il  parait  être  une  altération  de  celui  de  Berlio  qu'on  rencontre 
dans  cette  ville ,  et  à  Lyon ,  dès  le  XI«  siècle ,  et  dont  Berlioz  et 
Berlhe  sont  les  formes  modernes.  Les  Berlioii  ont  été  seigneurs 
d'Ourches  et  de  Vérone  jusqu'en  1441.  Quant  à  Coups,  qui  a 
appartenu  aussi  aux  Poitiers,  et  en  dernier  Tieu  aux  Chabrillan, 
ce  village  est  appelé  Cums  en  1210;  de  Co7)\bis  en  1293;  Cas- 
trum  de  Comps  en  1324.  Huit  villages  de  France  se  nomment 
Comps,  et  plusieurs  localités  d'Angleterre  Corupton,  maison  ou 
ville  de  la  vallée  ^  Le  nom  latin  de  Comps  (Puy-de-Dôme) 
était  Cumœ,  identique  avec  Cuma  et  Coma  y  vallée,  en  b.  1. 
(Kum  et  Koms  en  br.). 

Quant  à  Combe  (vallée,  en  v.  fr.),  on  le  retrouve  encore  sous 
les  fornies  suivantes  :  Cumba  en  b.  1.  ;  Cwm  en  gall.  ;  Cumer  et 
Cumber  en  anc.  ang.;  Comb  en  ang.;  Konbant  en  br.;  gobant 
en  irl.;  d'un  radical  sanscrit  qui  veut  dire  objet  creux  et  qui  a 
formé  Kv/mbâ ,  coupe,  vase  -,  xufji^oç  et  xuijl5y;  en  gr.  2. 

Crozes,  près  de  Tain,  Apud  Crozas  en  1470,  ainsi  que  le 
Cros,  les  Cros,  le  Crouzet,  Crouzillac,  Crozat,  Cruzy,  etc., 
veulent  dire  lieu  creux ,  vallon  ou  ravin  encaissé ,  ^tandis  que  la 
combe  est  le  plus  souvent  formée  par  une  simple  ondulation  de 
terrain.  Cros  et  Croze  en  v.  fr.  ont  la  même  racine  que  crosum 
et  crosus  en  b.  1.,  et  l'adjectif  creux  (crues  dans  le XIII« siècle), 
et  se  rattachent  peut-être  à  l'irl.  creachair,  creuser.  Crozes,  qui 
était  d'abord  un  arrière-fief  de  la  baronnie  de  Clérieu ,  et  plus 
tard  de  la  maison  de  Poitiers,  a  appartenu  aux  d'Urre  (XVI« 


(1)  Taylor,  Words  and  Places ,  p.  227. 

(2)  BuRNouF,  Dici.  sanscrit,  p.  171;  —  Pictet,  Origines,  t.  U,  p.  275. 


ÉTTMOLOGIES  DES  NOMS   DE  LIEU  DE  LA  DRÔME.  384 

siècle)  et  aux  Lacroix,  marquis  de  Saint- Vallier.  Pour  Galaure 
yoir  Valloire. 

GuMiANE,  près  de  la  Motte-Chalancou ,  paratt  se  rattacher  au 
même  groupe  de  mots  que  Kum  et  Koms  (combe)  en  br.;  Gumm 
et  Kummen  en  dialecte  suisse;  &ump  en  tud.  i,  combiné  peut- 
être  avec  la  finale  an  dont  il  a  été  question  au  mot  Geyssans, 

§1. 

Olle,  Ole,  Oulle,  Ule  sont  d'anciens  mots  qui  signifient  tor- 
rent ,  ravin ,  vallée  encaissée ,  arrosée  par  un  cours  d'eau  ;  on 
les  retrouve  dans  les  noms  suivants  :  la  vallée  de  I'Oulb,  près 
de  Nyons,  vallis  Ollœ^;  TOule  ,  Olla,  qui  se  jette  dans  TEygues 
à  Rémuzat  ;  Barbbrolles  ,  torrent  qui  sort  de  la  gorge  étroite  et 
profonde  dans  laquelle  est  bâti  le  village  de  Barbières ,  et  qui 
veut  dire  :  ravin  de  Barbières  ;  on  appelle  aussi  Barbeyrols  plu- 
sieurs ravins  encaissés  qui  sont  au  midi  de  Saint-Priest  (Ar- 
dèche);  voir  Barbières,  g  V;  Ollon,  près  du  Buis,  Castrum  de 
Aulono  en  1284,  qui  appartenait  dans  le  XVII«  siècle  aux 
d'Agoult,  est  à  l'extrémité  d'une  vallée  encaissée;  l'eau  d'Olle  et 
la  petite  Olle,  qui  arrosent  l'Oisans;  on  appelle  Ouïe  et  Houle, 
dans  les  Pyrénées ,  les  vallées  dont  les  parois  sont  formées  de 
hautes  montagnes  taillées  à  pic,  comme  Y  Ouïe  de  Gavarnie. 

Ces  noms  paraissent  avoir  la  même  racine  que  hohl,  creux, 
concave,  en  ail.;  hol  en  tud.  et  en  hol.;  hul  en  dan.;  holle,  en 
ail.,  est  le  trou  par  excellence,  l'enfer.  Du  danois  huulsole, 
creux  de  la  mer,  dérive  le  substantif  houle  3.  On  peut  rapprocher 
Oulle  de  son  synonyme  goulet,  gorge,  que  l'on  croit  d'origine 
celtique,  et  qu'on  retrouve  dans  les  noms  du  Goulet  de  Brest, 
des  Goulets  du  Royannais,  etc.  Les  mots  Olle  et  Oulle  peuvent 
être  traduits,  suivant  les  circonstances ,  de  plusieurs  manières 
différentes  et  rappeler  une  ancienne  poterie  ou  tuilerie,  du  latin 
olla,  pot ,  vase  (dans  le  XYII*  siècle ,  il  y  avait  à  Grenoble  la  vue 
des  Olliers  ou  potiers);  ils  peuvent  dériver  aussi   d'au/a. 


(1)  Gatschet,  Ortsetyniologische  Forschungen,  p.  Î48. 

(2)  Ce  fief  appartenait  en  1600  à  René  de  La  Tour-Gouvernet. 

(3)  A.  De  Chevallet,  t.  1.  p.  &39. 

Tome  IV.  — 1869.  2o 


t  382  SOCIÉTÉ  d'archéologie  et  de  statistique. 


domaine ,  maison ,  en  b.  1.  (  a/ala ,  château  en  1.),  qui  paratt  avoir 
[  formé  les  mots  basques  olh,  olha,  cabane,  bergerie,  comme 

dans  Olhagaraï,  cabane  du  coteau,  Olhaberry,  cabane  neuve, 
etc.  Ces  mots  presque  similaires,  mais  qui  proviennent  de  la 
jonction  de  divers  courants ,  rendent  parfois  incertaine  la  science 
étymologique.  Cette  isophonie  existe,  du  reste,  dans  divers 
mots  de  la  langue;  la  phrase  suivante,  empruntée  à  Peignol, 
est  le  meilleur  exemple  à  citer.  «  J'ai  rencontré  cinq  capucins , 
saiv^  de  corps  et  d'esprit,  qui  ceints  du  cordon  de  saint  Fran- 
çois, portaient  dans  leur  sein  xm  hiàuc-seing  dn  Saint-Père.  » 

Les  noms  de  Saou  ,  près  de  Crest ,  étaient  Sauna  dans  le  V« 
siècle ,  Castrum  de  Saône  ou  Saonis  du  IX*  au  XV«  siècle.  En 
890,  Louis  IV,  fils  de  Boson,  donna 5aou  à  l'évêque  de  Valence; 
dès  le  IX®  siècle,  dit  M.  l'abbé  Vincent,  un  château  fut  construit 
sur  la  crête  d'un  rocher,  près  d'une  abbaye  placée  sous  le 
vocable  de  Saint-Thiers.  Dans  le  XIII*  siècle,  le  fief  de  Saou 
avait  passé  aux  Poitiers,  et  dans  le  XVe  au  roi  de  France; 
Louis  de  Blaïn  l'acheta  d'Henri  IV  pour  le  prix  de  10,898  écus, 
et  les  La  Tour-du-Pin-Montauban  le  possédaient  en  1789. 

Saou  est  bâti  à  l'extrémité  inférieure  d'une  vallée  traversée 
par  la  Vèbre  :  la  forme  latine  du  nom  paratt  empruntée  à  la 
même  racine  que  saonen,  vallée  traversée  par  un  cours  d'eau , 
en  br.,  et  qu'on  retrouve  dans  le  nom  de  beaucoup  de  rivières  : 
peut-être  est-ce  le  cours  d'eau  qui  a  donné  son  nom  à  Saou  ,  qui 
serait  alors  identique  à  celui  de  la  Sone ,  sur  les  bords  de  l'Isère. 
Parmi  les  noms  de  rivières  empruntés  comme  saonen  au  s.  c. 
t.,  sima,  cours  d'eau  {sua  en  irl.;  soon  en  finlandais),  on  peut, 
citer  la  Saune,  à  Sassenage;  la  Sonne,  près  de  Salaise  (Isère) 
et  dans  le  canton  de  Fribourg  ;  la  Sonnecke  dans  le  Hainaut  ;  la 
Saane  en  Lyonnais,  en  Normandie  et  en  Suisse;  la  Seugne, 
affluent  de  la  Charente  [Sona  et  Seigna  en  1.)  ;  la  Sone ,  affluent 
du  Gange;  et  les  noms  modernes  de  la  Saône  et  de  la  Seine ^. 
Valdrome  ,  Vallis  Dromx  en  1389 ,  a  appartenu  aux  comtes  de 


(1)  PoTT.,  p.  422;  -  PrcTET,  Origines,  t.  l.  p.  139;  —  L.  de  Bochat, 
Mémoires  critiques  sur  la  Suisse,  t.  III,  p.  529. 


ÉTTMOLOCIES  DES  NOMS  DE  LIEU  DE  LA  DKAmE.       383 

Die,  jusqu'en  il89;  aux  d'Agoult  et  aux  évëques  de  Die  qui 
l'achetèrent  en  1436.  De  môme  que  dans  le  Vercors,  il  y  avait  à 
Valdronb  plusieurs  co-seigneurs  »  notamment  les  Chevandier, 
qui  en  ont  pris  le  nom.  Dans  le  siècle  dernier  cette  indivision 
mal  définie  occasionna  de  longs  procès  entre  Tévèque ,  Mgr.  de 
Cosnac,  et  un  des  co-seigneurs ,  M.  de  Galien  de  Chabons.  Le 
premier  se  prétendait  seul  seigneur  de  la  terre  de  Valdrome,  et 
il  soutenait  que  son  adversaire  était  seulement  co-seigneur 
panier,  c'est-à-dire  n'avait  qu'une  juridiction  particulière  li- 
mitée seulement  aux  hommes  qui  relevaient  de  lui ,  tandis  que 
l'évèque  avait  une  juridiction  universelle  sur  tous  les  habitants. 
Valoozb,  près  de  Nyons,  a  la  même  étymologie. 

Valaurie,  près  de  Grignan,  qui  a  appartenu  aux  Adhémar  de 
La  Garde ,  aux  Castellanne  et  aux  d'Hugues ,  est  appelé  Vallis 
aurea  en  1237  (Actes  des  Adhémar)  et  VaHauria  en  1291.  On  a 
traduit  ce  nom  par  vallée. dorée ,  fertile,  en  citant  à  l'appui  de 
cette  étymologie  les  antiquités  romaines  trouvées  à  Valcmrie, 
et  par  vallée  venteuse  (aura ^  vent).  Ce  nom  pourrait  aussi  être 
synonyme  de  ceux  de  Valloire  et  de  Gauure,  portés  par  deux 
bassins  contigus  et  presque  parallèles.  La  Valloire  est  appelée 
Vallis  OMfrea  en  999  <  et  Yal  d'or  dans  le  XYII^  siècle ,  à  cause 
de  la  fertilité  de  son  sol.  La  Galacre  est  désignée  dans  une 
charte  de  1026  (Giraud,  2*»  partie,  Preuves,  p.  72)  sous  le  nom 
de  in  valle  Walauro ,  et  plus  tard  Galaurum ,  Valabru/in  et  fîo* 
labrum  :  on  sait  que  le  ff  et  le  F  étaient  souvent  employés  l'un 
pour  l'autre,  comme  dans  Guillaume  et  Willelm. 

Il  est  fort  possible  que  dans  les  noms  de  Valaurie^  Valloire 
et  Galaure  le  mot  vallis,  val,  qu'on  rattache  au  s.  c.  t.  vil, 
diviser,  couper,  d'où  i;i/an, fossé (valla  en  prov.),  soit  combiné 
avec  un  radical  qui  veut  dire  cours  d'eau,  ce  qui  leur  donnerait 
le  sens  de  vallée  du  ruisseau  ou  de  la  rivière.  On  le  retrouve 
dans  beaucoup  de  noms  de  cours  d'eau ,  tels  que  YAuron  ou 
Oron,  qui  arrose  la  Vallovre,  VOurron  et  VOrion  (  Basses-Py ré- 


(1)  Chabvet,  Histoire  de  Véglise  de  Vienne,  p.  271. 


384  SOCIÉTÉ  d'archéolooie  et  de  statistique. 

nées),  VOria,  YOv/re,YOreuse,  YUre  (Angleterre),  YEurotas, 
Y  Eure,  Y  Orbe  (Hérault),  contraction  d'opo6tç  ou  opo6toç,  etc.  On 
rencontre  dans  plusieurs  langues  le  radical  qui  nous  occupe , 
notamment  dans  ur,  oura,  eau,  pluie,  en  b.  q.  {elura,  neige, 
litt.  eau  en  poussière),  qui  a  formé  le  nom  de  divers  torrents 
des  Pyrénées  {Urbicos,  eau  rapide;  Vrruii,  Ou/rasson,  fontaine 
bonne,  etc.);  urvi,  rivière ,  urana,  nuage,  en  s.  c.  t.;  ce  mot, 
en  passant  dans  le  grec  sous  la  forme  d'oupavoç  a  pris  le  sens  de 
ciel.  Le  latin  vâ-ina  (oypov,  en  grec)  voulait  dire  dans  le  prin- 
cipe eau,  d*où  urinare,  plonger,  uma^  urne,  etc.  Je  ne  puis 
donc  admettre  l'étymologie  de  coluber  ou  galaber  par  corruption, 
couleuvre,  donnée  à  la  Galaure  à  cause  de  ses  replis  dan- 
gereux. 

Le  nom  d'URiACE,  AuriacumenHlQ^  et  plus  tard  Uraiicum, 
Auriaciurriy  Auriatgium ,  paraît  avoir  la  même  origine  ;  cette 
traduction  est  plus  probable  que  celle  A'urentes  aquœ,  eaux 
brûlantes ,  proposée  par  plusieurs  auteurs.  Si  elle  était  vraie 
pour  une  époque  reculée,  les  Romains  n'auraient  pas  construit, 
pour  chauffer  ces  eaux,  un  fourneau  dont  on  a  retrouvé 
les  restes  en  1844,  à  cinq  cents  mètres  de  rétablissement 
actuel  1.  On  a  rencontré  à  Nismes  un  autel  sur  lequel 
sont  gravés  ces  mots  cuUores  Urx  fontis,  c'est-à-dire  les  adora- 
teurs ou  les  habitués  de  la  fontaine  6Va,  aujourd'hui  Eure, 
dont  les  eaux  arrivaient  à  Nismes  en  passant  par  le  pont 
du  Gard  2.  M.  Le  Héricher  3  dit  qu'en  Normandie  on  prononce 
Ure  au  lieu  d'Eure ,  et  que  c'est  le  motif  pour  lequel  Voltaire  a 
fait  rimer,  dans  la  Henriade,  Eure  ayec  nature.  Voir  aussi 
Eu/rre,  §  IV. 

Vaunaveys,  près  de  Crest,  Vaunavesium  en  1332;  Valnavez 
dans  le  XV«  siècle;  Vallis  Navigii  dans  certains  actes,  a  appar- 
tenu aux  Poitiers,  aux  d'Urre  (1464)  et  aux  Clermont-Hontoison 


(1)  Greppo,  Eeaux  thermales  de  la  Gauler  p.  260. 

(2)  Greppo,  idem,  p.  213;  —  Walkenaer,  Géographie  des  Gauks,  l.  II, 
p.  180. 

(3)  Philologie  topographique  de  la  Normandie,  p.  13. 


ETYMOLOGIES  DES  NOUS  DE  UEU   DE  LA  DRÔME.  385 

(1766).  M.  Delacroix  (p.  641  )  dit  que  le  village  est  adossé  à  un 
rocher  qui  a  la  forme  d*UQ  vaisseau  renversé,  ce  qui  a  déter- 
miné le  nom  deVallis  Navigium,  vallée  du  navire.  VoAilnaveys, 
près  dé  Vizille,  est  appelé  aussi  Vallis  Navigiien  1267,  parce  que 
la  vallée ,  dit-on ,  a  la  forme  d'un  vaisseau  :  d'autres  auteurs 
pensent  que  Vaulnaveys  est, une  altération  de  vallis  nova, 
vallée  nouvelle,  et  que  ce  nom  lui  a  été  donné  à  l'époque  où 
la  Romanche  a  changé  de  lit  en  pratiquant  une  ouverture  à  la 

barre  qui  la  séparait  du  bassin  du  Drac.  Tout  cela  me  paraît  peu 
vraisemblable. 

La  seconde  partie  du  nom  de  Vaunaveys  ne  peut  pas  être 
expliquée  symboliquement,  et  doit  pouvoir  s'appliquer  aux 
localités  qui  portent  un  nom  analogue  ;  mais  ici  commence  la 
difficulté,  parce  que  ce  radical  a  diverses  significations.  En 
Dauphiné  et  dans  les  pays  voisins  il  parait  avoir  eu  le  sens  de 
hauteur,  montagne ,  comme  dans  les  noms  suivants  :  le  pic  de 
Naves  ,  près  de  Sassenage  ;  le  serre  de  Navon  ,  qui  domine  le 
ch&teau  de  Belleau ,  au  nord  de  Donzères  ;  Naves  ,  de  navis  en  1., 
sur  une  montagne  près  des  Vans  (Ardèche);  Navas,  Naves, 
Navon,  assez  communs  dans  les  Cevennes;  le  Navech;  Navette 
(Hautes-Alpes),  etc.  Vaunaveys  serait  alors  synonyme  de  Val- 
mont  ou  de  Montval  ;  mais  nave  est-il  emprunté  à  une  racine 
dont  je  n'ai  pas  rencontré  de  trac^  en  ce) t.,  et  qu'on  retrouve 
dans  nap  et  nàb ,  hauteur,  pic,  en  scand.  et  en  ang.  sax.  i,  ou 
vient-il  par  métaphore  du  radical  qui  a  formé  le  1.  niveSy  neige 
(nei/* dans  le  XI»  siècle,  n&oe  en  it.),  ou  nebula,  nuage  [naba 
en  s.  c.  t.),  ces  localités  étant  plus  souvent  que  les  autres  cou- 
vertes de  neige  ou  voilées  par  les  brouillards  ?  Je  ne  sais. 

Dans  le  nord  de  la  France,  notamment  pour  Naves  (Nord) , 
Navois  (Doubs),  ce  mot  doit  être  traduit  par  prairie  aquatique , 
marais,  lieu  bas,  nave  et  navie  dans  l'ancien  idiome  du  pays  ^. 
C'est  une  variante  de  la  Nous  et  des  Noues,  si  communes  dans 


(1)  MoBRis,  The  etymology  of  bcal  names  ^  p.  ôt, 

(2)  Hannier,  Études  étymologiques,  p.  296. 


386  soGiÉTÉ  d'aechéologie  et  de  statistique. 

certains  pays  {noa  en  b.  1.;  naoz,  cours  d'eau,  en  br.;  naod  en 
irl.;  navaj  navajo,  étang,  en  esp.;  navette,  vivier,  dans  la 
Suisse  ;  —  Gatschet,  p.  293).  Arnayon,  dont  il  a  été  question  au 
§  I ,  pourrait  alors  être  expliqué  par  :  le  marais. 

Dans  les  Pyrénées,  naA)a  a  le  sens  de  vallée  ou  de  plaine 
située  au  pied  des  montagnes ,  suivant  que  ce  mot  est  emprunté 
au  b.  q.  ou  à  Tesp.;  on  le  retrouve  dans  Navarre ,  Navahermosa^ 
NavasfriaSy  Navacarnero  (vallée  ou  plaine  belle,  froide,  des 
moutons);  etc. 


(A  cmtinuer.)  B.<«  de  COSTON. 


CÉOGEAFHIE  AIUCIEKNE  OU  DAUPHINé.  387 


GÉOGRAPHIE  ANCIENNE 

DU 

DAUPHINÉ. 


I  iH' 


Messieurs, 

Dans  une  Société  à  rétatd'enfaace  intellectuelle,  rimagination,  cette 
folle  du  logis,  a  ta  plus  grande  part  dans  la  confection  des  œuvres  his- 
toriques ;  la  légende  abonde,  d'autant  mieux  accueillie  qu'elle  est  plus 
fantastique.  Tout  autre  est  Tesprit  qui  a  présidé  à  la  rédaction  des  bul- 
letins de  notre  Société  ;  il  n*y  a  qu'à  les  parcourir  pour  se  convaincre 
que  cet  ensemble  constitue  déjà  une  publication  trés-sérieuse  qui  res- 
tera, que  Ton  consultera,  parce  qu'elle  s'est  inspirée  des  méthodes 
sévères  et  lumineuses  de  notre  glorieuse  époque,  dont  les  deux  grands 
titres,  aux  yeux  de  la  postérité,  seront  [celui  de  l'histoire  et  celui  de 
la  science. 

Il  y  a  trois  ans  de  cela  (bon  symptôme,  notre  Société  prend  de  l'âge), 
sur  la  proposition  de  M.  Vallentin,  vous  avez  nommé  une  commission 
chargée  de  rechercher  l'emplacement  de  nos  peuplades  gauloises  et  de 
faire,  en  môme  temps,  appel  aux  hommes  de  bonne  volonté.  J'ai  ré- 
pondu à  cet  appel  en  rédigeant  une  carte  sur  le  patron  de  celle  de 
M.  Macé  ;  j'ai  pensé  que  la  carte  antique  de  noire  département,  sur  un 
grand  format,  devait  être  précédée  d'une  carte-esquisse  jouant  le  rôle 
d'avaut-garde  et  d'éclaireur.  Une  raison  m'a  paru  décisive  pour  géné- 
raliser cette  carte.  Les  Vocontiens  et  les  Allobroges  n'étant  point  com- 
pris en  entier  dans  notre  département,  leur  délimitation  entraine  forcé- 
ment une  excursion.  Des  cartes  féodales  et  ecclésiastiques,  conçues 
dans  le  même  esprit,  seraient  également  bien  à  désirer,  surtout  si  nous 
nous  souvenons  du  proverbe  :  «  L'esprit  est  plus  vivement  fiappé  par 
le  chemin  des  yeux  que  par  celui  des  oreilles.  » 

Lorsqu'il  s'agit  d'un  pareil  travail,  on  doit  avoir  soin  de  bien  préciser 
l'époque  à  laquelle  il  se  rapporte.  Avant  la  domination  romaine,  les 
Gaulois  menaient  une  vie  errante  et  guerrière  ;  les  Allobroges  et  les 
Arvemes  combattaient  sur  la  Sorgue,  assez  loin  de  leur  domaine  défi- 


388  SOCIÉTÉ  d'archéologie  et  de  statistique. 

Ditif  ;  et  selon  le  Scholiasteàe  Juyénal  (satire  YIII),  les  Àllobroges  étaient 
ainsi  nommés  à  cause  de  leur  refoulement  dans  un  pays  qui,  primitive- 
ment, n'était  pas  ie leur;  étymologie  (àllobroges,  autres  diamps)  plausi- 
ble et  grande  probabilité  du  fait.  Les  fleuves  étant  alors^les  principales 
voies  de  communication ,  chaque  tribu  s'efforçait,  par  cupidité,  d'en 
occuper  exclusivement  les  deux  rives.  Ainsi,  les  rives  de  l'Isère,  à  Gre- 
noble, devaient  être  exploitées  tour  à  tour  par  les  Allobroges,  lesYocon- 
tiens,ies  Ucénien?;  celles  de  la  Bourne,  àSaint-Nazaire,  en  un  mot,  le 
Royannais  (1  ),  alternativement  par  les  Allobroges  ou  par  les  Vocontiens,  ou 
encore  par  le  mélange  de  ces  deux  peuples,  au  gré  de  leurs  discordes  ou 
de  leurs  alliances.  Les  hautes  montagnes  elles-mêmes  ne  constituaient 
pas  une  barrière  infranchissable.  De  nos  jours,  sur  le  revers  du  mont 
Genèvre,  on  trouve  les  cantons  à  langue  française  d'Oulx  et  de  Guil- 
laume, et  quand  on  a  franchi  le  col  de  la  Seigne,  et  qu'on  se  trouve 
dans  l'Italie  géographique,  on  est  tout  étonné  de  rencontrer  les  habi- 
tants du  val  d'Aoste  parlant  le  savoyard  et  tenant  absolument  à  passer 
pour  Savoyards.  Mais,  aussitôt  que  les  Romains  devinrent  nos  maîtres, 
il  est  hors  de  doute  qu'ils  firent,  pour  les  agri  des  barbares,  ce  qu'ils 
avaient  fait  pour  leur  agro  romano,  dont  ils  fixèrent,  une  fois  pour 
toutes,  rinvariable  étendue,  et  que  l'enfant  du  peuple  désigne  encore 
de  cette  façon  aux  touristes  étrangers.  Eu  général,  ils  découpèrent  leurs 
circonscriptions  sur  lu  patron  de  chaque  tribu  ;  quelquefois  ils  la  dé- 
membrèrent ai:  ^Té  de  leur  politique.  Malheureusement,  nous  avons 
perdu  leur  cadastre,  et,  pour  nous  en  faire  une  idée,  il  faut  avoir  re- 
cours aux  anciens  géographes,  aux  monuments  lapidaires,  et  surtout 
aux  anciens  diocèses.  Dans  chaque  cité  ou  petit  état,  l'évéque  ayant,  un 
beau  jour,  pris  la  place  (2)  du  flamine  d'Auguste  ou  flamine  perpétuel, 
chef  suprême  de  la  religion  de  la  cité ,  les  anciens  diocèses  devraient 
reproduire  fidèlement  les  circonscriptions  telles  que  les  a  trouvées  la 
substitution.  Mais,  comme  ie  clergé  se  recrutait  alors  au  moyeu  des 
abbayes,  qui  jouaient  le  rôle  de  nos  actuels  grands-séminaires,  des 
prieurés  de  moines  détachés  de  ces  abbayes  et  fondés  sur  le  terxitnire 
voisin  devaient  être  une  cause  permanente  d'empiétements  réci- 


(t)  Le  Royannais  tire  son  nom  d'un  Mars  gaulois  adoré  dans  cette  con- 
trée, Mars  rudianus;  ce  qui  semble  signifler  Mars  terrible,  rude.  {Inscrip- 
tions antiques  de  la  Drôme.) 

(2)  M.  ÀLLMER,  p.  233  du  Bulletin  de  la  Société  archéolygique  de  la  Drôme  y 
année  1868. 

(3)  Bulletin  de  la  Société  archéologique  de  la  Drôme ,  p.  54,  année  1866. 


GÉOGBÀPHIE  INCIENlfE   DC   DAUPHINÉ.  389 

proques.  De  là  des  contestations.  Aussi  M.  l'abbé  Isnard  (3)  nous  montre 
l^évêque  de  Gap  soutenant  que  le  Bodonnais  faisait  partie  de  Tancien 
pays  des  Tricoriens,  et,  par  conséquent,  de  son  diocèse,  et  Tévéque  de 
Vaison  prétendant,  au  contraire,  que  cette  vallée  était  une  dépendance 
du  second  district  des  Voconces.  Mieux  connus  les  iAhéraires  eussent 
donné  gain  de  cause  à  ce  dernier,  car,  tout  prés  de  Gap,  on  trouve  à  la 
Roche-des-Arnauds  la  station  ad  fines  qui,  étudiée  au  point  de  vue  to- 
pographique, nous  donne  Fassurance  que  c'était  là  une  limite  des 
Yocontiens,  et  que,  par  conséquent,  le  diocèse  de  Gap  a  singulièrement 
empiété  sur  le  Rosannais  et  le  Serrois,  cet  extrema  ora  Vocontiorum 
de  Tite-Live  (1).  Je  reconnais  donc  avec  M.  Vallentin  que  retendue  des 
diocèses  a  pu  être  modifiée  par  diverses  causes  postérieures  à  leur 
création  (2).  Enfin,  il  ne  faut  pas  perdre  de  vue  qu'avec  le  dissolvant 
du  temps  et  de  Tadministration,  les  grandes  tribus  finirent  par  se  dé- 
membrer et  par  perdre  leur  nom  primitif;  le  Vocontium,  par  exemple, 
se  morcela  en  cités  de  Sisteron,  de  Vaison  et  de  Die. 

En  conséquence,  pour  couper  court  à  toute  espèce  de  malentendu,  je 
déclare  que  j'ai  esquissé  une  carte  des  tribus  gauloises,  d'après  les 
écrits  de  Strabon,  Jules  César,  Pline  et  Ptolémée,  en  prenant  garde  aux 
remaniements  opérés  par  les  Romains.  Je  me  suis  aidé  des  inductions 
fournies  par  les  itinéraires,  par  les  anciens  diocèses,  et  surtout  par  des 
observations  faites  sur  le  terrain;  enfin,  je  me  suis  éclairé  des  travaux 
de  mes  devanciers  et  de  ceux  de  notre  Société  :  nous  sommes  déjà 
assez  riches  pour  vivre  de  notre  propre  fonds. 

LES  VOGONTIENS. 

Je  commence  par  les  Yocontiens.  Tout  le  monde  est  d'accord  sur  ce 
point  :  la  question  du  Vocontium  a  été  résolue  par  M.  le  docteur  Long, 
de  regrettable  mémoire  ;  je  n'ai  eu  qu'à  refaire  sa  carte,  en  corrigeant 
quelques  oublis  et  une  inconséquence.  Ainsi  on  ne  peut  conserver  le 
moindre  doute  sur  l'extension  de  cette  tribu  vers  le  sud  et  le  sud-est 
de  notre  déparlement.  De  Beaucaire  à  la  première  frontière  des  Yocon- 
tiens, dit  Strabon  (3;,  il  y  a  63  milles  (le  mille  vaut  à  peu  près  1  kilo- 
mètre et  demi)  et  99  milles  de  celte  frontière  à  l'autre ,  près  d'Embrun, 
bourg  de  l'état  de  Cottius  (Alpes  Gottiennes).  Or,  si  nous  consultons  les 


(1)  TiTE-LiVE,  Expédition  d'AnnibcU. 

(2)  Bullelin  de  la  Société  archéologique  de  la  Drôme,  p.  372,  année  1866. 

(3)  Strabon,  livre  IV. 


990  SOCIÉTÉ  d'aKGHÉOLOGIE   et  de  STAnSTIQUE. 

itinéraires,  nous  trouvons  de  Beaucaire  à  Garluc  (près  d'Apt,  le  Catuiaca 
des  itinéraires)  59  milles,  et  de  là  jusqu'à  Embrun  103  milles.  Donc  le 
Vocontium  commençait  4  milles  après  Garluc  pour  finir  4  milles  avant 
Embrun  ;  rien  de  plus  positif;  M.  Long  le  reconnaît,  et  cependant  il  est 
loin,  sur  sa  cari*,  de  s'y  conformer.  11  fallait  bien  d'ailleurs  que  le 
Foconlium  s'étendit  considérablement  vers  le  midi  pour  que  M.  Plancus, 
ce  fondateur  de  Lyon,  campé  un  peu  au-dessous  de  Riez,  à  40  milles 
des  rives  de  P Argens,  se  soit  servi  de  pareille  expression,  dans  sa  lettre 
à  Gicéron  (1)  :  «  J'avais  sous  la  mains  les  Vocoutiens,  dont  la  fidélité 
me  répondait  des  passages  et  de  mon  retour.  » 

En  résumé,  les  Vocontiens  occupaient  ce  pâté  de  montagnes  compris 
entre  le  mont  Venteux  d'une  part  et  le  Drac  inférieur  de  Tautre,  et 
s'étendant  de  Tlsère  aux  sources  du  Galavon  (rivière  d'Apt).  Au  sud-est, 
leur  limite,  après  avoir  embrassé  le  canton  de  Yaison  et  suivi  le  pied  du 
mont  Venteux,  se  confondait  avec  la  limite  orientale  du  département 
de  Vaucluse  jusqu'à  Garluc,  de  là,  par  Alaun  (Alauniwin)^  elle  gagnait 
la  Durance  et  se  rendait  à  Tallard  (de  Tallard  à  Embrun  elle  englobait 
seulement  les  deux  rives)  ;  de  Tallard  elle  s'élevait  à  Fines  (Roches-des- 
Amauds),  à  Mens,  touchant  aux  Tricoriens,  possesseurs  des  villes  de 


(1)  Lettres  de  Cicéron. 

(2)  J*ai  indiqué  sur  ma  carte  la  marche  d*Ânnihal  dans  nos  contrées  :  il 
traverse  le  Rhône  au  Pont-Saint-Esprit,  et,  pour  éviter  les  Romains  qu'il  ne 
voulait  combattre  qu'en  Italie  (Tite-Iive),  il  remonte  jusqu'à  Valence,  ayant 
longé  le  fleuve  sur  un  espace  de  800  stades  (Polybe,  et  voir  le  Bulletin  de 
notre  Société,  p.  310,  année  1866),  à  partir  de  son  dernier  campement  sur 
le  bord  de  la  mer  (ce  devait  être  Arles,  la  Camargue  étant  alors  un  golfe)  ; 
d'Arles  à  Valence  les  itinéraires  comptent  105  milles  ou  840  stades.  Gomme 
Annibal  avait  mis  quatre  jours  pour  aller  de  la  mer  au  passage  du 
Rhône,  et  quatre  jours  de  cette  traversée  à  l'Isère,  ce  passage  doit  être 
placé  à  400  stades,  à  mi-chemin,  à  peu  près  vers  le  Pont-Saint-Esprit).  De 
Valence,  Ânnibal  ne  prend  pas  le  plus  court  chemin  (col  de  Gâbre,  Tite-Live)> 
mais  il  revient  sur  ses  pas  vers  les  Tricastins  (Nyons)  en  appuyant  sur  sa 
gauche,  et  par  l'extrême  frontière  des  YoconUens  (Veynes,  Roche-des-Ar- 
nauds),  il  tombe  dans  les  défllés  des  Tricoriens  (aux  environs  de  Gap),  tra- 
verse la  Durance  et  par  le  col  de  la  Croix  (entre  le  mont  Genèvre  et  le 
mont  Viso),  descend  chez  les  Tauriniens  (Tite-Live).  Servius  {(Xneid,  X, 
vers  13)  donne  ainsi,  d'après  Yarro,  l'énumération  des  principaux  passages 
des  Alpes  :  «  Bien  que  toutes  ces  hauteurs  soient  appelées  Alpes  par  les 
»  Gaulois,  cependant  elles  appartiennent  réellement  aux  montagnes  de  la 
»  Gaule;  Varro  dit  qu'on  peut  les  franchir  par  cinq  défilés  :  l'un  le  long  de 
»  la  mer,  à  travers  les  Ligures  (par  Nice);  l'autre  par  lequel  Annibal  a 


GÉOGfiÀPHIE  AUGIEMNE  DU  DÀUPHINÉ.  3M 

Gap  et  de  Cor^s  (2);  de  Mens  elle  côtoyait  tout  le  Drac  inférieur,  ea 
comprenant  le  Dévoluy  et  le  trièves  (le  Drac  supérieur  était  aux  Trico- 
riens);  enfin  elle  côtoyait  l'Isère,  la  montagne  »  à  partir  de  Saint-Quentin 
jusqu'au  Pont-en-Royans/puis  la  Boume,  et  s'arrêtait  à  Saint-Nazaire. 
Dans  notre  département,  l'arrondissement  de  Die  et  les  cantons  du 
Royannais.  du  Buis  et  de  Séderon  leur  étaient  dévolus. 

dette  étendue  de  territoire  est,  sans  doute,  considérable,  mais  elle 
est  encore  justifiée  par  cette  phrase  du  géographe  grec  (1)  :  «  Dans  les 
replis  de  leurs  montagnes  les  Yocontiens  habitent  des  vallées  dignes , 
par  leur  étendue  et  leur  importance ,  de  celles  des  Âllobroges.  »  Les 
Yocontiens  n'étaient  pas  de  race  gauloise,  mais  bien  d'une  race  beau- 
coup plus  ancienne  sur  le  sol  de  TËurope,  quoique  de  même  origine, 
celle  des  Ligures,  qu'au  xvi«  siècle  avant  Jésus-Christ,  les  Celtes  refou- 
lèrent d'Espagne  dans  nos  montagnes  et  sur  la  côte  ligurienne  de  la 
Méditerranée.  Les  marbres  capitolins  qualifient  formellement  les  Yo- 
contiens de  Ligures  (2).  Pline  nous  le  donne  aussi  à  comprendre  par  ce 
passage  :  «  Novarre  n'a  pas  été  fondée  par  les  Ligures,  comme  le  dit 
Caton,  mais  bien  par  les  habitants  du  Yercors,  district  des  Yocon- 
tiens (3).  »  Or,  pour  que  Caton  ait  pu  se  méprendre,  il  fallait  nécessai- 
rement que,  de  son  temps,  les  Novarrais  présentassent  le  type  ligure. 
Etaient  également  Ligures  les  habitants  de  Turin  et  de  Chorges  (Catu- 
riges)  (4).  Je  présume  qu'il  en  était  de  même  pour  les  Centrons,  bien 


»  passé  (ce  ne  peut  être  que  le  col  de  la  Croix  ou  la  vallée  de  Barce- 
»  lonnette,  mais  cette  dernière  ne  conduisait  pas  chez  les  Tauriniens,  mais 
»  cliez  les  Ligures  Vagiennes;  le  mont  Viso  formant  leur  limite,  Pline, 
»  livre  III)  ;  le  troisième^  par  lequel  Pompée  se  rendU  à  sa  guerre  d'Es- 
»  pagne  (c'est  le  mont  Genèvre,  traversé  par  Jules  César,  qui  était  parti 
n  d'Ocellum,  placé  par  les  vases  apollinaires  20  milles  après  Suze);  le  qua- 
»  trième,  par  lequel  Hasdrubal  descendit  des  Gaules  en  Italie  (Grand  Saint- 
»  Bernard,  Alpes  Pennines)  ;  le  cinquième,  qui  fut  occupé  par  les  Grecs,  de 
»  là  son  nom  d'Alpes  Grées  (Petit  Saint-Bernard).  »  Cette  énumération  est 
faite  selon  l'ordre  géographique,  sauf  la  dernière  phrase,  où  l'élégance  de  la 
période  a  commandé  un  interYertissement. 

(1)  Strabon,  liv.  IV. 

(2)  De  Liguribus  VocorUieis,  Ils  supportèrent  les  premiers  dans  les  Gaules 
le  choc  des  Romains,  en  125  avant  Jésus-Christ. 

(3)  Pline,  liv.  III. 

(4)  Caturiges  et  ex  Caturigibus  orti  Vagienni  Ligures.  Les  Gaturiges  fu- 
rent expulsés  du  territoûre  de  Milan  par  les  Gaulois  insubres  et  refoulés 
dans  la  vallée  de  la  haute  Durance  et  au  pied  du  mont  Viso ,  Caluriges 
insubrum  exsuies  (Pline,  liv.  III,  et  Stbabon,  liv.  IV). 


392  SOCIÉTÉ  d'ABCHÉOLOGIE   et  de  STAnSTIQUE. 

que  je  n'en  ai  trouvé  la  preuve  nulle  part.  Pendant  mon  séjour  en  Savoie, 
j'ai  été  frappé  du  type  commun  aux  montagnards  de  Ghamounix  et  de 
la  Tarentaise,  structure  osseuse,  pleine  de  muscles  et  de  nerfs,  taille 
moyenne  et  ramassée,  nez  aquilin  recourbé  en  pointe,  yeux  enfoncés 
dans  leurs  orbites,  teint  brun  ;  caractère  qui  les  rapproche  du  type  si 
vigoureusement  conservé  sur  la  côte  ligurienne  de  Gènes  (1).  Quant  aux 
Ligures  de  la  Narbonnaise,  Salyens,  Vocontiens  et  autres,  nous  savons 
qu'ils  se  mélangèrent  de  bonne  heure  avec  les  Gaulois  et  prirent  le 
nom  de  Celto-Ligures. 

Diodore  de  Sicile  nous  apprend  que,  de  son  temps,  les  plus  petites 
tribus  de  la  Gaule  ne  comptaient  pas  moins  de  50,000  individus  et  que 
les  plus  considérables  n'en  comptaient  pas  plus  de  200,000.  Par  Jules 
César,  nous  voyons  que  les  Helvétiens  étaient  au  nombre  de  260,000  (2). 
Les  Vocontiens  se  rapprochant  des  Helvétiens  par  l'étendue  et  par  la 
puissance,  il  parait  convenable  de  leur  assigner,  à  la  même  époque, 
une  population  de  200,000  âmes.  Au  temps  d'Auguste,  de  même  que 
ceux  de  Nîmes,  ils  se  gouvernaient  par  leurs  propres  lois  -,  Pline  les 
qualifie  de  fédérés  ;  et  ceux  qui  avaient  exercé  parmi  eux  la  questure 
et  l'édililé  devenaient  citoyens  romains  (3). 

ALLOBROGES. 

Plus  facile  nous  sera  le  périple  des  Âllobroges,  élucidé  comme  il  fa 
été  par  MM.  Léon  Rénier,  Macé,  Âllmer  et  Dubombourg.  Partons  de 
l'embouchure  de  l'Isère  :  à  gauche,  nous  avons  les  Allobroges,  à  droite, 
les  Valentinois  ;  arrivés  au  confluent  de  la  Bourne,  nous  prenons  pour 
limite  cette  rivière,  dont  le  nom  est  d'ailleurs  significatif,  jusqu'au  Pont- 
en-Royans;  du  pont,  une  chaîne  de  montagnes  nous  conduit  à  Saint- 
Quentin,  où  l'Isère  redevient  notre  frontière  jusqu'à  Montmélian  (4)  ; 


(1)  Les  Centrons  delà  Tarentaise  communiqaaient  avec  ceux  de  Ghamou- 
nix par  Mégère  et  le  col  du  Bonhomme.  L'hypothèse  d'un  morcellement , 
exposée  par  M.  Âllmer  {Bulletin  de  la  Société  archéologique  de  la  Drame, 
p.  287,  année  1869),  ne  m'a  pas  paru  satisfaisante.  À  quelques  centaines  de 
mètres  en  dessous  du  Bonhomme,  au  Ghapiù,  en  été,  on  trouve  déjà  les 
Tarins. 

(2)  Jules  Gésar,  de  Belle  gaUico,  liv.  I. 

(3)  Strabon,  liv.  IV. 

(4)  L'Isère ,  grande  rivière  qui  coule  sur  la  frontière  des  Allobroges  (  à 
Grenoble),  Lettres  de  Plancus  à  Cicéron.  Voir,  pour  ce  qui  suit,  M.  Du- 
bombourg ,  Mémoires  de  la  Société  littéraire  de  Lyon ,  p.  211 ,  an.  1866. 


GÉOGRAPHIE  A5(;iE]!fNE  BU  DArPHUfÉ.  393 

là  nous  la  quittons  de  nouveau  pour  suivre  le  pied  des  Beauges,  des 
monts  Gharyin,  des  Aravis  et  des  Têtes,  et  nous  arrêter  aux  sources 
du  Trient.  De  là,  en  côtoyant  le  Ghablais,  habité  en  entier  par  les 
Nantuates  (1),  nous  nous  rendons  à  Genève  d'où,  en  redescendant  le 
Rhône ,  nous  revenons  au  confluent  de  Tlsêre,  notre  point  de  départ. 
Les  quelques  parties  hypothétiques  de  ce  contour  ont  été  résolues  par 
des  études  faites  sur  le  terrain. 

Jules  Gésar  nous  apprend  qu'au-delà  du  Rhône,  du  côté  du  Jura,  les 
Allobroges  avaient  des  possessions  et  des  bourgades;  Tanalogie,  reten- 
due du  diocèse  et  les  traditions  nous  amènent  à  penser  que,  vis-à-vis 
de  Vienne»  ils  avaient  des  possessions,  que  plus  bas,  par  exemple,  An- 
dance,  Sarras  leiur  appartenaient.  G'est  ce  qu'exprime  sous  une  autre 
forme  M.  Gaillet,  curé  d'Andance,  dans  son  étude  archéologique  sur 
Andance  :  «  La  présence  des  trois  monuments  de  Fabius....  nous  auto- 
rise à  penser  que  THelvie  (ancienne  tribu  de  FArdèchc)  fut  partagée 
en  deux,  et  que  le  nord,  depuis  TËrieu  jusqu'au  mont  Pilat,  fut  en- 
clavé dans  la  province  romaine.  Gette  partie  démembrée  fut  de  nou- 
veau divisée  en  deux  parts  sous  Fempereur  Auguste,  qui  en  donna  une 
à  la  cité  de  Vienne,  et  rattacha  Fautre  à  la  cité  de  Valence  ;  le  Doux 
senit  de  limite.  »  Mais,  comme  nous  savon